Staël-Holstein Germaine de - Considérations sur les principaux événemens de la révolution françoise 4-6 - Bibliothèque numérique romande - François Bouchot Le général Bonaparte au Conseil des Cinq-Cents, à Saint Cloud, 10 novembre 1799Staël-Holstein Germaine de – Considérations sur les principaux événemens de la révolution françoise (partie 4-6) : « J’ai quatre ennemis, disait Napoléon, la Prusse, la Russie, l’Angleterre et Mme de Staël. » Cette célèbre boutade en dit long sur une intellectuelle hors du commun qui fut non seulement à l’avant-garde du romantisme français, mais un écrivain engagé, une des pionnières du libéralisme et la plus farouche opposante au régime de censure du Premier Empire.

Entamées sur le tard, à partir de 1812-1813, alors que Mme de Staël était encore en exil en Angleterre, les Considérations représentent le testament d’une femme qui fut, avec Chateaubriand, l’un des grands témoins de son temps. L’auteure y traque le despotisme sous toutes ses formes, pointe du doigt l’absolutisme de l’ancien régime aussi bien que les débordements des jacobins et dénonce avec une égale vigueur l’atteinte à la liberté de la presse sous Napoléon.

L’ouvrage se conclut par un commentaire détaillé sur la monarchie parlementaire anglaise, système politique que Mme de Staël affectionnait entre tous.

Les Considérations, laissées inachevées à la mort de Mme de Staël le 14 juillet 1817, furent éditées par son fils Auguste et publiées à titre posthume en 1818. Leur retentissement fut immédiat : « Avidement lu, passionnément discuté, l’ouvrage sera pendant longtemps la bible des constitutionnels français et l’un des principaux textes de référence des libéraux en même temps qu’un témoignage intéressant, malgré ses lacunes et ses partis pris, sur la Révolution française. » (Diesbach 543)

La partialité de Mme de Staël ne fait ici aucun doute. « Il reste […] dans ce livre, explique-t-elle dans son Avertissement, plus de détails relatifs à mon père, et même à moi, que je n’en aurais mis, si je l’eusse d’abord conçu sous un point de vue général ; mais peut-être des circonstances particulières servent-elles à faire mieux connaitre l’esprit et le caractère des temps qu’on veut décrire. »  Les Considérations sont en effet subordonnées au but premier de l’auteure — la réhabilitation de Jacques Necker, ministre des Finances de Louis XVI, injustement relégué aux oubliettes de l’histoire. Les années qui séparent la rédaction de cet essai de l’époque lointaine où le ministre présidait encore au destin économique de la France n’ont en rien diminué la fidélité de Mme de Staël envers cet homme qui l’initia très tôt à la philosophie politique et lui transmit ses idées libérales. Protestant d’origine roturière, Jacques Necker avait débuté comme simple commis de banque à Genève avant de devenir l’un des hommes les plus riches de France. Il prêta ses millions à la couronne et fut chargé par trois fois des Finances du royaume. Ses idées de justice, ses réformes économiques et fiscales, sa probité, sa gestion transparente des dépenses de l’État lui valurent l’adulation du peuple et l’admiration de la bourgeoisie. Mais en voulant mettre un frein à l’octroi des privilèges et juguler les frais somptuaires de la cour, il se fit de nombreux ennemis, particulièrement dans l’entourage de la reine Marie-Antoinette. Lorsqu’il fut abruptement congédié par Louis XVI le 11 juillet 1789, la nouvelle de son exil provoqua un soulèvement populaire qui contribua directement à la déflagration du 14 juillet. Sommé par le roi de revenir de toute urgence quelques jours à peine après la prise de la Bastille, il fut acclamé en héros par le peuple massé tout au long de sa route. Mais ce regain de faveur ne devait pas durer. Prudent mais hésitant et surtout dénué de charisme politique, Necker manqua de fermeté dans des circonstances qui nécessitaient une grande autorité. Rapidement dépassé par le cours de l’Histoire, il finit par donner sa démission en septembre 1790 et se retira définitivement à Coppet avant de tomber peu à peu dans l’oubli. La disgrâce que connut son père à la fin de sa carrière n’altéra jamais l’image que Mme de Staël projette ici. Il demeure pour elle un administrateur de génie et un homme providentiel dont les sages conseils, s’ils avaient été mieux suivis, eussent peut-être sauvé la France des pires excès révolutionnaires. [Sources : Michel Winock, Madame de Staël (Fayard, 2010) ; Gretchen Rous Besser, Germaine de Staël Revisited (Twayne Publishers, 1994) ; Gishlain de Diesbach, Necker ou la faillite de la vertu (Perrin 1978).]

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