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Rilke Rainer Maria - Poèmes français - Bibliothèque numérique romande - Martigny et le Col de la Forclaz, photochromeRilke Rainer Maria – Poèmes français (Vergers, Les Quatrains valaisans, Les Roses, Les Fenêtres, Carnet de poche) : Les poèmes français de Rilke, composés dans les cinq dernières années de sa vie (de 1922 à 1926), occupent une place paradoxale dans l’ensemble de sa production : par la langue d’abord (le français, langue « prêtée ») ; par leur nombre (plus de 400) ; par leur légèreté gracieuse (très différente de l’intensité de ses œuvres lyriques en allemand) ; enfin par le lieu auquel ils se rattachent (le Valais, indissociable de la période la plus féconde de sa carrière).

Longtemps, Rilke n’aima pas la Suisse et ses paysages grandioses, tout juste bons (selon lui) à épater les touristes en mal de sensations fortes (Brodsky 34). En 1921 cependant, lorsqu’il découvre par hasard le minuscule château de Muzot près de Sierre, à la frontière du français et de l’allemand, c’est le coup de foudre. Il a la certitude que l’austère donjon du XIIie siècle est le havre de solitude et de paix dont il a besoin pour compléter ses Élégies de Duino, en souffrance depuis des années. Il s’y installe donc dès le 26 juillet 1921, grâce à la générosité de son ami et mécène Werner Reinhard. En attendant le retour de l’inspiration, il aménage son nouveau gîte et sa chapelle attenante, se promène alentour, prend d’abondantes notes et continue d’entretenir sa volumineuse correspondance. Surtout, il lit et traduit Valéry, tandis que mûrit obscurément son œuvre. L’événement tant espéré se produit en février 1922. Dans un « ouragan de cœur et d’esprit » qui rompt des années de mutisme et d’angoisse, Rilke rédige en quelques jours les six dernières Élégies de Duino et compose parallèlement les 55 Sonnets à Orphée, donnant simultanément naissance aux deux grands cycles qui constituent l’apogée de son œuvre lyrique.

Les poèmes français surgissent au lendemain de ce séisme libérateur, dans les semaines et les mois où Rilke se remet lentement des fatigues de sa longue gésine. Qu’une voix intérieure lui dicte des vers en français ne surprend qu’à demi si l’on songe que Rilke était depuis toujours un ardent francophile. Entre 1902 et 1910, il avait fait de Paris son port d’attache, s’était passionné pour Cézanne et Auguste Rodin, dont il fut un temps le secrétaire particulier. Il admirait Balzac, Baudelaire, Verlaine, avait traduit Mallarmé, Maurice Guérin, Louise Labbé… La langue de Molière n’avait donc plus de réels secrets pour lui. En 1921, au moment où il s’installait à Muzot, il avait découvert Valéry : « J’étais seul, j’attendais, toute mon œuvre attendait. Un jour, j’ai lu Valéry — j’ai su que mon attente était finie. » (Lettre à Monique Saint-Hélier). Sa traduction du Cimetière marin, à laquelle il travailla assidûment durant tout l’automne-hiver 1921-1922, fut l’élément décisif qui favorisa l’éclosion fulgurante des derniers chefs-d’œuvre en allemand. 

Écrire en français est dès lors tout autre qu’un simple passe-temps pour le poète vieillissant qui a d’ores et déjà atteint les limites expressives de sa langue natale. Comme le souligne Philippe Jaccottet, c’est une façon d’honorer sa dette profonde envers la France et de rendre hommage à ce Valais à la croisée des langues qui fut son asile et son ultime demeure. Plus fondamentalement, ainsi que Rilke le confie lui-même à Gide, c’est une manière de rajeunir, de renaître à la poésie et à la vie, d’interroger le visible d’un regard neuf, attentif à la fragilité des choses proches qui s’offrent en viatique au détour des chemins.[Sources: Patricia Pollock Brodsky, “Colored Glass and Mirrors: Life with Rilke,” A Companion to the Works of Rainer Maria Rilke (Rochester, NY, Camden House 2001, 19–39); Gérard Bucher, “Rilke’s Poetry in the French Language …, » Ibid. (236–263); Philippe Jaccottet, “Préface,” Rilke, Rainer Maria (NRF Gallimard, Collection Poésie 1978); Les Dernières années de Rainer Maria Rilke (Fribourg, Le Cassetin 1975); Maurice Zermatten, Rilke en Valais (Lausanne, Terraux 1946).]

Né à Prague le 4 décembre 1875, Rilke mourut de leucémie le 29 décembre 1926 au sanatorium de Valmont-sur-Territet. Il repose au cimetière de Rarogne (Valais).
Ce soir mon cœur fait chanter / des anges qui se souviennent… / Une voix presque mienne, / par trop de silence tentée,
monte et se décide / à ne plus revenir ; tendre et intrépide, / à quoi va-t-elle s’unir ? (Vergers, I)

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