Table des matières
III L’HORLOGERIE RÉPANDUE DANS LE CANTON DE NEUCHÂTEL
XI F.-L. FAVRE-BULLE PHINÉE PERRET
XIX HENRI GRANDJEAN ULYSSE NARDIN - DAVID PERRET
XXXII
STATUE ET MONTRE DE DANIEL
JEANRICHARD
À mes Concitoyens !
Le travail dont j’ai pris l’initiative et dont M. Auguste Bachelin a bien voulu entreprendre l’exécution avec cette compétence, cette érudition et cette recherche fidèle de la vérité qui distinguent par-dessus tout les travaux de notre compatriote, est né d’une double préoccupation.
Nous avons pensé rendre service à nos concitoyens et à notre public industriel en rassemblant et en coordonnant dans un travail d’ensemble sur l’horlogerie neuchâteloise tous les matériaux, tous les faits, tous les éléments d’information, tous les témoignages dignes d’être recueillis dans un travail de cette nature et en reconstituant ainsi, pour l’enseignement des générations nouvelles, une histoire aussi complète que possible de notre industrie, de ses origines, de ses développements successifs, de la vie et des travaux des horlogers qui l’ont illustrée.
Nous avons voulu en second lieu, par cette publication, honorer d’un nouveau témoignage de respect, d’admiration et de gratitude le génie de Daniel JeanRichard et celui de tous ces patients inventeurs et de tous ces artistes horlogers qui ont si dignement continué son œuvre.
Un Français, écrivain distingué en même temps qu’habile horloger, Pierre Dubois, dans des lettres qu’il a publiées en 1852 sur l’horlogerie dans les cantons suisses, a écrit ce qui suit :
« Si j’étais Neuchâtelois et si j’avais quelque pouvoir dans le pays, je voudrais que Daniel JeanRichard eût sa statue dans une des villes du canton. Un peuple s’honore en perpétuant par des monuments durables le souvenir de ses grands hommes, poètes, législateurs, guerriers ou artistes, mais le même peuple s’honore encore bien plus en ne laissant pas tomber dans l’oubli les noms de ces hommes qui, nés dans l’obscurité la plus profonde, sortent de la foule et deviennent les bienfaiteurs de leur pays. »
Le sentiment qui a dicté ces lignes est bien celui sous l’inspiration duquel nous avons agi les uns et les autres.
Perpétuer par un monument le souvenir de l’homme qui a jeté les assises de notre industrie et de notre prospérité industrielle était un devoir qui s’imposait au patriotisme et à la reconnaissance des Neuchâtelois ! Ce devoir est aujourd’hui rempli ! La statue de Daniel JeanRichard est aujourd’hui debout sur l’une de nos places publiques !
Mais nous devions en outre donner une autre marque de respect et de piété filiale à la mémoire de ce bienfaiteur et à celle de tous ces horlogers neuchâtelois qui ont suivi sa tradition et qui ont contribué, par leur opiniâtre labeur, par leurs consciencieuses recherches et par leur esprit d’invention, à porter à un si haut degré de développement l’art de l’horlogerie, en remettant sous les yeux de la génération actuelle l’histoire de leurs travaux, de leurs luttes, de leurs fatigues et de leurs conquêtes.
En même temps qu’elle attestera une fois de plus la reconnaissance nationale envers ceux qui nous ont doté de notre industrie, cette histoire nous servira à mieux juger l’œuvre puissante accomplie par le génie industriel de nos pères ; elle nous fera mieux voir ce que sont nos travaux et nos efforts d’aujourd’hui, comparés aux efforts prodigieux de ces grands novateurs qui tiraient tout d’eux-mêmes, et c’est en mesurant les résultats actuels de notre activité industrielle au chemin qu’ils ont parcouru, à la hardiesse de leurs conceptions, aux progrès étonnants qu’ils ont su réaliser, que nous apprécierons dignement et ce qu’ils ont fait et ce qu’il nous reste à faire !
Neuchâtel, 4 juillet 1888.
R. COMTESSE,
conseiller
d’État.
L’horlogerie, la plus nationale, la plus importante de nos industries, a été étudiée déjà par un grand nombre de ses praticiens avec le soin, le respect qu’elle mérite.
Nos historiens ont raconté les travaux, les luttes de ces chercheurs patients qui ont trouvé, dans nos modestes villages des Montagnes neuchâteloises, la solution des problèmes les plus difficiles de la mécanique et préparé le bien-être des générations futures. En réunissant ici tous les matériaux épars sur ce sujet, nous rendons hommage aux créateurs de l’horlogerie, ainsi qu’à leurs habiles continuateurs.

On raconte qu’en 1630 les communiers du Locle firent placer dans la tour de leur église une horloge exécutée par Abram Perret dit Tornare[1] de Renan, au prix de 500 livres faibles, avec une gratification. C’est le premier ouvrage de ce genre dont il est fait mention dans les annales du canton de Neuchâtel.
En 1752, D. Du Commun dit Tinnon, du Valanvron, près de la Chaux-de-Fonds, en construisit une nouvelle pour le modeste prix de 15 louis d’or neufs ; elle remplaça à la tour du Locle celle d’Abram Perret, qui fut donnée à la paroisse de la Chaux-du-Milieu.
De 1630 à 1679, il n’est pas question d’horlogerie dans notre pays. Les habitants des montagnes neuchâteloises, vivant péniblement du produit de leurs terres, ignoraient non seulement le luxe, mais même les choses aujourd’hui nécessaires à tous, aussi la première montre qu’on y vit fut-elle un événement et, on peut le dire, un des plus heureux de notre histoire.
Ici apparaît la belle figure de Daniel JeanRichard, aujourd’hui légendaire. Nous transcrivons ce qu’en ont écrit les biographes neuchâtelois, F.-A.-M. Jeanneret et J.-H. Bonhôte.
« Daniel JeanRichard dit Bressel[2], communier de la Sagne, bourgeois de Valangin, naquit à la Sagne, en 1665 ; il montra de bonne heure un goût décidé pour les arts mécaniques : dans son enfance il s’amusait à fabriquer, sans autre outil qu’un mauvais couteau, de petits chariots de bois et d’autres machines plus compliquées, indices précoces de son futur génie. Son père le voyait à regret s’occuper d’objets futiles et peu propres, selon lui, à lui faire gagner sa vie ; cependant il apprit l’état de serrurier, et son habileté dans la mécanique s’exerçait à raccommoder de grossières horloges, construites en fer à cette époque.
« Une circonstance fortuite décida de la vocation du jeune Richard. Un marchand de chevaux, nommé Peter, revenant en 1679 à la Sagne, lieu de son domicile, après un séjour en pays étrangers, y apporta une montre de poche fabriquée à Londres. Par grand bonheur elle s’était dérangée et Peter, qui connaissait le talent, l’adresse du jeune Richard, lui proposa de la réparer. L’apprenti serrurier, qui avait déjà remis des horloges en bon état, n’était pas étranger à la connaissance d’un mécanisme qui a quelque rapport avec celui de la montre. Il accepte la proposition avec joie. On dit qu’il s’éleva à cette occasion une contestation assez vive avec le père, qui sans doute continuait à voir avec peine les goûts de son fils et craignait qu’il n’augmentât le dommage survenu à la montre, au lieu de le réparer : il redoutait, et pour lui et pour son fils, une responsabilité qui, dans le cas d’un insuccès, pouvait leur causer des frais en dédommagement. Peter, qui comprit tout de suite les motifs de l’opposition du père, se hâta de le rassurer en lui déclarant que si le jeune homme échouait dans son entreprise, il ne lui en saurait point mauvais gré, ne lui ferait aucun reproche, et, à plus forte raison, aucune réclamation : il abandonnait d’ailleurs en toute sécurité sa montre aux talents et à l’adresse du jeune homme. Cette confiance fut pour lui de bon augure ; plein de courage, il se mit à l’œuvre et réussit de manière à satisfaire également son père, maintenant tranquillisé, et le marchand Peter.
« Richard analysa la montre en la démontant. Tenant pièce après pièce, il apprit à en connaître les divers usages, leurs proportions et leurs rapports. Quand il eut bien compris tout le mécanisme, hardiment, il prit la résolution de faire un ouvrage pareil ; mais pour y parvenir il lui fallait une foule d’outils qu’il ne pouvait trouver dans l’atelier d’un serrurier. Il n’employa pas moins d’un an à confectionner et à préparer les outils nécessaires et de six mois à faire sa montre.
« C’est à l’année 1681 qu’on peut rapporter la fabrication de la première montre neuchâteloise. À cette époque l’horlogerie était partout encore dans l’enfance : la montre faite par Richard, ainsi que celle qui lui avait servi de modèle, laissait beaucoup à désirer : c’était une grossière ébauche, un faible essai. L’espèce de montre à laquelle elle appartenait s’appelait tourbillon ; elle n’avait point de ressort spiral et le balancier faisait un grand nombre de vibrations ; un bout de corde de boyau remplissait la fonction de la chaîne qui unit la fusée au barillet ; le cadran était d’étain, la boîte en laiton. Le mouvement avait vingt et quelques lignes de diamètre, et les piliers qui portent les platines, un pouce de hauteur.
« Les succès de Richard attirèrent chez lui bien des curieux et des pratiques. Son principal débouché fut d’abord les couvents et les presbytères de la Franche-Comté. Il vendait vingt écus les simples montres de poche. Ses réflexions, son expérience, et sans doute bien des mécomptes, lui suggérèrent plusieurs perfectionnements dans la fabrication des outils. La subdivision du travail, qui est portée si loin maintenant, n’existait pas à cette époque, où l’ouvrier devait trouver le moyen de faire à lui seul le mouvement de la montre, le ressort, les pignons, la boîte, la gravure, la dorure, etc. L’exacte division des roues et des pignons embarrassait surtout Daniel JeanRichard. Un étranger lui ayant appris qu’il existait à Genève une machine à fendre les roues, il se rendit dans cette ville pour la voir ; on lui en fit un mystère, mais ayant aperçu des roues fendues, il comprit que cette opération devait se faire au moyen d’une roulette et d’une plate-forme, chargée de nombres pour déterminer celui des dents et en rendre les intervalles parfaitement égaux. De retour à la Sagne il construisit cette machine si utile dont il pourvut dans la suite plusieurs de ses confrères. »
Richard, croyant qu’il aurait au Locle plus de chance de succès, s’y établit, vers l’an 1705, aux Petits-Monts, sur la route qui, par les Mâles-Pierres, conduisait dans la vallée du Doubs et en France. Deux fils lui étaient nés à la Sagne ; il en eut trois autres au Locle, et tous se vouèrent à l’horlogerie : ce fut là le premier exemple de ces ateliers en famille qui, malheureusement, ne se sont pas conservés dans les grands centres. Les fils perfectionnèrent l’œuvre du père par leurs observations et leurs essais : c’était comme un trésor qu’ils augmentaient chacun.
« Jean-Jacques Richard, dit le banneret Osterwald dans la Description des Montagnes et Vallées qui font partie de la principauté de Neuchâtel et Valangin, fait le commerce d’horlogerie et occupe un grand nombre d’ouvriers. Sa complaisance pour les étrangers, que la curiosité attire dans les Montagnes, égale la profonde connaissance qu’il a acquise des ouvrages de ce genre. Il a fait fabriquer des montres à répétition, dont la boîte et le cadran sont de cristal et dans lesquelles les roues sont placées de manière que l’on peut voir tout le mécanisme et le mouvement intérieur sans les ouvrir. »
Le travail commença à se diviser entre les ouvriers : il y eut des émailleurs, des monteurs de boîtes, des faiseurs de ressorts. La chaîne d’acier remplaça la corde de boyau, le spiral fut appliqué au balancier.
Parmi les élèves de Daniel JeanRichard, il faut citer tout d’abord Jacob Brandt dit Gruyerin, de la Chaux-de-Fonds, que M. le professeur Aug. Jaccard appelle le second génie de l’horlogerie dans nos Montagnes, l’ancien Favre, Prince et Jonas Perret-chez-l’Hôte. Ces trois derniers faisaient par an, avec les fils Richard, environ deux cents montres simples, ayant une seule aiguille pour les heures.
« Daniel JeanRichard, écrit M. A. Jaccard[3], mourut au Locle en 1741 et fut enseveli dans le cimetière qui occupait alors les abords du temple, c’est-à-dire la rue de l’Hôtel-de-Ville et l’emplacement de la fontaine de la cure. »
Le pays était doté d’une industrie nouvelle si bien établie, qu’en 1752, onze ans seulement après sa mort, on comptait déjà dans nos Montagnes 466 ouvriers horlogers.
Cette industrie s’est perpétuée dans la famille Richard, et il eût été regrettable qu’il en fût autrement : il y a toutes sortes d’avantages à ce que les enfants suivent la vocation de leur père. Aux services rendus à la principale industrie du pays par Daniel JeanRichard, doivent s’ajouter ceux dont on est redevable à ses descendants.
En 1781, un siècle après l’apparition de la première montre neuchâteloise, les horlogers, suivant Bernouilli, sont au nombre de 2 177 ; en 1802, on en compte 4 000 ; en 1866, dans tout le canton, 13 706 horlogers fabriquent 800 000 montres. De 1866 à 1878, la population horlogère neuchâteloise s’est accrue suivant une proportion dont le chiffre exact n’est pas connu, il se fabrique annuellement près d’un million de montres, pour une valeur de 50 millions de francs.
Avant que de continuer l’histoire de la fabrication des montres, étudions un moment une autre branche de l’industrie horlogère qui eut son succès dans les Montagnes neuchâteloises. Pendant que Daniel JeanRichard travaillait à ses premières montres, Du Commun dit Boudry, fabricant de faulx au Valanvron, établissait une horloge pour son usage.
« Il avait d’abord voulu acheter une pendule, écrit F.-A.-M. Jeanneret dans ses Étrennes neuchâteloises, mais son prix élevé le découragea, et il forma bravement le projet d’en construire une qui surpassât tout ce qu’on avait encore vu dans ce genre. Il fit une horloge à poids, sonnant les heures et les quarts, indiquant les heures et les minutes avec la même aiguille, par un artifice singulier, marquant de plus les équations, le cours du soleil et de la lune, les phases de celle-ci et le quantième du mois. Quatre automates, représentant les apôtres, un marteau à la main droite et un sabre à la gauche, traversaient une galerie dont les portes s’ouvraient et se fermaient à temps, et sonnaient les quarts en frappant sur un timbre. Un aigle portant un marteau dans l’une de ses serres, paraissait ensuite et sonnait les heures sur un timbre différent et plus élevé, en ouvrant le bec à chaque coup. Cette horloge, qui fit grande sensation, fut désignée sous le nom des apôtres chez Boudry.
« Un autre mécanicien des Montagnes, Matthieu Ducret, construisait aussi à cette époque des horloges, mues par des poids.
« À la fin du dix-septième siècle, un jeune homme de la Brévine, nommé Pierre Matthey-Guenet, ayant vu une horloge dans un monastère du comté de Bourgogne, manifesta à son père le désir de faire une pièce semblable. Celui-ci admonesta vertement son fils sur ce projet absurde. Malgré cela, Pierre Matthey exécuta son horloge, lentement et en secret, et la posa au grenier, contre la cheminée, à côté du foin. Le père entendit le bruit du marteau frappant les heures et, content de l’œuvre de son fils, la fit descendre dans la chambre du ménage. Le jeune homme, qui n’était plus contrarié dans ses goûts, fabriqua l’horloge du clocher de la Brévine, fort bien faite pour les faibles moyens de construction dont il disposait. On a des modèles de correction dans les horloges de Tramelan, de Cortaillod, de Boudry, de Saint-Blaise, fabriquées par Phinée Perret, de la Chaux-de-Fonds, élève de Pierre Matthey-Guenet.
« Ces premières horloges de bois dur étaient mues par des poids ; les roues même étaient en bois et les pignons à fuseau en fil de fer. Le premier perfectionnement fut l’emploi du fer pour les roues et les pignons ; l’expérience démontra plus tard que les pignons en fer s’usaient assez vite par le frottement, et on lui substitua l’acier trempé, au degré reconnu le meilleur. Les roues en fer firent connaître aux premiers horlogers que la rouille attaquait les parties frottantes, lorsqu’on emploie ce métal ; pour y remédier, ils firent usage du cuivre jaune.
« L’invention des ressorts pour faire marcher les horloges paraît venir de Paris.
« Josué Robert, de la Chaux-de-Fonds, est considéré comme le premier horloger qui ait fait chez nous des pendules à ressorts. Fondateur de la Maison Robert, Courvoisier et Cie, il porta sur son dos, à Genève, la première pendule qu’il fabriqua, et par des succès rapides, dus au savoir, à la prudence et à l’ordre, sa maison prit rang parmi les plus florissantes des Montagnes.
« Un peu plus tard, Daniel Brandt et un mauvais ouvrier de Sur le Pont, près de la Chaux-de-Fonds, furent les émules de Josué Robert, père du capitaine Robert, pendulier renommé, qui a fait construire les premières pendules à carillon, et a formé un grand nombre d’ouvriers distingués. On voit des quadratures de pendules de son invention dans le grand traité d’horlogerie du célèbre Thiout, publié à Paris en 1741, ainsi que des plans de montres et de pendules, perfectionnées depuis, avec la description des pendules à une roue. Le mauvais pendulier de Sur le Pont fut le maître d’apprentissage du célèbre Jaquet-Droz. Le capitaine Joseph Humbert-Droz excellait principalement dans la coupe des glaces de pendules, et travaillait avec beaucoup de soin à tous les ouvrages qu’il entreprenait.
« Rien n’a plus contribué au rapide accroissement des travaux de grosse horlogerie dans notre pays, dont la Chaux-de-Fonds était le centre, que les voyages et le séjour, plus ou moins long, des anciens horlogers à Paris. Remarquons ce fait intéressant : on fabriqua des pendules à la Chaux-de-Fonds avant d’y faire des montres de poche, tandis que ce fut le contraire au Locle, où Daniel Jean Richard fut le premier horloger en petit volume. »
En 1700, la Communauté de la Chaux-de-Fonds commande aux fils de Pierre Brandt, dit Gruyerin, une horloge pour la tour de son église. Elle remplaça celle dont le gouverneur de Stavay-Mollondin avait fait hommage à la Communauté en 1660.
« Avant 1770, le village de Boveresse était essentiellement agricole, écrit M. le professeur Charles Kopp dans son Rapport sur le développement de l’industrie horlogère dans le canton de Neuchâtel (Exposition de Vienne, 1873). En 1770, les Bezencenet y établirent une fabrique de pendules, qui subsista jusqu’en 1800. Elle était très bien organisée ; on avait même construit, sur l’un des murs de la fabrique, un cadran solaire, très soigné, qui a servi d’observatoire aux fabriques de Boveresse, jusqu’en 1870 ; il fut malheureusement démoli par le propriétaire de la maison qui ne se doutait pas de l’intérêt historique de cet instrument. Une pendule, portant la date « 1770 » était peinte, comme enseigne, à côté du cadran.
« L’un des Bezencenet était bon violoniste, il construisit, sans aucun secours étranger, une pendule à musique, qui répétait un air à chaque heure. Elle fut vendue à Genève fort cher, au commencement du siècle. Boveresse se peupla, comme Fleurier, d’horlogers-agriculteurs. On fit, de 1785 à 1820, de nombreux mouvements en blanc, tout à la main, comme on les fait encore aujourd’hui à la vallée de Joux, avec cette différence que les horlogers de la Vallée ont des outils perfectionnés, pendant que ceux du Vallon n’avaient alors que l’outil à planter, l’outil à percer droit et le jeu de fraises. Tout le reste devait se faire à force de patience et d’adresse. »
David-Guillaume Huguenin, de la Brévine (1765-1842), invente et exécute avec son associé, Louis Yersin, d’après les principes de Fr. Houriet, la magnifique pendule à compensation qui se trouve à l’Hôtel-de-Ville de Neuchâtel et a servi de régulateur jusqu’à l’établissement de l’observatoire astronomique cantonal.
Louis-Frédéric Perrelet, du Locle (1781-1854), petit-fils d’Abraham-Louis Perrelet, exécuta en 1823 une pendule astronomique d’un nouveau genre, indiquant les heures, minutes et secondes du temps solaire moyen et celles du temps sidéral ; le pendule à compensation était en zinc et en acier.
Paul-Louis Guinand, des Brenets, mort en 1824, fut d’abord ébéniste et fabriqua des cabinets de pendules.
Alexandre Houriet et William Dubois, du Locle (1811-1869), sont les inventeurs et constructeurs de deux pendules astronomiques, chefs-d’œuvre de précision, acquises par l’observatoire cantonal et qui font le plus grand honneur à ces deux artistes. La première de ces pendules, construite par l’Association ouvrière du Locle, sous la direction et d’après les plans de W. Dubois, compte, selon le rapport de M. Hirsch, juge compétent en cette matière, parmi les meilleures pendules astronomiques connues. La seconde, de Houriet, avec pendule compensé à mercure, se distingue par une solidité remarquable. A. Houriet, qui avait étudié sous la direction des meilleurs maîtres du Locle et de Copenhague, a fondé à Couvet une fabrique d’horlogerie fine, il y occupait près de deux cents ouvriers dont il fut le soutien, l’ami même, et devint président de la Société d’émulation du Val-de-Travers. Atteint d’une maladie de poitrine, il mourut en 1859, à l’âge de trente-et-un ans, regretté de tous.
W. Dubois a doté la géodésie d’un chronomètre électrique, permettant en campagne, où l’établissement d’une pendule offre trop de difficultés, de se servir de la méthode chronographique.
Revenons à l’horlogerie de petit volume.
« Jacob Brandt dit Gruyerin[4], le premier élève de Daniel JeanRichard, après avoir acquis auprès de lui les connaissances nécessaires, fonda à la Chaux-de-Fonds, avec son frère Isaac, un atelier qui y fut longtemps unique. Peu à peu, des jeunes gens se groupèrent autour des deux frères ; les heureux résultats qu’ils obtinrent en encouragèrent encore d’autres ; les femmes et les filles même commencèrent à s’occuper d’horlogerie, et, bientôt, il n’y eut plus une seule maison où l’on ne travaillât pas à quelque branche de cette industrie. Ici, comme au Locle, les perfectionnements se multiplièrent rapidement, et cela est d’autant plus remarquable que ces gens, pour la plupart bergers et laboureurs, n’ont pu y arriver que grâce à leur intelligence et à leurs talents naturels. »
En 1730, D.-J.-Jacques-Henri Vaucher, élève d’un des premiers ouvriers de Daniel JeanRichard, introduit l’horlogerie à Fleurier qui n’avait, à cette époque, qu’une petite population, mais énergique et laborieuse. En 1770, ce village ne possédait qu’un seul fabricant entouré de quelques ouvriers actifs et intelligents. C’est dans cette fabrique si modeste alors, mais dont le développement ne s’est pas fait longtemps attendre, que Ferdinand Berthoud fit son apprentissage. Nous reviendrons plus tard sur la vie et les œuvres de cet éminent concitoyen.
« Jonas Courvoisier-Clément[5], communier du Locle, bourgeois de Valangin, fabriquait au Locle, en 1766, des balances pour les essayeurs des monnaies. Il avait inventé une machine, mise en mouvement par l’eau, servant à séparer l’or et l’argent que contiennent les cendres des orfèvres. Il construisit une petite balance qui roule sur deux rubis, dont le balancier est d’or et que la 500ème partie d’un grain fait trébucher. Ce mécanicien distingué a fabriqué une quantité considérable d’excellents outils pour les horlogers des Montagnes.
« Un membre de la même famille, Daniel Courvoisier-Clément demeurant à la Chaux-de-Fonds, excellait dans différents ouvrages d’horlogerie et de gravure ; il a travaillé dans les monnaies du roi de Sardaigne qu’il a perfectionnées. Il construisit un fusil à vent, à deux canons concentriques, qui perçait une double planche à la distance de cinquante pas. Il est aussi l’inventeur de l’instrument qui sert à estamper ou frapper d’un seul coup les aiguilles de montres en or, travaillées à jour.
« Nous devons citer encore Jonas-Pierre Courvoisier qui vivait à la même époque à la Chaux-de-Fonds et construisait des cabinets de pendules en marqueterie, en bois d’Inde, en nacre de perle, en ivoire et autres matières précieuses. »
Une fois l’horlogerie bien établie au Locle, à la Chaux-de-Fonds et au Val-de-Travers, l’esprit inventif du Neuchâtelois se donna pleine carrière et de tous les côtés surgirent des perfectionnements qui amenèrent la montre à un degré non éloigné de celui qu’elle devait atteindre dans les premières années de notre siècle. Nous devons rendre hommage à tous ces travailleurs qui ont contribué par leurs inventions au développement de notre industrie et amélioré la condition sociale de notre peuple à travers plusieurs générations.
Un horloger, vulgairement appelé Jean-Pierre de la Combe, qui habitait, il y a un siècle, sur les montagnes de Travers, faisait lui-même toutes les parties d’une montre, le mouvement entier, le cadran, la boîte, le grand ressort, la chaîne, etc., avec des outils de sa fabrication. Ceux qui connaissent les difficultés du métier admireront la patience et les essais de ces hommes qui ont fait le bien-être de plusieurs générations. Privés du secours de la géométrie pour les dimensions relatives aux pièces, privés de machines à diviser le cercle, ils étaient réduits à diviser leurs plates-formes avec le compas ; et les roues des premiers horlogers furent faites de la même manière, tout fut fabriqué par ces ouvriers infatigables, à la lime, à force de bras, pour les montres et pour les pendules, avec la plus laborieuse patience.
Matthey-Claudet, de la Chaux-de-Fonds, mécanicien de talent, y construit le premier tour à guillocher.
« Joseph Humbert[6], du Locle, travailla longtemps pour la cour de France. Pendant la régence du duc d’Orléans, Enderlin, célèbre horloger-mécanicien à Paris, fut chargé de construire un tour pour graver les boîtes de montres. Cette machine était destinée au régent qui s’occupait d’horlogerie. Joseph Humbert, que son père avait placé à Paris pour s’y perfectionner, travailla longtemps chez Enderlin à la confection de ce tour, qui est au Conservatoire des arts et métiers de Paris et mérite l’attention des connaisseurs. Cet instrument n’était pas encore achevé que Joseph Humbert, désirant revenir au pays et ne pouvant obtenir la permission de son patron, quittait Paris sans son consentement. Mais arrêté par les archers du roi aux portes de la ville, il consentit à achever ce long travail ; Enderlin avait obtenu son arrestation uniquement parce que le jeune homme, doué d’un talent remarquable, s’était rendu indispensable. Le régent le récompensa généreusement. De retour au Locle, Joseph Humbert y fut très utile à ses compatriotes par ses connaissances en horlogerie et en mécanique, et l’on comprend la part qu’il prit à la construction des premiers tours à guillocher, ainsi qu’à celle d’autres outils inconnus chez nous à cette époque. Il établit un divisoir, qui, malgré sa justesse médiocre, a rendu des services précieux aux horlogers.
« Jean-Jacques Jeanneret-Gris[7], guillocheur distingué, perfectionna l’ébauche de la montre de poche au moyen des outils. Mais dégoûté par les difficultés que lui occasionnaient les ouvriers conducteurs des machines, il vendit les outils inventés et exécutés par lui à M. Frédéric Japy, fondateur de la fabrique de Beaucourt, pour la somme de six cents louis d’or neufs (13 903 francs).
« Frédéric Japy était fils d’un maréchal ferrant du village de Beaucourt dans le Haut-Rhin ; après avoir fait un apprentissage de deux ans chez Abram-Louis Perrelet, il entra comme ouvrier dans l’atelier de Jeanneret-Gris qui fit sa fortune en lui cédant ses machines et ses inventions. En 1806, le fondateur de Beaucourt se retira des affaires, laissant à ses trois fils le soin de continuer son œuvre. Ils firent usage à cette époque d’une découverte nouvelle de Jeanneret-Gris, pour la fabrication des blancs-roulants, destinés aux pendules de cheminées.
« Au commencement du siècle, Jeanneret-Gris inventa un divisoir qui, au moyen d’une vis s’engrenant au bord de la roue, peut diviser le cercle en plus de cent mille parties ; il fut exécuté par David-Louis Matthey-Doret, du Locle, un des meilleurs ouvriers mécaniciens qu’aient produits nos Montagnes.
« Les frères de Jeanneret-Gris, David-Louis et Louis-Frédéric, furent d’abord associés pour la fabrication des boîtes d’or ; mais cette partie ne leur offrant plus assez de ressources, ils se séparèrent pour s’occuper uniquement d’horlogerie mécanique. Le premier fabriqua des piliers pour les ébauches ; plus tard il construisit, pour un fabricant de Paris, la première machine à graver les rouleaux qui ait existé chez nous. Il imagina un tour à guillocher qu’il adapta à cette machine, afin d’obtenir une plus grande variété de dessins. Il fabriquait aussi des électrophores et employait ses loisirs à confectionner des ballons. Son frère, Louis-Frédéric, a inventé un instrument pour faire les pignons de montres de poche. Ses machines furent copiées par d’autres fabricants, malgré leur construction d’une exécution difficile. Ces outils ont apporté un grand perfectionnement dans les engrenages de la petite horlogerie, par la justesse et la régularité de la forme des pignons. Nous ignorons l’époque de la mort des deux frères aînés ; le cadet, David-Louis, est décédé vers 1833. »
Quand le génie industriel d’un peuple s’est éveillé, il se développe rapidement dans plusieurs directions : un inventeur en stimule un autre et de l’émulation, de la rivalité même naissent de nouvelles inventions. On ne peut citer les noms de tous ceux qui contribuèrent au perfectionnement de l’horlogerie, mais nous nous arrêterons sur deux hommes qui, par leurs travaux mécaniques, eurent une grande influence sur l’industrie qui nous occupe ici et illustrèrent notre pays par leurs ingénieuses créations.

Pierre Jaquet-Droz[8], né à la Chaux-de-Fonds en 1721, manifesta dès son bas âge des aptitudes particulières pour l’étude. Ses parents l’envoyèrent à l’Université de Bâle apprendre la théologie.
Lorsqu’il eut passé son examen de proposant, il fit un séjour dans son pays et voyant sa sœur occupée d’horlogerie, il s’associa à son travail. Doué d’une adresse remarquable, il réussit à merveille et finit par renoncer au ministère. En peu de temps le théologien devint un excellent horloger. Enhardi par les premiers résultats de ses travaux, il abandonna les procédés connus pour réaliser ses propres idées.
Dès lors il agrémenta les simples pendules de carillons ou de jeux de flûte, quelquefois d’un canari artificiel qui sortait d’une cage en chantant avec des mouvements si naturels de la tête et des ailes, qu’on avait peine à croire qu’il ne fût pas vivant. Il se voua dès lors spécialement à l’horlogerie artistique et à la fabrication des automates.
Une de ses pendules cheminait pendant un temps prolongé, sans qu’il fût besoin de la remonter. Cette espèce de mouvement perpétuel était établi au moyen de métaux différents se dilatant et se contractant sous une température égale. Ils étaient combinés de manière à agir avec ensemble et méthode sur le mécanisme de la pendule dont il est impossible de décrire ici toutes les particularités.
Une autre pendule répondait, sans qu’on la touchât, à la question : « Quelle heure est-il ? » On présume que le souffle de l’interlocuteur suffisait, par une délicate combinaison, à faire mouvoir le mécanisme.
Une autre pendule encore montre les heures, les minutes et les secondes. Le centre du cadran indique le cours du soleil à travers le zodiaque, les quatre saisons et les différentes phases de la lune, en concordance parfaite avec ses révolutions. Le cadran s’éclaire au moment de la pleine lune et les étoiles paraissent et disparaissent en temps voulu.
Sur ce firmament artificiel, le cadran se couvre de nuages si le temps est pluvieux ou s’éclaircit s’il est beau. Aussitôt que l’heure a sonné, un carillon se fait entendre : il joue neuf mélodies différentes auxquelles répond un écho. Une dame, assise sur un balcon, tenant un livre à la main, accompagne la musique du geste et du regard, prend de temps en temps une prise de tabac et s’incline vers ceux qui ouvrent la porte de verre de la pendule.
Le carillon fini, un canari chante huit airs. Il est posé sur la main d’un enfant dont les gestes expriment l’admiration.
Un berger vient à son tour jouer de la flûte et deux enfants dansent une ronde. Tout à coup l’un des enfants se jette à terre, afin de faire perdre l’équilibre à l’autre, et se tourne vers le spectateur en montrant du doigt son compagnon. Près du berger, un agneau bêle de temps en temps et un chien s’approche de son maître pour le caresser et surveiller une corbeille de pommes. Si quelqu’un la touche, il aboie jusqu’à ce qu’on ait remis le fruit en place.
Tous ces ouvrages sont malheureusement à l’étranger, où ils se payaient plus cher qu’au pays ; l’un d’eux est à Madrid. Jaquet-Droz était allé dans cette ville vers le milieu du siècle dernier, à l’instigation de Milord Maréchal, gouverneur de Neuchâtel. On raconte à cette occasion, l’anecdote suivante :
Jaquet-Droz présenta une de ses pendules au roi Ferdinand VI qui en fut tellement ravi qu’il lui paya les frais de voyage et lui offrit cinq cents louis d’or.
Le roi rassembla ses courtisans, afin de leur montrer son acquisition. Parmi les automates qui accompagnaient la pendule se trouvait un berger jouant de la flûte et un chien gardant une corbeille de fruits. « Le chien, dit Jaquet-Droz, est aussi fidèle que bien dressé ; que Votre Majesté veuille bien le mettre à l’épreuve en touchant à l’un des fruits de cette corbeille. » Le roi voulait prendre une pomme, mais aussitôt le chien se lança sur sa main en aboyant d’une façon si naturelle qu’un braque se trouvant dans l’appartement y répondit de toutes ses forces. Les courtisans crurent au sortilège et s’enfuirent en se signant dévotement ; il ne resta plus que le roi et le ministre de la Marine. Ce dernier demanda au berger l’heure qu’il était ; comme celui-ci ne répondait pas, Jaquet-Droz remarqua en souriant qu’il ne connaissait probablement pas encore l’espagnol et pria Son Excellence de lui adresser la parole en français. La question fut répétée dans cette langue et le berger répondit aussitôt. Effrayé, le ministre s’empresse de quitter le cabinet du roi. À la suite de cette séance, l’artiste neuchâtelois, qui craignait d’être emprisonné par l’Inquisition et brûlé comme sorcier, pria le roi de faire venir le grand Inquisiteur. Jaquet-Droz démonta la pendule en sa présence, pièce après pièce, lui fit voir tous les ressorts, lui expliqua chaque rouage. Il est permis de croire que l’Inquisiteur n’y comprit à peu près rien ; toutefois, il attesta publiquement qu’il ne se trouvait aucune magie dans cet ouvrage, entièrement mû par des moyens naturels.
Pierre Jaquet-Droz eut un fils, Henri-Louis, né à la Chaux-de-Fonds en 1752. Le père commença l’instruction de l’enfant et l’envoya ensuite à Nancy achever ses études de physique, de mathématiques, de musique et de dessin. Il se lia avec l’abbé de Servan, le célèbre géomètre et mathématicien ; cette amitié dura toute leur vie.
De retour à la Chaux-de-Fonds, Henri-Louis partagea les travaux de son père qu’il surpassa bientôt. Leurs œuvres se succédèrent dès lors avec rapidité et la renommée des artistes s’étendit si loin que le fermier-général La Reynière, qui avait un fils manchot, leur commanda des mains artificielles. Le mécanisme était si parfait que le jeune homme put exécuter la plupart des mouvements dont il avait été privé jusqu’alors.
Saisi d’admiration à la vue de ce chef-d’œuvre, le célèbre Vaucanson, premier mécanicien de France, dit à Jaquet-Droz : « Jeune homme, vous commencez par où je voudrais finir ! » Du reste, ce ne fut pas l’unique occasion qu’eurent les deux artistes de fabriquer des bras et des jambes à ceux qui en manquaient.
Sans énumérer toutes les merveilles créées par les deux Jaquet-Droz, avec la coopération de leur ami et compatriote Leschot, nous nous bornerons à décrire leurs pièces capitales, trois automates dont la perfection dépasse tout ce qui a jamais été fait en ce genre.

Ce sont : la Jeune musicienne, le Dessinateur et l’Écrivain.
Une jeune femme, assise au clavecin, exécutait avec dextérité, sans qu’on la touchât, plusieurs morceaux de musique. Le dessinateur, assis sur un tabouret, faisait au crayon des dessins qu’il commençait à esquisser correctement et qu’il ombrait ensuite. De temps en temps il soulevait la main, comme pour mieux examiner son ouvrage, corrigeait quelque chose et soufflait la poussière du crayon.
Henri-Louis ayant été à Versailles, montra au roi ses automates. Le jeune garçon dessina, au grand ébahissement de toute la cour, les portraits du roi et de la reine de France.
On comprend sans peine le retentissement de ces faits. Jaquet-Droz passa en Angleterre. On plaça le dessinateur devant le roi et bientôt les bras furent en pleine activité. Mais quelle ne fut pas la surprise des assistants lorsqu’ils virent non point l’image du roi de France, ainsi qu’on s’y était attendu, mais celle du monarque anglais.
Jaquet-Droz, habile dessinateur lui-même, pouvait, au moyen de certains changements introduits dans le mécanisme, produire cette diversité de traits. Il faut encore dire que ces portraits, loin d’être des images achevées, offraient seulement une ressemblance sommaire. Néanmoins, on ne peut que s’incliner devant l’homme de génie qui, par ses remarquables et subtiles combinaisons, a pu produire un instrument aussi parfait et jusque-là complètement inconnu.
Le Dessinateur de Jaquet-Droz n’était cependant pas la plus remarquable des œuvres créées par l’inépuisable génie de cet artiste. Qu’on en juge par l’Écrivain, assis devant un pupitre isolé, sans contact avec personne ; il trempait lui-même sa plume dans l’encrier et écrivait sous dictée, lentement, il est vrai, mais distinctement et correctement. Chaque mot occupait la place convenable, à distance voulue du précédent. Lorsqu’une ligne était finie, il en commençait une nouvelle, en laissant entre elles l’espace libre nécessaire. Les mouvements des yeux, des bras et des mains, étaient admirablement imités ; on pouvait même interrompre l’écrivain ; il s’arrêtait au milieu d’un mot, si on le lui demandait, et en écrivait un autre.
Voici quelques indications sur le mécanisme qui faisait mouvoir l’automate. À l’intérieur du corps se trouvait une roue qui comptait autant de dents que de lettres à l’alphabet. Chaque dent transmettait dans le bras et dans la main le mouvement particulier nécessaire à la formation de la lettre. Auprès de la roue était placée une tige mobile, munie d’un crochet qui s’engrenait aux dents ; ainsi, par exemple, si l’on voulait écrire le mot hors, il fallait que le crochet saisît la dent h et arrêtât la roue qui, dans cette position, agissait sur le mécanisme intérieur de la main et lui faisait tracer la lettre h : là-dessus le crochet était soulevé et la roue se mouvait jusqu’à ce que la dent o arrivât à portée du crochet, que l’artiste abaissait derechef. Dans cette nouvelle position de la roue, le mécanisme traçait l’o, et ainsi de suite. On comprend dès lors la lenteur avec laquelle écrivait quelquefois l’automate, quand les lettres des mots demandés se trouvaient éloignées les unes des autres dans l’alphabet, comme par exemple, dans le mot bocal, où il fallait après chaque lettre un tour de roue à peu près complet avant de tracer la suivante. Si, au contraire, les lettres étaient rapprochées, comme dans le mot abcès, le personnage écrivait beaucoup plus rapidement.
Quelle exactitude de calculs, quelle étonnante complication de ressorts, de rouages, de leviers, ne fallait-il pas pour parvenir à faire écrire chaque lettre de l’alphabet ? Mais là n’était pas la chose principale ; il fallait encore soulever le crochet et lui faire saisir la roue sans qu’on touchât au mécanisme. Le moyen dont se servait Jaquet-Droz pour arriver à ce résultat est, jusqu’à présent, resté inconnu. Les courtisans, les savants, les plus habiles mécaniciens même ont vainement cherché à pénétrer ce mystère, car il va sans dire que le jeune garçon n’écrivait qu’en la présence de Jaquet-Droz, ce qui implique l’idée d’une action exercée à distance par ce dernier. On a supposé qu’il se servait d’un aimant caché dans ses souliers ou dans ses habits ; cette idée a été suggérée par l’habitude qu’il avait de se promener de long en large et de se tourner tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, pendant que l’automate écrivait ; en effet, dans quel but aurait-il agi de la sorte, sinon pour attirer le crochet vers la roue à l’aide de l’aimant et pour le retourner ensuite par la même force ? On voulut essayer d’agir en sens inverse, au moyen d’autres aimants de grande puissance ; les seigneurs de la cour en cachèrent dans leurs habits et s’efforcèrent, par leurs attitudes et leurs mouvements, de troubler le jeu de l’appareil, mais ce fut en vain : l’automate écrivait avec la même exactitude. L’Écrivain existe encore et doit se trouver à la cour de Russie[9] ; il continue à écrire, pourvu que le crochet et la roue soient mis en mouvement, à la main. Quel était le moteur qui le faisait agir ? Voilà le secret que l’artiste a emporté malheureusement trop tôt dans la tombe.
La supposition d’un aimant caché, servant d’agent moteur, a été peut-être accréditée par l’anecdote suivante. On raconte que Jaquet-Droz se rendit avec un de ses amis à la foire annuelle de Neuchâtel et s’arrêta longtemps, et avec le plus grand intérêt, devant l’étalage d’un marchand de jouets : de petits canards de métal nageaient dans un baquet rempli d’eau et suivaient tous les mouvements de la main du propriétaire. En retournant à la Chaux-de-Fonds, Jaquet-Droz n’était point comme de coutume ; silencieux et pensif, il semblait absorbé dans de profondes réflexions ; enfin il s’écria : « Mon affaire est faite ! »
Quoiqu’il en soit, on peut dire que nulle création de ce genre ne parvint à égaler les œuvres de ces hommes remarquables ; ainsi, un de leurs élèves, Jean-David Maillardet, de Fontaines, au Val-de-Ruz, qui s’était acquis une grande renommée à l’étranger en faisant, avec son fils Auguste, d’importants ouvrages automatiques, essaya d’imiter l’Écrivain. Il réussit à produire un automate offrant une assez grande analogie avec le modèle, mais fort éloigné du degré de perfection de celui-ci.
Les trois chefs-d’œuvre des Jaquet-Droz, la Musicienne, le Dessinateur et l’Écrivain leur valurent d’immenses succès dans toute l’Europe. Longtemps après, malgré l’absence de celui qui les faisait mouvoir, ils furent admirés à l’Exposition de Paris en 1825, et, plus tard à Neuchâtel. Il résulte de la réputation de ces œuvres capitales que d’autres créations des mêmes artistes, aussi ingénieuses quoique d’apparences plus modestes, sont restées presque inconnues.
Au nombre de ces œuvres distinguées et cependant ignorées du public, nous citerons une grande pendule représentant une scène champêtre. Une paysanne et son âne vont au marché et reviennent à la maison avec un chargement de farine. Une vache paît dans la prairie, son veau gambade auprès d’elle en faisant des sauts d’une maladresse plaisante ; des chèvres grimpent sur les rochers. Un berger et une bergère forment un groupe à l’entrée d’une grotte ; au premier plan se trouve un jardin, avec une volière remplie d’oiseaux. Les troupeaux bêlent, les oiseaux gazouillent, le berger joue de la flûte, les bergères dansent.
Le croirait-on ? On ne trouve plus aujourd’hui dans notre canton un seul de ces chefs-d’œuvre, pas même un de ces jolis oiseaux qui volaient en chantant dans la chambre et furent cependant fabriqués en nombre considérable par ces artistes : ils ont presque tous pris la route de Constantinople.

Le rude climat des Montagnes étant contraire à sa santé, Jaquet-Droz se fixa à Londres ; mais il n’y resta pas longtemps et s’établit à Genève, avec son ami Leschot, en 1784. Sa bonté était aussi grande que son génie : la ville, reconnaissante de touchants actes de bienfaisance, lui conféra le droit de bourgeoisie.
Son père avait dû, lui aussi, quitter la Chaux-de-Fonds pour cause de santé. Il fixa son domicile à Bienne, où il mourut en 1790 ; le fils ne lui survécut pas longtemps ; atteint d’une maladie de poitrine, il se rendit à Naples et y mourut l’année suivante, à peine âgé de trente-neuf ans.
Charles Meiners, professeur à l’Université de Gœttingue, qui faisait un voyage en Suisse, visita la Chaux-de-Fonds.
« En venant en Suisse, écrit-il, je désirais surtout faire la connaissance de Jaquet-Droz dont la renommée était parvenue jusque dans nos contrées. Aussitôt arrivés, nous nous empressâmes d’aller chez lui, mais nous eûmes le malheur de le manquer ; il était à Bienne chez des parents, et son fils non moins célèbre que lui, m’a-t-on dit, avec un génie encore plus grand, était également absent, car il est maintenant établi à Londres. J’eus un véritable chagrin de ne pas le trouver, car il est un des hommes les plus illustres et les plus remarquables par l’esprit d’invention que nous ayons en Europe. J’aurais voulu entendre de sa bouche l’histoire de son admirable famille et celle de son industrieux pays. À vrai dire, si je n’avais que l’espoir de voir cet homme célèbre, je n’aurais pas lieu de me plaindre, car le lendemain, comme nous quittions la route de la Chaux-de-Fonds, j’eus le plaisir de le rencontrer. La crainte d’être importun en le retenant exposé à une intolérable chaleur dans un chemin privé d’ombrage, m’empêcha de l’arrêter. Je vis en lui un homme de robuste apparence, de taille moyenne, au visage arrondi, éclairé par de grands yeux noirs. La physionomie annonçait l’homme d’esprit, mais si je n’avais su à quoi m’en tenir, ses regards et ses traits ne m’auraient point révélé un génie tel que le sien.
« Nous n’avions trouvé à la Chaux-de-Fonds ni le père ni le fils que nous désirions voir, ni leur principal chef-d’œuvre, l’Écrivain, qui est à Paris où on le montre pour de l’argent. »
La période la plus glorieuse de la Chaux-de-Fonds embrasse précisément l’époque où vivaient les Jaquet-Droz et s’étend jusqu’aux dix premières années de notre siècle. Les progrès vraiment surprenants que fit l’horlogerie à ce moment sont dus aux habitants des Montagnes ou plutôt aux Neuchâtelois, car bientôt l’élan donné dans les hautes vallées se communiqua aux autres parties de la principauté, de telle sorte que le pays tout entier put être comparé à un immense atelier.
Une gravure d’assez grande dimension nous a laissé un souvenir de leurs travaux. Cette pièce, devenue rare, a pour légende : « Représentation des ouvrages de méchanique, inventés et exécutés par les sieurs P. J. Droz et H. L. J. Droz, célébres artistes de la Chaudefond. Réduit d’après le dessin original fait en Angleterre et gravé à l’eau forte par B. A. Dunker en 1776, terminé par F. Lardy. Dédié à M. Jaquet-Droz, horloger et méchanicien célèbre. »
On conserve précieusement des croquis exécutés par le Dessinateur des Jaquet-Droz : le Musée historique de Neuchâtel en possède plusieurs.
La maison de ces deux artistes, à la Chaux-de-Fonds, a malheureusement été démolie en 1875.
Jean-Frédéric Leschot, de Valangin (1747-1824), fut l’ami et le collaborateur de Jaquet-Droz. « Ces artistes distingués, dit Sénebier, se connurent dès leur enfance ; ils vécurent toujours ensemble pour travailler à leur gloire réciproque en s’aimant, et ils ne furent rivaux que dans les marques d’estime, d’amitié et de prévenance qu’ils ne cessèrent jamais de se donner. » Leschot a inventé et construit une machine à tailler les roues et un appareil pour démontrer la théorie des engrenages. Il avait été reçu gratuitement bourgeois de Genève et membre honoraire de la Société des Arts en 1787.

Nous arrivons à une importante personnalité dont le nom a brillé hors des limites de notre pays d’un éclat qui a rejailli sur ses concitoyens.
« Au milieu du siècle passé[10], les horlogers les plus célèbres, égarés trop souvent par de faux raisonnements, par des expériences peu sûres, ignoraient encore la véritable théorie de leur métier : l’horlogerie attendait qu’un homme de génie vînt l’asseoir sur des principes constants. Ce fut dans ces circonstances que parurent les livres et les montres nouvelles de Ferdinand Berthoud, qui devaient exercer une complète révolution dans ce domaine.
« Ferdinand Berthoud est né le 18 mars 1727 à Plancemont sur Couvet. Son père, bourgeois de Neuchâtel et de Valangin, membre de la cour de justice du Val-de-Travers, destinait son fils à la carrière ecclésiastique ; mais le jeune homme ayant eu l’occasion d’examiner une horloge, sentit s’éveiller en lui le goût de la mécanique, et son père eut assez d’esprit pour ne pas le contrarier. Il lui donna, dans la maison paternelle, un maître habile qui lui enseigna les premiers éléments de son métier. Après s’être appliqué avec ardeur à l’étude des mathématiques, de la mécanique et de l’horlogerie, F. Berthoud se rendit à Paris en 1745, pour s’y perfectionner.
« Le problème des longitudes occupait alors les savants et les artistes. Il s’agissait de trouver le moyen de déterminer avec exactitude, en tout temps et en tout lieu, l’heure marquée au même instant dans un lieu donné. On employait généralement à cet effet les instruments de réflexion imaginés par Newton ; mais l’imperfection des tables lunaires rendait les calculs fort incertains. On ne pouvait attendre la solution du problème que de l’horlogerie, et l’art des chronomètres, encore dans l’enfance, n’avait fait aucun progrès depuis les premières tentatives de Sully, en 1724. Dès 1714, le parlement d’Angleterre avait proposé un prix de 20 000 livres st. (500 000 fr.) à l’horloge qui, après six semaines de traversée, ne se serait dérangée que de deux minutes ou, en d’autres termes, donnerait la longitude à un demi-degré près. Le gouvernement français, de son côté, avait institué un prix semblable. Le célèbre Harrison, après trente-six ans de travaux et d’expériences, était parvenu, en 1765, à faire une horloge qui lui valut une partie du prix anglais, mais qui laissait encore beaucoup à désirer.
« Ferdinand Berthoud résolut de concourir. Au commencement de 1752, il présenta à l’Académie royale des sciences une pendule d’équation de son invention, qui fut déclarée une œuvre ingénieuse et plus simple qu’aucune autre présentée jusqu’alors à l’Académie. En 1754, il envoya une montre à équation qui fut aussi reçue favorablement. Dès lors il parvint à perfectionner ce mécanisme et fit des montres qui marquaient les mois de l’année et leurs quantièmes, etc. Il exécuta, en 1759, une autre montre à équation, à répétition et à secondes, d’un seul battement, qui allait un mois sans être remontée et marquait les phases du soleil et de la lune.
« C’est dans cette même année 1759 que parut son traité sur L’Art de conduire et de régler les pendules et les montres, à l’usage de ceux qui n’ont aucune connaissance de l’horlogerie. Ce volume in-12, accompagné de quatre planches, a été traduit en allemand par Vogel. Il publia aussi plusieurs travaux relatifs à l’horlogerie dans la grande Encyclopédie et inventa un pyromètre pour mesurer les effets de la dilatation des métaux sur les montres à secondes concentriques, les montres à huit jours, à secondes, etc. L’excellent traité édité à Paris en 1763, sous le titre modeste d’Essai sur l’horlogerie, composé de deux volumes in-4°, formulait ses principes. Cet ouvrage, résultat d’un travail de dix ans et d’un grand nombre d’expériences, est orné de trente-huit planches, gravées en taille-douce avec beaucoup de soin, qui facilitent au lecteur l’intelligence du texte.
« Ferdinand Berthoud forma, dès l’an 1753, le projet de construire une horloge marine pour servir aux longitudes.
En 1760, il déposa au secrétariat de l’Académie des sciences sa première horloge marine accompagnée d’un mémoire. Les quatre académiciens chargés d’en faire l’examen déclarent que cette invention est digne de l’approbation de l’Académie et invitent l’auteur à y faire de nouveaux perfectionnements. La célébrité de notre compatriote engagea M. de Choiseul, alors ministre de la Marine, à expérimenter les montres de Berthoud. Le roi chargea l’abbé Chappe, savant distingué, de faire à Brest et sur mer les observations nécessaires. Cette montre est la première qui ait été essayée par la marine de France, car celle de Le Roy ne fut présentée au souverain qu’en 1766. L’abbé Chappe rendit compte à l’Académie, dans une séance publique du 14 novembre 1764, des succès de l’épreuve et des travaux de Berthoud : la montre de cet artiste n’avait pas varié de plus de trois secondes et un dixième par jour, l’un portant l’autre, c’est-à-dire qu’elle avait donné la longitude, à la précision d’un demi-degré à peu près, dans une traversée de six semaines. Ce premier essai ne satisfit pas l’artiste et il entreprit avec courage un nouveau travail, dans lequel, sans abandonner ses principes, il en rectifia l’application et perfectionna certaines parties de la montre.
« Dès lors il travailla par ordre et aux frais du roi ; en 1768, il livrait deux nouvelles horloges marines dont Louis XV ordonna l’épreuve. Une frégate fut armée à cet effet, et l’expérience donna les plus beaux résultats. MM. de Fleurieu et Borda, qui commandaient ce bâtiment, ont écrit la relation de leur voyage. L’Académie des sciences en confia l’examen au duc de Praslin, ministre et secrétaire d’État au département de la marine. Le rapport de cette savante compagnie, présenté au roi, valut à Berthoud une pension de 3 000 livres, avec la qualité d’horloger-mécanicien du roi et de la marine, et l’inspection de la construction des horloges marines. Peu de temps après, l’Académie sollicita et obtint un nouvel armement, afin d’éprouver le mérite des différentes méthodes proposées pour déterminer les longitudes en mer. F. Berthoud reçut l’ordre de faire embarquer l’une de ses horloges, non point à titre d’épreuve, ni pour concourir, mais seulement pour constater la régularité de sa marche. Cette seconde campagne dura une année. L’abbé de Rochon, académicien expert, écrivait de l’Île de France à l’auteur, en 1771, que son horloge était bien supérieure à l’idée qu’il s’en était faite, quoique, à l’avance, il fût assuré de sa perfection. Lorsque l’abbé Chappe partit pour son voyage de Californie, il emporta avec lui une horloge marine de l’artiste. Enfin les vaisseaux sur lesquels M. de Kerguelen s’était embarqué dans les premiers mois de 1773, pour les terres australes, portaient deux horloges de Berthoud, dont la marche fut observée par deux astronomes.

« On peut dire que Ferdinand Berthoud est l’inventeur de l’horlogerie marine ; ses connaissances astronomiques, une pratique sûre et une longue expérience, procurèrent à la navigation les instruments qui lui étaient indispensables.
« En 1773, F. Berthoud publia, par ordre du roi, ses recherches relatives aux horloges marines, sous ce titre : Traité des horloges marines, contenant la construction, la main-d’œuvre de ces machines et la manière de les éprouver, pour parvenir par leur moyen à la rectification des cartes marines et à la détermination des longitudes en mer, dédié à Sa Majesté et publié par ses ordres, par M. F. Berthoud, horloger-mécanicien du roi, inspecteur de la construction des horloges marines, membre de la Société royale de Londres. Paris, I vol. in-4°, de 588 pages, avec vingt-sept planches.
« Dans cette même année 1773, il publie ses Éclaircissements sur l’invention, la théorie, la construction et les preuves des nouvelles machines proposées pour la détermination des longitudes par la mesure du temps. I vol. in-4°, avec planches.
« Il fait paraître en 1775 : Les longitudes par la mesure du temps. I vol. in-4° ; sept ans plus tard, en 1782 : De la mesure du temps appliquée à la navigation, ou principes des horloges à longitudes. I vol. in-4°, avec dix-sept planches. Ce dernier ouvrage, le plus complet et le plus méthodique de ceux qu’il a publiés, présente le résumé de ses travaux. Il y passe en revue les découvertes les plus importantes qui ont été faites et assigne avec une remarquable impartialité la part de gloire qui revient à chaque inventeur.
« Pendant les vingt dernières années de sa vie il publie encore plusieurs volumes. En 1787 : De la mesure du temps, ou supplément au traité des horloges marines. I vol. in-4°, avec planches. En 1792 : Traité des montres à longitudes. I vol. in-4°, avec sept planches. En 1797 : Supplément. I vol. in-4°, avec deux planches. En 1802 : Histoire de la mesure du temps par les horloges. 2 vol. in-4°, avec vingt-trois planches. En 1807, à l’âge de quatre-vingts ans : Supplément au traité des montres à longitudes. I vol. in-4°, avec une planche.
« Berthoud mourut le 20 juin 1807.
« Les horloges de notre compatriote, si parfaites qu’elles fussent, offraient cependant trois inconvénients : leur volume, leur poids et la nécessité de les maintenir dans une position verticale. Il essaya d’y obvier dès l’année 1765, mais sans espoir de réussir. Il était réservé à son neveu, Louis Berthoud, membre de l’Institut et horloger de la marine, mort en 1813, de trouver le moyen de réduire l’horloge marine au volume d’une montre, en compensant si exactement les effets des changements de température qu’elle conserve la même régularité dans toutes les saisons. Aussi remporta-t-il le prix proposé par le gouvernement français. C’est Louis Berthoud qui a inventé les châssis de compensation, au moyen desquels on obtient l’heure vraie, à une ou deux secondes près par année, dans les voyages les plus longs et les plus orageux. On lui doit aussi un grand nombre de montres marines très compliquées, qu’il fit dans sa retraite d’Argenteuil. Ses Entretiens sur l’horlogerie, à l’usage de la marine, Paris 1812, I vol. in-12, sont estimés des plus célèbres horlogers.
« Un compatriote, Jean-Henri Mairet, travailla longtemps à Paris chez Ferdinand Berthoud. Né aux Ponts-de-Martel, au commencement du siècle passé, le jeune homme avait fabriqué pendant quelque temps des pendules et des horloges. Puis il exerça les métiers de mécanicien et d’armurier, inventa et exécuta des pistolets qui tirent sept coups chacun. À l’instant où on les armait, l’un des canons versait l’amorce dans la batterie qui se fermait ensuite par un semblable mécanisme. Mais ce qui lui acquit plus de célébrité, c’est l’invention d’une machine destinée à couper les pièces des chaînes de montres. Une seule manivelle la fait jouer et l’ouvrage s’exécute avec autant de promptitude que de justesse. Divers perfectionnements dans les outils d’horlogerie lui firent un nom à l’étranger. Il quitta Ferdinand Berthoud pour passer en Angleterre où il fabriqua divers instruments de précision, destinés à la marine royale. Si nous sommes bien informé, il est mort en 1772.
« Nous ne pouvons passer sous silence Louis Preud’homme, bourgeois de Neuchâtel, né en 1731, qui inventa un outil curieux pour déterminer les engrenages avec exactitude. Il est l’auteur d’un mémoire sur les engrenages avec la description de l’instrument pour les déterminer. Ce traité est inséré, sous le pseudonyme de M. Le Cerf, dans les Mémoires de la Société des arts de Genève, dans le second supplément du Journal de physique et dans les Transactions philosophiques. »

À la mort de notre savant compatriote, Ferdinand Berthoud, c’est un Neuchâtelois qui a l’honneur de le remplacer comme horloger de la marine à Paris. Nous voulons parler d’Abram-Louis Breguet, né à Neuchâtel en 1747, d’une famille originaire de la Picardie, établie chez nous avant la révocation de l’édit de Nantes.
« Nous avons peu de détails sur la jeunesse de Breguet[11], nous savons seulement que comme beaucoup d’hommes supérieurs, il ne se révéla pas tout d’abord. À l’école, ses maîtres déclarèrent qu’il ne donnerait jamais rien. Breguet avait perdu son père de bonne heure et sa mère s’était remariée. Le beau-père, persuadé de son incapacité pour les études, le retira du collège et voulut lui apprendre son état d’horloger. Mais il paraît qu’à l’atelier le jeune garçon ne manifesta pas de plus heureuses dispositions. On désespérait donc de lui, lorsqu’on se décida à le placer à Versailles, chez un maître habile. Il était alors dans sa quinzième année. Peu à peu il prit goût à l’étude, mais la nécessité contribua sans doute plus que toute autre chose à le faire travailler. À peine sorti de son apprentissage, il perdit sa mère, son beau-père, et une sœur aînée tomba à sa charge. Il redoubla de zèle et d’activité pour remplir son devoir et l’établissement qu’il réussit à fonder acquit bientôt une juste célébrité.
« On raconte qu’un jour le duc d’Orléans étant à Londres, fit voir une montre de Breguet à Arnold, qui passait alors pour le plus habile horloger de l’Angleterre. Émerveillé de ce chef-d’œuvre, il vint exprès à Paris pour rendre hommage à l’artiste et se lia avec lui d’une étroite amitié. Breguet lui confia même son fils Louis, qui, heureusement doué, promettait de marcher sur les traces de son père.
« La Révolution porta un coup funeste à l’établissement de Breguet. Menacé par des dénonciations, il ne se crut plus en sûreté sous le régime de la terreur et passa en Angleterre. Mais les misères de l’exil tournèrent à son profit. Grâce à la générosité d’un ami, il put consacrer les deux années de son séjour dans ce pays à des études de mécanique qui lui permirent, à son retour à Paris, de relever promptement son établissement. Dès lors toute sa carrière ne fut plus qu’une longue suite d’inventions et de perfectionnements. Il serait trop long d’examiner en détail les progrès que l’horlogerie fit avec cet habile constructeur. Citons cependant les montres perpétuelles, se remontant d’elles-mêmes par le mouvement qu’on leur imprime en les portant. Si Perrelet, du Locle, en fut l’inventeur, c’est à Breguet qu’on en doit le perfectionnement. Quelques-unes ont été portées huit et même dix ans sans avoir été ouvertes et sans éprouver la moindre altération. Il imagina le parachute qui garantit de fracture le pivot du balancier, en cas de chute violente de la personne ou de la montre. Il substitua aux timbres des montres à répétition les ressorts dont le son est d’autant plus fort que la boîte est mieux close et qui donnèrent lieu à l’industrie nouvelle des montres, cachets, tabatières et boîtes à musique. Sans négliger l’élégance et la solidité de ses chronomètres, il cherchait surtout leur perfectionnement. On connaît ses échappements naturels, à force constante, à hélice, à tourbillon, et le double échappement qu’il appliqua aux montres et aux horloges. Les deux mouvements et les deux pendules, quoique séparés, s’influencent de manière à se régler réciproquement et à rectifier toutes les erreurs. Il construisit des chronomètres sur les mêmes principes et dans les mêmes dimensions, de manière à ce qu’en cas d’accident, la partie endommagée pût être remplacée par une autre en moins de cinq minutes. À l’exposition de 1819, il présenta un compteur astronomique, renfermé dans le tube d’une lunette d’observation, qui permet d’apprécier jusqu’à un centième de seconde ; un compteur militaire avec sonnerie, pour régler le pas de la troupe et dont le mouvement est susceptible de s’accélérer ou de se ralentir ; une montre de col de onze lignes de diamètre, avec une aiguille mobile au doigt dans un sens, mais s’arrêtant dans l’autre sur l’heure marquée par la montre, ce qui permet de consulter celle-ci en secret et de savoir l’heure et les quarts par le toucher ; enfin une pendule sympathique, sur laquelle il suffit de placer, comme sur un porte-montre, avant midi ou avant minuit, une montre à répétition qui avance ou qui retarde, pour que les aiguilles de la répétition soient subitement remises à vue, sur l’heure et les minutes de la pendule, et afin que le mouvement intérieur de la montre soit parfaitement réglé. Une pièce de ce genre avait été envoyée par Napoléon Ier à l’infortuné Selim III. Breguet a donné aussi des preuves de ses talents pour la mécanique et les sciences dans le mécanisme solide et léger du télégraphe de l’abbé Chappe et dans son thermomètre métallique, composé de trois lames de métaux différents, d’une ténuité excessive.
« Breguet, dit le baron Fourier, dans son Éloge[12], a porté à un degré extraordinaire l’art le plus difficile peut-être et sans doute l’un des plus importants que l’industrie humaine ait produits, celui de mesurer le temps avec précision. Il a enrichi d’une multitude de procédés nouveaux le commerce de l’horlogerie, la navigation, l’astronomie et la physique. Il a perfectionné successivement toutes les branches de son art. Les plus importantes sont celles qui lui doivent le plus de progrès ; et, ce qui est remarquable, elles ont reçu de lui, presque toujours, une simplicité inattendue. »
« Nous dirons aussi, avec M. Charles Dupin qui prononça un discours, au nom de l’Institut de France, sur la tombe de Breguet, « que si dans cette branche importante des arts mécaniques, l’industrie française est placée hors de pair avec celle des autres nations, c’est surtout au Neuchâtelois Breguet que la France en est redevable. »
« Dès l’année 1822, les Breguet père et fils livrent à l’étranger des pendules astronomiques, dont le mouvement moyen, observé pendant des intervalles de deux ans, n’a jamais varié de plus d’une demi-seconde d’avance ou de retard sur le temps moyen ; ces observations minutieuses ont été faites à Altona et à Hambourg par MM. Schumacher et Kessel. Cette étonnante exactitude est due en grande partie à l’emploi d’un lourd balancier comme régulateur. Mais on a peine à croire que des chronomètres portatifs, où ce moyen n’est pas applicable, puissent présenter une marche presque aussi régulière. Breguet y est parvenu cependant en ajoutant au balancier un ressort spiral, dont on peut toujours rendre les oscillations d’égale durée. Le chronomètre Breguet qui porte le n° 3056 n’a jamais varié de plus d’une seconde par jour, du 30 mars au 3 octobre 1820.
« Nous avons dit que Breguet remplaça F. Berthoud comme horloger de la marine ; il devint membre du Bureau des longitudes et entrait, en 1816, à l’Académie des sciences. Il s’occupait d’un grand travail sur l’horlogerie, lorsque la mort le surprit à Paris, en 1823. Cet ouvrage, revu avec soin par le secrétaire perpétuel de l’Académie, aurait augmenté, à l’avis de ce dernier, la réputation du grand Breguet. Il est regrettable que ce travail n’ait pas été publié par son fils.
Pendant que les Breguet honoraient au loin le nom neuchâtelois, leurs émules des montagnes du Jura se distinguaient par des découvertes précieuses. Ferdinand Berthoud et Breguet formèrent plusieurs jeunes horlogers du Locle, qui devinrent des artistes distingués.
Malgré les excellents principes enseignés dans les livres de Ferdinand Berthoud, les horlogers rencontraient encore de nombreuses difficultés d’exécution, particulièrement dans la formation des courbes aux dents de la roue. Ces courbes, si petites, ne sont que des portions d’un cercle de cent vingt-cinq millimètres de diamètre.
Abraham-Henri Petitpierre, de Couvet, mort en 1825, a inventé un outil à fendre et à justifier la taille des roues et perfectionné la fabrication des outils d’horlogerie. La ville de Genève, où il se fixa en 1780, lui offrit le droit de bourgeoisie.
« Les découvertes se suivent. Un horloger de Genève[13] invente l’outil à arrondir : encore un pas de plus vers la perfection ! Il restait à obtenir l’amélioration des limes dont on fait usage avec cette précieuse machine. Des hommes de talent y ont réussi, par des voies différentes, à Paris, à Genève et dans nos Montagnes.
« M. Isaac Sandoz, du Locle, est le premier horloger qui travailla les rubis pour en garnir les parties frottantes des pièces d’horlogerie, sujettes à l’usure sans cette précaution. Les trous pour les pivots des roues et des tiges d’échappements sont rendus indestructibles par de petits fragments de rubis, artistement travaillés et enchâssés. Le frottement causait autrefois des inégalités considérables à la marche des montres et des pendules ; l’épaississement des huiles avait une plus mauvaise influence encore sur les trous percés dans le métal que sur ceux en rubis ; ces derniers, lorsqu’ils sont bien faits, rendent presque nulle cette variation qui fut toujours l’écueil des horlogers. Ce fut vers l’an 1700 que Fatio, de Genève, découvrit le secret de percer le rubis ; mal accueilli à Paris, il se rendit à Londres où son secret resta longtemps entre les mains de quelques horlogers. On prétend qu’Isaac Sandoz fut instruit des procédés de Fatio par un de ses anciens élèves qui résidait en Angleterre.
« Dans le but d’être à l’abri de la curiosité de ses confrères, Isaac Sandoz quitta le Locle et s’établit à Montalchez où il fonda un atelier assez considérable, mais il avait soin de faire travailler chaque ouvrier à une partie séparée, en sorte que personne ne pouvait se rendre compte de la manière dont s’opérait le tout.
« Malgré les précautions d’Isaac Sandoz, le moyen de percer les pierres est maintenant dans le domaine public et la connaissance en a été répandue par d’autres, tant il est vrai qu’un secret est difficile à garder.
« Il est mort à Montalchez vers 1845.

Abraham-Louis Perrelet naquit au Locle en janvier 1729 ; son père, David Perrelet, était à la fois charpentier et agriculteur. Dès que le jeune homme fut en état de rendre quelques services à ses parents il s’occupa l’été des travaux de la campagne et l’hiver de menuiserie, limant les scies, fabriquant de petits soufflets qu’il allait vendre à Neuchâtel. À l’âge de vingt ans, il abandonna ces travaux pour entrer en apprentissage chez un horloger du Locle, nommé Prince, qui travaillait peu et fort mal ; il y resta quinze jours, n’apprit absolument rien, puis s’occupant seul de son métier, devint ainsi son propre maître. Doué d’une grande intelligence, il donna par ses découvertes une forte impulsion à la fabrication de l’horlogerie. À cette époque les outils faisaient défaut : il inventa un outil à planter, un outil à arrondir et ceux qui sont nécessaires à l’exécution des échappements à cylindre. Il modifia le mécanisme de la montre en employant de nouvelles combinaisons pour la faire marcher ; il est le premier qui, au Locle, ait travaillé aux montres à échappements, à cylindre, à duplex, à quantième, à équation, etc. Ce fut lui qui inventa les montres perpétuelles ou à secousse ; on sait que les premières furent achetées par Breguet et par Recordon qui habitait Londres ; malgré leur grosseur, elles étaient d’un usage assez commode, on leur avait adapté un appareil permettant de les remonter avec une clef lorsqu’on ne les portait pas.
« Perrelet essaya une foule de systèmes ; il fabriquait de temps en temps douze montres ayant chacune un échappement différent, et lorsque ses nombreux amis l’en félicitaient, il répondait modestement : « Il y en a plusieurs qui ne valent pas grand’chose. » Il faisait toutes les parties intérieures de la montre : la platine, l’ébauche, le finissage, les pignons, les dentures, l’échappement, le remontage. Ces montres, qu’il vendait au Locle et à la Chaux-de-Fonds, lui étaient payées en moyenne un louis (fr. 23) la pièce. Pendant de longues années il fut le maître de presque tous les horlogers du Locle ; lorsque les ouvriers se trouvaient arrêtés par quelque difficulté, ils disaient en patois : « Et faut alla trovâ l’anchan Perrelet » ; celui-ci, toujours obligeant, se plaisait à leur rendre service en leur indiquant les défauts de leur travail. Son adresse et sa sûreté de main ne diminuèrent pas avec l’âge : ses descendants possèdent une montre à ancre qu’il termina à l’âge de quatre-vingt-quinze ans.
« Abraham-Louis Perrelet a eu beaucoup d’élèves qui tous lui ont fait le plus grand honneur ; nous ne citerons parmi eux que le célèbre Breguet, Raguet, Lépine et son petit-fils, F.-L. Perrelet. Les magistrats de Neuchâtel lui offrirent la bourgeoisie de la ville, à condition qu’il vint s’y établir. Perrelet refusa et habita toute sa vie la maison de son père, au bas du Crêt-Vaillant, où il mourut le 4 février 1826, âgé de quatre-vingt-dix-sept ans.
« La population entière du Locle accompagna son convoi funèbre, chacun voulut rendre hommage à ce respectable vieillard, et le pasteur Grellet prononça sur sa tombe un discours ému dont nous extrayons les passages suivants : « Depuis longtemps cet homme juste et craignant Dieu était devenu l’objet de notre vénération. Depuis plus de cinquante ans, membre du vénérable Consistoire de cette église, on le voyait remplir sa charge d’ancien avec une régularité et un dévouement sans bornes. Dans les dernières années de sa vie, couvert de cheveux blancs et les jambes affaiblies, il venait prendre sa place dans l’assemblée des fidèles et recevoir, en ses mains tremblantes, les deniers des pauvres… Encore une fois, mes chers frères, venez faire vos adieux au patriarche de nos Montagnes, à l’un des fondateurs de notre industrie et de notre prospérité ; et, jetant un dernier regard sur la tombe qui va recevoir sa dépouille mortelle, disons avec soumission à la volonté de Dieu : « Paix soit à son âme, bénédiction sur ses cendres ! »
Ch. Girardet nous a laissé un admirable souvenir d’Abr.-Louis Perrelet qu’il a représenté à son établi, dans une gravure devenue, avec raison, l’une des plus appréciées des collectionneurs neuchâtelois.
Le talent de ce noble travailleur se perpétua dans sa famille. Son petit-fils, Frédéric-Louis Perrelet, devait prendre une place distinguée dans la science horlogère et obtenir à Paris la récompense de son travail. Nous le retrouverons plus tard.
Nous avons emprunté cette notice à la Biographie neuchâteloise déjà citée.

Parmi nos horlogers de talent, l’un des plus populaires est Jacques-Frédéric Houriet, du Locle, aussi remarquable par son caractère que par ses talents.
« Il naquit à la Chaux-d’Abel, dans l’Erguel, le 25 février 1743[14]. Son père, cultivateur et capitaine de milice, avait épousé la sœur du naturaliste Gagnebin.
« À l’âge de neuf ans, l’enfant fut envoyé à Mulhouse pour y apprendre l’allemand. À son retour, un événement fortuit décida de sa vocation : il trouva une montre que le docteur Mestrezat avait perdue, l’examina, et ne pouvant s’expliquer la cause du mouvement de la pièce, il témoigna à son père le désir de l’apprendre. Celui-ci prit chez lui un maître horloger qui enseigna son métier à Jacques-Frédéric et à l’un de ses frères.
« À l’âge de treize ou quatorze ans, le jeune homme fut placé en apprentissage chez l’ancien d’église Abraham-Louis Perrelet, où il resta jusqu’en 1759 ; puis il partit pour Paris avec son frère aîné, habile graveur, qui habitait Genève. Il entra dans l’atelier de Julien Le Roy, horloger de la cour. On raconte que, découragé des exigences de son patron, il fut sur le point de quitter Paris ; mais, cédant aux conseils de son frère, il y resta et parvint à contenter son maître. Il se lia d’amitié avec Frédéric et Louis Berthoud, ses compatriotes, et connut intimement Breguet et Janvier.
« Pendant son séjour à Paris, Houriet surveilla la construction d’une pendule à régler, avec équation et compensation ; il en vérifiait la marche au moyen d’une lunette des passages, et jamais, dans le cours d’une année, elle n’a varié d’une minute entière. Il en faisait le plus grand cas et s’en servait pour régler ses chronomètres.
« Après neuf ans de séjour à Paris, Frédéric Houriet revint au Locle, où son frère aîné et trois de ses sœurs étaient fixés. Il y fonda un établissement avec son beau-frère, David Courvoisier. Pendant quarante ans il dirigea, dans les diverses associations formées avec ses parents, la fabrication de l’horlogerie soignée ; ces maisons livraient au commerce cinq à dix mille montres par année.
« À cette époque, les savants ouvrages de Ferdinand Berthoud étaient à peine connus chez nous. Houriet tira de l’oubli les principes de cet horloger célèbre et, peu après sa mort, découvrit les spiraux isochrones qui lui valurent un brevet d’invention de l’Institut national à Paris.
« En 1806, après de grands revers de fortune surmontés courageusement, il recommença une nouvelle maison de commerce avec son fils cadet et fit plusieurs voyages en France. C’est à partir de cette époque qu’il s’occupa exclusivement de la fabrication des chronomètres ou montres marines. Il présentait, en 1828, deux chronomètres à l’exposition de la Société des amis des arts de Genève. Le premier était un chronomètre sans acier, hormis le ressort moteur et les axes de mobiles : tout le reste était en laiton, or ou platine. Ces métaux avaient été choisis dans le but de rendre la pièce moins sensible aux influences magnétiques. Placée en contact avec un aimant qui peut soutenir vingt-cinq à trente livres, sa marche n’en a pas été dérangée. Ce perfectionnement lui fut suggéré par les perturbations qu’éprouvèrent les horloges marines du capitaine Parry, lors de son expédition au pôle Nord. La seconde montre était un chronomètre régulateur à tourbillon, ne rappelant en rien le système ordinaire : l’échappement était renfermé dans une cage mobile très légère ; la roue des secondes était immobile et celle de l’échappement tournait autour d’elle ; le balancier oscillait comme à l’ordinaire et tournait sur son axe par un mouvement de rotation se renouvelant à chaque minute. Il résultait de cette disposition que si le balancier perdait son équilibre, il se corrigeait de lui-même en regagnant en vitesse d’un côté ce qu’il perdait de l’autre ; ce balancier conservait la même régularité dans toutes les positions du chronomètre.
« Houriet consigna ses inventions dans un mémoire qu’il présenta à la Société des arts de Genève, dont il devint un des membres honoraires.
« En 1818, il se retira du commerce, mais n’abandonna point le travail. Jusqu’à sa mort, il fabriqua une centaine de chronomètres remarquables. Les travaux de sa vieillesse serviront longtemps de modèles aux meilleurs ouvriers, comme ils feront toujours honneur à son pays.
« On apprécia ses recherches sur l’isochronisme, les spiraux sphériques qui le conduisirent à l’invention du levier élastique. Cet instrument, présenté en 1818 à l’Académie des sciences de Paris, lui valut sa nomination de correspondant à l’Académie. Tous les connaisseurs admirent ses chronomètres à compensation, ses mouvements de montres en or écroui, exempts de toute influence magnétique, ses thermomètres métalliques, en forme de montres, dont l’idée lui vint à la suite de ses expériences sur la dilatation des métaux dans diverses températures. Il a laissé une collection de mémoires et d’instruments précieux qui resteront au pays, puisque la ville de Neuchâtel en a fait l’acquisition vraiment patriotique.
« Nous venons de parler des thermomètres métalliques en forme de montres ; Houriet en a fabriqué un très grand nombre. Cette branche d’industrie l’intéressait infiniment ; dans les dernières années de sa vie, il a exécuté un grand thermomètre métallique à suspension, dont le mouvement, produit par la contraction et la dilatation de deux lames, du poids de dix-neuf livres, suffit pour remonter continuellement une horloge qui s’y adapte et à la faire cheminer sans autre force motrice. On lui doit aussi la construction d’un baromètre à deux aiguilles.
« En 1829, il devenait membre de la Société d’émulation patriotique de Neuchâtel. Houriet ne confiait à personne la construction de certaines parties de ses chronomètres : c’était lui qui faisait avec une exactitude scrupuleuse le balancier avec ses masses compensatrices, le spiral, le réglage dans les diverses positions et températures. Il dessinait habilement tous les plans des instruments qu’il inventait ou exécutait et poussait si loin la délicatesse dans ce travail qu’il sertissait au papier de petites rivures en or pour éviter l’altération des points de centre que pouvait produire l’application de la pointe du compas. À l’âge de quatre-vingt-cinq ans, il écrivit sur une ligne spirale du diamètre de cinq lignes de France une sentence de Confucius contenant seize lettres de plus que l’Oraison dominicale.
« Houriet reçut au commencement de notre siècle une médaille d’or de la Société d’émulation patriotique, pour la fabrication de la montre la plus parfaite exécutée à cette époque dans notre pays. Nous transcrivons ici le témoignage que lui rendaient ses collègues de la Société des arts de Genève en 1828 : « M. Houriet, vieillard aussi respectable qu’artiste distingué, conserve, à l’âge de quatre-vingts ans, toute la force de sa tête, toute la légèreté de sa main, et consacre son temps à des recherches et des travaux qui ne tendent qu’à perfectionner l’art auquel il s’est voué dès sa jeunesse. »
Il mourut le 12 janvier 1830.

Parmi les artistes des Montagnes qui ont honoré leur pays par leur talent, il faut citer François Ducommun, de la Chaux-de-Fonds, auteur d’un planisphère dont on a trop peu parlé : cet ouvrage suppose des calculs difficiles et des travaux aussi longs que coûteux. Nous le laissons décrire à un Neuchâtelois qui a visité l’artiste en 1837 :
« Nous nous présentâmes chez M. Ducommun. Un vieillard d’environ soixante et dix ans (c’était l’artiste) vint nous ouvrir lui-même et nous introduisit dans un petit cabinet. Au milieu de la chambre était placé, sur un piédestal, un globe d’environ quatre pieds de diamètre, avec les images des constellations, peintes par Charles Girardet sur la surface extérieure. Tout d’un coup, l’hémisphère septentrional s’éleva jusqu’au plafond, au moyen d’un cordon passé dans une poulie. À l’intérieur du globe se trouvait une mécanique en laiton poli, que l’on fit marcher en tournant une manivelle : nous avions devant nous le soleil, la terre, la lune et toutes les autres planètes de notre système solaire, représentés par des boules de métal et décrivant leurs révolutions. On nous expliqua le jeu de toutes les pièces et les rapports des rouages avec les corps qu’ils font mouvoir ; mais hélas ! malgré la meilleure volonté du monde, nous étions comme le grand inquisiteur d’Espagne devant la pendule de Jaquet-Droz, nous n’y comprenions pas grand’chose. Nous n’en admirions pas moins et ce fut avec plaisir que nous payâmes notre entrée comme tous les visiteurs ; cet argent est destiné aux pauvres. M. Ducommun est un riche bienfaisant qui a entrepris le travail de cette machine par goût et en a fait une œuvre de charité. Elle a déjà rapporté aux indigents du village plus de 250 louis (fr. 5762). »
Dans la dernière visite que Léopold Robert fit à ses parents, il alla voir le planisphère de François Ducommun et admira beaucoup le talent de l’ouvrier ; au moment de se retirer, il saisit la main du vieillard en lui disant avec une émotion visible : « Mon cher confrère, vous me permettez bien, n’est-ce pas, de m’associer en partie à votre œuvre ? » Il sortit de sa poche un rouleau de cinq cents francs et ajouta : « Voici pour vos pauvres. »
Le planisphère est conservé à l’école d’horlogerie de la Chaux-de-Fonds.
François Ducommun, qui mourut en 1837[15], fabriquait aussi de petites pendules, agrémentées d’une partie de notre système planétaire. Le travail en est solide et l’exécution délicate.
Le planisphère de François Ducommun est certainement dépassé par les travaux du même genre exécutés plus tard, mais ce qu’il y a de particulièrement remarquable, c’est qu’il ait été réalisé par un homme ne possédant que les ressources d’une localité industrielle.


À la fin du XVIIIe siècle, l’horlogerie subit une transformation, les découvertes de Ferdinand Berthoud en avaient fixé les principes et l’on cherchait à orner les montres et les pendules de pièces automatiques. David-Henri Grandjean s’occupa surtout de ce genre.
Communier du Locle et bourgeois de Valangin, il naquit en 1774[16] et vécut avec son père à la Sagne jusqu’à l’âge de vingt ans, fabriquant des ébauches de montres et employant ses loisirs à la gravure de la lettre et des ornements. Il quitta la maison paternelle pour habiter la Chaux-de-Fonds, s’y maria et vint s’établir au Locle où il exécuta des automates représentant des oiseaux, des danseurs de corde, des magiciens, etc.
« Nous avons vu chez M. Henri Grandjean fils, écrit l’auteur de la Biographie neuchâteloise, une montre à automate faite par son père : un magicien sort d’une maison et répond à diverses questions gravées sur une plaque d’acier. Aussitôt que la question est placée dans une coulisse, le magicien sort, lève sa baguette ; un bouton s’ouvre et la réponse apparaît. Lorsqu’on oublie de faire une des sept questions, le magicien, après avoir jeté les yeux sur son livre, secoue la tête pour indiquer qu’il n’a rien à répondre.
M. le professeur Kopp nous apprend dans son Rapport sur le développement de l’industrie horlogère que le Magicien fut vendu au Pérou. L’automate, ne fonctionnant plus au bout de quelque temps, fut rapporté à M. Grandjean qui le racheta. Réparé, il fut expédié au comptoir de Bombay et devint la propriété d’un rajah des Indes.
« Grandjean fut le premier qui exécuta chez nous des montres à répétition avec un mécanisme jouant un air de musique. Ces pièces devinrent à la mode en Italie et ailleurs. Les frères Geiser s’occupèrent de ce genre spécial, ainsi que Ch.-Fréd. Nardin qui avait à Genève et à la Chaux-de-Fonds la réputation d’un artiste de mérite.
« Grandjean a fabriqué un grand nombre de montres de poche et de répétitions fort compliquées, des pièces à guichet indiquant les heures, les minutes et les secondes sans aiguilles. Ce dernier genre est de son invention. Il construisait ces différentes montres lui-même, d’un bout à l’autre, jusqu’aux cadrans et aux boîtes.
« Lorsque les montres Lépine furent à la mode, Grandjean fit un calibre pour les pièces à ancre, levées visibles, l’ancre et la fourchette d’une seule pièce ; toute la montre, y compris la boîte, était de l’épaisseur d’une pièce de cinq francs. Après avoir travaillé pendant plusieurs années à la fabrication des montres à cylindre, à ancre et duplex, dont il traçait lui-même les calibres, il monta un atelier d’assortiments et d’échappements à ancre. Il faisait lui-même les outils à découper et garnissait les ancres par des procédés nouveaux, pour travailler l’acier et les pierres.
« En 1826, un de ses fils qui habitait le Brésil lui ayant envoyé des chrysolithes brutes, il les employa pour les trous et les levées d’ancres. Chaque jour il faisait de nouveaux essais et s’occupait surtout des dentures, alors fort défectueuses. Il construisit d’abord des fraises à burin qui taillaient et arrondissaient en même temps ; les horlogers de Genève connaissaient un nouveau système d’arrondissage, mais ils en gardaient le secret. En examinant les dentures faites d’après leur procédé, Grandjean se rendit compte des moyens employés et réussit, non sans peine, à faire des fraises doubles qui donnèrent un très bon résultat. C’est lui qui a introduit le premier ce genre de machine perfectionnée et l’a fait connaître aux différents mécaniciens du Val-de-Travers. Bien loin de faire une spéculation de ses découvertes, Grandjean se faisait un plaisir de les communiquer à ses collègues. Jamais non plus il ne refusait ses conseils et ses directions à ceux qui le consultaient.
« Il employa les dernières années de sa vie à l’établissement de deux ouvrages remarquables : l’un est ce magicien dont nous avons parlé et l’autre un danseur de corde. Cette seconde pièce, restée inachevée au moment de sa mort, a été terminée par son fils, Henri Grandjean, notre célèbre fabricant de chronomètres de marine.
« D.-H. Grandjean mourait en 1845. Sa vie nous prouve que par le travail et la persévérance on arrive au talent. »
L’un des titres de David-Henri Grandjean à notre reconnaissance est d’avoir inculqué son savoir et sa ténacité à son fils qui devait amener la chronométrie neuchâteloise à une perfection hors ligne et la placer à un degré supérieur dans l’opinion des savants les plus qualifiés.

S’il est des vies que l’on fait connaître au dehors à cause de l’importance qu’elles ont eue pour l’histoire d’un peuple ou d’un pays, il en est d’autres dont on aimerait mieux garder le souvenir en soi-même, parce qu’elles se sont passées dans l’humilité et la retraite. C’est l’impression que nous éprouvons en parlant d’un homme dont le seul désir fut de faire ce qui était juste et droit.
« Frédéric-Louis Favre-Bulle[17] est né aux Cœudres de la Sagne, le 21 janvier 1770. Son père était agriculteur et fabricant d’ébauches. À l’âge de sept ans, le petit garçon façonnait en bois des pièces semblables à celles qu’exécutait le père ; celui-ci, qui n’avait d’abord considéré les travaux de l’enfant que comme un amusement, remplaça le bois par le métal et put même faire usage de ces pièces. On le plaça en essai d’apprentissage chez un finisseur. Au bout de trois semaines, le père voulait conclure un engagement définitif, mais l’apprenti déclara qu’il pouvait désormais se passer de maître. Ce fut là l’apprentissage de F.-L. Favre-Bulle qui pratiqua dès lors successivement tous les genres d’horlogerie, sans autre secours que son talent et les conseils des personnes avec lesquelles il était en relations d’affaires.
« Un jour qu’il offrait ses finissages à un chef d’atelier du Locle, celui-ci, frappé de son air intelligent, consentit à l’occuper ; seulement, comme il exigeait un travail plus soigné, il lui donna un modèle et des directions. L’élève horloger retourne chez lui tout joyeux, ne se laisse point rebuter par les mécomptes, fait et refait son ouvrage, puis retourne chez son maître qui fut étonné de ses progrès. Bientôt le patron devient l’ami de son ouvrier et lui conseille de travailler aux échappements. Avec des natures semblables, les progrès sont rapides et sûrs et désormais le jeune homme n’a plus besoin des leçons de personne. Au mois d’avril 1808, il s’établit au Locle ; un moment il veut entreprendre des affaires commerciales, mais il se hâte de les abandonner pour ne plus s’occuper que d’horlogerie.
« Un jour on lui fait voir une montre marchante, pourvue d’un échappement nouveau, l’échappement à virgule. On lui refuse de l’arrêter pour qu’il ne puisse pas s’en expliquer le secret. De retour à la maison, il cherche, il essaie et a le bonheur de réussir. Il voit un télescope, demande la permission de le démonter et de l’examiner ; puis il en fait un lui-même. On lui montre une machine électrique : « Qu’est-ce que cela ? » demande-t-il. On le lui explique ; il retourne chez lui, se met à l’œuvre, en fabrique une et peut électriser ses voisins.
« L’un des ouvrages les plus remarquables de Favre-Bulle, celui qu’il se plaisait à montrer aux visiteurs ayant quelque connaissance en mécanique, était une balance placée sous un bocal de verre, mise en mouvement au moyen d’un ressort placé à l’extérieur, et avec laquelle il pesait la 4800e partie d’un grain, représentée par une petite parcelle de cheveu. Le fléau de la balance fléchissait sensiblement sous ce poids si léger. Il avait fait cet instrument pour peser les spiraux sphériques appliqués aux montres marines ou chronomètres pour en régler la marche ; plusieurs fonctionnent encore et font l’admiration des connaisseurs. Il estimait ces spiraux, extrêmement légers, à trois louis la pièce, et prouvait qu’une livre d’acier fin, employée tout entière à faire de pareils spiraux (si l’on trouvait à les placer à ce taux) ferait monter par la main-d’œuvre la matière première d’une livre d’acier, sortant de la mine au prix de soixante centimes, à un million huit cent mille francs, ce qui serait la dernière limite qu’ait atteinte jusqu’ici l’industrie humaine.
« Favre-Bulle a eu pour élèves ses neveux, MM. Sylvain Mairet et Louis Richard qui, tous deux, sont devenus des horlogers distingués.
« En 1842, à soixante-douze ans, il fit, pour la reine de Prusse, une montre de cinq lignes de diamètre que la principauté de Neuchâtel lui offrit comme chaton de bague, lors de son voyage dans notre pays. Il a travaillé jusqu’à sa fin qui arriva brusquement le 5 février 1849. »
Ainsi qu’on le conçoit facilement, les progrès de l’industrie horlogère sont dus à l’application continue des chercheurs savants et patients dont nous venons de noter l’existence. Si quelques-uns recueillirent de leur vivant l’hommage de leurs concitoyens, d’autres, malheureusement, ne furent pas compris et, après les recherches et les luttes, n’eurent pas même la modeste satisfaction d’achever leur vie à l’abri de la pauvreté. Tel est Phinée Perret qui, usé avant le temps par un travail opiniâtre, mourut dans l’indigence à l’hospice des vieillards du Locle.
Nous empruntons les lignes suivantes à la Biographie neuchâteloise de F.-A.-M. Jeanneret et J.-H. Bonhôte.
« Phinée Perret naquit à la Brévine le 1er mai 1777. Son père, qui était agriculteur, le plaça en apprentissage à l’âge de quatorze ans, chez Jean-Jacques Perret-Jeanneret, oncle de l’enfant, l’un des meilleurs penduliers de son temps, et de l’atelier duquel sont sortis d’excellents ouvriers.
« Son apprentissage fini, il entra chez un maître habile, David-Louis Yersin, horloger-mécanicien à la Brévine. À son retour à la maison paternelle, il fabriqua lui-même tous les outils dont il avait besoin.
« La denture des roues de pendules présentait encore des imperfections considérables. On les arrondissait à la main ; l’irrégularité des courbes amenait l’usure des pignons et la mauvaise marche des mouvements. Phinée Perret avait vu à la Brévine, chez un horloger nommé Abram Matthey-Doret, une machine à arrondir au rabot, la première qui ait paru pour le gros volume. Cet homme, qui ne travaillait plus, vendit l’outil avec son assortiment de limes au jeune pendulier. Mais ces instruments étaient si imparfaits que Phinée Perret revendit sa machine et en inventa une nouvelle ; il lui restait encore à faire les limes et il manquait des outils nécessaires.
« Après avoir fabriqué l’outil à former et tailler les limes à arrondir, il fallait donner à celles-ci la forme voulue pour obtenir des dentures avec les courbes géométriques. L’étude des livres de Ferdinand Berthoud lui facilita cette opération. Il se mit donc à faire des limes à arrondir, des fraises à tailler et finir les pignons. Une trempe particulière de son invention fut le complément de son travail. Avec ces outils précieux, il fabriqua des pendules compliquées que les établisseurs envoyaient au dehors : des régulateurs à équation, des pendules astronomiques, des rouages de pièces marines, etc., un régulateur qui fut expédié à la cour de Saint-Pétersbourg et pouvait supporter la comparaison avec les meilleures pendules de Breguet. On doit encore à l’artiste la construction des horloges de Tramelan, de Cortaillod, de Boudry et de Saint-Blaise. Une de ses pièces les plus importantes est le régulateur de l’observatoire de Pise.
« Les dentures et les pignons de Phinée Perret furent promptement appréciés des horlogers. De toutes parts lui parvinrent des offres avantageuses. Il vint d’abord travailler au Locle, chez un pendulier nommé Colomb, puis chez Pierre-Henri Montandon qui l’occupa à la fabrication d’outils pour l’horlogerie de petit volume. Il se fixa ensuite à la Chaux-de-Fonds, et fabriqua uniquement des limes à arrondir et des fraises pour pignons. Perfectionnant ses premiers travaux, il construisit un nouvel outil pour tailler et arrondir les fraises d’un seul coup, au moyen de tranchants fort délicats qui font une denture polie.
« La mauvaise foi d’un mécanicien du Val-de-Travers porta un coup fatal à son industrie. Cet homme, chez qui il travailla pendant quelque temps, parvint à lui soustraire la plus grande partie de ses découvertes ; il fit construire à plusieurs personnes du Val-de-Travers des outils semblables qui firent une telle concurrence à Phinée Perret que le pauvre homme fut obligé de renoncer à un état qui ne lui donnait plus les moyens de vivre.
« Cet artiste distingué travaillait constamment à son instruction : il calculait avec facilité, connaissait l’histoire, la géographie, l’astronomie, quoiqu’il n’eût fréquenté qu’une école primaire pendant cinq mois seulement. Il est l’auteur d’une petite histoire de l’horlogerie dans notre pays que nous avons souvent consultée pour notre travail. Cet ouvrage, qui lui valut un prix d’encouragement de la Société d’émulation patriotique, a été complété et publié par l’abbé Jeanneret dans les Étrennes neuchâteloises sous ce titre : Les horlogers neuchâtelois au XVIIIe siècle.
« Phinée Perret a travaillé jusqu’au dernier moment de sa vie et loin d’être à la charge du charitable établissement qui l’avait recueilli, il parvint à y gagner sa pension.

Nous arrivons à un grand travailleur qui ne reçut que l’instruction élémentaire donnée à cette époque dans une école de village, mais dont la réputation se répandit au delà des frontières de notre pays.
Nous voulons parler de Louis-Frédéric Perrelet.
« Petit-fils d’Abraham-Louis Perrelet, chevalier de la Légion d’honneur, membre de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, horloger-mécanicien de l’école polytechnique et des rois Louis XVIII, Charles X et Louis-Philippe, Louis-Frédéric Perrelet naquit aux Calames, près du Locle, le 14 mai 1781. Son goût pour les mathématiques et la mécanique se manifesta de bonne heure. Un jour son grand-père, l’ancien Perrelet, allant faire un petit voyage l’emmena avec lui, il était alors âgé de douze à quatorze ans ; ils visitèrent une usine où se trouvaient des martinets mis en mouvement par une chute d’eau. L’enfant examina attentivement le mécanisme sans faire d’observations et, à son retour, il construisit de petits martinets qu’il fit fonctionner au moyen du ruisseau passant au pied de la maison. Son grand-père le prit alors chez lui pour lui apprendre l’horlogerie.
« Le jeune homme devint, en peu de temps, un très habile ouvrier. En juillet 1802, il partit pour Paris où Breguet l’employa à la fabrication de pièces compliquées et d’échappements de toute nature.
« En 1807, Perrelet revint au Locle dans l’intention de s’y fixer, mais le climat trop froid le força de retourner à Paris, en 1810, où il reprit ses anciennes occupations. Breguet, qui manquait de bons ouvriers, le chargea de lui en former, de 1815 à 1821.
« Comme il sentait l’insuffisance de son instruction, il passait une partie de la nuit à étudier l’astronomie, la physique, la chimie, les mathématiques et surtout la mécanique ; il prit même des leçons de dessin linéaire, afin de pouvoir plus facilement formuler ses idées.
« Nous avons parlé précédemment de sa pendule astronomique qui, inventée en 1815, ne fut exécutée que huit ans plus tard, Perrelet ayant contracté avec Breguet un engagement qui le forçait à travailler exclusivement pour lui. En 1819, il présenta un mémoire descriptif et un plan de sa pendule à l’Académie des sciences qui nomma une commission de trois membres pour en faire rapport, mais des concurrents de Perrelet réussirent à lui susciter des difficultés. Fatigué d’attendre inutilement, il retira son mémoire en 1822, après l’avoir fait signer par le secrétaire de l’Académie ; à la même époque il cessa de travailler pour Breguet et fonda un petit établissement avec son fils.
« Il exécuta son horloge astronomique pour l’exposition de 1823 et y adapta pour la régler un pendule-compensateur de son invention, à levier, et formé de trois branches ; la compensation de ce pendule a l’avantage de pouvoir être réglée sans qu’il soit démonté ni même déplacé. Il existe à l’école d’horlogerie du Locle un dessin de cette pièce, et les modèles se trouvent au Conservatoire des arts et métiers à Paris. L’œuvre de Perrelet fut accueillie favorablement par les savants, et le jury de l’exposition le récompensa par une médaille d’argent. L’horloge fut achetée par le roi Louis XVIII.
« Il inventa plusieurs instruments pour faciliter la bonne exécution de l’horlogerie ; une machine entre autres pour la fabrication des pignons qu’elle fendait avec la plus grande précision. On lui doit un compteur de physique et d’astronomie, indiquant des dixièmes de secondes sur deux cadrans dont l’aiguille de l’un s’arrête à volonté pour fixer l’instant d’un phénomène et qui, lorsqu’on la met de nouveau en mouvement, reprend l’indication de celle qui a continué à marcher. Cette pièce lui valut la médaille de l’Académie des sciences, prix d’astronomie fondé par Lalande.
« Continuellement à la recherche de nouveaux procédés, il construisit plusieurs machines pour démontrer l’horlogerie dans des cours, deux entre autres pour l’école polytechnique et pour le Conservatoire des arts et métiers, elles étaient faites de telle façon que l’on voyait fonctionner toutes les pièces, depuis le ressort jusqu’aux minuteries ; plusieurs échappements s’adaptaient à tiroir et se changeaient à volonté. Il exécuta une machine à rotation pour des expériences sur l’aiguille aimantée ; elle était complètement en cuivre et quoique cette pièce marchât avec une très grande rapidité, les pivots, au bout de plusieurs mois de service, n’avaient pas éprouvé d’usure. Il fabriqua des compteurs de voiture pour connaître le nombre des tours de roue et mesurer les distances ; des compteurs pour contrôler les recettes des ponts ; des instruments pour mesurer les épaisseurs des pivots, au moyen desquels on pouvait apprécier la millième partie d’un millimètre ; il construisit aussi pour les horloges marines des balanciers-compensateurs qui, n’étant pas coupés, ne risquaient pas de se déformer par la force centrifuge. Après l’exposition de 1834, il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur, en récompense de son talent et de sa persévérance.
« En 1832, il avait été chargé par le ministre du commerce et de l’industrie de former des élèves pour la haute horlogerie : l’État en entretiendrait six à ses frais. Cette école réussit, mais le mauvais état de sa santé le força à l’abandonner en 1840. Il avait d’ailleurs toutes sortes d’ennuis : quelques-uns de ses confrères, jaloux de la confiance que le gouvernement lui avait accordée, déroutaient les élèves en leur persuadant qu’ils perdaient un temps précieux à trop bien travailler. C’est probablement à cette époque qu’il forma le projet de composer un traité d’horlogerie qui fût à la portée de ses jeunes élèves ; il avait réuni dans ce but une grande quantité de notes, mais le temps et la santé ne lui permirent pas de donner suite à ce projet ; atteint d’un ramollissement du cerveau, il mourut en janvier 1854.
« Perrelet était un grand travailleur, il se donnait peu de récréations, allait rarement dans le monde, jamais au café, et son fils ne l’a vu qu’une seule fois au théâtre. Les seuls plaisirs qu’il s’accordât étaient la lecture et des promenades à la campagne. Sa réputation s’était rapidement répandue dans toute l’Europe et il reçut très souvent dans son atelier la visite de personnages distingués ; Alexandre de Humbold et le roi de Naples Ferdinand II lui commandèrent des instruments pour les observatoires de Berlin et de Naples. Arago le citait fréquemment dans ses cours d’astronomie et de mécanique. »

L’œuvre des Jaquet-Droz, dont nous avons parlé précédemment, devait avoir son influence sur les élèves de ces habiles mécaniciens. Les Maillardet, sans avoir le génie de leurs maîtres et sans avoir exécuté des pièces aussi compliquées, se firent cependant une grande réputation en France, en Angleterre, en Allemagne.
« Jean-David Maillardet[18], communier de Fontaines, bourgeois de Valangin, et son fils Auguste, qui travaillait avec lui, inventèrent plusieurs automates dont trois méritent une description particulière.
« Dans une cage chantent deux serins des Canaries. Sur la terrasse qui la domine, sont deux faunes et deux singes, tenant dans chaque main un marteau qui frappe sur des timbres, de manière à former un air de carillon ; l’un des singes fait des grimaces et grince des dents. Sur le devant de la terrasse un nègre dirige le jeu des musiciens. Au haut de la pièce un papillon s’élève et s’abaisse, en battant des ailes, sur un bouquet de fleurs.
« La seconde pièce est une pendule ; au-dessous du cadran, deux donjons élevés sur une plate-forme renferment chacun une bergère, les portes s’ouvrent et elles sortent au son d’un carillon. L’une monte sur une estrade ; l’autre vient à elle et lui tend les bras. Toutes deux se tournent ensuite vers les spectateurs qu’elles saluent. Elles se retournent pour regarder dans le fond du parterre un oiseau qui sort d’un if, chante plusieurs airs et disparaît. Les bergères s’embrassent de nouveau, saluent les spectateurs, descendent de l’estrade et rentrent chacune dans leur donjon.
« Sur une terrasse, à côté du cadran, au pied d’une pyramide, deux grenadiers, le fusil sur l’épaule, se promènent pendant le jeu des bergères et de l’oiseau. Au haut de la pyramide vole un papillon semblable à celui de la pièce précédente. Sur le cadran un cuirassier, montre l’heure d’une main et de l’autre les minutes.
« La troisième pièce, d’une architecture élégante, renferme un automate avec le costume et les attributs d’un magicien. Assis sur des livres de magie, d’une main il en tient un et de l’autre une baguette. Des tiroirs placés dans le fond d’un coffre renferment des billets avec des questions : on en choisit un et on le met dans la layette ; aussitôt le magicien consulte son livre, se lève, salue la compagnie, jette de temps en temps les yeux sur son livre, comme pour l’interroger, lève le bras et frappe de sa baguette ; une porte s’ouvre et l’on voit la réponse à la question faite au magicien. Il continue ses tours de baguette, frappe de nouveau la porte qui se referme, salue les spectateurs et s’assied sur ses livres. Il répond également, et sans se tromper, à deux questions mises dans le même tiroir. Si on veut l’éprouver en ne plaçant pas de questions, il consulte aussitôt son livre, secoue la tête d’une manière négative et reste immobile à sa place.

« Après avoir amassé une petite fortune dans leurs voyages, les Maillardet revinrent dans leur pays où ils continuèrent leurs travaux. Le père occupa ses dernières années de la recherche d’une chimère, celle du mouvement perpétuel. Un moment il crut l’avoir découvert et en publia la nouvelle, mais les moqueries du public lui montrèrent le néant de ses recherches et abrégèrent ses jours. »
Quoique les Maillardet n’aient pas travaillé spécialement à l’horlogerie, leur influence se fit cependant sentir dans le mouvement industriel de leur époque et c’est à ce titre que nous inscrivons leurs noms parmi ceux des chercheurs neuchâtelois. – Si le mécanisme de leurs ouvrages était des plus ingénieux, leur conception baroque et surannée ne pouvait assurer leur durée. – Leurs oiseaux chanteurs ont fait école, nous citerons ceux d’Olivier Matthey du Locle qui eurent leur succès.

Nous avons déjà parlé de P.-L. Guinand comme fabricant de cabinets de pendules. Il habitait[19] un hameau reculé des Montagnes neuchâteloises, la Corbatière, où il naquit en 1748. Il ne reçut que l’instruction la plus élémentaire ; à l’âge de quatorze ans il était ébéniste. C’est à cette époque qu’un fabricant de boucles du voisinage lui apprit à fondre et à travailler divers métaux ; à vingt ans, il vit fabriquer une boîte de montre, essaya d’en faire une, réussit et devint monteur de boîtes ; il abandonna cette profession dans la suite pour prendre celle, plus lucrative, de fabricant de timbres pour les montres à répétition.
« Depuis 1790, il s’adonna à la fabrication des verres de lunettes astronomiques, dans laquelle il excellait. Il avait acheté un terrain dans un lieu retiré, sur les bords du Doubs, près des Brenets, et y construisit de ses propres mains un fourneau, dans lequel on pouvait fondre deux quintaux de verre ; sa famille vivait avec la plus grande économie, pour consacrer son gain à de dispendieux essais.
« En 1822, il envoyait à Cauchoix à Paris, pour le prix de sept mille francs, le verre de la grande lunette qui fut exposée l’année suivante. On raconte que le roi de France visitant l’exposition industrielle s’arrêta devant cet instrument et, après avoir fait compliment à Cauchoix sur la beauté de la lunette à grande ouverture, il lui demanda qui avait fourni le verre pour l’objectif achromatique. Le fils de Guinand qui était présent prit la parole :
— Sire, c’est mon père, qui est Neuchâtelois.
— Hé bien ! qu’il vienne à Paris.
— Il est malheureusement incommodé.
— Qu’il fasse de petites journées et qu’il vienne à mes frais, répondit le roi avec bonté.
« Guinand inventa la manière de fabriquer les lentilles sans stries, ni bulles, ainsi que les procédés nécessaires, et les outils pour les travailler et les polir. Son dernier disque de Flintglas de sept pouces de diamètre envoyé en Angleterre par Reynier, pasteur et astronome, fut l’objet d’un rapport important publié à Londres.
« Quelques semaines avant la mort de Guinand, le gouvernement français lui avait fait des propositions avantageuses pour obtenir le secret de ses procédés. Quinze mille francs, dit-on, devaient lui être remis en échange de ses communications. Guinand aurait également obtenu toutes les facilités désirables pour s’établir en France. Mais la maladie le surprit avant que les négociations fussent terminées. Il mourut aux Brenets le 14 février 1824. »

L’horlogerie avait créé à la Chaux-de-Fonds une vie et des habitudes nouvelles ; l’esprit de ses habitants était devenu accessible à tous les genres de progrès, qui se manifestaient non seulement dans les améliorations industrielles, mais dans l’ordre politique et social. Sa population s’était considérablement accrue et son extension lui assurait une certaine prépondérance dans le pays. Les gens du voisinage venaient s’y fixer et une foule d’étrangers s’y établissaient, les uns pour se perfectionner dans l’horlogerie, les autres pour retirer un plus grand profit de leur travail.
Malgré son prompt accroissement et son bien-être, la Chaux-de-Fonds ne fut longtemps qu’un village rustique au milieu duquel un étranger non initié n’aurait pu soupçonner qu’il existât une industrie et des relations de commerce aussi importantes. Le terrible incendie qui détruisit une grande partie de la Chaux-de-Fonds le 5 mai 1794 fut le point de départ d’un nouvel état de choses : les chaumières couvertes de bardeaux avaient disparu à jamais et furent remplacées par des maisons solidement bâties. À partir de sa reconstruction, la Chaux-de-Fonds s’est agrandie avec une rapidité extraordinaire.
La période politique de 1830 et celle qui la suivit furent caractérisées par la prééminence d’un homme qui se distingua autant par ses capacités militaires et politiques que par son habileté et son esprit d’entreprise en horlogerie. Fritz Courvoisier fut l’un des hommes les plus populaires de notre canton.
Né à la Chaux-de-Fonds le Ier juin 1799[20], il passa son enfance à Genève et à Couvet, et reçut une éducation soignée. Il se rendit ensuite à Bâle où il observa toutes les péripéties des deux sièges de Huningue qui eurent lieu en 1814. Puis il revint au village natal, y suivit un cours d’horlogerie de Maillardet et de Klentschi, et termina son apprentissage dans la maison de son père. Envoyé à Lisbonne en 1821 pour y représenter son commerce d’horlogerie, il y séjourna assez longtemps et passa à Livourne où son père possédait une autre maison. Il profita de son séjour pour visiter Florence, Rome et Naples ; les courses nombreuses qu’il fit en compagnie de son ami, Léopold Robert, développèrent en lui des goûts artistiques.
À partir de 1830 il s’occupa beaucoup de politique et, nommé député au Corps législatif, il fut étroitement mêlé à toutes les luttes de cette période ; il entra l’un des premiers à la tête des carabiniers dans le château de Neuchâtel. Proscrit par le gouvernement, il se réfugia à Bienne, où il continua à défendre chaleureusement la cause de son pays.
Rentré à la Chaux-de-Fonds à la suite d’une amnistie particulière, il dirige avec ses frères la maison d’horlogerie fondée par leur père. En 1836, il se remet en voyage, visite l’Italie, l’Égypte, la Grèce, la Turquie, la Russie, et donne à ses affaires dans le Levant une extension considérable ; il fonda même une maison à Madrid. Vers 1839, il se fixe de nouveau à la Chaux-de-Fonds et y crée pour son propre compte une maison d’horlogerie qui prospéra rapidement.
Ses affaires ne l’empêchèrent point de s’occuper d’œuvres d’utilité publique. Il fut l’un des principaux fondateurs de l’hôpital de la Chaux-de-Fonds et y occupa, pendant un grand nombre d’années, la place de caissier. On se souvient avec reconnaissance du désintéressement avec lequel il remplit les fonctions de syndic de la commune.
Les intérêts de la patrie suisse ne lui tenaient pas moins à cœur que ceux de son canton ; il prit une part active à la guerre du Sonderbund. Le gouvernement ayant refusé de participer à cette campagne, Courvoisier entra dans les rangs de l’armée fédérale et servit avec le grade de capitaine d’état-major et d’aide de camp du colonel Ochsenbein dans la division de réserve bernoise. Comme on craignait un moment l’occupation de Neuchâtel, Courvoisier donna sa démission et retourna à la Chaux-de-Fonds doublement aimé et estimé. Il se remit à ses affaires et parut ne plus se préoccuper des événements politiques. Mais quand éclate la révolution de 1848, il part aussitôt, et pour la deuxième fois, s’empare du château de Neuchâtel. Le gouvernement provisoire est installé, il retourne chez lui ; en vain cherche-t-on à lui faire accepter le mandat de député : « Ma tâche est terminée, disait-il modestement, Neuchâtel est libre ; que d’autres, plus intelligents que moi, continuent à édifier le monument sur la base acceptée. »
Il se consacra dès lors au bien-être de son village ; en sa qualité de membre de la Commission d’éducation, il prend l’initiative de la fondation du corps des cadets dans les écoles industrielles du canton. Il crée une Société de construction, afin de procurer à peu de frais aux ouvriers des logements salubres et commodes ; il voue une attention toute spéciale à la Société de tir des Armes réunies dont il fut le président à plusieurs reprises. Sa main généreuse était toujours ouverte aux pauvres et plus d’un fabricant, riche aujourd’hui, doit le commencement de sa fortune aux conseils et à la protection de ce philanthrope.
Après avoir longtemps résisté aux sollicitations de ses concitoyens, il accepta son élection au Grand Conseil et siégea par deux fois au Conseil national à Berne. La Confédération le nomma en 1850 major de l’état-major fédéral et lieutenant-colonel en 1851. La ville de Bienne, reconnaissante des services que F. Courvoisier lui avait rendus pendant son séjour, lui conféra le droit de bourgeoisie et le Grand Conseil de Berne lui offrit la naturalisation pour lui et ses descendants.
À la fin de novembre 1854, Courvoisier, qui se rendait à Berne, fit une chute en passant à la Vue des Alpes, et le 10 décembre, il mourait à Neuchâtel d’une attaque d’apoplexie. Son corps fut ramené à la Chaux-de-Fonds et ses funérailles eurent lieu avec une pompe inusitée chez nous. M. Paul-Frédéric Courvoisier, son fils, a continué quelque temps à la Chaux-de-Fonds la maison d’horlogerie fondée par son père.
Louis-Jean Richard dit Bressel, naquit au Locle le 22 octobre 1812[21]. Son père était l’arrière-petit-fils de Daniel JeanRichard, la tradition industrielle s’était maintenue dans cette famille et les premiers objets qui durent frapper les yeux de l’enfant furent sans doute les outils d’horloger de son père et peut-être de son grand-père. Aussi ne sera-t-on point surpris qu’à l’âge de douze ans, il cherchât à imiter les travaux de ses parents.
« À quatorze ans, Richard entra en apprentissage chez Perret dit Sagnard, puis il dut gagner sa vie en faisant des échappements. Il semblait ainsi destiné à suivre la voie de la plupart des ouvriers de sa condition, lorsqu’un savant français, Mathurin Bresson, donna alternativement au Locle et à la Chaux-de-Fonds un cours qui, commençant par les éléments de l’arithmétique, arrivait aux mathématiques supérieures, avec des principes de physique et de chimie. Une noble émulation s’empara de la jeunesse locloise et une trentaine de jeunes gens se firent inscrire. Parmi eux se trouvait Louis Richard.
« Les leçons du professeur ne profitèrent pas d’une manière égale à tous ses élèves, car, à la fin du cours, leur nombre était réduit à huit, mais ceux-ci devinrent tous des horlogers distingués : William Dubois, Sylvain Mairet, Édouard Girod, etc.
« Louis Richard épousa la nièce de F.-L. Favre-Bulle et cette alliance exerça une influence décisive sur l’avenir du jeune horloger, car si Richard ne fut pas l’élève de son oncle, il dut à celui-ci les conseils et les encouragements dont il avait besoin. Son ardeur et son zèle étaient tels à cette époque, qu’il passait ses nuits au travail. Chaque matin, Favre-Bulle, déjà septuagénaire, venait s’informer des progrès de l’œuvre commencée. La première montre fut achevée : c’était un chronomètre dont l’échappement libre et à force constante était de l’invention du jeune homme. Ce chronomètre, soumis à l’examen d’une commission de la Société d’Émulation patriotique, lui valut une médaille d’or en 1841. Il n’avait pas trente ans.
« Les vrais horlogers se sont toujours imposé la tâche de construire une pendule ou régulateur, œuvre de patience et de veilles pendant de longues années. Louis Richard voulut aussi posséder un régulateur offrant toutes les garanties possibles d’exécution soignée et de marche régulière. Au mois de septembre 1842, la pièce était terminée, et on la vit figurer avec honneur à l’exposition locale des produits de l’industrie, organisée à l’occasion du passage du roi et de la reine de Prusse dans la principauté de Neuchâtel. En outre, les populations du Locle, de la Brévine et de la Chaux-du-Milieu ayant voulu offrir à Frédéric-Guillaume IV quelques spécimens de l’industrie des montagnes, le choix s’était porté sur un chronomètre de Louis Richard avec l’échappement libre à force constante, de son invention, et sur un thermomètre métallique à maxima et à minima de Jules Jurgensen.
« À l’exposition dont nous venons de parler figurait aussi l’une des premières montres fabriquées par Daniel-Jean Richard. « Le roi, dit l’auteur de la Relation du séjour de LL. MM., avait ainsi sous les yeux, à la fois, l’une des premières montres fabriquées dans notre pays, et, par conséquent, la plus imparfaite, et un chronomètre dans la fabrication duquel l’ouvrier a atteint le plus haut degré de perfection auquel on soit parvenu, et ces deux montres avaient été faites par deux représentants de la même famille. Il avait fallu un siècle et demi et cinq générations pour en arriver là, tant il est vrai que les véritables progrès ne s’improvisent jamais. »
« Pour bien juger l’œuvre de Richard et son influence sur notre industrie horlogère, il est nécessaire de rendre compte de l’état des choses à cette époque.
« A.-F. Houriet, dont le génie avait brillé avec éclat à la fin du siècle dernier et dans le premier quart de celui-ci, était mort en 1830. Il avait eu l’heureuse chance de rencontrer parmi les horlogers loclois des ouvriers capables de comprendre et d’exécuter les pièces nécessaires pour les montres de précision, les chronomètres auxquels il avait apporté des perfectionnements. Mais parmi ces auxiliaires, les uns, comme Bouvier du Crozot, l’ancien Perrelet, étaient morts, les autres, comme F.-L. Favre-Bulle, n’étaient pas des fabricants-négociants. Aucune maison de commerce, aucun horloger ne pouvait être cité comme produisant des pièces d’horlogerie soignée, dans lesquelles la théorie fût combinée avec une main-d’œuvre réellement artistique. Déjà cependant, depuis quelques années, on avait abandonné l’ancien calibre dit à roue de rencontre pour celui à échappement à cylindre, à ancre, ou d’autres encore. Les fabriques de Fontainemelon, de Beaucourt, la vallée de Joux fournissaient les ébauches nécessaires et les établisseurs faisaient exécuter les parties complémentaires d’une façon plus ou moins heureuse. Le réglage de ces montres se faisait au moyen des horloges dites régulateurs de Morez, parmi lesquelles sans doute se trouvaient quelques bonnes pièces ; mais cela ne pouvait suffire, et nous avons vu que nos horlogers préféraient construire eux-mêmes ces appareils de précision.
« Mais ce n’était point assez pour Louis Richard, qui voulut se procurer les moyens de contrôler les chronomètres de sa fabrication, aussi bien que son régulateur, par les procédés astronomiques. Dans ce but, il n’hésita pas à se rendre à Paris pour y acheter une lunette méridienne destinée à observer le passage des étoiles. Cette lunette fut adaptée à la fenêtre de son cabinet de travail, et dès lors, sans sortir de chez lui, il put faire ses réglages lui-même.
C’est ainsi que, devançant les temps, il put, comme F.-L. Favre-Bulle qui avait construit lui-même son télescope, avoir son observatoire à lui, longtemps avant qu’on osât proposer l’établissement d’un observatoire cantonal. Richard avait également fait disposer dans sa maison une glacière pour observer les pièces à la température la plus basse, tout comme il avait son étuve pour les hautes températures.
« On le voit, il ne négligeait rien de ce qui pouvait amener le développement sérieux de la bonne fabrication dans le pays. Sa correspondance avec les professeurs de l’Académie de Neuchâtel, en particulier avec M. de Johannis, donne une idée du feu sacré dont il était animé, des regrets qu’il éprouvait de n’être pas compris et de voir la routine prévaloir dans la fabrication de l’horlogerie. Il communiquait ses craintes au sujet de l’avenir, en raison de l’avilissement de la main-d’œuvre, de la concurrence effrénée, résultant d’une production surabondante de marchandises de mauvaise qualité. Peine inutile sans doute, mais qui nous montre bien quelles étaient les préoccupations de l’artiste montagnard.
« À cette époque, c’est-à-dire vers 1845, Richard, devenu indépendant, était fabricant et non plus l’ouvrier des autres. Les commandes ne lui manquèrent pas, sa réputation s’était répandue au loin, mais on aurait tort de croire que sa fortune fût plus brillante. Le génie se concilie difficilement avec les exigences du commerce et de l’industrie : ou bien l’artiste, fidèle à sa vocation, ne devait produire qu’un très petit nombre de montres et exécuter lui-même toutes les pièces importantes, ou bien il devait avoir recours à des auxiliaires.
« Quoi qu’il en soit, Richard, dans sa nouvelle position, n’abandonna point le travail personnel ; aussi lorsqu’il fut pour la première fois question d’une exposition universelle des produits de l’industrie, sa place se trouva-t-elle toute marquée dans le palais de cristal à Londres. C’est qu’en effet, nul mieux que lui n’était qualifié pour y participer. Il n’y apportait qu’une seule pièce, un chronomètre de marine, mais qui avait le mérite d’être le produit de son invention et du travail de ses mains. C’est ce que paraît avoir compris le jury de l’exposition, qui lui décerna la grande médaille d’honneur.
« Ce chronomètre, œuvre de tant de labeur, objet d’une récompense si honorable, ne put être vendu pendant de longues années. Présenté en 1863 à l’observatoire de Genève, il subit pendant cinq mois des observations qui prouvèrent ses qualités, mais n’en amenèrent cependant pas la vente. Après bien des vicissitudes, cette pièce fut enfin, par l’intermédiaire d’une maison de commerce, vendue au Pérou. Ce n’était point là le sort que le constructeur avait rêvé pour elle.
« Plusieurs horlogers de mérite, William Dubois, Henri Grandjean, auraient voulu, avec lui, doter notre pays d’une nouvelle industrie, celle de la fabrication des chronomètres de marine.
« Si les entreprises de Richard ne furent pas toujours couronnées de succès, il a exercé, d’une manière indirecte, il est vrai, une influence considérable sur la bonne fabrication de l’horlogerie. Ce qu’il avait appris par lui-même il l’enseigna aux autres ; il fit des élèves, et les noms de ceux-ci comptent aujourd’hui parmi les meilleurs fabricants de notre pays : Alexandre Houriet, dont nous avons parlé plus haut, enlevé prématurément à notre industrie ; Ulysse Nardin, dont les chronomètres sont munis de bulletins de marche aussi nombreux que flatteurs ; Sievertsen, qui est allé répandre dans son pays d’origine les notions de la bonne fabrication d’horlogerie, Guye d’Espagne, Ad. L’Hardy, Lucien Dubois, et d’autres encore. Louis Richard ne gardait pas pour lui ses découvertes, souvent même il en négligeait l’application, mais la parole du maître avait mis sur la voie l’élève ou l’ouvrier dont l’intelligence faisait le reste.
« Louis Richard était trop préoccupé de son art, les essais de tout genre auxquels il se livrait, loin d’améliorer sa position, avaient absorbé peu à peu son patrimoine, qui n’était du reste pas considérable, et la vieillesse arrivait avec ses épreuves. L’aîné de ses fils fut enlevé par la fièvre typhoïde en 1869 et les deux orphelins qu’il laissait tombèrent à sa charge. Lui-même devait être victime de son dévouement : en relevant une personne du Locle tombée sur le verglas, il fit une chute malheureuse et dut se rendre à Berne pour se soigner ; il en revint soulagé, l’esprit rempli d’inventions nouvelles et se proposant surtout d’initier le fils qui lui restait à tous les procédés particuliers dont il avait le secret. Il était malheureusement trop tard ; atteint de nouveau par de violentes douleurs de tête, il mourait le 10 janvier 1875, à l’âge de soixante-deux ans. »

Monsieur Jules F.-U. Jurgensen, dans un article fort intéressant publié en 1887 dans le Musée neuchâtelois : De l’emploi des machines en horlogerie, spécialement dans la fabrication des montres de poche, nous apprend que le promoteur des établissements d’horlogerie à la machine est un artiste suisse, Pierre-Frédéric Ingold. Nous empruntons les lignes qu’on va lire à ce publiciste distingué.
« Pierre-Frédéric Ingold naquit à Bienne, le 6 juillet 1787. Son père mourut trois ans plus tard et des circonstances de famille obligèrent sa veuve à s’établir au Valanvron. Elle fut le premier professeur du jeune apprenti. Horlogère elle-même, elle achevait et polissait les pièces d’acier des mouvements de pendule et en expliquait le mécanisme à son fils.
« Il fit, dès l’âge de douze ans, des pignons, des verges, des finissages, puis, plus tard, des échappements à cylindre et à virgule, et enfin quelques repassages de pièces à répétition.
« Lorsqu’il se sentit assez fort pour tenter la fortune à l’étranger, il se rendit à Strasbourg et y travailla un an comme rhabilleur. En 1810, il se dirigea sur Paris qu’il quitta, de peur d’être astreint au service militaire, et s’embarqua à Dunkerque pour les États-Unis. Le soir même son navire était capturé par les Anglais. Prisonnier, il fut reconduit avec ses camarades en Bretagne, où il resta plusieurs mois.
« Dénué de toutes ressources, il fit à pied, avec deux de ses compagnons de captivité, le chemin de Morlaix à Paris.
« Il travailla chez l’horloger Gribel et lorsqu’il eut regarni sa bourse, il reprit le chemin de la Chaux-de-Fonds, emportant dix-huit pendules pour lesquelles il s’était chargé de construire et d’ajuster les échappements.
« Le travail achevé, il repart pour Londres et entre chez Rentsch, fournisseur de la cour. Il y construisit des pignons pris à l’acier rond, les acheva d’une manière si parfaite que ses confrères le regardèrent dès lors comme l’un des plus forts dans la corporation.
« Nous touchons à l’un des faits capitaux de la carrière industrielle de l’artiste suisse. C’est chez Rentsch qu’il construisit sa première montre à remontoir sans clef. Ce n’est pas le remontoir que nous connaissons, opérant au moyen de la couronne ajustée sur le pendant. Ce n’est plus la montre à poids ou à secousse. Il s’agit d’un engrenage concentrique, mû par la main, en tournant le fond de la boîte. La roue dentée extérieure est presque aussi large que la platine elle-même. Le ressort une fois bandé, l’arrêt s’effectue par un doigt d’acier entraînant une croix-de-Malte, comme dans nos pièces actuelles. Ingold construisit aussi alors une répétition dont la sonnerie partait à volonté, non au moyen d’une targette extérieure, mais en imprimant à la lunette un mouvement de circonférence. La sonnerie était à tact.
« L’ambassadeur de Russie en Autriche acquit cette première répétition à remontoir sans clef. Le prince-régent d’Angleterre en commanda six semblables.
« Nous sommes aux Cent-Jours. Après Waterloo, les affaires générales furent suspendues. Les Anglais, éblouis par leur victoire, se livrèrent à l’ivresse d’un succès inespéré.
« 30 000 touristes d’Angleterre entrent dans Paris, avec la garde royale. Ingold représente Berne en cette circonstance et se met à leur suite. Il a la joie naïve du conscrit qui pense échapper pour toujours au service.
« En 1815 il revient à la Chaux-de-Fonds et se remet à la besogne. M. de Claparède lui achète une pièce de construction nouvelle. Il s’agit non seulement d’un remontoir par le fond ou la lunette, mais la mise à l’heure offre ceci de particulier, que les aiguilles se meuvent au moyen d’une targette adaptée au pendant.
« Comment M. de Claparède envoie-t-il cette montre à Naples ? Je ne sais, mais elle tombe dans cette ville en la possession de la princesse polonaise Jablonowiska, qui en fait hommage à l’impératrice Marie-Louise, seconde femme de Napoléon Ier, qui porta cette répétition pendant l’espace de trente ans et la légua à l’une de ses suivantes, cousine de M. Sylvain Mairet.
« De 1817 à 1823, Ingold travaille chez Breguet, à Paris. Période importante de son existence. Scientifiquement, il fit alors des progrès considérables.
« Je relève dans un livre de compte plusieurs postes intéressants. Certains repassages de pièces compliquées lui étaient payés alors 600, 300 et 200 francs.
« En 1820 la maison Breguet l’envoie passer sept mois à Constantinople, où il la représente ; appointements modestes : 2333 francs pour les sept mois.
« C’est de 1823 à 1825 que notre horloger s’occupa de la manipulation des pierres fines et de leur appropriation à l’horlogerie. Ingold perça et acheva nombre de rubis et de saphirs, trous et contre-pivots tout ensemble.
« De retour à la Chaux-de-Fonds, en 1825, il enseigne à bon nombre d’apprentis l’art de traiter les pierres fines. Puis Ingold passe deux ans à Genève et, la tête pleine de projets, veut une fois encore tenter la fortune à Paris.
« Nous touchons à une période intéressante de sa carrière si laborieuse. Ingold est l’un des premiers artistes du siècle, le plus grand novateur en horlogerie peut-être, celui qui, presque seul, a élevé la fabrication des montres au moyen de machines à un point inattendu de perfection. Il est enfin l’initiateur et comme le directeur invisible des grandes fabriques américaines.
« À la Chaux-de-Fonds, lorsque Ingold avait parlé de ses machines centuplant la production en la perfectionnant, on accueillit mal ses ouvertures : « Eh quoi, lui disait-on, vous voulez ruiner l’ouvrier !… » Et lorsque plus tard, vers 1850, obsédé par le sentiment qu’il avait de la valeur de ses découvertes et de ses projets, Ingold voulait une fois encore monter en Suisse l’établissement modèle qu’il rêvait, il subit une opposition aussi vive qu’inintelligente.
« À Paris, la célébrité commençait pour lui ; il avait ouvert une boutique en face de la Bourse ; Arago, Gambey, Pouillet, le baron Thénard s’entretenaient volontiers avec Ingold et lui procuraient de brillantes commandes. Le prince royal, Louis-Philippe d’Orléans, le visita peu de temps avant son appel au trône.
« Ingold construisit alors un régulateur de très grande dimension, un échappement à force constante de son invention et imagina diverses combinaisons nouvelles pour échappements.
« Citons quelques-unes des principales machines qu’il acheva vers 1839 et qui fonctionnèrent avec plein succès.
« L’une d’elles produisait la platine terminée ; non la plaque tournée, ébauchée avec un cran et quelques points, mais la platine prête, polie, avec trous taraudés pour les vis, trous polis à l’intérieur pour les pieds des ponts, pour tous les mobiles, y compris l’échappement, avec emplacements et sertissures préparés pour les trous en pierre, avec creusures faites et polies de fond et de champ. Et ces platines se finissaient, se terminaient des deux côtés à la fois, avec une régularité automatique. Il y avait cinq grandeurs pour les mouvements, le tout obtenu dans des proportions basées sur les rayons semblables.
« Les découpages produisaient des roues et des pièces à côtés polis en même temps que tranchés, mais polis admirablement. Ses instruments à fabriquer les vis produisaient des trous et des pas légèrement coniques, taraudés mécaniquement, de manière à éviter l’usure. Le tour aux barillets rendait cette pièce de la montre tournée d’un seul coup dans le bloc, le fond intérieur poli comme un miroir et de l’épaisseur voulue, exacte, prête à recevoir le ressort moteur. Les tours à pivoter, avec meules, sont susceptibles de produire les plus irréprochables chefs-d’œuvre.
« Je citerai encore les machines admirables à découper et à finir les balanciers à lames bimétalliques, et les découpoirs pour les diverses pièces de l’échappement, ceux-ci facilement modifiables, en sorte qu’à peu de changements près on pouvait les transformer pour en tirer soit les différentes pièces d’un remontoir au pendant dans ses formes actuelles, soit même les pièces ébauchées de la cadrature d’une répétition.
« Ingold avait tous les plans de ses machines à tourner les boîtes de montres, mais il n’en monta aucune.
« Le courageux novateur était en Angleterre et touchait à son but, la grande fabrique projetée allait être fondée, lorsque les boutiquiers de Londres, jaloux de cet inconnu, ameutèrent contre lui les horlogers, si bien qu’en 1842 le parlement refusa d’autoriser l’existence légale de la Société en commandite dont l’artiste suisse était le bras et la tête. La faillite fut déclarée. Ingold quitte Londres et, en 1845, fait voile pour les États-Unis, où il commence par s’occuper d’horlogerie à la main, puis propose ses plans à New-York. En 1852, les premières fabriques commençaient à travailler à Boston avec les outils d’Ingold.
« De retour en Suisse, il essaya de pousser à la Chaux-de-Fonds et à Genève le cri d’alarme… Sa voix ne fut jamais écoutée. Il dota la fabrique de ses nouvelles fraises à rectifier les dentures, outil infiniment précieux, puisqu’il donne à la denture des roues la forme épicycloïdale indiquée par la théorie, qu’il polit la partie travaillante de la dent dans le sens de l’engrenage et qu’il neutralise les défauts du taillage.
« Ingold mourut à la Chaux-de-Fonds le 10 octobre 1878. »
L’histoire de l’horlogerie serait incomplète si nous ne rendions hommage à un artiste qui, d’origine danoise, a exercé une heureuse influence sur le mouvement industriel du Locle. Nous voulons parler de Jules Jurgensen, fils de l’habile horloger de Copenhague, Urbain Jurgensen. Ce dernier, dans le but d’étendre ses connaissances, resta quelque temps chez Frédéric Houriet ; il entreprit, pendant les dix-huit mois qu’il passa au Locle, et de concert avec plusieurs hommes d’élite, de lutter contre la déplorable tendance de cette fabrique, qui mettait les noms des maîtres sur les imitations de leurs œuvres, imitations faites sans discernement et sans la connaissance de certains principes. Frédéric Houriet continua avec ardeur et succès l’œuvre commencée par son gendre.
Jules Jurgensen naquit au Locle le 27 juillet 1808, dans la maison de son aïeul. Ses parents l’emmenèrent à Copenhague dès son enfance et il ne revint en Suisse qu’à l’âge de vingt-sept ans. Dans un séjour qu’il fit à Londres, puis à Paris, il mit à profit ses vastes connaissances en physique, en astronomie et en mécanique. Fr. Arago, membre de l’Académie des sciences, l’accueillit avec une distinction particulière.
De 1834 à 1835, Jules Jurgensen fonda au Locle une succursale de la maison de son père, qui existait déjà en Danemark depuis 1745.
Il appliqua à la construction des chronomètres de poche les grands principes de la haute chronométrie, introduisant les échappements à bascule ou à ressort ou à double roue d’Urbain Jurgensen dans l’horlogerie portative. Ses calibres, de dispositions hardies, gracieuses, absolument nouvelles, et surtout scientifiquement conçus, permirent avec les plus beaux résultats de fin réglage, le développement artistique de cette branche industrielle.
Il dessina plus de trente calibres de montres, inventa un mezzo-thermomètre que l’Académie des sciences honora de son examen approbatif, dressa aussi des plans de pendules à seconde et à demi-seconde, construisit plusieurs pendules astronomiques, sur les plans d’Urbain Jurgensen, avec d’heureuses adjonctions.
Il éleva sa profession à une grande hauteur artistique et le Conseil administratif s’empressa de l’appeler dans la commission de l’école d’horlogerie de Genève, à laquelle il se voua avec intérêt, aussi longtemps que ses forces le lui permirent.
Travailleur infatigable, l’esprit sans cesse en éveil, il se tint constamment au courant des progrès généraux de la science par ses lectures, sa correspondance, ses longs et fréquents séjours à Paris, enrichissant la haute chronométrie de ses inventions et de ses perfectionnements. Grâce à son influence, il vit la fabrique locloise s’élever de la production d’horlogerie soignée à celle d’horlogerie fine. Les chronomètres de Jules Jurgensen ont une grande réputation, même à l’étranger ; plus d’un de nos horlogers justement réputés doivent à ses conseils et à ses directions une partie de leur savoir-faire et de leurs succès.
Il passa à Genève les dix dernières années de sa vie et mourut le 17 décembre 1877. Sa maison a passé aux mains de son fils aîné, M. Jules F.-U. Jurgensen, qui maintient la réputation élevée qu’elle a si noblement conquise[22]. C’est un maître qui fait école. Dans une étude intéressante consacrée à l’Horlogerie neuchâteloise et suisse en 1881, M. Jules-F.-U. Jurgensen rend hommage à l’un de ses chefs-ouvriers, M. Ul. Perret-Ville, de la Sagne, l’auteur d’une répétition à grande sonnerie qui joue, à chaque heure nouvelle, la valse de la reine Louise de Prusse, avec une justesse que le temps altère, mais qui n’en représente pas moins une œuvre de splendide exécution et d’infinie patience.
« Un autre horloger de la Sagne, feu Gustave Wuille, écrit encore M. Jules F.-U. Jurgensen, avait construit des mouvements de montre très originaux. L’un d’eux, par exemple, consistait en une série de mains (remplaçant les ponts et les diverses pièces) tenant chacune un verre de vin rouge, c’est-à-dire les rubis percés dans lesquels se mouvaient les pignons et les roues. – Un autre mouvement, destiné à un musicien sans doute, représentait une lyre entourée de cornes d’abondance débordant de fleurs et de fruits, se perdant dans la boîte qu’elles reliaient au mouvement. Tout cela a été exécuté à la main et à la lime.
« Tout Paris a défilé devant la montre en cristal de roche (des pivots et des dentures, des pignons, taillés à la main dans du cristal de roche) longtemps exposée au Palais-Royal, par feu C. A. Sandoz (1800-1880), né en Hollande et d’origine neuchâteloise. »

Nous arrivons à une illustration de notre industrie horlogère. Henri Grandjean naquit au Locle le 13 décembre 1803 et y mourut le 21 mars 1879. Descendant d’habiles horlogers, il fut l’un des premiers fabricants de nos Montagnes. Son industrie s’était plus spécialement consacrée à la montre de précision, aux chronomètres de marine. Des récompenses de première classe, dans toutes les expositions universelles, vinrent encourager ses travaux et il fut nommé membre du jury de la dernière exposition de Paris.
En 1859, Henri Grandjean publiait un Tableau statistique de tous les genres d’horlogerie de sa fabrication. Ce tableau est divisé en quatre classes, suivant un modèle que l’auteur avait remis à l’« Union horlogère », pour éviter de fausses dénominations.
Henri Grandjean demandait que le nom du fabricant fût gravé sur chaque montre, soit aux platines, aux cuvettes ou aux cadrans, en y ajoutant le numéro de la classe avec sa dénomination et le poinçon du nom du fabricant frappé sur la grosse platine.
La première classe renferme les chronomètres ; la seconde les montres de précision, accompagnées d’un bulletin de marche, comme les chronomètres ; la troisième classe est destinée aux montres de luxe et de fantaisie et la quatrième aux montres civiles. On entend par ces dernières les montres à verge, cylindre, ancre ou duplex, construites de manière à donner l’heure le plus longtemps possible sans avoir besoin de réparations.
Depuis 1831, Henri Grandjean fut mêlé aux événements politiques de notre pays. Membre ardent du parti républicain et ensuite l’un des chefs du parti radical, il fut un de ceux qui proclamèrent la république, au Locle, en 1848.
Membre du Grand-Conseil depuis l’institution de ce corps jusqu’à sa mort, ainsi que des assemblées constituantes, il fut en outre préfet du Locle pendant quelques années et député au Conseil national pendant deux législatures.
Nous finissons cette courte notice en transcrivant les quelques lignes que M. le Dr Hirsch consacre à la mémoire d’Henri Grandjean, dans son rapport de 1878 au Département de l’intérieur : « Je ne crois pas devoir terminer sans quelques mots de pieux souvenir adressés à notre excellent ami Henri Grandjean. Si le pays regrette la mort d’un de ses meilleurs citoyens, l’observatoire cantonal perd en lui un protecteur qui a eu l’initiative de sa fondation et n’a cessé de lui vouer le plus grand intérêt ; son directeur a perdu en lui un ami auquel il conservera toujours un souvenir reconnaissant. »
La maison Henri Grandjean et Cie a suivi la tradition de son fondateur ; elle présentait à l’observatoire, en 1886, sept chronomètres de marine et a remporté le prix ; quelques-uns sont d’une perfection rare. Elle vient de perdre son jeune chef, M. Ch. Rossel, qui, suivant l’exemple de son grand-oncle H. Grandjean, était un travailleur aussi laborieux qu’intelligent et modeste. C’est une véritable perte pour la chronométrie de notre pays.
Avec Ulysse Nardin a disparu un des derniers représentants de ces artistes qui, au commencement de ce siècle, ont élevé si haut notre industrie horlogère. Né au Locle, le 22 janvier 1823, Ulysse Nardin y mourut au mois de mars 1876. Il fit son apprentissage sous la direction de son père, travailla ensuite aux Planchettes et au Locle, chez son oncle Florian Lesquereux et chez William Dubois, sur les Monts. Mais c’est surtout à son père, Léonard-Frédéric Nardin, qu’il dut la minutieuse exactitude dans le travail, la persévérance opiniâtre dans ses essais et ses recherches. Une parfaite droiture et un besoin continu de tendre vers le bien faisaient le fond de son caractère. Les chronomètres Nardin vérifiés à l’observatoire de Neuchâtel peuvent être considérés comme des chefs-d’œuvre. L’un d’eux ne montra pendant l’espace d’un mois qu’une différence d’un dixième de seconde dans sa marche.
Il nous reste à rappeler le souvenir de David Perret. Né au Locle en 1815, il fut placé de bonne heure en apprentissage de commerce à Mulhouse, où il devint un excellent comptable. Il séjourna quelque temps à Besançon, où il prit goût aux choses militaires. Quelques années avant 1848, il revint au Locle où s’agitaient les idées nouvelles et prit plus tard une part active à la révolution. Ce fut lui qui, le 29 février, arbora le premier le drapeau fédéral devant l’hôtel de la Fleur-de-lis et prit le commandement d’une des colonnes qui occupèrent le château de Neuchâtel. Il arriva au grade de commandant de bataillon et fut membre de la Constituante de 1848.
En 1854, il vint habiter Neuchâtel et y fonda la première fabrique d’horlogerie du canton dans laquelle les machines jouent un rôle important : toutes les diverses pièces d’une montre sont exécutées dans un même local. Son esprit d’ordre, ses connaissances mathématiques, l’intuition des arts techniques le servaient admirablement et l’horlogerie lui doit l’invention de plusieurs machines ingénieuses.
Malgré ses efforts incessants pour le perfectionnement de ses machines, David Perret eut de nombreuses contrariétés : un Américain s’introduisit dans son intimité, le suivit continuellement dans son travail et le quitta un beau jour pour aller fonder dans son pays une fabrique semblable à la sienne, dont l’Amérique était le principal débouché. Mais il ne perd pas courage ; les capitalistes de Neuchâtel ont confiance en lui, ils fournissent des fonds et ses fils lui viennent en aide. La fabrique du Plan de David Perret occupait cent cinquante ouvriers environ dans la maison même et autant au dehors. Une mort cruelle arrêta brusquement cette vie de travail et de dévouement ; victime du lac gelé de 1880, il disparut sous la glace devant Saint-Blaise, dans la soirée du Ier février.
MM. David et Charles Perret continuent avec succès l’œuvre commencée par leur père.

Jusqu’à présent nous avons donné des biographies d’horlogers plutôt que l’histoire de l’horlogerie. Ce fait s’explique ainsi : à partir de Daniel-Jean Richard jusqu’au commencement de notre siècle, tout est à trouver et à perfectionner. Nos horlogers, répandus dans les localités des Montagnes et du Val-de-Travers, cherchent individuellement l’amélioration de leur art qui n’est pas encore formulé par des théories absolues. Ils tâtonnent, s’égarent quelquefois et leurs expériences n’arrivent que lentement à un complet résultat.
« Si l’horlogerie prit aux Montagnes un si magnifique essor, écrit M. Fritz Berthoud[23], c’est qu’elle y trouva un terrain favorable et des hommes admirablement préparés à cet art délicat. Que de noms à citer et qui devraient être illustres au même titre que ceux des Brandt, des Richard, des Ducommun, des Jaquet-Droz !
« Période étonnante, trop peu connue et trop oubliée. Proportion gardée, la Renaissance en Italie n’offre pas un plus beau spectacle ; l’étincelle du génie semble avoir touché toutes les intelligences. Le Locle et la Chaux-de-Fonds, comme Florence et Rome au XVIe siècle, dans un autre ordre d’activité, deviennent des foyers d’inspiration. Un souffle nouveau, puissant, fécond, ranime la vieille société endormie… Autour des chefs se groupent les petits et les faibles, fortifiés et grandis. Tous inventent, découvrent, perfectionnent, tous apportent leur pierre à l’édifice. »
Il est bien difficile d’indiquer la marche générale de l’horlogerie. C’est en étudiant la vie de tous ces habiles chercheurs, qu’on pourra s’en persuader. Il fallait qu’un homme de génie établît des principes et des théories qui devaient faire abandonner la routine du passé. C’est à partir de Ferdinand Berthoud que les tâtonnements cessèrent.
Nous avons indiqué (voir au début) l’espèce de montre que fabriqua Daniel-Jean Richard : c’était une pièce anglaise à deux platines à fusée et à verge très haute. Nous empruntons les lignes suivantes à un mémoire inédit présenté en septembre 1858 à la Société des horlogers, sur l’origine et l’histoire des diverses phases de l’horlogerie, par un des maîtres de l’art qui nous occupe, feu Henri Grandjean.
« Pendant longtemps on s’est contenté de fabriquer des montres à verge en y ajoutant quelques perfectionnements ; la chaîne et le spiral ne tardèrent pas à y être appliqués.
Au reste, sans suivre toutes les époques et les diverses phases d’améliorations que la fabrique a parcourues, nous posons, comme principe, que l’ancienneté d’une fabrique peut toujours être reconnue par ses divers genres de fabrication.
« Longtemps aussi, on s’est borné à faire des montres à deux platines auxquelles on a appliqué l’échappement à cylindre et successivement la répétition, le réveil et la sonnerie.
« L’introduction des montres à ponts, échappement à cylindre, soit les montres lépines, a puissamment contribué au développement de la fabrication. C’est aussi à cette époque que furent introduits divers genres d’échappements, tels que ceux à virgule, doubles virgules, duplex, et un peu plus tard, l’échappement à ancre ; ces différents genres d’échappements furent employés à varier les calibres à l’infini. Jamais il ne fut fait autant d’efforts pour perfectionner l’horlogerie que depuis le commencement de ce siècle.
« Quelques hommes, qui appréciaient déjà l’horlogerie de précision et entrevoyaient qu’elle devait être un jour le couronnement de notre industrie, travaillaient comme amateurs à des chronomètres livrés en blanc à des horlogers en renom de Paris que ceux-ci terminaient et vendaient comme étant de leur fabrication.
« L’époque formant pour l’horlogerie neuchâteloise une phase nouvelle à laquelle on doit le perfectionnement des machines et l’amélioration des calibres date de 1830. Nous ne pouvons pas reconnaître qu’il se soit fait, dès lors, des apprentissages aussi bons qu’autrefois, bien loin de là, puisque primitivement, pour devenir horloger, il fallait être à même de faire une montre d’un bout à l’autre ; de longs apprentissages, par conséquent, étaient nécessaires. Si je prends une époque transitoire qui sépare la fabrique en deux parties, je dois aussi faire une appréciation des motifs.
« Lorsque les genres fantaisie eurent fait leur temps et que les calibres furent simplifiés, les perfectionnements se portèrent sur les échappements en faisant des essais avec des balanciers compensateurs. Pendant bien des années, l’échappement à ressort, quoiqu’il fût déjà connu en fabrique, n’était employé qu’à de rares exceptions, pour montres de luxe et non pour des pièces de précision.
« Cependant l’augmentation de genres soignés, se rapprochant sensiblement de l’horlogerie de précision, contribua à former un grand nombre d’horlogers qui se vouèrent à ces divers échappements avec balanciers compensateurs et spiraux boudins ou sphériques. Plusieurs s’occupaient déjà du réglage des compensateurs et quelques artistes obtinrent dans les expositions suisses qui précédèrent les expositions universelles des médailles d’or pour des chronomètres de marine.
« La fabrique de Neuchâtel a su profiter des avantages que lui donnait sa position topographique et s’est développée avec d’autant plus de force qu’elle pouvait fabriquer certains genres à meilleur marché qu’à Genève. Plusieurs maisons de cette ville établirent des comptoirs au Locle, à la Chaux-de-Fonds, en mitigeant certains genres. C’est ainsi que la fabrique neuchâteloise s’étendait et gagnait en perfection.
« Mais l’appât du gain, la nécessité de fabriquer des montres à bon marché, provoquée par une concurrence mal raisonnée, ont amené cette extrême division du travail qui a fait de l’ouvrier une machine ayant à peine la conscience de ce qu’il exécute. L’un des buts principaux de notre fabrique neuchâteloise a été la production de l’horlogerie destinée au grand nombre de ceux qui demandent une montre pour une somme modique. Afin d’arriver à ce résultat, on a d’abord remplacé la boîte en argent fin par une boîte en argent à titre bas, puis par une boîte en métal blanc (argenton) et en métal jaune (laiton doré, bronze d’aluminium) qui a, pendant quelque temps, grâce à une réclame exagérée, usurpé une place qu’il a dû, de nouveau, céder au laiton. Puis on a mis moins de soins au mouvement, on a négligé le repassage ; l’établissement a été fait à la hâte et on a produit les montres désignées sous le nom de pacotille. La fabrication de cette horlogerie si justement qualifiée de patraque, écrit encore Henri Grandjean, ne demande qu’un apprentissage de quelques mois pour l’établissage de la plupart des pièces. Une foule d’ouvriers qui auraient pu rendre des services dans une autre industrie, se jettent inconsidérément dans l’horlogerie commune, et l’ouvrage leur fait défaut à la première crise.
« Heureusement que M. Roskopf, de la Chaux-de-Fonds, a ouvert en 1866 une voie nouvelle à la confection des montres à bon marché, qu’il appelle montres d’ouvriers, vendues vingt francs la pièce, boîte en métal blanc, remontoir au pendant, le cadran couvert en verre, et vingt-cinq francs la même montre à savonnette. Pour établir à ces prix une montre solide et avec une marche convenable et suffisante pour l’usage ordinaire, M. Roskopf a dû simplifier la main-d’œuvre et ne s’en tenir strictement qu’au nécessaire, c’est-à-dire à tout ce qui concerne les questions de la solidité et de la bonne application des principes. La boîte est forte ; on a supprimé une roue dans le rouage au moyen d’un changement dans le nombre de dents employées ordinairement ; la minuterie est placée sur le barillet ; il y a six trous à pierre. L’échappement est fait avec soin, il est à ancre, car c’est l’échappement qui offre le plus de facilité de construction, à cause de sa forme plate, et donne la meilleure marche dans des conditions de prix aussi modérées.
« La montre Roskopf, qui a été le point de départ d’une évolution heureuse dans l’horlogerie à bon marché, a trouvé de nombreux imitateurs qui ont varié les genres, modifié des détails, mais suivent et perfectionnent la voie ouverte. »
Ce perfectionnement, qui est l’idéal de tout art et de toute industrie, ne s’est point arrêté depuis Daniel Jean-Richard jusqu’à l’heure où nous écrivons ces lignes. Cette œuvre, réalisée par tant de travailleurs émérites, se continue et se continuera encore, car le point d’arrivée de ceux qui ont accompli leur tâche est le point de départ de ceux qui débutent.
En étudiant l’horlogerie neuchâteloise, nous avons été pris d’une profonde admiration pour ceux qui, par tant de travail et de luttes, en ont fait une puissance dans l’industrie contemporaine ; nous voudrions communiquer un peu de cette admiration à d’autres, nous voudrions surtout avoir rendu hommage, dans la mesure de nos forces, à tous ceux qui ont marqué dans ce mouvement ascensionnel continu et n’avoir oublié personne. Qu’on nous permette à cet effet de rappeler encore quelques noms.
« Moyse Perrenoud des Ponts (1743-1811) s’adonna spécialement, écrit M. Jules-F.-U. Jurgensen[24], à la fabrication des chaînes, pièces qui relient la fusée à la roue motrice. Jusqu’à lui, les constructeurs et les ouvriers neuchâtelois étaient, pour ces chaînes, tributaires des Anglais et de Genève. »
N’oublions pas de mentionner Élie Jeanrenaud de Travers, qui introduit en 1810 l’art des pierristes au Val-de-Travers.
Notons encore que David-Guillaume Huguenin, maire de la Brévine, dont nous avons déjà parlé, se distingua dans l’horlogerie ; son esprit inventif le portait à s’occuper de physique. Un ouvrage n’attendait pas l’autre ; pendant qu’il en terminait un, l’autre était en projet. Il construisit deux télescopes, deux machines électriques, des microscopes, des étuis de mathématiques et des compas de proportions : tous ces ouvrages, remarquables par leur exactitude et la beauté de la main-d’œuvre, l’étaient d’autant plus qu’il avait moins de ressources pour les exécuter.
Le maire Huguenin est l’auteur de plusieurs travaux historiques sur notre canton, entre autres les Châteaux neuchâtelois. (Voir Biographie neuchâteloise de F.-A.-M. Jeanneret et J.-H. Bonhôte et Musée neuchâtelois, 1884. Discours de M. J. Breitmeyer, président de la Société cantonale d’histoire.)
Olivier Quartier-dit-Maire a droit aussi à une mention de reconnaissance. Né aux Brenets le 3 novembre 1776, il fut placé en apprentissage aux Tartels comme monteur de boîtes, et s’établit plus tard au Locle, où il se voua à la fabrication des montres et à leur perfectionnement.
M. Pierre Dubois écrit les lignes suivantes dans ses Lettres sur les fabriques d’horlogerie de la Suisse et de la France :
« Autrefois les montres qui sortaient des fabriques du canton de Neuchâtel n’étaient pas réglées. Les spiraux que l’on attachait à la virole du balancier étaient toujours ou trop forts ou trop faibles, ce qui obligeait les horlogers à les supprimer pour en mettre de plus convenables.
« M. Quartier, voulant parer à cet inconvénient, envoya à Genève, à ses frais, six jeunes filles pour qu’elles apprissent le métier de régleuses de montres. Leur apprentissage terminé, elles revinrent au Locle ; elles eurent elles-mêmes des apprenties qui, bientôt devenues ouvrières, se disséminèrent dans diverses localités du canton de Neuchâtel, et c’est depuis ce moment que toutes les montres sortant du Locle et des autres manufactures neuchâteloises ne laissèrent rien à désirer sous le rapport du réglage. »
Olivier Quartier préparait lui-même la matière première de ses spiraux, il a aussi réussi à faire donner aux montres, au moyen de machines inventées, une denture régulière. Convaincu qu’en établissant des montres d’après de bons principes, on pouvait ainsi lutter victorieusement contre la concurrence étrangère, il s’est efforcé par ces moyens de maintenir la confiance accordée à l’horlogerie neuchâteloise.
Pendant plusieurs années, il fut membre zélé d’une commission d’État ayant mission de généraliser la méthode alors nouvelle, aujourd’hui remplacée, de dorer dans des lanternes qui préservaient l’ouvrier des déplorables effets du mercure, souvent appliqué sans précaution. Que de personnes ne lui doivent-elles pas de reconnaissance pour cette invention ? Olivier Quartier fut l’un des promoteurs de l’établissement dans ce pays, en 1820, des bureaux de poinçonnement qui, après vérification, garantissent par la marque le titre des boîtes d’or et d’argent et autres ouvrages réputés neuchâtelois.
Il est bon de noter aussi qu’Olivier Quartier s’est signalé par plusieurs œuvres philanthropiques. Il est mort aux Brenets le 24 août 1852. (Voir Biographie neuchâteloise, par F.-A.-M. Jeanneret et J.-H. Bonhôte.)
Auguste Grosclaude, son collaborateur et son émule, a aussi travaillé au perfectionnement d’une partie non moins essentielle du mécanisme des montres, la denture des roues, fort défectueuse encore. Ils ont construit une machine qui taille et arrondit les roues, assujetties aux pignons. Il a ainsi paré à l’inconvénient de risquer la détérioration de la division des dentures par l’arrondissage, en même temps qu’il a obtenu l’avantage de diviser et former des dentures sur le même axe que doit avoir la roue dans ses fonctions.
Par la conséquence naturelle de cette histoire, nous sommes arrivé à citer les noms de plusieurs de nos contemporains vivants. Quoiqu’il n’entre pas dans notre but de nous en occuper ici, nous sommes persuadé cependant que chacun s’associera à l’hommage que nous rendons à l’un des vétérans de l’horlogerie neuchâteloise, M. Sylvain Mairet, l’éminent artiste qui habite aujourd’hui Montmirail et continue avec zèle la fabrication de ses admirables chronomètres.
Nous revendiquons ici deux hommes distingués d’origine neuchâteloise, enlevés à la science ces dernières années.
Louis-François-Clément Breguet était le petit-fils d’Abram Breguet. Né le 22 décembre 1804, il fut envoyé à Genève pour y terminer son apprentissage. Son père, Louis-Antoine Breguet, horloger distingué, confia son fils à David Darier ; mais celui-ci conseilla au jeune homme de se rendre dans les Montagnes de Neuchâtel, où il verrait fabriquer toutes les parties de la montre. Il travailla pendant quelques années comme ouvrier au Locle et à la Chaux-de-Fonds. De retour à Paris, il prit la direction de la maison de son père. Louis Breguet adjoignit à sa fabrique d’horlogerie la construction d’instruments de physique qui lui valurent sa nomination de membre du Bureau des Longitudes. En 1845 on l’appelait à faire partie d’une commission pour l’établissement de la première grande ligne télégraphique entre Paris et Rouen. Il perfectionna les moyens de transmission et d’enregistrement des dépêches.
Membre de l’Académie des Sciences, chevalier de la Légion d’honneur, il est mort à Paris le 28 octobre 1883.
Son fils, Antoine Breguet, semblait appelé à ouvrir une quatrième génération d’hommes distingués dans l’horlogerie et la mécanique ; mais il précéda son père dans la tombe en laissant deux fils en bas âge.
Nous avons déjà parlé de Jean-Frédéric Leschot, l’ami et le collaborateur de Henri Jaquet-Droz. Son fils, Georges Leschot, né à Genève en 1800, avait hérité de l’esprit inventif de son père ; il commença par introduire des innovations dans le mécanisme des montres et dans la manière de les établir. Vers 1825, il avait si bien perfectionné les échappements à ancre qu’il détermina l’adoption de ce genre pour les montres de poche. Mais il a surtout imprimé un immense progrès à l’horlogerie en inventant des outils et des machines pour établir les différentes pièces de la montre d’une manière uniforme. Le problème de la fabrication à la machine avait été posé depuis longtemps. La maison Vacheron et Constantin appela Leschot chez elle dans le but de le résoudre. Au bout de deux ans, le nouveau mode de fabrication commençait et en 1844 la Société des Arts de Genève adjugeait, pour la première fois, la médaille d’or du prix de la Rive à MM. Vacheron, Constantin et Leschot.
On lui doit encore l’invention de la première perforatrice à diamant qui, perfectionnée depuis, a rendu partout de grands services pour les travaux d’art. La Société des Arts lui décernait, en 1876, une médaille d’or spéciale pour cette remarquable découverte.
Georges Leschot est mort à Genève en 1884. MM. les professeurs Colladon et Thury ont publié des travaux intéressants sur sa vie et ses œuvres. (Voir pour ces deux dernières notices Soixante-septième séance générale de la Société des Arts de Genève. Discours de M. Th. de Saussure, le 29 mai 1884.)
Avant que de parler de l’évolution nouvelle imprimée à l’horlogerie par l’introduction des machines, nous citerons ce que M. Alex. Favre, de Genève, a écrit dans son Rapport sur le groupe XIII de l’Exposition nationale suisse à Zurich en 1883, à propos de l’horlogerie neuchâteloise : « Tout ce que la fabrication devait tenter et poursuivre pour se tenir à la hauteur des exigences, elle l’accomplit avec persévérance ; elle maintient la supériorité de l’horlogerie suisse dans les expositions auxquelles elle participe. »

À peine un objet d’utilité est-il inventé, que l’homme cherche immédiatement à l’orner. Les premières montres fabriquées à Nuremberg dès le commencement du XVIe siècle, et dites œufs de Nuremberg, se parèrent bientôt de sujets gravés ; on les suspendait au cou par une chaîne. Elles passèrent d’Allemagne en Angleterre, en 1577. Lourdes d’abord, elles diminuèrent peu à peu de volume. Il est à supposer que la pièce présentée à Daniel JeanRichard par le marchand de chevaux Peter était des plus simples, car les montres qu’il fabriqua sont à cuvette lisse et sans ornement. Cependant au XVIIe siècle les montres sont décorées, ainsi que les cadrans : l’utile ne suffit plus, il lui faut le complément de l’élégance.
Les émailleurs de Blois peignaient des boîtes de montres, des bagues et autres objets ; c’est peut-être cette mode qui engagea Jean Petitot, de Genève, à traiter ce genre dans lequel il se fit une réputation si justement méritée.
La montre, devenue un objet de luxe et de toilette, s’agrémenta par la ciselure, la gravure, l’émaillerie, l’opposition de métaux divers, et fut en rapport permanent avec l’orfèvrerie. Au XVIIIe siècle, son décor est des plus variés ; la mode est aux chaînes, dites châtelaines, avec clefs ornées, et aux cachets. Le goût des artistes français en fait des pièces d’une incomparable élégance recherchées aujourd’hui par les collectionneurs.
L’horlogerie s’implantant subitement dans un milieu agricole, comme les Montagnes neuchâteloises, devait manquer d’abord des éléments nécessaires à la décoration de la montre ; mais dans les premières années du XVIIIe siècle on pratique avec succès chez nous l’émaillerie et la gravure.
L’art d’appliquer l’émail sur plaques de métal à l’usage des cadrans pour montres de poche se pratiquait à Paris et en Angleterre à partir du XVIIe siècle, mais on n’émaillait que l’or et l’argent ; un cadran d’émail était donc d’un prix élevé. C’est au XVIIIe siècle qu’on remplace les métaux précieux par la plaque en cuivre. L’émaillure était faite par des orfèvres-bijoutiers et la peinture des chiffres par des peintres sur porcelaine. Mais au milieu du siècle passé, la fabrication des cadrans en émail devint une industrie indépendante.
C’est sur l’émail du cadran que les peintres en lettres, en ornements et en sujets firent leurs essais décoratifs. Ces artistes, rares d’abord, devinrent nombreux et arrivèrent à produire des travaux remarquables par l’habileté de la main. Nous citerons tout d’abord les Benoit, qui se distinguèrent dans ce genre spécial.
Louis Benoît naquit aux Ponts en 1732 et y mourut en 1825, dans sa quatre-vingt-treizième année. « L’âge avancé où est parvenu Louis Benoît, nommé pour cela le vieux major des Ponts, écrit le pasteur Andrié, est ce qu’il y a de moins remarquable dans la carrière de cet officier qui n’était pas un homme ordinaire. On était étonné de l’étendue et de la variété de ses lumières, de son amabilité et de la politesse de ses manières. Cependant il n’habita jamais hors de son village natal et ne reçut que quelques mois de leçons d’un régent de campagne.
« Pendant nos longs hivers, rien n’était plus commun que d’entendre les loups hurler dans les marais, que de les voir même s’approcher des habitations. Le major sut si bien découvrir les moyens de leur faire la chasse, qu’on en détruisit un nombre considérable. Le titre honorable de lieutenant des chasses fut la récompense flatteuse que lui décerna le souverain. Sa réputation le mit, en 1766, en relation avec Mylord Keith qui l’apprécia, passa chez lui la belle saison et lorsque le gouverneur quitta notre principauté, il sollicita Benoît à le suivre avec ses enfants à Berlin, où il lui offrait sa protection et un établissement avantageux ; des devoirs à remplir envers son père et sa mère, un vif attachement pour sa patrie, le retinrent.
« Il continua aux Ponts un petit commerce de draperie et s’occupa principalement de la peinture sur émail. Cet état était plus en harmonie avec ses goûts que la profession de faiseur de ressorts de montres à laquelle il avait d’abord été destiné. L’étude de la peinture, de l’histoire naturelle et de la chimie remplissait ses heures de récréation. Il est en Europe peu d’habiles peintres sur émail qui ne se soient procuré des couleurs que Benoît avait composées lui-même ; elles avaient entre autres mérites celui de se fondre également au même degré de chaleur ; son noir et son pourpre surtout sont inimitables ; ses deux fils aînés connaissent le secret de la composition de ses couleurs. »
On doit aux succès et à l’exemple du major Benoît la formation aux Ponts d’un établissement d’émailleurs et de peintres de cadrans.
Son fils, Louis Benoît, perfectionna aussi la peinture sur émail et fabriqua des cadrans. Il fournissait aux émailleurs de Genève, du Locle et de la Chaux-de-Fonds le meilleur noir employé pour ce travail.
Mentionnons un détail qui n’est pas sans intérêt pour les horlogers de notre temps. Les Benoît commencèrent à vendre leurs cadrans trois écus neufs la douzaine (environ dix-huit francs) ; plus tard cinq petits écus (quinze francs la douzaine). Ce prix, déjà fort bas si l’on considère la supériorité du travail, tomba à douze et même à neuf francs. Aussi furent-ils obligés de quitter la partie : à peine, à ce prix, étaient-ils remboursés des matières premières.
« C.-F. Racine et Sylvain Robert[25] se distinguèrent aussi dans la fabrication des cadrans et la peinture sur émail. Le premier excellait principalement dans l’exécution des chiffres et des noms, depuis les plus grands aux plus petits. Son chef-d’œuvre est un simple cadran dont voici la description :
« Diamètre du cadran : 6 lignes. – Circonférence : 18 85/100 lignes. – Surface : 28 27/100 lignes carrées.
« L’Oraison dominicale est écrite très distinctement sur un fin trait circulaire qui a près de dix-neuf lignes de France de circonférence ; les six cents cinq lettres qui sont sur ce cadran n’en couvrent que la treizième partie ; Racine aurait pu mettre vingt-quatre fois l’Oraison dominicale sur le cadran entier.
« Ce chef-d’œuvre, un simple cadran microscopique de six lignes de diamètre renferme cinq autres cadrans distribués comme suit : le cadran des heures avec les minutes ; le quantième des jours ; celui des mois avec les nombres ; les jours de la semaine avec les planètes et les secondes.
« Indépendamment de l’Oraison dominicale on lit sur ce cadran des sentences et la signature de l’artiste : « Fait par Charles-Frédéric Racine-Hanic de la Chaux-de-Fonds, 1821. »
Toutes les lettres sont distribuées avec la plus grande justesse par un calcul de proportion, sans confusion, quoique la meilleure vue ne puisse apercevoir qu’un trait très fin. Avec une forte loupe on découvre des lettres aussi caractérisées que celles de la plus belle impression.
« Lorsque Racine exécutait ces travaux microscopiques, il s’enfermait dans son atelier quelquefois un jour entier, sans prendre aucune nourriture, parce que, disait-il, le travail de la digestion le faisait trembler. Les soins qu’il donnait à son ouvrage, dans un temps où les émaux et les peintures étaient à fort bas prix, l’empêchèrent souvent de gagner l’argent nécessaire à sa subsistance, et, plus d’une fois, il fut dans la plus complète misère. Il se chargeait assez fréquemment de la fabrication du cadran entier, mais il n’en faisait lui-même que la peinture : l’émaillure et le passage au feu étaient exécutés par Ami-Louis Borle, au Locle. Les cadrans ordinaires de Racine se vendaient au prix minime de 1 franc 50 centimes ; ses cadrans soignés deux francs, et c’est à peine si dans un jour il en peignait trois ; il réclamait trois francs par lettre pour ses inscriptions microscopiques. Il est facile de comprendre qu’avec des prix aussi modiques Racine ne pouvait faire fortune. Il mourut dans un état voisin de l’indigence, ayant même, à la fin de sa vie, complètement abandonné la peinture pour percer des rubis. L’héritage le plus précieux qu’il ait laissé à ses enfants est le petit cadran dont nous avons parlé. Ce chef-d’œuvre qui a figuré à l’exposition de New-York, en 1855, y a excité l’admiration générale.
« Racine, d’un caractère très violent, supportait difficilement les contrariétés. On raconte que la veille d’une foire d’automne à la Chaux-de-Fonds, il portait douze cadrans au chef d’une maison d’horlogerie ; celui-ci lui ayant fait l’observation que les noms étaient trop petits pour des montres destinées à l’Italie, l’artiste brisa sur le comptoir, d’un coup de poing, les douze cadrans sur le prix desquels il comptait pour faire ses provisions d’hiver à la foire et sortit sans prononcer une parole.
« Sylvain Robert, né aux Ponts le 2 avril 1798, était le seul peintre des Montagnes qui pût rivaliser avec son ami Racine chez qui il travailla longtemps. Sa vue était si bonne qu’il usait rarement du microscope, même pour les travaux les plus délicats. C’était l’homme le plus doux et le plus pacifique que l’on pût trouver et, sous ce rapport, il était en opposition complète avec son émule Racine. Personne n’a pu égaler ces deux artistes. Après leur mort, la peinture en miniature disparut presque complètement du pays. Dans leurs cadrans, le nom du possesseur se trouve habituellement peint en toutes lettres dans la minute au-dessous de trois heures. »
Citons les noms de quelques artistes qui, sans arriver à la hauteur de Sylvain Robert et de son maître, se firent cependant une réputation méritée. Mademoiselle Marie-Anne Calame, fondatrice de l’institut des Billodes, peignait admirablement les cadrans, ainsi que L. Matthey, F. Favre, Matthey-Piaget, Pierre-Henri Roy, Thobereur, Heigneul et Vincent à la Chaux-de-Fonds ; ce dernier excellait dans les miniatures en couleur ; il fut engagé comme peintre dans une fabrique de France. C’était Ami-Louis Borle qui fournissait à ces artistes les beaux émaux et qui les passait au feu. Il a rendu de très grands services à notre fabrique d’horlogerie et a contribué pour sa bonne part à illustrer les travaux des Neuchâtelois à l’étranger.
Un horloger, Abram Robert, quitte la lime pour faire des cadrans et, sans le secours de personne, devint un des plus habiles émailleurs de nos Montagnes ; il fonda à la Chaux-de-Fonds le premier atelier de ce genre.
Ses voisins, David-Frédéric et Abram Dubois frères, étaient peintres en miniature sur cadrans et ont exécuté de fort jolis ouvrages.
Au Locle, le major Huguenin envoyait les cadrans de sa fabrication jusqu’à Varsovie et à Constantinople. L’un d’eux a été conservé : dans un des traits marquant la minute on voit, avec une forte loupe, le mot « souvenir ».
Un autre émule de Racine fut, à une époque plus récente, Ami Pellaton, né aux Emposieux, qui vint s’établir à la Chaux-de-Fonds où il exécuta, vers 1845 et 1846, comme peintre en cadrans, une quantité d’ouvrages d’une extrême délicatesse ; il écrivait des noms microscopiques dans le trait fin du X romain ou dans un trait des minutes, sans arriver cependant à l’étonnante exécution de son prédécesseur. Ami Pellaton s’était fait une réputation comme tireur émérite dans nos tirs cantonaux et fédéraux, dont il revenait toujours chargé de prix. Gagné par la fièvre de l’or, après la découverte des placers de la Californie, en 1848, il passa dans ce pays avec un frère, s’y maria et y demeura définitivement fixé.
François-Guillaume Lardy, né à Auvernier, en 1749, pratiqua d’abord la gravure sur cachet, la peinture sur émail à l’usage de l’horlogerie, puis la gravure en taille douce, genre dans lequel il a laissé plusieurs planches intéressantes. (Voir Musée neuchâtelois, 1876.)
Nous rappellerons que Léopold Robert, à son retour du collège de Porrentruy, fut placé dans un atelier de graveur où il demeura jusqu’à son départ pour Paris avec Charles Girardet.
Au commencement de ce siècle, les premiers tours à guillocher (ligne droite et tour circulaire) furent introduits dans les Montagnes neuchâteloises par deux hommes intelligents et entreprenants, J. Othenin-Girard et A.-C.-L.-F. Nicolet, qui fondèrent un atelier dont ils furent d’abord les seuls ouvriers. Ils étaient aidés pour certains travaux par leurs femmes, qui préparaient les fonds de boîtes ou les cadrans, les mettaient en ciment, puis terminaient et expédiaient l’ouvrage, une fois l’opération du guillochage exécuté. Cet atelier travailla avec succès, non seulement pour la Chaux-de-Fonds, mais aussi pour les établisseurs du Locle et du Val-de-Saint-Imier.
François-Julien Othenin-Girard, né à la Chaux-de-Fonds le 7 octobre 1780, y est décédé en juillet 1846. Il avait fait à Berne un apprentissage de gravure sur cuivre et sur acier.
Son associé, Ad.-Célestin-Louis-Fidèle Nicolet, originaire de la Ferrière, fut le père de Célestin Nicolet, botaniste, géologue, historien, que le professeur Desor appelait si judicieusement « le savant de la Montagne » et dont les nombreux et intéressants travaux sont une source précieuse pour l’étude de notre sol et de notre histoire. Les deux fils aînés d’Ad.-C.-L.-F. Nicolet, Émile et Alcide, s’occupèrent aussi de décoration ; le dernier a laissé dans ce genre des travaux remarquables.
Les montres eurent successivement des cadrans d’émail ou des cadrans d’or ou d’argent repoussés et ciselés. C’est au commencement de notre siècle qu’arriva le cadran métallique en or avec cartouches d’émail, centre guilloché.
À partir de 1830, les arts et les industries prirent un immense développement, ce fut une renaissance nouvelle, il fallut produire davantage, ce qui donna naissance aux balanciers frappant des cadrans d’argent et d’or à zones adoucies et les cadrans à heures repoussées. – En 1840, l’application de la gravure à la main et le guillochis au tour sur le cadran d’or et d’argent avaient remplacé l’estampe. Le commerce de l’horlogerie s’était répandu dans les principaux pays, il fallut alors satisfaire au goût spécial de chacun d’eux, les cadrans s’ornèrent de ciselure, de métaux et de couleurs tranchantes ou ors rapportés. Il faut suivre les fluctuations du goût et sans cesse innover, c’est une condition que la mode impose aujourd’hui à toute la production actuelle.
L’ornementation des boîtes de montres était le vrai champ sur lequel devait se porter les efforts de nos artistes et industriels. Comme nous l’avons dit, la montre à peine née on l’orne et, ne pouvant créer, les premiers graveurs neuchâtelois s’inspirent des modèles qu’ils peuvent se procurer, images et dessins. L’histoire de cette partie toute spéciale est des plus difficiles ; on n’a sur ses commencements que des traditions parfois erronées, puis il ne vint jamais à l’idée d’un de nos graveurs de signer ou de noter leurs pièces par un monogramme.
On a placé à tort Jean-Pierre Droz parmi les graveurs neuchâtelois, car rien ne nous prouve qu’il ait fait de la gravure horlogère. Né en 1746 à la Chaux-de-Fonds, il y passa ses premières années et travailla chez son père, qui possédait une manufacture de faulx. À vingt ans, il partit pour Paris où il étudia la gravure en médailles et y devint graveur-mécanicien, conservateur de la Monnaie. (Voir Musée neuchâtelois, 1877.)
Nous ne croyons pas non plus que Henri-François Brandt se soit occupé de gravure horlogère. Né à la Chaux-de-Fonds en 1789, il fit un apprentissage d’horlogerie chez le justicier Perret qui, reconnaissant en lui des aptitudes supérieures, l’engagea à partir pour Paris où il le recommanda à Jean-Pierre Droz, graveur et conservateur de la Monnaie. Brandt devenait plus tard graveur de la Monnaie à Berlin. (Voir Musée neuchâtelois, 1880.)
On peut citer avec plus de raison Ami-Jean-Jacques Landry, du Locle (1800-1856), qui débuta par la gravure horlogère et établit au Locle le premier balancier qui fut installé aux Montagnes. (Voir Musée neuchâtelois, 1882.) Nous le retrouverons au chapitre des outils d’horlogerie. Il est l’auteur de la médaille de la galerie du Col des Roches, 1830, et de celle de Guillaume Farel.
Nous ne pouvons souvent citer que des noms dans ce genre de la gravure horlogère. Notons Charles-Louis Leschot, de la Chaux-de-Fonds, et Abram Ducommun. Les écrits de Ferdinand Berthoud stimulant le zèle d’Olivier Quartier-dit-Maire, des Brenets (1776-1842), il voua une attention particulière à l’étude du dessin. Ses travaux furent spécialement appréciés en Amérique.
Nous savons malheureusement peu de chose de la vie d’Alexandre Houriet, l’aîné, comme on l’appelait au siècle dernier. L’auteur d’une biographie jurassienne nous apprend qu’il s’était fait la plus grande réputation dans la gravure par la délicatesse de son burin. Ailleurs encore il est dit qu’il était habile graveur en or de couleur, c’est-à-dire qu’il était en même temps ciseleur et appliquait son talent à décorer les boîtes de montres de sujets emblématiques, de fleurons, ciselés et rapportés ou soudés sur le fond. On possède encore des pièces de ce genre de travail, qui justifient la réputation artistique de cet enfant de nos Montagnes, né à la Chaux-d’Abel, comme son frère Jacques-Frédéric, qu’il avait accompagné à Paris en 1759.
Les premières montres décorées chez nous le furent au moyen du burin, sans aucun auxiliaire mécanique. Ces spécimens sont malheureusement devenus des plus rares.
À ce genre s’ajouta peu après celui du travail au repoussé et les appliques d’or. Mais une véritable révolution devait s’opérer par l’invention du tour à guillocher ; ce nouvel élément fit entrer la décoration dans une autre phase. La montre décorée devint de plus en plus populaire, elle s’agrémenta d’ornements dont le prix était relativement bas.
La belle période artistique de 1830 donna une impulsion à tous les arts décoratifs. La gravure horlogère ne demeura pas en arrière de ce mouvement général et un grand nombre d’ateliers travaillaient sous la direction d’Alcide Nicolet, Jules Jacot, père, Olympe Humbert, qui exécuta la première reproduction des Moissonneurs, de Léopold Robert. Le peintre était alors dans tout l’éclat de sa renommée ; les gravures de ses tableaux servirent de modèles aux décorateurs, qui les multiplièrent à l’infini. Parmi ces artistes, on doit citer particulièrement Henri Marthe, qui reproduisit plusieurs fois les quatre grandes compositions de Léopold Robert. Marthe travaillait dans l’atelier de Schmalz-Sandoz qui eut une réputation méritée. – Nous trouvons encore dans l’atelier Guye et Bloch, Simonet, devenu le chef d’une des principales maisons de décoration à Genève, et M. F. Kundert, qui forma un atelier à son tour.
Doué du sens de son art et travailleur infatigable, M. F. Kundert développa ses ateliers qui, longtemps, ne purent suffire aux commandes trop nombreuses. À ce moment la mode demandait pour les montres de dames des boîtes ornées de peinture en émail, genre tout spécial dont Genève était le centre. Il fallait aussi avoir recours à cette ville pour la sertissure des pierres employées dans la décoration.
M. Kundert fit venir auprès de lui, en 1861, C. Delessert, joaillier-sertisseur de talent qui, tout en travaillant, forma quelques élèves. À la même époque, il engagea M. Isidore Hantz, père, à se rendre à Genève, vers 1860, pour y apprendre l’émaillerie. Celui-ci, après avoir étudié chez J. Malan, émailleur distingué, revint à la Chaux-de-Fonds et put y pratiquer avec succès ce genre nouveau. Pour compléter l’ensemble que M. Kundert voulait réaliser, il appelait chez lui, en 1862, Marc Dufaux, d’origine neuchâteloise, alors à Paris, qui organisa un atelier de peinture sur émail à côté de ses ateliers de gravure. C’est là que débutèrent comme élèves en peinture sur émail Mlle Hortense Richard et M. Ed. Jeanmaire, qui devaient prendre plus tard un rang distingué parmi les artistes neuchâtelois. – M. Georges Hantz, fils de M. Isidore Hantz, fit aussi son apprentissage dans l’atelier de M. Kundert, d’où il passa à l’école d’art de Genève. Il a réalisé dans la décoration horlogère des ouvrages remarquables comme style et comme exécution, pièces émaillées et gravées, ainsi que de petits meubles du plus fin travail. M. G. Hantz est aujourd’hui directeur du musée des arts décoratifs de Genève.
À partir de 1863, grâce aux efforts de M. Kundert, dont l’initiative et le talent avaient su grouper autour de lui les éléments nécessaires à l’ornementation horlogère, on pouvait traiter chez nous tous les genres de décors, gravure, peinture, joaillerie. Parmi les nombreuses et belles pièces sorties de ses ateliers, nous citerons spécialement les croix à montre, richement décorées de peintures allégoriques et d’une rivière de roses entourant le petit cadran des heures ; ces bijoux en or et en argent figurèrent dans l’une des vitrines d’horlogerie neuchâteloise, médaillée à l’exposition de Paris en 1867.
Notons encore ses riches épingles-libellules pour coiffures, à corselet d’opale, tête en diamant, ailes et corps striés d’émail, et qu’ornent des roses. Les broches-papillons dont les ailes, par un ingénieux mécanisme, se relevaient ou s’abaissaient pour découvrir ou pour cacher à volonté deux médaillons à portrait. Cette pièce fut plus tard imitée par les bijoutiers d’Allemagne, qui la reproduisirent en grand nombre et la fabriquent encore aujourd’hui en genre plus courant.
En 1871, la production horlogère se trouvait en pleine activité, les travaux des graveurs et guillocheurs étaient convenablement rétribués, mais la grande prospérité des ateliers Kundert éblouit les ouvriers qui, au nombre de plus de cinquante, poussèrent leurs exigences à des limites que les patrons ne pouvaient raisonnablement admettre et les ateliers furent fermés, ce qui provoqua l’éparpillement des forces qui, intelligemment groupées, avaient si puissamment développé l’art de la gravure dans les Montagnes neuchâteloises. Il faut supposer cependant que, profitant des expériences du passé, nous verrons se reconstituer les beaux et utiles ateliers d’autrefois.
À côté de M. Kundert se place naturellement Adolphe DuBois, son beau-frère, de l’atelier duquel sortit aussi un grand nombre de pièces, dites à sujet, fort goûtées en Espagne et dans les colonies. La délicatesse de son burin était particulièrement appréciée ; il traitait les chairs au pointillé, ce qui mettait à ses gravures des différences agréables. Il avait un goût particulier pour les compositions dans lesquelles il faisait entrer la figure, les fleurs et les fruits, les oiseaux et le paysage mêlés à des ornements. Les Quatre parties du monde, symbolisées par des figures de femmes, l’Amérique, et une autre composition : les Quatre Saisons, caractérisent son genre. Gravées sur des plaques d’or pendant des heures prises au sommeil, elles étaient destinées aux expositions de Londres, de New-York et de Paris en 1855, où elles valurent à l’auteur des médailles de première classe. – Cette dernière pièce a été dédiée par lui à M. C. Girard-Perregaux, l’habile fabricant de la Chaux-de-Fonds. – L’artiste a fréquemment signé de ses initiales : Ad. DB les pièces gravées par lui, surtout dans la dernière période de sa vie.
Adolphe DuBois fut emporté dans la force de l’âge par une affection de poitrine. Il mourut subitement à Montreux le 25 mars 1866 ; son corps, ramené à la Chaux-de-Fonds, fut accompagné à sa dernière demeure par une foule nombreuse et sympathique. D’un caractère affable et complaisant, Ad. DuBois ne comptait que des amis.
Nous faisons ici une œuvre de souvenir et de reconnaissance et devons citer les noms de tous ceux qui ont eu une part importante dans la marche de l’industrie horlogère.
Appelé à la Chaux-de-Fonds par MM. Kundert et Besançon, le joaillier-sertisseur Delessert s’établit pour son compte en 1877 ; il passa ensuite à New-York où, après des succès et des revers, il est décédé en 1885.
Le 28 mars 1884 la mort enlevait à ses travaux émérites un artiste distingué, Pierre Besançon. Bernois d’origine, il s’était établi chez nous fort jeune encore. Il suppléa par un labeur incessant à une première éducation incomplète. Voué à la gravure, il la pratiqua avec goût et avec méthode, s’inspirant aux bonnes sources, aussi ses ouvrages furent-ils appréciés à leur véritable valeur. Il avait non seulement le sens de l’ornementation, mais la délicatesse de la main ; il usa aussi avec talent des procédés modernes qui permettent de donner à la gravure industrielle une merveilleuse perfection. Les travaux qui figuraient à l’exposition nationale à Zurich, en 1883, particulièrement ses fonds pour verso de billets de banque, sont d’une admirable exécution. On leur a malheureusement préféré ceux de l’étranger, inférieurs à beaucoup, pour le billet de banque fédéral.
Pierre Besançon s’est associé à tous les efforts tentés pour accroître le développement artistique ; il contribua pour beaucoup à la création de l’école d’art à la Chaux-de-Fonds, ainsi qu’à la fondation de la Société des amis des arts de cette localité. Il présida avec zèle la Société d’émulation industrielle de la Chaux-de-Fonds et fit aussi partie du jury du groupe de l’horlogerie à l’exposition nationale à Zurich, en 1883. Cet homme intelligent et dévoué laisse de vifs regrets ; ses ateliers survivent heureusement sous la direction de ses deux fils.
Henri Grandjean-Perrenoud est encore une personnalité dont le nom demeure attaché à l’histoire de l’horlogerie neuchâteloise. Né le 28 avril 1821, il fréquenta les classes de Neuchâtel et vint se fixer, avec sa famille, à la Chaux-de-Fonds, où il acheva son instruction primaire. Placé chez un horloger, il n’y resta pas longtemps, car ses goûts artistiques le portaient vers le dessin et la gravure. Il entra alors comme apprenti dans l’excellent atelier Klentschi, où il ne tarda pas à s’y distinguer par son assiduité, son habileté et son goût.
Après avoir terminé son apprentissage, il resta dans l’atelier comme ouvrier, puis, au bout de quelque temps, il voulut créer un établissement qui fût le sien et où il pût librement se vouer à l’art qu’il aimait par-dessus tout. Il fonda donc l’atelier de décoration qui s’est acquis si promptement une réputation dont tout le monde des fabricants d’horlogerie a encore la mémoire. Rappelons à cette occasion que M. Numa Droz a été apprenti graveur chez M. Henri Grandjean-Perrenoud.
L’art était la principale préoccupation d’Henri Grandjean, et il est arrivé, à force de persévérance, à se faire dans ce domaine une place remarquable. C’est ainsi qu’il remporta à deux reprises des récompenses distinguées aux grandes expositions internationales de New-York, de Londres, de Paris, etc.
Il s’occupa surtout de la gravure des lettres pour inscriptions sur cuvettes de montres, et développa chez nous cette spécialité par les genres de caractères nombreux et variés qu’il employa.
Henri Grandjean a été l’initiateur et le principal fondateur de la Société des amis des arts ; il a pendant de longues années fait partie de l’administration du Contrôle et du Conseil général de la municipalité. Du reste, on l’a toujours trouvé partout où il y avait un service à rendre, un bon conseil à donner.
Henri Grandjean était, dans toute la force du terme, un bon citoyen, ne reculant jamais devant l’accomplissement de son devoir. C’était en outre un chaud républicain, l’un des premiers qui prit les armes en 1848 et en 1856. Il était arrivé au grade de capitaine d’infanterie.
Notre concitoyen quitta la Chaux-de-Fonds en 1877 pour aller s’établir à Genève avec sa famille. En 1882, il accompagna une de ses filles en Californie, s’y fixa et fit venir presque tous les siens. C’est à Oakland qu’il a succombé le 28 août 1887.
Des gravures sur or de l’artiste regretté figuraient à l’exposition nationale d’horlogerie à la Chaux-de-Fonds, en 1881 ; elles y furent particulièrement admirées, ainsi que d’autres ouvrages remarquables d’Adolphe DuBois et de M. F. Kundert.
À la même époque Armand Tissot excellait dans la gravure des lettres courantes. Fritz DuBois, frère d’Adolphe, gravait aussi les lettres avec talent ; il dirigeait un grand atelier quand une maladie l’emporta avant d’avoir pu produire tout ce qu’il promettait.
Antoine Laplace a aussi droit à la reconnaissance de la Chaux-de-Fonds. Né à Archamp, au pied du Salève (Haute-Savoie), en 1824, il est mort le 12 août 1881. Après un apprentissage de gravure à Genève, il vint se fixer à la Chaux-de-Fonds où il sut se faire une place honorable par son travail assidu. Ornithologiste passionné, il stimula le zèle des jeunes naturalistes des Montagnes.
Nous avons cité le nom de Marc Dufaux ; ajoutons quelques mots sur la vie et les ouvrages de cet artiste distingué.
Né à Genève, en 1834, de parents neuchâtelois, Marc Dufaux étudia d’abord le dessin chez Lissignol, puis la peinture sur émail, sous la direction de son frère, Pierre Dufaux, peintre sur émail, qui demeurait à Sèvres. Le voisinage de la manufacture eut son influence sur Marc qui, lié avec quelques artistes céramistes, développa avec eux ses connaissances et son goût. Appelé à la Chaux-de-Fonds, comme nous l’avons vu, par M. Kundert, il y demeura jusqu’en 1865. Par son initiative et au moyen d’artistes dont il sut s’entourer, il créa à Genève un atelier rivalisant avec Paris pour tous les genres, mais surtout pour les émaux paillonnés et du genre de Limoges. Il a créé des coffrets-meubles du travail le plus fin et le plus distingué. Son gendre, M. Ed. Lossier, a été son collaborateur émérite. – Marc Dufaux est mort à Genève en 1887.
Fritz Klentschi s’était aussi fait un nom dans la gravure et dirigea un atelier qui eut son succès. Parvenu, par son travail, à une modeste aisance, il conçut l’idée généreuse de consacrer sa fortune à une institution en faveur de l’enfance ; mort le 20 décembre 1883, à la Chaux-de-Fonds, il instituait comme héritier de ses biens, le fonds pour l’établissement des jeunes garçons. La somme léguée par ce généreux citoyen s’élève à plus de 45 000 francs.
Rappelons aussi le souvenir de X. Altermatt, Soleurois d’origine, mais qui passa toute sa vie à la Chaux-de-Fonds, où il s’occupa de gravure et contribua au développement des arts du dessin.
Nous devons citer encore Delaprez et Dunand, qui eurent leurs succès de graveurs, Olivier Matthey, du Locle, qui peignit sur émail vers 1860 et fabriquait lui-même ses couleurs avec beaucoup de soin.
C’est dans la gravure horlogère que débuta un citoyen qui a éternisé sa mémoire en léguant à l’État de Neuchâtel une fortune de 690 000 francs et en créant un asile pour la vieillesse.
Édouard DuBois, né aux Éplatures le 19 mars 1813, entrait en apprentissage chez François Jeanneret, sous la direction de Fritz Klentschi, graveur, et partait en 1835 pour l’Amérique du Nord en qualité d’ouvrier graveur. Il s’occupa ensuite du commerce de l’horlogerie, puis enfin de spéculations dans lesquelles il réalisa la belle fortune qu’il vient de léguer à l’État. Le fils unique du généreux donateur, Ch.-Éd. DuBois, quoique emporté jeune par la mort en 1885, s’était fait une brillante réputation comme paysagiste.
Dans sa séance du 21 mai 1888, M. Robert Comtesse, directeur de l’intérieur, présentait au Grand Conseil un projet de décret ainsi conçu :
Article premier. – Le citoyen Édouard DuBois a bien mérité de la République.
Art. 2. – Le présent décret sera inséré au Bulletin des lois et reproduit sur le monument funéraire du défunt.
Art. 3. – Le Conseil d’État est chargé de l’exécution du présent décret.
L’assemblée unanime se leva pour l’adoption de ce projet de décret.
M. Robert Comtesse terminait ainsi la notice qu’il communiquait au Grand Conseil sur Éd. DuBois : « Pourtalès, Meuron, Pury, Mlle Calame, J.-J. Lallemand, François-Louis Borel ont trouvé un digne continuateur de l’œuvre humanitaire et sociale qui met notre pays à l’abri d’un grand nombre de misères.
« Puisse l’exemple de DuBois être la semence jetée dans une bonne terre et produire pour la patrie neuchâteloise de nouveaux dévouements à la chose publique, au bien public. »
La montre dite de commerce eut son influence sur l’ornementation, qui entra avec elle dans une nouvelle phase, celle du bon marché. Ce fait n’implique point l’idée que le travail décoratif doive être nécessairement inférieur, parce qu’il est moins payé. On peut trouver des motifs décoratifs d’une belle tournure, quoique d’une exécution simple.
Le décorateur actuel possède une quantité de moyens techniques pour varier son ornementation : il peut combiner dans la même pièce l’émaillerie, la ciselure, la gravure, et créer des ouvrages originaux avec des ressources que ses prédécesseurs ne possédaient point.
L’ensemble de l’œuvre décorative dans l’horlogerie neuchâteloise est considérable, nous avons eu peine à nous y reconnaître souvent ; nous voudrions avoir ici, comme dans les autres branches de notre industrie nationale, rendu hommage à tous ceux qui lui ont consacré leur intelligence et leur travail[26].

Nous avons vu que les premiers horlogers de notre pays fabriquaient eux-mêmes les outils nécessaires pour établir leurs montres. C’était une difficulté ajoutée à tant d’autres, mais elle devait disparaître au milieu du siècle passé, l’industrie spéciale de la fabrication des outils étant appelée à devenir nationale.
Parmi les inventeurs d’outils nous avons déjà cité Louis Preud’homme, Abraham-Louis Perrelet, Jean-Pierre de la Combe, Daniel Perrelet, Jeanneret-Gris, Phinée Perret, Joseph Humbert, David-Henri Grandjean.
Au XVIIIe et au XIXe siècle, le travail se partage de plus en plus entre des ouvriers spéciaux, dont chacun, faisant constamment un même ouvrage, peut l’exécuter plus vite et mieux. En même temps on cherche à combiner des outils particuliers qui abrègent et facilitent le travail de chaque ouvrier. Ces outils, en se perfectionnant, deviennent de petites machines qui exécutent plus ou moins complètement l’ouvrage demandé.
Nos annales industrielles témoignent de la préoccupation constante des ouvriers suisses pour le perfectionnement des outillages spéciaux. Des trésors d’ingéniosité ont été mis en œuvre pour cet objet et les résultats obtenus sont merveilleux dans plusieurs parties où la rapidité et la perfection de l’exécution ne laissent presque rien à désirer. – Citons quelques faits et quelques noms.
Abram Borel-Jaquet est né à Plancemont sur Couvet, sous le même toit que Ferdinand Berthoud, avec lequel il passa ses années d’enfance. Son ami étant parti pour Paris, en 1745, il acquit peu après le domaine de Côte Bertin, dont il rebâtit la maison et où il fabriqua d’abord des pendules. Leur écoulement étant difficile à cette époque de guerres, Abram Borel eut l’idée de fabriquer divers outils, de les perfectionner et d’en fournir à ses confrères.
Il est probable que sa correspondance avec Ferdinand Berthoud lui fut utile pour la réalisation de ce projet et que l’illustre horloger a pu lui fournir des renseignements précieux en le chargeant de mettre à exécution ses idées personnelles. C’est vraisemblablement dans le but de se concerter avec lui qu’Abram Borel se rendit à Paris et séjourna plusieurs jours chez son ami. Ce voyage paraît avoir été le point de départ de progrès importants dans la fabrication de l’outillage, surtout en ce qui concerne les machines à tailler les roues et les tours à burin fixe. Il s’efforça de développer la fabrication de ces deux outils et celle des compas aux engrenages, de l’outil à planter, de l’outil à percer droit, du tour à fraiser, dit aux colonnes, et de divers autres petits outils.
Il eut de bonne heure des apprentis qui, avec ses cinq fils, fondèrent des ateliers importants à Couvet et dans les villages avoisinants. Plusieurs d’entre eux ont acquis une notoriété bien méritée. Telle est l’origine de la fabrication d’outils du Val-de-Travers, fabrication dont Couvet est resté le centre. En 1872, cette localité comptait soixante-quinze ateliers occupant ensemble plus de deux cents ouvriers.
L’outillage de l’horloger était autrefois bien élémentaire. Le travail à la main était la règle, l’archet ne jouait qu’un rôle secondaire ; l’estrapade, par exemple, n’existait pas, l’horloger se servait d’un tasseau à manche pour fixer le ressort dans le barillet, le tour aux vis n’était pas connu, il était remplacé par une pince à main.
Ce côté de l’outillage a été développé surtout par Abr.-Henri Borel-Jaquet, fils d’Abram, qui le premier a fondé à Couvet une maison se chargeant de la livraison de tous les articles nécessaires à l’horlogerie, et a puissamment contribué au développement de cette fabrication dans ce village.
À la fin du XVIIIe siècle, la plupart des horlogers de ce temps connaissaient la gnomonique et les équations. On fabriquait alors beaucoup de montres marquant le temps vrai et le temps moyen. Elles étaient généralement à fusée avec échappement à roue de rencontre et à grande et petite sonnerie. À la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci, Fleurier livrait avantageusement tout ce que le commerce d’horlogerie réclamait. On comptait à cette époque treize monteurs de boîtes, dont les produits ne servaient pas seulement aux mouvements fabriqués à Fleurier, mais une grande partie était destinée à des établisseurs fabriquant en dehors de la localité.
Les échappements à virgule et à cylindre commencèrent à être employés au commencement du XIXe siècle. C’est à ce moment que le pierriste Elie Jeanrenaud, de Travers, introduisit les trous à rubis. Il avait fait un voyage à Londres et apporta ce perfectionnement d’Angleterre. Mais si, à partir de 1810 et de 1811, nous avons emprunté les échappements à ancre et à duplex, il n’en est pas de même des outils d’horlogerie : ils sont généralement d’invention nationale.
Ce sont les mécaniciens de Couvet qui, par la construction d’outils remarquables, ont tant contribué au développement de notre fabrique. Les horlogers neuchâtelois ont eu, par les inventions ingénieuses des mécaniciens du Val-de-Travers, des avantages qui leur ont permis de lutter toujours avec la fabrication étrangère.
Le premier atelier d’outils à Boveresse a été fondé par Victor Favre. Il fit en 1788 son apprentissage chez le justicier Berthoud, à Plancemont sur Couvet, et y établit une fabrique qu’il transporta à Boveresse en 1810. Il exécuta lui-même et sans aide tous les outils alors indispensables à la construction de la montre, outils à tailler les fraises, compas aux engrenages, tours aux balanciers, outils à planter et à percer droit, tours à pivoter, tours pour monteurs de boîtes. Mais la décadence de l’horlogerie à cette époque, amenée par les guerres de l’empire, le força de renoncer à son industrie et il se fit maître d’école à Boveresse. En 1817, il reprit son atelier, forma des élèves et occupa des ouvriers.
En 1823, des modifications importantes s’étaient opérées dans les outils d’horlogerie. Le jeu de fraises fut remplacé par le tour en l’air qui, lui-même, fut remplacé par le burin fixe. Les tours à tailler et à justifier les roues de l’échappement à cylindre remplacèrent ceux à roue de rencontre.
On construisit des tours à percer et à travailler le rubis. Tous ces nouveaux instruments donnèrent à l’atelier Favre, qui les livrait avec une rare perfection, une grande réputation. Ses produits étaient vendus au Val-de-Travers, à Sainte-Croix, au Locle, à la Chaux-de-Fonds, et s’expédiaient à Genève et en Italie. La maison prospéra jusqu’en 1827, mais Victor Favre mourut et avec lui disparut, pour quelque temps, la fabrique d’outils de Boveresse. Son fils, M. Dalphon Favre, n’avait alors que seize ans et ce n’est qu’en 1850 qu’il releva la fabrique de son père. Cinq ans plus tard l’atelier reçut comme moteur une machine à vapeur de deux chevaux et aujourd’hui les petits-fils de Victor Favre continuent avec un grand succès l’industrie fondée par leur grand-père.
Une fabrique de tours à guillocher, fondée à Boveresse en 1840, y eut une prospérité momentanée ; un atelier pour la construction des burins fixes eut le même sort et ne fit de bonnes affaires que pendant une dizaine d’années. De ces ruines sortirent trois fabriques qui, avec celle de M. Favre, font de Boveresse une des intéressantes localités du Val-de-Travers.
À Saint-Sulpice se formait, en 1832, un atelier d’une certaine importance sous l’habile direction de M. Ch.-A. Reymond, qui livre à notre industrie des outils fort soignés.
C’est M. Clerc père qui a créé l’industrie mécanique à Môtiers en 1820. Il entreprit non seulement la fabrication de quelques outils d’horlogerie, tels que tours à percer et à finir les pierres, mais encore celle d’outils rentrant dans la grosse mécanique, comme la fabrication de pompes à incendie et de pointes de Paris. Il forma de nombreux élèves qui fondèrent à leur tour une dizaine d’ateliers, s’occupant des mêmes branches et fournissant en outre des vis et autres articles accessoires, nécessaires à la fabrication de la montre.
Nous venons d’indiquer quelques points historiques de la fabrication des outils d’horlogerie, revenons en arrière pour étudier les hommes qui se sont fait un nom dans ce genre spécial.
Daniel Gagnebin, frère d’Abraham Gagnebin de la Ferrière, né à Renan en 1709, d’abord médecin militaire dans un régiment suisse en France, s’établit à son retour à la Ferrière et s’occupa de mécanique, à côté des travaux de sa vocation ; il a inventé, dit le banneret Osterwald, une machine à piquer, avec la plus grande justesse, des cylindres ou rouleaux artificiels pour les pendules à carillon. – Il est mort à la Chaux-de-Fonds en 1781.
« J.-D.-Frédéric Lecoultre[27] naquit à Fleurier le 11 février 1798. Son père était descendant de Pierre Lecoultre, émigré huguenot qui vint se fixer, en 1562, dans la vallée de Joux, où il acquit le droit de bourgeoisie.
« Ayant perdu leur mère de bonne heure, les enfants Lecoultre furent placés pendant l’été comme bergers et petits domestiques. À l’âge de quatorze ans, Frédéric entra en apprentissage chez un fabricant de ressorts de montres, nommé Reymond ; un an après, comme il dégelait la roue d’un moulin, il eut le malheur de s’y laisser prendre et se fit de graves blessures. Pendant sa convalescence il aidait son père à faire des clavettes en acier pour les cadrans de montres et devint bientôt très habile, mais ce métier lui paraissant trop peu important, il fut placé, en 1816, chez le père du naturaliste Lesquereux, renommé par sa fabrication de ressorts de montres, dont il forgeait l’acier lui-même. Lecoultre fut bientôt son ouvrier préféré et, deux ans plus tard, Lesquereux lui conseillait de s’établir au Locle pour y fabriquer des ressorts et les livrer en barillets aux établisseurs.
« Son métier allait assez bien, mais Lecoultre avait beaucoup de peine à se procurer de bon acier. Il fit d’abord usage d’un petit laminoir à bras, puis il acheta une maison à la Jaluze, près du Locle, où existait un pilon à écorces. Il y transporta son atelier, augmenta la chute d’eau et le diamètre de la roue motrice, et lamina l’acier au moyen d’un rouage fabriqué par J.-P. Comtesse.
« Ce ne fut pas sans beaucoup de tourments et de soucis qu’il put s’installer et faire aux bâtiments les réparations nécessaires, aussi écrivait-il à la fin de son inventaire, à la suite de l’évaluation des frais occasionnés par cette entreprise, les mots suivants : « Je finis ici, la suite m’épouvante. 12 décembre 1834. »
« Il se mit dès lors à laminer l’acier, non plus seulement pour ses ressorts, mais pour les horlogers et beaucoup d’autres fabricants de ressorts des Montagnes et du Val-de-Travers. Il avait dû faire un emprunt à ses parents, les Bovet, fabricants d’indienne à Boudry et, pour se libérer de sa dette, il essaya de fabriquer des racloirs en acier pour enlever l’excédent de couleur sur les rouleaux gravés pour l’impression des étoffes. Ces racloirs, quoique bien imparfaits, furent trouvés aussi bons que ceux dont on s’était servi jusqu’alors et il remboursa ainsi sa dette. En prenant note de ses essais souvent défectueux, il parvint à faire mieux en améliorant ses procédés de trempe et de fabrication. Il se créa d’autres débouchés, en 1828, en allant à Mulhouse où existaient plusieurs fabriques d’indiennes. Il eut l’occasion de voir un balancier à découper, en établit un semblable dont il fit lui-même les pièces les plus délicates et livra dès lors aux horlogers des pièces ébauchées à l’estampe, telles que roues de cylindre, d’ancre, etc. ; il faisait aussi des scies à métaux et à bois et des lames pour les fabricants de chaînes de montres et les dessinateurs lithographes.
« Homme d’une haute probité, loyal en affaires, chercheur continuel, habile à toutes espèces de travaux, Lecoultre ne se laissait pas rebuter par les mécomptes les plus décourageants ; il travaillait beaucoup, souvent même avec excès, et ne livrait jamais que des pièces soigneusement exécutées, portant sa marque de fabrique. Ses racloirs pour impression eurent une grande réputation, non seulement en Suisse, mais en France, en Allemagne et en Angleterre ; il développa graduellement cette fabrication à laquelle il finit par s’adonner exclusivement.
« Il est juste de dire ici qu’il fut admirablement secondé dans son industrie par sa femme qui, active, intelligente, sut, en l’aidant dans certains travaux, lui faciliter sa tâche ardue et trop souvent pleine de déceptions. C’est depuis son mariage que date sa prospérité.
« Frédéric Lecoultre mourut le 19 septembre 1850 aux Frêtes, près des Brenets, où il était fixé depuis une dizaine d’années. Il eut la joie de laisser à sa famille une fortune entièrement acquise par le travail. »
Dix ans plus tard, le 28 juillet 1860, mourait aux Planchettes un homme dont la grande modestie n’a pu être surpassée que par son rare talent.
Auguste Delachaux, dit Gay, mécanicien distingué, né en 1797, a rendu de grands services à l’horlogerie par ses perfectionnements dans les outils de précision, par ses admirables burins fixes surtout. Modèle d’humilité et de charité, il se serait certainement fait un nom dans les arts mécaniques, s’il avait voulu sortir de sa modeste sphère.
Les anciens penduliers du pays doivent à J.-J. Perret-Jeanneret, de la Brévine, l’invention de quelques machines utiles. Phinée Perret nous apprend dans ses Horlogers au XVIIIe siècle que Perret-Jeanneret était fils d’un pauvre cordonnier de village ; il avait appris l’état de son père, mais, fatigué de ne gagner que trois batz par jour, pendant que son voisin, mauvais ouvrier pendulier, gagnait six fois plus, il manifesta le désir de changer d’état. Le jeune homme traita avec le voisin. Au bout de trois mois l’apprenti était maître et s’établissait sans argent et peut-être sans crédit. Un étau en bois, les mâchoires garnies en fer, quelques mauvais outils de rebut, voilà la naissance d’un atelier duquel sont sortis un grand nombre d’excellents ouvriers. Le maître, formé par l’étude et servi par son talent, sans avoir lui-même une bonne main, sut former celle de ses élèves.
C’est à Abraham Robert, du Locle, que l’on doit la machine à tailler les petits engrenages.
Daniel Perrelet, habile cadraturier loclois, invente l’outil à planter perpendiculairement ; son fils, Abraham-Louis, fabriquait d’excellentes montres à rochet et à cylindre.
Henri-Louis Jeanneret, du Locle, inventa la machine à faire les pignons. Malgré leur construction d’une exécution difficile, ces outils, copiés assez exactement par d’autres fabricants, ont apporté une grande perfection aux engrenages de la petite horlogerie par la justesse et la régularité des formes des pignons.
Vers 1825, Ami-Jean-Jacques Landry, du Locle (1800-1856), établit dans cette localité un balancier pour estampiller les cadrans, le premier qui ait fonctionné dans les Montagnes. C’est à cette machine de force considérable que MM. John et Marc-Louis Bovy eurent recours, en 1835, pour la confection de la grande médaille de Calvin, œuvre de leur frère, Antoine Bovy, l’un des maîtres de la gravure. (Voir Musée neuchâtelois, 1882.) A.-J.-J. Landry gravait les estampes nécessaires à la fabrication des cadrans.
Nous croyons utile de noter un tableau statistique des fabriques d’outils du Val-de-Travers, publié dans le Rapport sur la participation de la Suisse à l’exposition universelle de Paris de 1867.
« On évalue de trente-cinq à quarante le nombre des fabriques de Couvet, il en existe trois à Boveresse, huit à Môtiers, huit à Travers, cinq à Fleurier et une à Noiraigue.
On compte de cent-vingt à cent-trente ouvriers à Couvet et de trois cents à quatre cents dans tout le Val-de-Travers.
« Les outils d’horlogerie qui y sont fabriqués embrassent, dit-on, plusieurs centaines de spécialités : fraises à arrondir, burins fixes et tours universels, machines à arrondir de quinze espèces différentes, machines à tailler, tours à la Jacot ou tours à pivoter, compas aux engrenages, perce-droit, outils à planter, balanciers ou découpoirs, etc.

« Les grandes fabriques font presque tous les genres d’outils employés dans l’horlogerie, les petits ateliers se contentent de n’en fabriquer qu’un nombre restreint. L’horlogerie suisse ne fait pas venir d’outils de l’étranger, le pays produit au delà de ses besoins, aussi l’exportation n’est-elle pas sans importance. La production annuelle est évaluée à 800 000 francs, dont la moitié revient à Couvet.
« On fabrique aussi des outils d’horlogerie au Locle et à la Chaux-de-Fonds. MM. Stammelbach et Boley, de cette dernière localité, ont reçu pour un tour une mention honorable.
« Une médaille d’argent a été décernée à MM. Dalphon Favre et fils, à Boveresse, ainsi qu’à une quinzaine de fabricants de Couvet, qui ont exposé en commun une excellente collection de différents outils. »
Nous trouvons dans le Résumé des rapports de la Commission cantonale neuchâteloise, publié par ordre du Conseil d’État, après l’exposition de Vienne, un article de MM. Ch. Couleru et L. Favre, dont nous extrayons les passages suivants :
« En examinant à l’exposition le groupe des outils d’horlogerie, on aurait pu croire que notre canton, et spécialement le Val-de-Travers, ont le monopole de cette fabrication, car il n’y avait presque pas d’outils exposés par les fabricants d’autres cantons et d’autres pays. Ce fait, très honorable pour nos établissements, démontre l’importance de notre fabrique d’outils.
« La plupart des machines-outils exposées, tels que compas aux engrenages, tours à pivoter, etc., sont des machines connues et, à part quelques heureuses modifications, restent toujours les mêmes. Mais la beauté et le fini du travail a beaucoup gagné et le progrès apprécié par le jury a fait accorder douze médailles et diplômes à nos exposants neuchâtelois. Nous mentionnerons parmi eux MM. Éd. Faure, Fritz Borel-Petitpierre, Dalphon Favre et fils, etc. »
Nous arrivons à la dernière exposition internationale de Paris : « Le concours des outils d’horlogerie ne présente pas l’intérêt auquel on aurait pu s’attendre, écrit M. Paul Ducommun, le rapporteur de ce groupe, dans un moment où notre industrie subit une transformation et où le travail des machines tend à remplacer partiellement la main de l’homme. Il eût été fort intéressant de voir nos fabricants d’outils arriver à Paris avec une exposition collective représentant cette industrie dans son ensemble, en exposant les outils mécaniques employés à la fabrication de toutes les pièces de la montre.
« Quatre fabricants ont eu cependant à cœur de représenter cette branche de notre industrie et n’ont pas reculé devant les frais relativement considérables imposés à chaque exposant ; MM. Dalphon Favre et fils ont présenté dix-neuf machines-outils, parmi lesquelles une machine automatique à faire les vis faisait honneur à l’industrie suisse, car elle était la seule de ce genre à l’exposition. Nous nommerons encore MM. J.-H. Perrenoud et E. Faure, de Cortaillod, David-Louis Petitpierre, de Couvet, et Paul Perret, de la Chaux-de-Fonds. »
Nos fabriques d’outils étaient mieux représentées à notre exposition nationale d’horlogerie, ouverte à la Chaux-de-Fonds en juillet 1881, sous le patronage de la Société d’émulation industrielle, et le jury a reconnu que le Val-de-Travers, et particulièrement le village de Couvet, maintenaient la réputation acquise dans cette industrie[28].

Les premières montres fabriquées par Daniel JeanRichard, ses fils et ses élèves, se vendaient une à une aux couvents et aux habitants de la Bourgogne, de la Franche-Comté et de l’évêché de Bâle. Ils en fabriquaient annuellement de cent à cent-cinquante.
L’industrie de la montre se répandit dans les Montagnes et au Val-de-Travers ; elle y fit concurrence à la fabrication florissante des dentelles ; celle-ci, de son côté, aida l’horlogerie de ses fonds ; c’est ainsi que dans une contrée aux ressources modestes une industrie qui réclame autant de capitaux que l’horlogerie, s’est développée avec les seules ressources locales. C’est en suivant les voies ouvertes par le commerce des dentelles que la nouvelle industrie put écouler ses produits.
Les premiers marchands horlogers ont donc suivi la route des colporteurs qui s’en allaient vendre en France les dentelles et la bonneterie neuchâteloises. La Bourgogne, Lyon et le bassin de la Loire ont vu venir à la suite, après les bonnetiers de la Seignotte (Brenets) les marchands horlogers du même village suivant la même route.
À la fin du siècle passé, des colporteurs s’en allèrent aussi du Val-de-Travers aux Montagnes et jusqu’à Genève pour y placer les outils d’horlogerie que l’on fabriquait à Couvet.
« Ces voyages n’étaient pas des parties de plaisir, écrit M. Fritz Berthoud[29]. L’ouvrier mécanicien lourdement chargé portait d’abord lui-même les ouvrages aux pratiques lointaines. C’était bien de la peine et beaucoup de temps perdu. Les relations et le commerce s’étendant, s’accroissant, des messagers s’établirent ; ils partaient et revenaient à jour fixe. L’un d’eux est resté célèbre : il faisait régulièrement le voyage de Couvet à Genève, par les chemins que l’on sait, en un jour et à pied, bien entendu : il se nommait Pierre-Louis Petitpierre. Rencontrant une fois, ou plutôt rattrapant, je suppose, le courrier de la poste, celui-ci lui offrit de monter sur un char. – « Merci, répondit Pierre-Louis, il est tard, je suis pressé. »
Dès la fin du XVIIIe siècle des marchands neuchâtelois s’en allaient plus loin encore avec des montres, on en trouve déjà en Espagne et en Portugal. Malgré la difficulté des voyages, nos ancêtres ne craignaient pas de s’aventurer au loin. Nous avons vu que P. Jaquet-Droz s’était rendu à Madrid, aux frais de Ferdinand VI, il est vrai.
Un étrange personnage, Pierre-Frédéric Droz, né aux Endroits des Éplatures en 1748, s’est fait une réputation par ses voyages comme marchand et ouvrier horloger. – Il visita la Pennsylvanie, le Maryland, la Virginie, les deux Carolines, la Géorgie et le Canada. (Voir Musée neuchâtelois, 1885.) Rentré au pays en 1775, il en repart pour des voyages successifs que M. A. Jaccard a étudiés dans une intéressante notice : Pierre-Frédéric Droz, horloger, voyageur et métallurgiste du XVIIIe siècle (Musée neuchâtelois, 1887-1888). Il visite la France, l’Italie, l’Allemagne, le Danemark, la Suède, la Norvège, puis en 1803, l’Égypte, l’Anatolie, la Turquie d’Europe, la Hongrie et l’Autriche.
P.-F. Droz est l’auteur d’un mémoire, Observations sur l’horlogerie, touchant le finissage (1780).
« Et tandis que les uns, invariablement attachés au sol natal, continuaient à y vivre et à y développer leurs facultés, écrit M. A. Jaccard, dans la notice que nous venons de citer, d’autres s’en allaient par le monde, à l’aventure, sans projet bien arrêté, emportant des montres, des outils, des fournitures d’horlogerie. Parmi ceux-ci, quelques-uns revenaient au pays ; le plus grand nombre, comme les monteurs de boîtes Calame et Brandt-Tissot, à Venise, comme le graveur Emonet de Boudry, à Smyrne, comme les horlogers Delachaux et Guinand, à Constantinople, se fixaient définitivement sur la terre étrangère. Les uns et les autres préparaient le terrain, répandaient la bonne semence de la réputation industrielle des horlogers neuchâtelois. C’est à leur bonne foi traditionnelle, à leur travail, à leur persévérance que nous devons les succès remarquables et l’essor industriel qui caractérisent le XIXe siècle dans nos Montagnes. »
La période de la République et de l’Empire fut peu favorable au commerce de l’horlogerie. Beaucoup d’ouvriers durent changer d’occupation ou émigrer. Les cadraturiers, surtout, fort nombreux dans les environs de Fleurier et de Buttes, se répandirent vers Sainte-Croix et dans la vallée de Joux, et y développèrent les établissements fondés auparavant par les émigrés genevois.
Les guerres de cette époque furent cependant profitables à quelques marchands audacieux qui suivirent les armées belligérantes. L’un d’eux, Louis-Henri Haldimann, vend toute sa cargaison après la bataille de Toulouse et revient au pays à petites journées, avec quinze mille francs en pièces de cinq francs, placés sur sa monture. Aux étapes, grâce à sa force musculaire, il enlève la somme avec une telle facilité qu’il n’éveille aucun soupçon ; il couche chaque nuit sur son trésor et, après un voyage de trois semaines, le ramène intact aux Brenets, où il fonda la maison Haldimann.
À partir de 1820, nos chefs de maisons s’en allèrent vendre leurs produits à Paris, à Londres, à Constantinople, à Bruxelles et surtout à la célèbre foire de Leipzig. C’est au commencement de ce siècle que se formèrent les premières relations avec l’Amérique du Nord. À côté de désastres terribles, les succès obtenus sur ce vaste marché furent brillants.
L’introduction de la montre chinoise donna un nouvel essor à la fabrication, qui semblait devoir ne plus se relever. En 1822 et 1823, cet autre genre de montre à calibre spécial fut introduit dans l’extrême Orient par la maison Bovet qui, la première, a ouvert en Chine des débouchés aux produits de Fleurier. Les relations commencées en Asie s’étendirent peu à peu dans l’Amérique du Sud, aux Antilles, en Californie, aux Philippines, dans les Indes et en Australie.
La fabrication de la montre chinoise a fait, pendant longtemps, la prospérité de Fleurier, presque tous les ouvriers y étaient occupés d’une manière lucrative. Malheureusement la concurrence est venue, les Chinois ont changé de mode et ce genre de montres n’est plus fabriqué que par deux ou trois maisons.
Vers 1824, la fabrique et le commerce se développant de plus en plus, quelques maisons du Locle et de la Chaux-de-Fonds s’ouvrent des débouchés au Brésil. Grâce aux communications devenues faciles, l’exportation augmente et d’anciens comptoirs à l’étranger prennent une grande importance. Plusieurs maisons de Fleurier, celles des Lardet, des Guye s’établissent en Espagne ; l’une des Brenets, celle des Jeannot, crée un comptoir important à Barcelone, lorsque les foires de Beaucaire eurent perdu l’importance qu’elles avaient jusqu’en 1830. – Mentionnons aussi les maisons de commerce de la Chaux-de-Fonds, au commencement de ce siècle : Ami Sandoz et Cie, Louis Courvoisier, Robert Brandt et Cie, les frères Perret, Ch.-Eug. DuBois et Cie, Bille frères et Édouard Robert et Cie.
En 1856, les principaux débouchés de l’horlogerie neuchâteloise étaient l’Europe, l’Amérique et la Chine.
Le traité d’amitié et de commerce conclu le 6 février 1864 entre la Suisse et le Japon, a son importance pour nous au point de vue du commerce d’horlogerie et parce que l’envoyé extraordinaire de la Confédération suisse au Japon était un Neuchâtelois, M. Aimé Humbert, ancien conseiller d’État. Nous devons à son obligeance les renseignements suivants :
« On a cru longtemps que l’importation horlogère n’était pas possible avec un peuple dont le costume national consistait en une robe de chambre. La difficulté ne me semblait cependant pas insoluble pour le peuple qui a produit Bovet le Chinois, lequel a persuadé aux habitants du Céleste Empire d’utiliser leur large ceinture nationale pour y pratiquer deux œils-de-bœuf où l’on verrait briller les cadrans et cheminer les aiguilles d’une paire de montres de Fleurier. Le fait est que les affaires d’horlogerie n’ont pas tardé à se développer au Japon, et que dans le plus fort des crises horlogères de nos Montagnes, ce pays a toujours été un débouché important pour nos produits : les Japonais ont déposé leur robe de chambre des anciens temps et portent généralement le costume européen avec gilet et montre, conséquence forcée des innovations modernes dans l’armement et l’équipement militaires. »
Le nombre des montres annuellement fabriquées dans notre canton atteint un chiffre fabuleux. Nous empruntons ce qui suit à un article publié dans l’Industriel suisse, en avril 1882.
« En 1781, un siècle seulement après l’apparition de la première montre faite par Daniel JeanRichard, la Chaux-de-Fonds et le Locle fournissaient ensemble 15 000 montres d’or et d’argent et une quantité considérable de pendules.
En 1818, 130 000 montres et 1000 pendules sortirent du Locle, de la Chaux-de-Fonds et du Val-de-Travers. Après l’introduction du contrôle pour le titre des boîtes d’or ou d’argent, on compte en 1839, pour la Chaux-de-Fonds seule, 54 430 montres contrôlées, et on peut évaluer à un chiffre équivalent celles qui n’ont pas été poinçonnées. En 1872, on estimait à 3 ou 400 000 le nombre des montres fabriquées à la Chaux-de-Fonds annuellement avec 1000 chronomètres au moins ; il est à supposer que malgré la crise qui sévit depuis cette époque sur l’horlogerie, ce nombre peut être considéré comme inférieur à la fabrication actuelle. »
Il nous paraît intéressant de transcrire les lignes suivantes empruntées au Rapport de l’exposition nationale à Zurich, de M. Alex. Favre sur le groupe de l’horlogerie :
« Donner des chiffres de statistique sur le mouvement des affaires et la quantité de production dans le canton de Neuchâtel est absolument impossible ; les maisons font ces calculs pour elles-mêmes, mais ne les divulguent pas. La notice historique de M. le professeur Thury indiquait pour l’année 1866 une production de 800 000 montres fabriquées par 13 706 horlogers, représentant une valeur de cinquante millions de francs. Depuis ce temps, l’activité horlogère a encore augmenté, puisque le nombre des ouvriers ascende à ce jour entre 16 et 18 000 horlogers dans tout le canton de Neuchâtel. »
Nous avons parlé des foires de Beaucaire et de Leipzig. La première a vu son importance diminuer peu à peu avec l’établissement des chemins de fer, la seconde s’est maintenue ; les marchands horlogers les fréquentaient régulièrement. « Le retour des voyageurs était toujours un événement, écrit M. H. Étienne[30], car si la marchandise n’avait pas eu d’écoulement, c’en était fait du travail pour une saison, on ne se lançait pas alors dans l’imprévu et chacun de serrer plus près les dépenses en attendant de meilleurs jours. Plus tard, sous toutes les zones, d’infatigables pionniers ouvraient successivement de nouveaux débouchés à la fabrique grandissante et créaient les premiers comptoirs de ventes, succursales de leurs maisons de fabrication. »
Le chef d’une honorable maison de Neuchâtel, M. Ch. Gerth, accomplissait, au mois de mai 1886, son centième voyage en Allemagne. Partout où il a des relations d’affaires, il a été l’objet d’ovations. À Leipzig, le Conseil de ville lui a envoyé une députation qui lui a remis une lettre de vœux et de félicitations.
Nous ne pouvons oublier non plus le sympathique M. F.-A. Perret, des Brenets, qui de 1858 à 1882, a effectué trente-quatre voyages en Russie pour le commerce des montres. Avant l’introduction des chemins de fer, il parcourait en « tarantas » cet immense pays, de la Baltique à la mer Noire.

Avec l’année 1851 l’industrie entre dans une phase nouvelle. Les produits similaires de tous les pays allaient subir l’épreuve de la comparaison, être jugés, classés, récompensés à la première exposition universelle de Londres. Cette innovation due à l’Angleterre est devenue une nécessité, une institution des grandes nationalités.
Sur seize fabricants suisses du groupe de l’horlogerie récompensés à cette exposition, nous comptons sept Neuchâtelois.
Le nombre des horlogers augmente à l’exposition universelle de Paris en 1855 : sur cinquante-trois exposants suisses récompensés, nous trouvons vingt-sept fabricants de notre canton, parmi lesquels nous remarquons Henri Grandjean, qui figurait déjà à l’exposition de Londres et recevait une médaille de première classe pour deux chronomètres à suspension, et Louis Richard, qui exposait un chronomètre entièrement fait de sa main, avec application d’un échappement libre, à ressort simple. Le jury, voulant récompenser les progrès que ce dernier avait fait faire à l’horlogerie de précision, le proposa pour la médaille d’honneur. Sanctionnée par le groupe, cette présentation échouait devant le conseil des présidents et Louis Richard recevait une première médaille.
Nous devons citer encore parmi les fabricants récompensés à ce concours : MM. H.-A. Favre, au Locle, Bovet frères, à Fleurier, J. Perret, à la Chaux-de-Fonds, Sylvain Mairet, etc.
M. Wartmann, dans son rapport au Conseil fédéral, regrette que plusieurs horlogers, parmi lesquels on citerait des noms extrêmement recommandables, n’aient point pris part au concours. « Le jury, écrit-il, a loué la main-d’œuvre qui atteint la perfection chez un grand nombre d’ouvriers. »
Nous empruntons au mémoire inédit présenté à la Société des horlogers par feu Henri Grandjean, et dont nous avons déjà parlé, les lignes suivantes :
« Les rapports des expositions universelles de Londres, de New-York et de Paris ont constaté d’une manière officielle que nos fabricants sont en mesure de lutter très avantageusement avec l’horlogerie de précision et qu’il ne leur manque pour arriver à la perfection complète de la chronométrie que la fondation d’un observatoire. »
Le vœu exprimé par Henri Grandjean devait se réaliser le 8 septembre 1859.
L’horlogerie qui figurait à l’exposition internationale de Londres, en 1862, était répartie en trois groupes principaux : Angleterre, France et Suisse. M. Sylvain Mairet, membre du jury, nous apprend dans son rapport que le canton de Neuchâtel a fourni le plus grand nombre d’exposants ; il en comptait quarante-trois, tandis que Genève n’en avait que quinze. Parmi les trente-deux Neuchâtelois qui ont obtenu des médailles et des mentions honorables, nous retrouvons des noms connus : Henri Grandjean et Ulysse Nardin, du Locle, J. Perret, Ingold, de la Chaux-de-Fonds, C.-H. Grosclaude, de Fleurier, etc.
La réunion des produits présentait un ensemble de fabrication des plus variés. À côté de la pièce la plus simple et la plus commune, d’une vingtaine de francs, se trouvait la montre la plus compliquée et de la plus belle exécution. L’horlogerie de précision était représentée par plusieurs chronomètres de poche et trois chronomètres de marine, accompagnés la plupart de bulletins de l’observatoire donnant un témoignage très satisfaisant de leur marche.
La Suisse peut être fière de la réputation acquise par son horlogerie à l’exposition universelle de Paris, en 1867. Sur douze médailles d’or, quatre lui ont été décernées ; l’Angleterre et la France se sont partagé les huit autres. Notre canton occupait une place distinguée : vingt-et-un Neuchâtelois ont obtenu des récompenses. M. Sylvain Mairet y recevait une médaille d’or, témoignage de la juste considération due à son talent et à l’heureuse influence qu’il a exercée sur les progrès de l’horlogerie neuchâteloise.
« Les montres exposées par MM. Grandjean, J.-F.-U. Jurgensen, U. Nardin, au Locle, et Humbert-Ramuz, à la Chaux-de-Fonds, leur ont valu des médailles d’argent. « Ils doivent les estimer d’autant plus, écrit M. E. Wartmann, rapporteur du groupe de l’horlogerie, que le nombre des récompenses mises à la disposition du jury était très limité. »
« L’exposition représentait au complet les divers genres de pièces horaires. Malgré l’abstention de plusieurs fabricants, qui n’avaient pas jugé à propos de prendre part au concours, le jury a reconnu que l’horlogerie suisse se maintient dans les bonnes traditions qui l’ont élevée au rang où elle est parvenue. Il a constaté le progrès réalisé depuis quelques années par la substitution de l’échappement à ancre aux échappements libres dans les chronomètres de poche. »
Le canton de Neuchâtel était moins bien représenté à l’exposition de Vienne, de 1873, qu’à celle de Paris. Nos exposants s’étaient contentés d’y envoyer des échantillons de leur fabrication journalière, mais la quantité des montres exposées ne donnait qu’une faible idée de l’importance de notre fabrique. Le rapport de M. Grossmann sur l’industrie horlogère nous apprend qu’au moment où il aurait fallu travailler en vue de l’exposition, fabricants et ouvriers ne pouvaient plus suffire aux commandes, et qu’ils ne trouvèrent ni le temps ni les ressources pour exécuter des pièces destinées à figurer seulement dans une exposition ou une devanture de magasin.
« Comme caractère général de l’exposition de Vienne, écrit M. le Dr Hirsch, à Neuchâtel, dans une étude approfondie sur le groupe de l’horlogerie, on doit constater qu’on n’y a point trouvé de nouvelles inventions importantes de nature à modifier la fabrication horlogère ; par contre, un progrès remarquable dans la construction des montres, une tendance manifeste de simplifier les calibres et d’éviter les complications inutiles ou nuisibles, une bonne facture générale des mouvements et enfin un perfectionnement évident dans la construction et le réglage de l’horlogerie de précision.
« On peut dire, en général, que toute la fabrication a monté d’un degré ; l’échappement à cylindre est fait avec plus de soins, l’échappement à ancre tend de plus en plus à remplacer tous les autres, aussi bien l’échappement à cylindre pour les bonnes montres ordinaires que celui à ressort pour les chronomètres. L’observation scientifique a prouvé que pour les montres de précision l’échappement à ancre donne des résultats aussi bons, sinon supérieurs, que les échappements à ressort.
« Un autre trait général est la prédominance des montres à remontoir sur celles à clef ; si à Paris déjà on pouvait observer que le remontoir au pendant gagnait rapidement, à Vienne on a pu remarquer que presque toutes les montres de précision, de luxe et la majorité des bonnes montres ordinaires en sont munies. La construction des remontoirs a fait de grands progrès depuis la dernière exposition ; les dimensions sont plus rationnelles, l’engrenage plus parfait, le jeu plus doux et plus sûr à la fois, et les couronnes d’une forme plus commode.
« Un organe secondaire pour les montres à remontoir donnant des difficultés aux constructeurs, c’est la mise à l’heure sans clef ; dans les montres savonnette on emploie généralement, pour désengrener la mise à l’heure, un ressort poussé par la fermeture du couvercle. Pour les poussettes on cherche la forme la moins sujette à être crochée par hasard dans la poche. Une invention mérite d’être mentionnée à cet égard, puisqu’elle se passe de toute poussette extérieure. M. Ulysse Nardin avait des remontoirs de ce genre. Il suffit, pour mettre les aiguilles à l’heure, d’ouvrir d’abord le fond de la boîte. Celle-ci refermée, la montre peut de nouveau être remontée. Pour le cas où l’on désirerait ouvrir la montre, sans changer l’heure, un verrou de sûreté annule la fonction de mise à l’heure, de manière que la montre puisse marcher ouverte ou fermée, sans que l’heure risque d’être dérangée. Le verrou repoussé, la fonction de mise à l’heure reprend sa place.
« U. Nardin et H. Grandjean avaient exposé des chronomètres remarquables.
« Parmi les cantons suisses, Neuchâtel, qui était représenté par trente-huit fabricants, a obtenu le plus grand nombre absolu de récompenses. »
Nous remarquons avec plaisir que malgré la distance considérable qui sépare la Suisse de Philadelphie, les exposants de notre pays l’emportent par le nombre sur toutes les autres nations. Le canton de Neuchâtel était représenté à l’exposition de Philadelphie, de 1876, par vingt-deux fabricants.
Au premier rang des chronomètres de poche et de l’horlogerie soignée, figuraient les produits de MM. Borel-Courvoisier, Henri Grandjean, James et Ulysse Nardin, Jacot frères, Matthey-Doret, etc.
« Pour l’enseignement de nos fabricants de chronomètres de bord, écrit M. Th. Gribi, délégué spécial du groupe de l’horlogerie, nous dirons que les nôtres n’égalent peut-être pas, au point de vue du fini, ceux des Anglais, mais pour le réglage ils sont leurs égaux, sinon leurs supérieurs. Les Anglais n’emploient pas les courbes terminales de Philips et il n’est pas difficile cependant de constater le développement supérieur dans un spiral à courbes théoriques.
« Quant aux chronomètres de poche, le résultat de la marche de nos pièces exposées prouve une supériorité incontestable. Nous restons donc les maîtres dans cette branche et les progrès qu’on a fait dans la chronométrie nous empêchent de redouter la concurrence. »
M. Gribi fait observer cependant que certaines montres étrangères présentent des avantages manquant aux nôtres, mais qu’il serait facile d’acquérir, entre autres l’uniformité des grandeurs et l’identité des pièces de fourniture. Le rapporteur croit que pour lutter avec succès contre toute concurrence, il faut transformer notre industrie à domicile actuelle en une industrie de fabrique. Il est persuadé enfin que le développement un peu lent de notre outillage et la difficulté d’obtenir certaines fournitures sont le résultat de la division du travail, système qui fait faire l’ouvrage en dehors du comptoir.
L’exposition de Philadelphie n’en a pas moins fait honneur à notre pays par la qualité, la beauté et la variété des produits exposés.
Le rapport des experts horlogers, délégués à l’exposition universelle de Paris, de 1878, a été publié par ordre du Conseil d’État. Cet intéressant volume contient plusieurs articles relatifs à l’horlogerie, aux écoles et aux observatoires, aux outils, instruments de mesurage, moteurs et machines, à l’art décoratif et à la dorure.
La montre compliquée, la répétition, le chronographe, les quantièmes, etc., se trouvaient en majorité dans les vitrines de la section suisse. Ces pièces démontrent l’habileté de main de nos ouvriers.
« Les quelques chronomètres de marine et les nombreux chronomètres de poche, tous accompagnés de bulletins de marche des observatoires de Genève et de Neuchâtel, ont atteint un degré de précision remarquable, écrit M. D. Perret, membre du jury international, et sont sans contredit les plus beaux produits de l’art horloger, ainsi que le témoignent les hautes récompenses obtenues par nos exposants.
« Le jury, sans contestation et à l’unanimité, a reconnu la supériorité du chronomètre de poche suisse sur tous les autres, quant à la précision et au prix. Nos chronomètres de marine peuvent déjà rivaliser avec ceux des autres pays, nous en donnons la preuve par les lignes suivantes, extraites du rapport de M. le Dr Hirsch.
« Parmi les huit chronomètres de marine que nous avons eu cette fois à observer et dont sept appartiennent à la maison de MM. Henri Grandjean et Cie, au Locle, les cinq premiers ont donné des résultats très beaux et ne diffèrent presque pas dans leur mérite ; le sixième a encore une variation diurne de 0.13 s., mais sa compensation est un peu trop faible, ce qui explique une différence assez considérable entre les marches extrêmes. Trois de ces belles pièces, qui ont toutes l’échappement à ressort et le spiral cylindrique Phillips, étaient réglées au temps sidéral et sont destinées à un des grands établissements scientifiques de l’Europe. – Comme l’une de ces pièces, le N° 93 de MM. Henri Grandjean et Cie, est restée à l’observatoire au delà du temps réglementaire de l’épreuve, pendant plus de vingt-neuf semaines, il est de nouveau possible de le comparer aux meilleurs chronomètres de marine qui ont rapporté les premiers prix dans les grands concours organisés à Greenwich et à Hambourg, pour les marines anglaise et allemande. Il résulte de cette comparaison que nos horlogers savent construire des chronomètres de marine qui peuvent rivaliser avec les meilleurs de l’étranger. »
Nous trouvons avec plaisir dans le Rapport sur l’horlogerie de l’exposition universelle de 1878, publié par M. J. Berlioz, l’appréciation suivante qui fait honneur à notre industrie :
« Au point de vue de la chronométrie, la Suisse tient le premier rang, surtout par le nombre. Il y a lieu de citer les produits exposés par MM. Courvoisier, Henri Grandjean, Tissot, Nardin, etc. – Nous devons aussi des mentions très honorables aux expositions des écoles d’horlogerie, trop peu nombreuses et qui, pourtant, sont si importantes pour l’avenir de l’horlogerie : on en comptait deux pour la France, six pour la Suisse : Bienne, Genève, la Chaux-de-Fonds, le Locle, Neuchâtel et Fleurier. Les produits exposés représentaient la progression complète des ouvrages des élèves, depuis la pièce la plus simple jusqu’aux mécanismes les plus complets. L’examen des vitrines de chaque école était extrêmement intéressant : on pouvait y constater une direction habile et rationnelle de la part des maîtres et un travail estimable de la part des élèves.
« Le premier type de la montre à bon marché est la montre Roskopf. C’est une idée très saine et très pratique qui a présidé à cette conception économique et M. Roskopf a depuis longtemps trouvé des successeurs. Il est curieux de voir marcher, et bien marcher même, ces montres dont aucune pièce n’a reçu le moindre « finissage ; » les « bavures » laissées par le découpoir, les traits de lime, tout cela est affreux et néanmoins réjouissant à voir : on aime à trouver cette force, cette rusticité dans un objet si frêle d’habitude ; ces robustes aiguilles, ces emboîtages épais résisteront aux chocs, aux secousses et aux soins quelque peu écrasants des mains de l’ouvrier ou de l’homme des champs auquel cette montre est destinée. – Ce type, qui réunit une exécution consciencieuse et toutes les conditions raisonnables du bon marché, doit être loué sans aucune restriction : c’est de bonne industrie. »
Quarante-et-un exposants neuchâtelois furent récompensés à ce concours. MM. Borel-Courvoisier, Grandjean, Hipp et Nardin reçurent une médaille d’or.
La Suisse prit part aussi à l’exposition de Melbourne de 1880-1881 et y obtint la plus haute récompense pour l’horlogerie, ainsi que pour les pièces à musique. « Il résulte de l’ensemble de l’exposition, écrit M. Alexis Favre, que la Suisse est restée fidèle à sa vieille et bonne réputation et qu’elle y a conquis le premier rang. »
Depuis 1851, nos horlogers envoyaient leurs ouvrages dans toutes les expositions internationales du monde et y recevaient la juste récompense de leurs mérites. C’était donc à l’étranger seulement qu’on pouvait voir l’ensemble de leurs admirables productions. Ce privilège d’un petit nombre est devenu celui de tous par l’exposition nationale et internationale de machines et outils employés en horlogerie, de 1881, à la Chaux-de-Fonds et l’exposition nationale de Zurich, en 1883.
La première s’ouvrait le 1er juillet dans les salles du collège industriel de la Chaux-de-Fonds, sous le patronage de la Société d’émulation industrielle, fondée en 1878. Ce fut un véritable événement pour notre industrie et le public prouva qu’il s’y intéressait vivement. La quantité considérable de produits qui y figurait était l’œuvre de 350 exposants, parmi lesquels 210 Neuchâtelois et Suisses habitant notre canton.
L’exposition, divisée en plusieurs groupes, comprenait les montres terminées, – l’horlogerie de gros volume, – les mouvements de montres, – les pièces détachées, spiraux, roues, pignons, etc., – les boîtes et ses différents genres de décoration, – l’exposition des écoles d’horlogerie du Locle, de la Chaux-de-Fonds, de Saint-Imier, – les machines et outils de toute provenance, – produits divers, creusets, huiles.
Des récompenses, médailles de première, seconde, troisième classes et mentions honorables, furent distribuées dans chacun de ces groupes.
Le rapport officiel du jury s’exprime ainsi : « Les expositions régionales ou nationales devraient servir de préparation aux grands tournois internationaux, et, sous ce rapport, l’exposition de la Chaux-de-Fonds a parfaitement atteint son but. Il est à désirer qu’à l’avenir tout ce qui a trait à l’horlogerie figure dans nos expositions. Que tous les centres horlogers de la Suisse viennent à ces cours de répétition, que personne ne se tienne à l’écart ! Nous avons le double avantage d’avoir donné une impulsion salutaire à l’avancement, au progrès et à la bonne renommée de notre belle industrie. Après l’entente à l’intérieur, il sera plus facile de vaincre à l’extérieur. »
Nous pourrions citer encore d’autres succès des horlogers neuchâtelois dans les différentes expositions internationales de ces dernières années, ce qui nous mènerait un peu loin ; nous préférons arriver à l’exposition nationale suisse à Zurich, en 1883.
C’est avec raison que le rapporteur sur le groupe XIII (horlogerie), M. Alexis Favre, de Genève, appelle cette exposition « l’acte le plus considérable de notre vie scientifique, industrielle et commerciale, » car nous avons pu nous rendre compte des travaux de toute nature que notre patrie suisse peut réaliser.
Parmi les 278 exposants du groupe de l’horlogerie, soixante-dix-sept appartenaient au canton de Neuchâtel, deux étaient déclarés hors concours et quarante-trois diplômés.
Nous avons cité déjà l’observation flatteuse du rapporteur sur l’horlogerie neuchâteloise ; répétons avec lui : « L’avenir ne démentira pas le passé de notre belle industrie. »

En 1689, Abraham Amiet, né aux Geneveys-sur-Coffrane, publiait à Neuchâtel un petit volume, fort rare aujourd’hui : Éphémérides ou calendrier pour l’an de grâce 1689, contenant une description générale de la sphère, le cours du soleil et de la lune, et quelques préceptes touchant la médecine, la chirurgie et l’agriculture. Ce curieux opuscule est dédié au gouverneur Joseph-Nicolas d’Affry, et aux nobles et puissants seigneurs, messieurs les Quatre-Ministraux et Conseil de la ville de Neufchâtel. Le calendrier est calculé suivant l’ancien style et le nouveau.
On avait donc déjà, à cette époque, le sentiment que l’observation astronomique était indispensable pour la bonne horlogerie. On réglait autrefois les montres avec des cadrans solaires à plaque percée, en y appliquant l’équation du temps, ceux du moins qui la connaissaient. Construits il y a une centaine d’années, nous en possédons sur plusieurs de nos édifices.
On sait que le premier observatoire du pays de Neuchâtel fut la pendule à équation et à compensation que J.-Fr. Houriet rapporta au Locle en 1768 avec une petite lunette de passage pour vérifier la marche de sa pendule. Quelques années plus tard, Charles-François Nicolet, dit le maire Nicolet, établissait au Locle, à ses frais, dans les combles du temple, une petite lunette méridienne publique. Jules Jurgensen ayant remarqué que la sonnerie des cloches dérangeait la position de la lunette, établie dans de mauvaises conditions de stabilité, fit dresser sur le communal du Locle une borne servant de mire pour la lunette méridienne de Nicolet.
Nous avons déjà dit que Louis Richard, longtemps avant l’établissement de l’observatoire, réglait les chronomètres par des procédés astronomiques, à l’aide d’une lunette méridienne adaptée à la fenêtre de son cabinet de travail.
L’élan était donné. En 1846, on établissait dans le vestibule de l’Hôtel-de-Ville du Locle un régulateur public, échappement à ancre, sans compensation, construit par Louis Favre-Bulle. Lorsque l’observatoire de Neuchâtel put donner l’heure par le télégraphe électrique, ce régulateur fut établi sur une maçonnerie reposant sur un mur solide et reçut une compensation à mercure.
La ville de Neuchâtel suivit l’exemple donné par le Locle. La commune fit poser à l’Hôtel-de-Ville un régulateur public, compensé et construit par David Huguenin, et qu’on réglait par les observations faites avec une petite lunette méridienne établie dans les combles par les professeurs Joannis et Henri Ladame.
La Chaux-de-Fonds ne devait pas rester en arrière. En 1846, Célestin Nicolet établissait une petite lunette méridienne dans la tour du temple et l’administration du Bureau de contrôle installait à l’Hôtel-de-Ville un magnifique régulateur, échappement Graham, compensation à grille, construit par Louis Klinchy, de la Chaux-de-Fonds.
Ces moyens limités appliqués avec habileté ont été suffisants pour permettre à Henri Grandjean de construire complètement au Locle, en 1830, un grand chronomètre de marine qui fut vendu à un capitaine faisant le voyage de la Californie.
Mais après une vingtaine d’années, le développement de la haute horlogerie ne permettait plus de se contenter de ces petits instruments dont le point de repère était une borne ou une cheminée et de régler les chronomètres d’après des régulateurs qui, quoique habilement construits et compensés, donnaient l’heure d’une manière suffisamment exacte pour des montres ordinaires, mais auxquels manquait cependant un contrôle scientifique.
Nos habiles constructeurs durent s’adresser aux observatoires étrangers, mais les difficultés étaient telles que Henri Grandjean, avec quelques horlogers distingués, prit l’initiative pour demander la création d’un observatoire, en 1857.
Une commission ayant été nommée, le Grand Conseil en adopta les projets dans sa session du mois de mai 1858 et les travaux de construction commencèrent en automne.
L’observatoire cantonal s’élève sur le côté méridional du Mail ; sa façade principale est tournée vers le lac. Les instruments, cercle méridien, réfracteur, parallactique, plusieurs horloges astronomiques à temps sidéral et à temps moyen, chronographe, chronoscope, etc., sont d’une grande perfection et d’une dimension assez considérable. La lunette méridienne a six pieds de longueur, un grossissement linéaire de deux cent dix fois, un réseau de vingt-et-un fils verticaux et deux fils horizontaux, ainsi deux fils mobiles dans les deux directions ; elle permet de déterminer l’heure à un ou deux centièmes de secondes près. La lunette parallactique a un objectif de six pouces d’ouverture et de neuf pieds de distance focale, avec des grossissements variant de cinquante à cinq cents fois ; un appareil d’horlogerie lui permet de suivre automatiquement la marche des étoiles. Elle est munie de plusieurs micromètres, annulaire et à position ; ce dernier, ainsi que tout l’instrument, vient d’être pourvu, en 1887, d’éclairage électrique.
Nous empruntons à un Extrait des annales du Conservatoire des Arts et Métiers que M. Laussedat consacre au développement de l’horlogerie en Suisse les lignes suivantes :
« Il est extrêmement satisfaisant de constater avec quelle hauteur de vues le gouvernement neuchâtelois a envisagé la création d’un observatoire et avec quelle activité il a fait procéder à sa réalisation.
« Le but que l’on avait en vue en fondant l’observatoire cantonal est donc rempli, au delà peut-être de ce que l’on avait osé d’abord espérer. J’ai cru pouvoir me dispenser de faire l’historique des difficultés que la transmission régulière de l’heure avait rencontrées, puisqu’elles sont désormais surmontées et que, dès l’origine, ce service a même été suffisamment bien organisé pour permettre aux horlogers des deux principaux centres de fabrication de se rendre un compte exact de la marche de leurs montres. »
La construction du bâtiment fut confiée à feu Jean Rychner et le gouvernement appela comme directeur M. A. Hirsch, le savant astronome, qui a donné en peu de temps à l’observatoire qu’il dirige la confiance que notre horlogerie cherchait à acquérir.
La première observation méridienne a été faite le 8 septembre 1859, et déjà le 25 juin 1860 l’observatoire transmettait l’heure pour la première fois à Berne aux administrations fédérales des télégraphes, des postes et des chemins de fer, à la Chaux-de-Fonds et au Locle ; en 1863, aux Ponts et à Fleurier ; plus tard aux Brenets et dans ces dernières années, par suite de conventions conclues entre le canton de Neuchâtel et ceux de Berne et Vaud, à deux stations horlogères de Berne (Bienne et Saint-Imier) et à trois stations vaudoises (Sainte-Croix, Sentier et Brassus).
Une pendule électrique, qui est comparée tous les jours chronographiquement à la pendule sidérale et mise à l’heure d’après les observations des étoiles et du soleil, envoie automatiquement à une heure de l’après-midi un fort courant d’un côté, par Bienne et Saint-Imier, à Berne, au Bureau central des télégraphes ; d’un autre côté, il passe par Neuchâtel, la Chaux-de-Fonds et le Locle d’où il s’embranche par une pile de relais aux Brenets et en même temps continue par les Ponts et Fleurier jusqu’aux trois stations vaudoises mentionnées ci-dessus.
Dans toutes ces stations de l’observatoire le courant déclenche une petite pendule de coïncidence dont la comparaison avec le régulateur de l’endroit fournit la correction de ce dernier avec une grande exactitude. La différence entre deux corrections donne la marche diurne et la différence entre deux marches consécutives, la variation du régulateur. Un tableau suspendu à côté du régulateur public donne à ceux qui le consultent l’heure exacte avec toute la précision possible.
En outre, dans les centres horlogers principaux, au Locle, à la Chaux-de-Fonds et à Neuchâtel, les régulateurs publics qui sont ainsi contrôlés et mis à l’heure journellement par le signal de l’observatoire, sont en même temps les horloges-mères de tout un réseau d’horloges sympathiques distribuées dans les rues et sur les places de ces endroits, ainsi que dans les ateliers des fabricants qui sont abonnés. Ces compteurs électriques, publics et privés, d’après un système inventé par M. Hipp, directeur de la fabrique des télégraphes à Neuchâtel, vont exactement d’accord avec le régulateur ou l’horloge-mère qui, elle-même, est réglée par les signaux de l’observatoire.
De cette manière on a résolu le difficile et intéressant problème de distribuer l’heure astronomique dans presque toute la région horlogère de notre pays et jusque dans les ateliers des fabricants et des régleurs.
Remarquons ici que l’heure fédérale fournie par l’observatoire à l’administration des postes et télégraphes à Berne, est transmise par celle-ci à toutes les stations de chemins de fer et à tous les bureaux de poste de la Suisse, en sorte qu’en fait l’action de l’observatoire de Neuchâtel, comme centre général, s’étend sur tout le territoire de la Confédération.
L’observatoire ne se borne pas à donner l’heure astronomique nécessaire aux établisseurs pour régler et contrôler l’exactitude de leurs ouvrages, mais il vérifie encore la marche des chronomètres de marine et de poche que les fabricants lui envoient pour obtenir des certificats de marche, constatant leur valeur réelle.
L’observatoire délivre quatre classes de bulletins de marche qui tous contiennent la transcription, jour par jour, des registres d’observation, des marches diurnes et des variations d’un jour à l’autre avec indication des températures diurnes, des positions, etc.
La première classe des bulletins est délivrée aux chronomètres de marine qui restent deux mois en observation à des températures différentes.
La seconde classe aux chronomètres de poche qui restent six semaines à l’épreuve et sont observés dans cinq positions, ainsi que dans l’étuve et à la glacière.
La troisième classe comprend les chronomètres de poche qui restent pendant un mois à l’épreuve et sont observés dans deux positions (plat et pendu) ainsi qu’aux différentes températures.
La quatrième classe les chronomètres que leurs fabricants ne veulent laisser que quinze jours à l’épreuve et qui ne sont observés que dans une seule position (à plat) et à la température ambiante.
Les résultats pratiques que l’observatoire fournit chaque année à l’horlogerie sur la valeur et le réglage des différents échappements, spiraux, balanciers, etc., sont consignés dans les rapports annuels du directeur. Ils démontrent que la variation moyenne d’un jour à l’autre des chronomètres de poche éprouvés à l’observatoire n’est qu’une fraction de seconde (une demi-seconde environ depuis 1870). M. le professeur Kopp, à qui nous avons emprunté une partie de cette étude la termine en disant que c’est un degré d’exactitude étonnant pour des montres portatives et qu’une grande part de ce mérite revient à l’observatoire de Neuchâtel, le premier établissement de ce genre créé par l’industrie pour servir, d’une manière spéciale, à son perfectionnement.
Les rapports de M. le Dr Hirsch, publiés chaque année par le Conseil d’État et distribués largement aux fabricants et aux horlogers, sont adressés à la Commission d’inspection chargée de visiter l’observatoire pour se rendre compte des travaux accomplis, des changements opérés dans l’appareil scientifique et des observations faites.
La première année, dix-neuf chronomètres seulement avaient été envoyés à l’observatoire ; on en comptait déjà quarante-cinq l’année suivante ; en 1872, leur nombre s’était élevé à soixante-quinze pièces.
En 1865, le Conseil d’État réalisait le vœu de M. Hirsch et instituait des récompenses pour les meilleurs chronomètres présentés à l’observatoire. Une somme de cinq cents francs devait être répartie de la manière suivante :
Un prix de 150 francs serait accordé au meilleur chronomètre de marine, observé pendant deux mois et à l’étuve.
Deux prix de 125 et de 100 francs aux deux meilleurs chronomètres de poche, observés pendant un mois, dans les deux positions et à l’étuve.
Deux prix de 75 et de 50 francs pendant quinze jours dans une position seulement et à la température ambiante.
En 1877, le Conseil d’État révisait le règlement de l’observatoire, de façon à ce que les montres de précision et les chronomètres fabriqués dans d’autres cantons pussent aussi y être observés.
Ce nouveau décret arrêtait que les chronomètres des trois premières classes observés pendant l’année et pourvus d’un bulletin de marche, peuvent concourir pour les prix suivants institués par l’État, à la condition qu’ils proviennent d’un fabricant neuchâtelois et ne portent pas le nom d’une maison étrangère.
Un prix général de 200 francs pour la meilleure moyenne des chronomètres envoyés au nombre minimum de douze, parle même fabricant dans le courant de l’année.
Un prix de 150 francs pour le meilleur chronomètre de marine.
Trois prix de 130, 120 et 110 fr. pour les trois meilleurs chronomètres de poche, observés pendant six semaines.
Quatre prix de 100, 80, 60 et 50 fr. pour les quatre meilleurs chronomètres de poche observés pendant un mois.
Le nombre des chronomètres présentés à l’observatoire qui en 1879 et 1880 était de cent soixante-cinq et cent soixante-dix s’est élevé brusquement à deux cent soixante-dix en 1881 et jusqu’à cinq cent trois en 1883 ; dès lors le nombre se maintient entre trois et quatre cents par an.
La collection des rapports annuels du directeur de l’observatoire cantonal, qui contient l’histoire détaillée de notre horlogerie de précision, fait honneur au savant Dr Hirsch et lui constitue un précieux titre à notre reconnaissance.
Le contrôle, cette marque prouvant que les ouvrages d’or et d’argent sont au titre, n’a été réglementé dans le canton de Neuchâtel que longtemps après l’introduction de l’industrie horlogère dans notre pays. Le plus ancien règlement, à notre connaissance, date du 24 septembre 1754, lequel fut abrogé par celui du 13 décembre 1775. Ce dernier arrête « que tous les orfèvres et metteurs en œuvre doivent travailler l’or au moins au titre de dix-huit carats, et l’argent à celui de treize lœtigs, soit neuf deniers dix-huit grains ; sous peine du crime de faux. »
Le 2 mai 1790, douze fabricants d’horlogerie du Locle et de la Chaux-de-Fonds et quatorze monteurs de boîtes adressent une requête au Conseil d’État au sujet des abus et des fraudes qui se glissent dans le titre de l’or. Ils se plaignent particulièrement des Juifs. Cette requête amena les articles additionnels au règlement de 1775.
Une ordonnance en date du 30 août 1819, tout en maintenant le titre de l’or à dix-huit carats et celui de l’argent à treize lœtigs, arrête « qu’il sera établi, partout où cela sera trouvé convenable, et pour le moment actuel au Locle et à la Chaux-de-Fonds, des bureaux de poinçonnement. »
Un arrêt du 20 août 1821 et du 11 juin 1822 ordonne l’application du contrôle aux boîtes d’or et d’argent, fabriquées à l’étranger et mises en circulation dans notre pays comme objets de commerce.
Le 6 mai 1839, le Conseil d’État remplaçait les ordonnances précédentes par un règlement « destiné à prévenir toute infidélité et toute fraude relatives au titre des ouvrages en or ou en argent provenant de la Principauté, afin d’inspirer une juste confiance à cet égard ».
Le 4 décembre 1852, le Grand Conseil de la République et Canton de Neuchâtel promulgue une loi en vertu de laquelle « la mise en circulation et la vente des pièces d’horlogerie en or ou en argent, d’orfèvrerie et de bijouterie non poinçonnées sont interdites, soit qu’elles aient été fabriquées dans le canton ou ailleurs. »
Dans un pays de liberté individuelle et commerciale, la question de l’utilité et de la nécessité d’un contrôle par l’État devait être discutée bien souvent. Genève et Neuchâtel furent les premiers cantons qui eurent un contrôle officiel, Berne avait des lois sur les titres, mais le contrôle des boîtes du Jura bernois se faisait principalement à la Chaux-de-Fonds. Soleure et Fribourg, qui ont des centres d’horlogerie, n’avaient ni loi, ni contrôle. Cette importante question a agité notre commerce en 1864, et l’État ouvrit un concours pour la faire discuter.
Il posait les deux questions suivantes :
1° Quelles sont, d’après la science économique, l’état actuel et les besoins de notre fabrique, ainsi que, d’après l’expérience des autres pays, les meilleures bases sur lesquelles doit reposer l’élaboration d’une loi sur le titre pour les matières d’or et d’argent dans la fabrication de l’horlogerie et de la bijouterie ?
2° Quelles seraient dans l’éventualité du maintien de la loi actuelle, les meilleurs moyens d’exécution pour en assurer la stricte observation ?
Les mémoires couronnés furent ceux de MM. Dameth, professeur à Genève, Sire, directeur de l’école d’horlogerie de Besançon, et Fritz Challandes, secrétaire du bureau de contrôle du Locle. Une mention honorable fut décernée à M. Aeschimann, secrétaire du même bureau. Ces travaux, qui défendent des points de vue différents, sont remarquables sous le rapport commercial, industriel et historique.
Sur la proposition du Conseil d’État, le Grand Conseil promulguait, le 22 décembre 1865 un nouveau règlement, décrétant que l’État ne garantissait et ne poinçonnait que deux titres, l’un pour l’or et l’autre pour l’argent, soit 750 millièmes de fin pour l’or, correspondant à l’ancienne dénomination de 18 carats, et 800 millièmes de fin pour l’argent, avec une tolérance de trois millièmes pour l’or et de cinq millièmes pour l’argent.
Une nouvelle loi, entrée en vigueur le 1er janvier 1874, accordait la garantie de l’État pour l’or à cinq cent quatre-vingt-trois millièmes de fin.
Avant 1866, le contrôle était obligatoire et la loi ne permettait pas l’emploi d’alliages, or et argent, autres que ceux aux titres cités. Mais le commerce ne put se renfermer dans ces liens étroits ; la loi dut être révisée en 1866 pour donner à l’horlogerie la liberté de fabriquer des alliages à tous titres. Le contrôle devint facultatif, mais on ne contrôla que les deux anciens titres. Cependant l’or à 583 millièmes de fin, soit quatorze carats, est devenu si abondant, son emploi étant avantageux, que le commerce en a demandé le contrôle officiel par l’État en 1873.
Rappelons qu’Olivier Quartier avait introduit dans nos Montagnes des appareils pour les doreurs au feu, afin d’éloigner l’ouvrier de la vapeur mercurielle.
Depuis 1813, où la dorure des mouvements par le procédé du mercure fut introduite dans le canton, de nombreux cas de maladie, salivation et tremblements mercuriels, furent constatés et devinrent surtout fréquents en 1836 et 1842. Les précautions qu’on a prises, dès lors, pour la dorure au feu, diminuèrent les accidents ; cependant le gouvernement, inquiet de ces faits, ordonna une enquête en 1844. Le procédé de la dorure par voie galvanique, inventé par M. A. de la Rive, de Genève, en 1840, était de plus en plus connu et apprécié.
L’enquête ayant démontré tous les inconvénients de la dorure au feu, le docteur Borel, le professeur H. Ladame, Olivier Quartier et Célestin Nicolet appuyèrent les efforts de MM. A.-Olivier Matthey et Auguste Jeanneret pour propager le procédé de la dorure par la voie humide et la voie galvanique. Ces derniers ont inventé, en 1845, un outillage spécial pour la dorure des objets d’horlogerie et ont rendu ainsi à notre fabrique un service important, en introduisant une industrie nouvelle. Aujourd’hui la dorure à la pile occupe de nombreux ateliers, et ce n’est que dans des cas bien rares que le dorage au mercure est encore employé.
Le 23 décembre 1882 une loi fédérale abrogeait les lois et ordonnances cantonales sur le contrôle et la garantie du titre des ouvrages d’or et d’argent. Cette loi est basée sur la liberté d’employer tous les titres sous la garantie de la marque du fabricant d’une part, et d’autre part sur l’obligation de faire contrôler les ouvrages d’or et d’argent, lorsqu’ils portent l’insculpation de l’un des titres reconnus légaux.
Il existe en Suisse douze bureaux de contrôle, dont quatre dans notre canton, à Neuchâtel, à la Chaux-de-Fonds, au Locle et à Fleurier. Ils ont poinçonné en 1886 : 330 710 boîtes en or et 359 608 de même métal en 1887 ; 170 602 boîtes en argent en 1886 et 200 140 en 1887. Le total des montres poinçonnées en 1887 a été de 559 748.

À la moitié de ce siècle, les horlogers apprenaient leur art chez des patrons, où ils entraient en qualité d’apprentis. C’est ainsi que se transmirent de génération en génération les connaissances et les découvertes des illustres maîtres que nous avons étudiés. Les inconvénients de ce moyen traditionnel frappèrent ceux que préoccupait l’avenir de notre industrie.
L’idée d’une école pratique d’horlogerie peut être revendiquée par Neuchâtel. Olivier Quartier, l’inventeur des ressorts spiraux, avait déjà développé à plusieurs reprises, vers 1820, la nécessité, pour les apprentis, de faire des études théoriques à côté de l’apprentissage pratique. Tissot-Daguet, du Locle, réclama vainement dans les écoles l’enseignement des mathématiques et de la mécanique.
C’est Genève qui a fondé, en 1826, la première école d’horlogerie. Le fait ne passa point inaperçu à Neuchâtel. Le professeur de Johannis, désirant développer l’instruction de nos horlogers, engagea Mathurin Bresson, élève de l’école polytechnique de Paris, à ouvrir à la Chaux-de-Fonds et au Locle des cours de géométrie et de mécanique appliqués à l’industrie, analogues à ceux que Charles Dupin avait créés au Conservatoire des arts et métiers à Paris. Nous avons dit, à propos de Louis Richard, quel avait été, pour quelques élèves, le résultat de ces cours. William Dubois, Charles-Aimé Ville, auteur d’un traité sur les engrenages et les échappements, Charles Ducommun et M. Sylvain Mairet durent à ces leçons une partie du talent qu’ils acquirent dans leur art.
En 1838 Genève donnait à son école d’horlogerie une impulsion nouvelle ; notre pays ne pouvait rester en arrière et le professeur Agassiz proposait, en 1839, la formation de bibliothèques, musées et écoles d’horlogerie. Mais c’est en 1857 seulement que la ville de Neuchâtel, entrant dans le mouvement industriel du canton, songea d’une manière sérieuse à étendre son activité. La création d’une école d’horlogerie fut vivement demandée par Eugène Jeanjaquet à qui l’on doit bien des idées utiles pour le développement de la ville. En 1858 le Conseil municipal décréta la création d’une école, mais des difficultés administratives en empêchèrent la réalisation. En 1859, une nouvelle commission s’occupa de ce projet, mais sans plus de succès.
Nous trouvons dans un rapport présenté au comité neuchâtelois de la Société des horlogers la motion suivante, faite par feu Henri Grandjean le 8 septembre 1858.
« Depuis un quart de siècle, il se fait peu de bons apprentissages, il est même difficile de suivre un cours complet d’horlogerie, car il faut aller chercher plus ou moins loin les bons horlogers. Les maîtres recevant des apprentis sont dispersés, il faut, pour les trouver, se soumettre à des déplacements prolongés et coûteux et beaucoup de parents redoutent, avec raison, d’éloigner d’eux leurs enfants à un âge où ils ont besoin de directions. En établissant des écoles pratiques d’horlogerie, combinées avec nos écoles industrielles, on fournirait à la fois aux élèves les moyens de poursuivre leur instruction et de se préparer par un apprentissage systématique à leur carrière professionnelle.
« Le rapport de M. Wartmann, membre du jury à l’exposition de Berne, dit qu’un puissant moyen pour maintenir l’horlogerie suisse dans de bonnes conditions, est de mettre les ouvriers en mesure d’acquérir des connaissances spéciales que la pratique seule ne peut donner. Il faut que les artistes éminents qui ont honoré et illustré leur profession aient de dignes successeurs. Il convient donc de créer des écoles dans le genre de celle de Genève, où l’instruction graduelle et sérieuse des apprentis soit confiée à des professeurs habiles et où le raisonnement plus que l’aveugle routine, la discussion éclairée des points débattus entre les maîtres de l’art, l’examen des perfectionnements modernes, concourent à former des horlogers accomplis. »
L’idée était dans l’air, elle ne pouvait tarder à être réalisée. Un généreux citoyen, Philippe-Henri Matthey, fit don à la municipalité de la Chaux-de-Fonds d’une propriété, à condition que les revenus fussent employés à payer l’apprentissage d’enfants pauvres. Cette donation stimula le zèle du comité créé dans la localité pour la fondation d’une école d’horlogerie. Celui-ci, pour se procurer de nouvelles ressources, décida l’organisation d’une exposition horlogère locale pendant le tir fédéral de 1863. Le résultat fut des plus heureux ; une somme de six mille francs permit de travailler à l’œuvre commencée qui fut réalisée en 1865. – M. Henri-Édouard Gindraux, élève de Charles-Aimé Ville, était nommé directeur de la nouvelle école.
Ses frais généraux qui, à l’origine, étaient de fr. 10 000, sont actuellement de fr. 20 000. – Ses ressources proviennent du revenu d’un capital qui y est affecté, d’une subvention municipale, d’une allocation de l’État, de l’écolage mensuel. Le bureau du contrôle, lorsque ses finances étaient prospères, gratifiait l’école chaque année d’une subvention de fr. 500. M. L.-U. Ducommun-Sandoz l’honorait annuellement d’une même somme.
Deux ans après sa fondation, cette école pouvait être jugée par les examens des élèves ; les résultats prouvèrent que l’œuvre était bonne, elle ne devait pas tarder à répandre son influence dans le canton. Les députés du Locle présentèrent au Grand Conseil une pétition demandant l’institution d’une école d’horlogerie théorique et pratique « devenue un besoin impérieux pour toute localité qui tient à conserver son industrie et à travailler à son amélioration. »
L’école d’horlogerie du Locle était fondée le 1er juin 1868 sous la direction de M. Grossmann. – Son budget annuel s’élève à environ fr. 24 500. Les dépenses sont couvertes par les mêmes subventions qu’à la Chaux-de-Fonds. Les intérêts d’un capital inaliénable sont destinés à subvenir aux frais d’apprentissage d’enfants peu aisés. – Madame veuve de Henri Moser paie l’écolage d’un élève.
L’école d’horlogerie de Neuchâtel ne s’ouvrit que le 1er octobre 1871, quoique le Conseil municipal, le 3 août 1858, en eût voté la fondation en lui ouvrant, pour ses frais d’établissement, un crédit de fr. 3 500. M. Éd. Junod, premier élève sorti de l’école d’horlogerie de la Chaux-de-Fonds, en était nommé directeur.
L’école d’horlogerie de Fleurier s’ouvrait le 15 mai 1879, grâce à la générosité d’Ed. Vaucher, qui lui fit un don considérable. Homme affable et bienveillant dont la modestie égalait la charité, il a doté son village d’un hôpital. Il est mort à Mulhouse en 1875.
Le budget de cette école, que dirige un comité, est de fr. 7 050. Les ressources proviennent d’une subvention municipale, d’une allocation de l’État, de l’écolage des élèves.
Ces écoles sont à peu près semblables dans leur organisation. Les élèves y apprennent l’ébauche, le finissage, les échappements, les cadratures, les repassages et le réglage, ils reçoivent un enseignement mathématique et théorique.
Les écoles d’horlogerie de la Chaux-de-Fonds, du Locle et de Fleurier prenaient part à l’exposition universelle de Paris, en 1878, celles de la Chaux-de-Fonds et du Locle à l’exposition nationale suisse à Zurich, en 1883.
À côté des écoles d’horlogerie devaient s’élever des écoles d’art. L’étude de la décoration ne pouvait être négligée dans un pays qui a donné naissance à tant d’artistes distingués. C’est à Neuchâtel qu’appartient dans notre canton la création de la première école d’art appliqué à l’industrie. Fondée par l’initiative de quelques citoyens, elle s’ouvrait au mois de mars 1869 sous la désignation d’école professionnelle et de modelage. Après des commencements pénibles, elle est aujourd’hui en pleine prospérité. M. le professeur Louis Favre préside son comité depuis sa fondation. Les cours ont été fréquentés par soixante-dix-sept élèves dans l’hiver de 1885 à 1886.
Cette école n’ayant pas pour but spécial l’application de l’art à l’horlogerie, nous ne nous y arrêterons pas davantage.
Après 1830, les décorateurs de boîtes à la Chaux-de-Fonds, reconnaissant la nécessité de cours de dessin à leur usage, en instituèrent sous la direction du professeur Held ; ils furent continués successivement par MM. C.-F.-L. Marthe, Buvelot et J. Jacot-Guillarmod, mais la première idée d’une école d’art régulièrement constituée appartient à la Société des patrons-graveurs. Une commission chargée d’étudier cette question présentait, le 14 mai 1870, un rapport intéressant qui contient en germe l’école d’art actuelle. Le rapporteur, M. Numa Droz, insistait sur l’importance de l’étude du dessin pour tous ceux qui s’occupent de la décoration de la montre et de son influence sur l’avenir de la fabrication horlogère : « Industrie à la fois de nécessité et de luxe, l’horlogerie, disait-il, doit combiner toujours davantage la perfection des moyens mécaniques avec toutes les ressources de l’invention artistique… »
Les premiers cours de l’école d’art organisés peu à peu à la suite de ce rapport eurent d’abord un caractère tout privé. Quelques patrons s’étaient engagés à y envoyer leurs apprentis et à soutenir matériellement l’entreprise. Plus tard, en 1872, ces cours se rattachèrent au programme officiel des écoles publiques et furent subventionnés par la municipalité.
Un comité, nommé le 7 novembre 1872, fut chargé de la surveillance et de la direction de cette école, qui a surtout pour objet de développer le goût artistique des élèves et l’étude du dessin au point de vue de l’ornementation.
En 1885, grâce à la vigoureuse impulsion que sut donner à son enseignement le professeur de dessin artistique, M. W. Hirschy, les élèves furent bientôt capables de dessiner l’académie d’après le modèle vivant. À partir de 1885 il donna un cours sur l’histoire de l’art et la composition de l’ornementation à l’usage des ouvriers et apprentis graveurs. – En 1877, sur la proposition de Léon Renard, professeur de dessin décoratif, le comité de l’école organisa un cours de dessin géométrique appliqué à l’architecture, à la décoration, à la menuiserie, à la serrurerie, dirigé aujourd’hui par M. Camille Calame. À la même époque s’ouvrit un cours de modelage sous la direction de M. E. Kaiser. L’année suivante furent créés les cours d’anatomie artistique et de perspective donnés par M. E. Stebler.
Toutes ces créations successives ont été faites en vue d’un établissement spécial de gravure dont l’idée première appartient à l’infatigable professeur M. Hirschy qui, en 1875, en proposait la création dans son rapport à la grande commission municipale pour le perfectionnement des industries. Le principal obstacle à la réalisation de ce projet provenait du manque de ressources pécuniaires, mais à la fin de l’année 1886, à la suite d’un nouveau rapport de M. W. Hirschy, M. Donat Fer fit décréter par le conseil d’administration du contrôle une subvention de cinq mille francs en faveur de l’institution projetée. Des allocations cantonales et fédérales vinrent s’ajouter à cette somme. L’école spéciale de gravure était installée le 1er août 1887.
Nous extrayons ce qui suit du rapport du comité de l’école d’arts appliqués à l’industrie sur l’exercice 1886/87 :
« Les cours théoriques et la direction générale ont été confiés à M. Eugène Schaltenbrand, ancien élève de l’école d’art qui a obtenu dans ses études à l’école nationale des beaux-arts à Paris des succès remarquables, plusieurs distinctions, prix et médailles dans les concours en loge, et le diplôme d’architecte de l’État. Ces titres l’ont désigné naturellement au choix de la Commission d’éducation.
« Les cours pratiques sont dirigés par M. Ch. Piaget, dont la réputation de graveur n’est plus à faire. »
Le programme des cours comprend l’étude de la géométrie, le dessin de motifs décoratifs, celui de la figure d’après des moulages et d’après le modèle vivant, le modelage d’ornements et de plantes, la composition, l’anatomie, la perspective, l’étude des styles, etc.
L’école de gravure, comprise dans les divisions de l’école d’art, est l’objet des soins particuliers de la direction. Les élèves de la troisième à la quatrième année exécutent des gravures sur plaques et sur fond d’or et d’argent, des travaux de ciselure, d’émaillerie et de joaillerie.
L’école, qui compte actuellement neuf élèves, est subventionnée par l’administration du contrôle, par la Confédération, par l’État de Neuchâtel. La municipalité fournit les locaux.
La durée de l’apprentissage est de quatre ans.
Le nombre des élèves de l’école d’art, y compris ceux de la classe de gravure, était de deux cent un en 1887.
Les musées sont les compléments naturels des écoles. À côté du musée de peinture de la Chaux-de-Fonds, de son musée historique, il s’est formé une collection d’art industriel, installée dans une salle spéciale attenante à celle de dessin, où l’on réunit les matériaux nécessaires au développement du goût pour les élèves et ouvriers graveurs, ciseleurs et autres, ainsi qu’une bibliothèque d’ouvrages spéciaux. Nous rappellerons que les riches et intéressants albums, offerts à la Chaux-de-Fonds par M. Gattiker, peuvent y être consultés.
Le Locle possède aussi ses musées de peinture et d’histoire naturelle. La famille de feu le lieutenant Alexandre Houriet a fait don au musée historique d’une collection de médailles et monnaies qui ont leur intérêt pour l’étude, car tous les éléments anciens sont appelés à jouer leur rôle dans la décoration. Le nom de M. le professeur A. Jaccard demeure attaché au développement des musées du Locle.
Des collections variées sont réunies aujourd’hui au musée de Fleurier, grâce au dévouement de M. Fritz Berthoud.
Neuchâtel se trouve dans une situation plus favorable pour le développement de collections de toute nature. Son musée des beaux-arts et son musée historique contiennent des documents précieux dans tous les genres. L’horlogerie y a trouvé sa place. À côté de la collection de M. L. Reutter, architecte, acquise en 1887, sont venus se grouper des spécimens remarquables de différentes époques classés avec science par M. Alf. Godet, conservateur du Musée historique.
Comme il est prouvé qu’on ne peut rien inventer dans le domaine ornemental et qu’il faut nécessairement revenir aux thèmes du passé, notre pays peut offrir aujourd’hui aux décorateurs d’horlogerie des ressources qui seront appréciées un jour.
D’autres localités de notre canton ont aussi fondé des musées, mais nous ne citons ici que ceux qui sont en rapport avec les centres de fabrication horlogère.
Nous avons vu que la fabrication des horloges avait occupé nos concitoyens des Montagnes à partir du XVIIIe siècle, elle ne devint pas générale cependant et fut remplacée par celle des pendules qui eut son succès. Michael Ingold a laissé des pièces signées de son nom. En 1816, la Chaux-de-Fonds possédait plusieurs penduliers renommés, parmi lesquels on citait : Jacopin, Ami Ducommun, Eugène Matthey et Constant Borel.
Les pendules fabriquées dans nos Montagnes étaient en général d’un genre très simple ; quelques-unes cependant étaient construites avec une plus grande recherche, celles de Roy, par exemple, à mouvements compliqués avec quantièmes. – Abram Othenin-Girard en faisait aussi de remarquables avec des découpures et des gravures. Mais comme bien d’autres industries neuchâteloises, celle des pendules s’est éteinte en laissant derrière elle de rares et beaux exemplaires d’un travail dont nous regrettons la disparition. Rien ne faisait supposer que notre pays verrait s’établir plus tard une industrie semblable, mais plus perfectionnée et résumant en elle tous les progrès réalisés par la chronométrie.
Plusieurs prétendants se disputent la gloire d’une importante invention de ce siècle. Nous voulons parler de l’horloge électrique qui date de 1839 et fonctionnait déjà en 1857 sur plusieurs lignes de chemins de fer, indiquant à la fois la même heure, la même minute, la même seconde dans un nombre quelconque de lieux situés à quelque distance que ce soit les uns des autres.
À l’exposition universelle de Paris, en 1855, M. le Dr Matthias Hipp, fabricant de télégraphes alors à Berne, exposait entre autres un chronoscope électrique. Après l’installation de sa fabrique à Neuchâtel, en 1860, nous le trouvons à l’exposition universelle de Paris, en 1867, où il était le seul représentant de l’industrie suisse des horloges électro-magnétiques.
La fabrique de ces horloges, ainsi que celle des télégraphes, a donné à notre canton et au chef-lieu en particulier un renom dont nous sommes redevables à son savant fondateur.
C’est à l’exposition universelle de Vienne, en 1873, qu’on remarque l’importance et l’avenir des horloges électriques de M. Hipp, qui en avait installé une certaine quantité dans toutes les parties de la section suisse. Leur marche s’est maintenue parfaite pendant toute la durée de l’exposition. Ce succès valut à leur auteur un diplôme d’honneur.
Nous le retrouvons à l’exposition internationale de Philadelphie, en 1876. Les lignes suivantes sont extraites du rapport de M. Th. Gribi :
« L’application de l’électricité à l’horlogerie offre un intérêt particulier. La nouveauté de l’idée, et surtout la grande utilité pratique des résultats qu’on peut obtenir, ont engagé bon nombre d’horlogers à faire des essais dans cette direction. Mais la solution de ce problème exige des connaissances spéciales dans le domaine d’un agent de la nature dont les lois ne sont pas encore complètement connues, et il en est résulté que la plus grande partie de ces tentatives ont échoué.
« M. M. Hipp de Neuchâtel paraît être le seul qui, jusqu’ici, ait réussi à satisfaire aux exigences du problème, ainsi que l’attestent les nombreux témoignages officiels qu’il a reçus, tant de villes européennes que d’institutions publiques et privées, où ses horloges électriques ont été introduites et marchent depuis nombre d’années.
« À Philadelphie, elles furent les seules qui aient cheminé pendant toute la durée de l’exposition et sans interruption ; aussi furent-elles les seules horloges électriques couronnées par le jury. »
En 1878, à l’exposition universelle de Paris, elles marchèrent, seules, régulièrement et sans interruption.
Le rapport du jury de l’exposition nationale d’horlogerie à la Chaux-de-Fonds, en 1882, rend hommage aux travaux de M. Hipp. « Sa réputation n’est plus à faire, dit-il, car chacun connaît ce génie, ce travailleur de mérite. »
La pendule électrique de précision de M. Hipp a été étudiée par M. le Dr Hirsch dans une communication faite à la Société des sciences naturelles, le 6 mars 1884.
« Les célèbres horlogers anglais et français, dit-il, les Dent, les Breguet et autres ont fourni aux observatoires des horloges dont la variation diurne ne dépassait pas le dixième de seconde et pour certains chefs-d’œuvre descendait vers le demi-dixième de seconde, tandis que la variation annuelle pour ces derniers se tient dans la limite d’une demi-seconde.
« Toutefois les brillants progrès qu’on a réalisés pour nos puissants instruments modernes, au point de vue optique et mécanique, ont laissé les horloges astronomiques en arrière et doivent tendre à provoquer de nouveaux perfectionnements. C’est d’autant plus nécessaire que l’introduction dans la pratique astronomique de l’enregistrement électrique, au moyen du chronographe, en permettant de mesurer avec sûreté les fractions de la seconde à un ou deux centièmes près, et en diminuant la variation de l’équation personnelle des bons observateurs à trois ou quatre centièmes de seconde, a d’un côté perfectionné considérablement les moyens de contrôle de la marche diurne des pendules, et que, d’un autre côté, cette méthode, tout en chargeant les horloges d’une nouvelle fonction, l’établissement des contacts qui constitue une puissante source de variations, exige d’elles une bien plus grande régularité de marche pour que l’observation chronographique puisse rendre aux mesures de précision tous les services qu’elle comporte.
« C’est encore l’électricité qui paraît destinée à réaliser ces progrès dans l’horlogerie de précision, et notre habile et ingénieux confrère, M. Hipp, dont les chronographes et les chronoscopes ont tant développé l’art de la mesure pour ainsi dire microscopique du temps, a également réussi à construire une horloge électrique de précision. On peut espérer que cet instrument contribuera à diminuer considérablement les derniers défauts qu’on peut reprocher aux meilleures pendules astronomiques. C’est, comme on le sait, la nécessité d’employer de l’huile pour adoucir les nombreux frottements des horloges qui est, à côté de la température, une grande cause de variation annuelle. M. Hipp a réussi à la supprimer complètement, et c’est là un notable progrès qui, à lui seul, fera époque dans l’horlogerie de précision. »
La pendule électrique, installée à l’observatoire de Neuchâtel en 1863, réorganisée en 1876 pour la distribution de l’heure astronomique aux principaux centres horlogers de la Suisse occidentale et dont nous avons parlé au chapitre de l’observatoire cantonal, est la plus complète qui existe aujourd’hui. M. A. Favarger, ingénieur-électricien, écrit à ce sujet ce qui suit dans son savant et substantiel travail sur l’Électricité et ses applications à la chronométrie :
« Parmi les types d’horloges-mères, ceux qui ont été imaginés par M. Hipp sont les plus intéressants et les mieux étudiés. Ils forment avec les compteurs électro-chronométriques et les différents appareils accessoires proposés et construits par cet inventeur, un ensemble qui a résolu de la manière la plus satisfaisante le problème de la distribution de l’heure uniformisée. Le succès croissant des horloges de M. Hipp, les nombreuses applications qui en ont été faites sur une grande échelle, prouvent leur supériorité incontestable sur tous les autres systèmes essayés. »
Les horloges de M. Hipp ont été appliquées à titre d’auxiliaires à une quantité d’appareils scientifiques et industriels, enregistreurs météorologiques (baromètres, thermomètres, anémomètres, etc.), contrôleurs de vitesse pour les trains de chemins de fer, contrôleurs de veilleurs de nuit, enregistreurs des variations de niveaux d’eau, chronographes, etc.
La fabrique de M. Hipp, qui occupe en moyenne une centaine d’ouvriers, a déjà fourni environ cinq mille horloges électriques dans toutes les parties du monde.

Il manquerait certainement un chapitre à cette histoire, si nous ne parlions quelque peu de la vie de nos industriels.
Les habitants des Montagnes neuchâteloises étaient voués à l’agriculture, au moment où Daniel JeanRichard introduisit l’horlogerie dans le pays. Cette industrie nouvelle ne modifia que lentement le régime et les habitudes de nos Montagnards, qui demeurèrent longtemps encore dans leur simplicité primitive. Le sol, si âpre, si ingrat qu’il fût, suffisait à leur existence, le bétail leur fournissait abondamment la viande, le lait et le fromage ; ils confectionnaient avec la laine des moutons de chauds vêtements pour l’hiver ; c’était pendant cette saison qu’on la tissait. On tirait de la navette, du lin et de la faîne l’huile qui se fabriquait dans une dépendance des moulins appelée l’huilière.
La maison longue et basse, dont les fenêtres s’élèvent à peu de distance du sol, présente au soleil sa longue façade aux murs blanchis à la chaux. Sur l’un des côtés s’ouvrent les portes de l’écurie et de la grange ; le toit, couvert en bardeaux retenus par des pierres, est surmonté par la masse noire de la cheminée avec son couvercle qu’on baisse ou qu’on élève. La cuisine occupe le plus grand espace ; généralement éclairée par sa vaste cheminée, la lumière qui tombe des hauteurs n’est point sans charme. – De la cuisine on passe dans le poêle, c’est-à-dire dans la pièce du poêle ou fourneau, grande construction en faïence ou en pierre qui doit chauffer l’intérieur pendant sept mois.
Le mobilier est aussi des plus simples : un banc adossé à la muraille tient lieu de chaises ; la table est vaste, on y sert les repas dans des assiettes en étain, obtenues souvent comme prix de tir à la cible. La soupe et le lait se mangent en commun dans le même plat. Le vin est chose rare, on n’en boit que les jours de fête. Le lit est garni de paille ou de feuilles sèches.
Près de la fenêtre s’étale un établi formé d’une planche épaisse, sur laquelle un homme lime une pièce minuscule. De la pointe du jour à la nuit tombante, il est à son établi, bien attentif, ne levant les yeux de son ouvrage que pour regarder, au loin, dans la neige, quelque passant luttant contre la tourmente ou le vol des corbeaux dans le ciel gris, souvent aussi les pinsons et des moineaux au bord de la fenêtre. Cette vie sédentaire de l’horloger, d’une régularité presque monotone, a développé chez lui des goûts d’étude. Nous trouvons là diverses collections d’histoire naturelle, des livres, des instruments de musique ; une noble curiosité met un peu de distraction dans la froideur d’un métier où tout est d’une rectitude mathématique.
À la fin du XVIIe siècle, une montre était encore une chose rare dans les Montagnes. Jacques Sandoz, perruquier, chirurgien, notaire et greffier de la cour de justice de la Chaux-de-Fonds, écrit dans son journal à la date du 9 juin 1693 :
« Le soir été au Bressel (chez Daniel JeanRichard) reporter ma montre.
« 14 juillet. M. Jacot le justicier me rapporte une montre de Strasbourg.
« 15 juillet. Je m’amusai à l’entour de mes montres.
Dans ses intéressantes Causeries sur la Chaux-de-Fonds d’autrefois, M. Lucien Landry commente ainsi ce passage : « Cette dernière annotation est importante. Pour s’amuser tout un jour à l’entour, il faut que l’objet ait l’attrait de la haute nouveauté. Sandoz possède plusieurs montres dont une de JeanRichard. À force de s’amuser à l’entour, il doit certainement en gâter les mouvements et… de retourner aux Bressels. »
« 20 juillet. Je fus aux Bressels reporter ma montre à M. JeanRichard. Je fis trouc (échange) de ma canne. »
« Daniel JeanRichard avait alors vingt-huit ans, continue M. Lucien Landry. Si le greffier fait trouc de sa canne (sans doute contre le prix de réparation de ses montres), c’est que dans la famille Richard on faisait, à cette époque, un peu tout ce qui se présentait, rhabillages divers et même de l’orfèvrerie. »
Notons encore le fait suivant, consigné dans le même journal à la date du 1er décembre 1699 : « Daniel Jean-Richard et son frère Abram, tous deux horlogeurs, ont livré à la paroisse les deux calices qui leur ont été demandés pour la communion, à raison de trente-cinq batzes l’once ; ils pesaient ensemble quinze onces et 1/32 et valaient par conséquent soixante-quinze francs de notre monnaie. »
Avant Daniel JeanRichard, nos Montagnards vendaient leur beurre et leur fromage bien au loin dans les marchés ; leur miel était réputé, ainsi que leurs jambons fumés. Dans quelques familles, on fabriquait des boucles en fer, des serrures, des faulx, des armes, des pipes et même de l’orfèvrerie. Des maçons et des charpentiers enfin s’en allaient travailler au loin, pendant la belle saison, et rentraient au pays avec les mauvais jours.
La fabrication des dentelles, introduite chez nous au XVIIe siècle, s’était peu à peu répandue partout. La mère et les filles venaient alors, le ménage rangé, prendre place auprès des fenêtres ; elles faisaient marcher les fuseaux sur leurs coussins, dont le petit bruit sec et saccadé se mêlait au battement régulier de la grosse horloge. Le graveur Charles-Samuel Girardet nous a représenté, dans une de ses planches, cette scène intime et bien neuchâteloise.
Une grande partie de la maison est occupée par l’écurie, la remise et les granges, car nous trouvons dans la même famille des enfants voués à l’horlogerie et d’autres aux travaux de la campagne, à l’élève du bétail, auquel on donne des soins particuliers. Les vaches de la Montagne sont de belle et forte race.
Quand l’ouvrier horloger a terminé son travail, il le porte aux établisseurs du Locle et de la Chaux-de-Fonds ; c’est une occasion de marcher, de voir des connaissances et d’apprendre les nouvelles.
Avec le succès, la fabrication se divise à l’infini ; le nombre des ouvriers de tous les genres est considérable. Jusqu’en 1830, l’établissement d’une montre était chose lente. Cependant, à deux reprises, nous dit encore M. Lucien Landry, fut gagné le pari de faire une montre en un jour, en commençant par le laiton brut.
Notons encore que l’horlogerie a fourni du travail à une grande partie de la population féminine, surtout lorsque la fabrication des dentelles fut abandonnée.
La chasse fournit aussi aux habitants de nos Montagnes un motif de distraction et d’exercice. Le gibier est abondant, on le poursuit bien au loin, jusqu’au Doubs et aux gorges du Valanvron. Parfois même on organise des battues aux loups qui rôdent autour des maisons écartées et rendent la circulation dangereuse dans les campagnes. En hiver, les longues veillées du dimanche réunissent voisins et voisines : on s’égaie, on oublie la neige qui s’amoncelle et fait craquer les vieux sapins dans la forêt.
Aujourd’hui, il faut aller loin des grandes localités de notre Jura pour trouver encore, dans une maison perdue, près des bois, un souvenir de cette bonne vie du passé. Les fabriques ont réuni un plus grand nombre d’ouvriers dans nos villes et nos villages. La fenêtre rustique, derrière laquelle on aperçoit la tête d’un horloger à son établi, devient rare ; quand on ne verra plus, en passant, ce travailleur appliqué, la Montagne aura certainement perdu l’un de ses charmes.
À la fin du siècle passé, nos localités horlogères, formées de constructions antiques, couvertes en bardeaux, virent s’élever déjà des maisons bourgeoises dans lesquelles s’introduisirent le bien-être et même le luxe. Après l’incendie de mai 1794, la Chaux-de-Fonds surgit de ses ruines. Bâtis en pierre, quelques édifices nous disent que le goût y était un besoin. Aujourd’hui le village est devenu une ville où le travail a apporté les raffinements d’une civilisation capable de faire oublier parfois le dur climat des vallées supérieures du Jura. Ses immenses collèges, son théâtre, ses hôtels, ses établissements de bienfaisance disent les résultats du travail obstiné des générations qui s’y sont succédé. On remarque le même fait au Locle, aux Brenets, à Fleurier.
La vie en commun dans les ateliers et les fabriques a stimulé la gaîté native et la sociabilité. Il est peu de villes et de pays où les sociétés soient plus nombreuses et aussi variées que dans les Montagnes neuchâteloises. Quant à leur cordiale hospitalité, elle est passée en proverbe.

Comme toutes les branches de l’industrie, l’horlogerie traverse une phase de transformation, la main-d’œuvre est peu à peu remplacée par la machine ; le travail qui s’exécutait d’abord dans chaque maison de nos Montagnes, puis dans les ateliers, tend à être accaparé par la fabrique.
Cette situation résulte d’une longue série de faits et de circonstances qui remontent loin déjà dans le passé. Les machines, qui développent la production d’une manière excessive, jette l’industrie dans une crise continue. Comment finira-t-elle ? Faudra-t-il un jour supprimer les machines ou les réduire ?
Dans un travail sur l’Évolution mécanique de l’industrie[31], M. J.-A. Verchère conclut ainsi : « Les difficultés qui pèsent aujourd’hui sur l’industrie et le commerce tiennent en partie à l’influence du rôle prépondérant qu’ont pris les machines. Ces difficultés ne me semblent pas près de disparaître ; car lorsqu’une grande innovation a pris pied dans l’humanité civilisée, l’histoire nous montre qu’on ne retourne pas en arrière. On essaiera donc divers moyens d’atténuer, de surmonter les inconvénients qui se révèlent aujourd’hui dans le monde industriel ; il y aura encore bien des tâtonnements, des transformations, des modifications plus ou moins faciles, plus ou moins pénibles ; mais tout cela prendra un temps assez long ; les problèmes sociaux sont lents dans leur solution et ils se rient de tous les systèmes qui prétendent leur imposer une terminaison rapide et prévue. »
Et malgré les obstacles que tous éprouvent pour placer des produits trop nombreux, on installe partout des machines, on construit des fabriques.
Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, les ouvriers horlogers faisaient ordinairement chez eux toutes les pièces d’une montre. À cette époque, le pays de Neuchâtel établit la division du travail par l’introduction des machines.
Ainsi, en 1812, la veuve Humbert fonde la fabrique d’ébauches de Fontainemelon dont les premiers directeurs furent Humbert et Benguerel. Elle passa plus tard à MM. Robert et n’avait alors qu’un bœuf pour moteur. Frédéric Mosset de Boveresse, habile cadraturier, en était contremaître. MM. Robert construisirent, en 1827, la grande fabrique d’ébauches actuelle.
H. Dupasquier, à Cortaillod, établit aussi une fabrique d’ébauches, en 1854, dans les bâtiments de l’ancienne manufacture d’indienne.
Paul-Émile Jacottet en crée une autre à Travers, qui fut dirigée plus tard par MM. Ducommun et Mauler.
La même année, David Perret établissait à Neuchâtel une fabrique dans laquelle les machines jouent aujourd’hui le principal rôle.
Malgré les craintes que fait naître cette transformation de l’atelier d’autrefois, le génie industriel de notre pays qui a réalisé tant de merveilles, utilisera certainement cette nouvelle force créatrice pour le succès toujours croissant de l’horlogerie.

La statue que la reconnaissance publique vient d’élever à Daniel JeanRichard est l’œuvre de notre compatriote, M. C. Iguel. Il l’a représenté examinant la montre que le maquignon vient lui demander de réparer : c’est le jeune forgeron dont le génie va transformer et vivifier les Montagnes neuchâteloises. Cette image est rendue avec noblesse et vérité ; la statue a été coulée en bronze d’une seule pièce par les frères Pierre et Léopold Galli, à Florence.
La montre établie par Daniel JeanRichard, vraisemblablement vers 1730, est déjà d’une fabrication soignée. Elle mesure cinquante-huit millimètres de diamètre, trente-cinq millimètres de hauteur, avec le verre et le fond d’argent. Elle est à échappement à verge, roue de rencontre, balancier à trois bras, en laiton, mouvement doré au feu, moteur à fusée et chaîne d’acier. Le cadran de métal porte des cartouches en émail pour les heures. Elle n’a qu’une aiguille en acier.


Cette pièce, qui a appartenu au pasteur de Belly, au Locle, est aujourd’hui la propriété de M. Adolphe L’Hardy.
Les héliogravures de la statue et de la montre ont été exécutées par M. Max Girardet, à Berne.
Aeschimann, Chapitre 26
Affry, Joseph-Nicolas (d’), Chapitre 25
Agassiz, Chapitre 27
Altermatt, Chapitre 21
Amiet, Abraham, Chapitre 25
Andrié, Chapitre 21
Arago, Chapitres 12, 17 et 18
Arnold, Chapitre 6
Belly (de), Chapitre 32
Benguerel, Chapitre 31
Benoît, Louis, major, et Benoît, Louis, Chapitre 21
Berthoud, Ferdinand, Chapitres 3, 5, 6, 8, 10, 11, 20, 21 et 22
Berthoud, Fritz, Chapitres 20, 23 et 28
Berthoud, Louis, Chapitres 5 et 8
Berthoud, Frédéric, Chapitre 8
Berlioz, J., Chapitre 24
Bernouilli, Chapitre 1
Besançon, Pierre, Chapitre 21
Bezencenet, Chapitre 2
Bille frères, Chapitre 23
Boley, Chapitre 22
Bonhôte, J.-H., Auteur fréquemment cité
Borel, Dr., Chapitre 26
Borel, Constant, Chapitre 29
Borel, François-Louis, Chapitre 21
Borel-Courvoisier, Chapitre 24
Borel-Jaquet, Abram, Chapitre 22
Borel-Petitpierre, Fritz, Chapitre 22
Borle, Ami-Louis, Chapitre 21
Borda, Chapitre 5
Bouvier, du Crozot, Chapitre 16
Bovet, Chapitre 22
Bovet frères, Chapitre 24
Bovet, le Chinois, Chapitre 23
Bovy, Antoine, Chapitre 22
Bovy, John, Chapitre 22
Bovy, Marc-Louis, Chapitre 22
Brandt, Daniel, Chapitre 2
Brandt, dit Gruyerin, Chapitre 1, 2 et 3
Brandt, H.-François, Chapitre 21
Brandt, Isaac, Chapitre 3
Brandt-Tissot, Chapitre 23
Breguet, Abram-Louis, Chapitre 6
Breguet, Antoine, Chapitre 20
Breguet, Louis-Antoine, Chapitre 6 et 20
Breguet, L.-François-Clément, Chapitre 20
Breitmeyer, J., Chapitre 20
Bresson, Mathurin, Chapitre 16 et 27
Buvelot, Chapitre 28
Calame, Chapitre 23
Calame, Camille, Chapitre 28
Calame, Marie-Anne, Chapitre 21
Calvin, Chapitre 22
Cauchoix, Chapitre 14
Challandes, Fritz, Chapitre 26
Chappe, abbé, Chapitre 5 et 6
Charles X, Chapitre 12
Choiseul (de), Chapitre 5
Claparède (de), Chapitre 17
Clerc, père, Chapitre 22
Colladon, Chapitre 20
Colomb, Chapitre 11
Combe, Jean-Pierre de la, Chapitre 3 et 22
Comtesse, J.-P., Chapitre 22
Comtesse, Robert, Chapitre 21
Constantin, Chapitre 20
Couleru, Ch., Chapitre 22
Courvoisier, David, Chapitre 8
Courvoisier, Fritz, Chapitre 15 et 24
Courvoisier, Jonas-Pierre, Chapitre 3
Courvoisier, Louis, Chapitre 23
Courvoisier, Paul-Frédéric, Chapitre 15
Courvoisier-Clément, Daniel, Chapitre 3
Courvoisier-Clément, Jonas, Chapitre 3
Dameth, Chapitre 26
Darier, David, Chapitre 20
Delachaux, Chapitre 23
Delachaux, dit Gay, Aug., Chapitre 22
Delaprèz, Chapitre 21
Delessert, C., Chapitre 21
Dent, Chapitre 29
Desor, Chapitre 21
Droz, H.-L. -J., Chapitre 4
Droz, Jean-Pierre, Chapitre 21
Droz, Numa, Chapitre 21 et 28
Droz, Pierre-Frédéric, Chapitre 23
Droz, P.-J., Chapitre 4
Dubois, Abram, Chapitre 21
DuBois, Adolphe, Chapitre 21
DuBois, Ch.-Éd., Chapitre 21
DuBois et Cie, Ch.-Eug., Chapitre 23
Dubois, David-Frédéric, Chapitre 21
DuBois, Édouard, Chapitre 21
DuBois, Fritz, Chapitre 21
Dubois, Lucien, Chapitre 16
DuBois, Pierre, Chapitre 20
Dubois, William, Chapitre 2, 16, et 27
Ducommun, Abram, Chapitre 21
Ducommun, Ami, Chapitre 29
Ducommun, Charles, Chapitre 27
Ducommun, François, Chapitre 9
Ducommun, dit Tinnon, Chapitre 1
Ducommun, Chapitre 31
Ducommun, Paul, Chapitre 22
Ducommun-Sandoz, L.-U., Chapitre 27
DuCommun, dit Boudry, Chapitre 2
Ducret, Matthieu, Chapitre 2
Dufaux, Marc, Chapitre 21
Dufaux, Pierre, Chapitre 21
Dunand, Chapitre 21
Dunker, B.-A., Chapitre 4
DuPasquier, H., Chapitre 31
Dupin, Charles, 45,190. Chapitre 6 et 29
Émonet, Chapitre 23
Enderlin, Chapitre 3
Étienne, H., Chapitre 23
Farel, Guillaume, Chapitre 21
Fatio, Chapitre 6
Favarger, A., Chapitre 29
Favre, dit l’Ancien, Chapitre 1
Favre, Alex., Chapitre 20 et 23
Favre, Dalphon, Chapitre 22
Favre-Bulle, Frédéric-Louis, Chapitre 11, 16 et 25
Favre, F., Chapitre 21
Favre, H.-A., Chapitre 24
Favre, Louis, Chapitre 22 et 28
Favre, Victor, Chapitre 22
Faure, Éd., Chapitre 22
Ferdinand II, Chapitre 12
Ferdinand VI, Chapitre 4
Fer, Donat, Chapitre 28
Fleurieu (de), Chapitre 5
Fourier, baron, Chapitre 6
Frédéric-Guillaume IV, Chapitre 16
Gagnebin, Abraham, Chapitre 8 et 22
Gagnebin, Daniel, Chapitre 22
Galli, Pierre, Chapitre 32
Galli, Léopold, . Chapitre 32
Gambey, Chapitre 17
Gattiker, Chapitre 28
Geiser frères, Chapitre 10
Gerth, Ch., Chapitre 23
Gindraux, Henri-Édouard, Chapitre 27
Girard-Perregaux, C., Chapitre 21
Girardet, Ch., .Chapitre 7, 9, 21 et 30
Girardet, Max, Chapitre 32
Girod, Édouard, Chapitre 16
Godet, Alf., Chapitre 28
Grandjean, David-Henri, Chapitre 10 et 22
Grandjean, Henri, Chapitre 10, 16, 19, 24 et 27
Grandjean-Perrenoud, H., Chapitre 21
Grellet, Chapitre 7
Gribi, Th., Chapitre 24 et 29
Gribel, Chapitre 17
Grosclaude, Auguste, Chapitre 20
Grosclaude, C. -H., Chapitre 24
Grossmann, Chapitre 24 et 27
Guinand, Paul-Louis, Chapitre 2 et 14
Guinand, Chapitre 23
Guye-Bloch, Chapitre 21
Guye d’Espagne, Chapitre 16 et 23
Haldimann, Louis-Henri, Chapitre 23
Hantz, Georges, Chapitre 21
Hantz, Isidore, Chapitre 21
Harrison, Chapitre 8
Heigneul, Chapitre 21
Held, Chapitre 28
Hirsch, Chapitre 2, 19, 24, 25 et 24
Hirschy, W., Chapitre 28
Hipp, Matthias, Chapitre 24, 25 et 29
Houriet, Alexandre, Chapitre 21 et 28
Houriet, A.-F., Chapitre 16
Houriet, Jacques-Frédéric, Chapitre 8, 18 et 25
Houriet, Jacques-Frédéric, Chapitre 21
Huguenin, major, Chapitre 21
Huguenin, David, Chapitre 2 et 25
Huguenin, D.-Guillaume, Chapitre 20
Humbert, Chapitre 31
Humbert, Aimé, Chapitre 23
Humbert, Joseph, Chapitre 3 et 22
Humbert, Olympe, Chapitre 21
Humbert-Droz, Joseph, Chapitre 2
Humbert-Ramuz, Chapitre 24
Humbold, Alexandre de, Chapitre 12
Iguel, C., Chapitre 32
Ingold, Michael, Chapitre 29
Ingold, Pierre-Frédéric, Chapitre 17 et 24
Jablonowiska, princesse, Chapitre 17
Jaccard, Aug., Chapitre 6, 16, 23 et 28
Jacot-Guillarmod, J., Chapitre 28
Jacot, Jules, Chapitre 21
Jacot frères, Chapitre 24
Jacot, Chapitre 30
Jacottet, Paul-Émile, Chapitre 31
Jacopin, Chapitre 28
Janvier, Chapitre 8
Japy, Frédéric, Chapitre 3
Jaquet-Droz, Henri-Louis, Chapitre 4, 13 et 20
Jaquet-Droz, Pierre, Chapitre 2, 4, 9, 13 et 23
Jeanmaire, Éd., Chapitre 21
Jeannot, Chapitre 23
Jeanneret, Auguste, Chapitre 26
Jeanrenaud, Élie, Chapitre 20 et 22
Jeanneret, David-Louis, Chapitre 3
Jeanjaquet, Eugène, Chapitre 27
Jeanneret, F.-A.-M., Chapitre 1, 2, 3, 4, 5, 6, 8, 9, 13, 15, 20 et 21
Jeanneret, François, Chapitre 21
Jeanneret, Henri-Louis, Chapitre 22
Jeanneret, Louis-Frédéric, Chapitre 3
Jeanneret-Gris, Jean-Jacques, Chapitre 3 et 22
Johannis (de), Chapitre 16, 25 et 27
Junod, Ed., Chapitre 27
Jurgensen, Jules-F.-U., Chapitre 17, 18, 20 et 24
Jurgensen, Jules, Chapitre 16, 18 et 25
Jurgensen, Urbain, Chapitre 18
Kaiser, E., Chapitre 28
Kerguelin (de), Chapitre 5
Kessel, Chapitre 6
Klentschi, Fritz, Chapitre 15, et 21
Klinchy, Louis, Chapitre 25
Kopp, Charles, Chapitre 2, 10, 22 et 25
Kundert, F., Chapitre 21
Ladame, Henri, Chapitre 25 et 26
Lalande, Chapitre 12
Lallemand, J.-J., Chapitre 21
Landry, Ami-Jean-Jacques, Chapitre 21 et 22
Landry, Lucien, Chapitre 30
Laplace, Antoine, Chapitre 21
Lardet, Chapitre 23
Lardy, François-Guillaume, Chapitre 21
Lardy, F., Chapitre 4
La Reynière, Chapitre 4
L’Hardy, Ad., Chapitre 16
L’Hardy, Adolphe, Chapitre 32
Laussedat, Chapitre 25
Le Cerf, Chapitre 5
Lecoultre, J.-D.-Frédéric, Chapitre 22
Lecoultre, Pierre, Chapitre 22
Lépine, Chapitre 7
Le Roy, Chapitre 5 et 8
Lesquereux, Chapitre 19 et 22
Leschot, Charles-Louis, Chapitre 21
Leschot, Jean-Frédéric, Chapitre 4 et 20
Leschot, Georges, Chapitre 20
Lissignol, Chapitre 21
Lossier, Ed., Chapitre 21
Louise de Prusse, Chapitre 18
Louis XV, Chapitre 5
Louis XVIII, Chapitre 12 et 14
Louis-Philippe, Chapitre 12 et 17
Mairet, Jean-Henri, Chapitre 5
Mairet, Sylvain, Chapitre 11, 16, 17, 20, 24 et 27
Maillardet, Auguste, fils, Chapitre 4 et 13
Maillardet, père, Jean-David, Chapitre 4 et 13
Malan, J., Chapitre 21
Marie-Louise, Chapitre 17
Marthe, C.-F.-L., Chapitre 28
Marthe, Henri, Chapitre 21
Matthey, A.-Olivier, Chapitre 13, 21 et 26
Matthey-Doret, Abram, Chapitre 11
Matthey-Doret, Chapitre 24
Matthey-Doret, David-Louis, Chapitre 3
Matthey, Eugène, Chapitre 29
Matthey, L., Chapitre 21
Matthey, Philippe-Henri, Chapitre 27
Matthey-Claudet, Chapitre 3
Matthey-Piaget, Chapitre 21
Matthey-Guenet, Pierre, Chapitre 2
Mauler, Chapitre 31
Meiners, Charles, Chapitre 4
Mestrezat, Chapitre 8
Meuron, Chapitre 21
Montandon, Pierre-Henri, Chapitre 11
Moser, veuve Henri, Chapitre 27
Mosset, Frédéric, Chapitre 31
Mylord Maréchal, Chapitre 4 et 21
Napoléon Ier, Chapitre 4 et 17
Nardin, Charles-Frédéric, Chapitre 10
Nardin, James, Chapitre 24
Nardin, Léonard-Frédéric, Chapitre 19
Nardin, Ulysse, Chapitre 16, 19 et 24
Newton, Chapitre 5
Nicolet, A.-C.-L.-F., Chapitre 21
Nicolet, Alcide, Chapitre 21
Nicolet, Célestin, Chapitre 21, 25 et 26
Nicolet, Charles-François, maire, Chapitre 25
Nicolet, Émile, Chapitre 21
Ochsenbein, Chapitre 15
Osterwald, banneret, Chapitre 1 et 22
Othenin-Girard, Abram, Chapitre 29
Othenin-Girard, J., Chapitre 21
Parry, Chapitre 8
Pellaton, Ami, Chapitre 21
Perrelet, Abraham-Louis, , Chapitre 2, 3, 6, 7, 8, 12 et 22
Perrelet, David, Chapitre 7
Perrelet, Daniel, Chapitre 22
Perrelet, Louis-Frédéric, Chapitre 2, 7 et 12
Perrenoud, J.-H., Chapitre 22
Perrenoud, Moïse, Chapitre 20
Perret, Chapitre 21
Perret frères, Chapitre 23
Perret, dit Tomare, Abram, Chapitre 1
Perret, Charles, Chapitre 19
Perret, David, père, Chapitre 19 et 31
Perret, David, fils, Chapitre 19 et 24
Perret, F. -A., Chapitre 23
Perret, J., Chapitre 24
Perret-Jeanneret, Jean-Jacques, Chapitre 11 et 22
Perret-chez-l’Hôte, Jonas, Chapitre 1
Perret, Paul, Chapitre 22
Perret, Phinée, Chapitre 2, 11 et 22
Perret, dit Sagnard, Chapitre 16
Perret-Ville, Ul., Chapitre 18
Peter, Chapitre 1 et 21
Petitot, Jean, Chapitre 21
Petitpierre, Abraham-Henri, Chapitre 6
Petitpierre, David-Louis, Chapitre 22
Petitpierre, Gustave, Chapitre 22
Petitpierre, Pierre-Louis, Chapitre 23
Piaget, Ch., Chapitre 24
Pouillet, Chapitre 17
Pourtalès, Chapitre 21
Preud’homme, Louis. Chapitre 5 et 22
Praslin (duc de), Chapitre 5
Prince, Chapitre 1 et 7
Pury, Chapitre 21
Quartier-dit-Maire, Olivier, Chapitre 20, 21, 26 et 27.
Racine, C.-F., Chapitre 21
Raguet, Chapitre 7
Recordon, Chapitre 7
Renard, Léon, Chapitre 28
Rentsch, Chapitre 17
Reutter, L., Chapitre 28
Reymond, Chapitre 22
Reymond, Ch. -A., Chapitre 22
Reynier, Chapitre 14
Richard, Abram, Chapitre 30
Richard, dit Bressel, Daniel-Jean, Chapitre 1, 2, 3, 16, 20, 21, 23, 30 et 32
Richard, dit Bressel, Louis-Jean, Chapitre 11, 16, 24, 25 et 27
Richard, Jean-Jacques, Chapitre 1
Richard, Hortense, Chapitre 21
Rive (de la), A., Chapitre 26
Robert, capitaine, Chapitre 2
Robert, Abram, Chapitre 21
Robert, Abraham, Chapitre 22
Robert Brandt et Cie Chapitre 23
Robert et Ce. Édouard, Chapitre 21
Robert, Josué, Chapitre 2
Robert, Léopold, Chapitre 9, 15 et 21
Robert, Sylvain, Chapitre 21
Robert-Courvoisier et Ce, Chapitre 2
Rochon (abbé de), Chapitre 5
Roskopf, Chapitre 20 et 24
Rossel, Ch., Chapitre 19
Roy, Chapitre 28
Roy, Pierre-Henri, Chapitre 21
Rychner, Chapitre 25
Sandoz et Ce, Ami, Chapitre 23
Sandoz, C.-A., Chapitre 18
Sandoz, Isaac, Chapitre 6
Sandoz, Jacques, Chapitre 30
Saussure (de), Th., Chapitre 20
Schaltenbrand, Eugène, Chapitre 28
Schmalz-Sandoz, Chapitre 21
Schumacher, Chapitre 6
Selim III, Chapitre 6
Sénebier, Chapitre 4
Servan (abbé de), Chapitre 4
Simonet, Chapitre 21
Sire, Chapitre 26
Sivertsen, Chapitre 16
Stammelbach, Chapitre 22
Stavay-Mollondin, Chapitre 2
Stebler, E., Chapitre 28
Sully, Chapitre 5
Thénard, baron, Chapitre 17
Thiout, Chapitre 2
Thobereur, Chapitre 21
Thury, Chapitre 20 et 23
Tissot, Chapitre 24
Tissot, Armand, Chapitre 21
Tissot-Daguet, Chapitre 27
Vacheron, Chapitre 20
Vaucanson, Chapitre 4
Vaucher, D-J.-Jacques-Henri, Chapitre 3
Vaucher, Éd., Chapitre 27
Verchère, J.-A., Chapitre 31
Vincent, Chapitre 21
Vogel, Chapitre 5
Wartmann, Chapitre 24 et 27
Wille, Charles-Aimé, Chapitre 27
Wuille, Gustave, Chapitre 18
Yersin, David-Louis, Chapitre 11
Yersin, Louis, Chapitre 2
Daniel JeanRichard dans sa forge promet de réparer la montre du marchand Peter, Moeglin, d’après l’original d’Auguste Bachelin, huile sur toile, 1885 (Collection Musée international d’horlogerie, photo MIH) (Chapitre 1).
Pierre Jaquet-Droz, Huile, Emmanuel Witz, 1758 (Collection privée) (Chapitre 4).
Les Automates Jaquet-Droz, (Musée d’Art et d’Histoire de Neuchâtel et Wikimédia Commons, photo Rama, 2005) (Chapitre 4).
Montre de poche à seconde foudroyante et balancier central de Jaquet Droz et Leschot, Londres, fin 18e s. (boîte début 19e) (Collection Musée international d’horlogerie, MIH I-2912) (Chapitre 4).
L’Horloger Ferdinand Berthoud, huile sur toile, auteur inconnu, 18e siècle, (Wikimédia Commons) (Chapitre 5).
Horloge marine n°12 de Ferdinand Berthoud, Paris, 1774 (Collection Musée international d’horlogerie, MIH IV-84) (Chapitre 5).
L’Horloger suisse Abraham Louis Breguet (1747-1823), auteur inconnu, 18e siècle, (Collection Musée international d’horlogerie, La Chaux-de-Fonds et Wikimédia Commons) (Chapitre 6).
Abraham-Louis Perrelet (1729-1826), auteur inconnu, c. 1820, (Wikimédia Commons) (Chapitre 7).
Jacques-Frédéric Houriet (1743-1830), auteur inconnu, s.d. (Les grands noms de l’horlogerie, Fédération de l’industrie horlogère suisse FH, Site officiel de l’horlogerie suisse) (Chapitre 8).
François Ducommun-dit-Baudry, auteur inconnu, s.d. (Watch-Wiki) (Chapitre 9).
Planétaire, François Ducommun (Collection Musée international d’horlogerie, MIH IV-12) (Chapitre 9).
David-Henri Grandjean, horloger (1774–1845), avant 1845, auteur inconnu, (Association Henri Grandjean) (Chapitre 10).
Frédéric-Louis Favre-Bulle (1770–1849), horloger, avant 1849 auteur inconnu, (Inventions – Revue : Année 1912-1913. Imprimerie Meier Frères Rue Kléber 25 Genève et Wikimédia Commons) (Chapitre 11).
Louis-Frédéric Perrelet, auteur inconnu, s.n., s.d. (Watch-Wiki) (Chapitre 12).
Automate de Henri Maillardet, (frère de Jean-Daniel), c. 1810 (Franklin Institute, Londres) (Exhibit in the Franklin Institute, Philadelphia, Pennsylvania, photo Daderot, 20.11.2011 et Wikimédia Commons ) (Chapitre 13).
Pierre-Louis Guinand (Gravure de O. Domen, 1844, d’après un portrait peint, publiée avec une notice biographique par H. Nicolet, lithograveur à Neuchâtel) (Wikimédia Commons) (Chapitre 14).
Fritz Courvoisier, Reproduction photographique d’un daguerréotype vers 1850, s.n. (Archives de l’État de Neuchâtel) (Chapitre 15).
Pierre Frédéric Ingold, auteur inconnu, s.d. (Watch-Wiki) (Chapitre 17).
Henri Grandjean, Membre du Gouvernement provisoire de 1848, Portrait au fusain, 1848, s.n. (Wikimédia Commons : Henri Grandjean 2ICO-7.9) (Chapitre 19).
Atelier d’horlogerie à domicile, avec au premier plan un commis qui apporte le travail à domicile, tableau de Lucien Grounauer, 1941 (Collection Musée international d’horlogerie, photo MIH) (Chapitre 20).
Vue du Château de Chillon de Lausanne, François Guillaume Lardy (1749-1812), s.d., gravure sur papier (Collection privée) (Chapitre 21).
Instruments d’Horloger, Musée Rural Jurassien, Les Genevez, (photo Dietrich Michael Weidmann, 13 août 2010 sous licence CC BY-SA 3.0 Deed) (Chapitre 22).
Outils de travail d’ouvrières horlogères à l’ère industrielle, années 1920-1941 (Collection Musée international d’horlogerie, photo Fond Election Watch) (Chapitre 31).
Boutique d’horloger Roscheider Hof, photo Helge Klaus Rieder, 5 mai 2017 (Wikimédia Commons) (Chapitre 23).
La grande nef du Palais de l’Industrie (Exposition universelle de 1855), 1855 in Adolphe Laurent Joanne, Paris illustré : nouveau guide de l’étranger et du Parisien, Hachette, 1867, p. 699) (Chapitre 24).
L’Observatoire, La Méridienne (premier bâtiment de l’Observatoire, qui accueillait la lunette méridienne), Neuchâtel (photo Sinenomine2, 12.11.2013, sous licence CC BY-NC-SA.) (Chapitre 25).
Photo de classe de l’École d’horlogerie du Locle, entre 1886 et 1902 [25] (Chapitre 27).
L’horloger et sa famille. Tableau de Fritz Zuber-Bühler (1822-1896), (Collection Musée international d’horlogerie, photo MIH) (Chapitre 30).
Ouvrières horlogères au travail à l’ère industrielle, années 1920-1941 (Collection Musée international d’horlogerie, photo Fond Election Watch) (Chapitre 31).
Statue de Daniel JeanRichard au Locle, C. Igel, coulée par Pierre et Léopold Galli, 1888, héliogravure de Marc Girardet, reprise de l’édition de référence (Chapitre 32).
Montre établie par Daniel Jean Richard, héliogravure de Marc Girardet, reprise de l’édition de référence (Chapitre 32).
a été édité par la
bibliothèque numérique romande
en février 2024.
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Ont participé à l’élaboration de ce livre numérique : Michèle, Anne C., Françoise.
— Sources :
Ce livre numérique est réalisé principalement d’après : L’Horlogerie neuchâteloise par A. Bachelin, Neuchâtel, Attinger, 1888. D’autres éditions ont été consultées en vue de l’établissement du présent texte. L’illustration de première page reprend L’Horloger (Collection Musée international d’horlogerie, photo MIH) Nous remercions le Musée international d’horlogerie pour ses mises à dispositions. Pour les illustrations dans le texte, voir la Table des illustrations.
— Dispositions :
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[1] Perrelet, selon quelques chroniqueurs.
[2] Les Bressels et les Trembles sont deux hameaux ou, comme on disait autrefois, des Voisinages, isolés dans une combe entre la vallée de la Sagne et celle du Locle-la Chaux-de-Fonds. (Daniel JeanRichard, notice, par Aug. Jaccard).
[3] Daniel JeanRichard. Coup d’œil sur l’origine et le développement de l’industrie horlogères dans les montagnes de Neuchâtel et dans le Jura.
[4] Industriel suisse, août 1881.
[5] Biographie neuchâteloise, par F.-A.-M. Jeanneret et J.-H. Bonhôte.
[6] Ibid.
[7] Ibid.
[8] Nous empruntons cette notice à la Biographie neuchâteloise de F.-A.-M. Jeanneret et J.-H. Bonhôte et à l’Industriel suisse, septembre 1881.
[9] De nos jours, il se trouve au Musée d’Art et d’Histoire de Neuchâtel. (BNR.)
[10] Étrennes neuchâteloises, par F.-A.-M. Jeanneret.
[11] Étrennes neuchâteloises, par F.-A.-M. Jeanneret.
[12] Éloge historique de A.-L. Breguet, lu dans la séance publique de l’Académie des sciences, le 5 juin 1826, et publié dans ses mémoires.
[13] Étrennes neuchâteloises.
[14] Biographie neuchâteloise, par F.-A.-M. Jeanneret et J.-H. Bonhôte.
[15] Né le 6.6.1763 à La Chaux-de Fonds, décédé le 13.6.1839 à La Chaux-de-Fonds (Dictionnaire historique de la Suisse. - BNR.)
[16] Pourrait-il être David-Henri GrandJean Perrenoud-Comtesse né le 27.12.1772 à La Sagne et dcd. le 7.04.1846 au Locle (Geneanet, arbre de Olivier Grandjean Perrenoud et Watch-Wiki) ? (BNR.)
[17] Biographie neuchâteloise, par F.-A.-M. Jeanneret et J.-H. Bonhôte.
[18] Biographie neuchâteloise, par F.-A.-M. Jeanneret et J.-H. Bonhôte.
[19] Biographie neuchâteloise.
(Pierre-Louis Ginand, selon le DHS et autres sources. – BNR.)
[20] Nous avons emprunté cette notice à l’Industriel suisse, février et mars 1882, et à la Biographie neuchâteloise, par F.-A.-M. Jeanneret et J.-H. Bonhôte.
[21] Musée neuchâtelois, mai 1875, Louis Richard, par A. Jaccard.
[22] Le Locle lui a conféré la bourgeoisie d’honneur après l’exposition de Zurich, en 1883, où il avait rempli les fonctions de chef du groupe de l’horlogerie.
[23] Musée neuchâtelois, année 1865.
[24] Les Ponts-de-Martel (Musée neuchâtelois. 1877).
[25] Biographie neuchâteloise, par F.-A.-M. Jeanneret et J.-H. Bonhôte.
[26] Nous avons utilisé les intéressantes correspondances adressées à la Suisse libérale en janvier et en février 1887 et signées R. M.
[27] Biographie neuchâteloise.
[28] Nous adressons nos remerciements à M. Gust. Petitpierre, à Couvet, qui nous a fourni de précieuses notes sur ce sujet. – Nous avons utilisé aussi l’intéressant travail de M. le professeur Ch. Kopp sur le Développement de l’industrie horlogère dans le canton de Neuchâtel. (Exposition de Vienne. 1873.)
[29] Couvet. Discours prononcé par M. Fritz Berthoud, président de la Société cantonale d’histoire, dans sa séance générale du 10 juin 1872. (Musée neuchâtelois, 1872.)
[30] L’Horlogerie. Catalogue des objets d’art et d’antiquité, exposés à la Loge maçonnique de la Chaux-de-Fonds, 1883.
[31] Bulletin de l’Institut national genevois, 1888.