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Rod Édouard - Nouvelles romandes - Bibliothèque numérique romande - Sylvie S. Lac de JouxRod Édouard – Nouvelles romandes : Prenant la forme du souvenir de jeunesse, du journal intime, du fait divers ou du simple croquis de voyage, ces nouvelles parues en 1891 nous conduisent des bords du Léman jusqu’aux plus hauts mayens valaisans et de la cité de Calvin jusqu’aux tréfonds du Jura vaudois. Rod y évoque avec nostalgie la pureté idyllique du pays de son enfance, la vie primitive mais noble des populations de montagne, la magie des Noëls d’antan, la joie sans mélange que procure le retour annuel des saltimbanques (Les Knie). Mais il conjure aussi toute une galerie de personnages dont les dilemmes et les crises existentielles illuminent les failles d’un monde en voie de modernisation.

Rod revient ainsi à plusieurs reprises sur les bienfaits et les périls du tourisme qui commence à se répandre en Suisse, montrant que ces vacanciers que le hasard réunit autour des tables d’hôtes peuvent aussi bousculer les mœurs locales et susciter un « choc de civilisation ». C’est le cas dans La Femme à Bouscatey, où une charmante gouvernante en villégiature à Fins-Haut en Valais se résout à épouser un montagnard afin de « prendre enfin racine quelque part, fût-ce sur ce peu de terre, parmi ces rochers… ». Mais ce mariage « de la carpe et du lapin » brise tous les tabous sociaux et fait tomber sur eux la malédiction. Mis au ban du village comme Adam et Ève chassés du paradis, les Bouscatey finiront par émigrer en Amérique. Dans Carnet d’hiver…au contraire, le défilé annuel des étrangers qui s’installent pour quelques mois dans une modeste pension de famille genevoise est moins une menace qu’une source de curiosité et de distraction pour le petit fonctionnaire qui y vit à demeure. Mais leur départ annoncé en fin de saison lui fait à chaque fois sentir plus cruellement la mélancolique insignifiance de sa petite vie rangée.

Bien que conservateur, Rod n’est pas indifférent non plus à la condition de la femme, qu’elle soit suisse ou étrangère, jeune ou âgée, célibataire ou mariée, comme « la grande Jeanne », une courageuse paysanne d’un village au-dessus de Nyon qui déploie des prodiges d’ingéniosité pour faire vivre toute sa famille vouée à une misère sans rémission. Il pointe aussi du doigt la vie rude de ces Haut-Valaisannes au corps déformé par les charges énormes qu’elles portent sur leur tête comme des bêtes de somme. Il s’émeut enfin du sort de ces gouvernantes vaudoises, « des filles sans fortune, mais instruites et bien élevées », parties très jeunes en Russie pour enseigner le français aux enfants de boyards, et qui découvrent à leur retour au pays natal qu’elles sont destinées à rester partout et à jamais des étrangères.

Rod porte en effet un regard sans concession sur les mesquineries de la société bien-pensante et dénonce un protestantisme rigoriste pouvant aller jusqu’à la folie expiatoire (Un Coupable). Il s’en prend également aux fausses dichotomies morales, comme dans Le Tabac de mon oncle Jacques où il brosse le portrait de deux oncles que tout oppose en apparence. Leur neveu finira par comprendre en grandissant que ses oncles Jacques et Jean sont la double face d’une seule et même tare qui voue toute sa famille à l’échec, de génération en génération. Son dilemme n’est donc pas tant de savoir qui, de Jacques ou de Jean, suivre l’exemple, mais de se soustraire à ce commun destin. La solution se trouve moins dans le texte que dans la vie de l’auteur lui-même, qui fit sa carrière d’écrivain et de critique à Paris, mais resta toujours fidèle à ses origines romandes. [Source : Michael G. Lerner, Edouard Rod (1857-1910), a Portrait of the Novelist and His Times (Mouton, La Haye, 1975).]

Édouard Rod est un romancier, essayiste et critique littéraire suisse né à Nyon en 1857 et mort à Grasse en 1910.

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