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Funck-Brentano Frantz - Mandrin Capitaine général des contrebandiers - illustration de l'édition de référenceFunck-Brentano Frantz – Mandrin Capitaine général des contrebandiers :  Mandrin (1725-55) a gagné sa légende en une seule année : 1754. À 27 ans, la vie de Louis Mandrin a basculé. Son frère, Pierre, a été pendu. Sa famille est ruinée. Mandrin déclare alors la guerre aux fermiers généraux ! Le 2 janvier 1754, avec ses «Mandrins», comme on les appellera très vite, il attaque, en Chartreuse, les brigadiers des Fermes, les menace de représailles et disparaît… Puis Mandrin effectue six campagnes successives, se déplaçant «à la vitesse de l’éclair» comme le dit Voltaire, à travers le Dauphiné, la Bresse, le Jura, la Bourgogne, l’Auvergne, et jusqu’au Rouergue. Organisé militairement, il met sur les dents receveurs de taxes, gardes et armées royales. Ses succès sont insupportables pour la Ferme alliée au ministère de la guerre. Une expédition en territoire savoyard, violant la frontière et tuant au passage des paysans qui voulaient résister à l’envahisseur français, cueillera Mandrin en son refuge malgré une résistance désespérée. Ramené en territoire français, jugé à Valence, torturé et exécuté, Mandrin mourra, roué, sur l’échafaud le 26 mai 1755.

Celui qui mange les mangeurs de gens a pour complices, non seulement les pauvres, mais les gens de naissance et tous ceux que les impôts vexent. En effet, la «Ferme générale», à laquelle s’oppose Mandrin est un système de collecte d’impôts affermée à des financiers: les «fermiers généraux» qui abusent souvent de leur privilèges. On connaît notamment la «gabelle», l’impôt sur le sel: un produit indispensable aux paysans pour la conservation de la viande. Mandrin vend tabac et tissus italiens ou suisses à des prix extrêmement avantageux et sans taxes, ou force les Fermes à lui acheter, très cher, sa marchandise. Stratège avisé, il prendra facilement des villes comme Bourg-en-Bresse, Le Puy ou Montbrison, se réfugiant en Savoie ou en Suisse entre ses campagnes. Répercutant l’enthousiasme populaire et la légende que Mandrin suscitera, Voltaire écrit : «On prétend que Mandrin est à la tête de 6000 hommes déterminés; que les soldats désertent pour se ranger sous ses drapeaux et qu’il se verra bientôt à la tête d’une grande armée. Il y a trois mois ce n’était qu’un voleur, c’est à présent un conquérant.»

Frantz Funck-Brentano (1862-1947), chartiste, conservateur de la Bibliothèque de l’Arsenal, a publié le présent ouvrage en 1908 : un travail d’historien, écrit comme un roman. En même temps, c’est un document sur l’arrière-plan fiscal et la guerre civile clandestine qui agite la France dans les années 1750 (et tout le XVIIIe).

Excellente étude historique, ce livre, fort bien documenté, se laisse lire par le lecteur non historien. Nous en avons expurgé quelques notes techniques les moins essentielles mais conservé, ça et là, les expressions et l’écriture de l’époque.
Outre le récit de son aventure, on s’intéressera aux liens avec la Suisse : à partir de Carouge (alors en Savoie), son commerce «hors taxes» écoule montres, tabac et indiennes, produits en Suisse et achetés à Neuchâtel et dans le pays de Vaud dont les baillis ferment les yeux.

Lectures complémentaires conseillées :* [Goudar], 1756, Testament politique de Louis Mandrin, généralissime des troupes de contrebandiers, Genève (disponible sur Gallica)
* Montenach Anne, 2016, « Conflit, territoire et économie de la frontière : la contrebande dans les Alpes dauphinoises au XVIIIe siècle »,  Revue de géographie alpine, 104-1: https://journals.openedition.org/rga/3189

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