Marguerite Burnat-Provins

CHANSONS RUSTIQUES

1905

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Table des matières

 

BAPTÊME.. 9

POURQUOI ?. 9

MON NEVEU VA-T’EN.. 10

AUTOUR DU FEU DE LA SAINT-JEAN.. 11

AMERTUME.. 12

LA SCIE.. 13

QUAND ON ÉTAIT PETIT. 13

LE LYS. 14

LE MULET. 15

NOUS PRIERONS. 15

TU N’AURAS RIEN.. 16

JUSQU’À LA MORT. 17

DANS COMBIEN DE JOURS ?. 18

JALOUSIE.. 20

LE SONNEUR.. 21

IL FAUT S’EN ALLER.. 22

LE SOUVENIR.. 23

LE MIEL. 24

LES MORTES. 25

LE REFLET. 26

SI JE RENCONTRAIS. 27

AU CHÂTEAU.. 28

PASSE TON CHEMIN.. 29

QUE FAIRE DE CELA.. 30

LA PLUME DE GEAI. 31

POUR RIEN.. 32

LE RHABILLEUR.. 33

J’AVAIS PENSÉ.. 34

JE T’ATTENDS CE SOIR.. 35

L’OISEAU DE LA PLUIE.. 36

LE NEZ CASSÉ.. 36

PROFITONS. 37

À MONT-ORGE.. 38

SAVEZ-VOUS ?. 39

MA FEMME.. 40

LES MOUCHOIRS. 41

LES PIERRES. 42

LA FLEUR.. 43

L’ORAGE.. 44

LES MOINEAUX.. 45

JE CROYAIS. 46

POURRAIS-TU ?. 47

LE COFFRE.. 48

LE PAIN.. 49

ALLEZ EN PAIX.. 50

LES PRUNES. 51

NOTRE-DAME.. 52

LE FOUR.. 53

LE VERTIGE.. 54

PLUS RIEN.. 55

LE CHANVRE.. 56

JE SAIS BIEN OÙ TU VAS. 57

PLUS JAMAIS. 57

LE CHÊNE.. 58

UN SEUL HIVER.. 59

SAIT-ON ?. 60

DIS TON CHAPELET. 61

LE MALHEUR.. 62

LA DENT. 63

LE BLÉ.. 64

PLAISANTERIE.. 65

LE BEURRE.. 66

LE SILENCE.. 67

LES QUILLES. 68

LA BRANTE.. 69

JE RESTE GARÇON.. 70

LA FIN.. 71

C’EST INUTILE.. 72

LE BŒUF. 73

LE MAUVAIS FILS. 74

PAUVRETÉ.. 75

LE PIC.. 76

LE BOUQUET. 76

LA FAUX.. 77

LES ORMEAUX.. 78

LA ROSE.. 79

LE CHIEN NOIR.. 80

L’OMBRE.. 80

LE REVENANT. 81

LE COQ ET LE CORBEAU.. 82

LE GLAS. 83

L’ATTENTE.. 84

NE ME DITES RIEN.. 85

L’IMAGE.. 86

LE JOUR DES MORTS. 87

LA PROMESSE.. 87

LA NEIGE.. 88

L’ABEILLE.. 89

LA PLUIE.. 90

LA FONTAINE.. 91

LES YEUX SECS. 92

LA COURONNE.. 92

LE CHAT. 93

PUISQU’ON N’A PAS MIS. 94

L’ORAISON.. 95

LE CAILLOU.. 96

PRENDS GARDE.. 97

LE PETIT. 98

LE SCAPULAIRE.. 99

LA RACLETTE.. 100

LA MALADE.. 101

LE GEAI. 102

LES MAYENS. 103

LES NOIX.. 104

COMME C’EST TRISTE.. 105

LE FOU.. 106

L’ARBRE ROUGE.. 107

LA DANSE.. 108

TU VEUX M’OUBLIER.. 109

LA MORT. 110

LE VIN CUIT. 111

LE FLÉAU.. 112

INVITATION.. 113

LE NOM... 114

J’AI MENÉ LE CABRI. 115

PAS TANT D’AFFAIRE.. 116

LE PARTAGE.. 117

C’EST BIEN FINI. 118

EPÏNGOUÉ.. 119

MÉPRIS. 120

LA FAUCILLE.. 121

LAQUELLE L’ATTRAPERA.. 122

LE VENT. 123

LA BLESSURE.. 124

LA HACHE.. 125

LE PRESSENTIMENT. 126

TU RIRAS. 127

LE COUTEAU.. 128

J’AI DIT. 129

ENTERREMENT. 131

GLOSSAIRE.. 132

Ce livre numérique. 133

 

 

Lecteur,

Il arrive parfois que mes amis, le rhabilleur et le cloutier, composent, en cheminant, ce qu’ils appellent des vers.

Ils n’y mettent ni science, ni prétention, et disent ce qui leur vient, en leur libre simplicité.

C’est parce que j’ai vécu près d’eux, que, dans mes quotidiennes promenades, de Praz Plan à Bonaclie, j’ai écrit ces chansons comme elles me sont venues, à la façon du rhabilleur et du cloutier.

m. b. p.

 

 

BAPTÊME

Pour baptiser mon amour,

j’ai pris au torrent de l’eau grise

et je l’ai versée dans mon cœur

afin qu’il se garde pur, et demeure glacé

à tout autre amour.

Mais l’eau m’a dit : Prends garde

que ton amour ne passe

aussi vite que moi.

 

 

 

POURQUOI ?

Les poiriers donnent les poires,

et les gros noyers, les noix.

Pourquoi ?

 

La vigne donne le vin,

et les champs de blé, le pain.

Pourquoi ?

 

Mais la vie donne les chagrins,

et la mort au bout du chemin.

Pourquoi ?

 

 

 

MON NEVEU VA-T’EN

Mon neveu, va-t’en,

tu n’es plus bon à rien,

prends tes habits, prends ton courage

car cette fille-là ne t’aimera jamais.

Demande à monsieur le Curé de te bénir,

et bon voyage,

descends la vallée.

Ton amour s’en ira peut-être,

avec toi,

comme le Rhône s’en va…

Mon neveu, adieu.

 

 

 

AUTOUR DU FEU DE LA SAINT-JEAN

Autour du feu de la Saint-Jean,

Jeanne, Jeanne,

la belle fille,

autour du feu de la Saint-Jean,

tout le monde rit,

tout le monde est content.

On apporte sa fascine,

on parle avec sa voisine,

autour du feu de la Saint-Jean.

 

Dans ton cœur il est un grand feu,

Jeanne, Jeanne,

méchante fille.

J’ai vu la flamme dans tes yeux,

pour qui brûle-t-elle ? dis-le,

je veux le savoir,

ce soir.

 

Ah ! tu ne me réponds pas,

Jeanne, Jeanne,

méchante fille,

eh bien ! tout près de ce feu là,

comme à la nuit de la Saint-Jean,

j’irai m’asseoir,

mais pour regarder en pleurant.

 

 

 

AMERTUME

Je n’ai plus de courage

pour travailler à la vigne,

pour couper le blé,

pour porter le foin noué dans une toile

à mon front.

Le bas que je tricote n’avance pas,

parce que dans mes doigts,

je ne sens plus les aiguilles,

quand je vais, la tête basse,

droit mon chemin.

Puisque celui que j’aime ne m’aime plus,

à quoi bon travailler, aller et venir,

prendre tant de peine,

les jours sont trop longs, la vie trop pesante.

J’aimerais mieux couper toutes les absinthes

qui poussent contre le roc,

et en boire le clair,

j’en aurai toujours le goût dans la bouche.

 

 

 

LA SCIE

Vite en haut, et vite en bas,

c’est la scie qui tranche le bois,

et pendant tout le jour l’eau roule,

si fort qu’on ne s’entend pas.

 

Vite en haut, et vite en bas,

c’est la mort qui coupe les bras,

si doucement qu’on n’entend pas,

c’est la mort… ou c’est la vie,

comme la scie,

vite en haut, et vite en bas.

 

 

 

QUAND ON ÉTAIT PETIT

Quand on était petit, par les belles journées,

on s’amusait à chercher des souris,

dans les champs de blé,

et, en riant, on les tuait.

Alors c’était la gaîté.

 

Il faut avoir vieilli pour savoir

que le soleil peut être triste

et les jours noirs,

même quand il fait beau temps.

Car, le soleil,

c’est le bonheur qu’on porte en soi,

et, dites-moi,

tout n’est-il pas bien sombre,

quand on l’a perdu ?

 

 

 

LE LYS

Il est un très beau lys

qui croît sur la montagne,

contre les rocs tout droits.

Pour aller le chercher,

il faut risquer sa vie.

 

Il est moins beau que toi,

ma charmante Angélique,

et pour t’avoir à moi, je risquerais ma vie,

comme pour le lys blanc

qui croît sur la montagne

contre les rochers droits.

 

 

 

 

LE MULET

Je ferai trotter le mulet

qui secoue les chaînes,

il chassera les pierres au loin.

Je marcherai très vite,

j’entendrai craquer le bât,

et les cailloux qui roulent,

et les pieds du mulet frappant sur le chemin.

Mais je n’entendrai plus

celui qui court sans cesse à mon côté

et qui me crie :

Jamais, jamais plus il ne t’aimera.

 

 

 

NOUS PRIERONS

Si le bon Dieu n’envoie pas

de chaudes journées,

et de la pluie pour rafraîchir,

nous n’aurons pas tant de vin,

ni de pommes de terre.

Nous n’aurons pas tant de blé,

ni de johognes dans les buissons,

pour amuser les dents des filles.

 

Si le bon Dieu ne bénit pas

les arbres des vergers,

nous n’aurons que quelques noix,

peu de poires et de pommes.

On a déjà vu cela,

ce sera la misère,

et, dans la chambre, à la veillée,

personne ne rira.

 

Alors, tous ensemble,

qu’est-ce que nous ferons ?

Tous ensemble, nous prierons.

 

 

 

TU N’AURAS RIEN

Donne-moi cette fleur

que tu tiens dans ta main,

ne fais pas la méchante,

Veux-tu, veux-tu pas ?

Je compte : un, deux, trois,

je tire mon couteau pour te couper les doigts,

Veux-tu, veux-tu pas ?

 

Coupe, coupe ma main,

de moi tu n’auras rien.

 

Donne-moi cet amour

que tu tiens dans ton cœur,

ne fais pas la méchante,

Veux-tu, veux-tu pas ?

Je compte : un, deux, trois,

et j’ouvre mon couteau

pour te fendre le cœur

Veux-tu, veux-tu pas ?

 

Tu peux couper ma main,

tu peux couper mon cœur,

de moi tu n’auras rien,

ni l’amour ni la fleur.

 

 

 

JUSQU’À LA MORT

Pour monter te voir, Judith,

là-haut, dans les mayens,

j’irai plus vite que la chèvre

et que les abeilles qui volent

jusqu’à la forêt,

 

Je te porterai un mouchoir,

et des prunes bleues,

nous boirons dans le même verre,

alors tu riras.

 

Quand serons-nous mariés,

dis-le moi, ma Judith ?

Je voudrais voir passer les jours

plus vite, plus vite

que la chèvre quand elle court,

et que les abeilles qui volent,

jusqu’à la forêt.

 

Va, je t’aimerai toujours,

tu seras bien heureuse,

Je te rendrai la vie tant douce,

jusqu’à la mort.

 

 

 

DANS COMBIEN DE JOURS ?

Au printemps,

la crécelle a fait son nid

dans l’ormeau,

je l’entendais crier, je la voyais voler,

elle était tant joyeuse.

 

En été,

la perdrix a fait son nid

au bord d’un champ de seigle,

je l’entendais crier, je la voyais voler,

elle était bien heureuse.

 

En automne,

les feuilles sont tombées,

le seigle était coupé,

le vent ou les enfants

avaient massacré tous les nids,

je n’ai revu ni la crécelle, ni la perdrix.

 

Qu’on soit tout en haut, dans l’ormeau,

ou bien en bas, dans le seigle,

le temps de chacun passe,

et c’est la même chose

pour une belle dame aussi bien que pour moi.

 

C’est l’hiver,

mes enfants sont morts,

mon cœur est vidé, comme ma maison.

Dans combien de jours encore

m’appellerez-vous, mon Dieu,

dans combien de jours.

 

 

 

JALOUSIE

Viens, Salomé, nous nous promènerons,

je te donnerai une rose

pareille à la mienne.

Je te tiendrai par la taille,

et nous irons ensemble

parce que c’est dimanche.

Nous n’avons rien à faire,

rien à porter.

 

Viens, Salomé,

le jour descend.

Sens-tu la fraîcheur et le courant de la vallée,

il fait bon dehors.

Nous sommes seules, maintenant,

tous les autres sont loin,

donne-moi ta main.

 

Tu m’as pris celui que j’aime !

Tu vois ces épines,

je t’en crèverai les yeux.

Avec les pierres de la ruine,

je t’écraserai la tête

et j’emplirai ta bouche

de la poussière du chemin,

tu ne pourras pas crier.

Je suis la plus forte,

parce que mon sang brûle

depuis ce jour de Pâques où tu me l’as volé.

Tu ne pourras pas l’appeler,

car, à présent,

il rit dans la cave en pensant

que tu viendras ce soir, sous le pommier.

 

Non, tu n’iras pas, Salomé !

Sens-tu, dans tes yeux, les épines,

sens-tu les pierres

sur ton front plein de sang ?

Adieu !

Cette nuit, le chat aux yeux rouges

passera par là,

et il te mangera le cœur.

 

 

 

LE SONNEUR

Dans le clocher,

si vous saviez,

quel tonnerre on entend,

lorsque la cloche sonne.

Et puis, tout-à-coup,

elle chante tant doux

aussi doux que les anges,

et je suis comme un bon Dieu,

bien heureux et bien assis,

dans un paradis.

Je vois toute la montagne,

les autres sont à mes pieds,

et tout le village sait

que c’est Mathi qui est là-haut,

là-haut ! dans le clocher.

 

 

 

IL FAUT S’EN ALLER

Quand il fleurissait, le pommier,

auprès de la grange,

il devenait si beau blanc,

qu’on aurait juré qu’une neige

avait descendu la montagne,

pour venir s’y reposer.

Mais, elle fondait plus vite

que celle du glacier.

 

Quand elle fleurissait, ma jeunesse,

autour de mes vingt ans,

j’étais jolie blanche,

une parmi les autres.

Mais, il est venu cette neige

qui reste bien sur les cheveux,

je ne peux pas la secouer

comme les fleurs des pommiers.

 

Ah ! les pommes sont tombées,

tout est bien fini,

il faut s’en aller.

 

 

 

LE SOUVENIR

Lorsque ta fiancée viendra,

tu ôteras de ta maison

cette image du Christ que je t’avais donnée.

Tu enlèveras de la fenêtre

la plante de souci qui vient de mon jardin,

et tu cacheras la ceinture

que je t’ai tricotée,

sur deux morceaux de bois,

Je le sais.

 

Mais, ce que tu n’ôteras jamais,

c’est le souvenir

du jour où tu m’as embrassée,

car il reste attaché au mur,

comme l’odeur de la fumée,

dans ta maison.

 

 

 

LE MIEL

Quand les abeilles font leur miel,

elles entrent dans les fleurs,

pour les boire jusqu’au cœur.

Le sais-tu ?

 

Euphémie, j’aime tes yeux noirs,

comme les boules du sureau,

ton regard est entré en moi,

c’était l’an passé.

 

Et, depuis lors, comme une abeille,

dans une fleur,

tu as bu le fond de mon cœur.

Le veux-tu ?

 

 

 

LES MORTES

C’était des mortes qui couraient,

avec le costume ancien,

et le tablier blanc rayé

là-haut par la montagne.

 

Ils ont voulu les attraper,

mais, sur les rochers,

ne les ont plus vues.

 

Où donc étaient-elles allées,

les mortes,

les mortes blanches qui couraient ?

 

 

 

LE REFLET

Quand je vais me pencher

sur le bassin de la fontaine,

c’est mon visage que je vois,

et les rubans de mon chapeau

qui volent,

au-dessus de l’eau.

 

Quand je regarde dans tes yeux,

ah ! c’est une autre que je vois,

le chapeau est le même,

mais la fille a changé,

pourquoi ?

 

Et si je m’en retourne

pleurer auprès de l’eau,

je me retrouve alors,

pourquoi ?

 

La fontaine est fidèle,

et toi tu ne l’es pas.

 

 

 

SI JE RENCONTRAIS

Si je rencontrais un soir,

le mulet sans tête,

je n’en aurais pas peur,

je l’arrêterais, et je lui dirais :

Prends-moi sur ton dos,

emmène-moi loin du pays,

plus loin que les mayens,

plus haut que le glacier,

où tu voudras, mais marche jour et nuit !

Je ne veux plus voir cette fille qui rit

quand je passe,

car moi, maintenant, je ne rirai plus.

 

 

 

AU CHÂTEAU

Au Château de la Soie,

il y a, dans la cave,

trois messieurs morts

qui gardent un trésor.

Depuis combien de temps ?

Je n’en sais rien.

Mais, dans cent ans, à la nuit de Noël,

deux du pays s’en iront le chercher.

Ah ! il en faut de bons solides,

pour aller là.

 

Tout l’or est dans les tonneaux.

Si j’en avais le demi-quart,

j’irais promener tous les jours,

et puis, je dormirais.

On dort, quand on est riche,

et quand on a fini,

on se réveille alors.

 

Au château de la Soie,

il y a, dans la cave,

trois messieurs morts

qui gardent un trésor.

 

 

 

PASSE TON CHEMIN

Tu croyais que je t’aimais,

eh bien, non, tu te trompais.

Les idées vont comme les chèvres,

de tous les côtés,

et les miennes ont changé.

 

La chèvre quand elle est en champ

mange toutes les herbes,

et les feuilles de l’alizier,

du chêne et du noisetier.

Mais, elle sait choisir aussi,

et j’en connais qu’elle aime.

 

Moi, j’ai goûté d’un autre amour,

au tien je le préfère,

et je n’attendrai pas demain

pour donner mon cœur et ma main,

passe ton chemin.

 

 

 

QUE FAIRE DE CELA

En ai-je entendu sonner,

des angélus,

en ai-je vu tomber

des jours et des nuits !

Mes bras se nouent comme des cordes,

et, sur ma figure,

les rides ont fait des chemins,

comme ceux de la montagne.

Je ne peux plus porter une cavagne

et j’ai bien assez pleuré

pour remplir les ruisseaux

qui courent par là.

Hélas ! hélas !

Je sais ce que les jeunes disent :

Un vieux cœur, de vieux yeux,

et l’oreille qui n’entend pas,

que faire de cela ?

 

 

 

LA PLUME DE GEAI

J’ai mis à mon chapeau une plume de geai,

grise, noire et bleue, une jolie plume,

mais tu ne me l’as pas donnée.

Je l’ai ramassée sous un ormeau,

en marchant près du mulet.

 

J’ai mis à mon habit une belle cocarde,

jaune, rouge et fraîche,

mais tu ne me l’as pas donnée.

Je l’ai cueillie dans le blé,

en ramenant le bœuf noir.

 

Je voudrais mettre dans mon cœur

une douce espérance,

belle comme une sainte dorée,

et quand tu me l’auras donnée,

je n’aurai plus rien à chercher,

en travaillant.

 

 

 

POUR RIEN

J’aimerais mieux

compter les pierres du chemin,

les feuilles des ormeaux,

les gouttes du torrent,

que les larmes que j’ai versées

à tout moment.

 

J’ai pleuré quand les arbres étaient en fleurs,

l’été en coupant le blé,

et l’hiver en filant à la veillée,

la mère n’a rien su.

Elle n’a pas vu que le chanvre

était tout trempé

et que mon pied tremblait si fort

qu’il pouvait à peine aller

sur le bourgo.

 

Elle ne le saura jamais,

mais moi, je sais que bientôt

mes yeux noirs seront usés,

pour rien.

 

 

 

LE RHABILLEUR

J’ai septante-huit ans,

et j’ai toujours été heureux,

parce que j’avais dans les mains

les clefs de la cave,

que mon père m’a données.

Avec un verre de vin,

une bonne femme,

la vie est délicate,

et l’homme joyeux.

 

En voyageant par le pays,

j’entre chez l’un, chez l’autre.

Qui ne m’a pas appelé !

Et, par dessus le marché,

lorsque je peux rendre aux filles

le service de les embrasser,

je n’y manque jamais.

 

Elles se pendent à mon cou,

nous vidons une channe ensemble,

et je me conserve heureux,

comme dans mon jeune temps.

J’ai septante-huit ans.

 

 

 

J’AVAIS PENSÉ

J’avais pensé qu’un jour j’aurais,

comme toutes les filles,

un anneau d’argent fin au doigt,

une bonne chambre qui serait à moi,

où, le soir, je viendrais dormir,

avec mon petit enfant.

 

Je le voyais :

ses cheveux étaient blonds,

comme l’orge mûre,

ses yeux bleus,

comme la fleur de la chicorée sauvage,

qui s’ouvre le matin, et se ferme le soir.

 

J’avais pensé…

mais je ne pouvais pas le dire,

lui, ne l’a jamais deviné.

 

Je suis vieille et toute seule,

et quand chacun dort,

j’allume un taguelin et je veille,

rien ne respire autour de moi

et, dans la nuit, je n’entends,

que le vent.

 

 

 

JE T’ATTENDS CE SOIR

Il faut que cela finisse,

François, je t’attends ce soir.

Sous les noyers, à Prinzière,

nous saurons lequel des deux

en sera le maître.

C’est certain, tu es le plus fort,

elle t’aime peut-être,…

alors, ne me fais pas traîner.

Tu sais comment on tue le bœuf,

en frappant entre les deux yeux ?

Va droit au front,

mais ne viens pas par derrière,

le bon Dieu te punirait.

Sous les noyers de Prinzière,

je t’attends ce soir.

 

 

 

L’OISEAU DE LA PLUIE

J’ai entendu l’oiseau de la pluie

qui chantait dans les noyers,

mais sa chanson n’est pas gaie,

comme celle des autres oiseaux.

 

Autrefois je ne l’écoutais pas,

maintenant, je l’aime.

Quand il fait sombre,

et que je sens qu’Il va passer,

sans lever la tête vers moi,

je me dis : Chante, oiseau de la pluie,

chante, et moi je pleurerai.

 

 

 

LE NEZ CASSÉ

Je me serais bien marié,

mais les filles sont trop méchantes !

J’en ai fréquenté une qui m’a cassé le nez,

parce que je voulais l’embrasser,

ça ne m’a pas encouragé.

Je la connais encore, elle est devenue femme,

elle a quelques enfants,

mais elle n’est plus belle,

et moi, je suis un vieux.

Ma barbe était bien rouge,

elle est à présent blanche

et j’ai toujours

le nez cassé,

mais je n’ai plus d’amour.

 

 

 

PROFITONS

Il faut bien profiter de rire,

tandis qu’on est par ici,

sait-on comment c’est,

de l’autre côté ?

Personne n’est venu le dire,

et ceux de par là

doivent s’ennuyer.

Cependant… cependant,

aucun ne vient demander

à recommencer.

 

 

 

 

 

 

 

À MONT-ORGE

À Mont-Orge, il y a

trois demoiselles blanches,

avec de longs cheveux

et des yeux tout brillants

comme des vers luisants.

Elles vont en chantant

lorsque la lune donne,

alentour des vieux murs,

font la procession.

 

Mais, quand la nuit est noire,

on les entend alors

parler avec les morts

enterrés sous la ruine…

Et celui qui les voit

prend la mauvaise fièvre,

et dans la même semaine,

il lui faut trépasser.

 

À Mont-Orge, il y a

trois demoiselles blanches,

avec de longs cheveux,

et des yeux tout brillants

comme des vers luisants.

 

 

 

SAVEZ-VOUS ?

Savez-vous ce que Fabien a fait ?

Dites, dites, je vous en prie,

savez-vous ce qu’il a fait ?

Il a donné à son frère

celle qu’il aimait.

 

Ils ont bu un verre ensemble,

et puis se sont accordés :

« Garde-la, puisqu’elle t’aime,

elle sera la tienne. »

 

Et, depuis là, c’est fini,

Fabien ne fait plus que boire.

Mais, on boirait le glacier,

on aurait beau faire,

lorsque c’est le cœur qui brûle,

toute l’eau de la montagne

ne l’éteindrait pas.

 

 

 

MA FEMME

Elle est tant gentille, ma femme,

elle croit tout ce que je dis.

Pendant qu’elle est dans le mayen,

je récolte le miel de nos abeilles noires,

à son retour, je le lui donnerai,

bien distillé, et plus beau que de l’or ;

elle rapportera le beurre,

et nous voilà-t-il pas contents ?

Elle a septante-quatre ans,

et nous avons de grands enfants,

une jolie maison,

du bon vin à souhait,

et point de maladie grâce à Dieu.

En attendant le Paradis,

je l’aime tant, ma femme,

c’est une bonne âme,

elle croit tout ce que je dis.

 

 

 

LES MOUCHOIRS

Jérémie porte un mouchoir

de belle soie violette,

sur celui de Barbe il y a

des fleurs rouges et vertes,

je sais qui les leur a donnés.

Par le pays je connais

combien d’autres filles

qui ont au cou ce souvenir

d’un beau garçon qui les aime.

 

J’ai déchiré le mien en trois morceaux,

je l’ai jeté dans le torrent,

au pont du Diable

et J’ai trouvé, dans l’arche de la mère,

le mouchoir qu’elle a acheté

lorsque le père est mort.

Il est tout noir.

 

Depuis ce temps je l’ai porté.

Les autres m’ont dit : Que fais-tu ?

Mais c’est lui qui a répondu :

Voilà bien des idées de fille.

 

Les autres m’ont dit : Que fais-tu ?…

 

 

 

LES PIERRES

Je les connais bien,

les pierres du chemin,

je ne peux plus regarder qu’elles.

Mon cou s’est plié,

j’ai tant travaillé,

que me voilà comme la faux,

courbée.

 

Je ne peux plus voir le ciel,

mais ce n’est pas pour longtemps,

car Dieu m’y attend.

Il m’a fait tant souffrir

pour le bien de mon âme

qu’il me dira : « Viens, pauvre femme. »

Ma tête se relèvera,

et Saint-Pierre me conduira

par les sentiers d’une montagne

où ce n’est que tout sable fin,

comme au bord du Rhône.

Alors Dieu me tendra la main,

du haut de son trône.

 

 

 

LA FLEUR

Il y a dans les prés,

des campanettes, des mourguiets,

des ouispillons et des cocardes.

On voit des fleurs plein les sentiers,

on en voit plus qu’on en voudrait,

mais, je n’ai jamais songé

à en cueillir une.

 

Il y a, dans le village,

combien, combien de filles, je ne sais

des blondes, des brunes,

des rouges aussi.

 

Pour moi, il n’y en avait qu’une.

Et depuis l’automne passé

qu’elle est au cimetière,

je revois toujours ses tant jolis yeux,

et ses belles tresses,

et ses dents si blanches, quand elle riait.

Il me fait froid, rien qu’à penser

comment elle est,

toute cachée sous la terre.

 

Il y a, dans le village,

combien, combien de filles, je ne sais,

mais, depuis lors, je n’ai jamais songé

à en choisir une.

 

 

 

L’ORAGE

Le ciel vient tout sombre

il fait des éclairs

on entend le tonnerre,

voilà la brouscade.

Mathi, Mathi, va vite sonner

pour écarter le danger.

 

Mais quand c’est le malheur qui vient,

on ne peut rien faire.

Laissons tomber les mauvais jours,

et le chagrin tout ravager.

Mathi, Mathi, alors, pourrais-tu pas sonner ?

 

 

 

LES MOINEAUX

Les enfants entrent dans la maison,

comme les moineaux entrent dans le raccard

où l’on entasse la récolte.

Et, quand ils ont tout pris,

le pain et l’argent,

le cœur et le sang,

que font-ils alors ?

 

Ils s’en vont dehors,

un peu plus tôt, un peu plus tard,

comme les moineaux, quittent le raccard.

 

 

 

JE CROYAIS

Je croyais que pour être heureuse,

il fallait avoir une belle robe de drap,

un tablier de soie à rubans bleus,

un mouchoir à franges,

et des souliers très bas,

pour aller à la messe le dimanche.

 

Je croyais que pour être heureuse,

il fallait avoir des chemises blanches,

filées à la maison,

des aiguillettes brillantes,

et un chapeau bien recourbé,

garni de velours fin.

Allez ! je me trompais.

 

Pour être heureuse,

il faut être couchée de tout son long,

dans une boîte au cimetière,

avoir une robe de terre,

celle-là ne s’usera pas.

 

 

 

POURRAIS-TU ?

Tu voudrais mesurer toute la montagne,

avec les cordons de ton tablier,

pourrais-tu ?

Non, tu serais morte avant,

ma gentille.

 

Tu voudrais mesurer la grandeur des nuages,

avec les rubans pendus à ta coiffe,

pourrais-tu ?

Non, tu serais morte avant,

ma gentille.

 

Et tu voudrais savoir

combien, combien je t’aime,

pourrais-tu ?

Non, tu seras morte avant,

ma gentille.

 

 

 

LE COFFRE

J’ai mis dans le coffre noir,

mon chapeau des fêtes,

avec une bague d’argent,

mon tablier et mon mouchoir,

en soie, à fleurettes.

 

J’ai mis dans le coffre noir,

les habits du père,

avec les robes de l’enfant,

et les petits bonnets tout cousus de rubans.

 

Car les deux sont au cercueil,

dans le cimetière.

Que dire, que voulez-vous ?

N’allons-nous pas tous

au fond de la terre.

 

 

 

LE PAIN

Le pain qu’on a fait cuire au four

était tiède et blanc.

Le feu l’a doré,

le feu l’a séché,

le feu l’a brûlé.

Qu’en faire à présent ?

Rien, il faut le jeter.

Boulanger, à quoi pensais-tu ?

 

Mon cœur était tendre et blanc,

comme la pâte douce.

Dans quel four l’as-tu jeté,

quel feu l’a séché,

quel feu l’a brûlé.

Qu’en faire à présent ?

Rien, il faut l’écraser.

Folle, folle, à quoi pensais-tu ?

 

 

 

ALLEZ EN PAIX

Le Curé nous dit souvent :

« Allez en paix. »

Mais, sait-on vraiment,

que faire, où aller ?

On en a tant de chagrins,

de toutes les sortes,

que partout on les emporte,

avec soi par les chemins.

C’est le fils loin,

la femme morte,

et le mal de toujours marcher,

rien que pour manger.

 

Nous pouvons répondre au curé :

« Puisque c’est ainsi,

n’ôtez pas votre surplis,

et menez-nous, vous savez,

où les croix bleues sont plantées,

tout près de l’église.

Nous nous arrêterons là,

vous ferez sonner le glas,

et quand vous aurez dit

les prières des morts,

nous irons en paix, alors. »

 

 

 

LES PRUNES

Quand on va s’asseoir dans un pré,

sous un prunier,

pour se reposer,

on entend tomber les prunes,

une par une.

 

Et quand on songe au temps passé,

sous la cheminée,

pour se rappeler,

ne sent-on pas toutes les peines,

qui vous reviennent,

une par une,

comme les prunes

tombent du prunier.

 

 

 

NOTRE-DAME

Je suis entrée seule,

dans la chapelle bleue,

et j’ai dit à Notre-Dame :

Comment avez-vous pu garder

les sept poignards enfoncés

dans votre cœur tout transpercé,

Notre-Dame !

Votre sang coulait-il pas,

comme le torrent,

et votre Jésus ne pleurait-il pas,

en vous regardant ?

 

Moi, je ne porte qu’un poignard,

et je marche à peine,

pour venir jusque vers vous,

demander votre pitié.

Voyez mon sang,

qui coule comme le torrent,

Notre-Dame,

mais Germain ne pleure pas,

en me regardant !

 

 

 

LE FOUR

Quand le four est éteint,

il a la bouche noire,

il est froid comme la tombe,

et sombre

comme la mort.

 

Mais, quand on fait le pain,

il a la bouche rouge,

il est tout chaud, comme le sang,

et clair,

comme l’enfer.

 

Et quand nous irons dormir

au fond de la fosse,

noire comme le four éteint,

pourrons-nous pas nous réveiller

dedans le brasier

où le diable vous fait griller

comme du pain.

 

 

 

LE VERTIGE

Je peux marcher le long du bisse,

au-dessus de l’abîme,

je regarde droit devant moi,

la tête ne me tourne pas.

Pourtant, d’autre se sont tués,

là-bas.

 

Mais, je ne peux pas cheminer

auprès de toi, Josette,

je vois tout sombre alors,

et ma tête s’en va.

Je pense à ceux qu’on n’a jamais revus,

rien que pour cela.

 

Je n’ai pas le vertige en haut de la montagne,

tu me le donnes, toi.

 

 

 

PLUS RIEN

À Tsupuis, sous les pins,

la terre est bien pelée,

et l’herbe tant brûlée,

par là ne pousse rien.

 

Mais, c’est ainsi depuis toujours,

tandis qu’autour de moi,

j’ai eu de si jolis enfants,

de bons prés et des vignes,

et le mari qui m’aimait tant.

 

J’ai perdu tout mon bien et toute ma famille,

et comme à Tsupuis, sous les pins,

on ne saurait plus rien trouver

pour la faucille,

ni dans mon cœur, ni dans ma main.

 

 

 

LE CHANVRE

On a fait sécher le chanvre,

clair comme des cheveux d’enfants,

mais je ne peux plus le broyer,

c’était bon quand j’avais vingt ans.

Je regarde faire,

assise devant la maison,

près de la porte de la cave,

sur une pierre.

 

Sommes-nous pas comme le chanvre,

quand nous avons vécu longtemps ?

La vie mène la tracatte,

vous bat le cœur,

et puis vous broie les jambes et les bras.

Il ne reste rien que la force

de dire encore une prière,

pour ne pas tomber en enfer.

 

 

 

JE SAIS BIEN OÙ TU VAS

Pourquoi mets-tu ta veste sur ton épaule,

d’un air si fier ?

Tu as un chapeau neuf, une cravate verte,

je sais bien où tu vas.

 

Je souhaite que les pierres

coupent tes souliers,

que la pluie trempe ton habit,

et que le vent t’étouffe si tu chantes.

Car je veux que tu meures,

avant d’arriver.

 

 

 

PLUS JAMAIS

Ne me laisse pas partir,

ne me laisse pas partir,

Crésance, je t’en supplie !

Car, si je m’en vais,

pour ne pas revoir, même quand je rêve,

celle que j’aimais,

tout au fond d’une rivière,

mes deux yeux je fermerai,

et plus jamais, plus jamais,

ne les rouvrirai.

 

 

 

LE CHÊNE

En conduisant la chèvre,

ou en portant le foin,

je ne passe jamais plus sur ce chemin,

parce que je verrais le chêne

dont le pied est brûlé.

 

Nous sommes venus là, un jour,

un geai s’est envolé,

comme notre amour.

 

 

 

UN SEUL HIVER

Toutes les années, les ormeaux

font des feuilles, des branches,

les arbres ont l’air de périr,

et puis ils recommencent.

Mais nous n’avons qu’un seul hiver.

 

Ce que je n’ai jamais vu,

ce sont les cheveux revenus

sur une vieille tête.

 

Ce sont les yeux rapetissés,

qui se réveilleraient tout sombres,

et brillants comme le miroir.

 

Ce sont les joues brunes creusées,

retendues comme des cerises,

au mois de juillet.

 

Cela jamais je ne pourrai le voir,

même pendant une heure,

à moins que d’en rêver.

Car nous n’avons qu’un seul hiver.

 

 

 

SAIT-ON ?

On en a bien vu à mon âge,

de ceux qui promènent la nuit,

tout légers, tout blancs,

sans faire de bruit.

Sait-on si ce sont des nuages,

ou bien des revenants ?

 

Ils se tiennent sous les noyers,

clairs comme la neige,

tout droits et tout grands,

mais on ne voit pas leurs visages.

Sait-on si ce sont des nuages,

ou bien des revenants ?

 

 

 

DIS TON CHAPELET

Dis ton chapelet pour moi,

j’en ai tant besoin, Catherine !

Puisque tu ne veux pas m’aimer,

tu ne peux pas me refuser

de prier pour moi.

 

Va dans la chapelle.

Je sens que ta prière sera bonne,

qu’elle guérira mon chagrin,

si tu la dis bien doucement,

en tournant les grains,

comme tu fais tourner mon cœur

entre tes doigts.

Dis ton chapelet pour moi.

 

 

 

LE MALHEUR

J’entends le hiboux crier dans les chênes,

va, le malheur est sur nous,

Germaine.

Retourne dans ta maison,

celui qui me poursuit arrivera bientôt,

je sais ce qu’il faut faire.

 

Et, s’il y a du sang demain,

près de la fontaine,

viens-y tremper ton mouchoir,

et garde-le précieusement.

Car je serai loin,

bien loin pour longtemps,

Germaine.

 

J’entends les hiboux crier dans les chênes.

 

 

 

LA DENT

Fonxine, qu’as-tu ?

Mère, une dent qui me tourmente.

 

Descends demain à la ville,

il faut la faire arracher.

 

Fonxine, qu’as-tu ?

Le cœur qui me tourmente, Mère,

j’aime tant Gabriel, qui ne peut pas m’aimer.

Que faire, que faire ?

 

Si nous avions plus d’un cœur,

je te dirais de l’arracher.

LE BLÉ

J’ai regardé pousser le blé,

il est si petit d’abord,

et si faible qu’on ne sait jamais

comment viendra la récolte.

Au chaud soleil il a mûri,

il a fait de beaux épis

qui me montaient à la poitrine.

Et puis, on les a coupés,

ils sont battus, le grain caché,

la paille sèche,

l’hiver sera bientôt là.

 

J’ai senti pousser l’amour,

il était d’abord si faible

que je n’aurai jamais cru

qu’il pouvait grandir aussi vite.

 

Au temps des blés il a mûri,

fort comme les gros épis,

il me montait dans la poitrine.

 

C’est une autre qui l’a coupé,

il est battu, le grain moulu,

la plante sèche,

la mort sera bientôt là.

 

 

 

PLAISANTERIE

Je vais chercher des bouts de vigne,

et je les rapporterai

à la chèvre difficile

qui ne donne rien de lait.

 

« Écoutez-moi bien,

si la chèvre n’a rien,

c’est que cette année,

le lait monte dans les cornes.

Croyez-moi,

trayez par en haut,

au lieu de traire par en bas. »

 

 

 

LE BEURRE

Le beurre arrive des montagnes,

on le fait fondre, et on le met

dans la seille en bois, à la cave,

pour le retrouver en hiver.

 

Et quand on gagne la vieillesse,

faut-il pas fondre ses malheurs

et les cacher au fond de soi,

pour les retrouver quelquefois,

si l’on y voit.

Car, vous savez,

il fait bien plus noir qu’à la cave,

dans le cœur d’un vieux comme moi.

 

 

 

LE SILENCE

Je n’ai plus besoin de parler,

le pays m’en raconte assez

des histoires.

 

C’est contre le château, là-bas,

que Jean-Marie m’a dit un soir d’hiver

qu’il m’aimait.

Il y aura tantôt cinquante années

et c’est comme hier.

 

Dans notre chalet du mayen

j’étais toute seule

et la montagne remuait

par un gros orage.

C’est alors que la fille est née ;

il m’en a fallu du courage !

Mais elle ne fait rien que rire,

et n’a jamais su travailler.

Cependant, combien j’ai prié !

 

C’est tout en haut près du grand bisse

que notre garçon s’est tué.

Quand les autres l’ont descendu

il avait le crâne fendu.

Il y aura bientôt vingt ans,

qu’il est allé trouver le père.

 

Et c’est par le chemin d’en bas

que l’autre est parti,

un jour après boire.

Mais il y a bien plus longtemps…

et il ne m’a jamais écrit.

Que croire ?

 

Je n’ai plus besoin de parler

le pays m’en raconte assez

des histoires.

 

 

 

LES QUILLES

Dans le village, les filles,

c’est un jeu de quilles,

je jette mon cœur au milieu,

il en tombe une, puis deux,

les autres à la file.

 

Mais, je ne me marie pas,

je me moque de cela,

j’aime bien mieux boire.

Les bouteilles qu’on abat,

c’est un jeu de quilles,

et elles ne vous ennuient pas,

comme les filles.

 

 

 

 

 

 

 

LA BRANTE

Tu as chargé sur tes épaules,

une brante lourde, pleine de raisins,

et tu dois te courber en marchant.

Que la route est pénible !

 

Mais, quand tu rentreras à la maison,

tu trouveras ta femme qui t’attend,

avec une bonne raclette,

et une channe de muscat.

Alors, tu seras content.

 

Tu n’es pas le seul à peiner,

sous une charge trop pesante,

par les chemins,

et tu ne peux pas voir

ce que moi je supporte.

 

Ma brante est plus lourde que la tienne,

j’y ai mis tous mes chagrins ;

pressés comme les raisins,

ils donneront un vin

plus amer que l’absinthe.

Et c’est ce vin-là que je dois boire seule

toute ma vie.

 

 

 

JE RESTE GARÇON

Les premiers mois du mariage,

il n’y a rien que de beau,

mais après…

Elle s’en va la beauté,

il arrive des enfants

qui crient tout le temps :

oui moi ! oui moi !

La femme se fâche, elle ne fait que gronder,

au lieu de chanter,

comme quand elle était fille.

Voilà la famille.

 

Il y a du moindre et du bon,

mais en attendant, je reste garçon.

 

 

 

LA FIN

Elle est si vieille la maison,

bâtie en mil six cent,

quand il fait du vent,

tout craque, on entend

des pas sur sa tête,

et la musique dans les fenêtres.

Elle est rongée, mais le bois

durera plus longtemps que moi.

 

Je n’ai pas un seul garçon,

pour arranger la maison,

que faire

quand les murs se défont ?

Il faut donc laisser entrer

le gel en hiver, la pluie en été.

 

J’ai moins de cheveux que d’ardoises au toit,

et les jambes courbes ainsi que les poutres,

mes yeux sont troublés,

tout gris comme les vitres,

et je marche à bâtons.

 

Elle tombe ma vie,

mais quand on est fini,

quand les forces s’en vont,

il faut laisser entrer la maladie,

la fièvre en été, la mort en hiver,

que faire ?

 

 

 

C’EST INUTILE

Je vais m’en aller

en place à la ville.

 

Tu pourras me chercher,

mais c’est inutile,

jamais tu ne me trouveras.

 

Tu pourras m’appeler,

mais c’est inutile,

personne ne te répondra.

 

Tu pourras m’aimer,

mais c’est inutile,

quand je serai partie, en place à la ville,

jamais tu ne me reverras.

 

 

 

LE BŒUF

Tu vois, le petit bœuf,

comme il travaille bien,

il a de la force et de la patience,

il marche tout le jour

sans se plaindre de rien.

C’est qu’il est tant brave.

 

Françoise, tu sais, quand tu seras ma femme,

comme lui je travaillerai.

Alors, je pourrai te donner

de la farine et du café.

Tu garderas du sucre sous ton oreiller,

et tu auras toujours

du pain blanc le dimanche,

dis, ne seras-tu pas contente ?

Nous allons bien nous aimer,

j’ai aussi de la force et de la patience,

et j’irai tout le jour, sans me plaindre de rien,

si, pour le soir, quand je reviens,

tu descends me chercher

du vin frais à la cave.

Tu seras tant brave.

 

 

 

LE MAUVAIS FILS

Compte, compte si tu peux,

tous les épis, toutes les herbes,

toutes les feuilles et tous les fruits,

par le pays.

 

De même, tu ne peux compter

ni mes cheveux blancs, ni mes larmes,

et les chagrins que tu m’as faits,

à moi qui t’ai porté.

 

Je n’ai songé qu’à ton bonheur,

je t’ai soigné, pour récompense,

j’ai vieilli sans une espérance,

et tu veux me faire mourir.

 

 

 

PAUVRETÉ

L’automne est venu trop tôt,

la vendange est maigre,

les vignes sont jaunes déjà,

et le pays tout couvert d’or.

Mais nous n’avons rien dans nos poches.

 

Le soleil d’été a tout bu,

les grappes sont mortes,

à présent l’étourneau emporte

le restant.

 

Adieu, le bon vin brûlant,

la fontaine est proche…

Le pays est tout couvert d’or,

mais nous n’avons rien dans nos poches.

 

 

 

LE PIC

Autrefois, le soir, j’entendais frapper,

doucement à ma fenêtre,

et je savais qui venait.

Alors, la veillée était douce,

on égrenait le maïs,

et, tout en filant, on chantait.

 

Ce temps-là n’est plus,

je laisse ma fenêtre ouverte,

car personne ne doit venir.

Et si, parfois, j’entends frapper,

ce n’est que le pic, en haut des noyers.

 

 

 

LE BOUQUET

Le bouquet de la Saint-Jean

s’est fané contre la porte.

Il était si frais, maintenant,

ce ne sont que fleurs mortes.

Et moi aussi, j’ai séché,

dans notre maison,

mais il a fallu plus de temps,

car, lorsque j’avais trente ans,

j’étais belle et forte,

comme le bouquet,

quand on l’a cloué

contre la porte.

 

Les jolies couleurs sont parties d’abord,

ensuite le courage.

Mais qu’attendre encore à mon âge,

sinon la mort ?

 

 

 

LA FAUX

Quand je vois commencer

les épis de blé,

je pense à la faux

qui viendra les couper,

quand ils seront beaux.

 

Mais, ils grandissent aussi

les petits,

comme des épis.

En les voyant forts et beaux,

je pense à la faux !

 

 

 

LES ORMEAUX

Il faut monter tout en haut,

des ormeaux,

pour en arracher la feuille,

et se déchirer les mains

aux branches qui brûlent,

comme des tisons.

 

Mais, on conserve au sommet

un bouquet

que le vent balance ;

l’ormeau maigre n’est pas mort,

il s’endort,

en retenant quelques feuilles

qui attenant le printemps.

 

 

 

LA ROSE

Le médecin a dit à la Rose :

« Tu dois mourir dans une année. »

Elle a, dans la poitrine,

un mal qui ne guérit pas.

Mais, que faire, que faire ?

Patienter.

 

J’ai de bonnes joues, et des yeux qui luisent,

je peux travailler,

et si le médecin passait,

il dirait en riant : « Toi, tu as la santé. »

 

Je ne répondrai rien,

mais je suis comme Rose,

j’ai dans le cœur un mal qui ne guérira pas.

 

J’aurais voulu que le médecin dît :

« Tu dois mourir aussi dans une année. »

 

Mais, que faire, que faire ?

Patienter.

 

 

 

LE CHIEN NOIR

Cours vite, cours vite,

voilà le chien noir

qui vient en bas le roc.

S’il nous attrape ce soir,

nous sommes perdus !

Quand il nous aura mordus,

c’est bien la mort qui nous prendra.

Fais un grand signe de croix

pour que tes péchés ne te pèsent pas,

tu pourras courir plus vite, plus vite,

voilà le chien noir.

 

 

 

L’OMBRE

L’ombre s’amasse le soir,

au fond des vallées.

 

Le soleil est allé rejoindre la neige au sommet,

mais on ne peut plus le voir,

quand on a la tête courbée.

 

Avec la vieillesse,

il vient assez de tristesse,

s’amasser au fond des années.

 

Elle est plus épaisse que l’ombre,

et tout en haut se tient l’espoir,

mais on ne peut pas le voir,

quand on a la tête courbée.

 

 

 

LE REVENANT

Entre nous deux, Ludivine,

il y a le revenant.

C’est celui qui t’a embrassée,

l’autre soir sous le mûrier.

Je ne l’ai pas vu, je le sais.

 

Sa bouche est marquée sur ta bouche,

comme avec du sang,

et, toujours, je la verrai.

Car, entre nous deux, Ludivine,

il y a le revenant.

 

 

 

LE COQ ET LE CORBEAU

Petit, petit,

entends-tu le coq chanter ?

C’est la gaieté.

Entends-tu le corbeau crier ?

C’est la tristesse.

 

Ah ! dans la vie, tu le verras,

au matin le coq chantera,

tout contre la maison, dans l’herbe.

Et puis, à l’entrée de la nuit,

le corbeau noir fera son cri,

près de la ruine.

 

Hélas ! quand tu auras grandi,

petit, petit,

tu sauras cela.

 

 

 

LE GLAS

Mathi, jamais tu ne sonneras

pour mon mariage.

Endors-toi dans le clocher,

et laisse pendre les cordes.

À quoi bon.

 

Je viendrai te réveiller

quand ce sera l’heure,

et je te dirai :

Sonne, sonne le glas longtemps

jusqu’à ce que je sois arrivée au torrent,

tu sais, là-bas…

Que la cloche m’accompagne.

 

Et quand on me rapportera,

alors tu t’arrêteras.

À quoi bon.

 

 

 

L’ATTENTE

Surtout, ne ferme pas ta porte,

attends-moi ce soir,

quand l’angelus aura sonné,

je viendrai te voir.

 

Éteins le taguelin,

et tiens-toi tranquille,

je fais moins de bruit que le chat,

la mère n’entendra pas.

Et tandis qu’elle croira

que tu dors,

Marie-Barbéra,

ton galant t’embrassera.

 

 

 

NE ME DITES RIEN

Ma mère, ne me dites rien,

tout est inutile,

je veux m’en aller au couvent,

en bas, à la ville,

chez les Sœurs de l’Hôpital.

Vous garderez mon chapeau,

et mes aiguillettes,

je n’en aurai plus besoin.

 

On va couper mes cheveux.

Quand j’aurai le bonnet blanc,

et la robe bleue,

vous ne me reconnaîtrez pas.

Mais le bon Dieu saura bien

que je suis la Marguerite,

qui ne peut plus rester là-haut,

parce qu’elle a trop de chagrin.

 

 

 

L’IMAGE

Sait-on qui l’a rapportée…

J’étais encore une petite.

À cette place, elle a toujours été

Notre-Dame des Ermites,

toute brune,

dessinée avec des cocardes d’or

sur sa belle robe étalée,

et des lettres sous ses pieds.

C’est une image bien tirée,

et la Patronne a grand pouvoir.

Aussi, quand on l’a priée,

tous en famille le soir,

on a beaucoup plus d’espoir.

 

 

 

LE JOUR DES MORTS

La cloche aura beau pleurer,

on ne peut pas les rappeler,

ceux qui sont morts.

 

Ils dorment si dur, si profond,

là, tout au fond.

 

La cloche aura beau crier,

on ne peut pas les réveiller,

ceux qui sont morts.

 

 

 

LA PROMESSE

Quand nous nous marierons,

je mettrai à ton doigt

une bague d’argent qui luira,

comme la lune.

 

Je mettrai sur ta bouche

un baiser aussi doux,

que les poires d’automne,

que tu aimes tant.

 

Je mettrai dans ton cœur

un amour aussi fort

que les mélèzes des montagnes,

qui vivent si longtemps.

 

 

 

LA NEIGE

Nous avons l’hiver aux talons,

et les femmes cachent leurs mains,

en courant sur les chemins,

tout jaunes de feuilles.

 

Nous avons l’hiver au menton,

les mouches sont mortes.

Les vieilles, les vieux,

dès le matin referment les yeux,

au coin du feu.

 

L’hiver monte toujours plus haut,

il étale ses draps de neige.

Et tous les petits qui toussaient,

et tous les vieux qui se tassaient,

sont maintenant sous la terre gelée.

 

Le trou était noir,

le pays tout blanc,

au jour de leur enterrement.

 

 

 

L’ABEILLE

Agnès, Agnès, tu es une abeille,

ta bouche a le goût du miel,

mais ta langue aime piquer.

Pourquoi te moquer ?

 

Tu sais que je t’aime,

et tu oublies le matin

que tu m’as aimé la veille.

Tu es une abeille.

 

 

 

LA PLUIE

Tombe, tombe la pluie.

 

N’est-ce pas Notre-Dame

qui pleure avec les anges

en haut du paradis,

par pitié pour la campagne,

toute séchée au soleil.

 

L’herbe s’est redressée,

la raison gonflera,

la terre est amollie.

 

Mais nous autres, quand nous pleurons,

c’est bien inutile.

Nos larmes ne servent à rien,

quand elles ont brûlé nos yeux,

la misère n’est pas finie.

 

Tombe, tombe la pluie.

 

 

 

LA FONTAINE

Elle est jolie, claire et froide,

la fontaine,

elle a plus de chance que moi,

parce que son eau est rapide.

Je l’ai regardée couler,

et j’ai pensé :

Si je pouvais vivre aussi vite,

que l’eau s’en va !

 

Je traîne de longues journées,

dans mon cœur, il fait chaud, il fait noir

et je voudrais détourner

la fontaine,

pour la faire passer en moi,

jolie, claire et froide.

 

Mais voilà,

elle reste où elle est, la fontaine,

et je ne peux pas vivre aussi vite,

que l’eau s’en va.

 

 

 

LES YEUX SECS

Si l’arbre voulait pousser,

lorsque c’est l’automne,

il ne pourrait pas.

Son bois est tout sec,

ses feuilles sont mortes.

 

Et moi, je voudrais pleurer.

Hélas, c’est l’automne,

et je ne peux pas.

Mes yeux sont tout secs,

mes larmes sont mortes.

 

 

 

LA COURONNE

Une petite fille a fait une couronne,

avec des campanettes

et des mourguiets tout blancs.

Je l’ai vue en passant,

quand j’allais à la vigne.

 

Le soir, en revenant, j’ai trouvé la couronne,

jetée dans le ruisseau,

la fillette était loin.

 

Avec tout mon amour, j’ai fait une couronne,

pour celui que j’aimais, et la lui ai donnée,

quand on marchait ensemble,

en allant à la vigne.

 

Le soir, en revenant j’ai trouvé la couronne,

jetée dans le ruisseau,

mon amant était loin.

 

 

 

LE CHAT

Comme il est maigre le chat !

Il ne peut pas devenir gras,

à la maison, il n’y a rien pour lui,

il n’attrape que des souris,

quand il y en a.

 

C’est bien plus décourageant

lorsque les enfants

risquent d’avoir faim.

C’est autre chose que le chat !

Mais, vous savez, ils mangent du pain,

quand il y en a.

 

 

 

PUISQU’ON N’A PAS MIS

Puisqu’on n’a pas mis pour nous

la table des noces,

les channes remplies de vin,

et le gâteau des fêtes,

j’aurais voulu te coucher

moi-même au cercueil,

avec un chapelet autour de tes mains.

 

Au cimetière au moins,

j’aurais pu te suivre en priant,

et, dans la terre,

tu ne m’aurais jamais trompée.

 

 

 

L’ORAISON

Cyprien prend son bâton

et met sur son dos,

sa besace en toile.

Avec ses gros souliers ferrés,

il est parti de bon matin,

aux Ermites d’Einsiedeln,

pour y faire une prière.

 

Que demande Cyprien ?

 

Il s’en va chercher le repos

pour l’âme du père

qui revient,

et tourmente la maison,

car il a, de son vivant,

trop aimé l’argent.

 

Et comme, chaque nuit, à toute la famille,

à la mère, au fils, aux filles,

en pleurant,

il réclame une oraison…

Cyprien prend son bâton.

 

 

 

LE CAILLOU

Tes yeux sont noirs comme les mûres,

et ta bouche aussi rouge

que les cerises.

 

Ton cou est doré,

comme le bois du mélèze au soleil,

et tes cheveux sont plus épais

que l’herbe du pré.

 

Tes dents blanches sont serrées

comme les graines du maïs,

et tu es la plus belle des filles du pays,

Patience !

 

Mais, je ne voudrais pas devenir ton époux,

car tu as le cœur plus dur qu’un caillou.

 

 

 

PRENDS GARDE

Prends garde, Justine,

mon bâton d’arole est plus dur que l’acier.

 

Si tu mets encore ta main

dans celle d’Adrien,

dimanche, vers le soir,

je lui dirai : « Laisse ton verre… »

Et nous irons près du raccard.

 

Quand nous aurons assez causé,

étendu sur les pierres,

il aura la tête aussi rouge

que celle du pivert,

et les deux bras sur la poitrine.

 

Prends garde, Justine,

mon bâton d’arole est plus dur que l’acier.

 

 

 

LE PETIT

Les yeux du petit sont tout bleus,

comme les rubans du manteau

de Notre-Dame.

 

Ses joues, rouges comme les fleurs

qu’on voit sous un verre à l’autel,

dans notre église.

 

Et ses cheveux sont comme l’or,

qui reluit tout en haut du chœur,

près de la tête du bon Dieu.

 

Les yeux du petit sont tout bleus.

 

 

 

LE SCAPULAIRE

En passant par Lintine,

j’ai cueilli de l’absinthe,

je l’ai placée devant la porte,

pour écarter les maladies.

 

En allant à la ville,

j’ai acheté un scapulaire,

et je l’ai donné à bénir,

aux Pères Capucins,

en invoquant le nom des saints.

 

Maintenant, je suis plus tranquille,

car je l’ai placé sur mon cœur,

pour en chasser ton souvenir.

 

 

 

 

 

 

 

 

LA RACLETTE

Ma mère, apprêtez le fromage,

et les trintchours de bois,

j’apporte les sarments,

la cheminée est pleine,

le feu est aussi beau que celui de l’enfer.

La pierre est bonne chaude,

et le fromage coule,

prenez du pain de seigle,

et régalez-vous bien.

L’amigne est dans la channe,

et la porte est fermée,

le travail est fini, on peut se reposer.

 

Ma mère, croyez-vous

que pour tous nos péchés,

si le diable nous prend,

tout comme le fromage,

il nous mettra bien fondre,

pour faire une raclette,

avec ceux qui sont morts,

sans faire pénitence…

 

Ma mère, croyez-vous ?

 

 

 

LA MALADE

J’ai rencontré une femme,

toute pâle qui se traînait.

Elle a dit : « J’étais malade,

et quand on est enfermée,

ils sont grands les jours,

longues les années. »

 

J’ai répondu : « Moi aussi,

je suis tant malade.

Je vais bien par les chemins,

mais quand on n’est plus aimée,

sont-ils pas plus grands, les jours,

plus longues les années ? »

 

 

 

LE GEAI

Sur un bouleau il y avait,

un geai qui criait,

qui criait, dès le matin,

tout ce qu’il savait.

 

Ainsi faisait Valentin,

quand il allait raconter

qu’il t’aimait, qu’il t’aimait

plus que tout son bien.

 

Et moi qui ne disais rien,

maintenant qu’il t’a laissée,

je reviens.

 

 

 

LES MAYENS

Vous savez,

quand on met autour du cou des vaches,

le grand collier,

avec le beau toupin qui balance et qui sonne,

elles filent vite, et savent trop bien

que l’herbe a verdi,

et qu’elles vont dans les mayens.

 

Et quand on nous met dans la longue boîte,

avec le chapeau et le tablier,

tandis que la cloche sonne,

croyez-vous pas qu’on est heureux ?

Car le malheur est bien fini,

et l’on s’en va, nous aussi,

dans les mayens,

les beaux mayens du Paradis.

 

 

LES NOIX

Les noix vont par trois,

quatre, cinq ou six,

en haut des noyers.

Elles peuvent au moins causer

avant de tomber.

 

Les filles vont par trois,

quatre, cinq, ou six,

le dimanche en bas des sentiers.

 

Je préfère n’en rencontrer

qu’une à la fois.

On peut mieux causer

que quand elles sont trois,

comme les noix

en haut des noyers.

 

 

 

COMME C’EST TRISTE

Par les chemins, il en est tant tombé,

tant de feuilles mortes, voyez !

Les ormeaux, les chênes, les noyers,

deviennent tout secs pour l’hiver.

Comme c’est triste !

 

Je pourrais bien en semer,

par devant ma porte,

des feuilles, des feuilles mortes !

Elles ne seront pas dérangées,

car celui de l’an passé

ne reviendra plus jamais…

Comme c’est triste !

 

 

LE FOU

Il est parti tout seul un jour.

Ses parents ne le trouvaient plus,

et partout nous l’avons cherché,

sur la montagne,

dans les forêts.

 

C’est à l’autre bout du glacier

qu’on l’a trouvé.

L’était assis sur un rocher

où personne ne peut aller,

et se tenait là bien tranquille,

mais n’avait plus qu’un soulier,

tout seul, sur le glacier.

 

 

L’ARBRE ROUGE

Sur l’arbre rouge, as-tu vu

le corbeau noir ?

L’as-tu entendu ?

En claquant du bec, il a dit

que tout est fini,

les fossés sont froids,

la terre est mouillée.

Nous n’irons plus rire et nous cacher,

dans la bonne chaleur du blé.

Le corbeau noir a dit cela,

en passant,

dans l’arbre rouge, couleur de sang.

 

 

 

LA DANSE

Prends ton minitri, Basile,

nous mettons nos bas blancs,

et nous allons danser,

tout en haut, tout en haut,

plus loin que la forêt,

pour que personne ne le sache.

On emportera du fendant,

du pain et du fromage.

 

Prends ton minitri, Basile,

nous allons danser.

 

Mais, s’il arrive quelque femme

qui porte le cordon à la procession,

elle ira vite dire à Monsieur le Curé,

qu’on a dansé là-haut, plus loin que la forêt.

À la fin du sermon,

nous aurons des reproches.

 

Va, comme on n’est pas jeune

une seconde fois,

tant pis !

Nous allons danser, Basile,

prends ton minitri.

 

 

 

TU VEUX M’OUBLIER

Tu veux m’oublier, comment feras-tu ?

J’ai été partout où tu passes,

aux mayens, à la forêt, à Sainte Marguerite,

dans les vignes d’en bas,

et dans les champs de blé.

J’ai coupé le foin des prés,

j’ai abattu les noix et cueilli les cerises,

tous les sentiers me reconnaissent,

toutes les pierres savent mon nom.

Et tu veux m’oublier, comment feras-tu ?

 

J’ai prié dans l’église, où toi tu vas prier,

j’ai veillé dans la chambre

où tu venais le soir,

j’ai dormi dans la grange,

tu dormais près de moi.

Et tu veux m’oublier, comment feras-tu ?

 

 

 

LA MORT

Il n’y a que la mort de juste,

elle prend le riche et le pauvre,

et jamais elle ne choisit.

C’est une faux dans un grand pré,

elle ne connaît rien aux herbes,

s’il en est de bonnes parmi,

tant pis,

elles tombent comme les autres.

 

C’est pourquoi,

quelquefois,

nous voyons une jolie fille.

C’était la douce fleur du pré

tant pis,

la mort l’a fauchée.

 

 

 

LE VIN CUIT

Madeleine, viens dans la cuisine,

il fait froid déjà.

 

Le vent coule aux creux du pays,

l’hiver est sur la forêt,

et tes mains sont bleues.

Viens, tu te réchaufferas.

Il y a du feu dans la cheminée,

nous ferons cuire du muscat,

avec des épices fortes.

Et, lorsque tu le boiras,

c’est le soleil qui descendra

au fond de ta poitrine.

 

Madeleine, viens dans la cuisine,

dehors il fait froid.

 

 

 

LE FLÉAU

Avant l’aube, les fléaux

battent dans la grange.

Ils battent les grains

qui seront le pain,

et les font danser sur la toile.

 

Faut-il pas toujours travailler

pour manger ?

 

Mon cœur est un fléau,

qui bat dans ma poitrine.

Et comme des graines, il bat mes chagrins

sous ma chemise de toile.

 

Faut-il pas toujours souffrir et pleurer,

pour aimer ?

 

 

 

INVITATION

Ils sont tous partis, je reste à la maison,

seule avec la chatte.

Viendras-tu pas me voir ?

 

Nous ferons un grand feu de pommes de sapin

qui sentira l’église,

un bon feu qu’on entendra rire,

comme un petit enfant.

La channe est pleine de fendant,

et j’ai mis dans une corbeille

de grosses noix qui craquent,

et les plus beaux raisins

que les oiseaux n’ont pas piqués.

Assis sur l’escabeau, tu fumeras ta pipe,

et moi, je filerai.

 

Dans notre cuisine, il fait si bon le soir.

Viendras-tu pas me voir ?

 

 

 

LE NOM

Tu me dis d’oublier.

Ton cœur est-il donc

comme l’eau du ruisseau

qui ne garde les images,

qu’un moment ?

 

Est-il comme le chemin

où l’on passe,

en effaçant la trace

de ceux qui ont déjà passé ?

 

Moi, je sens le mien aussi ferme

que la pierre où j’ai marqué

une date en haut de la porte.

Et maintenant, ce nom,

y restera gravé,

rouge et profond.

 

Irène,

ton cœur est-il donc

comme l’eau du ruisseau ?

 

 

 

J’AI MENÉ LE CABRI

J’ai mené le cabri,

tout noir et tout frisé,

pour manger l’herbe dans les prés

et les jeunes feuilles des haies.

Il sautait tout le temps,

il était si joyeux.

 

J’ai mené mon amour,

tant joli, tant léger,

par les plus beaux chemins,

sous les fleurs des pommiers.

II riait tout le temps,

il était si heureux.

 

Le cabri s’est enfui,

je ne l’ai retrouvé,

je n’ose plus retourner chez le père.

 

J’ai perdu mon amour,

l’avez-vous rencontré ?

Je ne peux plus retourner au village.

 

Il faut que je m’en aille,

le cœur et les mains vides,

dans un autre pays,

dans une autre maison.

 

 

 

PAS TANT D’AFFAIRE

Je ne peux plus chanter,

est-ce ta main ou bien la sienne,

qui vient me serrer le cou ?

Pourtant, je ne vois personne.

As-tu dit au revenant

qui se tient sur la ruine

de me suivre pour me tuer ?

Pas tant d’affaire, tu sais.

 

J’ai, dans le raccard, une bonne corde,

la poutre est solide, le mélèze est dur,

et je ne suis pas lourde,

car je deviens toute mince,

depuis que je te connais.

Pas tant d’affaire, tu sais,

au moins là-bas dans l’autre monde,

je pourrai chanter.

 

 

 

LE PARTAGE

Le Sandbott est tout découpé,

par petits carrés,

l’un y plante des raves,

et l’autre y met du blé,

ils sont plus de cent à se le partager.

 

Reine, tu es très belle.

Ton cœur est occupé

par combien de galants,

pourrais-tu les compter ?

L’un te promet sa vache,

et l’autre, son mulet.

Prends garde, prends garde,

de trop t’en amuser !

 

Il pourrait bien un jour

s’en trouver un plus fin

qui prendrait tout ton cœur

et ne promettrait rien,

comme un maître voleur

prendrait tout le Sandbott.

 

Mais avant ce malheur,

n’en trouverais-tu pas

un seul parmi les autres,

qui fasse ton bonheur.

 

 

 

C’EST BIEN FINI

Tu te rappelles qu’autrefois,

quand la mère t’avait battue,

c’est toujours auprès de moi

que tu es venue.

 

On s’asseyait sous un sureau,

tu pleurais à ton aise,

comme un petit ! T’en souviens-tu ?

C’est que la mère était mauvaise.

 

Mais, à présent, c’est bien fini.

S’il te vient plus tard de l’ennui,

je ne pourrai rien faire,

puisque tu as pris un mari…

C’était bon quand c’était la mère.

 

 

 

EPÏNGOUÉ

Épïngoué qui tenez mes cheveux,

vous ne me faites pas de mal,

vos pointes de laiton sont douces !

 

Tandis que cet amour,

qui remplit tout mon cœur,

me pique et me brûle.

Il aurait pu être si tendre,

mais il est fait de fer rougi,

et jamais ne se refroidit.

 

Épïngoué qui tenez mes cheveux,

vos pointes de laiton sont douces.

 

 

 

MÉPRIS

Je t’ai jeté mon cœur,

comme on jette une pierre,

car tes yeux m’ont toujours fait peur,

et je ne savais comment faire

autrement.

 

Pour un fruit, ou pour une fleur,

tu te serais baissée,

tu n’as pas ramassé mon cœur.

Seras-tu toujours aussi fière ?

 

À ta porte, je l’ai laissé,

tout froid et cassé,

comme une pierre.

 

 

 

LA FAUCILLE

Ma vieille voisine,

avec votre faucille,

jamais vous ne couperez

autant d’épis de seigle,

que je sèmerai d’amour

dans le cœur des garçons.

Mais je veux rester fille.

 

Avec votre faucille,

ma vieille voisine,

jamais vous ne ferez tant de mal aux épis,

que Xavier m’en a fait.

 

Aussi, pour me venger,

rien qu’avec un regard,

comme avec la faucille,

je veux les faucher tous,

et puis ne rien donner.

Pour un qui m’a tout pris

je ne puis pardonner.

 

 

 

LAQUELLE L’ATTRAPERA

Marguerite, Joséphine,

Louise et Barbéra,

j’ai un joli bien,

je n’aime personne,

j’ai une bonne maison,

des vignes, des prés,

qui m’épousera ?

 

Je n’aime personne,

mais il est bien temps

de prendre une femme,

laquelle m’aimera ?

 

Je sens que mon cœur est mûr,

il va tomber comme une noix.

Laquelle l’attrapera ?

Marguerite, Joséphine,

Louise ou Barbéra.

 

 

 

LE VENT

As-tu vu le vent

chasser les feuilles en automne ?

Voilà ce que tu as fait

de tous ces beaux souvenirs

que je conservais.

Si chaque arbre allait chercher

ses feuilles perdues,

pourrait-il les retrouver

quand le vent d’automne a passé ?

 

Voilà ce que tu as fait.

 

 

 

LA BLESSURE

Le cloutier m’aurait planté

son fer rouge dans les yeux,

j’aurais moins souffert,

que lorsque cette idée

m’est entrée,

que tu avais un amoureux.

 

Le torrent aurait passé

dans ma gorge,

il m’aurait moins étouffé

que mon sang,

en pensant

à ce mal que tu m’as fait.

 

Et quand la foudre est tombée,

sur l’ormeau,

elle a fait moins de morceaux

que cette affreuse douleur,

dans mon cœur,

qu’elle a pour jamais brisé.

 

 

 

LA HACHE

Tu peux couper toutes les branches du chêne,

à coups de hache,

et les laisser périr,

pour les brûler en hiver.

Le chêne ne dira rien.

 

Mais tu ne pourras pas couper,

même avec la hache,

l’amour que je t’ai donné,

du fond de mon cœur.

Si tu frappes, je crierai,

et tout le pays l’entendra.

Va ; ne coupe que le chêne,

il ne dira rien.

 

 

 

LE PRESSENTIMENT

Il a plu cette nuit.

Les pruneaux sont tombés,

dans l’herbe mouillée,

et les petits enfants

vont les ramasser en chantant.

 

C’est bientôt fini l’été,

et quand tout sera flétri,

je sens que je partirai.

Ce sera peut-être un jour,

peut-être une nuit.

Alors les pénitents tout blancs,

m’emporteront en chantant.

 

 

 

TU RIRAS

Il me faut tout quitter pour aller à la ville,

car le pays sans toi, ce n’est plus le pays,

j’y suis comme en enfer.

Et je vois seulement combien la vie est dure,

quand tu m’aimais,

je ne le savais pas.

 

Je n’ai jamais senti les pierres,

sur le chemin où tu passais,

je me moquais de la misère,

j’étais riche quand tu chantais.

Ton amour était tout mon bien,

et maintenant, je n’ai plus rien.

Il faut donc que je m’en aille,

tu ne m’embrasseras pas,

et demain, ou ce soir, peut-être,

tu riras.

 

 

 

LE COUTEAU

Je me suis ouvert la main,

avec le gros couteau de Pierre,

le sang coulait tout rouge dans la poussière,

c’était auprès de la chapelle,

vous savez bien. ;

Si je ne m’étais pas blessée,

je n’aurais pas su comment

le gros couteau coupait.

 

Je me suis ouvert le cœur,

le jour où j’ai vu Pierre,

qui riait avec Marie,

c’était auprès de la chapelle,

vous savez bien.

Je suis entrée devant l’autel,

j’ai commencé ure prière,

et je disais à Notre-Dame :

Si Pierre ne m’avait pas blessée,

en riant,

je n’aurais pas su comment,

comment je l’aimais.

 

 

 

J’AI DIT

J’ai dit à l’eau qui coule :

Peux-tu pas apaiser

la fièvre qui me ronge,

comme tu rafraîchis

les pierres du torrent.

 

J’ai dit au vent qui souffle :

Pourrais-tu pas chasser

bien loin de moi les peines,

aussi loin que tu mènes

les feuilles dans les sentiers.

 

J’ai dit à la montagne :

Je t’ai toujours connue,

pourrais-tu pas me rendre

aussi forte que toi,

pour supporter la vie.

 

Le vent m’a répondu :

Tes peines sont plus lourdes

que les feuilles du chêne,

et j’aurais beau souffler,

point ne les chasserais.

 

Et l’eau m’a répondu :

Le soleil chauffe moins les pierres,

que l’amour ne sèche ton cœur,

et j’aurais beau couler,

ne te rafraîchirais.

 

Et la montagne a dit :

J’aime mieux supporter

le rocs et les forêts,

que le poids d’une vie.

Si j’en avais la charge, point ne résisteras. 

 

 

 

ENTERREMENT

Pour enterrer mon amour,

j’ai remué doucement

la terre,

au pied d’un alizier blanc.

 

C’est dans un pré où l’eau ne passe pas,

ainsi, je sais que par là

aucune fleur ne poussera,

et que cette place sera

toujours vide et désolée,

comme ma poitrine,

d’où mon amour mort s’en est allé.

 

Au pied d’un alizier blanc,

je l’ai enterré.

 

 

 

 

 

 

 

GLOSSAIRE

Amigne – Vin du Valais.

Bisse – Ruisseau.

Bourgo – Pédale du rouet.

Brante – Vase de bois dans lequel on transporte le raisin.

Brouscade – Orage.

Campanette – Fleur des champs.

Cavagne – Hotte.

Channe – Pot d’étain.

Cocarde – Fleur ronde (dahlia, souci, etc.)

Épïngoué – Épingle à cheveux.

Fendant – Vin du Valais.

Johogne – Noisette.

Mayens – Chalets des hauts pâturages.

Minitri – Petit instrument de musique.

Mourguiets – Muguets.

Ouispillon – Sorte de lys.

Pénitents – Paysans revêtus de la cagoule blanche, qui portent le cercueil.

Raccard – Grange.

Raclette – Fondue au fromage.

Taguelin – Petite lampe à huile.

Toupin – Cloche de vache.

Tracatte – Outil à broyer le chanvre.

Trintschours – Assiettes de bois.

 

 

 

 


Ce livre numérique

a été édité par la

bibliothèque numérique romande

 

https://ebooks-bnr.com/

en octobre 2024.

 

– Élaboration :

Ont participé à l’élaboration de ce livre numérique : Sylvie, Michèle, Yves, Françoise.

– Sources :

Ce livre numérique est réalisé principalement d’après, Marguerite Burnat-Provins, Chansons rustiques, Vevey, Säuberlin et Pfeiffer, 1951. D’autres éditions ont été consultées en vue de l’établissement du présent texte. L’image de couverture, de l’autrice, représente Pendant le sermon. La vieille Cloutière, crayon aquarelle et pastel, 1900 (collection particulière). Les illustrations dans le texte sont également de l’autrice :

Jeune fille de Savièse, 1900, crayon, aquarelle, gouache, fusain et pastel sur papier de couleur, Hans Preisig, Musée cantonal des beaux-arts de Sion ;

Un ménage, planche illustrée, 1903, xylographie en couleurs, in Petits tableaux valaisans. Saüberlin & Pfeiffer, 1903,195 p. ;

La femme aux étains, huile sur toile, c. 1900, (Collection Banque cantonale du Valais)

Homme assis, planche illustrée, 1903, xylographie en couleurs, in Petits tableaux valaisans. Saüberlin & Pfeiffer, 1903,195 p.

Oiseau parmi les fleurs, sans date, crayon, aquarelle et gouache sur carton (Collection particulière).

– Dispositions :

Ce livre numérique – basé sur un texte libre de droit – est à votre disposition. Vous pouvez l’utiliser librement, sans le modifier, mais vous ne pouvez en utiliser la partie d’édition spécifique (notes de la BNR, présentation éditeur, photos et maquettes, etc.) à des fins commerciales et professionnelles sans l’autorisation de la Bibliothèque numérique romande. Merci d’en indiquer la source en cas de reproduction. Tout lien vers notre site est bienvenu…

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