Roberto J. Payró

LA MER D’EAU DOUCE
EL MAR DULCE
(tome/tomo 1)

Traduction : Bernard Goorden

1927

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Table des matières

 

LA MER D’EAU DOUCE. 5

PRÉFACE.. 5

I  LA PLUME ET LE BÂTON DE PÈLERIN.. 10

II  PENDANT QUE L’ADVERSAIRE DORT.. 31

III  REVIVANT LE PASSÉ.. 46

IV  JUSQU’AU BOUT DU RÊVE.. 57

V  L’AMBASSADEUR DE MANUEL Ier 69

VI  LA CONDESCENDANCE DE FERDINAND LE CATHOLIQUE   86

VII  LA TACTIQUE DE SON ALTESSE.. 102

VIII  REVANCHE DE SOLIS. 119

IX  UN ASPIRANT À LA GLOIRE ET À LA FORTUNE.. 138

X  AU TRAVAIL ! 152

NOTES DU TRADUCTEUR.. 171

TABLE DES ILLUSTRATIONS. 182

EL MAR DULCE. 187

PREFACIO.. 187

I  LA PLUMA Y LA BALLESTILLA.. 191

II  MIENTRAS DUERME EL ADVERSARIO.. 210

III VIVIENDO HACIA ATRAS. 224

IV  HASTA QUE ACABA EL ENSUEÑO.. 234

V  EL MINISTRO DE DOM MANOEL.. 245

VI  LA CONDESCENDENCIA DE FERNANDO EL CATÓLICO   260

VII  LA TÁCTICA DE SU ALTEZA.. 275

VIII  DESQUITES DE SOLÍS. 290

IX  UN ASPIRANTE A LA GLORIA Y LA FORTUNA.. 307

X  ¡AL AVIO! 320

NOTAS DEL TRADUCTOR AL FRANCÉS. 338

FUENTES DE LAS ILUSTRACIONES. 345

Ce livre numérique. 350

 

 

LA MER D’EAU DOUCE

PRÉFACE

« La Nación commencera à publier demain, sous forme de feuilleton, la dernière œuvre de Roberto J. Payró, dont le titre est El Mar Dulce (chronique romancée de la découverte du Río de la Plata par Juan Díaz de Solís).

Le livre débute comme une de ces fines pluie de printemps que la terre absorbe dès que les gouttes la touchent mais qui, ensuite, si elles sont persistantes, vont peu à peu redoubler au point de devenir abondantes, torrentielles et capables de faire déborder les cours d’eau et d’inonder les champs.

Cette similitude a été peut-être la première qui nous soit venue à l’esprit, parce qu’elle fait partie de notre quotidien et est naturelle ; mais ce sera sans doute plus parlant si nous comparons le développement de El Mar dulce à ces symphonies qui, commençant sur un « pianissimo » des instruments à cordes, se compliquent ensuite et augmentent en rythme jusqu’à atteindre les sonorités maximales de la masse orchestrale.

Et c’est ainsi que devrait être l’« Opéra », si la musique accompagnait et interprétait bien le « livret ». Le poème débute, un paisible matin, par un dialogue paisible, dans la paisible ville de Logroño, aux débuts du 16ème siècle ; il y a un dialogue entre le chroniqueur et poète Oviedo et son ami Juan Díaz de Solís, chez qui on entrevoit déjà l’âme du héros qui, après avoir mené à bien une longue et risquée traversée, succombe dans la plus inattendue et obscure des tragédies, en découvrant notre grand fleuve, que lui baptisa « Mar Dulce » (« mer d’eau douce ») et qui, en fait, si l’on était juste, devrait s’appeler Ensenada (baie) de Solís.

Dans les premières scènes de l’œuvre, on assiste aux préparatifs du grand voyage, auxquels donne un singulier intérêt l’action en sous-main des Espagnols et des Portugais pour violer la fameuse ligne de démarcation du traité de Tordesillas, tellement mathématique et claire en apparence, fruit de discussions casuistiques pour sa mise en pratique et son interprétation.

Deux scènes, parmi d’autres, sont remarquables : la première où Solís engage le rusé Andalou Diego García de Moguer et qui nous met en contact réel, dirons-nous, avec quelques personnages du drame ; et la seconde, peut-être la plus parfaite du livre, où la rivalité hispano-lusitanienne d’alors est dépeinte dans des tons sombres et avec la magistrale sobriété d’un Velázquez, scène où est décrite l’entrevue de Solís avec l’ambassadeur du Portugal, Vasconcelos. Admirables sont la lutte, le duel de ces deux hommes, où Solís résiste autant avec intégrité qu’avec ironie aux subtils artifices du diplomate, qui, usant de la flatterie et d’offres tentantes voire de la menace, veut conquérir à tout prix le célèbre pilote afin qu’il cesse de servir le Roi d’Espagne et se mette aux ordres de son monarque.

Vient ensuite, et cela présente également un vif intérêt, toute la partie du livre où nous voyons se livrer une autre lutte, de nature très différente mais non moins passionnée que la précédente, entre Juan Díaz de Solís et ces messieurs de la Casa de Contratación de Séville. Les mesquins subterfuges d’une bureaucratie, recourant à une paperasserie extrême, méfiante et autoritaire, qui osait s’opposer même à la volonté absolue du roi, et la satisfaction de Solís en humiliant ces fonctionnaires têtus et envieux, qui ne l’appréciaient pas parce qu’il n’était pas une de leurs créatures et qu’il ne se soumettait pas à leur capricieuse et stricte autorité ; cela nous vaut des scènes caractéristiques et savoureuses.

Les préparatifs du voyage dans le port de Séville, au milieu de la curiosité générale, et les commentaires populaires, variés et drôles, avec l’entrée en scène d’un sympathique gamin, qui atteindra une certaine notoriété sous le nom de Francisco del Puerto ; les atterrages à Sanlúcar, à Lepe, et ensuite le départ pour la grande aventure, constituent des pages pleines de charme pittoresque et de forte émotion.

La traversée, avec une description, sans doute très proche de la vérité, de la vie, parfois très pénible et toujours fort inconfortable, à bord des navires ; l’escale à Tenerife, qui devient pour l’équipage, grâce à l’hospitalité des Canaries, une fête réjouissante ; l’entrée et le séjour dans la baie de Guanabara (Brésil), qui est prétexte d’une sobre et belle page descriptive, tout comme l’arrivée à l’embouchure du prodigieux fleuve, que Solís pressent, sans doute, plus qu’il ne découvre quand il en parle à ses compagnons, alors qu’ils sont encore en plein océan, constituent de très beaux chapitres, sur le fond desquels se détache la noble figure de l’aumônier du bord, fray Buenaventura, grande et douce âme de missionnaire chrétien, qui condamne les cruautés commises par les conquistadores à l’encontre des indigènes et qui poursuit sans faillir sa mission évangélique, malgré le peu de considération et les moqueries avec lesquelles sa parole est reçue par ces hommes cupides et inconsciemment cruels qu’il prétend instruire.

Et, enfin, après un repos sur le beau fleuve qu’ils ont appelé « de los Patos » – aujourd’hui de Santa Lucía en Uruguay – la tragédie inattendue qui met un terme douloureux, horrible, à une aventure qui s’était déroulée jusqu’alors de la façon la plus heureuse, même si la majorité de l’équipage était déçue de ne pas accéder aux fabuleuses richesses qui l’avaient incité à entreprendre ce grand voyage.

Telle est, fort brièvement racontée, la nouvelle œuvre dont Roberto J. Payró enrichit la littérature argentine.

C’est un beau, un noble livre, où vont de pair la vérité historique et la beauté littéraire, recherchées l’une comme l’autre avec probité, sans plus de concessions à l’imagination que celles qu’imposent les ornements des récits faits par les témoins oculaires sous forme de journaux de bord, afin de dépeindre les atmosphères, les choses ainsi que les traits caractéristiques et les mouvements de la vie des hommes. Quant au style, nous dirons seulement, à titre d’éloge, que le sujet épique et espagnol le requérant, il a la pureté, l’aspect bruni et la trempe d’une épée de Tolède ».

« La Nación », 8 septembre 1927.

I

LA PLUME ET LE BÂTON DE PÈLERIN

L’aspect et les manières de cet homme ne révélaient ni son âge ni tout ce qui agitait sa vie. Arrogant et résolu, bien que quadragénaire, portant avec grâce des hauts-de-chausses et des habits tailladés, une toque garnie d’une plume et une épée de Tolède à la ceinture, c’était un bel homme au front haut et dégarni, à la barbe brun-foncé avec le reflet lumineux de l’un ou l’autre cheveu blanc, aux grands et énergiques yeux gris bruns, à la peau basanée et ardente, au nez effilé qui donnait à son visage maigre un certain air de Maure, à la bouche grande, sensuelle, aux lèvres rouges ; il avait des mains fines et nerveuses. On le disait doué de la double vue – parce que né le Vendredi Saint, à l’heure de la mort du Christ – et, à cette réputation populaire de virtuel découvreur de trésors et de faiseurs de miracles, on ajoutait l’audace, les aventures dramatiques et héroïques, les mœurs un peu libres et la réputation plus solide mais moins connue d’être, en outre, assez versé dans les belles lettres, bon mathématicien et marin remarquable.

Les longues heures d’attente à Logroño, afin de convenir avec le roi Ferdinand le Catholique – qui chassait à Mansilla – des détails d’une expédition audacieuse, ces heures lui auraient semblé relativement insupportables s’il n’avait partagé le sort d’un ami de son goût, appelé dans cette vieille ville, en raison d’aspirations analogues même s’il ne s’agissait pas d’affaires identiques. Ce dernier était un militaire et un courtisan – mais pas l’un de ces efféminés qui allaient fleurir plus tard – ; c’était un homme à l’œil scrutateur, aux minces lèvres ironiques et à l’expression simultanément curieuse et farouche. Il maniait la plume avec autant d’élégance que l’épée, dont il se servait depuis l’enfance, et on le considérait comme l’un de ceux qui cultivaient le plus remarquablement la langue espagnole en vers et en prose, et comme l’un des plus grands érudits de son époque.

Comme tous les jours depuis qu’ils s’étaient rencontrés, ils se promenaient lentement dans l’allée de peupliers qui borde l’Èbre, causant et profitant de la fraîcheur et de la solitude que l’heure matinale leur offrait. Absorbés par la conversation, leurs regards erraient, embrassant, sans les voir : le paysage ensoleillé, les façades blanches et les toits rouges de la ville, coupée par le fleuve et dominée, parmi d’autres tours vétustes, par la haute flèche séculaire de Santa María de Palacio ; les champs fertiles se répartissant entre vergers, vignobles, oliviers, terres donnant du pain ; les routes et les chemins poussiéreux et, là-bas au loin, comme voilée par les derniers tulles du brouillard matinal, l’ondulation des montagnes, sur les versants desquelles hêtres et chênes enfoncent leurs racines, et qui, à l’Ouest et au Sud, préservent la région des vents du midi.

— Répétez-moi ces vers, qui me plaisent tant – dit le marin, en s’adressant au militaire et à l’écrivain.

— Je ne les connais pas par cœur et je n’ai pas apporté l’opuscule – répondit l’interpellé.

— Si pas de tous, vous vous souviendrez de quelques-uns… A fortiori qu’y sont dépeints comme sur un retable les infortunes de découvreurs et conquistadores des Indes.

— Conquistadores des Indes, oui, attendez… – répéta l’autre, comme faisant un effort de mémoire, pour réciter ensuite, avec une certaine emphase moqueuse :

 

Ceux qui font et apportent

sans savoir compter combien

nous mettent dans une si grande épouvante

que les pensées n’imaginent pas,

car elles ne peuvent évaluer autant ;

c’est pourquoi la Castille

peut faire figurer Séville,

parmi toutes les villes de chrétiens

c’est pourquoi les Castillans

peuvent l’assimiler à une merveille.

Il en sort, il y vient

des citoyens laboureurs

des pauvres faits seigneurs,

mais ce qu’ils gagnent ils l’ont

parce qu’ils sont de bons conquistadores[1]

 

— Cette partie contient des perles mais elle n’exprime pas le mieux ce qui me plaît – observa celui qui écoutait. – Continuez, continuez, don Gonzalo, car votre mémoire n’a jamais flanché.

Bien que sautant çà et là l’une ou l’autre strophe qui lui échappait, sans attendre davantage de suppliques, le poète récita la composition :

 

Risquant leurs vies,

ils ont fait ce qui n’était pas pensable,

trouvé ce qui ne l’avait jamais été,

gagné des terres inconnues,

enrichi notre état,

rallié à notre cause tant de peuples,

de gens, auparavant inconnus,

et, ainsi qu’on l’a vu,

amené à se convertir au Christ

tant d’âmes perdues…

 

— Bien, vive Dieu ! – s’exclama le marin –. Allez, Oviedo, poursuivez !

— Pour ce qui suit – dit Oviedo – je parle d’un certain conquistador en particulier… Mais il m’a donné tant de motifs de me fâcher que je ne veux pas répéter son nom désagréable :

 

… En luttant et en travaillant,

ne dormant pas mais veillant,

mangeant et buvant mal,

voyez s’il mérite d’avoir

ce qu’il a ainsi gagné en se querellant !

Il est vrai que ses gains

ont découlé de sa constance

qu’il voulut, par sa force,

pourvoir à sa vieillesse

grâce aux œuvres de son enfance…

 

— Enfance pour jeunesse – expliqua le poète –. Le brodequin de la rime nous force à nous adapter. – Et il poursuivit :

 

et il gagna lors de cette expédition

de ramener sa jambe cassée

avec… le reste qu’il rapportait,

sans autre marchandise

si ce n’est sa personne armée…

 

— Ce « le reste qu’il rapportait » doit se référer au mal bien connu et malheureux qui amène à se gratter ? – demanda l’autre.

— « Tu l’as dit ! » – répondit Oviedo –. Mais avec la fameuse huile de bois de Gaïac, qui ne sera jamais assez bénie, la Divine Providence a su nous donner, à côté de la maladie de ces terres, le remède qui la soigne et qui s’y trouve également[2].

— Il aurait pu s’épargner un tel travail, nous épargnant à nous la maladie – objecta le marin de façon enjouée.

— Vous verrez là-bas – répondit Oviedo –. Mais les allées et venues ou les malheurs des découvreurs et conquistadores ne s’arrêtent pas à cela, car, comme je dis dans mes mauvaises rimes :

 

sur toute cette excellence

il y a mille méchants envieux,

médisants, menteurs,

qui veulent nuire

aux hommes vertueux !

 

— Vous non plus, ils n’ont pas cessé de vous dénigrer, don Juan – ajouta le poète.

— C’est bien vrai – répondit don Juan –. Et j’espère que vous devrez tailler votre meilleure plume pour le signaler également en détails dans les livres que vous écrivez avec tant de talent.

— Merci, mais le talent ne suffit pas… Il existe, heureusement des ordonnances royales demandant aux gouvernants des Indes de m’adresser la relation exacte de tout ce qui se passe et qu’ils voient dans leurs gouvernements respectifs. Mais cela n’est pas non plus suffisant. J’ai l’intention de me rendre personnellement dans ces mystérieuses Indes, de les toucher du doigt, de connaître le secret de leurs forêts, de leurs montagnes, de leurs fleuves, et même de la faune qui les peuple… car chétif, rabougri et sans saveur est le fruit de l’écrivain qui, sans l’avoir vu, rapporte ce que d’autres lui ont raconté…

— Mais Son Altesse ne vous a-t-elle pas promis ?…

— Plus que promis ! Elle m’a confié le commandement d’Española[3], où je serai son intendant des fontes d’or, charge honorable, qui rapporte et est tranquille, me permettant de tout voir et de me consacrer à mes études de prédilections. Il me tarde de me mettre en route ! Ce qui me motive – ici entre nous – ce sont peut-être non seulement mes inclinations de chroniqueur, mais ce qui m’attire surtout c’est l’amour des aventures… mais, veuille le ciel que, malgré ce que disent les mauvaises langues, je ne sois pas guidé par la convoitise… Ce qui est curieux, imprévu, ce qui n’a pas encore été rêvé, voilà ce qui m’attire… et j’ai l’impression que ce brave paysan de Juan Díaz de Solís est affecté des mêmes maux…

L’écrivain le dit non sans une certaine grâce, qualifiant le marin de paysan parce que leurs deux familles étaient originaires des Asturies, d’Oviedo, même si le premier était né dans la ville de l’ours et de l’arbousier, alors que le marin affirmait être né à l’ombre de l’ancien château de Lebrija.

— Oui – répondit don Juan – j’ai les mêmes faiblesses, je ne peux ni ne veux le nier. Dans ma bourgade arriérée de Lepe, je me sentais comme un poisson dans l’eau mais, ni la vie douillette et flemmarde, ni l’amour de ma femme et de mes enfants n’ont réussi à me retenir dès que j’ai entrevu la possibilité d’un grand voyage… Il y a comme un désir ardent qui me pousse vers d’autres destinées… C’est ainsi, également, qu’un jour, m’étant rendu au Portugal, il me valut ma disgrâce, me força à défier hommes et éléments, à défendre et laver l’honneur de mon nom et – seul péché que l’on ne me pardonne pas – à percevoir de ma propre main et avec violence ce que m’avait fallacieusement promis le Portugais[4], ayant secrètement l’intention de me rouler…

— Je connais l’histoire – interrompit gravement Oviedo – et, de tout cœur, je compatis à vos infortunes… Et, à leur propos, et sans malsaine curiosité, je souhaiterais savoir… Mais vous me qualifieriez d’indiscret et je n’ose pas vous demander de telles choses…

— Parlez ! Demandez !… Tout ce qui vient de vous à moi est permis, don Gonzalo !

— Malgré tout, malgré tout ! Enfin, si j’étais votre biographe, ce que je serai si Dieu me prête vie, il est important que je sache jusqu’au plus insignifiant détail, par souci de vérité… Eh bien… d’après la rumeur populaire… comment dirais-je ? les malheurs ont, à un moment donné, été plus forts que la volonté, et vous avez cherché le moyen de les oublier… Il semble même que, dès ce moment, on vous a affublé d’un surnom pas très reluisant…

— « Bofes de bagazo[5] » n’est-ce pas ? – demanda Solís avec un sourire forcé.

— C’est cela, en effet… Cela ne vous blesse pas trop que je l’ai répété ?

— Hé ! les dires, dont celui-ci, ont habituellement un fond de vérité. Par chance, on ne fait que soupçonner… Je ne fais pas la fine bouche à une bonne gorgée de vin vieux… Mais qui cela doit-il épouvanter sur la terre bénie du vin, ou qui peut, de nos jours et en ces lieux, me jeter la première pierre ? Quel marin, arrivant au port, avant de lever l’ancre, ne lâche pas un juron en papotant avec ses amis ? Mais, allons ! on m’accorde plus de gloire que je n’en mérite en disant que mes poumons exhalent tellement que l’on me reconnaît à mon haleine. Non, don Gonzalo, je ne me suis pas noyé dans le vin, ce que j’aurais pu, étant donné mes chagrins ; j’ai cherché la consolation ailleurs… et je l’ai trouvée. Mais, ensuite, ce fut en vain que, dans ma solitude de Lepe, je tente de me consacrer à l’étude des sciences et des lettres, de me complaire en compagnie de sages dont l’amitié, comme la vôtre, est séduisante et admirable… Les livres me semblent à présent glacials et creux, ombre d’ombres, par rapport à ce que peut m’offrir l’aventure, et les doctes amis exaspèrent ce que j’appelle ma curiosité…

— Nous avons les mêmes faiblesses, comme vous disiez il y a un moment – murmura Oviedo.

— Oui, don Gonzalo ! – continua Solís – Je me vois de nouveau en voyage vers les Indes, et ce rêve suffit pour que ma poitrine se dilate et que mon cœur batte avec la vigueur de mes vingt ans.

— Dieu vous accorde de grands exploits, et que je vive pour les raconter et les chanter ! – s’exclama Oviedo.

Absorbés dans leurs pensées, ils promenèrent tous deux le regard sur le paysage sans l’arrêter nulle part, sans voir autre chose que leur rêve intérieur. Après une pause prolongée, le chroniqueur finit par parler sur le ton de la conversation familière :

— Après Colomb – dont j’ai fait la connaissance quand les Rois[6] l’ont reçu avec tant d’honneur à Barcelone, très loin de soupçonner et de craindre tout le mal qu’on lui réservait – après un homme si remarquable que mes yeux d’enfant admirèrent et fixèrent pour toujours dans ma mémoire, d’autres hommes, courageux comme vous, entreprirent des voyages risqués et firent des découvertes prodigieuses. Quelques-uns, et particulièrement vous, n’ont pas eu leur équivalent, on ne peut trouver quelqu’un à leur comparer, à moins d’être prince ; parce que les rois savent et peuvent donner tout ce qui leur plaît : des villes, des états, des seigneureries et d’autres grandes choses ; mais à des hommes que nous avons vus pauvres hier, ce qu’ils avaient étant fort peu, le courage suffit ; j’en ai tellement que je n’en connais de semblable à notre époque ni à d’autres !

— N’est-ce pas l’enthousiasme qui vous anime ? Car il s’amplifie habituellement de façon excessive.

— Non, non : je me borne à répéter ce que cette même main a écrit pour l’étonnement et l’admiration des gens à venir.

— Est-ce que je ne pourrais pas prendre connaissance de ces écrits dès à présent ? Cela me ferait tellement plaisir !

— Je suis en quelque sorte pieds et poings liés et je ne peux pas vous donner satisfaction, même si je le voulais. Mais, en temps voulus, vous en prendrez connaissance. J’y parle, bien sûr, de Colomb, don Cristobal, qui – primus inter pares – seulement guidé par la main de Dieu et son savoir humain, découvre les Indes insoupçonnées et ajoute à la couronne de Castille des îles et des terres d’une singulière richesse ; et, avec lui, j’y parle de don Diego et de don Fernando Colomb, comptant au nombre de mes amis très chers. Je n’y oublie pas non plus un de vos amis et de mes amis illustres, Vicente Yáñez (Pinzón), découvreur du golfe de Paria[7] et des côtes de la Guyane, où il a mis le pied malgré de féroces indigènes : ni des autres Pinzón[8], qui l’ont concurrencé sans l’éclipser…

— Comment auriez-vous pu les oublier, ou d’autres, beaucoup moins renommés ?…

— Cela arrive. Que voulez-vous ? La justice est « rara avis » en ce monde… Mais je n’oublie personne volontairement et il me semble difficile que quelqu’un échappe à ma notice ou ne figure pas dans les documents que je possède et étudie avec amour…

Il oubliait sans doute que, quelques minutes plus tôt, il avait omis délibérément le nom de celui qui lui avait inspiré ses vers…

— Diego de Lepe – poursuivit Oviedo – qui débarque sur des terres extrêmement lointaines, à des centaines de lieues vers le Sud[9] ; Rodrigo de Bastidas[10], qui parcourt les plages découvertes par (Alonso de) Ojeda et débarque à Carthagène des Indes ; le même Ojeda, qui répète un voyage admirable et parvient au fond du golfe du Mexique[11] ; à nouveau le grand Amiral[12] qui, déjà âgé, traverse une dernière fois[13] l’Océan pour adresser à ses Indes l’ultime au revoir… Que d’exploits et que de grandeur !…

— Les premiers oui. Mais les autres ? Le chemin étant trouvé, est-ce que cela ne consistait pas, simplement, à mettre le cap ?

— Ne vous humiliez pas par modestie, don Juan, car ce fut également un très grand exploit quand vous avez atteint avec Vicente Yáñez ce que (Amerigo) Vespucci a appelé le cap Saint-Augustin[14], les terres où Diego de Lepe a combattu, le quarantième degré, que personne ne pensait atteindre… Qu’importe que d’autres aient ouvert la porte, si on trouvait au-delà le mystère et le danger et que les défier était une prouesse !…

— Cependant il y en eut d’autres qui…

— Je sais aussi – interrompit Oviedo –, je connais ce qu’ont fait Ojeda et Diego de Nicuesa en tant que fondateurs de Darién[15], Juan Ponce de León, découvreur de la Floride, et tant d’autres… Oh ! l’étendard de la Castille, ami don Juan, flotte plus haut que jamais, grâce au courage de vous tous, grâce à votre intrépidité, grâce à votre pugnacité…

— Je me référais aux Portugais… – insinua Solís avec une certaine amertume.

— Oui – répliqua Oviedo, hargneux – les Portugais ne s’en sont pas mal tirés… On ne doit pas mépriser le concurrent car, ce faisant, loin de les rehausser, on dédaigne ses propres mérites…

Et, avec un accent ironique, où transparaissait le dépit, il continua :

— Des coups de vents et des courants menèrent Pedro Alvarez Cabral à l’aveuglette vers des terres et des îles qu’il ne cherchait pas, à Vera Cruz du Brésil… Amerigo (Vespucci), en revanche, qui sait où le bât blesse et qui servait alors le roi Manuel, ne s’aventurait pas follement lorsqu’il laissa derrière lui le cap Saint-Augustin et descendit à des centaines de lieues vers le Sud, jusqu’à découvrir la baie de Tous les Saints, je ne me souviens plus si c’était lors de son premier ou de son deuxième voyage[16]… Et ils ne sont pas non plus négligeables les mérites du premier vice-roi des Indes portugaises[17], don Francisco d’Almeida, ni ceux du fameux Tristan da Cunha, que Dieu rendit soudain aveugle[18], comme postposant ses desseins, seulement réalisés quand la miséricorde divine lui rendit la vue[19]

— Vous êtes caustique, don Gonzalo – dit son interlocuteur, comme s’il n’était pas conscient de l’y avoir lui-même incité.

— Eh bien, vive Dieu ! Tout cela est-il comparable avec ce qui a été accompli par les hommes, que j’encense dans mes écrits, si grands que, en ne faisant que parler d’eux, mon nom peut durer éternellement, comme perdure celui de Plutarque ?… Il est singulier l’amour avec lequel j’étudie et vis leurs exploits, mais je manque souvent de sources dignes de foi… Ainsi, au nom de notre bonne amitié, je vous prie, don Juan, de ne rien me laisser ignorer de votre vie et de ne me cacher aucun de vos projets car, aboutis ou non – les grands essais sont une semence et un exemple –, ils passeront à la postérité dans mes livres…

Celui qui parlait était le capitaine don Gonzalo Fernández de Oviedo y Valdés, écrivain au style personnel et éloquent – que l’on lit encore de nos jours[20], comme il le présumait –, commençant à l’époque à composer la célèbre « Histoire naturelle des Indes »[21]. Dans son enfance, il avait été page et compagnon chéri de l’infant don Juan ; en tant que tel il avait assisté – il n’avait que quatorze ans en 1492 – au siège et à la prise de Grenade par les Rois Catholiques[22] et, l’année suivante, à la réception solennelle qu’ils réservèrent à Christophe Colomb à Barcelone. Déjà alors, le jeune garçon manifestait un grand amour pour les lettres, ce qui fit de lui un érudit et lui donna bientôt une telle maîtrise dans l’art d’écrire que, sans s’arrêter à son inexpérience, Gonzalo Fernández de Córdoba, le Grand Capitaine, l’emmena comme secrétaire en Italie, où il guerroyait. En Italie, il fréquenta des hommes savants comme le fameux géographe vénitien Giovanni Battista Ramusio, avec qui il entretint, à partir de ce moment-là, une correspondance épistolaire concernant des sujets scientifiques « qui ne pouvait qu’être utile et profitable pour tous les deux », à ce qu’affirme orgueilleusement Oviedo. Accompagnant le Grand Capitaine et alternant épée et plume, plume et épée, il vit croître la réputation de son nom, grâce tant à son intelligence qu’à sa hardiesse, de telle sorte que, quand en 1507 – doña Isabelle étant décédée – Fernández de Córdoba regagna l’Espagne, rappelé par le régent don Ferdinand, le monarque, auprès duquel il était tombé en disgrâce, n’attendit pas ses sollicitations pour nommer chroniqueur du Royaume le savant jeune homme, le rémunérant avec plus de largesse que d’habitude – car il était taxé par beaucoup de ladre – et il le chargea de rédiger un grand livre sur les nouvelles Indes. En préparant cette œuvre, il avait pris contact avec des navigateurs et des conquistadores, et parmi eux, avec un marin expérimenté comme Juan Díaz de Solís. Dès leur première rencontre et, bien que Oviedo fût d’un naturel indocile et farouche – ainsi que le démontra plus tard la cruauté de sentiments et la convoitise dont il se défendait préventivement –, une mutuelle inclination naquit entre eux, se transformant bien vite en amitié intime, devenue encore plus étroite lorsque des tendances communes et des aspirations analogues les réunirent à Logroño.

Entretemps, au terme de leur promenade et pour se mettre à l’abri de la chaleur qui redoublait, ils avaient fini par s’asseoir à l’ombre d’un chêne et poursuivaient leur conversation avec intérêt.

— Tandis que vous passiez en revue les voyages des découvreurs des Indes, tout en laissant de côté ce qui me concerne – disait Solís – vous me rappeliez la grâce austère de ce Plutarque que vous avez cité. Simultanément, se présentaient à mon esprit les terres évoquées, jusque dans leurs moindres détails, et l’idée tenace s’imposait une nouvelle fois à mon cerveau qu’il manque à ce monde un trait d’union, un élément commun qui doit exister. Cela ne fait pas de doute pour moi, même s’il nous échappe encore parce qu’inconnu.

— Dites, dites, pardieu, car je sens que nous l’entrevoyons !

— Eh bien, en y réfléchissant, j’acquiers de plus en plus la conviction que tant d’îles et de côtes comme celles qui ont été découvertes ne peuvent pas être de simples accidents capricieux surgis de la mer et pas davantage de tristes et rares restes de l’Atlantide de Platon, mais bien – comme certains écueils qui annoncent habituellement la proximité de la terre ferme – des signes palpables d’un véritable continent, peut-être de cette même Atlantide perdue et non retrouvée… La raison me dit que – même si je me trompais – l’erreur elle-même serait glorieuse parce que, forcément, au lieu de la terre ferme que je cherche, je ferais, en me trompant, une aussi remarquable découverte que le passage vers les Indes Orientales…

— Bien raisonné ! – s’exclama Oviedo –. Il n’y a pas longtemps, à Madrid, en bavardant avec le pilote Andrés de Morales, compagnon de Colomb et de Rodrigo de Bastidas, et avec Pedro Mártir de Anglería, chroniqueur comme moi, je leur ai affirmé, avec l’approbation de Morales que, à mon avis, les terres des domaines de Castille là-bas ne sont pas des îles mais bien un grand Continent… Mais continuez.

— Oui. Il n’y a pas mieux : ou ce sont toutes des îles et, forcément, il y aura un passage entre elles, ou, comme nous le pensons tous les deux, il y a là-bas un Continent qui s’étend du tropique jusqu’au pôle…

Oviedo avait fixement regardé Solís jusqu’à ce point, partagé entre l’admiration et le doute ; mais, en entendant ses dernières paroles, se remettant involontairement debout, il s’exclama :

— Ou un passage ou de la terre ferme ! Vous avez raison ! Il n’y a pas mieux !… Quand partez-vous ?

— Dès que cela conviendra à Son Altesse… Mais pas un mot à qui que ce soit, don Gonzalo !

— Soyez sans crainte. Je suis bien conscient que, pour le bien de tous, cela doit rester secret…

— Et a fortiori, il faut que la nouvelle n’éveille pas la vigilance ou, plutôt, la convoitise du Portugal, qui souhaiterait se servir à son seul bénéfice du traité de Tordesillas. Il y a ici même des yeux, rivés sur moi, qui me guettent, comme s’ils soupçonnaient…

— Il doit en être ainsi ! Vous connaissez le dicton : « Dans les champs de Logroño, le démon se promène toujours librement ». Et le démon qui vous montre son sabot est, sauf erreur de ma part, don Juan Méndes de Vasconcelos…

— Précisément ! L’ambassadeur du roi Manuel lui-même, qui se vante tellement d’être habile et astucieux.

— Prenez garde ! Car don Ferdinand ne veut pas mécontenter son gendre.

— Oui, mais Son Altesse veut aussi, grâce à Dieu ! que sa volonté soit faite, et il en sera ainsi, malgré les manœuvres de l’ambassadeur. Il en sera ainsi, je le répète, que ce soit au prix d’une diplomatie avisée, que ce soit ouvertement et résolument si les subtilités de la politique ne suffisent pas…

— Vous en parlez comme si c’était chose faite…

— Elle n’est pas fort loin de l’être, effectivement. Aujourd’hui Francisco de Torres, frère d’Ana, mon épouse, doit arriver à Logroño… Je crois que vous le connaissez et le tenez pour un bon pilote et un homme de bien… Eh bien, j’ai fait appel à lui pour le charger des premières démarches pour l’armement de vaisseaux et le recrutement d’équipages… J’attends, d’un moment à l’autre l’autorisation annoncée du Roi.

— Holà, holà ! Et vous me taisiez cela !

— J’y étais contraint.

— Bon choix que ce Torres : Je l’estime beaucoup, tant comme homme que comme navigateur et, en tant que parent, il sera votre très digne second.

— Il est mon confrère plus que mon beau-frère.

— Mais ces premières démarches ne sont-elles pas prématurées ? L’ordre de Son Altesse ne risque-t-il pas de se faire attendre ?

— Le Roi n’attend qu’un événement quelconque qui lui rende ou semble lui rendre sa liberté d’action par rapport au Portugal. Mais si cela ne se produit pas, naturellement ou provoqué par le Portugais, qui nous empêche de le susciter ?… ou de l’inventer dans le pire des cas ?

Oviedo hocha la tête affirmativement – lui aussi connaissait don Ferdinand – et, après un court silence, il demanda :

— Comptez-vous entreprendre un voyage de longue durée ?

— D’un an, aller-retour… Il ne s’agit, cette fois, que de vérifier de près laquelle de mes conjectures est la bonne et laquelle est la mauvaise… Dans n’importe laquelle des deux hypothèses, je reviendrais aussitôt pour chercher des renforts en hommes et en navires…

— Méfiez-vous des manœuvres sur terre, don Juan. Pardonnez-moi, en tant qu’ami, de vous dire : vous êtes un navigateur incomparable mais pas un général aguerri et prudent, qui sache tout prévoir. Une chose sont les écueils et les bancs de sable, une autre les embuscades et les pièges à terre… Contentez-vous, pardonnez-moi, d’être le grand marin que vous êtes… Et, là-dessus, je prendrai congé de vous. Qui sait si nous reverrons ici-bas !… Je crois que je quitterai aujourd’hui même Logroño pour l’endroit où la Providence me conduira. Au revoir, mon ami, et que Dieu vous accompagne…

— Prenons-nous dans les bras, Oviedo, et à très bientôt, j’en suis sûr !

— Qu’il en soit ainsi ! – dit le chroniqueur, en serrant Solís dans les bras.

La brise matinale était complètement retombée et le soleil dardait ses rayons, la chaleur devenait étouffante. Les deux amis se séparèrent sans ajouter une seule parole, plongés dans de profondes réflexions, comme s’ils prévoyaient que ce serait leur dernière rencontre.

II

PENDANT QUE L’ADVERSAIRE DORT

Sous le soleil de feu, les futaies, les terres ensemencées, les herbes poussiéreuses elles-mêmes grillaient ; le courant agité de l’Èbre était un miroir ardent. La ville, dont seul le chant strident des cigales rompait le silence, se calcinait. En voyant les tortueuses et étroites rues désertes, abandonnées même par les chiens qui dormaient en haletant à l’abri des murs, personne n’aurait supposé que c’était là la fameuse Logroño, clé et limite de la Castille, à la frontière de la Navarre, et à cette époque – depuis que don Ferdinand chassait à Mansilla, proche – résidence des courtisans de sa suite, comme l’était parfois monseigneur l’évêque Calahorra et, de tous temps, comme l’étaient les auditeurs de l’Inquisition et le Saint-Office, de nombreux chevaliers de maisons insignes, outre les prêtres qui officiaient à Santa María la Redonda, Santa María de Palacio, San Pedro, San Bartolomé et San Blas, belles églises dont les clochers donnaient, de loin, à la ville l’aspect d’une grande cité. Tout le monde, rentré chez soi, faisait la sieste, depuis le maire et les vingt-quatre conseillers municipaux, jusqu’aux moines des Couvents de San Francisco, Santo Domingo et la Merced, les nonnes des Monastères de la Madre de Dios, de las Dominicas, de Santa Clara, et les malheureux malades de l’hôpital. Appuyée contre le mur et sur sa hallebarde, sous la robuste tour du pont qui donnait accès à la ville, même la sentinelle ronflait et, dans le vétuste château féodal qui défend le passage, même les hirondelles, hébergées pour l’été dans les crevasses de ses murs, ne bougeaient pas…

Ni vu ni entendu par personne, comme indifférent au froid et à la chaleur, se préservant des terribles rayons solaires, un homme de haute stature et à l’air décidé arpentait les rues où même l’ombre réverbérait la chaleur, et il s’arrêta devant une maison de modeste apparence, puis toqua à la porte massive et ornée de clous. Pendant qu’il attendait, il retira son chapeau pour éponger la sueur qui, dégoulinant de son front étroit, allait se perdre dans sa grande barbe noire. Il était vêtu d’une casaque, d’un pourpoint ainsi que de chausses de toile légère, et il portait de grosses bottes de cavalier.

La porte ne tarda pas à s’ouvrir et un jeune homme au visage déplaisant permit au visiteur barbu d’entrer, comme s’il l’attendait. Le seuil franchi, une agréable sensation de fraîcheur accueillit l’homme qui, pénétrant dans une salle carrelée de briques, contiguë au vestibule, passa du four de la rue à l’humide et tiède pénombre de l’intérieur, qui sentait légèrement la moisissure. Ses yeux, encore éblouis par le soleil, mirent un instant avant de voir Juan Díaz de Solís qui venait vivement à sa rencontre.

— J’espère que je ne t’ai pas fait attendre ! – s’exclama Solís. Viens dans mes bras !

— Tu m’as appelé et me voici – dit l’autre, en l’embrassant. – Mais note que faire venir un marin à marches forcées et à cheval, cela n’a pas été un jeu d’enfants.

— Encore merci, Paco ! Je savais que tu ferais ce sacrifice… Assieds-toi.

Et il lui indiqua un fauteuil de cuir à haut dossier, tandis qu’il approchait pour lui un des rares tabourets de chêne, qu’il y avait autour de la table, dans la vaste salle dont les uniques meubles étaient, par ailleurs, un coffre doublé en maroquin, un coffret morisque avec de beaux fers forgés et une grande armoire en bois taillé.

— Nous allons voir si tu m’appelles pour ce que je suppose – commença le nouveau venu, en lui prenant le tabouret, lui laissant le fauteuil. – Parle, je suis tout ouïe.

— Ne veux-tu pas d’abord te reposer et te rafraîchir ? N’es-tu pas fatigué et assoiffé ?

— Très, mais la curiosité me dévore.

— L’un n’empêche pas l’autre – répliqua don Juan, qui cria ensuite : — Holà, Rodrigo !

Le domestique, qui devait être derrière la porte, apparut et, sur un signe de son maître, redisparut.

— Tu m’as convié avec une telle hâte que quelque chose de grave doit être en train de se passer…

— C’est long à raconter.

— Pour ma part, j’ai tout le temps…

— Attends que Rodrigo revienne, apportant ce que je lui ai demandé, afin que nous ne soyons pas interrompus.

Le domestique entra avec un plateau, sur lequel il portait deux coupes, une carafe en verre morisque remplie de vin blanc, et une alcaraza d’eau fraîche.

— Retire-toi et ferme la porte – lui dit Solís, versant à boire.

Ils burent chacun quelques gorgées et don Juan commença :

— Eh bien, comme tu le sais, le Florentin Amerigo Vespucci étant décédé et, malgré certaines intrigues, le Roi, qui me connaît, a fini par me nommer son pilote principal et, il y a peu – un mois ne s’était pas écoulé –, il a conclu avec moi un accord pour un certain voyage dont il m’avait déjà entretenu verbalement à plusieurs reprises, qui l’intéresse beaucoup, et moi aussi, bien entendu…

— Je suis au courant…

— Oui, parce que je t’ai supplié alors de m’accompagner et que tu as hésité à me répondre… Le moment est venu.

— Attends !… Avant tout, je dois savoir s’il n’y a plus d’obstacle pour l’expédition… C’est très important, parce que je sais que tu ne manques pas d’ennemis et de gens ayant intérêt à s’opposer à tes projets, quels qu’ils soient… Et tu comprendras que, comme l’on me fait des propositions à mon entière convenance, je ne dois pas lâcher la proie pour l’ombre. Je te dirai bien plus : si ce n’était pas toi…

— Tu dirais catégoriquement que tu refuses, n’est-ce pas ? Eh bien, le voyage est décidé.

— Doña Ana m’écrit pourtant qu’il y a de grandes chances pour qu’il ne se fasse pas…

— Madame ta sœur et ma digne épouse aurait mieux fait de taire ces secrets qui, sans être secrets d’alcôve, peuvent être secrets d’État… Mais à ton égard, la première indiscrétion n’est pas d’elle mais de moi…

— Ana n’ignorait pas que tu devais m’en parler et elle n’a fait que s’avancer… Entretemps, tu laisses la réponse en suspens.

— Non, car elle était donnée d’avance. Je joue gagnant ! Personne n’osera empêcher, ni même retarder le voyage…

— Des bruits courent que l’ambassadeur portugais, cet obstiné et intrigant Mendes de Vasconcelos…

La courageuse franchise qui, à première vue, semblait caractériser le visiteur – à en juger par sa prestance et le regard ouvert de ses petits yeux noirs – faisait place à une attitude de réserve visiblement forcée, sans diminution de la déférence et de l’affection, comme si l’homme jouait un rôle inadéquat à son caractère. Solís l’interrompit :

— Son Altesse – dit-il – a décidé que le voyage aurait lieu, malgré les prétentions du Portugal et les ruses de Vasconcelos, et tu sais bien que Don Ferdinand n’est pas de ceux qui se laissent influencer. Ce qu’il veut est ce qui s’accomplit, de gré ou de force.

L’autre respira fortement, ce qui était sa façon de soupirer.

— Oui, oui – marmotta-t-il. Il a arraché aux Maures l’Andalousie, il nous a débarrassés des infidèles et des Juifs, il a ajouté à sa couronne le royaume de Naples, la Sardaigne, le Roussillon, une partie de l’Afrique, et même si sa reine lui manque – Dieu ait son âme –, il couve à présent la Navarre… Il peut bien se rire des criailleries d’un ambassadeur portugais et des sautes d’humeurs de son fils, ou plutôt de son gendre, au Portugal[23].

— Comme il l’a déjà fait…

— Par exemple, lors de ton voyage de 1508.

— Chut ! Les murs ont des oreilles…

— Ton domestique n’est-il pas fiable ?…

— Il y a d’autres personnes dans la maison.

— Mais, aussi discret que l’on soit, ces choses transpirent, Juan… Personne n’a été dupe du procès qu’ont prétendu te faire les officiels de Séville, ni du fait que le Franciscain Lorenzo Pinedo te conduise à la Cour où l’on pouvait vous voir, ni de la colère que le Roi semblait avoir éprouvée envers toi… Tout ce bruit concordait mal avec les faveurs qu’il t’a accordées par la suite… Et, ce que tout le monde sait, Vasconcelos est-il censé l’ignorer ?

— Il ne pouvait en être autrement – répliqua Solís, en souriant – parce que le procès a prouvé que je m’en étais tenu aux instructions du Roi.

— Mais qui a assisté à ce procès ?

— Le Roi, et c’est suffisant. Son Altesse elle-même a entendu le réquisitoire et toutes les sommations, et, comme il n’y avait pas de raison pour me condamner, mon incarcération n’a duré que le temps de l’instruction… Je suis lavé des accusations.

— Hum ! Naturellement. Mais Vasconcelos doit continuer à se demander, comme tout le monde, s’il ne le sait pas déjà parfaitement, jusqu’où ont été les caravelles Santa Magdalena et San Benito, qui ne peuvent pas avoir passé plus d’une année à avaler des mouches dans le golfe de Paria[24] ?… Et cela n’a pas dû lui faire très bonne impression que tes équipages, sous prétexte d’éviter des frais inutiles, aient été dispersés dès ton arrivée ; pas plus que la hâte avec laquelle Don Ferdinand s’est saisi de ton procès et de ta personne, sans que l’on ait eu des nouvelles du premier jusqu’à aujourd’hui et sans que l’on sache rien de toi pendant un bon bout de temps…

Don Juan accompagnait les observations de son beau-frère de grands éclats de rire, tout en remplissant leurs coupes.

— Tu as raison, tu as raison – répétait-il réjoui.

— Bah ! ce que je dis circule dans les rues depuis un bon moment.

— Oui, oui, la calomnie se répand comme un incendie.

— La calomnie ? Tu veux m’embobiner, moi aussi ? Je ne prétends pas bénéficier de tes confidences, si tu ne me les fais pas spontanément, et à vrai dire je n’en ai pas besoin, parce que tous ne sont pas aussi secrets que vous l’êtes, toi et Vicente Yáñez… Il n’en manque pas d’autres qui…

— D’autres ? – s’exclama Solís, sursautant. Bah ! il n’y avait avec moi – parce que Vicente Yáñez est meilleur soldat que marin – personne qui aurait été capable de situer un port…

— Allons, Juan ! Lorsque l’on navigue de longs jours, des mois entiers, avec la même direction plus ou moins et que l’on voit que le soleil se lève toujours à bâbord et qu’il se couche à tribord du navire, le plus ignorant et le plus stupide sait que, après avoir accosté à Española[25], on arrive forcément fort au Sud de la Castille d’Or. En plus d’un an, avec des vents favorables, des bateaux à voiles comme tes caravelles et un navigateur aussi expérimenté que Juan Díaz de Solís, on va très loin… peut-être jusqu’au quarantième degré, si le pilote Pedro de Ledesma, qui vous accompagnait, n’est pas sot ou ne ment pas sciemment…

— Il prouve que le voyage fut tel que je l’ai dit et pas plus ; les preuves consistent en ces indiens que j’ai ramenés, afin que l’on en dise le plus grand bien, et en ces échantillons d’or de bas aloi…

— Indiens et or de bas aloi auraient très bien pu être pris tout simplement à la Española, lors de l’escale… Et l’on en est resté à en dire le plus grand bien…

— N’insiste pas, Paco – s’exclama Solís, en faisant une moue.

— Allons, Juan, allons ! Je n’ai pas l’intention de te mettre la pression mais de déterminer si je dois aller avec toi ou pas. Ce n’est pas l’envie qui me manque, mais je me refuse catégoriquement à m’engager à l’aveuglette… J’ai confiance en toi mais toi tu dois aussi me faire confiance.

Solís défronça les sourcils et, après s’être servi et avoir bu une troisième coupe, qui sembla le rendre plus animé et plus communicatif, il se releva soudain, alla retirer de l’armoire en bois taillé une liasse de papiers non rognés garnis de grands sceaux en cire et la tendit d’un geste satisfait à son visiteur :

— Prends, Francisco de Torres, mon frère – dit-il. Lis cette convention et tu en sauras autant que moi.

Torres prit le manuscrit et le déchiffra visiblement avec peine. Ensuite, secouant la tête d’un air dubitatif, il grogna :

— Que peut signifier ceci ? D’après ce que je vois, il s’agit seulement d’une démarcation entre les terres qui reviennent à la Castille et celles qui échoient à la Couronne du Portugal. Même si c’est important, ce n’est pas ce que je supposais et espérais…

— Eh bien avec cela, comprends-le bien – s’exclama Solís – nous pouvons aller aussi loin que Vasco de Gama, et même beaucoup plus loin… Mais écoute. Avec ce sauf-conduit…

— Achève !

— Eh bien nous pourrons, si nous en avons envie, et sans que personne s’en aperçoive, changer de direction à mi-chemin et naviguer en toute liberté vers le Couchant, par exemple… ou vers n’importe quel autre point.

— Veux-tu dire que… ? – murmura Torres en regardant fixement Solís. Et, après un silence, il s’exclama : — Allez ! Je commence à comprendre… Tu as trouvé un passage !

— Peut-être pas mais rien n’empêche que nous puissions en trouver un.

— Tu as au moins récolté des indices.

— Ou je présume qu’il existe, rien de plus.

— Hé ! Tu le sais et tu te tais !

— Je ne peux rien dire de plus par prudence… Viens-tu avec moi ?

— Ta réserve ne m’y incite pas… mais je devine et cela me suffit… Tu ne dois pas parler ainsi à Son Altesse car, autrement, cette entreprise ne serait plus celle du Roi.

— Bref, viendras-tu, oui ou non ?

Francisco de Torres médita un instant et, ensuite, se levant de son tabouret, il s’exclama :

— Marché conclu !

— Je n’en espérais pas moins de toi et je t’ai réservé une surprise. À ma demande, le Roi t’a nommé pilote de la flottille, et tu seras second à bord.

— Second… après les sempiternels officiers royaux, créatures de la Casa de Contratación.

— Tranquillise-toi… Ce seront des gens pacifiques, qui feront tout ce que je déciderai… J’y veillerai et Son Altesse me l’a promis… Grâce à Dieu, ils ne seront pas l’instrument de ces messieurs de Séville qui me cherchent la petite bête, comme s’ils étaient des agents « grippe-deniers » du Vasconcelos et de don Manuel !… Et il se peut même que ces soupçons ne soient pas fondés…

— Ce serait une noire trahison. Mais, par les temps qui courent, on peut s’attendre à tout ou tout craindre de la part de courtisans et d’ambassadeurs…

— Les gens vont où sont leurs intérêts… Mais don Ferdinand n’est ni sourd ni manchot, ni aveugle, ni une girouette. Rien ne lui échappe, même s’il a perdu un auxiliaire aussi précieux, décidé et discret que la reine Isabelle[26].

Il parut perplexe, fronça les sourcils et, à la fin, désignant une lettre qui était restée ouverte sur le buffet, ajouta :

— Avec ce pli, cela fait déjà dix invitations que m’adresse l’ambassadeur du Portugal pour que j’aille m’entretenir en privé avec lui… Je sais bien ce qu’il a derrière la tête… Il a commencé un travail de sape et, voyant qu’il ne peut pas me nuire dans l’esprit du Roi, il change à présent son fusil d’épaule… Il va remplacer les attaques par les tapes amicales et les offres… J’ai déjà reçu, sûrement grâce à son influence, un sauf-conduit que m’a apporté mon frère Blas, pour me rendre au Portugal, si je le désire… Il veut m’attirer, me détourner, en me faisant miroiter la perspective de toucher tout ce que me doit la Casa da Guiné[27], considérant comme non perçu ce que j’ai récupéré « manu militari ». Et sans doute Vasconcelos pense-t-il me faire de nouvelles avances, m’offrant un appât tel que je morde à l’hameçon. Mais, tout doux ! Je connais mes Portugais !

— De sorte que tu ne te rendras pas au rendez-vous…

— Attends ! Il veut à tout prix m’empêcher d’effectuer le voyage au profit de la Castille et il me proposera de le faire pour le Portugal mais, bien sûr, il ne parle pas de cela dans ses lettres…

— Il pense donc clairement qu’un autre ne pourrait pas faire la même chose que toi, que tu connais… des choses qu’ignorent les autres pilotes… Voilà ce que j’en dis !…

— C’est possible. Ce qui est certain, c’est qu’il insiste sur le fait qu’il doit me communiquer quelque chose qui, d’après lui, me convient vraiment.

— Mais tu n’iras pas…

— Bien sûr que j’irai, que nous irons, Paco, parce que tu m’accompagneras, tu seras de la partie… Il faut connaître le fond de sa pensée et de celle du roi Manuel, pour leur causer ensuite une vive déception.

— Pourquoi as-tu besoin de ma compagnie ? Je ne peux en rien t’être utile.

— Tu te trompes… Tu peux, au moins, lui confirmer ce que je lui dirai, et ajouter pour ta part, d’autres petites choses, comme l’élément du sauf-conduit du Roi du Portugal et celui du montant que l’on nous doit, à mon frère et à moi, à la Casa da Guiné… Et puisque quatre yeux voient plus que seulement deux, tu analyseras aussi minutieusement, de ton côté, ce que nous dira l’ambassadeur, et tu tenteras de percer ses pensées intimes… Mais il faut, avant tout, que tu te reposes et que tu quittes ces vêtements de voyage. As-tu un gîte ?

— J’ai laissé mon cheval avec le reste de mes affaires à l’auberge de Paredes.

— Je le supposais mais il vaut mieux que je t’accorde l’hospitalité ici afin de ne pas trop éveiller la curiosité avec tes allées et venues. Rien de plus naturel que de loger chez ton frère, même à titre précaire.

— Cela me convient.

— Holà, Rodrigo ! – cria Solís. Il ira chercher ton cheval et tes bagages pendant que tu te reposeras dans la pièce que je t’ai réservée.

Le garçon au visage déplaisant entra, reçut les ordres de don Juan et partit aussitôt pour l’auberge de Paredes, qui se trouvait à faible distance.

— Je vais te guider jusqu’à ta chambre – dit Solís.

— Avant cela… Dans ta dernière lettre, tu me demandais de te chercher un homme habile et résolu, ayant une expérience de la mer et capable de diriger des marins.

— Oui. L’as-tu trouvé ?

— Et il est prêt à nous rejoindre.

— Est-ce que je le connais ? Qui est-ce ?

— Un certain Diego García, natif de Moguer…

— Il me semble avoir entendu évoquer son nom.

— C’est un bon navigateur, rustaud, rude, sans beaucoup de manières, mais brave et loyal.

— Énergique ?

— L’énergie faite homme.

— Puisqu’il est recommandé par toi, il me semble clair que cela te ferait plaisir de l’avoir à ton service.

— Ce n’est pas peu dire.

— Est-il discret ? Peut-il garder un secret ?

— Une tombe.

— Fais-lui alors savoir que je le nomme quartier-maître d’un de mes vaisseaux.

— Tu ne le regretteras pas, ni lui parce qu’il ne peut pas aspirer à davantage : bien que dans la mer il soit un dauphin, il ne sait pas lire et navigue à l’aveuglette mais toujours avec succès. Il est comme les épagneuls à terre qui, eux non plus ne savent pas lire, mais qui chassent par instinct naturel.

— Mettra-t-il longtemps à recevoir ton message ? Où est-il ?

— Il se restaure à l’auberge. Je l’ai amené avec moi, à toutes fins utiles.

— Eh bien, lorsque Rodrigo reviendra, je lui demanderai d’aller le chercher. À présent, gagne ta chambre qui, aussi modeste soit-elle, est toujours plus confortable qu’un grabat de marin. Dors quelques heures pour être ensuite mon second contre Vasconcelos et don Manuel, si pas dans une passe d’armes, dans une joute oratoire.

III

REVIVANT LE PASSÉ

Juan Díaz de Solís regagna la salle et s’assit dans le haut fauteuil en cuir. Il semblait somnoler, fatigué après tant d’animation. En réalité, il méditait en se remémorant des faits passés et en évoquant des événements futurs, comme dans un songe ou un examen de conscience où serait mêlée la vision de l’avenir. Mais il y avait peu d’éléments sentimentaux dans ses pensées.

Marin rompu aux longues traversées et à d’interminables absences, n’ayant en rien le cœur tendre, le souvenir qui l’occupait le plus n’était pas celui de son honnête épouse doña Ana de Torres, ni celui de ses enfants Luisillo et Diego, qui étaient restés avec elle à Lepe. En des temps aussi rudes et âpres, de passion mais pas de douceur, des hommes comme lui savaient aimer à leur façon, d’en haut et de loin, la famille, propriété à peine plus jalousement gardée et protégée que les matériaux, tant que l’honneur n’était pas en jeu. Ils n’étaient habituellement pas l’époux ou le père mais, plutôt, le maître, le chef. Solís pensait, donc, aux siens, avec la partie subconsciente de son esprit, comme on pense à des abstractions qui ne parviennent pas pour le moment à exercer une influence sensible sur la vie mais qui dépendent d’elle et se subordonnent à elle : très différents étaient les personnages et les faits qui le préoccupaient dans la trame de son destin.

Il revivait des événements passés et extraordinaires – pouvant presque les toucher dans son imagination, comme personne à part lui ne pouvait les voir, débarrassés de leur mystère et de leur côté secret –, passant en revue, à la lumière de fugaces évocations tout ce qui était arrivé depuis cette année 1492, début de ses passions et de ses malheurs, là-bas au Portugal…

Jeune encore, il était pilote du Roi. Il avait rapidement fait carrière ; il pouvait espérer honneurs et fortune… Mais la « Casa da Guiné », au service de laquelle il était, se mit à le négliger, à lui témoigner une certaine malveillance que son sang chaud ne pouvait supporter sans colère. Ils en arrivèrent à lui devoir, pour sa solde de pilote, la somme rondelette de huit cents ducats, équivalant à plus de sept cents mille maravédis[28], et on ne la lui payait pas, malgré ses réclamations insistantes et les ordres réitérés de Jean II. Solís crut que, d’accord avec la Casa da Guiné, le Roi se moquait de lui, ne faisant pas le nécessaire pour que ses ordres fussent suivis d’effet ou les désavouant traîtreusement à peine émis. En s’en souvenant, Solís en avait le visage qui se crispait. Mais lui succédait, immédiatement, un sourire moqueur.

C’est qu’il n’avait pas tardé à trouver une manière de donner satisfaction à son amour-propre blessé et de sauvegarder ses intérêts. Une indiscrétion « en prenant un verre » lui permit d’apprendre que certains corsaires français, avec qui il avait noué des contacts lors d’un de ses voyages, préparaient un coup de main productif au détriment de la Casa da Guiné. Il n’hésita pas à s’y associer, car il croyait évidemment et indiscutablement juste de récupérer son dû, quelle qu’en fût la manière. Uni aux corsaires, il s’embarqua avec eux et, ensemble, ils s’emparèrent en haute mer d’une caravelle portugaise qui revenait de La Mina[29] avec vingt mille doublons d’or[30]. Lors de la répartition du butin, il reçut plus que ce qu’on lui devait et il hésita avant d’emporter le surplus mais il laissa de côté ses scrupules et ne se borna pas à « récupérer son dû ». Que cela compensât les désagréments subis, n’était, tous comptes faits, que légitime !…

Son sourire moqueur s’accentua : les choses n’en étaient pas restées là mais avaient débouché sur une étrange comédie.

Le corsaire improvisé ne retourna évidemment pas au Portugal à la suite de son exploit. La Casa da Guiné ne l’aurait pas accueilli à bras ouverts. Il se réfugia en Castille, pour y consommer sa part de butin, tout en trouvant une nouvelle application à son activité et à ses connaissances. C’est là qu’il apprit que Jean II rendait la France entièrement responsable de ce que lui et les corsaires avaient fait. À titre de représailles et par mesure de précaution, il venait d’ordonner[31] que l’on saisisse deux navires français ancrés dans le port de Lisbonne, qu’on les prive de vergues et de gouvernails afin qu’ils ne tentent pas de fuir, que l’on licencie l’équipage en le remplaçant par des marins portugais et que l’on mette en dépôt à la Douane les précieuses marchandises qui se trouvaient à bord. Et il menait bien la danse, le Portugais parce qu’il ordonna également, que l’on s’emparât de tous les navires français à cale à Setubal, Algarve, Porto et Aveiro !… Mais cela ne fut pas du tout du goût des marchands, armateurs et propriétaires des navires, qui accoururent précipitamment pour se plaindre auprès du Roi de France. Charles VIII qui, à l’époque, était surtout préoccupé par ses audacieux projets de guerre et de conquête en Italie ; désireux d’avoir la paix de l’autre côté des Pyrénées, il trancha dans le vif, faisant restituer à Jean II la caravelle prise par ses corsaires, lui remboursant rubis sur l’ongle l’équivalent de ce qui avait été dérobé et présentant, par l’intermédiaire de ses ministres, ses plus plates excuses au monarque portugais. Lorsque cela se fit, comme Charles VIII l’ordonnait, Solís dit en riant :

— On m’a payé, oui, mais avec de l’argent français. La dette existe toujours et il se peut, qu’un jour, je me la fasse rembourser !…

Tout s’arrangea, donc, à la satisfaction des armateurs et marchands, mais il n’en était pas de même pour le pilote. Jean II était indemnisé matériellement mais pas moralement : le serviteur, qui s’était moqué de lui, restait impuni, et cela n’était pas tolérable pour le prestige de sa couronne… Les Rois Catholiques furent informés, en son nom, de l’acte de piraterie commis par Solís, afin que, en accord avec les traités, ils concèdent l’extradition du sujet portugais « Joao Dias », pilote de la Casa da Guiné.

Ce souvenir divertissait Solís. Son ami le maire de Lepe lui avait, un jour conseillé de chercher un refuge secret jusqu’à ce que les choses se tassent, s’il voulait faire de vieux os, ailleurs que dans une prison portugaise. Et il lui fit lire confidentiellement, pour sa gouverne, un ordre royal daté du 29 octobre 1495, signé dans la ville d’Alfaro, par don Ferdinand et doña Isabelle, et communiqué à tous les « magistrats, assistants, maires, huissiers et tous autres auxiliaires de justice de n’importe quelle ville, villages et lieux de nos royaumes et seigneuries », stipulait le document en question. Le navigateur, qui s’empressa de le dérober, connaissait presque par cœur le confus et, en même temps, savoureux texte de la circulaire, chef-d’œuvre des fonctionnaires de l’époque[32] :

« Sachez – disait l’ordre – que le sérénissime Roi du Portugal, notre frère, nous fait savoir que Juan Diaz, pilote, surnommé Bouffées de Bagasse, natif de son royaume du Portugal, ayant agi de concert avec certains Français, ils ont volé une caravelle du Roi en question qui venait de La Mina, sur laquelle ils ont dérobé plus de 20.000 doublons, dont ledit pilote a prélevé sa part ; et on a appris qu’il se trouve en nos royaumes, ce qui résulte d’une enquête que l’on y a menée ; on nous demande de nous conformer aux traités de paix conclus avec le Roi en question, notre frère, que nous le fassions arrêter et le livrions, afin que dans son royaume de Portugal il le fasse passer en justice ; et puisque ladite enquête qu’il Nous a communiquée semble correspondre à la vérité, nous accédons à cette demande et vous adressons cette lettre pour cette raison, vous ordonnant, étant requis par ledit Roi, notre frère, sur base de notre lettre, de vous emparer de la personne dudit Juan Diaz, pilote, et de placer sous séquestre tous ses biens, meubles et immeubles, où que vous que le trouviez, et que vous le remettiez et le fassiez livrer avec tous ses biens à la personne que ledit Roi, notre frère, a envoyée pour lui, afin qu’elle puisse l’emmener et le conduire au royaume du Portugal et que, là-bas, on le traduise en justice : à cette fin, nous vous donnons le pouvoir d’accomplir l’objet de notre lettre avec ses incidences et dépendances, urgences, annexes et connexes… »

Le Roi du Portugal, qui, en effet, avait fait vérifier par des agents secrets le lieu de résidence de Solís, s’empressa d’envoyer quelqu’un pour le capturer avec l’aide de la justice espagnole. Grand était le danger mais l’épée, suspendue, ne s’abattit pas sur la tête du pilote. Il n’avait pas même besoin de la mise en garde de son ami le maire. Quoique justiciers, les Rois Catholiques – et tout particulièrement doña Isabelle, qui fut pour son Royaume, en ce qui concerne le gouvernement et l’administration, ce qu’une incomparable maîtresse de maison est pour sa famille – étaient trop bien informés pour ne pas le tirer d’embarras en prévision de futurs services – sachant ce que chacun des vassaux et habitants de leur Royaume valait, parce que – comme le dit Galíndez de Carvajal[33] – « (…) afin d’agir en connaissance de cause lors des élections, ils avaient un livre, où étaient renseignés les hommes les plus habiles et ayant le plus de mérites pour les charges à pourvoir (…) ».

Non seulement, ils n’attisèrent pas le zèle des magistrats et consorts afin que fût exécuté leur royal ordre mais ils admirent même sans difficulté comme bien fondé le plaidoyer que Solís leur fit parvenir depuis sa cachette. Afin de ne pas tomber aux mains de Jean II, peut-être au péril de sa vie, le navigateur se prévalait de sa nationalité espagnole : ses parents étaient originaires de Santa María de Solís, où les Solís possédaient une « noble demeure, ancienne et patrimoniale, depuis l’époque du Roi Don Pelayo », ce dont pourrait attester, si nécessaire, García Dei, maître d’armes de Leurs Altesses. Ils avaient émigré au Portugal, après la naissance à Lebrija[34] de Juan Díaz, vassal naturel des Rois Catholiques et ne relevant, en tant que tel, que de leur juridiction et de leur justice…

Le Portugais avait obtenu satisfaction, au moins sur la forme ; les Rois et leur justice étaient indifférents à un procès qui ne concernait pas les intérêts du Royaume, Juan Díaz de Solís pouvait être un serviteur de la Couronne très utile… Tout conseillait d’enterrer cette affaire et le seul obstacle disparut de lui-même : Jean II décéda en octobre de cette année 1495.

Mais les Rois Catholiques ne jugèrent pas opportun de se servir immédiatement de Solís, même s’ils connaissaient ses grands mérites. La série de malheurs du navigateur n’était pas terminée. À Jean II venait de succéder sur le trône du Portugal Manuel Ier, désirant vivement surpasser en éclat et en gloire celui que ses contemporains avaient surnommé le « Prince Parfait ». Il caressait surtout l’idée d’étendre ses domaines, d’abriter à l’ombre de la croix – sous le sceptre portugais, bien sûr – de nouvelles et vastes terres encore sauvages ou inconnues et, à cette fin, essayait-il d’attirer à son service tous les hommes de valeur et de savoir, pilotes experts ou guerriers héroïques, qui fussent capables de sillonner des mers et défier des dangers, poursuivant, en rude concurrence avec la Castille, la série glorieuse des découvertes qui avaient tant fait la renommée de son prédécesseur. Parmi eux, il fixa les yeux avec une préférence visible sur celui que, depuis sa fuite, on avait commencé à appeler Juan Díaz de Solís, et il lui fit offrir, outre une amnistie pour le passé, la charge de pilote de la flotte portugaise, avec des gages tentateurs. Le navigateur, qui n’avait pas l’embarras du choix, accepta, repassant au Portugal.

Ces souvenirs, plus fugaces, traversaient comme des éclairs la mémoire de Solís. Mais, en arrivant à ce stade, son sourire, sa sérénité disparurent brusquement. Son visage exprima de la douleur et de la colère…

Peu après être entré au service de Manuel Ier, il tomba amoureux d’une damoiselle de Lisbonne, aussi coquette que belle, et ils ne tardèrent pas à se marier. Cet épisode de sa vie fut court et dramatique… Quelques mois après ses noces, le marin recevait l’ordre d’embarquer comme pilote sur la caravelle « Cisne » qui, avec quatre autres vaisseaux commandés par le Duc Alfonso de Albuquerque comme capitaine général, faisaient partie de l’escadre de l’amiral Tristan da Cunha. La grande figure d’Albuquerque était la seule lueur dans les ténèbres de ce souvenir. Il lui semblait encore le voir avec sa majestueuse stature, sa barbe à la Moïse, ses yeux de feu, son beau profil marqué, son front large et haut, des traits révélateurs de sa valeur, de sa loyauté, des nombreuses vertus que le firent appeler « Le Grand ». Il l’avait reçu avec une sévère bienveillance, lorsqu’il était allé occuper son poste, lui faisant l’honneur de le connaître à fond et lui témoignant la plus grande confiance en son habileté, comme on se disait alors. Il lui communiqua la date à laquelle ils lèveraient l’ancre du mouillage de Belem, près de Lisbonne, et il lui donna la permission de se retirer… Ce fut la première et la dernière fois qu’il vit le Duc.

La petite escadre d’Albuquerque, ancré sur le Tage, ne suivit pas la flotte de Tristan da Cunha qui mit les voiles à la date indiquée. On attendit, deux longs jours durant, le pilote de la « Cisne ». Au troisième jour, on leva l’ancre sans lui. Le bruit était parvenu aux oreilles de l’équipage des caravelles, à celle du Duc même, que, fou de jalousie, estimant nécessaire de laver son honneur, Solís, à juste titre ou pas, avait poignardé à mort son épouse et, ensuite, était allé se réfugier en Castille, abandonnant tout… Était-ce vrai ? Ce devait l’être si un regard égaré et un front renfrogné et sombre reflètent le drame de l’amour, de la folie et de la mort…

Le navigateur disparut mais, deux ans plus tard, en 1508[35], messieurs les officiels de la Casa de Contratación de Séville recevaient avec un relatif déplaisir une ordonnance signée par Don Ferdinand – la Reine Isabelle n’existait plus – et légalisée par Lope Conchillos, leur faisant savoir : « mon plaisir et ma volonté sont de prendre et recevoir Juan Díaz de Solís comme notre pilote », à raison de quarante mille maravédis annuels tant qu’il sera à terre, quarante-huit mille lorsqu’il naviguera, et deux cahíces de blé[36] par an, pour l’approvisionnement de sa maisonnée.

Don Ferdinand avait émis cette ordonnance le 22 mars[37] afin de signer le lendemain un contrat convenu déjà avec Solís et Vicente Yáñez, pour un important voyage de découverte aux Indes Occidentales. Les deux marins étaient obligés de partir de Cadix sur deux caravelles et de naviguer vers le Couchant « sans débarquer sur une île ou terre ferme, selon la démarcation, appartenant au Roi du Portugal », gendre pour la deuxième fois du Roi Catholique[38]. On sait que les souverains des deux royaumes avaient accepté la décision du Pape Alexandre VI, qui donnait à l’Espagne tout ce qu’elle pourrait conquérir à l’Ouest et au Portugal tout ce qu’il pourrait conquérir à l’Est d’une ligne imaginaire « de démarcation » qui, passant par l’île de Fer, dans les Canaries, et par les deux pôles, divisait en deux le globe terrestre ; on sait que, un peu plus tard la ligne fut éloignée de trente degrés à l’Ouest de la même île – ce qui ne mit pas fin, loin de là, aux litiges entre les deux couronnes : la célèbre ligne, donc, passait alors, avec cette modification, à quelque trois cents vingt lieues à l’Ouest de la dernière île du Cap Vert, se prolongeant jusqu’aux pôles. Et c’était celle-là que Juan Díaz de Solís et Vicente Yáñez Pinzón devaient respecter. Leurs caravelles navigueraient sans s’arrêter dans des ports déjà connus plus que le temps nécessaire pour se ravitailler en vivres et en eau potable, jusqu’au moment où ils trouveraient le passage qui, selon Solís, permettrait d’arriver par l’Occident aux Moluques et à la région des épices, sans devoir doubler le Cap de Bonne-Espérance.

Le Portugal n’avait apporté à Solís que des déceptions ayant tourné en tragédie. Dans son for intérieur, malgré sa clairvoyance, le marin rendait, avec une profonde rancœur, responsables de son malheur, non seulement le Roi du Portugal et ses ministres, mais jusqu’au pays lui-même. Il haïssait le Portugal tout entier, voulait se venger de lui et, au profit de l’Espagne, le priver de tout ce qu’il aurait pu lui apporter, résolu aussi à lui prendre tout ce qu’il pourrait. L’homme, éternel enfant, maudit la terre qui ne lui a pas souri.

IV

JUSQU’AU BOUT DU RÊVE

Les caravelles ne partirent pas de Cadix, comme le stipulait le contrat[39], mais de Sanlúcar de Barrameda, le 29 juin 1508. Celui qui les commandait était Solís, seul chef sur mer, comme Vicente Yáñez (Pinzón) devait l’être sur terre, en tant que capitaine du Roi.

Dans son involontaire méditation, le marin se souvenait de nombreux événements de cette expédition, fort importants, de ceux que l’on n’avait assurément pas tenus pour notoires. Le peuple n’en avait jamais su plus que ce que lui et Yáñez Pinzón avaient bien voulu en raconter, même s’il subodorait un mystère. À ce qu’ils disaient tous deux, ils avaient franchi sans incident les Canaries, gagné ensuite la Española[40] et, parcourant de l’Est au Couchant la côte méridionale de Cuba, avaient touché à d’autres terres à l’Ouest de l’île puis, changeant de cap, étaient arrivés à las Bocas del Dragón et au golfe de Paria[41].

Ils ajoutaient que, après un séjour assez prolongé dans ces parages, ils avaient suivi la côte vers le Levant, apercevant des terres dépeuplées et parsemées de lagunes, jusqu’à parvenir, au septième degré de latitude, à un promontoire, à partir duquel ils traversèrent à nouveau l’Atlmoantique en direction de l’Espagne, où ils revenaient un an et quatre mois après leur départ, le 27 octobre 1509. Ils avaient tenté de ramener avec eux quelques indiens, pour en faire des interprètes, mais ils avaient dû les laisser à la Española ; ils rapportaient en revanche plusieurs échantillons de « bas » or et des « figures » ou des cartes des seules mers que, selon eux, ils avaient sillonnées et des seules côtes qu’ils avaient longées.

Solís souriait à nouveau en s’en souvenant même si, alors, éclata un autre conflit : la lutte que, durant de très longs mois, les officiers royaux – et, tout particulièrement, don Pedro Isásaga – soutinrent contre lui, mécontents et malveillants depuis que le Roi l’avait nommé pilote, et irrités par la faveur croissante dont il bénéficiait sous leurs yeux. Ces « messieurs de Séville », comme il avait l’habitude de les appeler, mis sur leur garde par l’attitude du comendador mayor de la Española[42], ayant retenu les indiens interprètes, et ayant des doutes quant à l’exactitude du journal de navigation de Solís, entamèrent une instruction, firent arrêter le pilote et, hâtivement et secrètement, firent part au Roi de leurs soupçons. La Cour se trouvait, à l’époque, à Madrid, où don Ferdinand reçut les plis confidentiels de ses officiers. Et, à ce stade-ci, il se produisit quelque chose d’aussi inattendu que de significatif : sans perdre un instant, Son Altesse ordonna que prisonnier et instruction fussent transférés à Madrid, parce que c’était sa volonté de s’occuper personnellement de l’affaire, en excluant la Casa de Contratación de Séville. Cela réjouit autant Solís que cela déplut aux officiers. Il était certain que le Roi n’allait pas lui reprocher son mystérieux échec sur la mer du Sud, car il s’agissait bien de cela ; Vicente Yáñez, qui n’en était pas responsable, n’avait pas été inquiété, ou si peu, et il jouissait de sa liberté.

Intéressés par ces faits et leur cherchant une explication, les gens en conclurent que le procès était né d’un désaccord entre les chefs de l’expédition, mésentente arrivée aux oreilles supérieures et provoquée par Solís, visiblement sanctionné. D’aucuns, toutefois, réfléchirent au fait que l’équipage des navires, licencié dès qu’il avait touché terre, avait disparu, comme escamoté par un jongleur ; on l’expliqua en disant que, convoqué pour faire une déclaration, il était en route pour Madrid ; toujours est-il qu’aucun des marins ne fut jamais vu à la Cour…

Pas davantage que Solís. Personne ne sut plus rien de lui avant une ordonnance royale du 14 février 1510 : « Il est prisonnier dans une geôle de la Cour et on doit déterminer quelle justice doit lui être appliquée[43]… » Personne non plus ne sut ce qu’il advint de l’instruction si jalousement entamée par les messieurs de Séville.

Solís s’agita dans son fauteuil et sa bouche se contracta dans un éclat de rire silencieux. Il riait sous cape d’Isásaga et des autres. Mais la sérénité revint sur son visage en se rappelant, avec nostalgie, les agréables lectures de cette époque de repos forcé, jusqu’à ce qu’il sourît à nouveau en revivant le dénouement inattendu de la comédie, les soixante-six mille cent quatre-vingt-deux maravédis[44] – ni plus ni moins – que Son Altesse ordonna à cette même Casa de Contratación de lui payer « à titre d’indemnités et pour le préjudice subi durant les vérifications concernant son voyage en compagnie de Vicente Yáñez Pinzón[45] ».

À partir de ce moment-là, tout lui sourit. Même la lutte ne lui faisait pas peur pour donner à sa vie de l’intérêt. Ce fut à cette époque, dans la pittoresque et paisible ville de Lepe, qu’il fit la connaissance et aima doña Ana de Torres, sœur de son ami Francisco de Torres, pilote comme lui. Damoiselle craintive et d’un physique agréable, elle séduisit Juan qui vit en elle la femme digne d’être sa compagne. Doña Ana ne resta pas longtemps sourde à ses avances, bien qu’elle sût – car on dirait que même le vent véhicule de telles nouvelles – tout ce que l’on disait concernant la mort de la première épouse de Solís. Et il est fort possible que – comme dans nombre de cas analogues de ces temps de violence – la vengeance ou le châtiment dont la main de l’époux s’était faite l’exécutrice, ait dans son esprit et son cœur davantage embelli la personne que les compétences du marin. Que pouvait-elle craindre de lui, elle qui était l’honnêteté personnifiée ?… La réputation d’adepte de Bacchus, exagérée, de Solís ne l’arrêta pas davantage : en en parlant, Francisco lui avait certifié qu’une telle inclination, fort répandue parmi les hommes de mer et de guerre, ne dépassait jamais chez lui une mesure discrète.

Doña Ana de Torres et Juan Díaz de Solís ne tardèrent donc pas à célébrer leurs noces, à la grande satisfaction du frère et ami. La lune de miel fut plus placide qu’agitée, en raison du caractère de l’épouse et de l’âge et de l’amère expérience de l’époux. Ils s’installèrent à Lepe, où ils menaient une vie retirée, jouissant de sa position flatteuse, toujours ensemble, tant que les obligations maritimes ne réclamaient pas le pilote. Doña Ana, comme la majorité des femmes de l’époque, était ignorante mais, en revanche, elle était dotée d’une intelligence claire, sagace, et de capacité réflexive, qui, en diverses occasions, avaient fait d’elle la conseillère de son frère, comme elle le fut ensuite de Solís, l’apaisant, car il était toujours exubérant, fougueux et passionné pour tout ce qui concernait ses ambitions. Doña Ana n’essayait pas d’accroître son influence mais de l’utiliser avec mesure : elle était plutôt la maîtresse de maison, taciturne et modeste, soumise à son mari, se préoccupant uniquement des besoins du ménage, ne sortant que pour se rendre à l’église, pratiquant ce que l’on considérait à l’époque comme étant toutes les hautes vertus féminines. De cette paisible union naquirent deux beaux et forts garçons : Luisillo, en 1510, et Diego, qui n’avait que quelque mois lorsque, rappelé par Son Altesse, Solís dut accourir à Logroño.

Et le marin revécut en une seconde l’année qu’il considérait comme décisive pour sa vie, 1512 où, en février, le 22, décédait le célèbre Vespucci – Amerigo Vespucci – laissant vacante la charge de pilote principal du Roi, que les messieurs de Séville convoitaient pour leurs parents ou leurs protégés. Mais don Ferdinand avait déjà fait son choix et, faisant la sourde oreille aux insinuations et suppliques de quelques-uns de ses officiers, le 25 mars, il nomma Juan Díaz de Solís, avec la solde annuelle de cinquante mille maravédis nominaux, car il allait devoir en verser un cinquième, à titre de pension alimentaire, à la veuve d’Amerigo[46]. Cette nomination, qui en mécontenta beaucoup à la Casa de Contratación, ruinant leurs espoirs, n’était pas une faveur gracieuse mais bien une mission de travail et un sacrifice : le jour-même où il l’accorda à Solís, Son Altesse concluait avec lui un contrat par lequel le marin s’engageait à naviguer vers l’Orient, en tant que capitaine du Roi, avec deux vaisseaux, afin d’établir la ligne de démarcation entre les terres, récemment découvertes, revenant respectivement aux couronnes de Castille et du Portugal[47]. Comme on en avait pris l’habitude dans ces cas-là et comme l’auraient exigé les officiers royaux, Solís serait accompagné d’un contrôleur, intervenant dans les achats et rachats, et d’un greffier, chargé d’informer directement le Roi des détails du voyage et de la façon dont s’établissait la ligne de démarcation.

Don Ferdinand avait conversé longuement avec le marin, lui demandant des avis et lui donnant des instructions extrêmement confidentielles, qui n’ont jamais transpiré dans les documents publics. D’après ces derniers, Solís devait lever l’ancre précisément un an plus tard, se diriger vers la Gomera[48], le Cap de Bonne Espérance et l’île de Ceylan, afin de vérifier si celle-ci se trouvait dans la partie revenant à la Castille et, si c’était le cas, en prendre solennellement possession, y assurant sa domination. Il devait ensuite se rendre « aux Moluques, qui se trouvent dans la zone de démarcation de la Castille », et à « Sumatra, Pégou[49], terre des Chinois et terre des jonques[50] », prenant possession de tout ce qui se trouverait en deçà de la démarcation espagnole.

Mais, pendant que les messieurs de Séville ruminaient leur colère, l’ambassadeur de don Manuel, toujours aux aguets, en profitait pour vérifier, ne fût-ce qu’en partie, ce qui se faisait, par l’intermédiaire de ses agents. Il ne tarda pas à comprendre que c’était grave pour les intérêts de son souverain et décida de compliquer, autant que possible, la tâche de Solís, croyant disposer d’une arme suffisante en rappelant ses écarts de conduite au Portugal, appartenant au passé mais pas amnistiés… Il fallait éviter que, se servant d’un pilote aussi expérimenté, le roi de Castille prenne de l’avance dans la conquête de ce que le Portugal ambitionnait, et don Juan Mendes de Vasconcelos n’hésita pas à se présenter devant don Ferdinand, pour se plaindre et protester contre l’expédition projetée.

Monsieur l’ambassadeur était astucieux et habile mais il allait affronter un adversaire de première force. Aux dons caractéristiquement diplomatiques de l’astuce et de l’habileté, le roi Ferdinand le catholique alliait une faculté de dissimulation frisant souvent la perfidie. Il écouta l’ambassadeur avec une déférence amicale, se dit surpris en entendant qu’il accusait Solís d’être un criminel et un ennemi des Portugais, lui promit de préserver les droits et même les intérêts de son « bien-aimé » fils Manuel[51] ; quant à l’expédition projetée, il endormit sans difficulté sa méfiance en promettant de donner aux officiers de la Casa de Contratación les ordres les plus sévères afin que Solís se conforme strictement à ses instructions. Il acheva de le tranquilliser, quelques jours plus tard, en lui laissant voir en partie une ordonnance, qu’il envoyait aux officiers et dans laquelle il disait : « Nous étions et sommes d’accord d’envoyer, avec notre pilote principal Juan Díaz de Solís, une personne de confiance et extrêmement prudente, qui doit être secrètement nantie de pouvoirs excédant ceux dont ledit Juan Díaz de Solís est investi[52]… »

Cette sorte d’espionnage et d’occulte subordination, à laquelle allait être soumis le pilote, présenta le double avantage de satisfaire d’un côté Vasconcelos et, de l’autre, les officiers de Séville. Mais ces derniers ne furent pas aussi contents des autres points que l’ordonnance contenait.

Elle commençait par faire allusion aux accusations et aux soupçons de l’ambassadeur du Portugal, se référant à « certains obstacles que pourrait rencontrer ledit Juan de Solís en cours de route », et leur recommandait instamment d’en parler avec le pilote « afin qu’il vous donne son avis les concernant tous – les obstacles – et quelle solution il y apportera ou quel crédit il y accorde comme empêchements ». Il se montrait ensuite désireux que l’expédition eût lieu mais aussitôt disposé, également, à la suspendre en cas de force majeure car, tandis qu’il ordonnait de donner à Solís les moyens financiers nécessaires, il recommandait que tout ce que l’on achèterait fût « d’une qualité telle que, si on était amené à ne pas faire ce voyage, on pût le restituer ou le vendre sans y perdre beaucoup ». Mais ce qui irrita le plus les officiers ce fut la fin de l’ordonnance, où don Ferdinand leur ordonnait d’œuvrer « avec le moins de bruit et d’altercations possibles », insistant, de toute son autorité sur le fait que « il convient que vous dialoguiez et aidiez Juan Díaz de Solís à mener sa mission à bien[53]… »

Le navigateur apprit tout cela, en partie de la bouche du souverain lui-même, en partie par déductions ou en le devinant. Il s’était réjoui en imaginant la tête des messieurs de Séville, et du mauvais tour dont allait être victime l’arrogant Vasconcelos, mais il ne manqua de se mettre en colère lorsqu’il apprit que – faisant, consciemment ou non le jeu du Portugais – les officiers soulevaient de nouvelles difficultés à la réalisation du voyage dans une lettre adressée à Son Altesse le 12 mai. L’une de ces difficultés, et pas la moindre, était la personne-même de Juan Díaz de Solís, mal vu au Portugal, où il était condamné à mort « pour piraterie et homicide », et une autre de taille, à laquelle ils croyaient : la faiblesse de la flottille avec laquelle on se proposait de partir, trop petite pour une telle entreprise.

— Imbéciles ! – pensait Solís, mi-irrité, mi moqueur – Ni Son Altesse ni moi ne pouvons leur dire que deux caravelles suffisent amplement pour l’objectif qu’Elle et moi voulons atteindre !

Mais une autre idée le turlupinait :

— Vasconcelos s’efforce à me neutraliser ou à m’attirer à nouveau au service du Portugal… Alors que, d’une part, il me démolit aux yeux du Roi, de l’autre, il me convie pour me débaucher avec des promesses, des présents et des honneurs… C’est évident. Mais use-t-il des mêmes ressorts pour manipuler ceux de la Casa de Contratación ? Ce serait bien de le savoir… Ces messieurs iraient-ils jusqu’à s’accaparer et usurper des droits d’autrui, voire à provoquer des conflits avec un autre pays plus faible ? Allons ! Il doit y avoir anguille sous roche !…

Une telle délicatesse n’était pas dans la mentalité de l’époque, ni dans celle du souverain lui-même. Mais le fait est que les officiers ne voyaient pas d’un bon œil son influence croissante, ne favorisaient pas ses projets et ne rataient pas une occasion de lui tendre des pièges pour le paralyser. Ce groupe d’hommes de robe et de gentilhommes – ayant l’habitude de favoriser leurs proches, de manipuler à leur avantage les grandes ou les petites affaires des Indes, à exercer une sorte de droit de regard même sur la correspondance qui allait et venait entre l’Amérique et l’Espagne, à invalider de leur propre autorité les dispositions du Gouvernement qu’ils considéraient dangereuses ou inadéquates – ce groupe presque omnipotent ne pouvait pas permettre ni tolérer sans contrariété et sans lutte qu’un Juan Díaz de Solís marche sur ses plates-bandes, faisant fi de la Casa de Contratación. Mais, cette fois, le monarque n’était pas de leur côté…

Le navigateur finit par s’endormir sur ces pensées et ces souvenirs, qui lui avaient brièvement traversé la tête, comme un tourbillon. Enfoncé dans son fauteuil de cuir, il dormait et rêvait… Il progressait, toutes voiles dehors, sur une mer inconnue, qui n’était peut-être pas une mer, sur une mer nouvelle parmi les mers…

Le jeune homme au visage ingrat, qui avait accueilli Francisco de Torres apparut à la porte et s’approcha sur la pointe des pieds. Son énorme bouche esquissa ce qui voulait être un sourire mais qui ne dépassa pas le stade de la grimace, parce que le malheureux, non seulement bigleux, était si marqué par la petite vérole, lippu et pourvu d’un nez si long, qu’il semblait porter un masque vivant. Cela contrastait, au demeurant, avec son corps visiblement robuste, au point que la délicatesse de ses mouvements pour approcher Solís, se révélait comique.

— Monsieur, monsieur – répéta-t-il à plusieurs reprises, en élevant progressivement la voix afin de ne pas l’éveiller en sursaut.

— Que se passe-t-il, Rodrigo ? – demanda le pilote, s’arrachant à ses mers fantastiques. – As-tu ramené le cheval ?

— Il est dans l’écurie.

— Qu’on le soigne bien.

— L’homme, que je suis allé chercher sur ordre de don Francisco et qui dit s’appeler Diego García, m’a accompagné…

— Fais-le entrer.

V

L’AMBASSADEUR DE MANUEL Ier

Le domestique réapparut au bout d’un instant, amenant un homme dont l’aspect n’était en rien commun. Petit de stature et aux épaules robustes, il avait un torse athlétique, d’énormes pieds chaussés de cuir grossier, de grosses mains courtes et calleuses, dont l’articulation des doigts se mouvait avec une gaucherie plus apparente que réelle. Il portait une moustache fournie à l’espagnole, d’un noir-roux, comme roussie par le soleil, et une barbe de soldat, qui accentuaient le hâle de son visage de bronze brun ; cela, complété par l’éclat de ses petits yeux de jais, postés derrière de très épais sourcils, lui conférait une expression plus que martiale : menaçante. Arrivé en transpirant, les cheveux ébouriffés et le nez camus, on aurait dit un lion de mer qui venait de sortir de l’eau.

— Êtes-vous Diego García ? – demanda Solís en se levant à peine pour le recevoir.

— De Moguer, votre seigneurie – répondit l’homme avec un accent andalou très prononcé, pendant qu’il avançait en saluant et en se balançant comme s’il avait été à bord d’un navire.

— Francisco de Torres, mon beau-frère, dit que vous êtes un bon marin…

Diego García plissa son front entre ses sourcils et, agitant le béret qu’il tenait à la main, aboya plus qu’il ne dit, en zézayant :

— Votre beau-frère me connaît bien ! Je sais tout ce que dans la pratique, peut savoir un navigateur et, en pleine mer de même qu’entre entre des caps, je défie les plus pédants qui attendent tout des étoiles et qui, dès que le ciel se couvre, sont perdus ; ils n’auront pas mon expérience pour faire franchir à un navire le chas d’une aiguille, comme je l’ai fait plus d’une fois… J’ai fait mes preuves et n’en dis pas plus, car ce n’est pas bien de se vanter…

— Avez-vous déjà exercé un commandement ?

Un énorme sourire tordit le visage du marin.

— Plus d’un mousse a dit que suis fait pour être capitaine – dit-il avec ironie – mais j’ai commandé de grandes embarcations et qui ne se balançaient pas sur de l’eau douce, Dieu m’en soit témoin !

Solís, qui l’avait observé avec une grande curiosité, ajouta – cela se voulait plus une affirmation qu’une question :

— Convainquez-moi que vous êtes un serviteur loyal et un ami sûr.

— Je mets un point d’honneur à être loyal et quant à l’autre point… Il vaut mieux m’avoir comme ami que comme ennemi.

— Vous y entendez-vous bien à la manœuvre ? – insista Solís pour le faire parler, amusé par sa façon âpre de s’exprimer.

— Que Saint-Diego, mon patron, m’en soit témoin ! Je vous l’ai déjà dit : j’ai plongé dans la mare tout jeune et, grâce à Dieu et à mes poings, j’ai été matelot, gabier, patron, second maître d’artillerie, contremaître, maître d’équipage et beaucoup plus, même sans titre, car pour moi les titres cela ne me paie pas s’ils ne sont pas bien mérités, comme les vôtres… Donc, votre seigneurie, la manœuvre et moi formons un tout !…

— Comme une seule personne !… Mais, venons-en au fait. Cela vous plairait-il de naviguer sous mes ordres dans une certaine expédition qui peut être longue et difficile ?

— Peu m’importe qu’elle soit longue et difficile… Tout dépend de ce que cela me rapportera…

— Ce n’est pas non plus de tout repos… Vous gagneriez comme maître d’équipage…

— Sur un navire de votre seigneurie ?… Cela me plaît ! N’en dites pas plus…

— … mille cinq cents maravedis par mois.

— Cela me convient aussi.

Et, après une très courte pause, il demanda très tranquillement :

— Quand lève-t-on l’ancre ?

— Ne voulez-vous pas savoir dans quelles conditions et pour quelle destination ?

— Savoir que votre seigneurie commande me suffit. Je ne suis pas très curieux ; plus loin on ira, mieux ce sera et plus cela rapportera. Et puis… on murmure que vous songeriez à progresser très loin vers le Sud…

— Il ne faut pas se fier aux racontars.

— Veuille Saint-Diego que ce soit la vérité !

— Pouvez-vous enrôler des gens valables, quelque dix hommes éprouvés ? – l’interrompit Solís, changeant de sujet. Je dispose déjà de quelques vieux marins, des gens que je connais et sur qui je peux compter mais il m’en faut plus… soixante en tout.

— Vous les aurez, votre seigneurie. Il n’y a pas, dans tous les ports espagnols de la Méditerranée et de l’Océan, un seul homme – à moins qu’il ne soit novice – capable de prendre un ris, que Diego García de Moguer ne connaisse pas.

— Parfait ! Francisco de Torres vous donnera de l’argent pour les arrhes. Allez à Séville et négociez avec les vaillants que vous rencontrerez, tant là qu’à Palos et ailleurs, mais ne parlez ni de destination ni de date pour l’embarquement… Torres vous donnera également des lettres afin que mes armateurs vous comptent, dès aujourd’hui, le salaire de maître d’équipage ; quant aux autres conditions, rassurez-vous : elles seront à votre convenance… Mais, chut ! Ne vous laissez pas mener en bateau et renforcez la ralingue !

— Ne vous inquiétez pas, votre seigneurie, Saint-Diego m’en soit témoin ! Tel maître, tel valet !

— Eh bien, au revoir, Diego García…

— De Moguer… Que Dieu préserve votre seigneurie.

— Pourquoi répétez-vous toujours de Moguer ? – demanda par curiosité Solís, en l’arrêtant.

— Eh bien… parce que je suis né à Moguer et que, malgré cela, de mauvaises langues veulent absolument faire de moi un Portugais pour me brouiller avec les seigneurs d’ici ; afin d’améliorer mon pain quotidien, je me suis efforcé de bien mettre les choses au point… Par ailleurs, il existe autant de Diego García que de cigales dans un verger.

— As-tu, par hasard, servi de l’autre côté ?

— Hé ! Suffisamment pour connaître de vue et de réputation un certain navigateur espagnol surnommé là-bas, par malveillance, Bouffées de bagasse…

— Je vois, je vois, Diego García.

— … De Moguer !

Solís sourit légèrement mais n’ajouta pas un mot, se bornant à répondre d’une inclinaison de tête à la révérence maladroite par laquelle, déjà sur le seuil de porte, prit congé l’hirsute Diego García de Moguer[54].

Le soleil commençait à décliner et on entendait, parvenant de la rue, la rumeur de voix et de pas. Juan de Solís ceignit son épée, prit son chapeau à plumes et, se caressant la barbe d’un geste mi-préoccupé mi-ironique – qui correspondait à sa pensée profonde –, il alla frapper à la porte de la chambre de son beau-frère. Ce dernier, déjà debout et ayant revêtu des habits de couleur, s’empressa d’en gagner la sortie.

— Me voici, prêt à entrer en lice – déclara Torres.

— Allons-y donc, mon frère, puisque le moment est venu – répondit Solís.

Il se rendait, enfin, au rendez-vous fixé à plusieurs reprises par l’ambassadeur Vasconcelos, avec l’intention secrète de donner une petite leçon aussi inattendue que savoureuse au maître ès diplomaties. Il avait l’esprit revanchard.

Vasconcelos ne séjournait pas dans l’auberge de Paredes, la seule acceptable à Logroño, remplie à l’époque d’une nuée de courtisans qui suivaient avec acharnement le Roi dans ses continuels déplacements, courtisans qui n’avaient pas trouvé à se loger sur son lieu de séjour champêtre de Mansilla. Vasconcelos avait investi ses reales dans une demeure patrimoniale que ses propriétaires, absents, lui avaient cédée ; et si son aménagement n’était pas luxueux, elle lui offrait toutes les commodités que l’on pouvait désirer dans une vieille demeure d’une ville de province, sans que fît défaut l’indispensable de la vie quotidienne : ni les domestiques prévenants, outre les siens, ni les montures et attelages, même si, ayant l’habitude de se rendre à la Cour, il avait amené son carrosse.

Dès qu’on lui eut annoncé sa visite, il reçut Solís et son beau-frère dans la salle qui lui servait de bureau, dont les meubles, prenant presque tous appui contre les murs, étaient alignés dans une formation correcte. La grande table en chêne près du pan de mur avec sa nappe verte, sa lampe en cuivre, son écritoire et son sablier en étain, garnie de quelques gros livres et de liasses de papiers, ainsi que la natte de joncs qui couvrait en partie le pavement rugueux et inégal, ne parvenaient pas à atténuer la sensation de vide, de sévérité, de tristesse et de vétusté de la vaste pièce.

Don Juan Méndez de Vasconcelos était un quinquagénaire de haute taille, mince, de constitution forte et sèche comme un homme destiné à connaître la longévité, au visage maigre et olivâtre, aux grandes moustaches dites alors « en garde de poignard », à la barbe noire et bouclée avec l’une ou l’autre touffe de poils chenus, aux mains longues, ligneuses comme du bois, et aux petits yeux gris bruns, inquiets et inquisiteurs. Il était vêtu de noir, arborait, croisée sur sa poitrine la bande rouge de la grande croix de l’ordre militaire portugais du Christ, et, brodée en relief du côté gauche du pourpoint, la croix rouge fleur-de-lysée de l’ordre espagnol de Calatrava, que don Ferdinand et doña Isabelle lui avaient décerné pour avoir négocié le mariage de l’infante doña Isabelle d’abord avec le prince don Alfonso de Portugal – dont elle se retrouva veuve – et, plus tard, avec le roi Manuel, dont le fils[55], s’il avait vécu, aurait régné sur toute la péninsule ibérique… À la Cour, par moquerie, on disait que le hautain Vasconcelos ne quittait pas ses distinctions même pour dormir.

— Bienvenue – dit l’ambassadeur, en portugais, d’une voix profonde et sourde. – Je commençais à croire que je devrais aller vous chercher moi-même, bien que ce soit votre intérêt qui vous appelle… Et je vous attendais moins, si bien accompagné.

— Celui qui m’accompagne, Excellence, est mon beau-frère, Francisco de Torres, pour qui je n’ai pas de secrets… Dans une de ses missives, Votre Excellence me faisait savoir qu’elle verrait volontiers mon frère, qui rapporte des nouvelles du Portugal ; mais le malheureux est au plus mal, ne peut pas se déplacer pour le moment, et mon beau-frère qui, selon mon cœur, est autant mon frère que l’autre, sinon plus, vient pallier cette lacune.

— C’est bon – grommela l’ambassadeur, visiblement contrarié.

— Votre Excellence me pardonnera de n’être pas venu plus tôt – continua Solís – car elle ne doit pas ignorer mes nombreuses obligations, ma présence passagère à Logroño et les fréquents voyages auxquels me contraint le service de Son Altesse. On n’aura pas manqué, car on ne manque jamais d’informer Votre Excellence à ce sujet, ce qui ne m’excuse pas… Mais, dès que cela m’a été possible, je me suis empressé de me rendre au service de Votre Excellence…

Préparant son exorde, Vasconcelos tarda à prendre place à la table, comme pour présider, tout en indiquant d’autres sièges aux Espagnols.

— Donc, en ce qui vous concerne, je peux parler ouvertement en présence de votre beau-frère ?

— De ce que dira Votre Excellence, il n’y a rien que Francisco de Torres ne sache déjà ou, du moins, qu’il ne devinera.

L’ambassadeur s’éclaircit la gorge et, d’une voix encore plus profonde, il se lança :

— Avec un homme comme vous, Juan Díaz, les subtilités et les détours ne servent à rien. C’est pourquoi je vais vous parler, davantage que comme un ambassadeur, comme quelqu’un qui vous veut du bien et cherche ce qu’il y a de mieux pour vous.

Solís ébaucha une révérence.

— Eh bien… don Manuel, mon roi et maître, désire naturellement – comme c’est notoire, parce qu’il ne tente de le dissimuler à qui que ce soit – étendre et consolider ses conquêtes, rien de plus que ses conquêtes légitimes, aux Indes et en Afrique. Pour cela, il a besoin de marins et de soldats à toute épreuve, des gens énergiques et capables… Parmi ces derniers, qui ne sont nombreux ni au Portugal ni ailleurs, il ne lui est pas possible d’oublier ceux qui, comme vous, ont rendu des milliers de services à son royaume… Et si Son Altesse ne s’en était pas souvenue, j’étais ici pour lui rafraîchir la mémoire… Ce ne fut pas nécessaire. De sa propre initiative, elle a daigné m’envoyer à votre recherche et vous propose de revenir au Portugal, où l’on vous traitera et favorisera comme vous le méritez.

— Votre Excellence semble oublier – répliqua Solís avec une candeur simulée – que Son Altesse le Roi d’Espagne m’a dispensé il y a peu la faveur de me nommer son pilote principal et que je suis le premier Espagnol nommé à une charge aussi élevée… Ce serait répondre honteusement à une telle faveur et, en outre, Votre Excellence conviendra avec moi que Son Altesse le Roi Manuel ne voudrait ni ne pourrait rien m’offrir d’analogue…

Le regard inquisiteur de Vasconcelos tenta de pénétrer les pensées intimes de Solís. Au bout d’une seconde, il dit, avec un calme glacial :

— Mais, n’êtes-vous pas portugais ?

— Je suis né à Lebrija : alors que j’étais en bas âge, mes parents ont émigré au Portugal… Tout le reste est sans fondement – rétorqua Solís.

— Laissons ce point… Je voudrais vous dire que les faveurs royales ne peuvent pas avoir de limites pour les bons serviteurs. Si vous étiez au Portugal – que je continue à croire votre patrie – vous ne perdriez rien en ce qui concerne les honneurs et les avantages, et votre avancement serait plus grand que tout ce que vous imaginez… Quoi que vous demandiez, ce ne sera pas une vaine prétention. J’ai les pleins pouvoirs de Son Altesse et je sais ce que vous valez… Dans le pire des cas, votre situation au Portugal, quant au pouvoir, aux richesses et aux titres, surpassera de loin l’actuelle, parce que vous savez bien qu’ici – que le roi Ferdinand me pardonne ! – promettre n’est pas donner, comme dit le proverbe castillan.

Vasconcelos se tut pour voir venir mais le navigateur resta impassible.

— Il me serait extrêmement difficile – finit-il par dire – de quitter le service d’un maître qui m’honore de sa confiance et beaucoup plus maintenant car, comme Votre Excellence doit très bien le savoir, il veut me mettre à la tête d’une expédition importante pour lui et dont les difficultés m’attirent et me stimulent. Même venant de Son Altesse le Roi son gendre, qu’il appelle « fils » et veut considérer comme tel, ce serait une noire trahison, que seuls l’intérêt et la convoitise pourraient justifier ou, plutôt, expliquer…

Le ton de Solís était tellement insinuant que Vasconcelos se dit : « Celui-là, je vais lui tirer les vers du nez et, ensuite, je le mène par la longe au pâturage. » Et, à voix haute :

— Mais si le roi Ferdinand veut vous confier une telle expédition, il est clair qu’il ne vous l’a pas encore confiée et il se peut qu’à mi-chemin…

Francisco de Torres qui, jusqu’alors, avait observé, muet et immobile, s’agita sur sa chaise comme pour donner l’alerte à Solís, sûr que le Portugais lui tendait un piège, pas très subtil, dans lequel ce dernier parut, pourtant, tomber en toute innocence.

— Monsieur l’ambassadeur se trompe ! – s’exclama-t-il avec une apparente légèreté – Les préparatifs de l’expédition sont déjà en cours…

— Et où se rend l’expédition ?

— Son Altesse veut garder le secret…

— Vous savez que je suis votre ami.

— Hé, il ne s’agit que d’une petite flottille que je dois piloter pour savoir et découvrir ce qu’il y a là-bas.

— Votre destination n’est-elle pas Malacca ?

— Non, Excellence ; je vais seulement déterminer la ligne de démarcation[56].

Vasconcelos se leva et se mit à arpenter la pièce à pas lents. Solís et Torres se mirent debout. C’était ce que cherchait l’ambassadeur car, prenant immédiatement Solís à part, il lui murmura à l’oreille :

— Ne seriez-vous pas plus prudent en pensant que la faveur d’aujourd’hui peut, en quelques jours, s’évanouir comme de la fumée ?… Don Ferdinand a la réputation de ne pas être très ferme ni très constant… Vous avez, à l’affût, des ennemis puissants. Les officiers de Séville ne cesseront pas leurs hostilités, ils continueront à vous opposer toutes sortes d’obstacles, ils n’arrêteront pas tant que vous ne serez pas bloqué à terre…

— Votre Excellence a raison en ce qui concerne les buts de ces messieurs – murmura sourdement Solís.

— Bien sûr que j’ai raison ! Largement raison ! J’en sais plus que vous ne savez vous-même… Je sais que « ces messieurs », comme vous dites, ont fait mener au Portugal une enquête secrète sur votre conduite passée et, tout particulièrement, sur la prise d’une caravelle royale, dont on vous a accusé en 1494…

Solís, sarcastique, l’interrompit :

— Ici, entre nous, cette enquête n’aurait-elle pas été commanditée par certain ambassadeur, à qui cela conviendrait que je sois écarté du service de don Ferdinand ? Ce haut personnage ne voudrait-il pas utiliser ce prétendu acte de piraterie contre le Portugal afin que, ensuite, ce même Portugal me récompense, m’honore et me glorifie… soit par des charges, soit tout simplement par un gibet ?

— Vous pouvez être sûr que…

— Je le suis déjà autant que possible… Envoyée par Son Altesse en personne, j’ai en ma possession une ordonnance de sécurité avec toutes les conditions requises…

— Une ordonnance de sécurité !

— Comment ? Votre Excellence l’ignorait ? Mais c’est indubitable – S’adressant à son beau-frère : — Francisco, dis à son excellence ce que mon frère Blas m’a rapporté du Portugal.

— Une ordonnance signée par le roi don Manuel afin que, si tu le souhaites, tu puisses entrer, circuler dans le royaume sans que personne ne t’importune, et en ressortir librement et tranquillement quand cela te plaira.

— Vous voyez bien – dit Solís à Vasconcelos.

— Vous voyez bien – répéta Vasconcelos à Solís.

— Il n’empêche que je n’irai pas au Portugal. Malgré l’ordonnance, je crains beaucoup que l’on me tienne pour suspect et que Son Altesse me fasse arrêter le jour où je m’y attendrai le moins.

— Comment ! Vous osez mettre en doute la parole et la signature du Roi mon seigneur !

À ce stade de la conversation, Francisco de Torres monta au créneau :

— Il a ses raisons ! Nous avons nos raisons !… On doit à Blas trois cents ducats à la Casa da Guiné, et à Juan, ici présente, pas moins de huit cents… On n’a pas donné suite à toutes ses réclamations. Le Roi lui a remis, à plusieurs reprises, des ordonnances signées de sa main afin qu’on les lui paie et… choux blanc ! Cela nous fait une belle jambe la signature, si l’intention n’est pas suivie d’effet !…

Vasconcelos devint vert mais, se contenant et essayant de se calmer, il dit à Solís :

— Pour parler franchement, votre sauf-conduit prouve, plus d’autres papiers, que nous avons besoin de vous… Son Altesse est résolue à vous gracier pour la piraterie et l’homicide…

— Piraterie, homicide ! Votre Excellence, également, croit à ces fables ? Si homicide il y avait, tel que le relatent les commères et les imbéciles, en l’occurrence pour laver mon honneur, je mériterais d’être applaudi, pas condamné… Ce sont des contes de vieilles femmes…

— … et à vous confier – poursuivit Vasconcelos, comme s’il n’avait pas été interrompu – une grande et forte flotte ainsi que la gouvernance de tout ce que vous découvrirez… Alors, vous pourrez dire à plus forte raison : « hormis le roi, personne[57] »…

— La proposition, bien que vague, est flatteuse – dit Solís avec beaucoup de calme –. Elle en tenterait plus d’un, en ces temps où l’on accourt sans déshonneur où vous appelle votre intérêt… Mais je répète à Votre Excellence qu’il ne m’est pas facile de servir un maître qui m’a privé de salaires durement gagnés, Dieu m’en est témoin, et qui a permis un déni de justice, sur base duquel on m’a poursuivi au Portugal…

— Les salaires peuvent être payés, on peut faire taire la calomnie, et la faveur est le grand dédommagement de l’injustice – fit remarquer Vasconcelos, toujours davantage déconcerté – « Après la pluie vient le beau temps », dit le proverbe.

Torres, à nouveau silencieux, riait sous cape.

— Il est certain – reprit Solís – que les Officiers de Séville peuvent beaucoup ; il est certain, aussi, qu’ils m’aiment peu, mais… le roi me soutient. Et, si Votre Excellence ne le prend pas pour un manque de courtoisie, il vaudrait mieux mettre fin ici à cette conversation, qui ne mène à rien et qui n’a pas même le mérite de la franchise.

— Halte-là ! – s’exclama Vasconcelos. Je vous ai déjà dit que je peux vous faire des propositions concrètes… Je vais vous les faire…

— Votre Excellence sait aussi bien que moi que ce serait inutile. Je ne me sens pas disposé à écouter davantage de propositions. Et j’avoue à Votre Excellence que si je suis venu et que je vous ai écouté, c’est uniquement pour faire honneur à votre personne, qui mérite de ma part le plus grand respect…

Vasconcelos, furieux, fit une légère inclination de la tête.

— Même s’il n’y avait pas de litige entre moi et le Portugal et son souverain – poursuivit Solís – même si je devais leur témoigner de la gratitude et non de la rancœur, la confiance de mon roi suffit à m’arrêter. Quant à l’argent, j’en ai assez pour moi et les miens, et il en entrera dans ma poche sans que je doive courir après…

— Mais, sans porter préjudice à qui que ce soit, vous pourriez me dire… Cette flottille… ce voyage…

— Allons ! Vous avez de bons espions à la Cour et à la Casa de Contratación… Vous-même l’avez avoué. Vous en savez plus que moi.

— Voyons : On m’assure que…

— La démarcation convenue dans le traité de Tordesillas doit passer du papier à la réalité, sur les mers et sur les terres… Vous savez tout.

— Si c’est votre dernier mot…

— Et le premier.

— Peut-être aurez-vous à le regretter. Quand les rois se donnent l’accolade, les vassaux doivent progresser à tâtons.

— Votre roi m’importe peu.

— Cette audace ! – s’exclama l’ambassadeur, indigné.

— M’avancerais-je en disant la même chose de Votre Excellence ? À l’abri de sa fonction, Votre Excellence tente de corrompre et d’acheter un vassal du roi Ferdinand, un de ses hommes de confiance…

Vasconcelos se mordit les lèvres et, ne dissimulant plus sa colère, rugit en portugais :

— Tu n’iras pas très loin, Joao Dias !

— Pas plus que nécessaire… Partons, Francisco, mon frère.

Et après avoir balayé la natte de joncs avec les plumes de son chapeau, dans une très profonde révérence, Solís sortit de la pièce, puis de la maison, suivi de Francisco de Torres, laissant l’ambassadeur déconcerté et perplexe.

VI

LA CONDESCENDANCE DE FERDINAND
LE CATHOLIQUE

La perplexité de Vasconcelos ne dura pas longtemps. Si déconcertante que fût l’attitude de Solís en dédaignant ses offres et en se moquant de ses tentations, il ne considérait pas perdue une partie qui, en résumé, ne dépendait qu’accessoirement du pilote. Le facteur principal et décisif était le roi don Ferdinand lui-même, dans l’esprit de qui l’ambassadeur éveillait, depuis un certain temps, la méfiance et une malveillance à l’encontre du navigateur, en qui il avait toujours vu un ennemi du Portugal – à double titre puisqu’il était mû par la rancœur et l’intérêt. Et Son Altesse lui avait accordé une audience privée dans sa demeure de Mansilla précisément ce jour-là.

Don Juan Mendes de Vasconcelos était sûr de connaître à fond le soupçonneux et astucieux Roi d’Aragon, devenu un grand monarque depuis son mariage avec Isabelle de Castille et grâce à des coups de chance successifs, car – sans compter l’incomparable cadeau des « Indes », dont on pouvait presque dire qu’il était tombé du ciel – il avait unifié le royaume et ajouté à sa couronne celle de Grenade, l’arrachant aux Maures, alors que la Sardaigne et le Roussillon étaient récupérés, Naples conquise, la Navarre prise aux d’Albret, ralliant à son sceptre des terres et villes africaines, tout en mariant pertinemment ses filles aux grandes maisons royales d’Autriche, d’Angleterre, du Portugal… Il le savait politique profond, sans autre boussole que son ambition, habile s’il le fallait jusqu’à la perfidie – qui, en ces temps vertueux, était courante en politique car, d’après ce qu’écrivait à l’époque, Francesco Guicciardini, ambassadeur, à ses mandants de Florence, « il n’y avait rien à lui reprocher… sauf son manque de générosité et le fait qu’il ne proposait aucune réparation pour avoir manqué à sa parole[58] » – et il était, en outre, froid et même implacablement cruel – fût-ce au nom de hauts intérêts –, comme le démontrait l’expulsion des Juifs et des Maures et, sans compter la fondation de la Santa Hermandad, le pouvoir formidable octroyé à l’Inquisition, poursuivant des hérétiques et provoquant d’efficaces confiscations, qui contribuaient à alimenter ses caisses. Il n’ignorait pas non plus que le roi Ferdinand V[59] était fort chiche en matière de récompenses, comme le disait le Florentin, et il avait l’habitude d’en priver, malgré des services parfois très importants, ceux dont il pensait ne plus avoir besoin à l’avenir. Il le tenait pour avare et mesquin, sans examiner pour quels buts utiles il réservait les deniers de la Couronne, se rappelant seulement la pauvreté de ses vêtements et l’histoire fameuse du vieux pourpoint élimé dont Son Altesse disait aux courtisans :

« Voyez-vous la bonne toile que c’est ? Je m’en suis offert trois jeux ![60] »

Et Vasconcelos ne comptait pas beaucoup, dirons-nous, sur l’influence que son maître le Roi du Portugal accordait au fait d’être deux fois gendre de Ferdinand le Catholique, dans un jeu que l’on pourrait qualifier de la fortune, du mariage et de la mort… Il avait pu compter sur cette influence, c’est vrai, lorsque doña Isabelle[61], fille du Roi Catholique et veuve du prince Don Alfonso, épousa en secondes noces le roi Don Manuel et fut reconnue, à la mort de son frère le prince Don Juan[62], comme héritière, avec son époux, du trône d’Espagne ; mais, malheureusement, doña Isabelle était morte en donnant naissance au prince Don Miguel[63], qui, désigné comme héritier des couronnes d’Aragon, de Castille et du Portugal, mourut également, avant l’âge de deux ans, ruinant de nombreux et très grands espoirs, dont le majeur était l’unification, sous un seul sceptre, de toute la péninsule ibérique… Le mariage de Don Manuel avec l’infante doña María[64], sœur de sa première épouse[65], n’avait amélioré que momentanément la situation, car la mort fit à nouveau son office et le cas du premier petit infant du Portugal ne pouvait pas se répéter. Ferdinand le Catholique lui-même contracta un second mariage avec sa nièce Germaine de Foix[66] et, si le premier fils qu’il eut d’elle, l’infant Don Juan[67], avait vécu fort peu de temps, il était possible qu’un autre vînt le remplacer, malgré l’âge du Roi et sa santé, qui était précaire… Il ne fallait dès lors pas être surpris, comme on l’a déjà vu auparavant et que l’on continuait à le voir, que, même s’il qualifiait affectueusement le roi Don Manuel de « fils très aimé », Don Ferdinand continuât à veiller sur ses intérêts aux Indes, visiblement au détriment du Portugal…

Mais Vasconcelos était résolu à disputer le terrain pied à pied et, sans plus hésiter, il gagna Mansilla et se fit annoncer à Son Altesse.

Don Ferdinand le reçut dans un salon à peine meublé, sans luxe ni décorations, presque sans confort, ressemblant, si on en avait retiré la longue table, à l’office de paysans aisés. On voyait bien que la reine Isabelle de Castille n’était plus de ce monde, elle qui veillait tant à la grandeur de son mari, l’entourant d’une pompe sévère qui imposait le respect, alors que la jeune reine Germaine de Foix se préoccupait plus de ses fêtes et de leurs magnificences que de la splendeur du royaume.

Des pièces de monnaie et des médailles de son temps nous ont laissé l’image du grand Roi, son nez un peu aplati prolongeant le front avec une légère inflexion, de grosses lèvres, un bout de menton rond et proéminent, de grands yeux, inexpressifs sous des sourcils partant à l’ascension des tempes, un visage massif et glabre une chevelure couvrant les oreilles et même le robuste cou, un béret simple garni d’un étroit diadème royal.

Vasconcelos le trouva assis dans un fauteuil aux accoudoirs en chêne taillé, le visage hâlé par le soleil, plus faible et jaunâtre que d’habitude, la poitrine haletante en raison de la maladie chronique qui l’oppressait, le faisant suffoquer et provoquant chez lui des évanouissements et un mal au cœur. Il n’était plus le chasseur vigoureux, le cavalier émérite parmi les courtisans et les soldats, le paladin des batailles et des tournois, l’homme toujours en action, le travailleur infatigable qui se reposait d’une tâche en se consacrant à une autre. Le poids des années – il frisait les soixante ans à l’époque – n’était, vraisemblablement, pas la seule cause d’un si rapide déclin : à la Cour, on parlait d’un breuvage que la reine Germaine lui faisait prendre, le croyant nécessaire pour avoir des enfants – sa grande ambition – mais qui, malheureusement, avait compromis à jamais la santé du Roi[68]. Cependant, ces problèmes n’ôtaient à Ferdinand V ni sa courtoisie ni son art de séduire et il reçut Vasconcelos avec des manifestations de satisfaction que l’on ne réserve qu’à un ami très cher.

Il répondit aux compliments de l’ambassadeur avec la voix fluette, dont devait hériter son petit-fils Charles-Quint, mais non sans verbosité, et le dialogue commença par de vagues et banales généralités : ils parlèrent du beau temps, si favorable à la chasse ; de la santé du Roi, espérant le voir promptement rétabli ; du voyage à Valladolid, qu’il projetait mais que, sans doute, il reporterait à l’été suivant – car il se sentait très bien à Mansilla – afin de passer l’hiver à Madrid et ensuite revenir où ils se trouvaient, toujours suivi par la Cour.

— Je vous fais beaucoup voyager, Vasconcelos, car, en raison de votre charge, vous devez me suivre partout, comme mon ombre.

— Lors des années précédentes, les voyages de Votre Altesse étaient plus fréquents… Cette année, nous n’avons en somme dû la suivre qu’à Burgos et à Logroño, où nous nous trouvons…

— Ce ne sera probablement pas pour longtemps mais qu’y faire ! Le Roi se doit à son royaume et à ses vassaux et je vous avouerai ce que tout le monde sait déjà : les changements, pas tant sur le plan des affections et des amitiés mais au niveau de mes lieux de séjour, me sont agréables… Les villes et les grands villages me fatiguent ; je préfère la solitude et la joie paisible des champs, la vie inconstante à l’air libre, le rude exercice de la chasse, me contentant du simulacre maintenant que, pour moi, les guerres ont pris fin…

Tous deux savaient parfaitement – Vasconcelos parce qu’il les avait préparées, le Roi parce qu’il les voyait venir – que d’autres affaires réclamaient son attention et exigeaient son intérêt ; mais, à les entendre, n’importe qui aurait dit qu’il ne s’agissait là que d’une simple visite de courtoisie. Ce fut finalement l’ambassadeur qui entra en matière.

— Je dois dire à Votre Altesse – commença-t-il – que mon seigneur le roi Don Manuel, votre fils, m’a écrit il y a quelques jours pour m’annoncer une lettre destinée à Votre Altesse, courrier que je viens de recevoir.

— Mon fils aimé se porte-t-il bien ? – demanda le Roi avec un sourire forcé.

— Grâce à Dieu, il jouit d’une parfaite santé et se prosterne à vos pieds royaux, comme il doit le dire dans la présente lettre.

Et l’ambassadeur fit un pas, qui était une révérence, en direction du fauteuil du Roi.

— Attendez, Vasconcelos. Ne me la donnez pas. Lope Conchillos et l’évêque Fonseca ne sont pas aujourd’hui avec moi et vous me trouvez sans secrétaires… Étant donné que vous devrez connaître le contenu de la missive, si vous ne le connaissez pas déjà, lisez-la-moi, s’il vous plaît.

Le Portugais s’inclina profondément, rompit le cachet d’un geste respectueux, retira les sceaux et ouvrit la missive.

— La lettre est datée de Coimbra, le vingt-deux septembre courant – commença Vasconcelos avec sa grosse voix sourde – et dit ce qui suit : « Très haut et excellent Prince et notre très puissant père : Juan Mendes de Vasconcelos, de mon conseil, m’a signalé comme il vous l’a dit ce que je lui demandé de vous dire, entre autres concernant la flottille, dont on m’a dit que certains navires se rassemblaient à Séville et que les envoyiez à Malacca ; et comme vous lui répondiez que cette flottille ne se rendait pas à Malacca mais partait seulement à la découverte d’autres choses, au sujet desquelles vous lui répondriez. »

— Je vous ai dit la vérité – déclara Fernando –, vous pouvez poursuivre.

— « Et que ce soit dans ce cas qui m’intéresse tant – poursuivit Vasconcelos – ou dans tout autre qui me touche, je n’en attends pas moins de vous pour les nombreuses raisons et obligations qui existent entre nous, justifiant de devoir agir ainsi ; et c’est avec un plaisir tout particulier que je reçois votre réponse… »

— C’était la moindre des choses – coupa le Roi. Continuez !

— « Et il est certain que, pour les matières dont nous traitons, j’ai consenti de très fortes dépenses et fait couler beaucoup de sang de mes serviteurs, chevaliers et vassaux, et que je dois assurer les recettes qui me parviennent avec ma flotte, mes forteresses et mes gens, de la façon que je vous ai fait rapporter par ledit Juan Mendes, que l’on ne doit pas me toucher ni me faire quelque chose que l’on ne doit pas et, tout particulièrement vous et vos entreprises, dont j’espère que vous les garderez et les considérerez toujours comme les vôtres, parce qu’il en sera toujours ainsi pour moi et pour les miennes regardant tout ce qui vous touche… »

— Cela a été, est et sera de tout temps ma ferme intention – confirma Ferdinand – et le Roi mon fils peut avoir confiance, comme je l’ai dans ses projets et volontés. Continuez.

— « Mais – lut l’ambassadeur, en insistant sur les mots – étant donné que Juan Díaz, pilote portugais – que j’ai d’abord fait exiler il y a des années, et poursuivre ensuite pour ses délits qui le condamnent à la peine de mort – va, me dit-on, comme pilote dans cette flottille, a dit et dit publiquement qu’il se rend à Malacca, et qu’il est une personne mal intentionnée, se disant, sans raison, lésé par moi ; et, étant donné que c’est de notoriété publique ce que dit son second, qu’ils partent avec la volonté et l’objectif déterminé de voir Malacca, je ne peux plus trouver le repos s’il exécutait la mission que vous lui confieriez même si je crois, indubitablement, ce que vous avez dit à Juan Mendes ».

— Qui est ce second auquel se réfère mon seigneur de fils ? – demanda le Roi. Si l’on a effectivement évoqué le nom de Juan Díaz pour commander une flottille, on n’a pas même songé à un second…

— On dit que c’est un pilote du nom de Juan Anríquez, portugais, bon marin, à ce que l’on assure[69].

— Rien de cela n’est fondé. Nous en reparlerons… Poursuivez, je vous écoute.

— « Et je ne voudrais pas, Monseigneur, qu’il en résulte, ni maintenant ni jamais, quelque scandale, car les personnes de cette qualité (de celle de Juan Díaz de Solís) ne témoignent pas le respect qu’elles devraient, afin de se prémunir contre une occasion d’agir mal – et il serait scandaleux à mes yeux de toucher à Malacca ; je vous prie, très affectueusement, de ne pas envoyer à bord de cette flottille ledit Juan Díaz comme pilote car, pour découvrir ce que cette flottille va chercher, comme vous le dites, il doit y avoir nombre d’autres pilotes en Castille qui pourront faire la même chose et mieux que lui ».

— Mais si cela revient au même, objecta Ferdinand, si d’autres peuvent le faire mieux que lui, quel intérêt a monseigneur notre fils à ce que je ne l’envoie pas, lui ?

— Vous comprendrez Votre Altesse que, vu les antécédents de ce Juan Díaz au Portugal, le Roi mon seigneur ne peut pas voir d’un bon œil qu’il soit honoré, récompensé et favorisé ailleurs, a fortiori dans les royaumes de Votre Altesse, son père.

— Vous avez raison de l’évoquer et je prendrai en compte le ressentiment du Roi mon fils. Continuez, car vous n’avez pas encore tout lu.

— Les quelques lignes restantes sont la répétition de ce qui a été dit auparavant : « Et en l’évinçant – Juan Díaz – on désamorcerait ce qui pourrait résulter de sa mauvaise intention. Ce faisant, vous préviendriez de graves inconvénients, comme dans toutes les situations analogues ; je suis sûr que vous devez toujours vous réjouir de le faire pour tout ce qui me touche et vous touche autant et je le recevrai de vous avec un plaisir tout particulier, très haut et excellent prince, notre très puissant père… Signé : Manuel ».

— C’est bien et nous répondrons dûment au roi Manuel – dit Ferdinand le Catholique. Mais, avant, je veux que m’éclaircissiez le point relatif à cet Anríquez ou Enríquez, dont il me parle.

— C’est comme je l’ai déjà dit à Votre Altesse, un pilote portugais qui vit près de las Rejas de Séville avec son épouse, également portugaise. Anríquez s’est déjà rendu aux Indes pour le compte de mon seigneur et, comme Juan Díaz, se prétend lésé par ce qu’on lui doit et parce que l’on ne lui paie pas certaines sommes… Votre Altesse voit bien que je ne lui dissimule rien, car j’ai toujours eu une propension à la plus grande franchise, malgré ce que ma charge exige habituellement de moi… Avec Anríquez vit son fils, un mousse semble-t-il prometteur et, à ce que l’on affirme, tant lui que le jeune garçon, son fils, sont plus expérimentés que Juan Díaz.

— Ils doivent être des hommes prodigieux… Mais que dit d’autre cet Enríquez ?

— Eh bien qu’il vient de conclure un arrangement avec Votre Altesse et qu’il fera office de capitaine sur l’une des trois caravelles que l’on prépare à Lepe – mon maître évoque par erreur Séville, en raison d’une information prématurée – et que commandera Juan Díaz de Solís, d’après des personnes bien informées ; il parle même des salaires qu’on lui a signalés, révélant son montant : vingt-cinq mille maravédis annuels pendant qu’il naviguera et vingt quand ce ne sera pas le cas. Il indique le mois de mars prochain comme étant la date de départ…

Vasconcelos disait la vérité, mais il n’exagérait pas la franchise dont il s’était vanté : il taisait qu’il avait vu Enríquez et reçu ses confidences ; que selon le pilote, Malacca se trouvait effectivement du côté de la ligne de démarcation relevant de la Castille, que cela l’avait fait pleurer de rage, que Enríquez lui avait soutiré de l’argent en échange de ses informations ; et, finalement, depuis Séville, il avait écrit au roi Manuel pour que ce dernier lui envoie un pilote ou quelqu’un qui connût la mer pour lui donner des conseils, qui seraient très importants pour le service du Roi du Portugal. Il ne dit pas non plus que, ayant obtenu l’argent, Enríquez venait de quitter Logroño et qu’il n’avait plus de nouvelles de lui, même s’il continuait à croire que Enríquez était prêt à passer au Portugal dès qu’on lui ferait une offre, car c’est ce qu’il avait insinué bien clairement après que l’ambassadeur lui eut assuré que les contrats en question étaient beaucoup mieux payés au Portugal qu’en Espagne, et qu’ils ne restaient pas au stade de simples promesses.

— Il me semble – dit le Roi, avec un sourire mi-moqueur mi-amène – que la parole de cet Anríquez ou Enríquez ne vaille pas de l’or, et je dois faire vérifier ses dires, au pis-aller pour compenser… Revenons-en à l’essentiel : écrivez au Roi mon fils que – comme je vous l’ai déjà assuré en d’autres occasions – Juan Díaz de Solís, s’il embarque, ne sera pas seul ni comme véritable pilote principal[70], et que Son Altesse peut être certaine que, c’est ma volonté – et on veillera bien à la respecter et à y obéir – que l’on ne touche pas à ses démarcations. Le premier impératif à ma Casa de Contratación de Séville, pour ceux qui partent sur une flotte ou à la découverte, est qu’ils ne touchent pas à ce qui appartient au Roi mon fils. Mon plus vif désir est que l’on parvienne à établir la démarcation de tout afin qu’il n’y ait jamais la moindre dissension entre le Portugal et la Castille. Écrivez-lui, également, de penser à une solution afin que nous puissions l’établir, et j’y penserai de mon côté, et je me réjouirai infiniment que l’on y parvienne, car moi, étant déjà vieux, il me reste peu de jours à vivre ; Dieu m’en est témoin, j’espère que la trêve ne sera pas rompue, et je m’en irai vers l’autre vie d’autant plus apaisé si tout est si clair que mes petits-enfants et tous mes descendants à venir ne trouvent jamais le moindre prétexte pour la rompre…

Vasconcelos fit une révérence, resta un moment silencieux et dit ensuite :

— Pardonnez-moi, Votre Altesse, mais vous ne me dites pas ce qui empêchera le départ de Juan Díaz comme le demande mon roi…

— Votre seigneur, mon fils, n’a rien à craindre de moi ni de mes vassaux et serviteurs, vous pouvez l’en assurer une fois de plus, en raison de l’amour que j’éprouve pour lui et en fonction des souhaits que je viens de vous exprimer et qui reflètent le fond de mon cœur. Quant à vous, Vasconcelos, vous savez combien je vous estime et avec quel plaisir je vous écoute.

Et, se levant, il signifiait la fin de l’audience quand, comme quelqu’un qui vient d’avoir une idée, il ajouta, avec une affectueuse expression de son visage désormais tuméfié :

— Afin que mon fils Don Manuel voie combien je veux lui être agréable, dites-lui enfin que je vais ordonner de suspendre le voyage qui le préoccupe tant et que les matériaux déjà assemblés et les préparatifs déjà faits sont destinés à des découvertes sur la terre ferme… Je crois que je ne peux lui donner davantage satisfaction… Que Dieu vous accompagne.

Hésitant entre la méfiance et la joie, l’ambassadeur du Portugal Don Juan Mendes de Vasconcelos se retira et, pendant qu’il s’éloignait, Don Ferdinand ordonna que l’on fît venir auprès de lui, sans retard, son pilote principal…

VII

LA TACTIQUE DE SON ALTESSE

Dans l’intérêt de sa santé, recherchant une solitude propice à la méditation, ou dans un but de simple distraction, don Juan Mendes de Vasconcelos avait l’habitude de faire à pieds de longues promenades matinales. Après un petit déjeuner frugal, il emprunta la rue principale, la descendant à pas lents jusqu’à atteindre le fleuve, coulant entre les deux rangées inégales de grosses maisons basses, aux toits en saillie et aux grilles en fer forgé ; les arbres fruitiers, curieux, pointaient leurs cimes au-dessus des murs de clôture en torchis, foulant de leurs racines des pierres dures et pointues ou les baignant à plus d’une reprise dans le lit bourbeux d’un cours d’eau débordant après une pluie d’orage. Pestant contre le chemin mal entretenu, il suivit la rive peu habitée de l’Èbre et, arrivé près du vieux château, dont la lourde masse noire et la tour dominent la ville, il franchit le pont en pierre aux piliers massifs qu’avait construit, il y a plusieurs siècles, frère Juan de Ortega, le dominicain maître d’œuvre. Il s’arrêta un moment pour regarder couler l’eau et profiter de sa fraîcheur. Se mouvant à un rythme, entre mécanique et solennel, il finit par atteindre les bornes qui marquent la limite de la Castille, à une portée d’arbalète du pont, pour apercevoir au loin, blanc sur le fond vert, le village de Viana, situé sur le sol récemment conquis de Navarre ; ou bien, en suivant des yeux la teinte claire des chemins, il voyait surgir des lieux et des métairies entourés de grands jardins, des vignes, des vergers, des oliviers, des prés où paissaient de nombreuses brebis et la moisson de blés récemment fauchés… Avec l’indifférence des hommes de cette époque à l’égard du paysage, il regardait tout cela distraitement, absorbé par des considérations diplomatiques, tentant de se livrer à des conjectures quant aux buts du Roi, de dénouer les fils d’une intrigue, d’ourdir des complots afin de séduire tel ou tel favori du souverain ; ce n’était qu’à l’approche de l’heure où il regagnait habituellement son domicile que, sortant de ses préoccupations, il voyait réellement les tours dominant la ville ; et il ne savait franchement pas, si c’étaient les cloches ou son estomac qui l’incitaient à aller manger.

Mais ce jour-là, bien avant le moment habituel, ce qui le fit sortir de son abstraction, ce fut un cavalier, passant au trot de son cheval, suivi d’une sorte d’écuyer au visage ingrat. À première vue, il lui sembla reconnaître Juan Díaz de Solís, mais il ne put dissiper ses doutes en examinant à loisir celui qui passait. Il parvint seulement à voir qu’il était vêtu comme pour un voyage, que l’écuyer avait en croupe le porte-manteau correspondant et qu’ils semblaient être très pressés.

Je devrai vérifier, et plutôt aujourd’hui que demain, s’il s’agit bien de Juan Díaz – se dit l’ambassadeur. Si c’est effectivement lui, il est indubitable que le Roi agit en sous-main… De deux choses l’une : soit don Ferdinand, tenant sa promesse, lui a fait suspendre son voyage et l’homme, boudant, se retire dans ses quartiers d’hiver ; soit il lui a ordonné d’accélérer le départ et Solís, joyeux, s’empresse de s’embarquer… L’un et l’autre cas de figure sont du domaine du possible… Mais duquel s’agit-il ?… Son Altesse n’a pas l’habitude de s’arrêter à des vétilles et ce ne serait pas la première fois qu’Elle me joue un mauvais tour…

Il revint automatiquement sur ses pas, renonçant à la suite de sa promenade.

Le hasard m’a fait découvrir ce matin – songeait-il – ce que mes agents m’auraient communiqué dans je ne sais combien de temps. Mais qu’y gagnons-nous ?… Bah ! La meilleure chose à faire est de m’empresser de communiquer à don Manuel ce que don Ferdinand m’a dit et promis… Je dois aussi lui parler de ce petit évêque de Palencia, de ce Juan Rodríguez de Fonseca de mon cœur qui, en raison d’un caprice du Roi, tient dans une main les affaires des Indes et, dans l’autre, les sanctions… oui, les sanctions pour autrui. Lui et Lope Conchillos ne me disent rien qui vaille. Est-il vrai, comme me l’assure Anríquez, que ce truand de Solís a promis au maraud à mitre de Fonseca, la moitié de ce qu’il gagnera dans l’expédition ? Il est indubitable que l’évêque l’appuie, tout comme Lope, et que don Ferdinand ne voit plus qu’avec leurs yeux… Le Roi est fort diminué par sa maladie ; mais alors vraiment beaucoup… Il ne fait plus les choses lui-même, comme avant ; mais il faut avouer que ses décisions antérieures ne nous étaient pas plus favorables… Quoi qu’il en soit, je dois tout dire à don Manuel, et aujourd’hui même, afin qu’il analyse et avise… Si don Ferdinand veut que le voyage se fasse, rien, pas même sa parole, ne pourra l’empêcher… Mais rien n’empêche, non plus, que don Manuel fasse surveiller les navires de Solís, afin de lui créer des difficultés et de préserver nos droits. Nos droits ! Malgré tant d’efforts et d’insomnies, nous ne sommes pas encore parvenus à les faire reconnaître et établir de manière à ne laisser aucun doute ni à engendrer d’autres complications… Ah, si doña María n’était pas morte[71] ! Si les deux royaumes en avaient formé un seul, comme cela a failli se produire !… Mais quelle est la solution maintenant ?… Il faut tisser une trame très fine et ne dormir que d’un œil, afin de ne pas perdre le peu de bénéfices engrangés… Ah, ce Juan Díaz me vaudra encore des maux de tête !…

Le cavalier était effectivement Solís qui, après son entrevue de la veille avec don Ferdinand avait fait avertir Diego García de Moguer et dit à Francisco de Torres que, dans la soirée du lendemain, ils devraient se réunir à Laguardia. Il était chargé de papiers, parmi lesquels un premier ordre de don Ferdinand afin que la Casa de Contratación de Séville lui remette trente-sept mille maravédis à titre d’indemnisation, et un second pour que le trésorier lui rembourse tout ce qu’il avait avancé aux marins comme salaires et déboursé dans des achats et autres préparatifs de voyage[72]. Voulant couper court à tous les soupçons que le report pouvait faire naître et à ceux que, s’agissant de Solís, les officiers de Séville seraient enclins à nourrir, le Roi soulignait qu’il le tenait pour un très bon serviteur, ordonnait qu’on le traitât et le considérât comme tel, et il ajoutait que le servir revenait à servir sa propre personne royale. Et afin que ces recommandations inhabituelles aient encore plus de poids, don Ferdinand les réitérait indirectement en écrivant à Solís, entre autres choses[73] :

« J’ai ordonné de suspendre le voyage en question afin de m’entretenir à son sujet avec le sérénissime Roi du Portugal, mon très cher et très aimé fils, pour qu’il se fasse de manière que la couronne royale de ces royaumes, dont celle du Portugal, ne subisse pas de préjudice ; et parce que – ayant pris cette disposition – j’ai la volonté qu’il soit effectif, je vous assure et vous promets que, ce voyage devant se faire, vous serez la personne à qui j’en confierai le commandement, et on vous conservera jusqu’à ce moment tout ce que j’ai stipulé dans cette ordonnance, sans faute. »

Lors de cette entrevue, don Ferdinand avait témoigné à Solís son affabilité particulière, même s’il se sentait fort incommodé en suffoquant, ce qui lui coupa la parole à plus d’une reprise. Aux côtés de Son Altesse se trouvaient l’évêque de Palencia et le secrétaire Lope de Conchillos (y Quintana) pour qui – comme le pensait l’ambassadeur portugais – il n’avait pas de secrets, ni, parfois, la moindre objection. Ces deux secrétaires ou, plutôt ministres, du Roi catholique, contrastaient nettement, même si leurs manières à tous deux étaient également froides et mesurées. Lope Conchillos, portait un habit à longues manches et des chausses noires, était de stature moyenne, avait un visage rond, brun, des yeux vivaces et marrons, des paupières rosées et épaisses qui les rendaient plus petits, mais l’ensemble suggérait un caractère bienveillant si pas faible. En revanche, avec son costume ecclésiastique, simple comme une tunique, don Juan Rodríguez de Fonseca, chapelain principal du Roi, membre de son Conseil, évêque de Palencia – il avait auparavant été au chapitre de la cathédrale de Séville, évêque de Badajoz, de Cordoue, comme il devait l’être plus tard de Burgos, et même archevêque « in partibus » (de Rossano) – semblait le dépasser de plus d’un empan et, sur son visage sec, ses yeux noirs dégageaient une lueur phosphorescente au fond de leurs orbites violacées, tandis que ses lèvres minces et pâles, serrées quand il ne parlait pas, laissaient deviner un homme passionné et dénué de bonté. Lorsque l’on introduisit le marin dans la salle, l’un était debout à la droite et l’autre à la gauche du souverain.

Don Ferdinand, pour entrer en matière, dit à Solís que, comme il devait l’avoir vu bien clairement, il ne lui était pas possible de renoncer à l’expédition de découverte prévue et qu’il ne la confierait à personne d’autre. Ensuite, changeant de ton et avec une certaine légèreté ironique, que ses difficultés à respirer semblaient rendre sarcastique, il ajouta que des circonstances très particulières – purement le désir et la nécessité de garder les meilleures relations avec le Roi du Portugal – lui conseillaient de repousser pour un temps indéterminé la réalisation de l’entreprise à laquelle il tenait tant.

— C’est un cas de force majeure ou à peine moins – ajouta-t-il en soupirant. Il s’agit de mon fils bien-aimé don Manuel, à qui, en tant que père, je dois satisfaction.

Et comme s’il se parlait à lui-même, il murmura :

— D’autres viendront, et très bientôt, qui ne devront pas user de tels ménagements…

Don Ferdinand fut un prophète, si l’on interprète ses paroles dans un certain sens, car son petits-fils, Charles Ier d’Espagne et Charles V d’Allemagne[74], ne prit pas autant de gants avec le Portugal.

Mais il n’insista pas sur sa prophétie, si c’en était une ; il demanda à Solís de se rappeler, dans ses grandes lignes, l’accord qu’il avait conclu avec lui, afin qu’il fût dûment exécuté, sur tous ses points, le moment venu.

Le pilote principal faisait des efforts surhumains pour dissimuler sa colère. Ses brillants espoirs s’évanouissaient quand ils allaient être réalisés ! Le sournois Portugais triomphait en le faisant échouer au port ! Il émit, du bout des lèvres une malédiction à l’encontre de Vasconcelos et son maître, mais se borna – grave irrévérence – à frapper du pied sur le sol. Don Ferdinand toléra la faute en feignant de ne pas la remarquer, alors que Lope Conchillos tentait de sortir le navigateur du mauvais pas en s’approchant de lui et en lui murmurant à l’oreille :

— Tranquillisez-vous. Tout va s’arranger.

L’évêque de Palencia qui, à la dérobée, observait Solís déconcerté et furieux, serra davantage les lèvres dans un semblant de sourire et finit par intervenir, lui aussi :

— Si vous le permettez, Sérénissime Seigneur – dit-il gravement et sèchement, en s’adressant au Roi – je serai celui qui, en peu de mots, rappellerai l’accord dont, si je comprends bien, (et il est utile de le répéter), la concrétisation ne sera différée que de quelques mois.

— C’est bien cela – répondit Son Altesse en lui accordant d’un geste la permission demandée, pour porter ensuite la main à sa poitrine souffreteuse.

— Monsieur le pilote principal pourra me corriger si je me trompe… Mais j’ai ici les notes de Lope et c’est un bon aide-mémoire – poursuivit le chapelain du Roi, dès lors arbitre des destinées des Indes Occidentales même si, quelque vingt ans plus tôt, il avait failli empêcher leur découverte en traitant de « fous » Colomb et tous ceux qui lui prêtaient une oreille bienveillante.

Il jeta un coup d’œil au papier et continua sur le même ton sec :

— Juan Díaz de Solís s’engage par l’accord à partir avec trois navires, suffisants pour les besoins du voyage (qui sera de découverte et non de conquête, il faut insister sur ce point), laissant derrière lui la Castille d’Or[75] où se trouve Pedrarias Dávila[76], c’est-à-dire du côté de la mer[77] découverte par Vasco Núñez de Balboa[78]

— Cela ne doit pas être situé – déclara le Roi en faisant un effort pour l’interrompre.

— Et ce n’est pas consigné, Sérénissime Seigneur – expliqua tranquillement l’évêque. Si je le dis, c’est seulement pour mémoire, « entre nous »… Mais si le voyage n’est pas de conquête, une telle clause ne doit pas être ni ne se veut un empêchement pour la prise de possession de nouvelles terres ou de nouvelles mers, le cas échéant, et afin d’assurer la priorité… Un des navires que doit emmener Juan de Solís – il continua en changeant de ton et en parlant rapidement – aura une capacité de soixante tonneaux et les deux autres en auront une de trente tonneaux chacun. Ils emporteront au total un équipage de soixante hommes et de quoi subsister pendant deux ans et demi, navigation et relâches comprises[79]. Tout cela au vu et au su de la personne que Votre Altesse voudra bien désigner.

— Qui doit être mon répartiteur Juan López de Recalde, de la Casa de Contratación, n’est-ce pas ? – demanda le Roi.

— C’est bien lui, et Votre Altesse – poursuivit l’évêque – ne sera pas obligée de payer, ni à l’aller ni au retour, des soldes de gens ni quoi que ce soit, à part quatre mille ducats que la Casa de Contratación remettra à Solís[80]

Ce dernier, qui avait recouvré son sang-froid, sourit à son tour, s’exprimant intentionnellement :

— Il va de soi que mon « armateur principal[81] » – et il pesa ces mots – sera toujours le même grand seigneur dont m’a parlé si souvent Votre Altesse…

— Oui, oui – coupa le Roi, un peu grognon. Il va de soi que l’on taira son nom.

— Afin d’éviter des indiscrétions possibles, même de la part des officiers de la Casa de Contratación – fit remarquer Lope Conchillos – on établit dans l’accord que cet armateur… (ou ces armateurs…) ne sait pas ni ne doit connaître la destination du voyage… On ne demande rien à qui ne sait rien ou… passe pour ne pas le savoir… et d’autant moins lorsque ce « quelqu’un » reste inconnu.

Don Ferdinand acquiesça d’un signe de tête.

— De tout ce qu’il plaira à Dieu, Notre Seigneur, de donner à Juan Díaz lors de ce voyage – continua Fonseca – le tiers reviendra à Son Altesse, un autre tiers à Juan Díaz et ses armateurs, et le dernier tiers aux hommes qui prendront part à l’expédition, que ce soit à titre de pilotes, d’officiers ou de simples marins.

— Votre Altesse n’a pas encore déterminé comment il faudra répartir ce dernier tiers – fit observer Solís.

— Vous le répartirez comme bon vous semblera et en concertation avec eux – répondit don Ferdinand.

— Votre Altesse – poursuivit l’évêque – promet de ne pas prélever, à part ce qu’il a été dit, ni « le cinquième royal » ni un quelconque autre droit…

— Hormis ce qui se réfère à l’armateur ; cela est d’autant plus à l’ordre du jour – dit le pilote – que ce voyage, pour autant qu’il ait lieu…

— Il aura lieu ! – s’exclama don Ferdinand.

— … ne rapportera des bénéfices qu’à la couronne, puisqu’il s’agit de découverte et qu’il se fera avec si peu d’investissements – poursuivit Solís. Je vais seulement ouvrir un grand chemin que, peut-être plus tard, je n’emprunterai plus, alors que devenu productif, il ne pourra plus l’être pour moi…

— Quelles faveurs souhaitez-vous que je vous accorde ? – demanda le Roi, avec une pointe de lassitude.

— Votre Altesse voudra bien se souvenir – répliqua Solís – que je n’ai sollicité aucune faveur, ni voulu consigner ni conclure un accord à ce sujet, car je me fie aveuglément à la bonté de Votre Altesse.

— Mon pilote principal ne sera pas mécontent ni frustré, pas plus qu’il ne l’a été jusqu’à présent… même s’il laisse voir qu’il ne se contente pas de peu.

Le Roi faisait allusion aux nombreuses faveurs déjà accordées à l’exigeant Solís, avec qui, dès le début, il s’était montré d’une exceptionnelle largesse.

— J’ai tenu les promesses que je vous ai faites – poursuivit don Ferdinand – et je vous ferai donner le titre d’Adelantado, pour vous et vos successeurs, pour tout ce que vous découvrirez et assurerez à la couronne, comme, dès à présent, je vous nomme gouverneur à vie et administrateur de justice des terres en question. Et, puisque vous m’avez dit avoir une grande dévotion pour notre saint patron l’Apôtre Jacques, revenez et vous recevrez de ma main l’habit de chevalier de son ordre, Saint Jacques de l’épée[82].

— Je baise les pieds de Votre Altesse pour une telle faveur.

— Notez également, Lope Conchillos, que le salaire de mon pilote principal est augmenté à partir de ce jour, passant à vingt-cinq mille maravédis, et faites-le savoir à ma Casa de Contratación.

— Je ferai ce qu’ordonne Votre Altesse – dit Lope.

— Mais je suppose – fit remarquer l’évêque – que l’on continuera à en déduire les dix mille maravédis annuels destinés à la veuve de Vespucci[83].

— Bien entendu – répondit le roi.

— Je vous félicite – dit Conchillos à Solís. Cela vous fait soixante-cinq mille maravédis par an, ce qui équivaut à une rente de grand seigneur.

— De grand seigneur très pauvre – lui murmura à l’oreille le navigateur. Si je ne comptais que là-dessus…

La conférence dura encore un long moment et Juan Díaz de Solís, rebuté au début, en sortit radieux, se précipita à Logroño et y prépara tout afin de partir le lendemain matin.

Et lorsqu’il avait croisé Vasconcelos, qu’il avait parfaitement reconnu, tout en feignant de ne pas le voir, il prenait la direction de l’Èbre, dont il longea la rive droite au galop, pour ne s’arrêter qu’à une petite auberge, aux portes de Laguardia, sur la route de Bilbao. Il y attendit Francisco de Torres et Diego García de Moguer, qui n’arrivèrent qu’à la tombée de la nuit.

— Mais, diantre, que se passe-t-il, et où allons-nous dans cette direction, si l’on peut savoir, par Saint Diego ! – s’exclama García, que les voyages à cheval, même courts, avaient le don d’exaspérer, après lui avoir broyé les os.

— Par ma foi, ces ennuis donnent à penser… et à se gratter ! – ajouta Francisco de Torres, qui, en bon marin, se déplaçait jambes écartées mais pour autant que le dos d’un cheval ne se trouvât pas entre elles.

— Buvons tranquillement un coup – dit Solís, les invitant à entrer dans l’auberge. Le fait est que tout va mal… et que tout évolue à merveille.

— Le diable te comprenne ! – dit Torres. Tout va mal et tout va bien. Explique-moi ce paradoxe !… Quel est ce mystère et vers où, par tous les diables, nous dirigeons-nous ?

— Pour le moment, vers Bilbao… Et le mystère est que le Portugal croit avoir emporté la partie en pipant les dés. Heureusement que nous avions dans notre jeu de meilleures cartes pour la revanche.

— Donc, à l’improviste, nous nous empressons de nous embarquer pour l’expédition ?…

— On se calme !… Nous embarquer, oui, mais pas pour le grand voyage… Lui, ce sera une autre paire de manches.

— Le diable s’en serait-il, d’aventure, occupé ?

— Il s’y est attaqué mais il n’a pas encore fait naufrage. Nous devons d’abord nous embarquer à Bilbao, d’où nous gagnerons un port quelconque d’Andalousie. Nous affréterons un navire de petit tonnage et mettrons le cap sur les Canaries.

— Et qu’avons-nous à faire dans ces îles maudites ou favorisées par la fortune ? – demanda Francisco de Torres, d’humeur encore plus mauvaise.

— Par Saint Diego, pourvu que l’on ne doive pas se déplacer à cheval, tout sera bon pour moi – dit celui de Moguer, résigné.

— Il suffira de gagner encore Bilbao.

— Ne t’irrite pas d’avance – conseilla Solís, en tapotant de la main l’épaule de son beau-frère.

Et, mettant à profit un moment où García s’écartait d’eux, les laissant seuls, le pilote principal fut plus explicite :

— En somme – dit-il à Torres, Son Altesse veut simplement tranquilliser le Portugais… L’expédition est suspendue en apparence mais nous devons continuer à la préparer subrepticement, sans que personne ne le soupçonne. Une promenade jusqu’aux Canaries n’est pas grand-chose ; là-bas ou un peu plus loin… nous aurons les instructions et cet ambassadeur – que Dieu trouble ses pensées ! – sera dans la plus grande confusion lorsqu’il ne saura plus rien de moi ou de toi… et il finira probablement par croire abandonné un voyage qui n’est que postposé.

— Oui, jusqu’aux calendes grecques.

— Ne te noie pas en eau peu profonde, mauvais marin !… Je suis sûr de Son Altesse, qui vient de me combler de faveurs, et de promesses que ces faveurs renforcent. Quant à toi, tu en tireras certainement profit si tu veux servir le Roi et te fier à ton frère…

— Tu sais combien il m’est désagréable d’avancer dans le brouillard. Mais, après tout, il s’agit de toi et je ne dois pas être davantage rétif cette fois. Mais si tu me disais…

— Je ne te dirai rien tant que le moment ne sera pas venu. De la patience et de la confiance, c’est ce que je te demande et ce que, d’une certaine façon, tu me dois. Appelle le brave García. Nous devons manger et aller dormir aussitôt après, afin d’être frais et dispos demain et nous rendre d’une traite jusqu’à Vitoria.

Quand ils arrivèrent à Bilbao, après deux ou trois journées pénibles pour Torres et, surtout, pour Diego García de Moguer, leur chance voulut qu’une petite galère fût sur le point de lever l’ancre à destination de Sanlúcar de Barrameda. Moyennant rémunération, le capitaine, honoré, accepta de les transporter en qualité d’amis. Ils laissèrent les chevaux à un aubergiste, embarquèrent leurs rares bagages, les galériens ramèrent avec brio et le beau temps les accompagna jusqu’à leur destination. À Sanlúcar, Solís quitta ses compagnons, qui prirent une autre route, et il se dirigea vers Séville. Il séjourna une semaine entière dans la ville, rendant à plusieurs reprises visite à la Casa de Contratación. Il gagna ensuite Lebrija, comme pour bénéficier d’un repos bien mérité auprès de son épouse et de ses fils mais, au bout de six ou sept jours, il disparut brusquement, sans que personne sût où il était allé.

L’ambassadeur don Juan Mendes de Vasconcelos, alarmé, avait beau demander avec insistance, à ses agents de Séville et à toutes les personnes qui auraient pu l’informer, des nouvelles concernant le lieu où se trouvait et sur ce que faisait le pilote principal du Roi, on ne le découvrit nulle part. Dans un premier temps, on lui dit que, d’après les officiers de la Casa de Contratación, le navigateur était en train de dresser l’inventaire de son navire, la Santa María de la Merced, afin de liquider les comptes du voyage suspendu ou abandonné[84]. Vasconcelos voulut connaître le mouillage du navire en question, afin de suivre Solís à la trace, mais ses efforts se révélèrent inutiles, de la plus complète inutilité. Il ne sut jamais où se trouvaient ni le pilote ni le navire, jusqu’au moment où, longtemps après, le premier réapparût, fier et satisfait de lui-même, dans la ville loyale et en liesse, où l’écheveau avait été tissé.

VIII

REVANCHE DE SOLIS

En cette chaude et lumineuse journée de l’été 1515, où le ciel ressemblait à une immense pierre précieuse, l’atmosphère au souffle d’une forge et le soleil à cette forge elle-même, trois caravelles entrèrent lentement dans le port de Séville et surgirent en face de la marina, à proximité des deux bâtiments des collecteurs et de la massive Torre del Oro. Le mouvement de la marina, où des forçats et des jeunes miséreux chargeaient des vivres sur deux galères, se fit plus intense et plus animé dès que l’on aperçut les navires qui arrivaient de l’aval, cela en raison de l’afflux de gens curieux attirés sur le rivage par les mystérieux et imperceptibles signaux qui convoquent la foule aux endroits où quelque chose se passe. Et si, du côté de Séville, bourdonnait un essaim toujours plus serré et plus nombreux, un autre, moindre, commençait à s’agiter de l’autre côté du fleuve, près du misérable mais enjoué quartier de Triana, dont les masures étaient regroupées autour de l’ancienne église gothique de Santa Ana.

Parmi la populace, on retrouvait les éternels bien informés qui, depuis que le monde est monde, trouvent plaisir en satisfaisant la curiosité d’autrui. Ces derniers disaient que les trois navires venaient d’être équipés à Lepe pour un long et hasardeux voyage de découverte et de conquête, et qu’ils se rendaient à Séville afin de s’y soumettre à l’indispensable formalité d’inspection par messieurs les officiers royaux. La destination des caravelles était, d’après les informateurs officieux, peut-être un secret mais un secret de Polichinelle. Ils se rendaient aux Moluques et aux Indes, aux riches terres que la Castille possédait sur des mers inconnues et que le roi Manuel du Portugal prétendait lui disputer sans droits. L’expédition avait été préparée, pendant des années entières et dans la plus grande discrétion, afin que les Portugais ne tentent pas de les devancer ; elle était patronnée par des gens très puissants et très haut placés dont, peut-être, don Ferdinand lui-même, et elle devait être commandée par un navigateur des plus réputés.

Autour des porte-paroles – hommes de mer, marchands, dont l’échoppe n’était pas ouverte, ou pícaros fiers de l’être, se formaient des groupes d’auditeurs, avides de nouvelles, et la vive façon andalouse de s’exprimer, pleine d’esprit et sonore, leur conférait une touche pittoresque. Mais cela n’absorbait pas l’attention au point d’empêcher les curieux de suivre des yeux la manœuvre des caravelles, exécutée à grands cris et avec des gestes violents par l’équipage expérimenté. Cet intérêt monta d’un cran lorsque se détacha du flanc du plus grand des navires un canot, dont la rame était empoignée par un homme d’un certain âge, et qui se dirigea vers le débarcadère en pierre, au pied de la Torre del Oro.

— Celui que vous voyez à la poupe du canot est le capitaine. Un brave ! Je le connais sur le bout des doigts, même si lui ne me connaît pas… – disait un vieillard, dont l’emploi notoire consistait à demander l’aumône aux portes de la Giralda ou de San Salvador, qui mangeait la soupe copieuse des couvents et qui servait de gazette vivante, tandis que ses occupations non avouées s’étendaient aux secteurs les plus divers et les plus mystérieux, depuis détrousser des bourses jusqu’à manipuler des esprits. – Si je le connais – poursuivait-il –, bien sûr que je le connais ! Je sais qu’il est un personnage historique et, en outre, qu’il se nomme Juan Díaz de Solís.

— Arrête avec ces nouvelles rabâchées ! – s’exclama une jeune fille qui avait un œillet dans les cheveux et portait négligemment une mante. – Tout le monde sait à Séville qu’il est rien de moins que le pilote principal et qu’il s’est déjà rendu plusieurs fois aux Indes et à d’autres endroits encore plus lointains !

— Oui, tu dois bien être au courant, jeune traînée ! – répliqua le mendiant – Il ne passe pas dans la ville de braguette que tu ne connaisses et qui ne te connaisse à fond !

— Et j’en suis bien honorée ! – dit la jeune femme, avec une magnifique désinvolture.

— Juan Díaz de Solís, pilote majeur ! C’est amiral qu’il devrait être, parbleu ! Parce que en matière de navigation, personne ne lui arrive à la cheville… Et son équipage, diantre, il le choie parce qu’il est prodigue et que cela ne l’effraie pas de payer un coup, quitte à être plus justicier que don Pedro lui-même, celui de la Padilla[85]… Et, cette fois il va nous rapporter de l’or en abondance de terres que lui seul peut situer – m’a-t-on dit de source sûre – aussi vrai que l’on m’appelle Bras, parbleu !

Parmi ceux qui étaient suspendus à ses lèvres, il y avait un gamin en guenilles, qui s’était faufilé jusqu’au premier rang du groupe. Vêtu de haillons, les pieds et les jambes nues, sa chemise en lambeaux permettait de voir que si le soleil andalou lui avait hâlé et tanné le visage ainsi que les extrémités, le reste de sa peau était naturellement doré comme celui d’une pêche. Et, alors que la jeune femme à l’œillet ouvrait la bouche afin de poursuivre le dialogue malicieux avec le mendiant, le jeune gamin mit son grain de sel dans la conversation en demandant, avec une langue bien pendue :

— Et dis-nous, précieux Bras, comment doit-on procéder pour accompagner cet amiral ?

— Holà, moutard ! Tu veux donc, toi aussi, partir à la découverte de terres ! Voyez-moi, vos seigneuries, cette face de petit gitan ! Tire-toi de là, épouvantail, et dis à ta mère qu’elle essuie le lait qui t’est resté sur les lèvres !

— Pardon, votre seigneurie et grand-père ! – s’exclama le garçonnet, en se mettant les mains sur les hanches – À votre âge, votre seigneurie doit déjà avoir découvert plus de terres qu’Amerigo Vespucchi lui-même et être un intime du Prêtre Jean… Voilà pourquoi ce devrait être possible pour moi…

Irrité, le vieil homme levait la main pour lui coller une gifle, quand il se produisit un remous dans la foule et l’enfant fit une feinte de corps, se lançant en direction de Solís qui, à cet instant, sautait à bas du canot, suivi par deux hommes, de toutes évidences des marins : l’un, rustaud et mal fagoté ; l’autre, avec des manières d’hidalgo même s’il était également hâlé par les vents et le soleil. Ils se frayèrent un chemin, jouant des coudes, afin que les curieux ne les touchent pas, le garçonnet ajustant, en les allongeant, ses pas à ceux des trois personnages, remerciant d’un signe de tête pour les exclamations flatteuses, affectueuses ou facétieuses qui saluaient les navigateurs, comme si elles lui étaient adressées. Ils furent nombreux ceux qui formèrent un cortège bruyant et agité, sans que les trois marins parussent le remarquer car c’est en conversant amicalement qu’ils entrèrent dans Séville par les Atarazanas et qu’ils prirent le chemin de la Casa de Contratación de las Indias, installée dans le vieil Alcázar. La suite s’émietta en quittant la marina et, seuls, atteignirent l’Alcázar le vieux mendiant, la jeune femme et le jeune garçon en guenilles. Fasciné, ce dernier suivait les navigateurs et, lorsqu’il les vit s’arrêter devant le portail morisque de la Casa de Contratación, il alla se jucher sur une borne qui lui faisait face et guetta, un doigt dans le nez et les jambes pendant dans le vide.

— N’entres-tu pas avec moi ? – demanda Solís à celui qui avait un air d’hidalgo – Nous sommes en face de la cage aux fauves qui rêvent de me dévorer.

— Très peu pour moi ! – répliqua l’autre en riant – Diego García et moi allons, pendant ce temps, chercher le peu d’hommes qui nous manquent.

— Que Dieu soit alors avec vous – dit Solís. Nous nous retrouverons à bord avant la tombée de la nuit.

— Et c’est là que l’on saura le résultat de la rencontre, s’il reste des queues à compter.

Et tandis que Solís pénétrait dans la Casa de Contratación, Torres et García mirent le cap sur la vieille et sale rue de la Cabeza del Rey Don Pedro. Le gamin, qui semblait perplexe en voyant qu’ils se séparaient, dut avoir pris une résolution parce qu’il sauta à bas de la borne et se mit à suivre les deux hommes, jouant avec un bout de bois sur les grilles saillantes des fenêtres. Il avait conçu un plan, bien que vague, car il fit une grimace de dépit en les voyant disparaître dans une taverne obscure et sentant le vinaigre, habituel refuge de marins qui n’avait pas de bateau sur lequel s’embarquer.

Depuis qu’il était arrivé de Cadix, non sans difficultés et soucis, mendiant, maraudant, fuyant les compagnies d’archers de la Sainte-Hermandad, soit en empruntant les routes, soit en longeant la berge du Guadalquivir, presque toujours à pieds, parfois à bord de barques charriant du poisson, il rêvait sans cesse des aventures merveilleuses, d’incomparable grandeur, qui débutaient à Séville pour se dérouler ensuite dans l’éblouissement des Indes enchantées. Il devait forcément rencontrer celui qui l’emmènerait, comme écuyer, comme domestique, voire comme chien, à la découverte et à la conquête des pays de l’or et de l’oisiveté, d’où le plus misérable revient seigneur. Et, dans le pire des cas, s’il ne trouvait pas celui qui le protégerait, il avait décidé de se glisser furtivement dans la cale de n’importe quelle caravelle sur le point de lever l’ancre et d’y rester tapi et silencieux, malgré l’obscurité, la soif et la faim, jusqu’au moment où il sentirait – et ce serait au mouvement – que le vaisseau naviguait en haute mer, loin de tout port, en route vers les terres promises. La passion romanesque, dominant Espagnols et Portugais, navigateurs insignes, aventuriers résolus, conquérants sans attaches et sans entraves, s’emparait des grands et des petits, et même les petits garçons rêvaient de devenir d’autres Colomb, Cortez[86] ou Balboa, et d’accéder à la grandeur grâce au courage, à l’audace et aux efforts, sans reculer devant les dangers et les échecs, que l’imagination ne leur dépeignait pas. Et, pour le conquérant juvénile, la piraterie elle-même était un incitant supplémentaire car, que savait-il ou pouvait-il savoir de la morale, étant né et ayant grandi en vagabondant à Cadix, près d’Almadraba où, quand c’était la saison, il assistait à la pêche au thon, vagabondant jusqu’aux puits de la Jara, où on ne manquait jamais de tenir une réunion bruyante et enjouée, vagabondant de la plage de la Caleta au Port, du hameau d’Hercule aux Arenales de la Isla ? En revanche, il avait écouté et connaissait par cœur des récits prodigieux de voyages et prouesses, de tueries et de cruautés, qui l’enflammaient et exaltaient son cerveau.

Quelque instants plus tôt, à la marina, il avait avidement prêté l’oreille au bonhomme Bras qui, exagérant avec ardeur, racontait à la jeune femme portant négligemment une mante l’histoire romanesque de Solís : meurtrier de sa première épouse, là-bas au Portugal, pour une jalousie justifiée ; fameux buveur ; pilote incomparable ; homme capable de défier la Casa da Guiné et le Roi du Portugal[87] lui-même car, entre corsaire et pirate, il s’était remboursé les centaines de cruzados qu’on lui devait (et un peu plus, à titre de prime) en s’emparant d’une caravelle portugaise… Et à présent le roi Manuel[88] et son ambassadeur le suppliaient à genoux de reprendre du service au Portugal, avec des rentes de prince et davantage de privilèges qu’un potentat… Mais rien à faire ! Solís n’était pas homme à accourir à un tel appel…

Le garçonnet ne savait ni lire ni écrire, ne pouvait faire la distinction entre le bien et le mal, mais il savait rêver… Oh ! Il ne se laissait arrêter par rien, passait allègrement de l’homicide à la rébellion, de la rébellion à la piraterie, et il finissait par s’imposer par l’audace et l’ingéniosité jusqu’à atteindre les mêmes sommets (ou de plus hauts) que Solís… Le tout était de commencer.

Ces rêveries guidaient son idée fixe : parler aux hommes qui remontaient la rue devant lui. Lorsqu’ils disparurent tous deux, dans la taverne, il se réveilla en sursaut.

— Tu n’as pas de chance, Paquillo ! Non, tu n’as décidément pas de chance ! – dit-il à ses haillons.

Il lui aurait été difficile d’expliquer la raison de sa plainte car il pouvait très bien attendre jusqu’à ce que ceux de la taverne ressortent mais, sans s’arrêter à de telles considérations, il se mit à courir vers le port, appelé par le souvenir du fleuve et des caravelles.

Solís, dans l’intervalle, pestait également dans son for intérieur pour sa poisse car, à la Casa de Contratación, n’était visible que le seul Pedro de Isásaga, un des officiers qui le combattaient avec le plus d’acharnement. Il aurait préféré avoir affaire au répartiteur, López de Recalde, ou au trésorier, le docteur Sancho de Matienzo, en qui il croyait avoir deux soutiens, voire deux amis. Mais il ne se déroba pas devant un choc pour lequel il était préparé ; il tenait en mains de quoi contrecarrer et vaincre Isásaga et beaucoup d’autres animosités. Don Ferdinand continuait à lui donner des preuves de confiance, comme s’il se moquait du roi Manuel et de son ambassadeur et, même si ce dernier semblait avoir débauché quelques-uns des officiers de la Casa de Contratación, Solís disposait de plus de cordes à son arc que n’importe quel autre pilote principal avant lui, précisément au moment où ses ennemis tapis dans l’ombre voulaient le rendre suspect d’inclination pour le Portugal et, seuls, lui, l’évêque Juan Rodríguez de Fonseca et le secrétaire Lope de Conchillos, connaissaient les véritables intentions de Son Altesse. Et qu’avait fait Don Ferdinand en apprenant les accusations de trahison, fantasques et peut-être intéressées ?… Eh bien, hausser les épaules, en parler à Solís lui-même et ensuite endormir les officiers, les chargeant de mener une enquête dans la plus grande discrétion et de lui en communiquer les résultats… comme la fois précédente, lors du voyage en compagnie de Yáñez Pinzón[89].

— Quels bons vents amènent ici monsieur Joao Dias ? – demanda Pedro de Isásaga en le voyant, optant insidieusement pour la prononciation portugaise.

— Dieu préserve Don Pedro de Isásaga ! – répondit Solis, saluant avec une politesse exagérée le petit vieillard desséché à la face de vinaigre. Ces bons vents soufflent sur des plis que Son Altesse m’a adressés personnellement à Lepe, où je préparais ma nouvelle flottille.

— Félicitations ! – murmura de mauvaise grâce le rigide officier, pendant que Solís extrayait de ses habits et brandissait comme une épée un rouleau dont pendait le sceau royal.

— Votre excellence veut-elle les passer en revue ? – demanda le navigateur… Vous verrez que Don Fernando, notre seigneur, sait rendre justice… et ne la refuse pas à cet humble vassal.

La main d’Isásaga tremblait en prenant les plis, car il pressentait quelque chose de fort désagréable. Mais il sembla se tranquilliser dès qu’il lut le premier pli.

— Nous avions déjà connaissance de cette ordonnance royale nommant, en votre absence, votre frère Francisco de Çoto pilote principal par intérim[90], dit-il froidement, et les dispositions sont prises pour accomplir la volonté de Son Altesse. J’ajouterai seulement avec le respect dû que, de l’avis nombreuses personnes, Son Altesse aurait pu poser les yeux sur quelqu’un dont les services et les mérites étaient plus grands… Peut-être se trompent-ils parce que, dans le passé, tant Don Ferdinand que Doña Isabelle – qu’elle soit dans la gloire des cieux ! –, étaient particulièrement avisés pour les nominations.

— Pour celle de votre excellence, « verbi gratia » – répliqua sournoisement Solís. Heureusement pour votre excellence, Son Altesse n’apprendra pas de ma bouche ces commentaires sur ses ordres royaux… Mais votre excellence accueillera sans doute avec une plus grande satisfaction la lecture de l’autre pli…

Au fur et à mesure qu’il lisait, Isásaga changeait de couleur ; il devint jaune, ensuite vert, se redressant violemment en quittant son fauteuil, et il finit par s’exclamer, se contenant péniblement :

— En tant que serviteurs loyaux de Son Altesse, préservant jalousement les intérêts du Royaume, nous n’avons point mérité, non, nous n’avons pas mérité un semblable camouflet… Mais le proverbe latin[91] dit que Dieu aveugle celui qu’il veut perdre…

Pendant un moment, la colère parut transformer le pygmée en géant.

— Vos paroles dépassent sans doute votre pensée et ce n’est pas, non plus, à moi de les répéter – dit Solís, en prenant avec impertinence un siège qu’Isásaga ne lui avait pas offert. Mais le Roi, notre seigneur, n’inflige jamais de camouflet à personne, et je ne vois pas comment il pourrait se perdre en ordonnant que l’on me traite comme je le mérite et qu’on le fasse en toute hâte…

— S’il ne s’agissait que de cela ! – grogna l’officier en écumant de rage.

— Allons ! Le reste n’a pas d’importance – s’exclama Solís, avec une légèreté feinte. Juan López de Recalde est mon ami, Don Ferdinand le sait, il a confiance en lui et Dieu fasse qu’il ne se trompe pas quand il pense que personne mieux que lui ne pourra m’aider à préparer mon voyage. C’est pourquoi et pour aucune autre raison qu’il ordonne que lui seul s’occupe de moi et y apporte « le plus grand soin possible[92] ».

Isásaga gardait le silence en essayant de se maîtriser et Solís, qui avait marqué une pause, continua avec espièglerie :

— Mais il n’y a pas à se méprendre quant aux intentions de Son Altesse… Elle est loin de mépriser les autres officiers de la Casa de Contratación à qui, si je n’ai pas mal entendu, la fin de l’ordonnance royale recommande, non au seul Recalde mais bien à tous, de me venir en aide avec « beaucoup d’amour » (et Solís insista bien sur ces mots), car Elle me tient pour un bon et loyal serviteur… Et cela va tellement à l’encontre de ce que murmurent les mauvaises langues concernant les relations portugaises de « Joao Dias », comme dit votre excellence avec tant de grâce… Son Altesse fait les mêmes recommandations, tout particulièrement, au trésorier Matienzo, qui m’honore également de son amitié, et ce dans un pli séparé que je dois lui remettre en main propre[93]… Si je suis indiscret en disant cela, que Dieu me le pardonne, car je le fais seulement pour être agréable à votre excellence…

Solís avait été très loin afin que le petit et irascible Isásaga ne pût pas prendre sa revanche. Mais il en trouva une dans le document qu’il continuait à examiner, parce qu’il eut un sourire aigre pendant qu’il disait avec une sérénité affectée :

— À présent, je trouve la clef et elle m’explique tout parfaitement ! Son Altesse sait de quoi il retourne et prend ses précautions. Grand Roi que le nôtre ! Mais il faut le lire entre les lignes et cela devient alors clair… Je lis ici, en ce qui vous concerne, Joao Dias : « sa condition est celle que vous savez ». Un peu que nous la connaissons !… Ne jetez donc pas tant de fumée pour une ordonnance royale qui, en somme…

— Qui, en somme – l’interrompit violemment Solís – me libère absolument et à jamais de votre juridiction, malgré vous, malgré Don Manuel et malgré Vasconcelos…

— Avez-vous bu, Joao Dias ? – s’écria Isásaga avec un mépris furieux. Ce n’est qu’en étant ivre que vous pouvez oublier que, d’après les ordonnances et règlements, des officiers royaux nommés par nous, par nous-mêmes, ni plus ni moins, doivent accompagner toute expédition pour les Indes, afin que la Casa de Contratación ait un œil sur tout ce qui se fera ainsi que la faculté d’empêcher et de sanctionner les manquements…

— Votre excellence, à ce que je vois, affectionne les cancans et aime les alimenter – répliqua Solís avec une sérénité glaciale. Que j’aie bu ou pas, peu importe ; dans l’un ou l’autre cas je n’avais pas besoin de la caution de votre excellence… Mais un élément n’aura pas échappé à la perspicacité de votre excellence : Son Altesse peut fort bien nommer ces officiers, chargés de factorerie ou notaires, sans le concours de la Casa de Contratación…

— Le Roi ne l’a jamais fait…

— Il faut un début à tout ; celle-ci sera la première fois… Ne le prenez pas mal, don Pedro… Mon expédition est plutôt modeste, si on la compare aux importants navires et équipages avec lesquels d’autres sont parties, mais Son Altesse attend beaucoup d’elle. Elle n’a rien voulu laisser au hasard, et encore moins livré aux caprices de gens qui – je ne le dis pas pour votre excellence – pourvu qu’ils me nuisent, n’hésiteraient pas, quitte à nuire à notre roi, à le faire au bénéfice du Portugal… Ce que l’on dit à tort de moi, on pourrait le dire à juste titre d’autres qui feignent d’être de grands ennemis de don Manuel afin de mieux le servir.

— Insinuations ! Odieuses calomnies !

— Que votre excellence ne le prenne pas à cœur comme si cela la concernait.

Don Pedro le regarda comme s’il voulait le foudroyer et, avec une intention blessante, il dit lentement et sentencieusement :

— Je n’ai pas besoin, moi, de me faire pardonner des délits capitaux.

— Vous vous écartez du sujet pour en revenir aux médisances – répliqua Solis, impassible. Revenons-en à nos moutons. Le fait est que Son Altesse a déjà nommé mon ami Pedro de Alarcón répartiteur et notaire de la flottille et, chargé de la factorerie, mon ami Francisco de Marquina[94], des gens d’une honnêteté et d’une loyauté au-dessus de tout soupçon, qui ne me feront pas de cadeaux pour autant mais qui ne me nuiront pas non plus… Bref, manœuvres et fourberies n’ont pas réussi à duper Son Altesse. Le roi don Ferdinand sait bien que, pendant que Vasconcelos et ses hommes de main cherchent à me discréditer – c’est en ayant une idée derrière la tête, vous entendez bien, don Pedro, le roi don Manuel, se servant du même Vasconcelos, veut me débaucher pour son service à coups d’honneurs et de faveurs, mais il n’y est pas parvenu et n’y parviendra pas, même s’il m’offrait la gloire éternelle…

Le petit vieillard aigri le coupa de façon sarcastique, hachant les mots comme s’il riait :

— Est-ce cela… que vous utilisiez habituellement comme appât afin de pêcher des faveurs toujours plus importantes ?… Oui, ce doit être cela !… « Le Roi du Portugal m’offre autant !… Le Roi du Portugal veut me donner beaucoup plus ! »… Comme si je l’entendais !… Et c’est ainsi que vous aurez obtenu les « llanos de Huerta y Acecal y del Hardal » à la limite de Lebrija[95]

— Ce n’est pas du tout cela – répliqua Solís tranquillement, affectant la modestie, afin de renvoyer la moquerie avec plus de venin. Notre seigneur don Ferdinand n’aime pas qu’on lui impose quoi que ce soit, moi moins que quiconque… Mais, bien que je ne le mérite pas, Son Altesse a dit bien clairement – et les plis se trouvent ici même, à Séville – qu’il m’accordait cette faveur « parce qu’il m’a beaucoup servi et me sert continuellement, et qu’il a subi un préjudice dans une prison alors qu’il n’était pas coupable[96]. Hé, don Pedro de mon cœur ! – alors qu’il n’était pas coupable ». Mais vous devez connaître la lettre de Son Altesse au premier magistrat de cette ville où l’on lit ce que je dis…

— Un autre cas où vous n’étiez probablement pas non plus demandeur – insista Isásaga d’un ton méprisant, l’année précédente, on vous attribua les biens qu’avait laissés Antón de San Gil, après s’être donné la mort, à Carbonera la Mayor[97]

— Le malheureux s’est pendu, c’est bien vrai – répondit Solís, imperturbable, et Son Altesse, de la Cámara y Fisco à qui passaient ces biens, me les transféra, m’écrivant, cette fois aussi, qu’Elle le faisait « eu égard aux services que vous m’avez rendus et me rendez continuellement[98] »…

— Pauvre (ou riche) opiniâtre !… Et dans votre soif insatiable, vous en êtes arrivé, il n’y a pas longtemps, à lui demander la maison de tolérance de Ségovie[99], qui était vacante – s’exclama Isásaga, désormais hors de lui, oubliant le prestige lié à votre charge de pilote principal !…

— Y prétendiez-vous également ? – demanda Solís de l’air le plus candide qu’il put. Si je l’avais obtenue, j’aurais été au regret d’avoir marché sur vos plates-bandes… Parce qu’il n’y avait rien de mal ni de déshonorable à la solliciter. Je connais des grands seigneurs qui n’ont pas de scrupule à recevoir des gages ou des rentes de telles maisons, dont Son Altesse elle-même décide de la gestion, et si je n’ai pas obtenu celle que je sollicitais ce fut simplement parce qu’un plus puissant m’a damé le pion… Mais cela ne m’afflige pas. Le Roi saura, à titre de compensation, m’accorder de plus grandes faveurs, sans que j’aie à les lui demander…

Illogique parce qu’il était furieux, Isásaga venait de se relever, écartant son fauteuil en le bousculant, et il disait, en bredouillant :

— Je ne comprends pas, sinon en pensant à vos excès, pourquoi vous m’importunez avec de telles histoires, alors que vous savez très bien que je n’ai rien à y voir !…

Solís se leva lui aussi et, prenant appui d’une main sur le dos de sa chaise, tandis que l’autre balançait en cadence son couvre-chef, il dit sur un ton jovial et comme s’il répétait des phrases apprises :

— Si j’ai raconté à votre excellence ces histoires, mon seigneur don Pedro, c’était uniquement pour témoigner ma gratitude à votre personne et à l’un ou l’autre de vos dignes compagnons de cette Casa de Contratación. Vous avez, eux et vous, tenté de me rendre tant de services auprès de Son Altesse, vous avez fait tant de recommandations de mes humbles qualités, vous avez porté à ses royales oreilles tant de nouvelles me concernant, que Son Altesse, finalement convaincue de mérites que vous m’attribuiez et que je n’ai pas, me comble de faveurs, non seulement celles que vous avez si pertinemment rappelées, mais quelques autres que vous ne savez pas, comme celles qu’Elle me promet lors de mon retour, dans sa grande libéralité, des honneurs dont je n’avais jamais rêvé… Ah ! s’il n’y avait eu les efforts de votre excellence et de ses vénérables compagnons, peut-être Son Altesse aurait-Elle encore ignoré mes indignes mérites… Mais votre excellence n’a pas rendu service à un ingrat !… Ni à un importun non plus… Je ne veux pas continuer à ennuyer votre excellence… Que Dieu vous garde !

La petite personne de don Pedro Isásaga retomba, effondrée, dans son fauteuil, comme une loque humaine, mettant longtemps à recouvrer ses esprits. Vasconcelos avait écrit à don Manuel que Solís était insupportable d’orgueil et de violence ; imaginez ce qu’il aurait écrit à propos d’Isásaga, s’il l’avait pu !…

IX

UN ASPIRANT À LA GLOIRE ET À LA FORTUNE

Entretemps, le garçonnet qui avait suivi les marins était déjà depuis un bon moment dans le port et, assis à l’ombre d’un canot à radouber, il n’écartait pas les yeux des caravelles qui, à faible distance, tanguaient sous l’impulsion du lent courant et de la brise rafraîchissante, ni d’un autre navire, plus éloigné, désarmé et comme endormi, faisant peu de cas des groupes d’hommes et de femmes, curieux, qui accouraient pour les voir, ni des marins qui commentaient leur coupe et leur mâture. Les caravelles avaient des coques noires, calfatées avec du suif et du goudron, et leurs mâts, assujettis par des haubans, leur donnaient un aspect de lourdeur que ne suffisait pas à alléger la coupe fine des œuvres vives[100]. Les yeux du garçonnet se promenaient du château avant (de proue) au château arrière (de poupe), admirant ces hautes constructions en bois, qui se dressaient et saillaient de part et d’autre, avec leurs grands œils-de-bœuf, et les navires lui semblaient être de splendides palais où l’on devait passer une vie agréable tandis que l’on partait à la conquête des terres de l’or, des pierres précieuses, des animaux étranges, des oiseaux multicolores. Il contemplait ensuite, envoûté, les mâts dressés, les cordages enchevêtrés, les gréements goudronnés, le cabestan pansu, les échelles de corde qui pendaient et oscillaient, et chaque détail était pour lui un nouvel objet d’émerveillement religieux.

Quelques années avaient suffi, après le premier voyage de Christophe Colomb, pour que diminuent, sans s’évanouir complètement, les terreurs superstitieuses que cette Mer Ténébreuse inspirait à l’imagination médiévale, mer sillonnée – disait-on – par des courants bitumineux et saturée de vapeurs méphitiques qui rendaient l’air irrespirable, tandis que de terribles monstres guettaient le marin audacieux pour le dévorer dès qu’il pénétrerait dans leurs domaines.

Désormais, lorsque se préparait une nouvelle expédition, les hommes de mer ne couraient plus se cacher dans un endroit où les agents du Roi ne pourraient pas les trouver afin d’échapper au service forcé, et il ne fallait plus réquisitionner par la violence les pilotes afin qu’ils embarquent, ni recruter l’équipage parmi des délinquants, des repris de justice et des galériens. Le retour triomphal de Christophe Colomb depuis Palos jusqu’à Barcelone, où les rois[101] le traitèrent presque d’égal à égal, les Indiens captifs vêtus de plumes criardes, les pépites d’or et les sables aurifères, les colliers de perles, les parures et les bijoux d’une singulière richesse et d’un aspect inédit, les oiseaux que l’on portait dans le cortège comme des ornements vivants, tout cela, grandi par l’imagination populaire, avait totalement changé le vieux concept de la mer mystérieuse et menaçante. Les récits des navigateurs, vantards, qui revenaient des Indes, étaient amplifiés de façon fantastique en passant de bouche à oreilles ; et s’ils étaient encore nombreux ceux qui, plus que la mort, craignaient encore les hasards de l’inconnu, chez beaucoup d’autres l’ambition surpassait la crainte, alors que pour quelques-uns le danger était, tout au plus – si pas un incitant , dans le pire des cas, analogue à celui que l’on court en se rendant en Orient par les voies habituelles ou en naviguant sur les mers toujours tempêtueuses de l’ouest de l’Europe. On ne manquait donc pas de volontaires pour les nouvelles expéditions et les capitaines pouvaient choisir à leur aise parmi des marins rôdés par le long et rude apprentissage à bord des audacieuses flottilles de commerce.

Des récits tronqués mais marquants, des prodiges que recèle et défend la mer, étaient donc parvenus aux oreilles du petit admirateur statique des caravelles, enflammant son cerveau de treize ans, là-bas à Cadix et à El Puerto, et ensuite lorsqu’il vagabondait dans Triana en prenant un bain de soleil sur les rives du Guadalquivir, ou lorsque, aux portes du couvent de Santa Clara, il attendait en bavardant et en écoutant que le frère convers apparaisse avec son grand chaudron débordant de brouet pour les mendiants et les filous qui venaient solliciter à midi. Depuis, il ne vivait plus qu’avec l’idée de se lancer, lui aussi, à la conquête comme la multitude d’hidalgos ruinés, de soldats déguenillés, d’aventuriers sans scrupules, qui importunaient les capitaines afin qu’ils les emmènent avec eux, jusqu’en enfer le cas échéant, pourvu qu’ils en revinssent avec des rentes. Énergiques et audacieux, les plus énergiques et audacieux d’Espagne et du Portugal, s’en allaient, généralement, comme une horde d’invasion, animée par un esprit destructeur, commettre dans les Indes des atrocités inénarrables[102], mais également, ils allaient, sans y penser, y semer l’héroïsme et actionner l’élan instinctif vers un avenir meilleur.

Absorbé dans sa contemplation et dans ses rêves, le garçonnet sembla se réveiller soudain et il se redressa à moitié : deux personnes parlaient près de lui et leur conversation l’intéressa dès les premières paroles. Il écouta sans bouger, afin qu’elles ne remarquent pas sa présence :

— Cette caravelle-là – disait l’une – est le navire du capitaine. Comme tu le vois, elle est équipée d’une voile latine à chacun des deux mâts et elle peut remonter au vent en cinq ou six quarts, ce qui lui permet, si l’on ne navigue pas de conserve, de parcourir moins de distance que les autres pour atteindre le même point. Celle-là est portugaise et les deux autres sont espagnoles – même si la première est aussi espagnole que les autres : ce sont des noms qu’on leur donne.

— Regarde à présent les deux caravelles espagnoles, qui sont équipées de façon mixte : de voiles de proue carrées et de voiles de poupe latines. Mais c’est la caravelle portugaise qui est le plus fin voilier.

— Reconnais que tu vas être bien à l’aise à bord, Rodrigo – dit l’autre.

— À Dieu vat ! Mieux que sur terre, surtout lorsque l’on doit aller au galop de Logroño à Bilbao, comme j’ai dû le faire il y a trois ans, pour suivre le capitaine… Quand j’aurai fini mon quart et s’il n’y a rien de neuf, je pendrai mon hamac, me glisserai sous ma couverture et dormirai comme un loir, bercé comme à l’époque du berceau par ma sainte mère – pour qui j’étais beau comme un petit ange, malgré le visage ingrat qu’elle et Dieu m’ont donné –, mère qui m’endormait en me chantant une berceuse…

— Le travail ne sera pas trop pénible…

— Pas du tout ! Tu sais très bien que, à part les bourrasques, les entrées et sorties de ports, ainsi que les écueils et brisants – il faut alors avoir de bonnes mains, de bonnes jambes et de meilleurs yeux, c’est à bord plus calme qu’à la cour du roi catholique, qui voyage toujours par monts et par vaux, sans avoir sa maison sous ses pieds, comme nous. Et que de bonnes petites siestes, et quelles veillées, dis donc ! Lorsqu’on tape la carte ou que l’on chante en chœur les chants de la terre et que l’on raconte des histoires épouvantables qui donnent la chair de poule aux moins tendres.

— Et pour ce qui est des provisions de bouche, comment ferez-vous ?

— Il n’y a pas de problèmes. Ce n’est pas la viande salée qui manque – de bœuf, de porc – et il y a aussi de la viande séchée, de la morue, des haricots et d’autres légumes secs, des biscuits, du vin doux au gosier… et tout en abondance, de quoi bien tuer la faim et la soif, pas comme une bouillie qui nous laisse sur notre faim[103]… En revanche, l’eau dans les récipients ou citernes, malgré tous nos soins, devient épaisse, corrompue et saumâtre… mais, tout comme il n’y a pas de faim que n’assouvisse du pain dur, il n’y a pas de soif que n’étanche une eau imbuvable… Pourvu qu’il y ait assez de vin jusqu’au bout, n’est-ce pas ?… Bref, les pauvres gens souffrent plus sur la terre ferme que nous sur la mer et eux n’ont pas l’espoir que leur sort s’améliore. Sur terre aussi, on souffre de la faim.

— Tellement, monsieur le marin ! – s’exclama le garçon sans pouvoir se retenir et il se mit debout, portant la main à une loque qu’il avait sur la tête en guise de béret.

— Salut ! D’où sortez-vous, monsieur le têtard ? – demanda Rodrigo, le marin-écuyer de Solís, car il était l’un des interlocuteurs.

— Je sors d’une faim pour retomber dans une autre, monsieur le navigateur… – répondit avec effronterie le garçonnet.

En voyant que Rodrigo souriait, ce qui mit fin à la peur que son visage ingrat aurait pu lui inspirer, il trouva l’audace de continuer :

— Si vous pouviez me faire la faveur, monsieur le navigateur, de me dire ce que doit faire une « personne » qui veut s’embarquer pour partir à la découverte de terres et de trésors, par Dieu, je vous en serais reconnaissant !

— Sacré nom ! Il ne manque pas d’impudence, le morveux ! – s’exclama le troisième personnage.

— Ah, monsieur ! Que votre excellence me pardonne, mais je préfère un coup de bâton à l’attitude où l’on ne daigne pas me répondre… Je grandirais au cours du voyage, aussi court soit-il ; et, pour ce qui est de la bonne volonté, il n’est pas besoin de barbe…

— Belle répartie ! – dit en riant Rodrigo. Comment t’appelles-tu, Goliath ?

— Non, pas Goliath. Je n’ai rien d’un géant. Mais bien Francisco, Paco, Paquillo, Frasco ou Frasquillo, comme il plaira à votre seigneurie, car c’est ce que tous disent, et cela me convient…

— Francisco, tout court ?

— Pas plus long… Cela doit venir du fait que je n’ai connu ni père ni mère.

Et comme s’ils l’invitaient à le faire, le garçonnet, babillard, raconta en zézayant :

— On dit – mais ce doit être exagéré – que l’on m’a trouvé dans un dépotoir de Puerto Real, près de Cadix, enveloppé dans une lavette, pas dans des langes de Hollande, ce qui répondait à la question de savoir si j’étais ou pas fils de princes… De vieilles personnes demandant l’aumône me recueillirent et firent en sorte que, plus tard, je puisse les aider mais, alors que je commençais à leur témoigner ma gratitude, leur travail n’étant pas compliqué, elles moururent des suites des misères passées… Je me suis alors élevé moi-même, plus dans les eaux de la baie que sur terre, faisant même, une fois, office de marin à la Almadraba…

— Belle graine de marin…

— Il y en a d’autres… Mais un coup de rame ne me fait vraiment pas peur et le patron-pêcheur avait l’habitude de me confier des manœuvres plus difficiles.

— Et maintenant, te croyant devenu un loup de mer, tu veux te risquer sur la grande mare, marin d’eau douce ?

— Salée, elle était bel et bien salée l’eau de Cadix, car c’est à Cadix que se trouve le sel que Dieu a créé… Car, afin de traverser cette mare, comme dit votre grâce, je suis venu de là, à pied comme un hidalgo, me disant : en avant, en avant ! C’est là-bas que t’attend une table avec le couvert… pourvu que tu puisses embarquer à bord d’une de ces flottes armées de la Castille de l’Or ou vers une autre destination. Je me suis dit que j’aurais le temps de manger et de m’empiffrer et, plus tard, de gaver tous ceux qui s’approcheraient de moi… Donc, si votre grâce veut m’emmener avec elle, je la servirais volontiers et ferais danser l’eau devant elle, veillant à son intérêt et à sa collation avant les miens…

— Si tu as autant d’audace que ta langue est bien pendue, tu es un brave, Paquillo – dit le marin, fort amusé par le bagou du gamin. Et, voulant poursuivre l’amusement, il ajouta : — Mais je ne peux pas exaucer la moitié de tes souhaits. En revanche, je vais te fournir une information : voici qu’arrive justement une personne qui, si tu entres dans ses grâces, peut d’un coup te faire chef, ou pas beaucoup moins, de la flottille et Adelantado, ou quelque titre analogue, de l’une ou l’autre terre que nous découvrirons.

Paquillo tourna la tête et vit que s’avançait vers eux le plus robuste des marins qu’il avait suivis quelques heures plus tôt.

— Qui est ce gentilhomme ? – demanda-t-il anxieusement.

— Il n’est pas gentilhomme – répliqua Rodrigo – mais un navigateur, et des meilleurs. Il s’appelle Diego García et, méritant de commander des escadres, il est celui qui commande nos équipages, comme quartier-maître, fort content de servir le capitaine général qui, de son côté, mériterait d’être roi, pour le moins…

À peine García fut-il près d’eux qu’il demanda, d’une voix tonnante, tout en postillonnant :

— Savez-vous si don Juan a déjà embarqué ?

— Il n’est pas encore arrivé – répondit Rodrigo. Je suis en train de l’attendre avec le canot et les hommes, car je dois le ramener à bord.

Pendant ce temps, Paquillo regardait fixement García, se dressant sur la pointe des pieds et s’approchant de lui, comme magnétisé.

— Hors de mon chemin, moutard ! – s’exclama le quartier-maître, le bousculant avec rudesse sans le vouloir mais avec une telle douceur qu’il l’envoya presque rouler à terre. Par Saint-Jacques ! Qui a placé sur ma route cet avorton, fruit des amours de Belzébuth et d’une gitane ?

Réprimant mal son rire, Rodrigo fit part à son chef des prétentions du garçonnet.

— Tu dois encore manger beaucoup de soupe – dit García en haussant les épaules et en lui tournant le dos – avant de pouvoir manœuvrer une drisse, animalcule… Embarque, Rodrigo, car je dois, moi aussi, me rendre à bord.

Le marin courut au canot sans prendre congé de son ami, si grande était l’emprise de García sur son équipage. Le gamin, inconsolable, erra dans le port et, un peu plus tard, revint s’asseoir en face des caravelles… Dans son cerveau infantile se bousculaient, dans l’intervalle, les plus extravagantes idées, tendant toutes à se faire enrôler dans la flottille ou à s’y introduire en cachette, en usant d’un stratagème, jusqu’à ce que les navires soient en haute mer et que l’on ne puisse plus le débarquer…

Son attention fut, soudain, attirée par l’interlocuteur de Rodrigo, qui, pendant tout ce temps, n’avait pas bougé. Ayant compris à son aspect qu’il était également un marin, il lui demanda avec son sans-gêne habituel :

— Et vous, monsieur le Portugais, vous embarquez avec eux ?

— Ce n’est pas l’envie qui me manque, par ma foi… – murmura l’autre. Mais, dis-moi, comment as-tu su que je suis portugais ? À mon accent ?

— Je l’ai dit au hasard. Vous pourriez aussi bien être galicien, car c’est bonnet blanc et blanc bonnet… Mais cela vous effraie-t-il ?

— Cela m’effraie et ne m’effraie pas – dit le Portugais, en parlant plus à lui-même qu’au gamin. Les Espagnols sont aujourd’hui méfiants quand il s’agit d’enrôler des Portugais… Nous sommes comme chiens et chats pour déterminer ce qui nous appartient et ce qui nous revient ou pas… Même si Bouffées de Bagasse et ce Diego García et cent autres ont jadis été au service du Portugal, il y en a qui vont jusqu’à dire que… Mais ils ne doivent pas s’arrêter à ces vétilles s’ils ont besoin d’un homme décidé, qui soit habile en tout…

— C’est ce que je crois – répliqua le garçonnet pour s’attirer ses bonnes grâces. Vous n’avez pas une prestance à vous noyer dans un bassin et, en parlant à ce Bouffées ou à ce Diego, comme vous dites…

— Je le ferai, sacré nom, et pas plus tard que demain, ou avant, si l’occasion se présente, foi de marin ! Je suis avisé et tenace et je pourrais leur rendre de grands services…

— Il faut être fort savant pour parler d’autres langues que sa langue maternelle – s’exclama Paquillo en affichant une admiration démesurée. – Mais dites-moi, monsieur le marin, étant si savant, ne connaîtriez-vous pas un moyen de me faire entrer, moi aussi, dans la confrérie ?

— Comme interprète ? Foi d’Enrique Montes[104] qu’il est amusant ce garçon… Ton cordon ombilical n’est pas encore desséché et tu voudrais déjà…

— Qui parle d’interprète, Dieu me soit témoin !… Je pense à marin, ou petite-main, ou mousse, ou marmiton, que sais-je…

— Cela, c’est autre chose – dit le Portugais comme s’il éprouvait une très humble satisfaction. Mais – ajouta-t-il au bout d’un moment – regarde ces garçons à cabas qui commencent à transporter des provisions de bouche à bord… Mêle-toi à eux, fais comme eux et, si tu te signales dans la masse, il se peut qu’ensuite le quartier-maître ou le pilote te fassent la faveur de te prendre comme mousse… à moins qu’ils te nomment capitaine général, comme disait Rodrigo…

— Si votre grâce voulait bien dire un petit mot en ma faveur à monsieur Rodrigo, cela me valoriserait certainement, et je prierais tous les jours de ma vie pour votre grâce, comme étant le plus bienveillant des hommes.

— Je dois le faire, non en raison de ton adulation mais bien parce que tu me sembles être prêt.

— Dieu vous le rendra au centuple, votre grâce ! – s’écria le garçonnet en sautant de joie et en portant la main à son béret.

Ils étaient occupés à cela lorsqu’ils furent distraits par un grand mouvement qui se produisait à la fois sur terre et à bord de la plus grande des caravelles, qui était l’une des deux équipées de voiles carrées. On la menait au radoub, sans doute pour achever de la calfater et de la caréner. La manœuvre, bien que lourde, n’était pas difficile, car le bateau, encore peu chargé, tenait à fleur d’eau une grande partie des œuvres vives.

Ils se précipitèrent tous deux pour voir de plus près mais Paquillo ne perdit pas de temps et, comme il n’avait ni cabas ni corde pour jouer à l’expéditeur, ni de moyens de se les procurer, il se mêla à ceux qui halaient le navire et se mit à les aider avec beaucoup de brio, comme s’il faisait déjà partie de l’équipage. On le reçut comme un chien dans un jeu de quilles mais il fit preuve de tant de bonne volonté et de dextérité que, bientôt, les injures et les malédictions des marins cessèrent ; si, dans un premier temps, il leur était apparu plus comme une gêne que comme une aide, haussant les épaules, ils le laissèrent faire, puisque « l’un dans l’autre, il le faisait presque aussi bien qu’eux ». Rodrigo était revenu avec le canot afin d’embarquer les autres marins dès qu’ils arriveraient, et Enrique Montes s’approcha de lui un moment, désireux d’achever de le conquérir afin qu’il parle à Solís en sa faveur.

— Je le ferai volontiers – expliqua Rodrigo, mais ce ne sera pas facile de t’enrôler, non seulement en raison du nombre de postulants mais, surtout, parce que l’équipage a quitté Lepe presque au complet et que les rares hommes qui nous manquaient doivent, à cette heure, avoir été engagés sur paroles par le pilote don Francisco de Torres en personne ou plus vraisemblablement par le quartier-maître Diego García, qui connaît tous ceux qui ont vogué sur d’autres galères que celles du Roi, et même sur celles-ci. Je trouverai tout de même un moyen de parler de toi à don Juan et je lui vanterai beaucoup tes dons pour les langues, les interprètes n’étant pas nombreux par ici et ils sont bien nécessaires là où nous allons. Je lui dirai que tu as la faculté de comprendre des langages étranges, de les apprendre par cœur, mine de rien…

Et, en découvrant soudain Paquillo, qui suait à grosses gouttes en halant la caravelle en même temps que les marins, il ajouta :

— Sans que cela nuise à tes intérêts, je parlerai également de ce gamin. Discret et décidé, c’est un petit homme prometteur…

X

AU TRAVAIL !

Ni Enrique le Portugais ni l’ambitieux Paquillo, n’avaient réussi à se faire enrôler à bord d’un des trois navires qui, au bout de quelques jours, étaient prêts, après avoir rempli toutes les formalités que la Casa de Contratación exigeait et avoir complété leur équipage. Il n’y avait plus qu’à relancer la caravelle aux voiles carrées, menée au radoub, désormais carénée, calfatée et prête à naviguer.

Contre l’avis de Solís, qui souleva de fort sérieuses objections, messieurs les officiers de la Casa de Contratación avaient ordonné que l’on embarquât les vivres du navire avant de le remettre à flot. Don Pedro de Isásaga et ses comparses, ne pouvant empêcher que le marin n’arrive à ses fins, tentaient de le contrecarrer de toutes les façons possibles sans provoquer ouvertement la colère du Roi, et Solís invoqua en vain que l’on exposait sans nécessité le navire à un très grave danger en le chargeant au sec.

— N’êtes-vous pas pressés ? Eh bien, vous gagnez du temps, que diable ! – lui répliquait le minuscule et tortueux officier, forcé par ses fonctions à traiter avec le pilote, mais il le faisait à contrecœur.

— Agir dans la précipitation n’est pas conciliable avec agir bien – disait le marin –. Je préférerais prendre du retard mais opter pour la sécurité…

On était le 15 septembre[105] et Solís comptait lever l’ancre au début d’octobre afin de se trouver dans l’autre hémisphère en plein printemps austral.

Ce matin-là, tout était disposé afin de relancer le navire : les rainures enduites de suif et de savon ; les mulettes en place ; les câbles prêts à réguler la glissade lors du lancement. Les curieux fourmillaient, gênant la manœuvre, malgré les cris et les jurons du quartier-maître Diego García, et les fortes poussées et les coups de têtes de ses hommes. Le moment venu, d’une voix de stentor, celui de Moguer ordonna de couper les amarres à coups de hache : le bateau sembla hésiter avant de se mettre en mouvement et il commença à glisser lentement, accélérant sa marche pendant qu’un cordage régulateur ne lui opposait qu’une résistance passagère. Bouche bée, chacun gardait le silence, les curieux observaient, en proie à la légère émotion inhérente à ces actes, sachant que, quoi qu’il se passât, il n’était plus possible d’intervenir. Tout allait bien : le bateau glissait, les pièces latérales fumaient légèrement, les étais craquaient avant de tomber. La poupe ronde entrait déjà dans le fleuve lorsqu’un brusque balancement se produisit : le navire entra d’un coup dans l’eau, la faisant gicler comme une vague qui se brise sur un escarpement rocheux, oscilla violemment et se renversa, en même temps qu’un cri s’échappait de toutes les bouches… Avec un fracas sourd, l’eau se précipita à torrents par toutes les ouvertures, inonda la coque et le navire coula à pic en un clin d’œil. La caravelle, chargée au sec malgré les protestations de Solís, venait de sombrer par la faute de « ces messieurs » de Séville[106]

Le marin semblait désespéré et furieux, et Francisco de Torres essayait inutilement de le calmer. S’étaient joints à eux les deux autres pilotes de l’expédition, Juan de Lisboa[107], qui devait commander la caravelle perdue, et Rodrigo Alvarez de Cartaya[108], second à bord de la caravelle portugaise[109], dont le capitaine était Solís. García tentait de lui expliquer la cause du désastre.

— Par Saint-Diego, c’est la faute de ces mêle-tout de la Casa qui fouinent partout ! Mais ils ont pris soin de ne pas ordonner eux-mêmes l’arrimage… Ainsi, à la suite d’une défaillance dans les ligatures parce que cela balançait, la charge tout entière est passée à tribord et le bateau au diable !… Maudits soient les gens qui vont où on ne les appelle pas et qui se trouvent où l’on n’a pas besoin d’eux !

Le quartier-maître courait du groupe des pilotes à la rive du fleuve, où s’entassait une foule toujours plus dense ; Solís le suivit, ne parvenant à dissimuler sa fureur qu’à grand-peine. Il avait bien vu que la catastrophe était irréparable : le navire ne pourrait pas être remis à flots et, avec lui, ils perdaient tous leurs vivres. Au-delà du grand préjudice matériel, au-delà de la satisfaction secrète de ses ennemis, le marin considérait l’accident comme étant un présage funeste pour son expédition. Et ce fut l’avis de beaucoup.

García donnait des ordres à ses hommes afin qu’ils tentent de sauver quelque chose de ce qui était à bord et de ce qui, emporté par les eaux, flottait sur le Guadalquivir, à la merci du courant. Aux marins s’unirent volontairement le Portugais Montes et Paquillo, mus par la même idée de se rendre utiles. Montes, embarqué sur un canot, pêchait à l’aide d’une gaffe tout ce qui passait à sa portée et le garçonnet, nageur remarquable et plongeur-né, pénétrait dans le navire submergé, ne revenant à la surface, en soufflant comme un phoque, qu’en ramenant l’un ou l’autre objet. Mais ils n’étaient pas les seuls volontaires. D’autres hommes de bonne volonté se détachaient pour participer au sauvetage de la masse de gens vociférants, qui augmentait sur la marina à chaque moment, tourbillonnant comme en proie à une agitation extrême ; mais, en sortant de l’eau, ils prenaient l’habitude de s’égarer et, au lieu de déposer ce qu’ils avaient récupéré sur la pile, qui se formait sur la rive, ils prenaient distraitement le chemin de la ville, heureux de cette pêche miraculeuse sur le fleuve turbulent.

Paquillo, lors d’une de ses plongées, atteignit la cabine du capitaine du vaisseau, située dans le château de poupe enhuché, encore partiellement à fleur d’eau, et en tâtonnant à l’aveuglette il put s’emparer du coffret destiné à contenir les documents du bord et d’autres objets. Il réapparut triomphant, nagea vers la marina, mit pied à terre et courut déposer son trésor, criant de fierté. Ce coup d’éclat fut déterminant pour sa fortune. Le coffret était vide mais sa prouesse n’en était pas moins méritoire. C’est ce qu’estima le quartier-maître, en le voyant apparaître, tel un Triton d’airain, toutes ses guenilles dégoulinant d’eau.

— Pardieu, c’est le petit gitan de l’autre jour ! – murmura García. Puis il s’adressa au garçonnet – : Viens me trouver plus tard, gamin. Peut-être y aura-t-il à bord quelque chose pour toi.

En faisant mine de porter la main à son béret que le fleuve avait emporté comme trophée, le garçonnet s’égratigna la tête et, simultanément, le mollet dénudé du pied droit avec le pied gauche déchaussé. Mais il ne dit rien. En augmentant d’un cran, son audace habituelle s’était muée en timidité et, pivotant comme une toupie sur le pied droit, il se lança dans une course vers la rive.

Après avoir pris les rares mesures que permettait un revers aussi complet, Solís, s’écartant du tumulte de la plage, était allé rendre compte de l’événement aux officiers royaux, pour se retirer ensuite à bord de la caravelle portugaise et écrire au Roi, délimitant les responsabilités.

À la Casa de Contratación, on savait évidemment déjà ce qui s’était produit. Pour le peu qu’il avait entendu de la bouche d’Isásaga et par une confidence du répartiteur López de Recalde, le marin comprit que les officiers allaient s’empresser de le taxer d’impéritie, de faire peser sur lui le poids de leur malveillance, de l’accuser une fois de plus d’être un « homme léger et inconstant », à qui il ne fallait rien confier d’important.

— Que comptez-vous faire ? – lui avait demandé López de Recalde.

— Lever l’ancre avec les deux caravelles restantes, comme si rien ne s’était passé – répondit Solís. – Ces messieurs, par la faute, intentionnelle ou pas, de qui le voyage ne se ferait pas, en retireraient une trop grande satisfaction. Je ferais ce voyage à pied, si les bateaux me faisaient défaut !

— Attendez la décision de Son Altesse – conseilla le répartiteur.

— Oui, mais pas sans lui dire ce que, moi aussi, j’ai sur le cœur ! – s’exclama le marin.

Arrivé à bord, Solís, s’enfermant dans sa cabine, se mit à écrire fébrilement au Roi. De temps en temps, il s’interrompait pour lancer une interjection, tant il continuait à être en colère. Après avoir relu la missive, se rassérénant un peu, il atténua tout ce qui, étant trop violent, aurait pu être considéré comme un manque de respect à l’égard du souverain, et il la recopia au net. En prenant plus de libertés, il écrivit également à l’évêque de Palencia[110] et à Lope Conchillos, ferma et scella les lettres, en fit une liasse, et appela :

— Hé, Rodrigo !

Le domestique apparut, comme s’il jaillissait du sol :

— En quoi puis-je être utile à votre seigneurie ?

— Tu vas devoir passer une journée à cheval.

La grimace de Rodrigo l’aurait encore enlaidi, si cela avait été possible.

— Il faut porter ces plis à Almazán, de toute urgence, en crevant des chevaux. Voici de l’argent. Prêt ?

— Seigneur ! Il y a plus de cent lieues !…

Solís le regarda et sourit. Il savait comment mener son homme de confiance.

— C’est bon – dit-il –. Cherche un homme sûr qui ira à ta place, car il s’agit d’une mission d’importance.

— Oh non, seigneur ! C’est moi qui irai ! – s’exclama Rodrigo, affligé.

— Avant une demi-heure, il faudrait galoper sur ces routes, en se plaignant et en jurant, mais sans s’arrêter plus que nécessaire.

Dans sa lettre à Don Ferdinand, Solís se déchargeait de toute responsabilité dans la catastrophe, provoquée par les officiers qui n’avaient pas écouté ses objections et prévisions, et il disait n’attendre que l’autorisation de Son Altesse pour lever l’ancre avec les deux navires restants, même si cela risquait de présenter des dangers. Il demandait à Fonseca et Conchillos de faire pression sur le Roi afin que ce dernier lui procure un navire de plus, dans la mesure du possible, et, avec eux, il donnait libre cours à sa colère et à son indignation à l’encontre des « messieurs de Séville ». Il n’y avait plus qu’à attendre patiemment la décision du monarque.

Et de la patience, il en fallut car les jours s’écoulaient lentement sans autre distraction que les monotones conversations avec les pilotes, toujours sur le même sujet. Une complication le sortit heureusement de son apathie : le chargé de factorerie et le notaire, qui devaient accompagner l’expédition afin d’en contrôler les actes[111], et sur les bonnes intentions de qui il comptait, effrayés par le naufrage de la caravelle, faisaient marche arrière et demandaient qu’on les remplaçât. Quant aux gens de terre, qui n’avaient vu des bateaux que depuis la marina. La catastrophe leur avait fait prendre conscience des dangers de la navigation plus efficacement que tous les effrayants récits qu’ils avaient entendus. Ils imaginaient déjà qu’une voile du navire s’abattait sur eux et que la mer les engloutissait en un seul coup. Don Pedro de Alarcón, le répartiteur et notaire, homme de bureau, amaigri et pâli en raison de ses tâches qui l’obligeaient à rester enfermé, taciturne et sec, bien qu’il n’eût pas mauvais caractère, détestait les déménagements en général, et il n’avait accepté celui de ce voyage que par la tentation d’un salaire accru, le double dans le tiers des bénéfices qu’il fallait se répartir, ainsi que la perspective d’une amélioration lors du retour. Le chargé de factorerie[112] don Francisco Marquina, homme beaucoup plus actif, même s’il était gros et rubicond, au contraire, était jovial et communicatif, aimant nouer la conversation ; il rêvait d’aventures, qu’il n’avait pas connues jusqu’alors, et c’était pour lui un avantage supplémentaire aux raisons matérielles qui motivaient son collègue. Le naufrage de la caravelle fit donc sur tous deux l’effet d’une douche froide ; leur enthousiasme, avait déjà baissé d’un cran à la suite d’une visite qu’ils avaient faite à la caravelle portugaise où, à l’étroit, ils allaient manquer de commodités : si Alarcón fit la grimace, les cheveux de Marquina se dressèrent sur sa tête. Ils allaient faire le voyage presque serrés comme des sardines. Et à cela s’ajoutait à présent la perspective ingrate du possible, voire de l’inévitable naufrage… La meilleure chose à faire serait de renoncer…

Cela ne faisait pas les affaires de Solís, qui avait compté sur la bonne volonté et l’amitié des deux fonctionnaires. Un ennemi ou quelqu’un d’indifférent, ayant les mêmes attributions, pouvait lui nuire considérablement et paralyser ou, pour le moins, entraver son action dans nombre de cas : le répartiteur devait tenir les comptes et prendre note de tout ce qui touchait aux gens à bord et aux choses appartenant au Roi, sans excepter toutes les babioles que l’on emportait pour le troc ; il devait comptabiliser les paiements et les avances que l’on consentirait dans les ports et sur la terre des Indes, les prises que l’on ferait sur mer et sur terre, et veiller à ce que tout fût remis au chargé de factorerie ; il pouvait et devait empêcher que Solís et ses hommes négocient avec les Indiens, lui demander aussi souvent que souhaitable de passer en revue l’équipage, veiller à ce que, même lors de la navigation, le capitaine général s’en tienne strictement au contrat. Le répartiteur et notaire apparaissait donc comme étant un autre chef de l’expédition, ayant plus de pouvoir que le chef visible, s’il lui en prenait l’envie… Le chargé de factorerie, son complément et successeur sans titre, pouvait, au cas où l’autre abusait, être son complice ou son frein.

Comment Solís parvint-il à éviter qu’Alarcón et Marquina le missent dans la situation extrêmement grave où on les aurait remplacés ? Simplement en faisant miroiter devant leurs yeux à tous deux la faveur du monarque, les nombreuses récompenses, l’avancement assuré, et en leur démontrant que, s’ils ne faisaient pas plaisir au maître, ils auraient droit à la colère de ce dernier, il se détournerait d’eux, les abandonnerait, ce qui équivaudrait, ni plus ni moins, qu’à la misère pour leurs vieux jours. La crainte du Roi fut plus forte[113] que la peur de la mer et Solís put se dire que Vasconcelos aurait dû prendre auprès de lui des leçons de diplomatie.

Cette lutte, dont il sortit vainqueur, raccourcit les jours d’attente, jusqu’au moment où Rodrigo Rodríguez[114], les os en compote et les yeux presque complètement révulsés, revint en apportant la réponse du Roi. Don Ferdinand y disait à Solís de ne pas s’affliger du malheur survenu mais de ne pas non plus partir avant d’avoir à nouveau sa flottille au complet. Il allait prendre toutes les mesures nécessaires afin que ce fût le cas dans les plus brefs délais[115].

Le Roi voulait-il le tranquilliser avec de belles paroles trompeuses, en laissant ses ennemis triompher ?… En lisant, par ailleurs ce que Lope Conchillos lui écrivait, il reprit un peu espoir. Mais ses doutes ne se dissipèrent complètement que, quelques jours plus tard, lorsqu’il apprit que don Ferdinand venait d’envoyer une ordonnance royale aux officiers de la Casa de Contratación en les plaçant quasi sous les ordres de son ami López de Recalde : il leur ordonnait, en effet de suivre au pied de la lettre toutes les indications du répartiteur afin que la flottille de Solís fût complétée et prête à partir sans retard. Quant au pilote, il insistait pour qu’il fût « très bien servi (…), avec le plus grand soin possible » pour son voyage[116].

Solís convoqua Francisco de Torres et s’enferma avec lui dans sa cabine.

— Essaie de savoir, sans que personne ne s’en aperçoive – lui dit-il –, dans quel état se trouve la caravelle qui, depuis notre arrivée, est démâtée dans le port. Tu sais de laquelle je veux parler ?

— Il n’y en a qu’une et je suis déjà au courant de tout – répondit le pilote –. Dès le premier moment, j’ai pensé à elle.

— Eh bien ?

— Pour le moment, non seulement on ne la bouge pas mais il n’y a aucun signe que l’on veuille la bouger avant longtemps, à moins que… Bref : elle est en très bon état, quasi prête à naviguer.

— Crois-tu qu’il est possible de l’affréter ou de l’acheter ?

— Fort possible. Ses propriétaires n’ont ni fret ni armateurs. Ils sont forcés de la laisser dormir… Étant donné que la Casa de Contratación multiplie les empêchements pour les voyages, ils courent le risque qu’elle pourrisse…

— Sais-tu combien ils en veulent ?

— Je peux le vérifier.

— Oui, fais cela, mais sans te porter garant. Et assure-toi bien que son état est comme tu le dis.

Il ne manquait effectivement à la caravelle que les éléments que l’on n’embarque qu’à la fin. La Casa de Contratación intervint en avançant à Solís les sommes nécessaires et les propriétaires, contents de vendre un bateau qui ne leur occasionnait que des frais, ne se montrèrent pas exigeants. L’acquisition de la caravelle coûta septante-cinq mille maravédis[117], que la Casa de Contratación prêta au pilote, sur ordre du Roi. Et on commença à la préparer rapidement, sous l’inspection passionnée mais, malheureusement, officieuse de Paquillo, qui ne quittait pas une minute la marina.

Il avait inutilement rôdé jusqu’alors autour de Diego García, qui l’intimidait toujours davantage contrairement à tout ce l’on aurait pu attendre et qui, malgré sa vague promesse, semblait l’avoir oublié ; et sur ce chemin de croix de postulant silencieux et timide, il était parfois accompagné par le Portugais Enrique Montes, affligé par la longue absence de son présumé protecteur, Rodrigo au visage ingrat. Le gamin errait affamé et quasi nu parce qu’il ne trouvait plus le temps de parcourir les places à l’heure du marché afin de se procurer de quoi s’alimenter – ne fût-ce qu’une tranche de fromage, un morceau de poisson, une croûte de pain, un chou négligé par la marchande des quatre saisons, ni le temps de courir à Santa Clara lorsque l’on distribuait le brouet.

On faisait déjà les derniers préparatifs sur le navire lorsque, un matin, Paquillo trouva le courage du désespoir et se précipita vers le quartier-maître qui arrivait.

— Monsieur !… Monsieur ! – s’exclama-t-il, en portant la main à sa tête, comme s’il portait encore le béret de jadis.

Mais tout qu’il pensait dire ne parvint pas à franchir le seuil de ses lèvres.

— Que veux-tu, môme ? – demanda García, de mauvaise humeur.

— Eh bien… je… comme votre seigneurie m’avait promis…

— Par Saint-Diego, accouche !

— … que je pourrais embarquer ! – s’exclama Paquillo avec effort, mais d’un air décidé et, dans ce cri, il exprimait toute son âme.

— Ah, oui ! Cela me revient… Tu es le petit qui nage comme un poisson et plonge comme un dauphin… Reviens me voir plus tard car, maintenant, je suis pressé.

— Vous avez dit la même chose, votre grâce, – pardonnez-moi de vous le rappeler –, l’après-midi du naufrage… et… jusqu’à maintenant…

Sa bonne étoile voulut que, à ce moment, Rodrigo Rodríguez approchât.

— Holà, amiral ! – s’exclama le domestique de Solís – L’idée de devenir marin ne t’est toujours pas sortie de la tête ?

— Et elle ne m’en sortira pas ! – répliqua le garçon.

— Eh bien, si le quartier-maître marquait son accord, moi je t’apprendrais le métier.

— Si c’est sans solde… – dit García.

— Cela va de soi ! Je serais prêt à payer – affirma le gamin.

— Eh bien, si Rodrigo te prend sous sa protection et que tu le veux tellement, il n’y a plus à discuter. Embarque. Tu seras mousse sur la caravelle portugaise.

Le garçonnet lança un cri de victoire et disparut dans un nuage de poussière, prenant ses jambes à son cou, en direction du navire en question.

— Où va-t-il ? – demanda le quartier-maître.

— Il est très intelligent – répondit le bigleux –. Il doit déjà savoir ce qu’il faut faire… Il n’y a pas de risque qu’il déserte.

Ainsi il ne s’écoula pas longtemps avant que le nouveau mousse revienne en compagnie d’Enrique Montes à l’endroit où était resté Rodrigo. Il était allé signaler au Portugais que le bras droit de Solís était dans son jour où il distribuait des faveurs. Et Montes fut également enrôlé parce que, lors du naufrage de la caravelle, quelques hommes étaient partis pour ne pas revenir et qu’il fallait un gabier. Étant recommandé par Rodrigo, le quartier-maître le prit sans difficulté.

Le domestique se chargea de les présenter au cambusier, Martín García, qui gérait le rôle de l’équipage. En montant à bord, il disait au garçon :

— À présent, on va voir, gamin, si tu as l’œil et le pied marins… pour laver la vaisselle.

— Comment t’appelles-tu, question de mettre ton nom sur la liste ? – lui demanda le cambusier.

— Francisco.

— Francisco. Mais quoi de plus ?

— Francisco tout court ; je n’ai pas de nom de famille.

— Des Franciscos, il y en a plein à bord – fit remarquer Martín García –. On dirait que tous les chrétiens se prénomment Francisco.

— Mentionne-le comme étant Francisco del Puerto – intervint Rodrigo –. C’est à Puerto Real de Cadix que l’on a fait l’heureuse découverte de ce gaillard, et c’est un nom qui convient à un grand navigateur… même s’il est encore un navigateur en herbe.

— Eh bien, c’est écrit. Tu es désormais Francisco del Puerto, gamin. Donc, tu le sais – conclut le cambusier.

Tout était, enfin, prêt pour le départ, et les compas de relèvement, sortis de leurs habitacles, les arballestrilles ou bâtons de Jacob à l’aide desquels on mesure les angles, et les mystérieux astrolabes qui, avec leurs cercles cabalistiques, révèlent longitudes et latitudes à qui sait les lire, furent apportés à la Casa de Contratación afin que ses pilotes les étalonnent et vérifient leur exactitude. Il ne manquait plus que l’ordre de lever l’ancre et de lâcher les amarres.

Et, un beau matin, après avoir assisté avec dévotion à une messe dans la Cathédrale, tout le monde regagna le bord, une heure après le lever du soleil, s’attelant à la manœuvre. La marina fourmillait de curieux qui suivaient avec un extraordinaire intérêt tous les mouvements de l’équipage, des marins qui montaient et descendaient des haubans, d’autres qui criaient en faisant tourner le cabestan, d’autres qui enroulaient les cordages ou couraient sur le pont dans l’apparente confusion et le vacarme du moment où on levait l’ancre. Les cris, les exclamations, les commentaires criards d’hommes et de femmes qui s’attroupaient à terre sans rester une seconde tranquilles, parvenaient jusqu’aux navires comme le bourdonnement d’une ruche irritée, et les couleurs vives des vêtements, rehaussées par le soleil naissant qui les illuminait obliquement, s’harmonisaient de telle façon à cette rumeur qu’hommes et choses semblaient en fête pour augurer un bon voyage aux marins.

Quelques notables s’étaient rendus à bord pour prendre congé de Solís ; parmi les officiers de la Casa de Contratación, seul Matienzo et Recalde, ses amis et défenseurs, avaient voulu assister au commencement de son triomphe, et c’est avec émotion qu’ils l’embrassèrent. Mais les navires étaient en partance, les voiles frémissaient d’impatience de claquer au vent et les canots des visiteurs se balançaient à l’ombre de la coque des navires. Ceux qui devaient rester à terre dirent au revoir pour la dixième et dernière fois et ils descendirent dans leurs petites embarcations. Un coup de timon fit que les voiles prennent le vent et, l’une après l’autre, majestueusement et lentement, les trois caravelles gagnèrent l’aval, suivies sur les deux rives du Guadalquivir par les curieux, qui ne voulaient pas les perdre de vue et les accompagnaient, agitant bonnets et mouchoirs et déchirant l’air de leurs vivats.

Rodrigo Rodríguez, qui n’avait rien à faire à bord, sauf servir son maître, au demeurant peu exigeant, était appuyé au bastingage et regardait la foule s’éloignant et diminuant, ainsi que le paysage fugitif, nimbé de jaune par le soleil. À côté de lui, paré de vêtements neufs trop larges, destinés à un homme, se trouvait son désormais inséparable Paquillo. Le mousse ne parvenait pas encore à croire que ses ambitions avaient été aussi facilement réalisées, oubliant la faim et les angoisses passées jusqu’au moment où le grand Diego García, sur l’insistance de Rodrigo, son parrain et futur maître, lui accorda la faveur de le prendre à bord. La satisfaction l’émouvait, lui oppressant la poitrine presque au point de l’empêcher de respirer, pendant que ses jambes se balançaient de contentement et que ses bras s’agitaient involontairement comme des ailes de moulin saluant encore la foule déjà invisible. Lui aussi partait à la conquête de la Toison d’or et il reviendrait de ce voyage, devenu au moins un seigneur ! Ne racontait-on pas que Colomb[118] était presque un mendiant lorsqu’il alla demander du pain au couvent de la Rábida ? Et, malgré cela, n’avait-il pas réussi à devenir amiral de la mer océane, vice-roi, quasi l’égal de Son Altesse en personne ? Il avait dû beaucoup souffrir, c’est vrai, mais les maux s’oublient si l’on est richement récompensé, car on n’a rien sans peine…

Paquillo était plongé dans ces rêves lorsque Rodrigo attira son attention sur la manœuvre : la caravelle, qui naviguait en tête, virait gaillardement au coude du fleuve, découvrant par la proue et à courte distance la ville de Gelves, avec ses petites maisons qui ressemblaient à des points blancs sous la réverbération du soleil. Cela faisait près de deux heures qu’ils avaient quitté Séville. Une heure plus tard, ils passèrent en face de Coria del Río et du petit village de Puebla, qui se situe à côté. Un peu plus loin, ils naviguèrent lentement entre des marécages inondés par les eaux de la mer, couverts par intervalles de saules touffus, dont le vert tendre contrastait çà et là avec la couleur sombre des jardins maraîchers dans le sable, dont les légumes d’automne mûrissaient sous le soleil, encore ardent.

Le soir tombait déjà lorsqu’ils arrivèrent à Sanlúcar de Barrameda et ils jetèrent l’ancre dans le mouillage de Bonanza, qui se trouve à une lieue de la barre. On aurait dit que tous les habitants de la riante ville, entourée de beaux bois de pins, les attendaient sur le rivage depuis que les navires étaient en vue. Et, parmi ces braves gens, il ne manquait, certes pas, de parasites et de vagabonds attirés et fixés là parce qu’ils y trouvaient leur compte grâce au grand mouvement qu’engendraient dans le port le commerce continuel avec Séville et la présence fréquente des flottes qui se rendaient aux Indes ou en revenaient. Solís, craignant davantage les ripailles que les désertions préméditées, ordonna que l’on ne débarquât personne, à part les hommes que lui-même envoyait en mission à terre. Mais les navires ne tardèrent pas à être entourés de petites embarcations et toute cette population de marins put bavarder en criant avec ceux qui partaient, produisant un discordant et continu brouhaha qui ne commença à décroître que fort avant dans la nuit. Et, même s’il n’y en eut plus autant, nombreux furent encore ceux qui vinrent de la côte aux navires jusqu’à l’aube.

NOTES DU TRADUCTEUR

Des informations et des notes plus détaillées, avec reproduction de passages d’ouvrages cités peuvent être consultés dans l’édition d’Ides et Autres :

https://www.idesetautres.be/upload/PAYRO%20MAR%20DULCE%20INDICE%20CON%20ENLACES%20INTERNET%2020%20CAPITULOS.pdf (index).

 

Chapitre 1

OVIEDO Y VALDÉS, Gonzalo Fernández (1478 – 1557) ; De l’histoire naturelle des Indes (Historia general y natural de las Indias, islas y tierra-firme del mar oceano), voir :

https://www.wdl.org/fr/item/7331/.

Bouffées de bagasse. “Bofes de bagazo”, voir page 25 in Toribo Medina, José, Juan Díaz de Solís, Estudio histórico, Santiago de Chile, impreso en casa del autor, 1897, CCCLII + 252 p. (segundo libro: documentos y bibliografía)

http://booksnoOKw1.scholarsportal.info/ebooks/oca9/32/juandazdesol00medi/juandazdesol00medi.pdf.

Chapitre 2

TORIBIO MEDINA, José ; Juan Díaz de Solís. Estudio histórico ; op. cit, CCCLII, 252 p. (segundo libro : documentos y bibliografía) :

http://booksnow1.scholarsportal.info/ebooks/oca9/32/juandazdesol00medi/juandazdesol00medi.pdf

 

Chapitre 3

TORIBIO MEDINA, José ; Juan Díaz de Solís. Estudio histórico ; op. cit., CCCLII, 252 p. (segundo libro : documentos y bibliografía). Voir + infra :

http://booksnow1.scholarsportal.info/ebooks/oca9/32/juandazdesol00medi/juandazdesol00medi.pdf

« Texto de la circular, obra maestra de los funcionarios de aquel tiempo » (Toribio Medina, pp. XXV-XXVI) : « publicado por Fernández de Navarrete, Colección de viajes, t. III, p. 505, y reimpreso por Torres de Mendoza, Colección de Documentos, t. XXXVIII, p. 347 ».

CARVAJAL, Galíndez de (1472-1528), chroniqueur : Crónicas de los Reyes de Castilla : Desde Don Alfonso el sabio hasta los católicos Don Fernando y Doña Isabel por Cayetano Rosell, Fernán Pérez de Guzmán, Diego de Valera, Diego Enríquez del Castillo, Fernando del Pulgar, Lorenzo Galíndez de Carvajal, Andrés Bernáldez, Pedro López de Ayala ; tomo 3, page 533 (= Apéndice 2°, Anales breves). Voir + infra :

http://bibliotecadigital.jcyl.es/es/consulta/registro.cmd?id=8333

Sources possibles de l’acte de piraterie : Biographie de « Vasco da Gama » in Encyclopédie des gens du monde (répertoire universel des sciences, des lettres et des arts : avec des notices sur les principales familles historiques et sur les personnages célèbres, morts et vivans), Tome douzième (= volume 12) ; Treuttel et Würtz ; 1839, page 88 (de 811 pages) :

https://books.google.be/books?id=_A1CAAAAcAAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

BARROS E SOUZA, Manuel Francisco de, SANTARÉM (Visconde de) ; Recherches sur la priorité de la découverte des pays situés sur la côte occidentale d’Afrique : au-delà du Cap Bojador, et sur les progrès de la science géographique, après les navigations des Portugais, au XVe siècle ; Paris, Librairie orientale de V(euv)e Dondey-Dupré ; 1842, CXIV-336 pages. (citation extraite de la page p. 71)

http://books.googleusercontent.com/books/content?req=AKW5Qaf6uob53X1siLBn1rjTuLfKgeh01aEcaDC_flzNy3-9_zpZeMhJ7Z0mQ9347qRtStpTrHQrrtf4byaVuT8eCAotM587XRFH2T-pwl0GILe4eczH_WZf8YwoMjoJVZQbIZVPVe1jExShd2zlpoM1GOC4FlSBrYYh7yzIa2XEnKZpbYUBV3aiowMjPeWBefGfdRuycJXkS7_jbzRXBZ4vBBgCoI_SMT6onUr_aa6ogbohL97lB_GOveITyIs73VpNllVZ0FMi-jCgrP5lYjamwjO4qwoCxh6B2WBWpP8z690TZsAjyfQ

Santarém confond Louis XII et Charles VIII. Dès lors, s’il est une de ses sources, Payró amalgame-t-il, volontairement, deux actes de pirateries perpétrés, sous deux rois différents, à l’encontre d’une caravelle portugaise par des corsaires français, à une vingtaine d’années d’intervalle ?…

MOUTARD, Nicolas-Léger ; Histoire universelle, depuis le commencement du monde, jusqu’à présent ; Arkstée & Merkus ; 1768, livre XXII, chapitre II, page 454 :

https://play.google.com/store/books/details/Histoire_universelle_depuis_le_commencement_du_mon? id=1SpKAAAAcAAJ

SPONT, Alfred ; La marine française sous Charles VIII, page 4 :

http://195.220.134.232/numerisation/tires-a-part-www-nb/0000005549085.pdf

MOLLAT, Michel ; « De la piraterie sauvage à la course réglementée (XIVe-XVe siècle) » in Mélanges de l’École française de Rome (Moyen-Âge, Temps modernes), année 1975, volume 87, N° 1 pp. 7-25 :

http://www.persee.fr/doc/mefr_0223-5110_1975_num_87_1_2322

Il est étonnant que, depuis 1927 (et de nombreuses rééditions, par exemple chez Losada, un des plus grands éditeurs argentins, entre au moins 1938 et 2011), personne apparemment n’ait signalé (ne fût-ce que par une note en bas de page) les « erreurs » historiques que nous avons relevées…

 

Chapitre 4

TORIBIO MEDINA, José ; Juan Díaz de Solís. Estudio histórico ; op. cit., CCCLII, 252 p. Voir :

http://booksnow1.scholarsportal.info/ebooks/oca9/32/juandazdesol00medi/juandazdesol00medi.pdf

 

Chapitre 5

“Bofes de bagazo”, voir page XXV in : Toribio Medina, José ; Juan Díaz de Solís. Estudio histórico ; op. cit, CCCLII + 252 p. (deuxième livre : « documentos y bibliografía »)

http://booksnow1.scholarsportal.info/ebooks/oca9/32/juandazdesol00medi/juandazdesol00medi.pdf

Nous trouvons dans ce livre également des lettres de l’ambassadeur Juan Méndez de Vasconcelos au roi Manuel 1er, concernant Juan Díaz de Solís. Voici le début de celle du 30 août 1512 :

(Lettre complète XXX, entre les pages 85 et 88.)

Il y a une autre lettre, XXXI, du 7 septembre 1512, entre les pages 89 et 98.

“Del rey abajo, ninguno (y labrador más honrado)” (ou García del Castañar), pièce de théâtre, difficilement datable, de Francisco de Rojas Zorilla (1607-1648) :

http://biblioteca.org.ar/libros/130456.pdf

Étude (1910) d’Edouard Laget sur cette pièce :

https://ia801006.us.archive.org/16/items/delreyabajoning00roja/delreyabajoning00roja.pdf

Pour la traduction française, voir : Frédéric Mancier, Le modèle aristocratique français et espagnol dans l’œuvre romanesque de Lesage : l’histoire de Gil Blas de Santillane, un cas exemplaire ; Paris ; Presses Paris Sorbonne ; 2001,528 pages. Note 35, pages 131-132.

 

Chapitre 6

TORIBIO MEDINA, José ; Juan Díaz de Solís. Estudio histórico ; op. cit, CCCLII + 252 p. Voir :

http://booksnow1.scholarsportal.info/ebooks/oca9/32/juandazdesol00medi/juandazdesol00medi.pdf

« Guicciardini, ambassadeur, à ses mandants de Florence » : voir Francesco Guicciardini, « Relazione di Spagna Relazione di Spagna » (1513), in Scritti autobiografici e rari, ed. Roberto Palmarocchi, Bari, Laterza, 1936 :

« Insomma è re molto notabile e con molte virtù, né si gli dà altro carico, o vero o falso che sia, che di non essere liberale, né bene osservatore della parola sua ; nel resto si vede tutta costumatezza e moderazione. » (pp. 125-146).

À consulter :

GARGANO, Antonio ; « La imagen de Fernando el Católico en el pensamiento histórico y político de Maquiavelo y Guicciardini » in La imagen de Fernando el Católico en la Historia, la Literatura y el Arte (Aurora Egido, José Enrique Laplana Gil eds. ; ISBN 978-84-9911-309-8) ; Zaragoza, Institución Fernando el Católico (CSIC) ; 2014, pp. 83-104.

http://ifc.dpz.es/recursos/publicaciones/34/22/05gargano.pdf

Voir aussi :

GAGNEUX, Marcel ; « L’Espagne des Rois Catholiques dans l’œuvre de François Guichardin », in André Rochon (éd.), Présence et influence de l’Espagne dans la culture italienne de la Renaissance (Paris, Université de la Sorbonne Nouvelle ; 1978), pp. 55-112.

« Voyez-vous la bonne toile que c’est ? Je m’en suis offert trois jeux ! » Diario oficial de las sesiones de Cortes, 1837, tomo VII, p. 231.

LAFUENTE, Modesto ; Historia general de España (desde los tiempos primitivos hasta la muerte de Fernando VII) ; Barcelona ; Montaner y Simon editores ; 1879, tomo II, cap. XXVII, p. 416 (nota 5) :

http://cdigital.dgb.uanl.mx/la/1080044679_C/1080074653_T2/1080074653_123.pdf

SANTA CRUZ, Alonso de ; Crónica de los Reyes Católicos, in Juan de Mata Carriazo ; Sevilla ; Escuela de Estudios Hispano Americanos ; 1951, II, p. 281 :

« Y estando la corte en esta villa, por el mes de março, y el rey don Fernando en Carrioncillo, lugar apartado de Medina por una legua, deleitoso y de mucha caça, holgándose con la reine Germana su muger ; donde como Su Alteza tuviese tanto deseo de tener generación, principalmente un hijo que heredase los reinos de Aragón, le hiço dar la Reina algunos potajes hechos de turmas de toro y cosas de medecina que ayudavan a hacer generación, porque le hicieron entender que se empeñaría luego. Aunque otros pensaron que les avían dado veneno, o tósigo. »

 

Chapitre 7

TORIBIO MEDINA, José ; Juan Díaz de Solís. Estudio histórico ; op. cit, CCCLII, 252 p. (segundo libro : documentos y bibliografía). Voir :

http://booksnow1.scholarsportal.info/ebooks/oca9/32/juandazdesol00medi/juandazdesol00medi.pdf

Une biographie de Vasco Nuñez de BALBOA a été transposée par Fred FUNCKEN au niveau d’une BD en 4 planches aux illustrations attrayantes ; elle est parue en Belgique, dans le N° 38 de l’hebdomadaire « TINTIN » du 17 septembre 1958 et n’aurait pas été publiée dans l’édition française.

http ://www.idesetautres.be/upload/19580917 %20BALBOA%20FUNCKEN.zip

Il est étonnant que, depuis 1927 (et de nombreuses rééditions, par exemple chez Losada, un des plus grands éditeurs argentins, entre au moins 1938 et 2011), personne apparemment n’ait signalé (ne fût-ce que par une note en bas de page) les « anachronismes » que nous avons relevés…

 

Chapitre 8

TORIBIO MEDINA, José ; Juan Díaz de Solís. Estudio histórico ; op. cit, CCCLII, 252 p. (segundo libro : documentos y bibliografía)

http://booksnow1.scholarsportal.info/ebooks/oca9/32/juandazdesol00medi/juandazdesol00medi.pdf

Ouvrage de références :

PARDESSUS, Jean-Marie ; Collection de lois maritimes antérieures au XVIIIe siècle ; Paris, Imprimerie royale ; 1845, tome sixième, 672 pages. (Table chronologique de tous les documents dont les textes sont contenus dans cette collection : pages 629-638. Table alphabétique des matières des 6 volumes : pages 639-671) :

https://play.google.com/store/books/details?id=ZqJLAAAAYAAJ&rdid=book-ZqJLAAAAYAAJ&rdot=1

Voir, en particulier, chapitre XXXIV, « Droit maritime des provinces méridionales et occidentales de l’Espagne, situées sur l’océan », pages 1-300 (N.B. : textes bilingues).

Chapitre 9

“Bouffées de Bagasse (Bofes de bagazo)”, voir page XXV in : Toribio Medina, José ; Juan Díaz de Solís. Estudio histórico ; op. cit., CCCLII, 252 p. (second livre : documentos y bibliografía)

http://booksnow1.scholarsportal.info/ebooks/oca9/32/juandazdesol00medi/juandazdesol00medi.pdf

Iconographie caravelles, voir : Dictionnaire en images DUDEN français ; Barcelona ; Editorial Juventud ; deuxième édition, 1962, pp. 384-385.

Chapitre 10

TORIBIO MEDINA, José ; Juan Díaz de Solís. Estudio histórico ; op. cit., CCCLII, 252 p. (segundo libro : documentos y bibliografía)

http://booksnow1.scholarsportal.info/ebooks/oca9/32/juandazdesol00medi/juandazdesol00medi.pdf

Ouvrage de références :

PARDESSUS, Jean-Marie ; Collection de lois maritimes antérieures au XVIIIe siècle ; op. cit. (Table chronologique de tous les documents dont les textes sont contenus dans cette collection : pages 629-638. Table alphabétique des matières des 6 volumes : pages 639-671) :

https://play.google.com/store/books/details?id=ZqJLAAAAYAAJ&rdid=book-ZqJLAAAAYAAJ&rdot=1

Voir, en particulier, chapitre XXXIV, « Droit maritime des provinces méridionales et occidentales de l’Espagne, situées sur l’océan », pages 1-300 (N.B. textes bilingues).

Nous y avons puisé les traductions de contador (répartiteur), escribano (notaire, écrivain) et factor (chargé de factorerie).

Ci-dessous, des extraits concernant leurs tâches et obligations.

Concernant le contador (3ème paragraphe) :

https://play.google.com/store/books/details?id=ZqJLAAAAYAAJ&rdid=book-ZqJLAAAAYAAJ&rdot=1

Concernant l’escribano (3ème paragraphe) :

https://play.google.com/store/books/details?id=ZqJLAAAAYAAJ&rdid=book-ZqJLAAAAYAAJ&rdot=1

Concernant le factor (2ème paragraphe) :

https://play.google.com/store/books/details?id=ZqJLAAAAYAAJ&rdid=book-ZqJLAAAAYAAJ&rdot=1

FUNCKEN, Fred, Christophe Colomb : Illustration des caravelles par Fred FUNCKEN in « L’Histoire du monde : la course aux épices » (in TINTIN N° 29,16071958)

https://www.idesetautres.be/upload/CHRISTOPHE%20COLOMB%20FUNCKEN.pdf (2017)

https://www.idesetautres.be/upload/19560530%20COLOMB%20FUNCKEN.zip (2011)

TORTON, Jean a, lui aussi, dessiné une biographie de Christophe COLOMB : « Le rêve doré de Christophe Colomb » (in TINTIN N° 41,1981).

http://bdoubliees.com/tintinbelge/auteurs5/torton.htm

DE MOOR, Bob (1925-1992) : Rappelons qu’il était un dessinateur de la mer et, notamment, de caravelles dans « Cori, le moussaillon », série de 5 BD se déroulant au 16ème siècle. Voir notamment « L’invincible Armada » (« Le dragon des mers », page 6) les vignettes suivantes (copyright BD Must, 2013), illustrant, entre autres, la manœuvre du cabestan. (Si ce roman avait été traduit de son vivant, peut-être nous aurait-il fait l’honneur de l’adapter en BD. Nous l’avions rencontré (il habitait près de notre Centre d’expression et de créativité) et il nous avait fourni une illustration inédite pour « Ides… et autres » N° 4 (IEA04) :

http://www.idesetautres.be/?p=divers&mod=showPicture&id=1257686604cQLi.jpg)

Intégrale « Cori, le moussaillon » :

www.bdmust.be

TABLE DES ILLUSTRATIONS

Introduction

Carte de presse pour l’Exposition Universelle de Bruxelles en 1910. (Document fourni par son petit-fils, Roberto Pablo Payró.)

Illustration de couverture de l’édition de référence.

Juan Díaz de Solís, préface de l’édition de référence.

Mapa Mundi de Domingos Teixeira / Carte de Domingos Teixeira de 1573 (Bibliothèque nationale de France). « À noter, la projection n’est pas centrée sur l’Europe mais sur la ligne issue du traité de Tordesillas, celle du traité de Saragosse étant dédoublée, à gauche et à droite de la carte. Ceci a pour effet de bien montrer le découpage du Monde à parts égales entre Espagnols et Portugais, dont les blasons respectifs ornent les terres conquises. » (Vivianne Lutun Noz, Pintrest.)

Chapitre 1

Carte golfe de Paria par NordNordWest (Wikimédia CC. BY-SA-3.0de),

https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=41101645 Lic. Creative Commons by-sa-3.0de.

Carte des voyages de Alonso de Ojeda, 16.02.2013, par Taichi (Wikimédia Gnu Free Documentation Licence version 1.2)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Viajes_de_Alonso_de_Ojeda.PNG. Lic. GNU Free Documentation License version 1.2.

Page de couverture de l’Histoire naturelle des Indes, Fernández de Oviedo y Valdés.

Chapitre 2

Carte du monde d’Alberto Cantino, de 1502, d’après les voyages de Christophe Colomb dans les Caraïbes, Pedro Álvarez Cabral au Brésil, Vasco de Gama suivi de Cabral dans l’Afrique de l’Est et en Inde, et des frères Corte-Real au Groënland et en Terre-Neuve. Nommée d’après l’agent italien à Lisbonne qui l’obtint du Duc de Ferrare, carte secrète qui fut évidemment copiée.

Drapeau de la Compagnie de Guiné, reproduit par Nuno Tavares, s.d. (Wikimédia). (GNU Free Documentation License, Version 1.2 .)

Chapitre 4

Carte provenant de Les enjeux de la cartographie, Bibliothèque nationale de France. Elle reproduit dans un format réduit la Mapa Mundi de Domingos Teixeira / Carte de Domingos Teixeira de 1573 (Bibliothèque nationale de France). Voir l’introduction.

Chapitre 5

Carte d'Amérique divisées en ses principales parties par Guillaume Delisle, d'Anville. Rectifiée après les nouvelles Observations de Jean-Baptiste Bourguignon d'Anville et autres Géographes ; J. Condet (graveur). À Amsterdam : Chez Covens & Mortier & Covens Junior, 1744.

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:CartedAmerique.jpeg

Chapitre 6

Les photos proviennent de « Iconografía de Fernando el Católico », par Enrique PARDO CANALIS (Zaragoza ; Institución Fernando el Católico ; 1963,140 p.) :

http ://ifc.dpz.es/recursos/publicaciones/02/68/_ebook.pdf

Les photos utilisées sont les numéros : 21 (p. 79), 25 (p. 83), 31 (p. 89), 45 (p. 103), 47 (p. 105), 67 (p. 125), 73 (p. 131) et 77 (p. 135).

Chapitre 7

Portrait de Juan Rodriguez Frayle, anonyme, s.d.

http://www.lablaa.org/blaavirtual/biografias/images/rodrjuan.jpg

Carte situant la Castille d’Or par « Santos30 » (Creative Commons Attribution-ShareAlike3.0Unported license) :

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Tierra_Firme_Coquivacoa.PNG

Chapitre 8

Peinture à l’huile d’Alonso Sánchez Cœllo, depuis le quartier de Triana, en 1498. Le Puerto de Indias qui, au 16ème siècle accueillait un grand nombre d’embarcations le long du Guadalquivir, passant par Séville (on distingue la Giralda au fond, à gauche le pont des barques et, à droite, la Torre del Oro).

https://es.wikipedia.org/wiki/Puerto_de_Indias#/media/File:La_sevilla_del_sigloXVI.jpg

Alfonso X construye sus astilleros en Sevilla (1252), photographié par José Luis Filpo Cabana, mai 2010 (Wikimédia Creative Commons CC0 1.0 Universal Public Domain Dedication).

Cuarto del Almirante de los Reales Alcázares de Sevilla, photographié par CarlosVdeHabsburgo le 10.07.2014. (Wikimédia. ) Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported).

Chapitre 9

Robert Fleury, Joseph Nicolas, Réception de Christophe Colomb (1451-1506) par les rois d’Espagne Ferdinand et Isabelle la Catholique a Barcelone en 1493 L’explorateur revient avec des Indiens captifs. (Musée du Louvre.)

Christophe Colomb par Fred FUNCKEN (courtoisie de M. et Mme Fred Funken, selon autorisation donnée à Bernard Goorden) :

http://www.idesetautres.be/upload/19560530%20COLOMB%20FUNCKEN.zip

Entrée de Hernan Cortés dans la cité de Tabasco, huile sur toile, deuxième moitié du 17e siècle, anonyme (Wikimédia.)

http://www.kislakfoundation.org/collectionscm.html,

Représentation schématique d’un galion. (Archives de Pearson Scott Foresman, donnée à Wikimédia)

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Galleon_(PSF).png

Chapitre 10

Cathédrale de Seville du côté des marches, huile sur toile, 1835, Genaro Pérez Villaamil (Fondation de la Banque Santander.)

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Genaro_P%C3%A9rez_Villaamil_-_Seville_Catedral_on_the_Side_of_the_Steps_-_Google_Art_Project.jpg

Caravelles en haute mer, aquarelle, Raffaele Monleon, sd, in [livre non mentionné]. (Photo Bnmanioc, Wikimédia.)

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:PAP110640106i1.jpg

EL MAR DULCE

PREFACIO

“La Nación comenzará a publicar mañana en su folletín la última obra de Roberto J. Payró, cuyo título es EL MAR DULCE, crónica romancesca del descubrimiento del Río de la Plata por Juan Díaz de Solís.

El libro comienza como una de esas ligeras lloviznas primaverales que la tierra bebe apenas se moja, pero que luego, al persistir, van arreciando poco a poco hasta volverse copiosas, torrenciales y capaces de desbordar los ríos y anegar los campos.

Este símil ha sido quizá el primero en ocurrírsenos, por ser cosa nuestra, natural y del momento; pero encajará mejor, sin duda, que comparemos el desarrollo de EL MAR DULCE a esas sinfonías que, comenzando con un “pianissimo” de las cuerdas, van luego complicándose y ensanchándose hasta alcanzar las mayores sonoridades de la masa orquestal.

Y así tendría que ser la “Opera”, si la música había de acompañar e interpretar bien el “libreto”. El poema, comienza en una apacible mañana con un diálogo apacible en la apacible Logroño de principios del siglo XVI; diálogo entre el cronista y poeta Oviedo y su amigo Juan Díaz de Solís, en quien ya se vislumbra el alma del héroe que, después de llevar a cabo venturosamente larga y arriesgada travesía, sucumbe en la más inesperada y obscura tragedia, al descubrir nuestro gran río, que él bautizó Mar Dulce y que en verdad y en justicia debiera llamarse Ensenada de Solís.

En las primeras escenas de la obra, vense los preparativos del gran viaje, a los que da singular interés la solapada acción de españoles y portugueses para violar la famosa línea demarcadora del tratado de Tordesillas, tan matemática y clara en apariencia como ocasionada a casuísticas discusiones en su práctica e interpretación.

Sobresalen entonces, entre otras, dos escenas: la primera en que Solís contrata al ladino andaluz Diego García de Moguer, y que comienza a ponernos en contacto real, diremos, con algunos personajes del drama; y la segunda, quizá la más perfecta del libro, en la que la rivalidad hispano-lusitana de entonces está pintada con los tintes obscuros y la magistral sobriedad de un Velázquez, al describir la entrevista que Solís celebra con el embajador de Portugal, Vasconcelos. Es admirable la lucha, el duelo de aquellos dos hombres en que Solís resiste con tanta entereza como ironía las sutiles artes del diplomático, que, yendo del halago y las ofertas tentadoras hasta la amenaza, quiere conquistar a toda costa al célebre piloto para que deje de servir al Rey de España y se ponga a las órdenes de su Señor.

Viene después, y también tiene interés muy vivo, toda la parte del libro en que vemos librarse otra lucha, de muy distinta índole, pero no menos apasionada que la anterior, entre Juan Díaz de Solís y los señores de la Casa de Contratación de Sevilla. Las mezquinas triquiñuelas de una burocracia en extrema papelera, desconfiada y autoritaria que se atrevía hasta oponerse a la omnímoda voluntad del monarca, y la satisfacción de Solís al humillar a aquellos empecinados y envidiosos funcionarios que muy mal le querían, porque no era hechura de ellos y no acataba sin réplica su caprichosa y estrecha autoridad, dan motivo a muy movidas, características y sabrosas escenas.

Los preparativos del viaje en el puerto de Sevilla, en medio de la curiosidad general y de los variados y graciosos comentarios populares, con la entrada en escena de un simpático arrapiezo que llegará a alcanzar notoriedad con el nombre de Francisco del Puerto; las recaladas en Sanlúcar, en Lepe, y luego la partida hacia la gran aventura, forman páginas llenas de pintoresca amenidad y de fuerte emoción, a pesar del rudo temple de aquellos que la acometen.

La travesía, con una descripción sin duda muy próxima a la verdad, de la vida, penosísima a veces y harto incómoda siempre, que se hacía en las naos; la escala en Tenerife, que viene a ser para la tripulación, gracias a la hospitalidad canaria, regocijada fiesta; la entrada y la estada en la bahía de Guanabara, que da origen a una sobria y bella página descriptiva, así como la llegada a la embocadura del prodigioso río, que Solís más presiente, sin duda, que descubre cuando habla de él a sus compañeros, estando aún en pleno océano, constituyen muy hermosos capítulos, sobre cuyo fondo se destaca la noble figura del capellán, de a bordo, fray Buenaventura, grande y dulce alma de misionero cristiano que condena las crueldades cometidas por los conquistadores con los indígenas y que no desmaya en su misión evangélica, a pesar de la desatención y las burlas con que reciben su palabra aquellos hombres codiciosos e inconscientemente crueles que pretende aleccionar.

Y, por último, tras de un descanso en el bello río que llamaron de los Patos – hoy de Santa Lucía en el Uruguay – la inesperada tragedia que pone luctuoso, horrendo término a una aventura que había corrido hasta entonces de la más afortunada manera, aunque en ella la generalidad de la tripulación hubiera visto defraudada la sed y la seguridad de alcanzar las más fabulosas riquezas que los impulsara al gran viaje.

Tal es, muy sucintamente contada, la nueva obra con que Roberto J. Payró enriquece la literatura argentina.

Es un bello, un noble libro en el que corren parejas la verdad histórica, y la belleza literaria, con tanta probidad perseguida la una como la otra, sin hacer más concesiones a la imaginación, que aquellas que impone lo escueto de los relatos hechos por los testigos presenciales a la manera de diarios de a bordo, para pintar los ambientes y dar a los hombres y a las cosas sus rasgos característicos y los movimientos de la vida. En cuanto al estilo sólo diremos en su elogio que como lo requería lo épico y lo español del asunto tiene la limpieza, el bruñido y el temple de una espada de Toledo”.

“La Nación”, 8 de septiembre de 1927.

I

LA PLUMA Y LA BALLESTILLA

El aspecto y las maneras de aquel hombre no revelaban ni su edad ni las muchas agitaciones de su vida. Arrogante y resuelto, a pesar de cuarentón, llevando con donaire trusa y ropilla acuchilladas, emplumado birrete y toledana al cinto, era un guapo mozo de frente alta y despejada, barba castaño obscuro con el reflejo luminoso de alguna cana, grandes y enérgicos ojos pardos, tez morena y encendida, nariz afilada que daba a su rostro enjuto cierto aire morisco, boca grande, sensual, de labios rojos, mano fina y nerviosa. Decíasele zahorí – como nacido en Viernes Santo, a la hora de la muerte del Salvador –, y a esta fama popular de virtual descubridor de tesoros y realizador de prodigios, agregábase la de la audacia, las aventuras dramáticas y heroicas, las costumbres un tanto libres y la más sólida pero menos ruidosa de ser, amén de asaz versado en bellas letras, buen matemático e insigne mareante.

Las largas esperas en Logroño para convenir con el rey don Fernando el Católico – que cazaba en Mansilla – por pormenores de una atrevida expedición, hubiéranle sido harto molestas a no depararle la suerte un amigo según su corazón, llamado a la vieja ciudad por aspiraciones análogas aunque no por idénticos negocios. Era éste militar y cortesano – pero no de los afeminados que sólo más tarde florecieron –; hombre de ojo avizor, delgados labios irónicos y expresión al propio tiempo escudriñadora y esquiva. Manejaba la pluma con tanto garbo como la espada esgrimida desde la niñez, y considerábasele uno de los más notables cultores de la lengua romance en verso y prosa, y uno de los mayores eruditos de la época.

Como todos los días desde que en la villa se encontraron, paseaban lentamente en la alameda que orla el Ebro, departiendo y gozando del fresco y la soledad que la hora temprana les brindaba. Absorbidos por la plática, sus miradas vagaban abarcando, sin verlos, el paisaje asoleado, las fachadas blancas y los tejados rojos de la villa cortada por el río y dominada, entre otras torres vetustas, por la alta flecha secular de Santa María de Palacio, los campos fértiles divididos en huertos, viñedos, olivares, tierras de pan llevar, las carreteras y los caminos polvorientos, y allá lejos, como velada por los últimos tules de la niebla matutina, la ondulación de las montañas en cuyas laderas hunden sus raíces hayas y robles y que, al Oeste y al Sur, defienden la comarca de los vientos del mediodía.

— Repetidme esos versos, que me placen tanto – dijo el marino, dirigiéndose al militar y escritor.

— No me los sé de coro y no traigo el papelejo – contestó el interpelado.

— Algunos recordaréis, si no todos… A fe que en ellos están pintadas como en un retablo las malandanzas de descubridores y conquistadores de Indias.

— Conquistadores de Indias, sí, esperad… – repitió el otro como haciendo un esfuerzo de memoria para recitar en seguida con cierto énfasis burlón:

 

De lo que hacen y traen

sin saber contar el cuánto

nos ponen tan grande espanto

que los pensamientos caen,

pues no pueden subir tanto;

por lo cual tiene Castilla

una tal ciudad, Sevilla,

que en todas las de cristianos

pueden bien los castellanos

contarla por maravilla.

De ella salen, a ella vienen

ciudadanos labradores

de pobres hechos señores,

pero ganan lo que tienen

por buenos conquistadores…[119]

 

— Esa parte está de perlas, pero no es la que mejor da en el hito – observó el que escuchaba. – Continuad, continuad, don Gonzalo, que nunca habéis tenido flaca la memoria.

Aunque saltando aquí y allí alguna estrofa que le escapaba, sin esperar mayores súplicas, el poeta recitó la composición:

 

Aventurando sus vidas

han hecho lo no pensado,

encontrar lo nunca hallado,

ganar tierras no sabidas,

enriquecer nuestro estado,

ganarnos tantas partidas

de gentes antes no oídas,

y también, como se ha visto,

hacer convertirse a Cristo

tantas ánimas perdidas…[120]

 

— ¡Bien, vive Dios! – exclamó el marino –. ¡Adelante, Oviedo, adelante!

— En lo que sigue – dijo Oviedo – hablo de cierto conquistador en particular… Pero éste hame dado tantos motivos de enojo que no quiero repetir su enfadoso nombre:

 

… Peleando y trabajando,

no durmiendo mas velando,

con mal comer y beber,

ved si merece tener

lo que así ganó burlando!

Es verdad que su ganancia

procedió de su constancia

que quiso, con su virtud,

proveer su senectud

con las obras de su infancia…[121]

 

— Infancia va por mocedad – explicó el poeta –. El borceguí de la rima suele forzarnos a hacer visajes. – Y prosiguió:

 

y ganó en esta jornada

traer la pierna quebrada

con… lo demás que traía,

sin otra mercadería

sino su persona armada…[122]

 

— Ese “lo demás que traía” debe de referirse al consabido y malhadado morbo que tanto da que rascar – dijo el otro en tono de interrogación.

— “¡Tu dixiste!” – contestó Oviedo –. Pero, con el famoso palo guayacán, nunca lo bastante bendecido, la Divina Providencia supo darnos junto a la enfermedad de aquellas tierras el remedio que las cura y que también nace en ellas[123].

— Bien podría haberse ahorrado tal trabajo, ahorrándonos a nosotros la dolencia – objetó festivamente el marino.

— Allá veréis – contestó Oviedo –. Pero en esto no paran los trajines y desventuras de los descubridores y conquistadores, pues, como digo en mis malas rimas:

 

sobre esta tanta excelencia

hay mil malos envidiosos,

maldicientes, mentirosos,

que quieren poner dolencia

en los hombres virtuosos![124]

 

— A vos tampoco habrán dejado de roeros los zancajos, don Juan – agregó el poeta.

— Es mucha verdad – contestó don Juan –. Y espero que habréis de cortar vuestra mejor pluma para ponerlo también muy por lo menudo, con todos sus pelos y señales, en los libros que escribís con tanto ingenio.

Gracias, pero no basta el ingenio… Por fortuna, reales cédulas hay mandando que los gobernadores de Indias hagan llegar a mis manos exacta relación de cuanto ocurra y vean en sus respectivos gobiernos. Pero eso tampoco basta. Mi conato es ir en persona a esas misteriosas Indias, tocarlas con el dedo, conocer el secreto de sus selvas, de sus montes, de sus ríos, de la misma animalia que los puebla… porque flaco y desmedrado y desabrido es el fruto del escritor que, sin haberlo visto, cuenta lo que otros le contaron…

— Pero Su Alteza no os promete?…

— ¡Más que prometer! Ha venido en mandarme a la Española, donde seré su veedor de fundiciones de oro, cargo honorable, provechoso y descansado que me permitirá verlo todo y consagrarme a mis estudios predilectos. ¡Ya me tarda ponerme en camino! Quizá – aquí “inter nos” – no sólo me muevan mis aficiones de cronista, quizá me atraiga sobre todo el amor de las aventuras… pero vive el cielo que, pese a las malas lenguas, no me lleva la codicia… Lo curioso, lo imprevisto, lo aun ni soñado, son mi imán… y a lo que olisco, mi buen paisano Juan Díaz de Solís padece del mismo achaque…

El escritor lo dijo no sin cierta gracia, llamando paisano al mareante porque las familias de ambos eran oriundas de las Asturias de Oviedo, aunque el primero naciera en la villa del oso y el madroño y el mareante, según él afirmaba, a la sombra del antiguo castillo de Lebrija.

— Sí – contestó don Juan – cojeo del mismo pie, no os lo puedo ni os lo quiero negar. En el villorio de Lepe hallábame como el pez en el agua, pero ni la vida regalona y holgazana, ni el amor de mi mujer y mis pequeños han logrado detenerme en cuanto vislumbré la posibilidad de un gran viaje… Una como ansia me empuja a otros destinos… Así, también, un día, llevándome a Portugal me llevó a mi desgracia, me forzó a desafiar hombres y elementos, a defender y lavar la honra de mi nombre y – único pecado que no se me perdona – a cobrar por mi propia mano y con violencia lo que engañosamente y con la intención secreta de burlarme me prometió el portugués…

— Conozco la historia – interrumpió gravemente Oviedo – y lamento de corazón vuestros infortunios… Y, a propósito de ellos, y sin malsana curiosidad, desearía saber… Pero me tacharíais de indiscreto y no oso preguntaros tales cosas…

— ¡Hablad! ¡Preguntad!… ¡Viniendo de vos a mi, todo os está permitido, don Gonzalo!

— ¡Con todo, con todo! ¡En fin! a fuer de historiador vuestro, que seré si Dios me da vida, importa que yo sepa, hasta el más insignificante detalle para bien de la verdad… Pues… según el vulgo ¿cómo lo diré? las desdichas pudieron en un momento dado más que la voluntad, y buscasteis el medio de olvidarlas… Hasta parece que desde entonces se os da un remoquete no muy bien sonante…

— “Bofes de bagazo”, ¿no es así? – preguntó Solís con forzada sonrisa[125].

— Así es, en efecto… ¿No os sabe demasiado mal que lo haya repetido?

— ¡Eh! como suelen los decires, éste tiene sus asomos de verdad. Por fortuna sólo son asomos… No hago muchos ascos a un buen trago de la añejo… Pero, ¿a quién ha de espantar en la bendita tierra del vino, ni quién puede, en estos tiempos y estos lugares, tirarme la primera piedra? ¿Qué marinero, al llegar a puerto, antes de zarpar y en los intervalos, no echa un taco platicando con los amigos? ¡Pero, ea! se me da más gloria de la que merezco al decir que mis pulmones trascienden tanto que se me reconoce por la vaharada. No, don Gonzalo, no ahogué en vino, que bien podría, mis pesares; busqué consuelo en otras disciplinas… y lo encontré. Pero después fue vano que en mi soledad de Lepe tratara de consagrarme al estudio de las ciencias y de las letras, de complacerme en el comercio de sabios cuya amistad, como la vuestra, es seductora y admirable… Los libros parécenme ahora helados y hueros, sombra de sombras, frente a lo que puede ofrecerme la aventura, y los doctos amigos exasperan lo que llamo mi curiosidad…

— Cojeamos del mismo pie, como decíais hace un rato – murmuró Oviedo.

— ¡Sí, don Gonzalo! – continuó Solís – Ya me veo de nuevo en viaje a las Indias, y este sueño basta para que el pecho se me ensanche y el corazón me lata con el vigor de los veinte años.

— Dios os depare grandes hazañas, y ¡viva yo para contarlas y cantarlas! – exclamó Oviedo.

Ensimismados pasearon ambos la vista por el paisaje sin fijarla en parte alguna, sin ver otra cosa que su ensueño interior, y después de prolongada pausa habló por fin el cronista en el tono de la plática familiar:

— Tras de Colón – a quien conocí cuando los Reyes le recibieron con tanto honor en Barcelona, muy ajeno de sospechar y temer todo lo malo que se le reservaba –, tras de varón tan insigne, que mis ojos de niño admiraron, y fijaron para siempre en la memoria, otros hombres, como vos esforzados, emprendieron atrevidos viajes y realizaron descubrimientos portentosos. Algunos, y particularmente vos, no tuvieron par, ni puede hallarse quien se les compare, no siendo príncipe; porque los reyes saben y pueden dar cuanto les place, ciudades, estados, señoríos y otras cosas grandes; ¡pero a hombres que los vimos ayer pobres, y cuanto tenían era muy poco, bastarles el ánimo, téngolo en tanto que no sé cosa semejante en estos tempos ni en otros!

— ¿No os mueve el entusiasmo, que suele abultar en demasía?

— No, no: me ciño a repetir lo que anoche escribió esta misma mano para suspensión y admiración de las gentes venideras.

— ¿No podré conocer desde ahora esos escritos? ¡Me complacería tanto!

— Estoy como quien dice con el pie en el estribo y no puedo daros gusto, aunque lo quiera. Pero a su tiempo les conoceréis. En ellos hablo, naturalmente, de Colón, don Cristóbal, quien – primus inter pares – sólo guiado de la mano de Dios y de su humana saber, descubre las Indias no sospechadas y añade a la corona de Castilla islas y tierras de singular riqueza, y con él, de don Diego y don Fernando Colón, amigos míos muy amados. Tampoco olvido, por cierto, a amigo tan ilustre, vuestro y mío, como Vicente Yáñez, descubridor del golfo de Paria y de las costas de la Guayana, donde puso el pie a despecho de bravos naturales: ni a los otros Pinzones, que con él compiten sin eclipsarlo…

— ¿Cómo hubiera podido olvidarse a ésos, ni aun otros, mucho menos grandes?…

— Suele suceder. ¿Qué queréis? la justicia es “rara avis” en este mundo… Pero a nadie olvido de propósito, y difícil me parece que alguno escape a mi noticia o no figure en los documentos que poseo y estudio con amor…

Olvidaba sin duda que minutos antes había omitido deliberadamente el nombre de quien le inspiró sus versos…

— Diego de Lepe – prosiguió Oviedo – que desembarca en lueñísimas tierras adentradas cientos de leguas, hacia el Sur; Rodrigo de Bastidas, que corre las playas descubiertas por Ojeda y desembarca en Cartagena de Indias; el mismo Ojeda, que repite un viaje admirable y llega al fondo del golfo de Méjico[126]; de nuevo el gran Almirante que, viejo ya, cruza por última vez el mar Océano para dar a sus Indias el “aeternum vale”… ¡Cuánta hazaña y cuánta grandeza!…

— Las primeras sí. ¿Pero las otras? ¿No son, apenas, singladuras más largas, encontrado ya el camino?

— No os humilléis por modestia, don Juan, que hazaña muy grande fue también la que hicisteis alcanzando con Vicente Yáñez el que Vespuche llamó capo de San Agustín[127], las tierras donde Diego de Lepe combatió, el cuadragésimo grado, que nadie soñaba alcanzar… ¡Qué importa que otros hayan abierto la puerta, si allá adentro estaban el misterio y el peligro, y era proeza el desafiarlos!…

— Sin embargo, otros hubo que…

— Conozco – interrumpió Oviedo – conozco, también, lo que hicieron Ojeda y Nicuesa como fundadores de Darién, Juan Ponce de León, descubridor de la Florida, tantos otros… ¡Oh! el pendón castellano, don Juan amigo, está más alto que nunca, gracias al ánimo esforzado de todos vosotros, a vuestro generoso brío, a vuestra pujanza…

— Me refería a los portugueses… – insinuó Solís con cierta amargura.

— Sí – replicó Oviedo, displicente – los portugueses no lo han hecho mal… No debe menospreciarse al competidor, pues con ello, lejos de realzar, se menosprecian los propios méritos…

Y, con acento irónico, en el que asomaba el despecho, continuó:

— Lances de vientos y corrientes llevaron a tientas Pedro Alvarez Cabral a tierras e islas que no buscaba, en la Veracruz del Brasil… Américo (Vespuche), en cambio, que sabe dónde le muerde el zapato, y que servía entonces al rey Manuel, no iba a tontas y a locas cuando dejó atrás el cabo San Agustín y bajó a cientos de leguas hacia el Sur, hasta descubrir la bahía de Todos los Santos, no recuerdo si en su primero o segundo viaje… Y no son escasos, tampoco, los méritos del primer visorrey de las Indias portuguesas, don Francisco d’Almeida, ni las del famoso Tristán da Cunha, a quien Dios cegó de pronto como aplazando sus designios[128], sólo alcanzados cuando volvió a él la misericordia divina[129]

— Mordaz estáis, don Gonzalo – dijo el otro, como si no parara mientes en que él mismo le había dado pie para ello.

— Pues ¡vive Dios! ¿Es todo eso, y más que fuera, comparable con lo hecho por los hombres, que ensalzo en mis escritos, tan grandes que, con sólo hablar de ellos, mi nombre puede durar eternamente, como dura el de Plutarco?… Singular es el amor con que escudriño y vivo sus hazañas, pero suelen faltarme fuentes fidedignas… así, por nuestra buena amistad os ruego, don Juan, que no me dejéis ignorar nada de la vuestra ni me celéis proyecto alguno, pues logrados o no – los grandes intentos son simiente y ejemplo – en mis libros pasarán a la posteridad…

Este que hablaba y era el capitán don Gonzalo Fernández de Oviedo y Valdés, escritor de estilo personal y elocuente, que aún se lee en nuestros días[130], como él lo presumiera, comenzaba a la sazón a componer la célebre “General y Natural Historia de las Indias[131]. En su niñez había sido paje y compañero dilecto del infante don Juan; como tal asistió – en 1492 sólo contaba catorce años – al sitio y toma de Granada por los Reyes Católicos, y el año siguiente a la recepción solemne que éstos hicieron a Colón en Barcelona. Ya en aquel entonces el mancebo revelaba el grande amor de las letras que hizo de él un erudito y le dio pronto tal maestría en el arte de escribir que, sin repartir/reparar en su mocedad, Gonzalo Fernández de Córdoba, el Gran Capitán, le llevó por secretario a Italia, donde guerreaba. En Italia frecuentó hombres tan sabios como el famoso cosmógrafo veneciano Ramusio, con quien mantuvo desde entonces una correspondencia epistolar sobre asuntos científicos “que no pude menos de ser útil y provechosa para entrambos”, según afirma orgullosamente Oviedo. Acompañando al Gran Capitán y alternando espada y pluma, pluma y espada, vio crecer la fama de su nombre, merced a su inteligencia tanto como a su arrojo, de manera que, cuando en 1507 – muerta ya doña Isabel – volvió a España Fernández de Córdoba, llamado por el regente don Fernando, cuya gracia había perdido, el monarca no aguardó sus solicitaciones para nombrar al sabio mozo cronista del Reino, remunerándolo con alguna mayor largueza que la habitual – tildada por muchos de tacañería – y le encomendó la composición de un gran libro sobre las nuevas Indias. Preparando esta obra habíase puesto en contacto con navegantes y conquistadores, y entre ellos con marino tan experimentado como Juan Díaz de Solís. Desde el primer encuentro, y aunque Oviedo fuese de natural díscolo y huraño – así como demostró más tarde crueldad de sentimientos y la codicia de que preventivamente se defendía –, nació entre ellos mutua inclinación, convertida muy luego en íntima amistad, estrechada más aún cuando comunes tendencias y análogas aspiraciones les reunieron en Logroño.

Los paseantes, entretanto, defendiéndose del calor que arreciaba, habían acabado por sentarse a la sombra de un roble y continuaban su plática con interés.

— Mientras pasabais revista a los viajes de los descubridores de Indias y dejando a un lado cuanto a mí toca – decía Solís – me hacíais recordar la gracia austera de ese Plutarco que habéis citado, pero al propio tiempo representábanse en mi imaginación las tierras aludidas, hasta en sus menores particularidades, y comenzaba, a roerme otra vez el cerebro la idea pertinaz de que falta a ese mundo un vínculo de unión, un elemento común que debe de existir, no me cabe duda, aunque todavía nos escape por desconocido.

— ¡Decid, decid, vive Dios, pues veo que vamos llegando al meollo!

— Pues siempre, al pensarlo, me asedia la convicción de que tantas islas y costas como se han descubierto no pueden ser simples accidentes caprichosos surgidos del mar, ni tampoco tristes y escasos restos de la Atlántida de Platón, sino – como ciertos escollos que suelen anunciar la proximidad de tierra firme – palpables señales de un verdadero continente, quizá de esa misma Atlántida perdida y no recobrada… Si voy a ciegas, no es, pues, del entendimiento, porque éste es quien, a sabiendas, me impele a realizar el hallazgo… Y la razón me dice que – aun en el caso de engañarme – el engaño mismo sería glorioso, porque forzosamente en lugar de la tierra firme que busco, haría, equivocándome, tan notable descubrimiento como el del paso a las Indias Orientales…

— ¡Bien razonado! – exclamó Oviedo –. No ha mucho, en Madrid, platicando con el piloto Andrés de Morales, compañero de Colón y de Rodrigo de Bastidas, y con Pedro Mártir de Anglería, cronista como yo, afirméles, con la aprobación de Morales, que a mi ver, las tierras de los dominios de Castilla en aquellas partes no son islas, sino un gran Continente… Pero continuad.

— Sí. No cabe más: o todas son islas y por fuerza habrá paso entre ellas, o allí, como pensamos ambos, hay un Continente que abarca desde el trópico hasta el polo…

Oviedo había estado mirando a Solís de hito en hito hasta este punto, entre admirado y dudoso; pero al oír sus últimas palabras, poniéndose involuntariamente de pie, exclamó:

— ¡O paso o tierra firme! ¡Tenéis razón! ¡No cabe más!… ¿Cuándo partís?

— Apenas Su Alteza lo disponga… ¡Pero ni una sola palabra a nadie, don Gonzalo!

— Descuidad. Bien se me alcanza que, para bien de todos, esto se ha de tener secreto…

— ¡Y tanto! Preciso es que la noticia no haga aguzar la vigilancia o, mejor dicho, la envidia de Portugal, que desearía servirse en su exclusivo beneficio del tratado de Tordesillas. Aquí mismo hay ojos avizores que están clavados en mí, como si sospecharan…

— ¡Así ha de ser! Ya sabéis el refrán: “En los campos de Logroño siempre anda suelto el demoño”. Y el demonio que os está mostrando la pezuña es, si no me engaño mucho, don Juan Méndes de Vasconcelos…

— ¡Precisamente! El mismísimo embajador del rey Manuel, que tanto se precia de hábil y astuto.

— ¡Guarda! Que don Fernando no quiere desagradar a su señor yerno.

— Sí, pero Su Alteza quiere también, ¡vive Dios!, que su voluntad se cumpla, y así será, pese a las industrias del embajador. Así será, repito, sea con avisada diplomacia, sea, abierta y resueltamente si no bastan las sutilezas de la política…

— Habláis como de cosa hecha…

— No está muy lejos de serlo, efectivamente. Hoy debe de llegar a Logroño Francisco de Torres, hermano de Ana, mi mujer… Creo que le conocéis y le tenéis por buen piloto y hombre de pro… Pues le he llamado para encomendarle las primeras diligencias de armamento de naos y reclutamiento de gente… De un momento a otro aguardo la anunciada palabra del Rey.

— ¡Hola, hola! ¡Y tan calladito que me lo teníais!

— Era forzoso.

— Bien elegido está Torres: téngolo en mucha estima, y, como hombre, como mareante y como deudo, será vuestro dignísimo segundo.

— Cormano mío es, antes que cuñado.

— Pero esas primeras diligencias ¿no serán prematuras? ¿No puede dilatarse la orden de Su Alteza?

— El Rey sólo aguarda a que un suceso cualquiera le devuelva o parezca devolverle la libertad de acción respecto a Portugal. Pero si esa circunstancia no se produce, naturalmente o por obra del portugués, ¿quién quita que podamos provocarla… o inventarla en el peor de los casos?

Oviedo meneó la cabeza afirmativamente – conocía él también a don Fernando –, y después de corto silencio preguntó:

— Contáis hacer un viaje muy prolongado?

— De un año entre ida y vuelta… Esta vez sólo se trata de ver de cerca cuál de mis conjeturas es la buena y cuál la engañosa… En cualquiera de ambos extremos volvería en seguida a buscar fuerzas mayores de gente y de navíos…

— Desconfiad de las maniobras en tierra, don Juan. Me perdonaréis, como amigo, que os lo diga: sois un mareante incomparable, pero no un general aguerrido y prudente, que sepa preverlo todo. Una cosa son los escollos y bajíos del mar, otra las emboscadas y asechanzas de tierra… Contentaos, perdonándome, con ser el gran marino que sois… Y con esto os diré adiós. ¡Quién sabe si volveremos a vernos aquí abajo!… Creo que hoy mismo saldré de Logroño hacia donde la Providencia me lleve. Adiós, amigo mío, y que El os acompañe…

— ¡Dadme los brazos, Oviedo, y hasta muy pronto, estoy seguro!

— ¡Así sea! – dijo el cronista abrazando a Solís.

La brisa matinal había caído por completo, y el sol apretaba, el calor iba haciéndose bochornoso y los dos amigos se separaron sin añadir palabra, sumidos en profundas reflexiones, como previendo que aquélla era su última entrevista.

II

MIENTRAS DUERME EL ADVERSARIO

Bajo el sol de fuego las arboledas, los sembrados, las mismas hierbas polvorientas se achicharraban; la turbia corriente del Ebro era un espejo ustorio. Calcinábase la ciudad, cuyo silencio interrumpía sólo el penetrante chirriar de las cigarras. Al ver las tortuosas y estrechas calles desiertas, abandonadas hasta por los perros que dormían jadeando al arrimo de las paredes, nadie hubiera supuesto que aquélla era la famosa Logroño, llave y término de Castilla, frontera de Navarra, y a la sazón – desde que don Fernando cazaba en la vecina Mansilla – residencia de los cortesanos de su séquito, como lo era a veces del señor obispo de Calahorra y en todo tiempo de los oidores de la Inquisición y el Santo Oficio, de muchos caballeros de casa señalada, amén de los sacerdotes que oficiaban en Santa María la Redonda, Santa María de Palacio, San Pedro, San Bartolomé y San Blas, hermosas iglesias cuyos campanarios daban a la villa, desde lejos, aspecto de gran ciudad. Todo el mundo, recogido en su casa, dormía la siesta, desde el señor corregidor y los veinticuatro regidores y jurados, hasta los frailes de los Conventos de San Francisco, Santo Domingo y la Merced, las monjas de los Monasterios de la Madre de Dios, de las Dominicas, de Santa Clara, y los desgraciados enfermos del hospital. Apoyado al muro y en su alabarda, bajo la recia torre del puente que da entrada a la ciudad, roncaba el mismo centinela, y en el vetusto castillo feudal que defiende el paso, no se movían ni aun las golondrinas cobijadas para veranear en las grietas de sus muros…

Por nadie visto ni oído, como indiferente al frío y al calor, abroquelado contra los terribles rayos solares, cruzaba las calles en que la misma sombra reverberaba el calor, un hombre de alta estatura y resuelto porte, que se detuvo ante una casa de modesta apariencia golpeó con los nudillos en la puerta maciza y claveteada. Mientras aguardaba quitóse el sombrero para enjugar el sudor que, brotándole de la estrecha frente, iba a perderse en sus grandes barbas negras. Vestía casaca, jubón y calzas de tela ligera, y llevaba gruesas botas de montar.

La puerta no tardó en abrirse y un mozo mal encarado franqueó el paso al de las barbas, como si estuviera aguardándole. Transpuesto el umbral, una grata sensación de frescura acarició al hombre que, entrando en una sala, enladrillada contigua al zaguán, pasó de la fragua de la calle a la húmeda y tibia penumbra del interior, que olía ligeramente a moho. Sus ojos, encandilados todavía por el sol, tardaron un instante en ver a Juan Díaz de Solís que salía vivamente a su encuentro[132].

— Gracias por no haberte hecho esperar – exclamó Solís –. ¡Dame esos brazos!

— Me llamaste, y aquí me ves – dijo el otro, abrazándolo. – Pero mira que venir a marchas forzadas y a caballo, un marinero, no es como coser y cantar.

— ¡Gracias de nuevo, Paco! Ya contaba yo con que harías ese sacrificio… Siéntate.

Y le señaló un sitial de vaqueta de alto respaldo, mientras para sí acercaba un escabel de roble de los pocos que había alrededor de la mesa en la vasta sala cuyos únicos muebles eran, además, un cofre forrado de guadameciles, un arca morisca con hermosos herrajes labrados y un grande armario de madera tallada.

— Vamos a ver si me llamas para la que yo colijo – comenzó el recién llegado quitándole el escabel y dejándole el sitial. – Habla, que soy todo oídos.

— ¿Antes no quieres reposarte y refrescar? ¿No estás cansado y sediento?

— Harto, pero me reconcome la curiosidad.

— Lo uno no empece lo otro – replicó don Juan, que gritó en seguida: – ¡Hola, Rodrigo!

Asomó el criado, que debía de estar tras de la puerta, y a una seña de su amo volvió a desaparecer.

— Me llamaste con tanta prisa que algo grave ha de estar pasando…

— Largo es de contar.

— Por mi parte no me falta tiempo…

— Aguarda a que vuelva Rodrigo trayendo lo que le he pedido, para no temer interrupciones.

El criado entró con una salvilla, en la que llevaba dos cubiletes, un jarro de vidrio morisco lleno de vino blanco, y una alcarraza de agua fresca.

— Retírate y cierra la puerta – dijo Solís, escanciando.

Bebieron sendos tragos y don Juan comenzó:

— Pues, como ya sabes, muerto el florentino Américo Vespuche, y pese a ciertas intrigas, el Rey, que me conoce, vino en nombrarme su piloto mayor, y a poco – no había pasado un mes – celebró conmigo una capitulación para cierto viaje del que ya varias veces me había entretenido verbalmente, que le interesa mucho, y a mí, por de contado…

— Estoy al tanto…

— Sí, porque entonces te supliqué que me acompañaras y tú quedaste en contestarme… Ha llegado el momento.

— ¡Aguarda!… Ante todo necesito saber si ya no hay obstáculo para la expedición… Es muy importante, porque yo sé que no te faltan enemigos y gente interesada en oponerse a tus planes, sean cuales fueren… Y tú comprenderás que, como se me hacen proposiciones a mi entera conveniencia, no he de dejar lo cierto por lo dudoso. Más te diré, y es que, a no estar de por medio tú…

— Dirías redondamente que nones, ¿verdad? Pues bien, el viaje está resuelto.

— Doña Ana me escribe, sin embargo, que hay grandes empeños para que no se haga…

— Tu señora hermana y digna esposa mía hubiera hecho mejor callando esos secretos, que sin ser de alcoba pueden serlo de Estado… Pero se trata de tí, y la primera indiscreción no es la suya, sino la mía…

— Ana no ignoraba que habías de hablarme en ello, y no hizo sino adelantarse… Entretanto dejas en suspenso la respuesta.

— No, que de antemano estaba dada ¡voto a bríos! Nadie será osado a impedir, ni siquiera a retardar el viaje…

— Corren voces de que el embajador portugués, ese tozudo e intrigante Mendes de Vasconcelos…

Desde un principio la brava franqueza que parecía caracterizar al visitante – juzgando por su prestancia y el abierto mirar de sus ojillos negros – cedía a una visiblemente forzada actitud de reserva, sin menoscabo de la deferencia, y el afecto, como si el hombre asumiera un papel inadecuado a su carácter. Solís le interrumpió:

— Su Alteza – dijo – ha decidido el viaje, pese a las pretensiones de Portugal y a las triquiñuelas de Vasconcelos, y ya sabes que Don Fernando no es de los que se dejan torcer la voluntad. Lo que él quiere, por mangas o por faldas, eso es lo que se hace.

El otro respiró fuerte, que era su modo de suspirar.

— Sí, sí – masculló –. Ha arrancado a los moros la Andalucía, nos ha limpiado de infieles y judíos, ha añadido a su corona el reino de Nápoles, la Cerdeña, el Rosellón, parte del Africa, y aunque falte la Señora, que Dios haya, ahora le tenemos aquí, empollando a Navarra… bien puede reírse de las chillerías de un embajador portugués y de los males humores de su hijo, o yerno, mejor, de Portugal.

— Como ya lo ha hecho…

— Por ejemplo, cuando tu viaje de 1508.

— Chitón, que las paredes oyen.

— ¿Acaso no fue contigo tu criado?…

— Otras gentes hay en la casa.

— Pero, por gran reserva que se guarde, esas cosas trascienden, Juan… A nadie engañó el proceso que pretendieron hacerte los oficiales de Sevilla, ni les valió que Lorenzo Pinedo te llevara a la Corte casi codo con codo en las partes donde podían veros, ni la cólera en que el Rey parecía haber montado contra tí… Mal se avenía todo este ruido con las mercedes que después te dispensó… Y lo que sabe todo el mundo, ¿ha de ignorarlo, acaso, Vasconcelos?

— No podía ser de otro modo – replicó Solís, sonriendo – porque el proceso demostró que yo me había ceñido a las instrucciones del Rey.

— Pero, ¿quién ha visto ese proceso?

— El Rey, y es bastante. Su Alteza misma entendió en el sumario y en todas las diligencias, y como no había causa para condenarme, mi encarcelamiento duró apenas lo que la instrucción… Nada queda en pie.

— ¡Hum! Naturalmente. Pero Vasconcelos ha de seguir preguntándose, como todo el mundo, si es que ya no lo sabe a derechas: ¿Hasta dónde llegaron las carabelas Santa Magdalena y San Benito, que no deben de haberse pasado más de un año papando moscas en el golfo de Paria?… Y no le daría muy buena espina el que tus tripulaciones, so color de ahorrar gastos inútiles, fueran dispersadas en cuanto llegaste, ni la prisa con que Don Fernando echó mano de tu proceso y tu persona, sin que del primero se haya vuelto a tener noticia hasta hoy, y sin que de tí se supiera una palabra durante tan largo tiempo…

Don Juan acompañaba las observaciones de su cuñado con grandes risotadas, mientras volvía a llenar las copas.

— Tienes razón, tienes razón – repetía regocijado.

— ¡Bah!, lo que digo corre desde hace mucho esas calles de Dios.

— Sí, sí, la calumnia es como la mancha de aceite.

— ¿La calumnia? ¿Quieres encantusarme a mí también? No pretendo tus confidencias, si no me las haces buenamente, ni a decir verdad las necesito, porque no todos son tan secretos como lo sois, tú y Vicente Yáñez… No faltan otros.

— ¿Otros? – exclamó Solís como sobresaltado – ¡Bah!, no había conmigo – porque Vicente Yáñez es mejor soldado que marinero – nadie capaz de situar un puerto…

— ¡Vamos, Juan! Cuando se navega luengos días, meses enteros, con el mismo rumbo más o menos y se ve que el sol sale siempre a babor y se pone a estribor de la nao, el más ignorante y torpe sabe que, después de tocar en la Española se llega forzosamente muy al Sur de Castilla del Oro. En más de un año, con aires favorables, barcos tan veleros como tus carabelas y un mareante tan ducho como Juan Díaz de Solís, se va muy lejos… quizá hasta el cuadragésimo grado, si el piloto Pedro de Ledesma, que os acompañaba, no está tonto o no miente a sabiendas…

— Prueba de que el viaje fue tal como yo lo he dicho y no más, está en los indios que traje para hacerlos lenguas, y en las muestras de guanine…

— Indios y guanine pudieron muy bien ser tomados sencillamente en la Española, durante la recalada… Y allí se quedaron los lenguas en cuestión…

— No insistas, Paco – exclamó Solís, torciendo el gesto.

— ¡Vamos, Juan, vamos! No es mi intención molestarte, sino determinar si he de ir o no contigo. Animos no me faltan, pero me niego rotundamente a andar a ciegas… Confío en tí, pero tú debes, también, pagarme la confianza.

Desarrugó Solís el ceño, y después de servirse y beber una tercera copa, que pareció ponerlo más animado y comunicativo, alzóse de pronto, fue a sacar del armario tallado un legajo de papel de barbas con grandes sellos de cera, y tendiéndolo con ademán satisfecho a su visitante:

— Toma, Francisco de Torres, hermano mío – dijo – Lee esta capitulación y sabrás tanto como yo.

Tomó Torres el manuscrito y lo deletreó con visible trabajo. Luego, meneando la cabeza con aire dubitativo refunfuñó:

— ¿Qué puede significar esto? Por lo que veo sólo se trata de una demarcación entre las tierras que corresponden a Castilla y las que tocan a la Corona de Portugal… Aunque no deje de ser importante, no es lo que yo suponía y esperaba…

— Pues con esto, compréndelo bien – exclamó Solís – podemos llegar tan lejos como Vasco de Gama, y mucho más… Pero escucha. Con esta salvaguardia…

— ¡Acaba!

— Bien podremos, si nos parece, y sin que nadie se percate, torcer el rumbo en mitad del camino y navegar con toda libertad hacia Poniente, por ejemplo… o hacia cualquier otra parte.

— ¿Quiere decir…? – murmuró Torres mirando fijamente a Solís. Y después de un silencio exclamó –: ¡Vaya! Ahora comienzo a comprender… ¡Has encontrado un paso!

— Quizá no, pero nada impide que podamos encontrarlo.

— Por lo menos habrás visto señales.

— O presumo que existe, nada más.

— ¡Eh! ¡Lo sabes y lo callas!

— No puedo decir más de lo prudente… ¿Te vienes conmigo?

— Tu reserva no me incita… pero adivino y basta… No has de hablar así a Su Alteza, pues de otro modo no sería ésta empresa del Rey.

— ¿En fin, vendrás o no vendrás?

Francisco de Torres meditó un instante, y en seguida, levantándose de su escabel:

— ¡Trato hecho! – exclamó.

— No esperaba menos de tí, y te tengo reservada una sorpresa. A mis instancias, el Rey ha venido en nombrarte piloto de la Armada, y serás el segundo a bordo.

— El segundo… después de los sempiternos oficiales reales, hechura de la Casa de Contratación.

— Tranquilízate… Será gente de paz, que hará cuanto yo disponga… Tendré mucho ojo en ello, y Su Alteza me lo ha prometido… Vive Dios que no serán instrumento de esos señores de Sevilla que se despepitan por molestarme, ni más ni menos que si fueran agentes “Pane lucrando” del Vasconcelos y de don Manuel!… Y hasta puede que… no sean estas sospechas infundadas…

— Negra traición sería. Pero en los tiempos que corren todo puede esperarse o temerse de cortesanos y embajadores…

— La gente va do le conviene… Pero don Fernando no es ni sordo ni manco, ni ciego, ni comulga con ruedas de molino. Nada se le escapa, aunque haya perdido auxiliar tan precioso, decidido y discreto como la reina Isabel.[133]

Pareció perplejo, arrugó el ceño y al fin, señalando una carta que había quedado abierta sobre el bufete, añadió:

— Con este pliego, diez son ya las invitaciones que me hace el embajador de Portugal para que vaya a platicar reservadamente con él… Bien sé lo que se propone… Ha comenzado un trabajo de solapa y, viendo que no puede dañarme en el espíritu del Rey, ahora cambia sus baterías… A los ataques va a substituir las mamolas y los ofrecimientos… Ya he recibido, seguramente por su influencia, un salvoconducto para pasar a Portugal, si lo deseo, que me trajo mi hermano Blas… Se me quiere atraer bailándome delante la esperanza de cobrar cuanto me adeuda la Casa da Guiné[134], dando por no habido lo que cobré “manu militari”. Y sin duda Vasconcelos piensa hacerme nuevos avances, ofrecerme un cebo tal que me haga morder el anzuelo. Pero, ¡tate! ¡conozco a mis lusitanos!

— De modo que no acudirás a la cita…

— ¡Aguarda! Quiere a toda costa impedir que yo haga el viaje por Castilla, y me propondrá que lo haga por Portugal, pero, naturalmente, no habla de esto en sus cartas…

— Clara está entonces su opinión de que otro no podría hacer lo que tú; de que tú conoces… cosas que ignoran los demás pilotos… ¡Eso es lo que yo digo!…

— Puede. Lo que hay en puridad es que insiste en que ha de comunicarme algo que, según él, me conviene de veras.

— Pero tú no irás…

— Vaya si iré, vaya si iremos, Paco, porque tú me acompañarás, serás de la partida… Hay que sonsacarle su pensamiento y el del rey Manuel, para dejarles luego con un palmo de narices.

— ¿Para qué necesitas de mi compañía? En nada puede serte útil.

— Te equivocas… Puedes, por lo menos, confirmarle lo que le diga, y agregar por tu cuenta, otras cosillas, como lo del salvoconducto del Rey de Portugal y lo de la cuantía que se nos adeuda en la Casa da Guiné a mi hermano y a mí… Y pues cuatro ojos ven más que sólo dos, tú espulgarás también, por tu lado, lo que nos diga el embajador, y tratarás de desentrañar su íntimo pensamiento… Pero antes es menester que descanses y te quites esas ropas de camino. ¿Tienes posada?

— Dejé mi caballo con el portamanteo y demás en el mesón de Paredes.

— Ya lo suponía, pero conviene que te hospedes aquí para no despertar demasiado la curiosidad con tus idas y venidas. Nada más natural que alojarte en la casa do tu hermano, aunque sea prestada.

— Que me place.

— ¡Hola, Rodrigo! – gritó Solís. – Este irá por tu caballo y equipaje mientras tú descansas en el aposento que te tengo reservado.

Entró el mal encarado mozo, recibió las órdenes de don Juan y se marchó en seguida al mesón de Paredes, que estaba a poca distancia de allí.

— Voy a guiarte a tu cámara – dijo Solís.

— Antes, dí… En tu última carta me pedías que te buscara un hombre entendido y resuelto, experimentado en cosas de mar y capaz de gobernar marineros.

— Sí. ¿Le has encontrado?

— Y está pronto a acudir.

— ¿Le conozco? ¿Quién es?

— Un tal Diego García, natural de Moguer…

— Paréceme haberlo oído nombrar.

— Es buen mareante, tosco, rudo, sin muchos remilgos, pero bravo y leal.

— ¿Enérgico?

— La energía hecha hombre.

— Como señalado por tí, claro me parece que te agradaría tenerle a tu servicio.

— De más está decirlo.

— ¿Es secreto?

— Un pozo.

— Hazle saber, entonces, que le nombro por maestre de una de mis naos.

— No quedarás descontento, ni él tampoco, porque no puede aspirar a más: aunque en la mar sea un delfín, lo negro le estorba y navega a tientas, pero siempre con acierto. Es como los podencos en tierra, que tampoco saben leer, pero que cazan por instinto natural.

— ¿Tardará mucho en recibir tu aviso? ¿Dónde está?

— Se hospeda en el mesón. Conmigo le traje, por lo que pudiere tronar.

— Pues en cuanto vuelva Rodrigo manda por él. Ahora ven a tu cámara, que aunque humilde siempre es más cómoda que un camastro de marinero. Duerme un par de horas para ser luego mi segundo contra Vasconcelos y don Manuel, en ese paso que, si no de armas, lo será, de lenguas.

III
VIVIENDO HACIA ATRAS

Juan Díaz de Solís volvió a la sala y se sentó en el alto sitial de vaqueta. Parecía dormitar, fatigado después de tanta animación. En realidad, meditaba rememorando hechos pasados y evocando sucesos futuros, como en un ensueño o en un examen de conciencia al que se mezclara la visión del porvenir. Pero en sus pensamientos poco había de sentimental.

Marino hecho a largas travesías y a interminables ausencias, nada tierno de corazón, el recuerdo que más le ocupaba no era el de su honesta esposa doña Ana de Torres, ni el de sus hijos Luisillo y Diego que con ella quedaron en Lepe. Hombres como él, en épocas tan rudas y ásperas, de pasión, pero no de dulzura, sabían amar a su modo, desde arriba y desde lejos, a la familia, propiedad apenas más celosamente guardada y protegida que las materiales, mientras la honra no anduviese en juego. No solían ser el esposo o el padre, sino el amo, el jefe. Solís pensaba, pues, en los suyos, con la parte subconsciente de su espíritu, como se piensa en abstracciones que no alcanzan por el momento a ejercer una influencia sensible en la vida, sino que de ella dependen y se subordinan a ella: muy otros eran los personajes y los hechos que le preocupaban en la trama de su destino.

Revivía pasados y extraordinarios sucesos – viéndolos casi palpables en su imaginación, como nadie sino él podía verlos, limpios de misterio y disimulo – revistando a la luz de fugaces evocaciones todo lo ocurrido desde aquel año de 1492, comienzo de sus pasiones y sus desdichas allá en Portugal…

Mozo aún, era piloto del Rey. Había hecho rápida carrera; podía esperar honores y fortuna… Pero la “Casa da Guiné”, o de Guinea, a cuyo servicio estaba, comenzó a descuidarle, a demostrarle cierta malevolencia que su sangre arrebatada no podía soportar sin cólera. Llegaron a debérsele sus sueldos de piloto hasta la crecida suma de ochocientos ducados, equivalente a más de setecientos mil maravedís, y no se le pagaba, pese a sus insistentes reclamaciones y a las reiteradas órdenes de don Juan II. Solís creyó que, de acuerdo con la Casa de Guinea, el Rey se burlaba de él no dando a sus mandatos la efectividad necesaria, o desautorizándolos a hurta cordel apenas formulados. Todavía, al recordarlo, una crispatura daba airada expresión a su rostro. Pero a ésta sucedía, inmediatamente, una sonrisa burlona.

Es que no había tardado en encontrar manera de dar satisfacción a su amor propio herido, y de poner a salvo sus intereses. Una indiscreción “inter pocula” le permitió saber que ciertos corsarios franceses, con quienes había trabado relación en uno de sus viajes, preparaban un golpe de mano productivo en detrimento de la Casa de Guinea. No vaciló, pues creía de evidente e indiscutible justicia recobrar lo suyo de cualquier modo que fuese. Unido a los corsarios, embarcóse con ellos y juntos apresaron en alta mar una carabela portuguesa que regresaba de la Mina con veinte mil doblas de oro – más de veintisiete cientos de maravedís. – Tocóle en el reparto más de lo que se le adeudaba, y vaciló antes de embolsar la demasía, pero sus escrúpulos no fueran invencibles, y no se limitó a “cobrar sus haberes”. ¡Que el resto fuese a cuenta de las desazones sufridas, era, al fin, tan legítimo!…

Su sonrisa burlona se acentuó: las cosas no habían parado ahí, sino que dieron lugar a una extraña comedia.

El corsario improvisado no volvió, naturalmente, a Portugal a raíz de su hazaña. La Casa de Guinea no lo hubiera recibido en palmas de mano. Refugió se en Castilla, a comerse su parte de la presa, mientras encontraba nueva aplicación a su actividad y sus conocimientos. Allí le llegó la noticia de que don Juan II hacía responsable a Francia entera de la que él y los corsarios habían hecho. Como represalia y por pronta providencia acababa de mandar que se apresaran dos naos francesas ancladas en el puerto de Lisboa, se les quitaran vergas y gobernalles para que no intentasen huir, se licenciara la tripulación reemplazándola con marineros portugueses y se depositaran en la Aduana las valiosas mercancías que llevaban a bordo. ¡Buena iba la danza, porque el lusitano mandó, también, que se apresaran cuantas naves francesas recalaban en Setúbal, Algarve, Porto y Aveiro!… Pero no fue, ni mucho menos, del agrado de mercaderes, armadores y dueños de navíos, que acudieron apresuradamente en son de queja al Rey de Francia. Carlos VIII, a quien a la sazón preocupaban muy por sobre todo lo demás sus atrevidos proyectos de guerra y conquista en Italia, deseoso de tener la fiesta en paz allende los Pirineos, cortó por lo sano haciendo restituir a don Juan II la carabela apresada por sus corsarios, reembolsarle el cabal equivalente de los valores substraídos, y presentar por intermedio de sus ministros cumplidas excusas al monarca portugués. Cuando esto se hizo, tal y como Carlos VIII lo mandaba, Solís decía riendo:

— Se me ha pagado, sí, pero con cuartos franceses. ¡La deuda queda en pie, y algún día puede que la cobre!…

Todo volvió, pues, a su quicio para armadores y mercaderes, pero no así para el piloto. Don Juan II quedaba material, pero no moralmente, indemnizado: el servidor que se había burlado de él seguía impune, y esto no era tolerable para el brillo de su corona… Los Reyes Católicos fueron informados, en su nombre, del acto de piratería cometido por Solís, para que, de acuerdo con los tratados, se concediera la extradición del súbdito portugués “Joao Dias”, piloto de la Casa de Guinea.

Solazábase Solís con este recuerdo. Su amigo el alcalde de Lepe le había aconsejado cierto día que buscara secreto refugio hasta mejor oportunidad, si no quería dar con sus huesos en una cárcel portuguesa. Y le hizo leer confidencialmente, para su gobierno, una real orden firmada el 29 de octubre de 1495, en la villa de Alfaro, por don Fernando y doña Isabel, y comunicada a todos los “corregidores, asistentes, alcaldes mayores, alguaciles é otras justicias cualesquier de cualesquier ciudades, é villas, é lugares de estos nuestros reinos é señoríos”, según rezaba el mismo documento. El mareante, que se apresuró a hurtar el cuerpo, sabíase casi de memoria el confuso y al par sabroso texto de la circular, obra maestra de los funcionarios de aquel tiempo[135]:

“Sepades – decía – quel sereníssimo Rey de Portogal, nuestro hermano, me envió facer saber que Juan Diaz, piloto, llamado Bofes de Bagazo, natural de su reino de Portogal, andando en compañía de ciertos franceses, robaron una carabela del dicho Rey que venía de la Mina, en que robaron más de 20.000 doblas, al cual dicho piloto diz que copo su parte de este dinero, é que ha sabido que está en estos nuestros reinos, sobre lo cual me envió una pesquisa que sobre ello se hizo, rogándonos que conformándonos con los capítulos de las paces que con el dicho Rey, nuestro hermano, teníamos fechas, le mandásemos prender é entregárselo, para que en su reino de Portogal se ficiese dél justicia; é porque por la dicha pesquisa que Nos mandamos ver paresce ser así verdad, tovimoslo por bien é mandamos dar esta nuestra carta para vosotros en la dicha razón, por la cual vos mandamos que siendo requeridos por parte del dicho Rey, nuestro hermano, con esta nuestra carta, prendades el cuerpo al dicho Juan Diaz, piloto, é le secrestéis todos sus bienes, muebles e raices, do quier que le falláredes, é lo entreguedes é fagades entregar con todos sus bienes a la persona quel dicho Rey, nuestro hermano, enviase por él, para que lo pueda llevar é lleve al reino de Portogal, é alli se ejecute en él la justicia: para lo cual, con sus incidencias é dependencias, emergencias, anexidades é conexidades, vos damos poder complido por esta nuestra carta…”

El Rey de Portugal, que había, en efecto, mandado averiguar por agentes secretos el paradero de Solís, apresuróse a enviar quien lo capturara con el auxilio de la justicia española. El peligro era grande, pero se desvaneció sin estallar sobre la cabeza del piloto. Ni aun hubiera sido menester la voz de alerta de su amigo el alcalde. Aunque justicieros, los Reyes Católicos – y muy particularmente doña Isabel, que fue para su Reino, en cuanto a gobierno y administración, lo que una incomparable ama de casa para su familia – estaban harto bien informados para no sacarlo del atolladero en previsión de futuros servicios – de lo que cada uno de los vasallos y habitantes de ese Reino valía, porque – como dijo Galíndez de Carvajal[136] –” (…) para estar más prevenidos en las elecciones, tenían un libro, y en él memoria de los hombres de más habilidad y méritos para los cargos que vacasen (…)”.

No sólo no excitaron el celo de corregidores y demás para la ejecución de su real orden, sino que admitieron sin dificultad como bien fundado el alegato que Solís les hizo llegar desde su escondite. Para no caer en manos de Don Juan II, quizá con grave peligro de su vida, el mareante se amparaba de su nacionalidad española: sus padres eran oriundos de Santa María de Solís, donde los Solís tenían “casa noble, solariega y antigua, desde el tiempo del Rey Don Pelayo”, según podría atestiguarlo, si necesario fuere, García Dei, rey de armas de Sus Altezas. Habían pasado a Portugal, después de que en Lebrija[137] nació Juan Díaz, vasallo natural de los Reyes Católicos y sujeto únicamente, como tal, a su fuero y justicia…

El portugués había obtenido satisfacción, en la forma, por lo menos; los Reyes y su justicia eran indiferentes a un proceso que no atañía a los intereses del Reino, Juan Díaz de Solís podía ser utilísimo servidor de la Corona… Todo aconsejaba echar tierra al asunto, la única dificultad con que hubiera podido tropezarse desapareció por sí misma: Don Juan II dejó de existir en octubre de ese año de 1495.

Pero los Reyes Católicos no creyeron oportuno servirse inmediatamente de Solís, aunque conocieran sus grandes méritos. El ciclo de los infortunios del mareante no se había cerrado. A Don Juan II acababa de suceder en el Trono de Portugal Don Manuel I, ansioso de sobrepujar en brillo y gloria al que sus contemporáneos llamaron Príncipe Perfecto. Acariciaba, sobre todo, la idea de ensanchar sus dominios, de abrigar a la sombra de la cruz – bajo el cetro portugués, naturalmente – nuevas y vastas tierras aún salvajes o desconocidas, y para ese fin trataba de atraer a su servicio a cuantos hombres de valor y de saber, pilotos expertos o guerreros heroicos, que fueran capaces de surcar mares y desafiar peligros, continuando, en ruda competencia con Castilla, la serie gloriosa de los descubrimientos que tanto lustre habían dado a su antecesor. Entre ellos, y con preferencia visible, fijó los ojos en el que, desde su fuga, había comenzado a llamarse Juan Díaz de Solís, y le hizo ofrecer, junto con el total olvido del pasado, el cargo de piloto de la Armada portuguesa, con gajes tentadores. El mareante no tenía que elegir y aceptó, pasando de nuevo a Portugal.

Estos, que tardan en referirse, eran destellos fugitivos en la mente de Solís. Pero al llegar aquí, su sonrisa, su serenidad desaparecieron de pronto. Su expresión fue de dolor y de cólera…

A poco de hallarse al servicio de Manuel I enamoróse de una doncella de Lisboa, tan coqueta cuanto hermosa, y no tardaron en casarse. Este episodio de su vida fue corto y dramático… Meses después de sus bodas, el marino recibía orden de embarcar como piloto en la carabela Cisne que, con otras cuatro naos mandadas por el Duque Alfonso de Albuquerque como capitán mayor, formaban parte de la Escuadra del almirante Tristán da Cunha. La gran figura de Albuquerque era lo único luminoso en la tiniebla de aquel recuerdo. Aún le parecía viéndole con su majestuosa apostura, sus barbas de Moisés, sus ojos de fuego, su hermoso y acusado perfil, su frente ancha y elevada, rasgos reveladores de su valor, de su lealtad, de las muchas virtudes que le hicieron apellidar el Grande. Habíale recibido con severa benevolencia, cuando fue a ocupar su puesto, haciendo gala de conocerle a fondo y de tener la mayor confianza en su habilidad, como entonces se decía. Señaló la fecha en que zarparían del surgidero de Belem, junto a Lisboa, y le dio licencia para retirarse… Fue la primera y la última vez que vio al Duque.

La escuadrilla de Albuquerque, surta en el Tajo, no siguió a la Armada de Tristán da Cunha que salía barra afuera en la fecha señalada. Dos largos días aguardó al piloto de la Cisne. Al tercero zarpó sin él. Hasta la tripulación de las naos, hasta el Duque, había llegado la voz de que, loco de celos, creyendo necesario lavar su honra, Solís, con razón o sin ella, había muerto a estocadas a su esposa, y corrido luego a refugiarse en Castilla, abandonándolo todo… ¿Era verdad? Debía de serlo si una mirada extraviada y una frente ceñuda y sombría reflejan el drama del amor, la locura y la muerte…

El mareante desapareció, pero dos años después, en 1508, los señores oficiales de la Casa de Contratación de Sevilla recibían con bastante displicencia una cédula firmada por Don Fernando – la Reina Isabel no existía ya – y refrendada por Lope Conchillos, haciéndoles saber, rezaba que “mi merced y voluntad es de tomar é recebir por nuestro piloto a Juan Díaz de Solís”, con cuarenta mil maravedís anuales mientras estuviese en tierra, cuarenta y ocho mil cuando navegara, y dos cahíces – más de trece hectólitros – de trigo al año[138], para el proveimiento de su casa. Don Fernando había expedido esta cédula el 22 de mayo[139] con el fin de firmar al siguiente día cierta capitulación convenida ya con Solís y con Vicente Yáñez, para un importante viaje de descubrimiento en las Indias Occidentales. Ambos marinos se obligaban a salir de Cádiz en dos carabelas y navegar hacia Poniente “sin tocar en isla o tierra firme que, según la demarcación, perteneciesen al Rey de Portugal”, yerno par segunda vez del Rey Católico. Por demás sabido es que los soberanos de ambos Reinos habían acatado la decisión del Papa Alejandro VI que daba a España cuanto pudiera conquistar al Oeste y a Portugal cuanto conquistara al Este de una línea imaginaria “de demarcación” que, pasando por la isla de Hierro, en las Canarias, y por ambos polos, dividía en dos el globo terráqueo; como se sabe que, algo más tarde la divisoria fue alejada treinta grados al Poniente de la misma isla – con lo que no acabaron, ni con mucho, los litigios y las competencias entre ambas coronas –: la célebre línea, pues, pasaba entonces, con esta modificación, a unas trescientas veinte leguas al Oeste de la última isla de Cabo Verde, prolongándose hasta los polos, y era la que Juan Díaz de Solís y Vicente Yáñez Pinzón debían respetar. Sus carabelas navegarían sin detenerse en puertos ya conocidos más del tiempo necesario para refrescar víveres y hacer aguada, hasta encontrar el paso que, según Solís, permitiría llegar por Occidente a las Molucas y la región de las especias, sin doblar el Cabo de Buena Esperanza.

Portugal no había dado al marino más que desazones rematadas en tragedia. En su fuero interno, pese a su claro juicio, Solís hacía responsables de su desgracia, con profundo rencor, no sólo al Rey y sus ministros, sino al mismo país. Odiaba a Portugal entero, quería vengarse de él, y en beneficio de España lo frustraba de cuanto hubiera podido darle, resuelto también a quitarle todo cuanto pudiera. El hombre, eterno niño, maldice la piedra en que ha tropezado.

IV

HASTA QUE ACABA EL ENSUEÑO

Las carabelas no salieron de Cádiz, como decía la capitulación[140], sino de Sanlúcar de Barrameda, el 29 de junio de 1508. Mandábalas Solís, jefe único en el mar, como Vicente Yáñez (Pinzón) debía serlo en tierra, en su carácter de capitán del Rey.

Muchos sucesos y muy importantes de esta expedición, recordaba el marino en su involuntario meditar, muchos que no habían llegado por cierto a ser notorios. El pueblo nunca supo más de lo que él y Yáñez Pinzón quisieron contar, aunque olfateara un misterio. Según ambos decían, pasaron sin accidente a las Canarias, luego a la Española, recorrieron de Oriente a Poniente la costa meridional de Cuba, tocaron en otras tierras al Oeste de la isla y, torciendo el rumbo, llegaron a las Bocas del Dragón y al golfo de Paria[141]. Agregaban que, después de una estadía asaz prolongada en estos parajes, siguieron la costa hacia el naciente, viendo tierras despobladas y salpicadas de lagunas, hasta llegar, en el séptimo grado de latitud, a un promontorio, desde el cual cruzaron nuevamente el Atlántico en dirección a España, donde arribaban un año y cuatro meses después de su partida, el 27 de octubre de 1509. Habían intentado llevar consigo algunos indios para hacerlos intérpretes, pero debieron dejarlos en la Española; traían en cambio varias muestras de oro bajo y “figuras” o mapas de los únicos mares y costas que, según ellos, habían recorrido.

De nuevo sonreía Solís al recordarlo, aunque entonces estallara otra lucha: la que durante larguísimo tiempo sostuvieran contra él los oficiales reales – y muy particularmente don Pedro Isásaga – descontentos y malévolos desde que el Rey lo nombró piloto, e irritados por el creciente favor en que le veían. Estos “señores de Sevilla”, como solía llamárseles, puestos sobre aviso por la actitud del comendador mayor de la Española[142], respecto de los indios intérpretes que retuvo, y sospechando de la exactitud del diario de navegación de Solís, iniciaron un sumario, arrestaron al piloto y apresurada y secretamente informaron al Rey de sus sospechas. La Corte estaba a la sazón en Madrid, donde don Fernando recibió los pliegos reservados de sus oficiales. Y aquí ocurrió algo tan inesperado como significativo: sin perder un momento, Su Alteza mandó que preso y sumario fuesen trasladados a Madrid, porque era su voluntad entender personalmente en el asunto, con exclusión de la Casa (de Contratación) de Sevilla. Tan bien supo esto a Solís como mal a los oficiales. Estaba seguro de que el Rey no había de desaprobar su misteriosa derrota por el mar del Sur, porque no de otra cosa se trataba: a Vicente Yáñez que no era responsable de ella, no se le había molestado, o poco menos, y gozaba de su libertad.

Interesada en estos hechos y buscándoles explicación, la gente dio en decir que el proceso nacía de una desavenencia entre los jefes de la expedición, desavenencia llegada a mayores, y cuyo provocador había sido Solís, el visiblemente castigado. Algunos, sin embargo, pararon mientes en que la tripulación de las naos, licenciada apenas se tocó tierra, había desaparecido como escamoteada por un juglar; esto se explicó diciendo que, llamada a prestar declaración, iba en camino de Madrid; pero es el caso que ni uno solo de los marineros fue visto en la Corte…

Tampoco Solís. Nadie supo nada de él, salvo lo que reza en una cédula real de 14 de febrero de 1510: “Está preso en la cárcel de la Corte y determinarse ha de lo que fuere justicia…”[143] Nadie tampoco, supo la suerte del sumario tan celosamente iniciado por los señores de Sevilla.

Solís se agitó en su sitial y su boca se contrajo en una carcajada silenciosa. Burlábase a sus solas de Isásaga y demás. Pero la placidez volvió a su rostro al recordar, con añoranza, las gratas lecturas de aquella época de quietud forzosa, hasta que sonrió de nuevo al revivir el inesperado desenlace de la comedia, los sesenta y seis mil ciento ochenta y dos maravedíes[144] – ni uno más ni uno menos – que Su Alteza mandó le fueran pagados por la mismísima Casa de Contratación “como ayuda de costas y por el daño recibido durante las averiguaciones sobre su viaje con Vicente Yáñez Pinzón[145].

Desde entonces todo le sonreía. Ni aun la lucha faltaba en su vida para darle interés. En esta época fue cuando, en la pintoresca y pacífica villa de Lepe, conoció y amó a doña Ana de Torres, hermana de su amigo Francisco de Torres, piloto como él. Doncella recatada y bien parecida cautivó a don Juan que vio en ella la mujer digna de ser su compañera. Doña Ana no fue largo tiempo sorda a sus requiebros, aunque supiese – pues se diría que el aire mismo es vocero de tales noticias – cuanto se decía respecto de la muerte de la primera esposa de Solís. Y puede muy bien que – como en muchos casos análogos de aquellos tiempos de violencia – la venganza o el castigo de que la mano del esposo se había hecho ejecutora, diese en su mente y en su corazón mayor realce a la persona y los méritos del marino. ¿Qué podía temer de él siendo ella, como lo era, la honestidad personificada?… Ni la detuvo tampoco la exagerada reputación báquica de Solís: hablando de ello, Francisco le había aseverado que tal inclinación, harto común entre hombres de mar y guerra, no pasaba nunca de una discreta medida.

Doña Ana de Torres y don Juan Díaz de Solís no tardaron en celebrar sus bodas, con gran satisfacción del hermano amigo. La luna de miel fue más bien plácida que arrebatada, en razón del carácter de la esposa y la edad y la amarga experiencia del esposo. Instaláronse en Lepe, donde hacían vida retirada, gozando de su holgada posición, siempre juntos mientras los trabajos del mar no reclamaban al piloto. Doña Ana, como la mayoría de las mujeres de la época, era ignorante, pero en cambio estaba dotada de una inteligencia clara, sagaz y reflexiva, que en repetidas ocasiones la había hecho el consejero del hermano, como fue en seguida consejera y pacificador de Solís, siempre desbordante, fogoso y apasionado en lo que a sus ambiciones atañía. Pero doña Ana no trataba de acrecer su influencia, sino de usarla con medida: era más bien la mujer de su casa, callada y modesta, sumisa al marido, únicamente ocupada de las necesidades del hogar, del que no salía sino para ir a la iglesia, practicando así todas las que en aquellos tiempos se consideraban altas virtudes femeninas. De esta apacible unión nacieron dos niños hermosos y fuertes, Luisillo en 1510 y Diego, que sólo tenía algunos meses, cuando, llamado por Su Alteza, Solís tuvo que acudir a Logroño.

Y el marino revivió en un segundo el año que consideraba decisivo para su vida, el de 1512, en cuyo mes de febrero, el día 22, fallecía el célebre Vespuche – Américo Vespucio – dejando vacante el cargo de piloto mayor del Rey, que los señores de Sevilla codiciaban para sus deudos o paniaguados. Pero don Fernando había hecho ya su elección y, sordo a las insinuaciones y las súplicas de algunos de sus oficiales, el 25 de marzo nombró a Juan Díaz de Solís, con el sueldo anual de cincuenta mil maravedís nominales, pues debería pasar la quinta parte, como pensión vitalicia, a la viuda de Américo[146]. Pero este nombramiento, que descontentó a muchos en la Casa de la Contratación, desbaratando sus esperanzas, no era merced graciosa, sino misión de trabajo y sacrificio: el mismo día que lo daba a Solís, Su Alteza celebraba con él una capitulación por la que el marino se obligaba a ir a Oriente, como capitán del Rey, con dos navíos, para demarcar la parte que en las tierras recién descubiertas correspondía respectivamente a las coronas de Castilla y de Portugal[147]. Como se acostumbraba en estos casos, y como lo hubieran exigido los oficiales reales, acompañarían a Solís un veedor para intervenir en las compras y rescates y un escribano encargado de informar directamente al Rey de las ocurrencias del viaje y de cómo se hacía la demarcación.

Don Fernando había platicado detenidamente con el marino, pidiéndole pareceres y dándole instrucciones reservadísimas, que nunca trascendieron a los documentos públicos. Según estos papeles, Solís debería zarpar precisamente un año más tarde, dirigirse a la Gomera, el Cabo de Buena Esperanza y la isla de Ceilán, para verificar si ésta se hallaba en la parte correspondiente a Castilla, y en caso afirmativo tomar solemne posesión de ella, asegurando su dominio. Después pasaría “a la Moluca, que cae en la demarcación de Castilla”, y a “Sumatra, Pegú, tierra de los chinos y tierra de los jungos[148], posesionándose de todo cuanto estuviese dentro de la demarcación española.

Pero mientras los señores de Sevilla rumiaban su cólera, el ministro de don Manuel, siempre en acecho, aprovechábala por medio de sus agentes para averiguar, siquiera en parte, lo que se hacía. No tardó en comprender que esto era grave para los intereses de su soberano, y decidió dificultar, cuanto le fuera posible, la acción de Solís, para lo que creía tener arma suficiente en sus escabrosas malandanzas de Portugal, preteridas pero no amnistiadas… Era preciso evitar que, valiéndose de tan experto piloto, el castellano se adelantara en la conquista de lo que Portugal ambicionaba, y don Juan Mendes de Vasconcelos no vaciló en presentarse a don Fernando en son de queja y de protesta contra la proyectada expedición.

Astuto y hábil era el señor embajador, pero iba a toparse con un adversario de primera fuerza. A las dotes característicamente diplomáticas de la astucia y la habilidad agregábase en el Rey católico un disimulo rayano muchas veces en perfidia. Escuchó al ministro con amistosa deferencia, se dio por sorprendido al oír que acusaba a Solís de criminal y enemigo de los portugueses, le prometió dejar incólumes los derechos y aun los intereses de su “muy amado” hijo Manuel y, en cuanto a la expedición proyectada, le adormeció sin dificultad con la promesa de dar a los oficiales de la Contratación las órdenes más severas para que Solís se ciñese estrictamente a sus instrucciones. Acabó de tranquilizarlo, días después, haciéndole ver parte de una cédula, que enviaba a los oficiales, y en la que decía: “Teníamos y tenemos acordado de enviar con nuestro piloto mayor Juan Díaz de Solís, una persona de mucha confianza y recado, el cual ha de llevar secretamente poderes que exceden a los que el dicho Juan Díaz de Solís lleva…[149]

Esta especie de espionaje y oculta subordinación a que iba a quedar sometido el piloto tuvo la doble virtud de satisfacer por un lado a Vasconcelos y por otro a los oficiales de Sevilla. Pero éstos no quedaron tan conformes con lo demás que la cédula contenía.

Comenzaba por aludir a las acusaciones y los recelos del ministro de Portugal, refiriéndose a “ciertos inconvenientes que le podrían suceder a dicho Juan de Solís yendo como va”, y les encarecía que hablasen con el piloto “para que os diga su parecer sobre todos ellos – los inconvenientes – e qué salida e fundamento les da para que no los tenga por impedimento”. En seguida mostrábase deseoso de que la expedición se realizara, pero pronto, también, a suspenderla en caso de fuerza mayor, pues mientras mandaba dar a Solís los dineros necesarios, recomendaba que cuanto se comprara fuese “de tal calidad que, aunque no se haya de hacer el dicho viaje, se pueda, tornar o vender sin que en ello se pierda mucho”. Pero lo que más escoció a los oficiales fue el final de la cédula, donde don Fernando les ordenaba que obraran “con el menor bullicio y alteración que se pueda”, insistiendo con toda su autoridad en que “conviene que platiquéis y hagáis el negocio de Juan Díaz de Solís…”[150]

El mareante supo todo esto, parte de boca del mismo soberano, parte deduciéndolo o adivinándolo. Se había regocijado pensando en la cara de los señores de Sevilla, y en la burla de que iba a ser víctima el estirado Vasconcelos, pero no dejó de encolerizarse cuando tuvo noticia de que – haciendo, a sabiendas o no, el juego del portugués – los oficiales oponían nuevas dificultades a la realización del viaje en una carta dirigida a Su Alteza el 12 de mayo. Una de esas dificultades, y no la menor, era la persona misma de Juan Díaz de Solís, mal visto en Portugal, donde estaba condenado a muerte “por piratería y homicidio”, y otra de mucho peso, a lo que ellos creían: la debilidad de la Armada con que se proponía partir, harto mezquina para tamaña empresa.

— ¡Bobos! – pensaba Solís, entre irritado y burlón – ¡Ni Su Alteza ni yo podemos decirles que con dos carabelas basta y sobra para su propósito y el mío!

Pero otra idea le trabajaba:

— Vasconcelos se esfuerza por anularme o atraerme de nuevo al servicio de Portugal… Mientras me despelleja ante el Rey, me llama para sonsacarme con promesas, dádivas y honores… Esto es evidente. Pero ¿echa mano de los mismos resortes para manejar a los de la Casa de Contratación? Bueno sería saberlo… ¿De cuándo acá, temerían esos señores invadir y usurpar derechos ajenos, ni aun provocar conflictos con otro país más débil? ¡Vamos, hombre, vamos! ¡Aquí ha de haber gato encerrado!…

Tanta delicadeza no estaba en el espíritu de los tiempos, ni en el del mismo soberano. Pero el hecho es que los oficiales no miraban con buenos ojos su creciente influencia, ni favorecían sus proyectos, ni perdían oportunidad de tenderle celadas paralizadoras. Aquel grupo de togados y de caballeros – acostumbrados a favorecer a sus deudos, a manejar a su gusto los mayores o los menores negocios de Indias, a ejercer una suerte de inquisición hasta sobre la correspondencia que iba y venía entre América y España, a invalidar por autoridad propia, las disposiciones del Gobierno que consideraba peligrosas o improcedentes – aquel grupo casi omnipotente no podía permitir ni tolerar sin enojo y sin lucha que un Juan Díaz de Solís pareciera campar por sus respetos, haciendo caso omiso de la Contratación. Pero esta vez el monarca no estaba de su lado…

El mareante acabó por adormecerse con estos pensamientos y estos recuerdos, que habían pasado por su imaginación en brevísimos instantes, como un torbellino. Desplomado en su alto sitial de vaqueta, dormía y soñaba… lba navegando a toda vela por un mar desconocido, que quizá no fuera un mar, por un mar nuevo entre los mares…

El mal encarado mozo que franqueó la entrada a Francisco de Torres asomó a la puerta y se acercó de puntillas. Su enorme boca hizo un gesto que quería ser sonrisa pero que no pasó de mueca, porque el desdichado, además de bisojo, era tan picoso, befo y narigudo que parecía viviente carátula. Contrastaba, además, con la visible fortaleza de su cuerpo, hasta resultar cómica, la delicadeza de sus movimientos al acercarse a Solís.

— Señor, señor – repitió varias veces, graduando el tono para despertarle sin sobresalto.

— ¿Qué ocurre, Rodrigo? – preguntó el piloto, arrancado a sus fantásticos mares. – ¿Trajiste el caballo?

— En la cuadra está.

— Que se le cuide bien.

— Conmigo ha venido el hombre a quien fui a llamar por orden de don Francisco y se dice Diego García…

— Hazlo pasar.

V

EL MINISTRO DE DOM MANOEL

A poco reapareció el criado conduciendo a un hombre de aspecto nada común. Bajo de estatura y muy recio de hombros, tenía el torso atlético, enormes pies calzados de burdo cuero, manazas cortas, gruesas y encallecidas, cuyos artejos se movían con más torpeza aparente que real. Poblado bigote a la española, de un negro rojizo, como chamuscado por el sol, y perilla soldadesca, acentuaban lo atezado de su cara de bronce pardo, y esto, junto con el fulgor de sus ojillos de azabache, apostados tras de espesísimas cejas, dábale una expresión más que marcial, amenazadora. Transpirando como llegaba, y con su enmarañada melena y su nariz chata y corta, diríasele un león marino recién salido del agua.

— ¿Sois Diego García? – dijo Solís incorporándose apenas para recibirle.

— De Moguer, para la que mande usía – contestó el hombronazo con pronunciadísimo acento andaluz, mientras avanzaba saludando y balanceándose como si estuviese a bordo.

— Francisco de Torres, mi cuñado, dice que sois buen marino…

Diego García arrugó el entrecejo y agitando el birrete que tenía en la mano, ladró más que dijo, con salpicado ceceo:

— ¡Bien me conoce vuestro cuñado! Sé cuanto en la práctica, puede saber un navegante, y en mar abierto lo mesmo que entre cabos, desafío a los más pintados sabihondos que todo lo aguardan de la estrulugía y en cuanto se añubla el cielo ya no saben p’a ónde van; no serán duchos a hacer lo que yo, y a meter una nao, aunque sea de porte, por el ojo de una llave, como más de una vez lo hice… Tengo mis pruebas, y callo, que está mal el alabarse…

— ¿Habéis mandado ya?

Una enorme sonrisa torció la cara del marino.

— Harto mozo diz que soy para capitán – dijo con ironía – pero mandadas tengo embarcaciones mayores y que no se balanceaban en agua dulce, vive Dios!

Solís, que había estado observándolo con gran curiosidad, agregó, más como afirmación que como pregunta:

— Asegúranme que sois servidor leal y amigo seguro.

— De leal me precio, y en cuanto a lo otro… mejor es tenerme de amigo que no de enemigo.

— ¿Entendéis bien de maniobra? – insistió Solís por hacerle hablar, divertido con su áspero gracejo.

— ¡Vive Diego, mi patrón! Ya os le he dicho: ¡en la charca zambullí mancebo, y gracias a Dios y a mis puños, he sido marinero, gaviero, patrón, condestable, contramaestre, maestre y mucho más, aunque sin título, que yo de títulos no me pago cuando no son bien ganados, como los vuestros… Conque ya vo usía si la maniobra y yo somos una mesma persona!…

— ¡Hombre! ¡Tanto como persona!… Pero, vamos al grano. ¿Os agradaría navegar bajo mis órdenes en cierta expedición que puede ser larga y difícil?

— Poco se me daría de largas y de dificultades… Todo depende de la faena…

— Tampoco es de las regaladas… Os llevaría de maestre…

— ¿En una nao de usía?… ¡Que me place! Ni una palabra más…

— Con mil y quinientos maravedís mensuales de soldada.

— Me peta eso también.

Y después de cortísima pausa, preguntó muy tranquilo:

— ¿Cuándo se zarpa?

— ¿No queréis saber cómo y a dónde?

— Bástame con que usía mande. Soy poco curioso; cuanto más lejos será mejor y de más provecho. Y… bien se murmura por ahí que pensáis avanzaros muy al Sur…

— No hay que fiar de hablillas.

— ¡Vive Diego que desearía que ésta fuese verdad!

— ¿Podéis alistar buena gente, unos diez hombres probados? – interrumpió Solís, cambiando de tema –. Cuento ya con algunos marineros viejos, gente que conozco y que no falla, pero necesito más… sesenta en todo.

— Los tendrá, usía. No hay en todos los puertos españoles del Mediterráneo y del mar Océano, un solo hombre – aunque sea novato – capaz de coger un rizo, de quien no sepa Diego García de Moguer.

— A maravilla. Francisco de Torres os dará dineros para las arras. Id a Sevilla y apalabrad a los valientes que encontréis, tanto allí como en Palos y demás, pero no habléis de destino ni de fecha para embarcar… Torres os dará también cartas para que mis armadores os cuenten, desde hoy, los salarios de maestre, y en cuanto a las demás condiciones, descansad, que serán de toda conveniencia… ¡Pero chitón, y ojo al marear, que relinga la vela!

— Descuide usía, ¡vive Diego!, que a tal abad, tal monacillo.

— Pues, hasta vernos, Diego García…

— De Moguer… Quede usía con Dios.

— ¿Por qué repetís siempre de Moguer? – preguntó curiosamente Solís, deteniéndole.

— Pues… porque en Moguer nací, y como, pesia tal, malas lenguas quieren hacerme por fuerza portugués para malquistarme con las usías de acá, – mejorando lo presente – me empeño en poner las cosas bien en su punto… Aparte de que hay más Diegos Garcías que cigarras en un cigarral.

— ¿Servisteis, acaso, del otro lado?

— ¡Eh! Lo bastante para conocer de vistas y de fama a cierto mareante español llamado allí, por mal nombre, Bofes de Bagazo…

— Ya lo veo, ya lo veo, Diego García.

— ¡De Moguer!

Sonrió ligeramente Solís, pero no agregó palabra, limitándose a contestar con una inclinación la desairada reverencia con que, ya en puerta, se despidió el hirsuto Diego García de Moguer[151].

Comenzaba el sol a declinar y ya se oía, llegando de la calle, rumor de voces y de pasos. Juan de Solís ciñó la espada, tomó el emplumado gorro y acariciándose la barba con gesto entre preocupado e irónico, que respondía a su íntimo pensamiento, acercóse a llamar a la puerta del aposento de su cuñado. Este, ya en pie y vestido de color, se apresuró a franquearle la entrada.

— Aquí me tienes, pronto a entrar de cuarto – dijo Torres.

— Vamos, pues, hermano, que es hora – contestó Solís.

Acudía, por fin, a la tantas veces reiterada cita del embajador Vasconcelos, con el secreto intento de dar tan inesperada cuanto sabrosa leccioncilla al maestro en diplomacia. Era vengativo.

Vasconcelos no paraba en el mesón de Paredes, única posada tolerable en Logroño, llena a la sazón de la nube de cortesanos que seguía encarnizadamente al Rey en sus continuos viajes, y que no había encontrado alojamiento en su morada campestre de Mansilla. Sentaba sus reales en una casa solariega cuyos señores, ausentes, se la habían cedido, y su instalación, si no lujosa, ofrecíale cuantas comodidades podían apetecerse en una vieja casona de villa de provincia, sin que le faltaran, amén de lo imprescindible en la vida corriente, ni criados que le atendieran, además de los propios, ni cabalgaduras y carruajes, aunque, como acostumbraba en las andanzas de la Corte, él hubiese llevado su coche de camino.

Apenas le anunciaron la visita, recibió a Solís y a su cuñado en la cuadra que le servía de despacho, cuyos muebles estaban casi todos arrimados a las paredes en correcta formación. La gran mesa de roble del testero con su tapete verde, su velón de cobre, su escribanía y su salvadera de peltre y algunos librotes y legajos encima, la estera de enea que cubría en parte el pavimento rugoso y desigual, no alcanzaban a atenuar la sensación de vacío, de severidad, de tristeza y de vetustez de la vasta habitación.

Don Juan Méndez de Vasconcelos era un cincuentón alto, delgado, de complexión recia y seca como de hombre llamado a ser longevo, de rostro enjuto y cetrino, grandes bigotes llamados entonces “de puñal”, barba negra y ensortijada con algún mechón canoso, manos largas, sarmentosas, y ojillos pardos inquietos e inquisidores. Vestía de negro, cruzada al pecho la banda roja de gran cruz del orden militar portugués de Cristo, y, bordada de realce en el lado izquierdo del jubón, la floredelisada cruz roja del orden español de Calatrava, que don Fernando y doña Isabel le otorgaron por haber negociado las bodas de la infanta doña Isabel primero con el príncipe don Alfonso de Portugal, de quien enviudó, y más tarde con el rey Manuel, cuyo hijo, a vivir, hubiese reinado sobre la península entera… Decíase por zumba en la Corte que el estirado Vasconcelos no se despojaba de sus encomiendas ni aun para dormir.

— Bien venido – dijo el embajador, en portugués, con voz profunda y sorda. – Comenzaba a creer que yo mismo tendría que ir a buscaros, aunque os llame vuestro interés… Y mucho menos os aguardaba tan bien acompañado.

— Este que viene conmigo, excelencia, es mi cuñado Francisco de Torres, para quien no tengo secretos… En una de sus misivas vuecencia, me hacía saber que vería con gusto a mi hermano Blas, que trae nuevas de Portugal; pero el desdichado está muy malejo, no puede moverse por ahora, y este cuñado mío que, según el corazón, es tan mi hermano como el otro, si no más, viene a suplir esa falta.

— Bien está – refunfuñó el embajador, visiblemente contrariado.

— Vuecencia me perdonará, que no haya acudido antes – continuó Solís – pues no ha de ignorar mis obligaciones muchas, mi estancia tan pasajera en Logroño y los frecuentes viajes a que me obliga el servicio de Su Alteza. No habrá faltado, pues nunca falta, quien ponga a vuecencia al corriente de ésta, que no es simple excusa… Pero váleme, también, que apenas me es posible, me apresuro a servir a vuecencia en cuanto quiera mandarme…

Vasconcelos tardó, preparando su exordio, en sentarse a la mesa del testero, como si presidiera, mientras indicaba otros asientos a los españoles.

— Entonces, en cuanto os atañe, ¿puedo hablar abiertamente en presencia de vuestro cuñado?

— Nada dirá vuecencia que Francisco de Torres no sepa o por lo menos adivine.

Carraspeó el embajador, y con voz más profunda, si cabe, comenzó:

— Con hombre como vos, Juan Díaz, no valen sutilezas ni rodeos, por lo cual voy a hablaros, más que como embajador, como quien os quiere bien y busca vuestro mejor acomodo.

Solís esbozó una reverencia.

— Pues… don Manuel, mi rey y señor, desea naturalmente y como es notorio, porque con nadie trata de disimularlo, extender y consolidar sus conquistas, nada más que sus conquistas legítimas, en las Indias y en Africa. Para ello necesita de marinos y soldados a toda prueba, gente enérgica y capaz… Entre ésta, que no es muy numerosa ni en Portugal ni en cualquier otra parte, no le es posible olvidar a quienes, como vos, han prestado miles servicios a su reino.,. Y si Su Alteza no lo hubiese recordado, aquí estaba yo para refrescarle la memoria… No fue preciso. De propia iniciativa se ha dignado mandarme que os busque y os proponga volver a Portugal, donde se os tratará y favorecerá en todo como lo merecéis.

— Vuecencia parece olvidar – replicó Solís con simulado candor – que Su Alteza el Rey de España me ha dispensado ha poco la merced de nombrarme su piloto mayor, y que soy el primer español elevado a tan alto cargo… Demás que sería corresponder menguadamente a tal favor, vuecencia convendrá conmigo en que Su Alteza el Rey don Manuel ni querría ni podría ofrecerme nada semejante…

La mirada inquisitiva de Vasconcelos trató de penetrar en lo íntimo del pensamiento de Solís. Al cabo de un segundo y con helada calma, dijo:

— Pero ¿no sois acaso portugués?

— En Lebrija nací: siendo muy niño, mis padres pasaron a Portugal… Todo el resto es conseja – replicó Solís.

— Dejemos ese punto… Quería deciros que las mercedes reales no pueden tener límite para los buenos servidores. Si fuerais a Portugal – que sigo creyendo tierra vuestra – nada perderíais en cuanto a honras y provechos, y el adelanto sería fácilmente mayor que cuanto imagináis… Id pidiendo, que no será vana pretensión. Tengo plenos poderes de Su Alteza y sé lo que valéis… En el peor de los casos vuestra situación en Portugal, cuanto a poder, caudales y títulos, superará con mucho a la presente, porque ya sabéis que aquí – perdóneme el rey Fernando – prometer no es dar, según reza el proverbio castellano.

Calló Vasconcelos para ver venir, pero el mareante permaneció impasible.

— Dificilillo me sería – dijo por fin – dejar el servicio de un amo que me honra con su confianza, y mucho más ahora que, como harto ha de saberlo vuecencia, quiere encomendarme una expedición que le importa y cuyas mismas dificultades me atraen y espolean. Vendría, a ser, aun cuando se trate de Su Alteza el Rey su yerno, a quien llama hijo y quiere como a tal, negra traición, que sólo el interés y la codicia podrían justificar, o mejor dicho explicar…

Tan insinuante era el tono de Solís, que Vasconcelos se dijo: “A éste le sonsaco yo sus secretos y luego me le llevo del ronzal al olorcillo del pienso”. Y en voz alta:

— Pero si el rey Fernando os quiere encomendar tal expedición, claro está, que no os la ha encomendado todavía, y puede que a mitad de camino…

Francisco de Torres, que hasta entonces había observado mudo e inmóvil, agitóse en la silla como dando la alerta a Solís, seguro de que el portugués le tendía un lazo, no muy sutil, en el que el otro pareció, sin embargo, caer con toda inocencia.

— ¡El señor embajador se equivoca! – exclamó con aparente ligereza – El asiento para la expedición está ya hecho…

— ¿Y hacia dónde es la expedición?

— Su Alteza quiere guardarlo tan callado…

— Sabéisme amigo vuestro.

— ¡Eh! sólo se trata de una pequeña armada que he de llevar a saber y descubrir lo de acá.

— ¿No es Malaca su destino?

— No, excelencia; voy tan sólo a determinar la línea de demarcación.

Vasconcelos se levantó y comenzó a pasearse a pasos lentos por la habitación. Solís y Torres se pusieron de pie. Era lo que buscaba el embajador, porque tomando inmediatamente aparte a Solís le murmuró al oído:

— ¿No seríais más prudente pensando que el favor de hoy puede, en pocos días, desvanecerse como el humo?… Don Fernando suele no ser ni muy firme ni muy largo… Tenéis, en acecho, enemigos poderosos. Los oficiales de Sevilla no cejarán en su hostilidad, seguirán poniéndoos toda suerte de obstáculos, no pararán hasta dar con vos en tierra…

— Vuecencia, tiene razón cuanto a los propósitos de esos señores – murmuró sordamente Solís.

— ¡Vaya si la tengo! ¡Sobrada! Yo sé más de lo que sabéis vos mismo… Sé que “esos señores”, como vos decís, han mandado hacer en Portugal una secreta pesquisa sobre vuestra conducta pasada, y muy particularmente sobre el apresamiento de una carabela real, de que se os acusó en 1494…

Solís, sarcástico, lo interrumpió:

— Aquí para inter nos, esa pesquisa ¿no habrá sido provocada por cierto embajador a quien convendría alejarme del servicio de don Fernando? ¿No querrá, tan alto personaje valerse de esa pretendida piratería contra Portugal, para hacer luego que en el mismo Portugal se me premie, honre y ensalce… ya en los cargos, ya simplemente en la horca?

— Podéis estar seguro…

— Ya la estoy todo cuanto puedo… Enviada por Su Alteza en persona obra en mi poder una cédula de seguridad con todos sus requisitos…

— ¡Una cédula de seguridad!

— ¿Cómo? ¿Lo ignoraba vuecencia? Pues no le quepa duda – Dirigiéndose a su cuñado –: Francisco, dí a su excelencia lo que mi hermano Blas me ha traído de Portugal.

— Una cédula firmada por el rey don Manuel para que, si quieres, puedas entrar, andar por el reino sin que nadie te moleste, y salir de él libre y tranquilamente cuando te plazca.

— Ya lo veis – dijo Solís a Vasconcelos.

— Ya la veis – repitió Vasconcelos a Solís.

— No quita que no iré a Portugal. Pese a la cédula, mucho me temo que se me tenga por sospechoso y que Su Alteza me mande prender el día menos pensado.

— ¡Cómo! ¡Osáis poner en duda la palabra y la firma del Rey mi señor!

Francisco de Torres salió en este punto a la palestra:

— ¡Sus razones tiene! ¡Nuestras razones tenemos!… A Blas se le adeudan trescientos ducados en la Casa da Guiné, y a Juan, aquí presente, no menos de ochocientos… A todas sus reclamaciones, saco. ¡El Rey les dio varias veces, con su propia firma, cédulas ordenando que se les pagara y… saco! ¡Buena va la firma, cuando otra es la intención!…

Vasconcelos se puso verde, pero conteniéndose y tratando de serenarse, dijo a Solís:

— Vuestro salvoconducto, hablando en puridad, más que en los papeles, está en que sois preciso… Su Alteza está resuelto a indultaros por la piratería y el homicidio…

— ¡Piratería homicidio! ¿También cree vuecencia esas patrañas? Si homicidio hubiera y tal como las dueñas y los bobos lo relatan, por remediar mi honra yo mereciera aplauso, no castigo… Pero son cuentos de viejas…

— … a confiaros – continuó Vasconcelos, como si no se le hubiese interrumpido – una grande y fuerte armada y el gobierno de todo cuanto descubráis… entonces, podríais decir con mayor razón que el otro, “del rey abajo ninguno”…[152]

— La proposición, aunque vaga, es halagüeña – dijo con mucha calma Solís –. A más de uno tentaría, en estos tiempos en que se acude sin desdoro a do llama el interés… Pero repito a vuecencia que no me es fácil servir a un amo que me negó salarios ¡bien ganados, vive Dios! y que permitió la sinjusticia con que se me ha perseguido en Portugal…

— Los salarios pueden pagarse, la calumnia hacerse callar, y el valimiento es gran desquite de la sinjusticia – observó Vasconcelos cada vez más desconcertado –. Tras del nublado el sol, reza el latino.

Torres, silencioso de nuevo, reía so capa.

— Visto está – reanudó Solís – que los Oficiales de Sevilla pueden mucho; visto, también, que me quieren poco, pero… el rey es mi gallo. Y, si vuecencia no la toma a descortesía, mejor será cortar aquí esta plática, que a nada conduce y que ni aun tiene el mérito de la franqueza.

— ¡Alto ahí! – exclamó Vasconcelos –. Ya os he dicho que puedo haceros proposiciones en firme… Voy a hacéroslas…

— Vuecencia sabe tan bien como yo que sería inútil. No me siento dispuesto a oír más proposiciones. Y confieso a vuecencia que si he acudido y le he escuchado, es sólo por honrar su persona, que me merece el mayor respeto…

Vasconcelos, furioso, hizo una leve inclinación de cabeza.

— Aun cuando no tuviese querella alguna contra el Portugal y su soberano – siguió Solís –, aun cuando les debiera gratitud y no rencor, bastaría a detenerme la confianza de mi rey. Cuanto a dineros, para mí y los míos, bastan los que tengo, y otros vendrán sin que yo vaya a ellos…

— Pero, sin menoscabo de nadie, bien podréis decirme… Esa armada… ese viaje…

— ¡Vaya! Buenos echadizos tenéis en la corte y en la Casa de Sevilla… Vos mismo lo habéis confesado. Sabéis más que yo.

— Veamos: Se me asegura…

— La demarcación señalada por el tratado de Tordesillas debe pasar del papel a la realidad, en mares y en tierras… Aquí tenéis todo.

— Si es vuestra última palabra…

— Y la primera.

— Quizá tengáis que arrepentiros. Cuando los reyes se abrazan, los vasallos deben andar con tiento.

— Poco me importa de vuestro rey.

— ¡Es osadía! – exclamó el embajador, indignado.

— ¿Me avanzaré a decir lo mismo de la de vuecencia? Vuecencia, amparado de su cargo, trata de corromper y comprar a un vasallo del rey Fernando, a uno de sus hombres de confianza…

Mordióse los labios Vasconcelos y sin disimular ya su cólera, rugió en portugués:

— ¡No irás muy lejos, Joao Dias!

— No más de lo necesario… Vamos, hermano Francisco.

Y después de barrer, en una profundísima reverencia, la estera de enea con las plumas de su gorro, Solís salió de la habitación y luego de la casa, seguido por Francisco de Torres y dejando al embajador desconcertado y perplejo.

VI

LA CONDESCENDENCIA DE FERNANDO
EL
CATÓLICO

La perplejidad de Vasconcelos no duró mucho. Por desconcertante que fuera la actitud de Solís al desdeñar sus ofrecimientos y burlarse de sus tentaciones, no daba por perdida una partida que, en resumen, no dependía sino secundariamente del piloto. El factor principal y decisivo era el mismo rey don Fernando, en cuyo ánimo el embajador venía, desde tiempo atrás, despertando desconfianzas y provocando malquerencias contra el mareante, en quien siempre vio a un enemigo de Portugal – dos veces enemigo, puesto que le impulsaban el rencor y el interés – Y precisamente para ese día Su Alteza le había concedido una audiencia privada en su casa de Mansilla.

Don Juan Mendes de Vasconcelos estaba seguro de conocer muy a fondo al suspicaz y astuto Rey de Aragón, convertido en gran monarca desde su casamiento con Isabel de Castilla y merced a los sucesivos favores de la suerte, pues – sin contar el incomparable presente de las Indias, que casi podía decirse llovido del cielo – había unificado el reino y agregado a su corona la de Granada, arrancándola a los moros, mientras que la Cerdeña y el Rosellón quedaban recobrados, Nápoles conquistado, Navarra quitada a los d’Albret, bajo su cetro tierras y ciudades africanas, y sus hijas felizmente vinculadas por el matrimonio a las grandes casas reales de Austria, de Inglaterra, de Portugal… Sabíale político profundo, sin más norte que su ambición, hábil si era preciso hasta la perfidia – que en aquellos virtuosos tiempos era corriente en política, pues según lo que por esas fechas escribía Francesco Guicciardini, embajador, a sus mandantes de Florencia, “nada había que reprocharle… salvo su falta de generosidad y su ningún reparo en faltar a su palabra[153] – y por añadidura, frío y hasta implacablemente cruel – aunque en nombre de altos intereses –, como lo demostraba la expulsión de los judíos y los moros y, sin contar la fundación de la Santa Hermandad, el poder formidable otorgado a la Inquisición, perseguidora de relapsos y eficaz provocadora de confiscaciones que contribuían a enriquecer sus áreas. No ignoraba, tampoco, que el rey Fernando V[154] era cortísimo en recompensas, como lo decía el florentino, y solía privar de ellas, pese a servicios a veces muy grandes, a quienes creía no necesitar en el futuro. Teníale por avaro y mezquino, sin examinar para qué útiles objetos reservaba los dineros de la Corona, recordando sólo la ruindad de su vestimenta y la historia famosa del viejo y raído jubón del que Su Alteza decía a los cortesanos:

¿Veis qué buena tela? ¡Tres pares de mangas me lleva gastados!” [155]

Y Vasconcelos no contaba mucho que digamos con la influencia que a su amo el Rey de Portugal prestaba el hecho de ser dos veces yerno de Fernando el Católico, en uno que podría llamarse juego de la fortuna, el matrimonio y la muerte… Pudo contar con esa influencia, sí, cuando la reina Isabel, hija del Rey Católico y viuda del príncipe D. Alfonso, casó en segundas nupcias con el rey D. Manuel y fue reconocida, a la muerte de su hermano el príncipe D. Juan, como heredera, con su esposo, del Trono español; pero, desgraciadamente, doña Isabel había muerto al dar a luz al príncipe D. Miguel, que, jurado como heredero de las coronas de Aragón, de Castilla y de Portugal, murió también antes de cumplir dos años, frustrando muchas y muy grandes esperanzas, la mayor de las cuales era la unificación, bajo un sólo cetro, de toda la península ibérica… El casamiento de D. Manuel con la infanta doña María, hermana de su primera esposa, no había mejorado sino momentáneamente la situación, pues la muerte volvió a ejercer su oficio, y ya no podía repetirse el caso del primer infantito de Portugal. El mismo D. Fernando el Católico contrajo también segundas nupcias con su sobrina Germana de Foix, y si el primer hijo que tuvo de ésta, el infante D. Juan, había vivido muy corto tiempo, aún cabía en lo posible que otro viniese a reemplazarlo, pese a los muchos años y achaques del Rey, cuya salud era muy precaria… No había que sorprenderse, pues, como ya se vio antes y seguía viéndose ahora, de que, aun tratando afectuosamente de “hijo muy amado” al rey D. Manuel, D. Fernando persiguiera sus intereses en las Indias, con visible menoscabo de Portugal…

Pero Vasconcelos estaba resuelto a disputar el terreno palmo a palmo, y sin más vacilaciones se trasladó a Mansilla y se hizo anunciar a Su Alteza.

Recibiólo D. Fernando en un salón amueblado apenas, sin lujo ni adornos, casi sin comodidad, tal como sería, quitada la larga mesa, un tinelo de labradores acomodados. Bien se veía que ya no era de este mundo la reina doña Isabel, que tanto cuidaba de la grandeza de su marido, rodeándolo de pompa severa que imponía respeto, y que la joven reina Germana se preocupaba más de sus fiestas y sus magnificencias, que del esplendor del reino.

Monedas y medallas de su tiempo nos han dejado la imagen del gran Rey, su nariz un tanto aplastada prolongando la frente con leve inflexión, gruesos labios, barbilla redonda y prominente, ojos grandes, inexpresivos bajo la ceja ascendente hacia las sienes, cara maciza y afeitada, cabellera cubriendo las orejas y hasta el robusto cuello, birrete sencillo con una estrecha diadema real. Hallólo Vasconcelos sentado en un sillón de caderas de tallado roble, el rostro tostado por el sol, más fláccido y amarillento que de costumbre, el pecho jadeante por la dolencia que le aquejaba sofocándolo y provocándole desmayos y mal de corazón. No era ya el cazador forzudo, el jinete más diestro entre los cortesanos y los soldados, el paladín de batallas y torneos, el hombre siempre en acción, trabajador infatigable que descansaba de una tarea dedicándose a otra. Los años – frisaba a la sazón en los sesenta – no eran, posiblemente, la única causa de tan rápido acabamiento: en la Corte hablábase de un bebedizo que la reina Germana le diera a tomar, creyéndola necesario para tener hijos – su grande ambición – pero que, desgraciadamente, había comprometido para siempre la salud del Rey[156].

Sin embargo, los achaques no quitaban a Fernando V ni la cortesía ni el arte de seducir, y recibió a Vasconcelos con manifestaciones de satisfacción que sólo se hacen a un amigo muy querido.

Contestó con la voz delgada que había de heredar su nieto Carlos V, pero no sin verbosidad, a los cumplidos del embajador, y el coloquio comenzó con vagas e indiferentes generalidades: hablóse del buen tiempo, tan favorable para la caza; de la salud del Rey, que esperaba verse pronto restablecido; del viaje a Valladolid, que proyectaba, pero que sin duda aplazaría hasta el verano siguiente – pues se encontraba muy bien en Mansilla – para pasar el invierno en Madrid y luego volver adonde estaban, siempre seguido por la Corte.

— Mucho os doy que hacer, Vasconcelos, ya que, por vuestro cargo, tenéis que seguirme a todas partes, como la sombra al cuerpo.

— En años anteriores fueron más frecuentes los viajes de Vuestra Alteza… Este año, en suma, no hemos tenido que seguirle sino a Burgos y a Logroño, donde estamos…

— No será probablemente por mucho tiempo. Pero ¡qué hacerle! El Rey se debe a su reino y sus vasallos, y os confesaré lo que ya sabe todo el mundo: que me agrada la mudanza, no por cierto en los afectos y las amistades, pero sí en los sitios donde he de morar… Cánsanme las ciudades y las grandes villas; prefiero la soledad y la alegría apacible de los campos, la vida movediza al aire libre, el rudo ejercicio de la caza, contentándome con el simulacro ahora que, para mí, se han acabado las guerras…

Ambos sabían perfectamente – Vasconcelos porque los llevaba preparados, el Rey porque los veía venir – que otros asuntos reclamaban su atención y exigían su interés; pero, al oírles, cualquiera hubiese dicho que aquélla era una simple visita de cortesía. El embajador fue, por fin, quien entró en materia.

— Debo decir a Vuestra Alteza – comenzó – que mi señor el rey D. Manuel, vuestro hijo, me escribió hace días anunciándome una carta para Vuestra Alteza, que acabo de recibir.

— Está bueno mi amado hijo? – preguntó el Rey con forzada sonrisa.

— A Dios gracias goza de perfecta salud y se pone a vuestras reales plantas, como ha de decirlo en la carta presente.

Y el embajador dio un paso, que era una reverencia, hacia el sillón del Rey.

— Esperad, Vasconcelos. No me la deis. Lope Conchillos y el obispo Fonseca no están hoy conmigo y me topáis sin secretarios… Como habréis de conocer el contenido de la misiva, si no lo conocéis ya, leédmela, si os place.

El portugués se inclinó profundamente, rompió la nema con ademán respetuoso, quitó los sellos y abrió la misiva.

— La carta está fechada en Coimbra, a veintidós del corriente septiembre – comenzó Vasconcelos con su gruesa voz opaca – y reza como sigue: “Muy alto y muy excelente Príncipe y muy poderoso padre nuestro: Juan Mendes de Vasconcelos, de mi consejo, me expresó cómo os ha dicho lo que le expresé que os dijese, entre otras cosas acerca de la armada que se me dijo que se hacía en Sevilla con ciertos navíos que enviabais a Malaca, y cómo le respondísteis que dicha armada no iba a Malaca sino solamente a descubrir, con todo lo demás que acerca de esta materia le respondisteis.”

— Os contesté con la verdad – dijo Fernando –, podéis seguir.

— “Y ni en este caso que tanto me interesa – continuó Vasconcelos – ni en ningún otro que me toque, yo no espero menos de vos por la mucha razón y obligación que hay entre nos para deber hacerlo así y guardarlo así, y esta vuestra respuesta la recibo con muy singular placer…”

— No esperaba ni merecía menos – interrumpió el Rey – ¡Adelante!

— “Y es cierto que en las cosas de que se trata he hecho grandísimos desembolsos y he derramado mucha sangre de mis criados, hidalgos y vasallos, y que tengo según los recaudos que me han llegado de la manera que os hice decir por dicho Juan Mendes, con mi armada, fortalezas y gente en ellas, no se me debe tocar ni hacer cosa que no se deba, y más especialmente por vos, e vuestras cosas, que las más espero que siempre guardaréis y miraréis como las vuestras propias, porque así serán siempre por mí y por las mías resguardado y mirado cuanto os toque…”

— Tal ha sido, es y será en todo tiempo mi firme propósito – dijo Fernando – y el Rey mi hijo puede estar confiado en ello, como yo la estoy en sus propósitos y voluntades. Continuad.

— “Pero – leyó el embajador recalcando las palabras – como Juan Díaz, piloto portugués que, se me dice, va de piloto en dicha armada, y a quien hace ya años he desterrado y perseguido de mis reinos por sus delitos que lo condenan a la pena de muerte – ha dicho y dice públicamente que va a Malaca, y es persona de mala intención, y, sin causa, se dice agraviado por mí, y notoriamente lo dice el segundo, que van con la voluntad y el propósito determinado de entender en Malaca – yo no puedo tener descanso en que obedecerá en eso que le mandasteis, que creo sin duda, en la que respondisteis a Juan Mendes”.

— Quién es ese segundo a que se refiere mi señor hijo? – preguntó el Rey – Si se ha hablado de Juan Díaz para el mando de una armada, no se ha pensado siquiera en un segundo…

Dícese que es un piloto llamado Juan Anríquez, portugués, buen marino, a lo que se asegura[157].

— Nada hay en eso. Ya hablaremos… Seguid, que os escucho.

— “Y no quisiera, nuestro señor, que de ello resultara cosa de que ni ahora ni en tiempo alguno se siguiese ningún escándalo, y que las personas de esa calidad (de la de Juan Díaz de Solís) no tienen el respeto que deben, para vedarse toda ocasión de obrar mal, y de tan gran escándalo sería para mi tocar en Malaca – muy afectuosamente os ruego que os plazca no enviar en dicha armada al dicho Juan Díaz por piloto, porque para descubrir lo que vos decís que va a buscar dicha armada, muchos otros pilotos habrá en Castilla que podrán hacer lo mismo y mejor que él”.

— Pues si es lo mismo – objetó Fernando –, si otros pueden hacerlo mejor que él, ¿qué interés tiene nuestro señor hijo en que no se le envíe?

— Ya comprende Vuestra Alteza que, dados los antecedentes de ese Juan Díaz en Portugal, el Rey mi señor no puede mirar con buenos ojos que se le honre, agasaje y favorezca en otra parte, y a mayor abundamiento en los reinos de Vuestra Alteza, su padre.

— Decís bien. Razón hay para pensarlo, y tendré muy en cuenta el resentimiento del Rey mi hijo. Adelante, si es que no lo habéis leído todo.

— Lo poco que falta es la reiteración de lo antes dicho: “Y con su quedada – la de Juan Díaz – se quitaría tamaño inconveniente como sería lo que pudiera resultar de su equivocada y mala intención. Y, además desto, haríais una cosa que esquivaría y quitaría tan graves inconvenientes; como en todas las cosas semejantes, estoy seguro de que siempre os debéis alegrar de hacerlo en todo lo que me toca y tanto os toca, y yo lo recibiré de vos con muy singular placer, muy alto y excelente príncipe y muy poderoso padre nuestro… Firmado: Manuel”.

— Bien está, y contestaremos debidamente al rey Manuel – dijo Fernando el Católico –. Pero antes quiero que me aclaréis el punto referente a ese Anríquez o Enríquez de que me habla.

— Es como ya dije a Vuestra Alteza, un piloto portugués que vive junto a las Rejas de Sevilla con su mujer, portuguesa también ella. Anríquez ya ha estado en Indias por cuenta de mi señor y, como el Juan Díaz, se pretende agraviado porque se le deben y no se le pagan ciertos dineros… Ya ve Vuestra Alteza que nada callo, pues mi conato ha sido siempre la mayor franqueza, pese a lo que mi cargo suele exigir… Con Anríquez está un hijo suyo, mozo al parecer de provecho y, según afirma, tanto él como el mismo mancebo, su hijo, saben más de alturas que el propio Juan Díaz.

— Deben de ser hombres prodigiosos… ¿Pero qué más cuenta ese Enríquez?

— Pues que acaba de asentar con Vuestra Alteza, y que irá capitaneando una de las tres carabelas que se arman en Lepe – mi amo dice equivocadamente en Sevilla, por una información prematura – y que mandará Juan Díaz de Solís, según personas de respeto; llega a hablar de los salarios que se le han señalado, diciendo su cuantía: veinticinco mil maravedís anuales mientras navegue, y veinte cuando no. Señala el próximo mes de marzo como el de la partida…

Vasconcelos decía verdad, pero no exageraba la franqueza de que se había jactado: callaba que había visto Enríquez y recibido sus confidencias; que según el piloto, Malaca estaba efectivamente en la demarcación de Castilla, que le había llorado miseria, sonsacándole algún dinero a cambio de sus informes, y que al fin le confesó cómo, desde Sevilla, había escrito al rey Manuel para que éste le enviara algún piloto o quien supiere de mar para darle avisos que importarían muchísimo para el servicio del Rey de Portugal. Ni dijo, tampoco que, logrado el dinero, Enríquez acababa de marcharse de Logroño, y ya no sabía de él, aunque siguiera creyéndolo dispuesto a pasar a Portugal en cuanto se le hiciera algún ofrecimiento, pues así lo insinuó bien claramente luego que el embajador le hubo asegurado que los asientos en cuestión eran mucho mejor pagados en Portugal que en España, y no quedaban en simples promesas.

— Pareciéndome va – dijo el Rey con sonrisa entre burlona y amena – que ese Anríquez o Enríquez, no ha de ser oro de ley, y he de hacerlo averiguar, por lo que os va y me va en ello… Yendo a lo de mayor bulto e importancia, escribid al Rey mi hijo, que – como ya os lo he asegurado en otras ocasiones – Juan Díaz de Solís, si es que embarca, no irá solo ni como verdadero principal[158], y que Su Alteza puede estar cierto de que, por mi voluntad – y se guardará bien de respetarla y obedecerla – no tocará en sus demarcaciones. El primer capítulo que impera en mi Casa de Contratación de Sevilla para los que van de armada o a descubrir, es que no toquen en cosa de lo del Rey mi hijo. Mi mayor deseo es el de demarcarlo todo de tal manera, que Portugal y Castilla no tengan nunca disensión. Escribidle, también, que piense algún camino para que esto pueda hacerse, que yo la pensaré por mi parte y me alegraré infinito de que se halle, porque yo, por ser ya viejo, he de vivir pocos días; en ellos espero en Dios que no haya ningún rompimiento, y me iré a la otra vida muy descansado si queda todo tan claro que mis nietos y cuantos de mí vengan, no encuentren jamás causa alguna de romper…

Vasconcelos hizo una reverencia, estuvo en silencio un rato, y luego:

— Perdone Vuestra Alteza – dijo – pero Vuestra Alteza no me dice que impedirá la partida de Juan Díaz como lo pide mi rey y señor…

— Nada tiene que temer mi señor hijo de mí ni de mis vasallos y criados, podéis asegurárselo una vez más, por el amor que le tengo y por los deseos que os acabo de manifestar y que están en el fondo de mi corazón. En cuanto a vos, Vasconcelos, ya sabéis bien cuánto os estimo y con qué agrado os escucho…

Y poniéndose en pie daba ya por terminada la audiencia, cuando, como quien acaba de tener una idea, con afectuosa expresión de su ya abotagado rostro, agregó:

— Para que mi hijo D. Manuel vea el empeño mío en complacerle, decidle ¡en fin!, que voy a ordenar se suspenda el viaje que tanto le da qué pensar, y que los materiales ya acopiados y los preparativos hechos se apliquen a los descubrimientos en tierra firme… Creo que no cabe satisfacción más cumplida… Id con Dios.

Dudoso entre la desconfianza y el regocijo, retiróse el embajador de Portugal D. Juan Mendes de Vasconcelos, y mientras se alejaba D. Fernando mandó que sin tardanza se llamase a su piloto mayor…

VII

LA TÁCTICA DE SU ALTEZA

En bien de su salud, buscando la soledad amiga de la meditación o por simple esparcimiento, don Juan Mendes de Vasconcelos acostumbraba hacer a pie largos paseos matutinos. Después de un ligero desayuno tomaba la calle Mayor, bajándola a grandes y lentos pasos hasta llegar al río, por entre las dos filas desiguales de casonas bajas con tejado saledizo y forjadas rejas, y las tapias a cuyas bardas se asomaban curiosas las capas de los frutales, pisando duros y puntiagudos guijarros y metiéndose más de una vez en el cieno del arroyo después de una lluvia o cuando desbordaba algún establo mal tenido. Echando pestes por el accidente seguía por la poco poblada ribera del Ebro y, ya junto al viejo castillo, cuya masa negra y pesada y cuya torre dominan la villa, cruzaba el puente de piedra de macizas columnas que varios siglos atrás construyó fray Juan de Ortega, el dominico maestro en el arte de construir, no sin detenerse un momento a ver correr el agua y gozar de su frescura. Así, con movimiento acompasado, entre mecánico y solemne, llegaba luego a los mojones que señalan el término de Castilla, a un tiro de ballesta del puente, para divisar a lo lejos, blanco sobre verde, el pueblo de Viana en el recién conquistado suelo navarro, o bien, siguiendo con los ojos la tinta clara de los caminos, surgir lugarejos y caseríos rodeados de huertas, viñas, vergeles, olivares, prados en que pacían numerosas ovejas y el rastrojo de recién segados trigales… Con la indiferencia de los hombres de aquel tiempo hacia el paisaje, mirábalo todo distraídamente, abstraído en combinaciones diplomáticas, tratando de conjeturar los propósitos del Rey, de desenredar los hilos de alguna intriga, de urdir tramas para conquistar a este o aquel valido del soberano; sólo al acercarse la hora habitual de volver a casa veía realmente, despertando de su preocupación, las dominantes torres de la villa, y no sabía a derechas quién le llamaba a comer, si las campanas o el estómago.

Pero aquel día despertólo de su abstracción, mucho antes del momento acostumbrado, un jinete que pasó al trote de su caballo, seguido de una especie de escudero con cara de demonio de auto sacramental. En el primero parecióle reconocer a Juan Díaz de Solís, pero no pudo salir de dudas examinando a su sabor al que pasaba. Sólo alcanzó a ver que vestía de camino, que el escudero llevaba a la grupa el portamanteo y que parecían llevar gran prisa.

Habré de averiguar, y más bien hoy que mañana, si es en realidad el tal Juan Díaz – se dijo el embajador –. Si es él, efectivamente, no cabe duda de que aquí anda de solapa la mano del Rey… Una de dos: o bien don Fernando, cumpliendo lo prometido, le ha hecho suspender el viaje y el hombre se retira mohino a cuarteles de invierno, o bien le ha ordenado que apresure la partida, y Solís corre gozoso a embarcarse… Una y otra cosa caben en lo posible… pero ¿de cuál de las dos se trata?… Su Alteza suele no pararse en pelillos, y no sería la primera vez que me juega una mala partida…

Automáticamente volvió sobre sus pasos, renunciando al paseo.

La casualidad me ha hecho descubrir esta mañana – pensaba – lo que mis agentes me hubieran comunicado dentro de quién sabe cuánto tiempo. Pero ¿qué salimos ganando?… ¡Bah! Lo mejor es apresurarse a comunicar a don Manuel lo que don Fernando me ha dicho y prometido… También he de hablarle de ese obispillo de Palencia, de ese Juan Rodríguez de Fonseca de mis entrañas, que por capricho del Rey tiene en una mano los negocios de las Indias y en la otra las disciplinas… sí, las disciplinas para los demás. El y Lope Conchillos me dan muy mala espina. ¿Será cierto, como Anríquez me asegura, que el bribón de Solís ha prometido al otro bribón mitrado de Fonseca, la mitad de lo que logre en la expedición? Indudable es que el obispo lo apoya, lo mismo que Lope, y que don Fernando sólo ve ahora con los ojos de ambos… El Rey decae mucho con su enfermedad; pero mucho… Ya no hace las cosas por sí mismo, como antes; pero fuerza es decir que antes no las hacía mejores para nosotros… Por sí o por no he de decírselo todo a don Manuel, y hoy mismo, para que él vea y resuelva… Si don Fernando quiere que se haga el viaje, nada, ni aun su misma palabra, podrá impedirlo… Pero nada impide, tampoco, que don Manuel mande vigilar las naos de Solís, para ponerle dificultades y defender nuestros derechos. ¡Nuestros derechos! Pese a tantos esfuerzos y desvelos todavía no hemos logrado hacerlos reconocer y establecer de manera que no dejen lugar a nuevas dudas ni puedan originar otras complicaciones… ¡Ah, si no hubiera muerto doña María! ¡Si los dos Reinos llegaran a formar uno solo, como estuvo tan a punto de suceder!… ¿Pero, qué remedio ponerle ahora?… Hay que hilar muy fino y no dormir sino con un ojo, para no perder lo poquísimo que se ha ganado… ¡Ah, ese Juan Díaz! ¡Ese Juan Díaz va a darme todavía más de un dolor de cabeza!…

El jinete era, efectivamente, Solís, quien, después de su entrevista de la víspera con don Fernando hizo avisar a Diego García de Moguer y dijo a Francisco de Torres que en la tarde del día siguiente deberían reunirse con él en Laguardia. Iba cargado de papeles, entre ellos una orden de don Fernando para que la Casa de Contratación de Sevilla le entregara treinta y siete mil maravedís como indemnización, y otra para que el tesorero le devolviese cuanto había adelantado a los marineros a cuenta de salarios y cuanto había desembolsado en compras y demás preparativos de viaje[159]. Queriendo desvanecer todas las sospechas a que el aplazamiento podía prestarse y a las que, tratándose de Solís, mostrábanse tan inclinados los oficiales de Sevilla, el Rey ponía bien de relieve que tenía a aquél por muy buen servidor, mandaba que se le tratase y considerase como a tal, y añadía que servirlo era servir a su propia real persona. Y para que estas inusitadas recomendaciones tuvieran mayor fuerza aún, don Fernando las reiteraba indirectamente escribiendo a Solís, entre otras cosas[160]:

“He mandado suspender el dicho viaje por comunicarlo con el serenísimo Rey de Portugal, mi muy caro y muy amado hijo, para que se haga de manera que la corona real de estos reinos ni la de Portugal reciba agravio; y porque – habiendo disposición – tengo voluntad que haya efecto, vos aseguro e prometo que, habiéndose de fazer el dicho viaje, seréis vos la persona a quien yo lo mandaré encomendar, e vos será guardado al dicho tiempo todo lo que en el dicho asiento e capitulación convenido hé, sin ninguna falta.”

En aquella entrevista don Fernando había extremado con Solís su característica afabilidad, aunque se sintiera muy molesto a causa de la sofocación que más de una vez le cortó la palabra. Estaban con Su Alteza el obispo de Palencia y el secretario Lope de Conchillos (y Quintana) para quienes – como lo pensaba el embajador portugués – no tenía secretos, ni, a veces, objeciones. Estos dos secretarios, o más bien ministros, del Rey católico, presentaban marcado contraste, aunque las maneras de ambos fuesen igualmente frías y mesuradas. Lope Conchillos, vestido de ropilla y calzas negras, era de mediana estatura, carirredondo, moreno, de vivaces ojos pardos, rojizos y abultados párpados que los empequeñecían, pero el conjunto sugería un carácter benévolo si no débil. En cambio, con su ropaje talar, sencillo como una túnica, don Juan Rodríguez de Fonseca, capellán mayor del Rey, miembro de su Consejo, y obispo de Palencia – antes había sido deán de la Catedral de Sevilla, obispo de Badajoz y de Córdoba, como más tarde lo sería de Burgos, y hasta arzobispo “in partibus” – parecía llevarle más de un palmo, y en su rostro enjuto, los hundidos ojos negros que fosforecían en el fondo de sus órbitas violáceas, y los labios delgados y pálidos, apretados mientras no hablaba, hacían ver en él a un hombre apasionado y sin bondad. Cuando se introdujo al marino en la sala, el uno se mantenía de pie a la derecha y el otro a la izquierda del soberano.

Don Fernando, para entrar en materia, dijo a Solís que, según debía de haberlo visto bien claro, no le era posible renunciar a la proyectada expedición de descubrimiento, ni la confiaría a otra persona alguna. En seguida, cambiando de tono y con cierta irónica ligereza, que sus ahogos hacían parecer sarcástica, agregó que circunstancias muy particulares – en puridad el deseo y la conveniencia de conservar las mejores relaciones con el Rey de Portugal – le aconsejaban postergar por tiempo indeterminado la realización de empresa en que tanto empeño ponía.

— Es caso de fuerza mayor o poco menos – agregó suspirando –. Se trata de mi hijo muy amado don Manuel, a quien como padre debo tratar y satisfacer.

Y como si hablara consigo mismo, murmuró:

— Otros vendrán, y muy pronto, que no habrán de tener tales reparos…

Profeta fue don Fernando, si se interpretan sus palabras en cierto sentido, pues su nieto Carlos I de España y V. de Alemania, no tuvo tantas contemplaciones con Portugal. Pero no insistió en su profecía, si era tal; pidió a Solís que recordara en sus grandes líneas la capitulación que con él había hecho, a fin de dejarla debidamente puntualizada, y cumplirla en todas sus partes una vez llegado el momento.

El piloto mayor hacía grandes esfuerzos para disimular la cólera. ¡Sus brillantes esperanzas se desvanecían a punto de verse realizadas! ¡El artificioso portugués triunfaba haciéndolo naufragar en el puerto! Tuvo en los labios una maldición para Vasconcelos y su amo, pero se limitó – grave irreverencia – a golpear el suelo con el pie. Don Fernando toleró la falta fingiendo no advertirla, mientras Lope Conchillos trataba de sacar al mareante del mal paso acercándose a él y murmurándole al oído:

— Tranquilizaos. Todo irá bien.

El obispo de Palencia que observaba a hurtadillas a Solís desconcertado y furioso, apretó más los labios en una como sonrisa y luego intervino también:

— Si lo permitís, Serenísimo Señor – dijo grave y secamente, dirigiéndose al Rey – yo seré quien en pocas palabras recuerde la capitulación que según entiendo, y es buena repetir, sólo queda aplazada por algunos meses.

— Así es – contestó Su Alteza dándole con el ademán la licencia pedida, para llevar después la mano al pecho estertoroso.

— El señor piloto mayor podrá enmendarme, si acaso yerro… Mas aquí traigo la apuntación de Lope, y es buena guía – prosiguió el capellán del Rey, árbitro entonces de los destinos de las Indias Occidentales, pese a que veinte años atrás hubiera estado a pique de impedir su descubrimiento tratando de loco a Colón y de locos a cuantos le prestasen oídos.

Echó una ojeada al papel y continuó con la misma sequedad:

— Juan Díaz de Solís se obliga por el convenio a llevar tres navíos suficientes para las necesidades del viaje (que será de descubrimiento y no de conquista, hay que insistir en ello) a espaldas de Castilla del Oro, donde está Pedrarias Dávila[161], es decir, hacia el mar[162] descubierto por Vasco Núñez de Balboa…

— Eso no debe asentarse – interrumpió el Rey haciendo un esfuerzo.

— Ni está asentado, Serenísimo Señor – explicó tranquilamente el obispo –. Si lo digo es sólo para memoria, “inter nos”… Pero si bien el viaje no es de conquista, con tal cláusula no se debe ni se quiere poner impedimento a la toma de posesión de nuevas tierras o mares, si el caso se presenta, y para asegurar la prioridad… Uno de los navíos que ha de llevar Juan de Solís – siguió cambiando de tono y hablando rápidamente – será de sesenta y los otros dos de treinta toneles cada uno. Llevarán en total una tripulación de sesenta hombres y los mantenimientos suficientes para dos años y medio de navegación y estadías[163]. Todo ello a vista y contentamiento de quien Vuestra Alteza disponga.

— Que ha de ser mi contador Juan López de Recalde, de la Casa de Contratación ¿no es eso? – dijo el Rey.

— Así es, y Vuestra Alteza – prosiguió el obispo – no estará obligado a pagar, ni a la ida ni a la vuelta, sueldos de gente ni cosa alguna, salvo cuatro mil ducados que la Contratación entregará, a Solís…[164]

Este, que había recobrado ya su sangre fría, sonrió a su vez, diciendo con mucha intención:

— Doy por asentado que mi “armador principal”[165] – y recalcó estas palabras – será siempre el mismo gran señor de quien me ha hablado tantas veces Vuestra Alteza…

— Sí, sí – interrumpió el Rey, algo displicente –. Eso por sabido se calla.

— Para evitar indiscreciones posibles hasta por parte de los mismos oficiales de la Contratación – observó Lope Conchillos – se establece en la capitulación que ese armador… o armadores… no sabe ni ha de saber el objeto del viaje… Nada se pregunta a quien nada sabe o… pasa por no saberlo… y mucho menos cuando ese “quien” permanece desconocido.

Don Fernando apoyó con un movimiento de cabeza.

— De todo cuanto Dios nuestro Señor se sirva dar a Juan Díaz en este viaje – continuó Fonseca – el tercio pertenecerá a Su Alteza, otro tercio a Juan Díaz y sus armadores, y el último a los hombres que tomen parte en la expedición, sea como pilotos, sea como oficiales o simples marineros.

— Vuestra Alteza no ha determinado todavía cómo habrá de distribuirse ese tercio – observó Solís.

— Lo repartiréis como os pareciere y lo concertéis con ellos – contestó don Fernando.

— Su Alteza – prosiguió el obispo – promete no llevar, aparte de lo dicho, ni el quinto del Rey ni otro derecho alguno…

— Fuera de lo que se refiere al armador; eso se halla tanto más puesto en razón – dijo el piloto – cuanto que este viaje, si es que llega a hacerse…

— ¡Si que se hará! – exclamó don Fernando.

— … no reportará beneficios, sino a la corona, como que es de descubrimiento y se hará con tan cortos recursos – siguió Solís –. Yo voy solamente a abrir un gran camino, que quizá, no vuelva a emprender más tarde, cuando, una vez productivo, ya no pueda serlo para mí…

— ¿Qué mercedes queréis que os conceda? – preguntó el Rey con un asomo de fastidio.

— Bien recordará Vuestra Alteza – replicó Solís – que no he solicitado merced alguna, ni querido asentar ni capitular al respecto, pues confío ciegamente en la bondad de Vuestra Alteza.

— No quedará descontento ni frustrado mi piloto bomayor, como no lo quedó hasta ahora… aunque suele dejar ver que no se contenta con poco.

El Rey aludía a las muchas mercedes concedidas ya al exigente Solís, con quien desde un principio se mostró de excepcional largueza.

— Cumplid vos lo prometido – siguió don Fernando – y yo os haré dar título de Adelantado, para vos y vuestros sucesores, de cuanto descubráis y aseguréis a la corona, como desde ahora os nombro gobernador y administrador de justicia de esas dichas tierras, de por vida y no más. Y como me habéis dicho tener gran devoción a nuestro santo patrono el Apóstol Santiago, volved con bien, y tendréis de mi mano el hábito de caballero de su orden[166].

— Beso las plantas de Vuestra Alteza por tan señalada merced.

— Otrosí, anotad, Lope Conchillos, que los salarios de mi piloto mayor se aumentan desde la fecha, en veinticinco mil maravedís, y hacedlo saber a mi Casa de Contratación.

— Se hará como manda Vuestra Alteza – dijo Lope.

— Pero supongo – observó el obispo – que seguirá quitándose de esos salarios los diez mil maravedís anuales destinados a la viuda de Vespuche[167].

— Así es – contestó el rey.

— Me congratulo con vos – dijo Conchillos a Solís –. Quedáis en sesenta y cinco mil maravedís al año, lo que os hace una renta de gran señor.

— De gran señor muy pobre – le murmuró al oído el mareante –. Si sólo eso esperara…

La conferencia duró todavía largo rato, y Juan Díaz de Solís, tan desabrido en un principio, salió de ella radiante, corrió a Logroño, y lo preparó todo para partir a la siguiente mañana.

Y al cruzarse con Vasconcelos a quien, aunque fingiera no verlo, había reconocido perfectamente, tomaba el camino del Ebro por cuya orilla derecha siguió a galope, para no detenerse hasta un ventorrillo, a las puertas de Laguardia, en la carretera de Bilbao. Allí esperó a Francisco de Torres y Diego García de Moguer, que no llegaron hasta la caída de la tarde.

— ¡Pero qué dianche sucede, y adónde vamos por este rumbo, si se puede saber, vive Diego! – exclamó García, a quien los viajes a caballo, aunque fueran cortos, tenían la virtud de exasperar, después de haberle molido los huesos.

— ¡Mía fe que estas sofoquinas dan que pensar… y que rascar! – agregó Francisco de Torres, quien, como buen marino, andaba tan ricamente con las piernas abiertas, pero siempre que entre ellas no se hallase el lomo de un caballo.

— Echemos tranquilamente un trago – dijo Solís, invitándolos a entrar en el ventorro –. El hecho es que todo va mal… y que todo va a maravilla.

— ¡Entiéndate el diablo! – dijo Torres – Todo va mal y todo va bien. ¡Conciértame esas medidas!… ¿Qué misterio es ése y adónde demonches nos dirigimos?

— Por el momento, a Bilbao… Y el misterio está en que Portugal cree habernos ganado la partida con falsos naipes. A bien que los nuestros han de tener mayor virtud para el desquite.

— ¿De modo que corremos así, de improviso, a embarcarnos para la expedición?…

— ¡Alto!… A embarcarnos sí, mas no para el gran viaje… Ese es ya otro cantar.

— ¿Por ventura, se le ha llevado el diablo?

— Embatido va, pero no ha zozobrado todavía. Lo primero será embarcar en Bilbao, a do vamos, para un puerto cualquiera de Andalucía. Lo segundo, fletar una nao de poco porte y tomar la derrota de las Canarias.

— Y qué hemos de hacer en esas malditas o afortunadas ínsulas? – preguntó Francisco de Torres, de peor humor que antes.

— Vive Diego que como no sea andar a caballo todo irá bien para mí – dijo resignadamente el de Moguer.

— Basta y sobra con estarse en el potro hasta Bilbao.

— No te irrites antes de tiempo – aconsejó Solís, poniendo la mano en el hombro de su cuñado.

Y aprovechando el momento en que García se apartó, dejándolos solos, el piloto mayor fue más explícito:

— Lo que hay en suma – dijo a Torres –, es simplemente que Su Alteza quiere tranquilizar al portugués… La expedición queda suspendida en apariencia, pero debemos seguir preparándola bajo cuerda, sin que nadie lo sospeche. Un paseo hasta las Canarias no es cosa; allí o algo más lejos… dispondremos a ciencia cierta lo que hay que hacer, y ese embajador que Dios confunda quedará más confundido cuando no sepa de mí ni de tí… y probablemente acabará por creer abandonado un viaje que sólo está suspendido.

— Sí, hasta las calendas.

— ¡No te ahogues en poca agua, mal mareante!… Estoy seguro de Su Alteza, que me acaba de colmar de mercedes, y de promesas que esas mercedes afianzan. En cuanto a tí, ten por cierto tu provecho si quieres servir al Rey y fiarte de tu hermano…

— Ya sabes cuán poco me agrada andar a ciegas. En fin, se trata de tí, y tampoco esta vez has de encontrarme reacio. Pero si me dijeras…

— Nada te diré mientras no llegue el momento. Paciencia y confianza es lo que te pido y lo que en cierto modo me debes. Llama al buen García. Hemos de cenar y acostarnos en seguida, para estar frescos mañana y ponernos de un tirón en Vitoria.

Cuando llegaron a Bilbao, después de dos o tres jornadas abrumadoras para Torres y sobre todo para Diego García de Moguer, quiso su buena fortuna que una galeota estuviese por zarpar para Sanlúcar de Barrameda. Mediante estipendio, el honrado cómitre accedió a transportarlos en calidad de amigos. Entregaron los caballos a un mesonero, embarcaron su poco abultado equipaje, bogaron con brío los galeotes y el buen tiempo les acompañó hasta su destino. En Sanlúcar, Solís dejó a sus compañeros, que tomaron otro camino, y se dirigió a Sevilla. Estuvo en la ciudad una semana entera, visitando reiteradas veces la Casa de Contratación. Pasó luego a Lebrija, como para descansar regaladamente con su mujer y sus hijos, pero a los seis o siete días desapareció de pronto, sin que nadie supiera su paradero.

El embajador don Juan Mendes de Vasconcelos, muy alarmado, pedía entretanto con insistencia, a sus agentes de Sevilla y a cuantas personas hubieran podido informarlo, noticias acerca de dónde estaba y qué hacía el piloto mayor del Rey, sin descubrirlo en parte alguna. Dijéronle en un principio que, según los oficiales de la Casa de Contratación, el mareante estaba haciendo el inventario de su nao Santa María de la Merced, para liquidar las cuentas del suspendido o abandonado viaje[168]. Quiso Vasconcelos saber el fondeadero de la nao en cuestión, para seguir la pista de Solís, pero sus averiguaciones resultaron inútiles, de la más completa inutilidad. Nunca supo dónde estaban ni el piloto ni la nao, hasta que, largo tiempo después, apareció el primero tan campante y tan ufano en la muy leal y muy regocijada villa de la madeja.

VIII

DESQUITES DE SOLÍS

En aquel caluroso y luminoso día del estío de 1515, en que el cielo parecía inmensa piedra preciosa, la atmósfera un hálito de hornalla y el sol esa hornalla misma, tres carabelas entraron lentamente en el puerto de Sevilla y surgieron frente a la marina, cerca de los dos cuerpos de mampostería y la maciza mole de la Torre del Oro. El movimiento de la marina, donde galeotes y mozos de la esportilla cargaban víveres en dos galeras, se hizo más intenso y bullicioso desde que se avistaron las naves que llegaban de aguas abajo, merced al golpe de gente curiosa atraída a la ribera por las misteriosas e imperceptibles señales que llaman a la muchedumbre hacia donde ocurre algo. Y si del lado de Sevilla zumbaba un enjambre apretado y creciente, otro poco menor comenzaba a agitarse allende el río, ante el miserable pero regocijado barrio de Triana, cuyas casuchas se agrupaban alrededor de la antigua iglesia gótica de Santa Ana.

No faltaban entre el gentío los eternos bien informados que, desde que el mundo es mundo, gozan y triunfan satisfaciendo la curiosidad ajena. Decían éstos que los tres navíos acababan de ser armados en Lepe para un largo y azaroso viaje de descubrimiento y de conquista, y que iban a Sevilla a cumplir el indispensable requisito de la revisión por los señores oficiales reales. El destino de las carabelas, según los informantes oficiosos, era un secreto, sí, pero el secreto a voces. Iban a las Molucas y a las Indias, a las ricas tierras que Castilla poseía en mares desconocidos y que el rey Manuel de Portugal pretendía disputarle sin derecho. La expedición había estado preparándose años enteros con el mayor sigilo, para que los portugueses no intentaran ganarle de mano, patrocinábala gente muy poderosa y muy alta, puede que el mismo don Fernando, y había de mandarla un mareante de los más famosos.

Alrededor de los voceros – hombres de mar, mercaderes sin tienda abierta o pícaros abiertamente tales – formábanse grupos de oyentes, ávidos de noticias, y el vivo decir andaluz, chispeante y sonoro, dábales pintoresco relieve. Pero esto no absorbía de tal modo la atención que impidiera a los curiosos seguir con la vista la maniobra de las carabelas, ejecutada entre grandes voces y ademanes violentos por la diestra tripulación. Este interés subió de punto cuando, desprendiéndose del costado de la mayor de las naos un batel cuya caña empuñaba un hombre de cierta edad, se dirigió al mal ajustado desembarcadero de piedra, al pie de la Torre del Oro.

— Ese que veis a popa del batel es el capitán. ¡Bravo mozo, conózcole como a mis manos, aunque él no me conozca a mí, ya se ve… – decía un viejo cuyo oficio confesado era el de pedir limosna en los portales de la Giralda o de San Salvador, comer la sopa boba de los conventos y servir de gaceta viviente, mientras que los no confesados abarcaban las más diversas y misteriosas ramas, desde el sonsacar bolsas hasta el zurcir voluntades. – ¡Como conocerle – proseguía – vaya si le conozco! Sé que es mozo de historia y que se llama Juan Díaz de Solís por añadidura.

— ¡Quite allá con esas desaborías noticias! – exclamó una moza de clavel en el cabello y mantón al desgaire. – ¡Quién no sabe en Seviya que es el piloto mayor, nada menos, y que ya ha ido sinfinidad de veces a las Indias y a otras partes tuavía más lejas!

— ¡Sí, retoño! bien lo has de saber tú – replicó el mendigo –. ¡No pasa por la villa bragado que no conozcas y te conozca a fondo, morena!

— ¡Y a mucha honra! – dijo la buena moza, con magnífico desenfado.

— ¡Juan Díaz de Solís, retoño! ¡Piloto mayor, almirante debía de ser, retoño! Porque en lo de marear no hay quien le ponga el pie… Y su gente, ¡vamos!, que le lleva en palmitas, porque es manirroto y no le espanta un buen trago, amén de ser más justiciero que el mismísimo don Pedro, el de la Padilla… ¡Y de esta vez nos va a traer el oro a espuertas de unas tierras que él sólo sabe dónde están – que me lo ha dicho quien puede – así como me llaman Bras, retoño!

Pendiente de sus palabras estaba un desarrapado chicuelo que se había deslizado hasta la primera fila del grupo. Vestido de harapos y descalzo de pie y pierna, su camisa hecha jirones dejaba ver que si el sol andaluz le había curtido y tostado la cara, y las extremidades, el resto de sus carnes era naturalmente dorado como la piel de un melocotón. Y cuando la moza del clavel abría la boca para continuar el donoso diálogo con el mendigo, metió el rapaz su cucharada preguntando muy suelta de lengua:

— Y díganos el tío Bras, ¿cómo ha de hacerse para ir con ese almirante?

— ¡Hola, arrapiezo! ¡Conque tú también quieres salir a descubrir tierras! ¡Véanme vusarcedes la facha del gitanillo!! ¡Quita allá, musaraña, y dile a tu madre que te enjugue la leche que te ha quedao en los labios!

— ¡Perdone usiría, abuelo! – exclamó el chico poniéndose en jarras – A sus años ya habrá descubierto vuecencia más tierras que el mismo Vespuche, y estará en privanza y a tú por tú con el Preste Juan… Pero por eso mismo bien pudiera…

Airado, el viejo alzaba ya la mano para darle un cachete, cuando se produjo un remolino en la muchedumbre y el muchacho hurtó el cuerpo lanzándose hacia Solís, que en ese instante saltaba del batel a la marina, seguido por dos hombres, evidentemente de mar, tosco y mal pergeñado el uno, con trazas de hidalgo aunque también curtido por vientos y soles el otro. Abrieron calle no tan amplia que no les tocasen y codeasen los curiosos, ajustó el chicuelo su paso al de los tres personajes, muy estirado, agradeciendo con la cabeza, como si le estuvieran dirigidas, las exclamaciones lisonjeras, cariñosas o chuscas que saludaban a los navegantes. Muchos formaron también cortejo bullicioso y agitado, sin que los tres marinos parecieran advertirlo, pues conversando amistosamente entraron en Sevilla por las Atarazanas y se encaminaron a la Casa de Contratación de las Indias, instalada en el Alcázar Viejo. La comitiva se había ido desgranando al salir de la marina, y al Alcázar sólo llegaron el viejo mendigo, la buena moza y el desarrapado mozalbete. Fascinado seguía este último a los mareantes, y cuando les vio detenerse ante el morisco portal de la Casa de Contratación, fue a encaramarse en un poste que frente a ella había y quedó atisbando, con los dedos en las narices y hechas péndulo las piernas.

— ¿No entras conmigo? – preguntó Solís al de aire hidalgo – Ya estamos frente al cubil de las fieras que rabian por devorarme.

— ¡Melladas y con dentera! – replicó el otro riendo… – Diego García y yo vamos entretanto a buscar los pocos hombres que nos faltan.

— Pues con Dios, entonces – dijo Solís –. Antes de anochecer nos veremos a bordo.

— Y allí se sabrá el resultado del encuentro, si han quedado las colas para contarlo.

Y mientras Solís entraba en la Casa de Contratación, Torres y García echaron hacia la vieja y sucia calle de la Cabeza del Rey Don Pedro. El chiquillo, que parecía perplejo al ver que se separaban, debió resolver sus dudas porque saltó del guardacantón y se puso en seguimiento de la pareja, redoblando con un palitroque en las salientes rejas de las ventanas. Algún plan tenía, aunque vago, porque hizo una mueca de disgusto al verlos desaparecer en una taberna obscura y oliendo a vinagre, acostumbrado refugio de marinos sin embarco.

Desde que había llegado de Cádiz, no sin trabajos y zozobras, pidiendo, merodeando, huyendo de las cuadrillas de la Santa Hermandad, ora por las carreteras, ora por la orilla del Guadalquivir, casi siempre a pie, alguna vez en lanchas acarreadoras de pescado, soñaba sin cesar en las aventuras maravillosas, de incomparable grandeza, que en Sevilla se iniciaban para desarrollarse luego en el deslumbramiento de las Indias encantadas. Tenía forzosamente que encontrar quien le llevara, como escudero, como criado, como perro que fuera, al descubrimiento y la conquista de los países del oro y de la holganza, de donde el más ruin vuelve señor. Y en el peor de los casos, si no hallaba quien le protegiera, tenía decidido deslizarse a hurtadillas en la sentina de cualquier carabela pronta a zarpar, y quedarse allí agazapado y quietecito, pese a la obscuridad, la sed y el hambre, hasta sentir – y lo sentiría por el movimiento – que la nao navegaba en alta mar, lejos de todo puerto, en demanda de las tierras prometidas. La pasión romancesca que dominaba a españoles y portugueses, mareantes insignes, resueltos aventureros, conquistadores sin aseo y sin entrabas, cundía entre grandes y pequeños, y hasta los chiquillos soñaban en ser otros tantos Colones, Corteses[169] o Balboas, y llegar a la grandeza mediante el valor, la audacia y el esfuerzo, sin que les arredraran peligros y descalabros, que la imaginación no les pintaba. Y para el infantil conquistador la misma piratería era un incentivo más, pues ¿qué sabía ni podía saber de moral, nacido y crecido vagabundeando en Cádiz, de la Almadraba, donde, en su estación, asistía a la pesca de los atunes, hasta los pozos de la Jara, donde nunca falta bulliciosa y regocijada reunión, de la Caleta al Puerto, del caserío de Hércules a los Arenales de la Isla? Había escuchado y sabía de coro, en cambio, relatos prodigiosos de viajes y proezas, de matanzas y crueldades que le encendían y arrebataban el cerebro.

Momentos antes, en la marina, había escuchado ávidamente al tío Bras que, con ardorosa exageración, contaba a la del mantón al desgaire la novelesca historia de Solís, matador de su primera mujer, allá en Portugal, por celos justificados, bebedor famoso, piloto incomparable, hombre capaz de desafiar a la Casa da Guiné y al mismo Rey, como que, entre corsario y pirata, se había pagado por su mano, apoderándose de una carabela portuguesa, los centenares de cruzados que se le debían y algo más, como adehala… Y ahora, el rey Manuel y su embajador le suplicaban de rodillas que volviese al servicio de Portugal, con rentas de príncipe, y más privilegios que un potentado… ¡Pero nada! Era mucho hombre Solís para acudir a tal reclamo…

El chico no sabía leer ni escribir, no discernía entre lo bueno y lo malo, pero sabía soñar… ¡Oh! No se paraba en barras, pasaba con la mayor frescura del homicidio a la rebelión, de la rebelión a la piratería, y acababa imponiéndose por la audacia y el ingenio hasta llegar a las mismas o mayores alturas que Solís… El todo estaba en comenzar.

Estos devaneos formaban aureola a su idea fija de hablar con los hombres que iban calle arriba, delante de él, cuando la desaparición de ambos en la taberna lo hizo despertar de pronto.

— ¡No tienes suerte, Paquillo! Vamos, que no tienes suerte! – dijo para sus guiñapos.

Hubiérale sido difícil explicar la causa de su queja, pues muy bien podía aguardar a los de la taberna hasta que saliesen, pero sin pararse en filosofías echó a correr hacia el puerto, llamado por el recuerdo del río y las carabelas.

Solís, entretanto, quejábase también mentalmente de su mala ventura, pues en la Casa de la Contratación sólo estaba visible Pedro de Isásaga, uno de los oficiales que más encarnizadamente le combatían. Hubiera preferido verse ante todo con el contador López de Recalde, mejor aún con el tesorero doctor Sancho de Matienzo, en quienes creía tener dos apoyos, si no, dos amigos. Pero no se arredró ante un choque para el que estaba preparado; en la mano llevaba con qué contrarrestar y vencer la de Isásaga y muy otras animosidades. D. Fernando seguía dándole pruebas de confianza, como si hiciera burla del rey Manuel y de su embajador, y aunque este último pareciera haber sonsacado a algunos de los oficiales de la Casa, tenía más facultades de las que tuvo nunca otro piloto mayor, precisamente cuando sus disimulados enemigos querían hacerle sospechoso de inclinación a Portugal, y él solo, con el obispo Fonseca y el secretario Lope Conchillos, sabía las verdaderas intenciones de Su Alteza. Y al conocer las antojadizas y quizá interesadas acusaciones de traición, ¿qué había hecho D. Fernando? Pues encogerse de hombros, hablar de ello al mismo Solís y luego adormecer a los oficiales, mandándoles que con el mayor sigilo hiciesen una información y le elevaran sus resultados… como la otra vez, cuando el viaje con Yáñez Pinzón.

— ¿Qué buenos vientos traen por acá al señor Joao Dias? – preguntó al verle Pedro de Isásaga, remedando por insidia la pronunciación portuguesa.

— ¡Dios guarde a D. Pedro de Isásaga! – contestó Solís, saludando con exagerada cortesía al pequeño y amojamado vejete de cara de vinagre –. Estos buenos vientos vienen soplando sobre unos pliegos que Su Alteza me ha enviado con un propio a Lepe, donde alistaba mi nueva armadilla.

— ¡Enhorabuena! – murmuró con displicencia el adusto oficial, mientras Solís sacaba de la ropilla y blandía como una espada un rollo del que pendía el sello real.

— ¿Quiere usía – dijo el mareante – pasar vista por ellos?… Verá que D. Fernando, nuestro señor, sabe hacer justicia… y no la niega a este humilde vasallo.

Trémula estaba la mano de Isásaga al tomar los pliegos, pues olfateaba algo muy desagradable. Pero pareció tranquilizarse en cuanto leyó el primero.

— De esta real orden – dijo fríamente – nombrando piloto mayor interino en ausencia vuestra a vuestro hermano Francisco de Çoto[170], teníamos ya noticia y están tomadas las disposiciones para cumplir la voluntad de Su Alteza. Sólo agregaré con el debido respeto que, en opinión de muchos, Su Alteza pudo poner los ojos en persona de mayores servicios y merecimientos… Quizá se equivoquen, porque en épocas pasadas tanto D. Fernando como Da. Isabel, que esté en gloria, tenían acierto singular para los nombramientos.

— Para el de usía, “verbi gratia” – replicó Solís con sorna -. Afortunadamente para usía, Su Alteza no sabrá de mis labios esta glosa de sus reales órdenes… Pero mayor satisfacción aguarda a usía con la lectura del otro pliego…

A medida que iba leyendo Isásaga cambiaba de color; se puso amarillo, en seguida verde, incorporándose violentamente en su sitial, y por último exclamó, conteniéndose a duras penas:

— A fuer de servidores leales de Su Alteza y de guardianes celosos de los intereses del Reino, no hemos merecido, ¡no! no hemos merecido semejante agravio… Pero bien dijo el latino que Dios ciega a quien quiere perder…

La ira pareció convertirlo un momento de pigmeo en gigante.

— La palabra va sin duda mucho más lejos que la intención, y tampoco he de repetirla – dijo Solís, tomando con impertinencia un asiento que Isásaga no le había ofrecido –. Pero el Rey, nuestro señor, no agravia nunca a nadie, ni veo que pueda perderse por ordenar que se me trate como merezco y que se me despache con toda premura…

— ¡Si fuera sólo eso! – refunfuñó el oficial mascullando su cólera.

— ¡Vamos! El resto carece de importancia – exclamó Solís con fingida ligereza. – Juan López de Recalde es muy mi amigo, D. Fernando lo sabe, confía en él y vive Dios que no se equivoca, al pensar que nadie mejor para ayudarme en mis preparativos de viaje. Por eso y no por otra cosa manda que él solo me despache y que me haga llevar “el mayor recabdo posible”[171].

Isásaga guardaba silencio tratando de dominarse, y Solís, que había hecho una pausa, continuó con travesura:

— Pero no hay que equivocarse cuanto a las intenciones de Su Alteza… Tan lejos está de menospreciar a los demás oficiales de la Casa que, si no he oído mal, la real orden termina recomendando, no al solo Recalde sino a todos, que se me favorezca con “mucho amor” (y Solís recalcó bien estas palabras), pues me tiene por buen y leal servidor suyo… Y eso que está, muy al tanto de lo que murmuran las malas lenguas sobre las relaciones portuguesas de “Joao Dias”, como usía dice con tanta sal… Iguales recomendaciones hace Su Alteza, y muy en particular, al tesorero Matienzo, que también me honra con su amistad, en un pliego separado que he de entregarle en mano propia… Si soy indiscreto al decíroslo, Dios me lo perdone, pues lo hago solamente por alegrar a usía…

Solís había ido harto lejos para que el diminuto e irascible Isásaga no buscara desquite. Y lo encontró en el papel que seguía examinando, porque tuvo una sonrisa de vinagre mientras decía con afectada serenidad:

— ¡Ahora, ahora he dado en la clave, y todo me lo explico perfectamente! Su Alteza sabe lo que se hace y toma siempre sus precauciones. ¡Es mucho Rey el nuestro! Pero hay que entenderle, y no porque le falte claridad… Aquí leo, refiriéndose a vos, Joao Dias: “su condición es cual sabéis”. ¡A fe que la sabemos, y harto!… No echéis, pues, tantos humos por una real orden que, en resumidas cuentas…

— Que en resumidas cuentas – interrumpió violentamente Solís – me libra en absoluto y para siempre de vuestra jurisdicción, pese a vos, a D. Manuel y a Vasconcelos…

— ¿Habéis bebido Joao Dias? – gritó Isásaga con furioso menosprecio. – Sólo beodo podéis olvidaros de que, según las ordenanzas y reglamentos, en toda expedición a las Indias han de ir oficiales reales nombrados por nosotros, por nosotros mismos, y nada más, para que la Casa de Contratación tenga ojo sobre cuanto se haga, y facultad para impedir y para castigar los yerros…

— Usía, por lo que se ve, es aficionado a las hablillas y gusta de darles pábulo – replicó Solís con helada serenidad. – Habré bebido o no habré bebido, poco importa; en uno u otro caso no necesitaba la venia de usía… Pero tampoco se esconderá a la perspicacia de usía que Su Alteza puede muy bien nombrar a esos oficiales, factores o escribanos, sin el concurso de la Casa de Contratación…

— Jamás lo ha hecho…

— Principio quieren las cosas; una vez será la primera… Y, no lo toméis a mal, don Pedro, esta vez será esa primera que digo… Mi expedición es harto mezquina, comparada la importancia de naos y de gente con que otras han partido, pero Su Alteza espera mucho de ella; no ha querido dejar nada al azar, y mucho menos al capricho de gente que, no lo digo por usía, a trueco de hacerme daño no vacilaría en hacerlo al mismo rey en beneficio de Portugal… Lo que falsamente se dice de mi podría decirse con verdad de otros que se fingen grandes enemigos de don Manuel, para servirlo mejor.

— ¡Insidias! ¡Calumnias villanas!

— No lo tome usía tan a pecho como si fuera casa propia.

Don Pedro le miró como si quisiera fulminarlo, y con perversa intención dijo lenta y sentenciosamente:

— Yo no necesito hacerme perdonar delitos capitales.

— Salimos de la cuestión para volver a las hablillas – replicó Solís impertérrito. – Vamos al grano, y el grano es que Su Alteza ha nombrado ya contador y escribano de la armada a mi amigo Pedro de Alarcón, y factor a mi amigo Francisco de Marquina[172] gente de insospechable honradez y lealtad, que no faltaría a ellas por favorecerme, pero tampoco por hacerme daño… En fin, que enredos y embustes no han logrado engañar a Su Alteza. Bien sabe el rey don Fernando que mientras Vasconcelos y sus paniaguados le quitan al diablo para ponerme a mí – no lo hacen sino por el mendrugo, bien lo entendéis, don Pedro – el rey don Manuel, valiéndose del mismo Vasconcelos, quiere sonsacarme para su servicio a fuerza de honores y mercedes, pero que ni lo ha conseguido ni lo conseguirá, aunque me ofreciese la gloria eterna…

El avinagrado vejete interrumpió sarcástico, cacareando las palabras como si riera:

— ¿Es eso… es eso lo que acostumbráis usar como cebo para pescar mercedes cada vez mayores?… ¡Sí será, sí será!… “Que el Rey de Portugal me ofrece esto y lo otro!… ¡Que el Rey de Portugal quiere darme mucho más!”… ¡Como si lo estuviera oyendo!… Y así, así habréis obtenido los llanos de Huerta y Acecal y del Hardal en los términos de Lebrija[173]

— Nada de eso, nada de eso – replicó Solís con toda tranquilidad, afectando modestia, para devolver la burla con mayor veneno –. Nuestro señor don Fernando no tolera imposiciones y, mucho menos de mí… Pero, aunque yo no lo merezca, Su Alteza ha dicho bien claro – y aquí mismo, en Sevilla, están los pliegos – que me hacía esa merced “porque me ha mucho servido y sirve continuamente, e gastado mucho en una prisión que le fue fecha sin tener él culpa[174] – ¡eh, don Pedro mío! – que le fue fecha sin tener él culpa”. Pero harto debéis de conocer la carta de Su Alteza al asistente de esta villa en la que se lee lo que digo…

— Por eso también, y sin pedirlo vos probablemente – insistió Isásaga con tono despreciativo –, el año antes os hizo merced de los bienes que en Carbonera la Mayor dejó Antón de San Gil, después de darse por su mano mala muerte[175]

— El desdichado se ahorcó, es mucha verdad – contestó Solís imperturbable –, y Su Alteza, a cuya Cámara y Fisco pasaban esos bienes, me hizo traspaso de ellos, escribiéndome, esa vez también, que lo hacía “acatando los servicios que me habéis fecho y hacéis continuamente”[176]

— ¡Pobre (o rico) porfiado!… Y en la porfía llegasteis, no ha mucho, a pedirle, la mancebía de Segovia[177].

— ¿La pretendíais vos también? – preguntó Solís con el aire más cándido que pudo – Sentiría, de haberla obtenido, haberos ganado de mano… Porque nada de malo ni deshonroso hay en ello. Sé de grandes señores que no tienen reparo en recibir gajes o rentas de tales casas, de cuyo gobierno dispone Su Alteza misma, y si yo no obtuve la que solicitaba fue simplemente porque la alcanzaría otro más poderoso… Pero el desengaño no me aflige. El Rey sabrá compensarme con mayores mercedes, sin que yo tenga que pedírselas…

Ilógico por enfurecido, Isásaga acababa de levantarse apartando el sitial de un empellón y decía, tartajeando:

— ¡No me explico, sino pensando en vuestros excesos, a qué me venís con semejantes historias, cuando harto sabéis que nada tengo que ver en ellas!…

Solís levantóse también, y apoyando una mano en el respaldo de la silla, mientras con la otra balanceaba acompasadamente su gorro, dijo con tono jovial y como si repitiera frases aprendidas:

— Si he contado a usía esas historias, mi señor don Pedro, ha sido sólo por demostrar mi gratitud hacia su persona y hacia la de alguno de sus dignos compañeros de esta Casa. Tantos servicios habéis, ellos y vos, tratado de prestarme ante Su Alteza, tantas recomendaciones de mis humildes prendas le habéis hecho, tantas noticias mías habéis llevado a sus reales oídos, que Su Alteza, convencido al fin de méritos que me achacáis y que no tengo, viene colmándome de favores, y no sólo me ha hecho las mercedes que tan puntualmente recordáis, sino algunas otras que no sabéis, como me promete para el regreso, por su gran liberalidad, honores en que yo nunca había soñado… ¡Ah! si no fuera por los esfuerzos de usía y de sus venerables compañeros, puede que Su Alteza ignorase todavía, mis cortos merecimientos… ¡Pero usía no ha servido a un ingrato!… Ni a un pesado tampoco… No quiero seguir molestando a usía… ¡Que Dios os guarde!

La pequeña persona de don Pedro Isásaga cayó desplomada en el sitial, y allí quedó como un guiñapo, sin recobrarse hasta mucho después. Vasconcelos había escrito a don Manuel que Solís estaba insoportable de orgullo y de violencia; ¡imagínese lo que, a poder hacerlo, le hubiera escrito el de Isásaga!…

IX

UN ASPIRANTE A LA GLORIA Y LA FORTUNA

Entretanto, el chicuelo que había seguido a los marinos estaba ya desde largo rato en el puerto, y, sentado a la sombra de un batel a monte, no apartaba los ojos de las carabelas que a poca distancia se mecían a impulsos de la corriente lenta y la brisa frescachona, y de otra nao más lejana, desarmada y como dormida, sin hacer caso de los grupos de hombres y mujeres que acudían curiosos a verlas, ni de los marinos que comentaban su corte y arboladura. Eran los de las carabelas cascos negros, calafateados con sebo y alquitrán, y sus mástiles, asegurados por gruesas trincas, les daban un aspecto de pesadez que no bastaba a aligerar el corte fino de las obras vivas. Los ojos del chicuelo se paseaban del castillo de proa al castillo de popa, admirando aquellas altas construcciones de madera, que se alzaban y sobresalían a uno y otro lado, con sus grandes tragaluces, y le parecían espléndidos palacios donde debía pasarse vida regalada mientras se iba a la conquista de las tierras del oro, las piedras preciosas, los animales extraños, los pájaros multicolores. Después contemplaba embobado los erguidos mástiles, los intrincados cordajes, las jarcias embreadas, el cabrestante panzudo, las colgantes y bamboleantes escalas, y cada detalle era para él nuevo objeto de religiosa maravilla.

Pocos años habían bastado, después del primer viaje de Colón, para que se atenuaran, sin desvanecerse por completo, los supersticiosos terrores que en la imaginación medioeval infundía aquel Mar Tenebroso, surcado – decíase – por corrientes bituminosas y saturado de vapores mefíticos que hacían el aire irrespirable, mientras terribles monstruos acechaban al marinero audaz para devorarlo apenas entrara en sus dominios.

Ya, cuando se preparaba alguna nueva expedición, los hombres de mar no corrían a ocultarse donde los agentes del Rey no pudieran darles caza para el servicio forzoso, ni era preciso compeler por la violencia a los pilotos para que embarcaran, ni reclutar tripulación entre delincuentes, maleantes y galeotes. El paseo triunfal de Cristóbal Colón desde Palos hasta Barcelona, donde los reyes le trataron casi de igual a igual, los cautivos indios vestidos de vistosas plumas, las pepitas y las arenas de oro, los collares de perlas, los adornos y las joyas de singular riqueza y nunca vista hechura, las aves que como alhajas vivientes llevaban en el cortejo, todo esto, agigantándose en la imaginación popular, había cambiado totalmente el viejo concepto del mar misterioso y amenazador. Los relatos, de por sí jactanciosos, de los mareantes que volvían de las Indias, abultábanse hasta lo fantástico al pasar de boca en boca, y si muchos temían aún, más que a la muerte, los azares de lo desconocido, en otros tantos la ambición se sobreponía al miedo, mientras que para algunos el peligro era, cuando mucho – si no un incentivo –, en el caso peor, análogo al que se corre yendo a Oriente por las vías habituales o navegando por los mares siempre procelosos del oeste de Europa. No faltaban, pues, voluntarios para las nuevas expediciones, y los capitanes podían elegir a sus anchas entre marinos avezados por largo y rudo aprendizaje hecho en las audaces flotillas de comercio.

Truncos, pero portentosos relatos de los prodigios que oculta y defiende el mar, habían llegado, pues, a los oídos del pequeño y estático admirador de las carabelas, incendiando su cerebro de trece años, allá en Cádiz y en el Puerto, y luego cuando merodeaba por Triana tomando el sol a orillas del Guadalquivir, o cuando, en los portales del convento de Santa Clara, aguardaba charlando y escuchando a que se asomase el hermano lego con su gran caldero rebosante de bodrio para los mendigos y trúhanes que iban a solicitarlo a mediodía. Desde entonces ya no vivía sino con la ambición de lanzarse él también a la conquista lo mismo que la multitud de hidalgos arruinados, de soldados harapientos, de aventureros sin escrúpulo que importunaban a los capitanes para que les llevaran con ellos, hasta el infierno mismo si a mano venía, siempre que de allí se volviese con rentas. Enérgicos y atrevidos, los más enérgicos y atrevidos de España y Portugal, iban, generalmente, como horda invasora, animada por un espíritu destructor, a cometer en las Indias atrocidades sin cuento[178] pero también, sin pensarlo, a dejar en ellas la simiente del heroísmo y del instintivo empuje hacia un porvenir mejor.

El chicuelo, absorto en su contemplación y en sus ensueños, pareció despertar de pronto y se incorporó a medias: dos personas hablaban cerca de él, y su conversación le interesó desde las primeras palabras. Escuchó sin moverse, para que no lo advirtieran:

— Esa – decía uno – es la nao capitana. Como ves, lleva aparejo latino en los dos palos y puede ceñir el viento en cinco o seis cuartas, lo que, si no navega de conserva, le permite andar menos que las otras para ir al mismo punto. Portuguesa es ésta, castellanas las otras – aunque tan castellana sea la primera como las demás: nombres que se les ponen. Ahora, mira las dos castellanas, que llevan aparejo mixto, con las velas de proa cuadras y las de popa latinas. Pero el más fino velero es la Portuguesa.

— Por la pinta vas a estar a bordo bien a tus anchas, Rodrigo – dijo el otro.

— ¡Y tanto! Mejor que en tierra, sobre todo cuando ha de irse de un galope desde Logroño hasta Bilbao, como tuve que hacerlo va para tres años, por seguir al capitán… Concluído mi cuarto, y si no hay novedad cuelgo el coy bajo cubierta y duermo a lo lirón, mecido como en la cuna cuando mi santa madre – para quien yo era hermoso como un angelito, a pesar de la cara que ella y Dios me han dado – me arrullaba canturreando entre dientes…

— Pesadillo será el trabajo…

— ¡Quiá! Harto sabes tú que fuera de las borrascas, las entradas y salidas de puerto, y el asomar de escollos y rompientes – que entonces hay que tener buenas manos, buenas piernas y mejores ojos – mayor es a bordo el sosiego que en la mismísima corte del rey católico, que anda siempre de la Ceca a la Meca, sin tener la casa debajo, como nosotros. ¡Y qué siestecicas, y qué veladas, ¿eh?, cuando se soba el naipe o cuando en corro se cantan los cantares de la tierra y se cuentan historias espeluznantes que al menos tierno le ponen las carnes de gallina!

— Y de lastre para el estómago ¿Cómo iréis?

— Tal cual. No falta carne salada – de buey, de puerco – cecina, el bacalao, frejoles y otras legumbres secas, bizcocho, vino que rasca el tragadero… y todo en abundancia, hasta matar bien la hambre y la sed, como no venga a ponérsenos de montera alguna calma chicha que nos deje a media ración o algo menos[179]… Lo peor es el agua que en las vasijas o aljibes, y pese a los cuidados, llega a ponerse espesa, corrompida y salobre… pero a buen hambre no hay pan duro ni a buena sed agua imbebible… amén de que queda el vino hasta lo último, verdad?… En resumidas cuentas, más suele sufrir en tierra firme la pobre gente que en el mar nosotros, y ellos sin esperanza de mejor fortuna. También en la tierra se pasan hambres.

— ¡Y tantas, señor marinero! – exclamó sin poder contenerse el chico, que se puso en pie echando mano a un guiñapo que llevaba por birrete.

— ¡Hola!, y ¿de dónde sale, seor renacuajo? – dijo Rodrigo, el marinero-escudero de Solís, pues él era uno de los interlocutores.

— Salgo de una hambre para caer en otra, señor mareante… – contestó con desparpajo el chiquillo.

Viendo que Rodrigo sonreía, con lo que acabó el miedo que su mascarón hubiera podido causarle, atrevióse a continuar:

— Si vuestra merced, señor mareante, fuera servido de decirme lo que debe hacer una “persona” que quiere embarcarse para ir a descubrir tierras y tesoros, ¡por Dios que se lo agradecería!

— ¡Voto a tal, y no es chica la desvergüenza del mocoso! – exclamó el tercer personaje.

— ¡Ah, señor! perdone usía, pero prefiero un palo a que me den la callada por respuesta… Ya crecería en el viaje, a poco que durara; y para la buena voluntad no se necesitaban barbas de cabrón…

— ¡Valiente oruga! – dijo riendo Rodrigo – ¿Cómo te llamas, Goliás?

— No; Goliás, no, que nada tengo de gigante, sino Francisco, Paco, Paquillo, Frasco o Frasquillo, como vuesa merced quiera, que todo eso me dicen, y todo está bien…

— ¿Francisco a secas?

— Y a mojadas… Eso debe de venir de que no he conocido padre ni madre.

Y como si lo invitaran a hacerlo, el chico, verboso, contó, ceceando:

— Diz – pero debe de ser exageración – que me encontraron en un muladar de Puerto Real, junto a Cádiz, envuelto en un estropajo, que no en mantillas de Holanda, por lo que se habla de que si soy o no soy hijo de príncipes… Recogiéronme unos viejos que pedían limosna, y me la hicieron para que más tarde les ayudara, pero cuando yo comenzaba a hacerlo de mil amores, porque el suyo no era trabajo muy pesado, muriéronse de las miserias pasadas… Pues allí me crié yo, más que en tierra en las aguas de la bahía, y hasta haciendo, alguna vez, oficio de marinero en la Almadraba…

— Medrado marinero…

— Otros hay que… Pero, la verdad, un golpe de remo no me espanta, y el arráez ha solido encargarme de maniobras más difíciles.

— ¿Y ahora, creyéndote un lobo de mar, quieres atreverte con la charca grande, marinero de agua dulce?

— Salada, y bien salada es la de Cádiz, que en Cádiz está la sal que Dios crió… Pues, por cruzar esa charca que usarcé dice, vengo de allí, a pie como un hidalgo, diciéndole al hombre ¡alante, alante! ¡que allá te aguarda la mesa puesta!… con que ya pueda embarcar en una de estas armadas de Castilla del Oro o donde sea, tiempo tendré de comer y ahitarme, y ahitar a cuantos se me acerquen… Conque si usarcé quiere llevarme consigo, yo le serviría de mil amores, y le bailaría el agua delante, atendiendo antes que al mío a su interés y agasajo…

— Si tienes tanto arrojo como labia, eres todo un valiente, Paquillo – dijo el marinero, divertidísimo con la charla del rapaz. Y, queriendo seguir la broma –. Pero no puedo servirte a medida de tus deseos. En cambio, voy a darte una noticia: aquí justamente viene llegando uno que, si entras en su gracia, puede hacerte de un soplo jefe o poco menos de la armada y Adelantado, o cosa así, de alguna tierra que descubramos.

Volvió Paquillo los ojos y vio que hacia ellos se adelantaba el más robusto de los marinos a quienes había seguido pocas horas antes.

— ¿Quién es ese caballero? – preguntó ansioso.

— No es hidalgo – replicó Rodrigo – sino un mareante, aunque de los mejores. Llámase Diego García y, mereciendo mandar escuadras, es el que manda a nuestra gente, como maestre, muy contento de servir al capitán general que, por su parte, merecería ser rey, cuando menos…

García, apenas estuvo cerca, preguntó con voz de trueno, y salpicándolo todo en torno suyo:

— ¿Sabéis si se ha embarcado ya don Juan?

— No ha llegado aún – contestó Rodrigo –. Aguardándole estoy con el batel y los hombres, pues he de llevarle a bordo.

Paquillo, entretanto, miraba a García de hito en hito, empinándose sobre la punta de los pies y acercándosele como magnetizado.

— ¡Aparta, arrapiezo! – exclamó el maestre, empujándolo sin rudeza voluntaria, pero con tal dulzura que casi lo echa a rodar – ¡Por Santiago! ¿quién me ha puesto en el camino a este engendro de Belcebú y una gitana?

Conteniendo mal la risa, Rodrigo contó a su jefe las pretensiones del mozuelo.

— Mucho bizcocho has de roer – dijo García encogiéndose de hombros y volviéndole las espaldas – antes de que puedas maniobrar una driza, gusarapo… Embarca, Rodrigo, que yo también he de ir a bordo.

El marinero corrió al batel sin despedirse de su amigo tal era el imperio de García sobre su gente. El chico, desconsolado, vagó por el puerto, y un rato después volvió a sentarse frente a las carabelas… Su cerebro infantil barajaba entretanto las más extravagantes ideas, tendientes todas a hacerse alistar en la armada o introducirse en ella de solapa, con alguna estratagema, hasta que las naos estuviesen en alta mar y ya no fuera posible desembarcarlo…

Llamóle la atención, de pronto, el interlocutor de Rodrigo, que no se había movido del sitio en todo ese tiempo, y habiendo comprendido por su aspecto que era marinero él también, le preguntó con su habitual desparpajo:

— ¿Y voacé, seor portugués, embárcase con ellos?

— A fe que no faltan ganas… – murmuró el otro – Pero dí, ¿en qué conociste que soy portugués? ¿En el acento?

— Helo dicho al azar. Bien podríais ser gallego, que olivo y aceituno, todo es uno… ¿Pero, eso os espanta?

— Espántame y no me espanta – dijo el portugués hablando más consigo mismo que con el rapaz –. Los castellanos son ahora el diablo para alistar portugueses… Como los de allá y los de acá, andamos a la greña sobre si esto nos pertenece y esto no… Aunque Bofes de Bagazo y ese Diego García y cien otros sirvieron antes al de Portugal, y hay hasta quien diga… No me han de hacer muchos repulgos si necesitan un hombre resuelto, que sepa darse maña para todo…

— Eso creo – replicó el chico por ganarse su voluntad. – No tenéis facha de ahogaros en una alberca, y con hablarle a ese Bofes o ese Diego que decís…

— Eso haré, voto a tal, y no más tarde de mañana, o antes, si se presenta coyuntura, que amén de marinero, diestro soy en entender y hablar jerigonzas y podría serles de gran servicio…

— Muy sabio se ha de ser para hablar otras lenguas que la natural – exclamó Paquillo con desmedida admiración. – Pero decidme, seor marinero, ¿no sabéis, como tan sabio, alguna traza que me haga entrar a mí también en la cofradía?

— ¿Como trujamán? A fe de Enrique Montes[180] que tiene gracia el chico… Todavía no se te ha secado el ombligo y ya quieres…

— ¡Quien habla de trujumanes ni de Dios que lo fundó!… Yo digo de marinero, o de paje, o de grumete, o de marmitón que sea…

— Eso ya es otra cosa – respiró el portugués como si recibiera humildísima satisfacción –. Pero – agregó al cabo de un rato – mira esos muchachos de la esportilla que comienzan a llevar matalataje a bordo… Métete entre ellos, haz como ellos, y si te señalas en la faena, puede que luego el maestre o el piloto te hagan la merced de tomarte por grumete… mientras no te hacen capitán general, como decía Rodrigo…

— Si usarced tuviera a bien decir dos palabrillas en mi favor a ese mi señor don Rodrigo, por cierto tengo que habría de valerme, y yo rezaría por usarced todos los días de mi vida, como por el más barí de los hombres.

— Hacerlo he, pero no por tu adulación, sino porque me pareces listo.

— ¡Dios se lo pagará a usía con las setenas! – gritó el chico saltando de contento y echando mano al birrete.

En esto estaban cuando los distrajo un gran movimiento que se producía a la vez en tierra y en la mayor de las carabelas, que era una de las dos aparejadas con velas cuadras. Sacábanla a monte, sin duda para acabar de calafatearla y carenarla. La maniobra, aunque pesada, no era difícil, pues el barco, poco cargado aún, tenía a flor de agua gran parte de la obra viva.

Corrieron ambos para ver de cerca, pero Paquillo no perdió tiempo, y como no tenía ni esportilla ni cuerda para hacer de mandadero, ni medios de procurárselas, mezclóse con los que halaban la nao y se puso a ayudarlos con gran brío, como si ya perteneciera a la tripulación. Recibiéronle como a perro en misa, pero demostró tanta buena voluntad y destreza, que pronto cesaron los reniegos y las maldiciones de los marineros a quienes en un principio pareciera estorbo más que ayuda, y encogiéndose de hombros le dejaron, ya que “lo hacía de comedido y no guájete por guájete como ellos”. Rodrigo había vuelto con el batel para embarcar a los otros marinos en cuanto llegasen, y Enrique Montes se les acercó al momento, ganoso de acabar de conquistarlo para que hablase a Solís en favor suyo.

— Lo haré de mil amores – explicó Rodrigo –, pero no será fácil que te aliste, no sólo por los muchos postulantes sino, sobre todo, porque la tripulación ha salido de Lepe casi completa, y los pocos hombres que nos faltaban ya a estas horas habrán sido apalabrados por el mismo piloto don Francisco de Torres, o más seguramente por el maestre Diego García, que conoce a cuantos han bogado en otras galeras que las del Rey, y aun en estas mismas. No obstante, ya encontraré manera de hablar de tí a don Juan, y le encareceré muy mucho tus habilidades como lengua, que los trujamanes no abundan en estas playas y son bien necesarios en las que vamos a buscar. Diréle que tienes mucho aquel en eso de entender hablas extrañas, en aprenderlas de coro, y en paular y maular como el más pintado…

Y al descubrir de pronto a Paquillo que sudaba la gota gorda halando la carabela al par de los marineros, agregó:

— Sin menoscabo de tu interés, también hablaré de ese chaval. Discreto y decidido, es un hombrecillo que promete…

X

¡AL AVIO!

Ni Enrique el portugués ni el ambicioso Paquillo, habían logrado sentar plaza en alguna de las tres naos, que al cabo de pocos días estaban prontas, llenadas todas las formalidades que la Casa de Contratación exigía y con su tripulación completa. Sólo faltaba volver a botar la latina, puesta a monte, ya carenada, calafateada y lista para navegar.

Contra la opinión de Solís, que opuso muy serias objeciones, los señores oficiales habían mandado que se embarcaran los bastimentos de la nao antes de ponerla a flote. D. Pedro de Isásaga y los de su bordo, no pudiendo impedir que el marino se saliese con la suya, trataban de contrariarlo en todo cuanto pudieran sin provocar abiertamente el enojo del Rey, y Solís adujo en vano que, cargando la nave en seco, se la exponía sin necesidad a muy grave peligro.

— ¿No tenéis tanta prisa? ¡Pues ganad tiempo, qué diablos! – replicábale el minúsculo y avieso oficial, forzado por sus funciones a tratar con el piloto, muy contra su deseo.

— Presto y bien no se conviene – decía el marino –. Preferiría tardar más e ir más seguro…

Era el 15 de septiembre[181], y Solís contaba zarpar a principios de octubre para hallarse en el otro hemisferio en plena primavera austral.

Aquella mañana todo estaba dispuesto para botar la nao, ensebadas y enjabonadas las correderas y colocadas las muletas, listos los cables para regular el deslizamiento en la botadura. Los curiosos hormigueaban, estorbando la maniobra, pese a los gritos y reniegos del maestre Diego García, y a los empellones y testarazos de sus hombres. Llegado el momento y a una voz de mando estentórea de Moguer, cortáronse a hachazos las amarras, el barco pareció vacilar antes de ponerse en movimiento, y comenzó a deslizarse lentamente, acelerando su marcha mientras un cabo regulador no venía a oponerle pasajero obstáculo. La gente boquiabierta guardaba silencio, los curiosos observaban, con la ligera emoción inseparable de estos actos, sabiendo que, pasara lo que pasara, ya no era posible intervenir. Todo iba bien. Resbalaba el barco, humeaban ligeramente las imadas y las gualderas, crujían los puntales antes de caer, la redonda popa entraba ya en el río, cuando se produjo un brusco bamboleo, la nave entró de golpe en el agua haciéndola saltar como ola que rompe en un cantil, osciló con violencia y se tumbó, al propio tiempo que de todas las bocas brotaba un alarido… El agua con sordo fragor se precipitó a torrentes por todas las aberturas, inundó el casco y lo echó a pique en un abrir y cerrar de ojos. La carabela, cargada en seco a pesar de las protestas de Solís, acababa de zozobrar por culpa de “esos señores” de Sevilla[182]

El marino parecía desesperado y furioso, y Francisco de Torres trataba inútilmente de calmarlo. Con ellos se habían reunido los otros dos pilotos de la expedición, Juan de Lisboa[183], que debía mandar la carabela perdida, y Rodrigo Alvarez de Cartaya[184], segundo a bordo de la Portuguesa, capitana de Solís. Diego García trataba de explicarle la causa del desastre.

— ¡Culpa de esos entrometidos de la Casa! ¡vive Diego! que no saben dónde tienen las narices. ¡Pues no quisieron ordenar ellos mismos la estiba!… ¡Así ha salido!… ¡Un tropiezo en la juntura de la imada, un balance, y la carga entera mal ordenada se fue a estribor, y con ella el barco al demonche!… ¡Malhaya la gente que va do no la llaman y se mete do no se la necesita!

Corría el maestre del grupo de los pilotos a la orilla del río, en la que se apeñuscaba la multitud cada vez más densa; siguióle Solís, logrando a duras penas disimular su furor. Bien había visto que la catástrofe era irreparable: la nao no podría ponerse a flote, y con ella se perdían todos sus bastimentos. Además del gran perjuicio material, además de la secreta satisfacción de sus enemigos, el marino miraba el accidente como presagio funesto para su expedición. Y así lo consideraron muchos.

García daba órdenes a su gente para que tratase de salvar algo de lo que estaba a bordo y de lo que, arrebatado por las aguas, flotaba en el Guadalquivir a merced de la corriente. A los marineros uniéronse voluntariamente el portugués y Paquillo, impulsados por la misma idea de hacerse útiles. Montes, embarcado en un batel, pescaba con un bichero cuanta veía a su alcance, y el chiquillo, insigne nadador, y buzo de nacimiento, penetraba en la nave sumergida, para no volver a la superficie, resoplando como una foca, sin traer algún objeto. Pero los voluntarios no eran ellos solos. Del gentío vociferante que aumentaba por momento en la marina y remolineaba como azogado, desprendíanse otros hombres de buena voluntad cooperando en el salvamento; pero al salir del agua solían extraviarse, y en vez de depositar lo rescatado en el rimero que iba formándose en la orilla, tomaban distraídamente el camino de la ciudad, felices con aquella inesperada pesca en río revuelto.

Paquillo, en una de sus buceadas, logró llegar a la cámara del capitán de la nao en el alteroso castillo de popa que estaba en parte a flor de agua, y a tientas se apoderó del cofrecillo destinado a contener los papeles de a bordo, y otros objetos. Reapareció triunfante, nadó hacia la marina, tomó tierra y corrió gritando de orgullo a depositar su tesoro. Este hecho determinó su fortuna. El cofre estaba vacío, pero no por eso era menos meritoria su proeza. Así lo juzgó el maestre, al verle aparecer como un tritón de bronce, destilando agua por todos sus harapos.

— ¡Vive Dios que éste es el gitanillo de marras! – murmuró García. Y dirigiéndose al chico: – Búscame más tarde, arrapiezo. Quizá haya a bordo algo para tí.

El chico se rascó, simultáneamente, la cabeza con la mano, al no encontrar el birrete que el río se había llevado como un despojo, y la desnuda pantorrilla derecha con el descalzo pie izquierdo. Pero no dijo nada. Al oír tamaña nueva su audacia habitual se convirtió en timidez, y girando como un trompo sobre el pie derecho lanzóse de carrera hacia la orilla.

Después de tomar las pocas medidas que permitía tan completo revés, Solís, apartándose del tumulto de la playa, había ido a dar cuenta del suceso a los oficiales reales, para retirarse en seguida a bordo de la Portuguesa, y escribir al Rey deslindando responsabilidades.

En la Casa de la Contratación ya se sabía naturalmente lo ocurrido. Por lo poco que oyó de boca de Isásaga y alguna confidencia del contador López de Recalde comprendió el marino que los oficiales iban a apresurarse a culparlo de impericia, a cargar sobre él el peso de su malquerencia, a acusarlo una vez más de “hombre ligero e inconstante”, a quien no debía encomendarse nada de importancia.

— ¿Qué contáis hacer? – le había preguntado López de Recalde.

— Zarpar con lo que resta, como si nada hubiese pasado – contestó Solís. – No han de poder más esos señores, por cuya culpa, intencional o no, se malograría el viaje, con gran satisfacción suya. ¡A pie lo haría, si me faltaran barcos!

— Aguardad lo que Su Alteza resuelva – aconsejó el contador.

— ¡Sí, pero no sin que yo también diga lo que tengo dentro! – exclamó el marino.

Llegado a bordo Solís, encerrado en su cámara, se puso a escribir febrilmente al Rey. De vez en cuando se interrumpía para lanzar una interjección tanto continuaba siendo su cólera. Después de releer el pliego, serenándose un poco, atenuó cuanto, por demasiado violento, podría considerarse falta de respeto al soberano, y lo puso en limpio. Con mayor libertad escribió también al obispo de Palencia[185] y a Lope Conchillos, cerró y selló las cartas, hizo con ellas un lío y llamó:

— ¡Eh, Rodrigo!

El asistente apareció como si brotara del suelo:

— ¿Qué manda usía?

— Tienes que hacer una jornada a caballo.

El gesto de Rodrigo lo hubiera afeado más, a ser posible.

— Hay que llevar estos pliegos a Almazán, con toda urgencia, reventando caballos. Aquí tienes dinero. ¡Listo!

— ¡Señor! ¡Son más de cien leguas!…

Solís le miró y sonrió. Sabía cómo manejar a su hombre de confianza.

— Está bien – dijo –. Busca un hombre seguro que vaya en tu lugar, pues se trata de algo de mucha monta.

— ¡Oh, no señor! ¡Yo iré! – exclamó Rodrigo afligido.

— Está bien – dijo –. Busca un hombre seguro que antes de media hora galoparía por esas carreteras, quejándose y echando ternos, pero sin detenerse más de lo preciso.

En su carta a D. Fernando, Solís descargábase de toda culpa en la catástrofe, provocada por los oficiales que no habían escuchado sus objeciones y previsiones, y decía que sólo aguardaba la venia de Su Alteza para zarpar con las dos naos restantes, aunque esto no dejara de ofrecer sus peligros. A Fonseca y Conchillos les pedía que hiciesen fuerza con el Rey para que éste le procurara una nave más, en caso de ser posible, y desahogaba con ellos su ira y su indignación contra los “señores de Sevilla”. Con esto ya no le quedaba más que esperar pacientemente la decisión del monarca.

Y gran paciencia tuvo que tener, pues los días se deslizaban con lentitud sin otra distracción que las monótonas conversaciones con los pilotos, siempre sobre lo mismo. Afortunadamente, una complicación le sacó de su apatía: el factor y el escribano que habían de ir en la expedición para fiscalizar sus actos[186], y con cuyas buenas intenciones contaba, atemorizados por el naufragio de la carabela, echábanse atrás y pedían que se les reemplazara. Gente de tierra, que sólo había visto barcos desde la marina, la catástrofe les hizo darse cuenta de los peligros de la navegación con más eficacia que cuantos relatos espeluznantes habían oído. Ya se imaginaban que la nao se les ponía de montera, y que el mar se los tragaba de un solo bocado. D. Pedro de Alarcón, el contador y escribano, hombre de bufete, enflaquecido y descolorido por el encerramiento a que sus tareas le obligaban, taciturno y seco, aunque no de mal carácter, odiaba las mudanzas en general, y sólo había aceptado la de aquel viaje por la tentación del salario crecido, la parte doblada en el tercio de los beneficios que había de repartirse, y la perspectiva de un mejoramiento al regresar. El factor[187] don Francisco Marquina, hombre mucho más activo, a pesar de su gordura y rubicundez, era, por el contrario, regocijado y comunicativo, gran conversador, soñaba con aventuras que no había tenido hasta entonces, y este agregábase para él a las razones materiales que animaban al contador. El naufragio de la carabela fue, pues, para ambos chorro de agua que enfrió sus entusiasmos, ya bastante atenuados por una visita que habían hecho a la Portuguesa, cuya estrechez falta de comodidades, si hicieron a Alarcón torcer el gesto, pusieron a Marquina los pelos de punta. Iban a viajar poco menos que como sardinas en banasta, y a tan ingrata previsión agregábase ahora la imagen del posible, quizá del inevitable naufragio… La mejor sería desistir…

No convenía esto a Solís, que había contado con la buena voluntad y amistad de los dos funcionarios. Un enemigo o un indiferente, con las mismas atribuciones, podía hacerle mucho daño y paralizar, o por le menos entorpecer, su acción en muchos casos: el contador debía tener cuenta y razón de toda la gente que fuera a bordo y de las cosas de propiedad del Rey, sin exceptuar todas las baratijas que para los rescates se llevaran; debía fiscalizar los pagos y adelantos que se hiciesen en los puertos y en tierra de Indias, las presas que se tomaran en mar y en tierra, y cuidar de que el todo fuese entregado al factor; podía y debía impedir que Solís y su gente negociaran con los indios, pedirle cuantas veces quisiera, el alarde de la tripulación, cuidar de que, hasta en la misma derrota, el capitán general se ajustase estrictamente a lo capitulado. El contador y escribano resultaba, pues, otro jefe de la expedición, con más poder que el jefe visible, si así se le ocurría… El factor, su complemento y sucesor sin título, podía, en caso de que el otro abusara, ser cómplice u obstáculo.

¿Cómo logró Solís evitar que Alarcón y Marquina le pusieran en el gravísimo peligro del reemplazo? Sencillamente haciendo centellear ante los ojos de ambos el favor del monarca, las recompensas cuantiosas, el adelanto seguro, y mostrándoles, si no complacían al amo, el enojo de éste, su desvío, su abandono, que significaría, ni más ni menos, la miseria para la vejez. El miedo al Rey fue mayor que el miedo al mar, y Solís pudo decirse que Vasconcelos debería tomar de él lecciones de diplomacia.

Esta lucha, en que resultó triunfante, acortó los días de espera, hasta que, descoyuntado y con los ojos completamente en blanco, llegó Rodrigo Rodríguez[188], portador de la respuesta del Rey. Don Fernando decía en ella a Solís que no le afligiese la desgracia ocurrida, pero que no realizase tampoco su propósito de partir antes de haber completado nuevamente la armada. El tomaría todas las medidas útiles para que esto se hiciese en breve plazo[189].

¿Querría el Rey tranquilizarlo con buenas, pero engañosas palabras, dejando triunfantes a sus enemigos? Al leer lo que Lope Conchillos le escribía por su parte, cobró un poco de esperanza. Pero sus dudas no se desvanecieron por completo hasta que, días más tarde, llegó a su noticia que don Fernando acababa de enviar una real orden a los oficiales en la Casa de Contratación poniéndoles poco menos que a las órdenes de su amigo López de Recalde: les mandaba, en efecto que siguieran al pie de la letra todas las indicaciones del contador para que la escuadra de Solís fuera completada y despachada sin tardanza. En cuanto se refiere al piloto, encarecía que fuese “muy bien despachado (…), con el mayor recabdo posible” para su viaje[190].

Solís llamó a Francisco de Torres y se encerró con él en su cámara.

— Trata de saber, sin que nadie se percate – le dijo – el estado y condiciones de la carabela que desde nuestra llegada está en desarme en el puerto. ¿Sabes la que digo?

— No hay más que una, y estoy al tanto de todo – contestó el piloto –. Ya, desde el primer momento, pensé en ella.

— ¿Y bien?

— Por ahora ni se mueve ni hay trazas de que se mueva por mucho tiempo, a menos que… Pues: se halla en muy buen estado, casi lista para navegar.

— ¿Crees posible fletarla o comprarla?

— Muy posible. Los navieros a quienes pertenece no tienen flete ni armadores. Se ven forzados a dejarla dormir… Como la Casa de Contratación pone tantos impedimentos para los viajes, corren peligro de verla pudrirse…

— ¿Sabes cuánto quieren por ella?

— Puedo averiguarlo.

— Sí, averígualo, pero sin dar la cara. Y asegúrate bien de que su estado es como dices.

En la carabela sólo faltaban, efectivamente, los elementos que no se embarcan sino a última hora. Intervino la Casa de Contratación adelantando a Solís las sumas necesarias, y los navieros, contentos de vender un barco que sólo gastos les producía, no se mostraron exigentes. El aprovisionamiento de la carabela importó setenta y cinco mil maravedís[191], que la Casa dio en préstamo al piloto, por orden del Rey, y comenzó a hacerse a toda prisa, bajo la apasionada pero, ¡ay!, inoficiosa inspección de Paquillo, que no abandonaba un minuto la marina.

Había rodado hasta entonces inútilmente alrededor de Diego García, quien le intimidaba cada vez más contra todo lo que hubiera podido esperarse, y que, a pesar de su vaga promesa, parecía olvidado de él; y en este vía crucis de postulante silencioso y tímido, acompañábale a veces el portugués Enrique Montes, afligido por la larga ausencia de su presunto protector, el mal encarado Rodrigo. El rapaz andaba hambriento y casi desnudo porque ya no hallaba tiempo de recorrer las plazas en la hora de mercado para ver de cobrar alguna manducatoria – aunque fuese una tajada de queso, un tarazón de pescado, un mendrugo, una berza descuidada por la verdulera –, ni a correr a Santa Clara cuando se distribuye la sopa boba.

Ya estaban haciéndose los últimos aprestos en la nao, cuando una mañana Paquillo tuvo el valor de la desesperación y se lanzó hacia el maestre que llegaba.

— ¡Señor!… ¡Señor! – exclamó, llevando la mano al ya vago pero aun tenaz recuerdo del birrete de marras.

Pero cuanto pensaba decir no le salió de los labios afuera.

— ¿Qué quieres, churumbel? – preguntó malhumorado García.

— Pues… yo… como usía me había prometido.

— ¡Acaba, vive Diego!

— ¡Pues embarcar! – exclamó Paquillo con esfuerzo, pero con decisión, y en este grito le iba toda el alma.

— ¡Ah, sí! Ahora caigo… Tú eres el mozuelo que nada como un peje y zambulle como un delfín… Búscame más tarde, que ahora llevo prisa.

— Lo mismo dijo vuesa merced, y perdone, la tarde del naufragio… y… ¡hasta ahora!

En esto quiso su buena suerte que se acercase Rodrigo Rodríguez.

— ¡Hola, almirante! – exclamó el criado de Solís – ¿Todavía no se te ha quitado de la cabeza la idea de ser marino?

— ¡Ni se me quitará! – replicó el chico.

— Pues si el maestre quisiera yo te tomaría para enseñarte el oficio.

— Si es sin soldada… – dijo García.

— A poder, pagara yo encima – afirmó el arrapiezo.

— Pues si Rodrigo te toma bajo su protección, y tú tienes tanta voluntad, no hay más que decir, embarca. Serás grumete en la Portuguesa.

El muchacho lanzó un vítor que era un alarido, y desapareció en una nube de polvo, dándose con los talones en la cabeza, en dirección a la capitana.

— ¿Dónde va? – preguntó el maestre.

— Es muy listo – contestó el bisojo –. Ya sabrá lo que debe hacer… Y a buen seguro que no deserta.

Así fue. No pasó mucho rato sin que el novel grumete volviese donde quedaba Rodrigo, esta vez en compañía de Enrique Montes. Había corrido a comunicar al portugués que la mano derecha de Solís estaba en su día de distribuir mercedes. Y Montes quedó enganchado también, porque cuando zozobró la carabela algunos hombres se marcharon para no volver, y hacía falta un gaviero. Recomendado por Rodrigo, el maestre lo tomó sin dificultad.

El asistente se encargó de presentarlos al despensero Martín García, que llevaba el rol de la tripulación, y al subir a bordo decía al mancebo:

— Ahora veremos, chavalillo, si tienes ojos y pies marinos… para lavar la vajilla.

— ¿Cómo te llamas, para poner tu nombre en lista? – preguntóle el despensero.

— Francisco.

— Francisco, ¿y qué más?

— Francisco a secas; no llevo alcuña.

— Hartos Franciscos hay a bordo – observó Martín García –. Diríase que no hay cristiano que no se llame Francisco.

— Apúntalo como Francisco del Puerto – intervino Rodrigo –. En el Puerto Real de Cádiz se hizo el rico hallazgo de este caballero, y es apelativo que cuadra un gran mareante… aunque esté en agraz.

— Pues ya está escrito. Francisco del Puerto eres, rapaz. Conque ya le sabes – concluyó el despensero.

Todo estaba, en fin, dispuesto para la partida, y las agujas de marcar, sacadas de sus bitácoras, las ballestillas o báculos de Jacob con que se miden los ángulos, y los misteriosos astrolabios, que con sus círculos cabalísticos revelan longitudes y latitudes a quien sabe leer en ellos, fueron llevados a la Contratación para que los pilotos de la casa los contrastasen y comprobasen su exactitud. Ya sólo faltaba la orden de levar anclas y soltar amarras.

Y una hermosa mañana, después de oír devotamente en la Catedral una misa rezada, todo el mundo volvió a bordo una hora después de amanecer, aprontándose a la maniobra. La marina hormigueaba de curiosos que seguían con extraordinario interés todos los movimientos de la tripulación, marineros que subían y bajaban de los obenques, otros que voceaban haciendo girar el cabrestante, otros que arrollaban los cabos o corrían por la cubierta en la aparente confusión y alboroto del momento de zarpar. Los gritos, las exclamaciones, la charla vocinglera de hombres y mujeres que se arremolinaban en tierra sin permanecer quietos un segundo, llegaban hasta las naos como el zumbar de una colmena irritada, y los colores vivos de las ropas, realzadas por el sol naciente que las iluminaba de soslayo, armonizaban de tal modo con aquel rumor, que hombres y cosas parecían de fiesta para augurar buen viaje a los marinos.

Algunos notables habían acudido a bordo a despedirse de Solís; de los oficiales, sólo Matienzo y Recalde, sus amigos y defensores, habían querido asistir al comienzo de su triunfo, y le abrazaron conmovidos. Pero las naos estaban en franquía, las velas zapateaban como impacientes por tomar el viento, y los bateles de los visitantes balanceábanse a la sombra del casco de las naos. Los que debían quedar en tierra se despidieron por décima y última vez y bajaron a sus pequeñas embarcaciones, un golpe de timón hizo que las velas cogieran viento, y una tras otra, majestuosa y lentamente, las tres carabelas echaron aguas abajo, seguidas a ambas orillas del Guadalquivir por los curiosos, que no querían perderlas de vista y las acompañaban, tremolando gorros y pañuelos y ensordeciendo el aire con sus vítores.

Rodrigo Rodríguez, que nada tenía que hacer a bordo salvo servir a su amo, poco exigente a la verdad, de bruces sobre la borda miraba a la multitud que iba alejándose y empequeñeciéndose por momentos, y el fugitivo paisaje, amarillo de sol. A su lado, ataviado con unas ropas nuevas harto holgadas, como que eran para un hombre hecho y derecho, estaba su ya inseparable Paquillo. Al grumete le parecía mentira la fácil realización de sus ambiciones, olvidando las hambres y las angustias pasadas hasta que el gran Diego García, a instancias de Rodrigo, su padrino y futuro maestro, le hizo la merced de tomarlo a bordo. La satisfacción le producía una congoja, oprimiéndole el pecho casi hasta impedirle respirar, mientras que las piernas le bailaban de contento y sus brazos se agitaban involuntariamente como aspas de molino saludando todavía a la ya invisible muchedumbre. ¡El también corría a la conquista del vellocino de oro y no volvería de aquel viaje sino convertido en un señor! ¿No se contaba que era Colón casi un mendigo cuando fue a pedir pan en el convento de la Rábida? Y, a pesar de eso, ¿no había llegado a ser almirante del Mar Océano, visorrey, casi el igual de Su Alteza en persona? Mucho tuvo que padecer, es verdad, pero vengan males, si han de ser tan ricamente premiados, porque nadie pesca truchas a bragas enjutas…

En estos ensueños estaba Paquillo cuando Rodrigo le llamó la atención sobre la maniobra: la carabela, que navegaba en punta, daba gallardamente vuelta al recodo del río, descubriendo por la proa y a corta distancia la villa de Gelves, con sus casitas que semejaban puntos blancos bajo la vibración del sol. Hacía cerca de dos horas que habían zarpado de Sevilla. Una más tarde pasaron frente a Coria del Río y a la aldehuela de Puebla, que está a su lado. Algo más allá navegaron lentamente entre marismas cubiertas a trechos de frondosos saucedales, cuyo verde tierno contrastaba aquí y allá con el obscuro de los hondos navazos, cuyas hortalizas de otoño maduraba el sol, ardiente todavía.

Caía ya la tarde cuando llegaron a Sanlúcar y anclaron en el fondeadero de Bonanza, que está a una legua de la barra. Hubiérase dicho que todos los vecinos de la risueña villa, rodeada de hermosos pinares, estaban aguardándolos en la ribera desde que las naves se hallaron a la vista. Y entre aquella buena gente no faltaban, por cierto, los perdularios y vagabundos atraídos y fijados allí por lo que granjeaban merced al gran movimiento que en el puerto mantenía el comercio continuo con Sevilla y la frecuente presencia de las flotas que iban a las Indias o regresaban de ellas. Solís, más temeroso de las francachelas que de las deserciones preconcebidas, ordenó que no desembarcara nadie, salvo los hombres que él mismo comisionase para ir a tierra. Pero las naos no tardaron en verse rodeadas de pequeñas embarcaciones y todo aquel pueblo de marineros pudo charlar a gritos con los que partían, produciendo disonante y continua algazara que sólo comenzó a decrecer ya muy entrada la noche. Y, aunque no tantos, muchos fueron y vinieron hasta el amanecer de la costa a las naos.

 

Roberto J. Payró

NOTAS DEL TRADUCTOR AL FRANCÉS

Más informaciones i citaciones originales en la edición de “Ides et Autres”:

https://www.idesetautres.be/upload/PAYRO%20MAR%20DULCE%20INDICE%20CON%20ENLACES%20INTERNET%2020%20CAPITULOS.pdf.

 

Capítulo 1

Gonzalo Fernández de Oviedo (1478 – 1557); Historia general y natural de las Indias, islas y tierra-firme del mar oceano, ver:

https://www.wdl.org/fr/item/7331/.

“Bofes de bagazo”, ver p. 25 in Toribo Medina, José, Juan Díaz de Solís, Estudio histórico, Santiago de Chile, impreso en casa del autor, 1897, CCCLII + 252 p. (segundo libro: documentos y bibliografía)

http://booksnow1.scholarsportal.info/ebooks/oca9/32/juandazdesol00medi/juandazdesol00medi.pdf.

 

Capítulo 2

Toribio Medina, José; Juan Díaz de Solís. Estudio histórico; op. cit, CCCLII, 252 p. (segundo libro: documentos y bibliografía) :

http://booksnow1.scholarsportal.info/ebooks/oca9/32/juandazdesol00medi/juandazdesol00medi.pdf

 

Capítulo 3

Toribio Medina, José; Juan Díaz de Solís. Estudio histórico; op. cit., CCCLII, 252 p. (segundo libro: documentos y bibliografía). Ver + abajo:

http://booksnow1.scholarsportal.info/ebooks/oca9/32/juandazdesol00medi/juandazdesol00medi.pdf

«texto de la circular, obra maestra de los funcionarios de aquel tiempo» (Toribio Medina, pp. XXV-XXVI): «publicado por Fernández de Navarrete, Colección de viajes, t. III, p. 505, y reimpreso por Torres de Mendoza, Colección de Documentos, t. XXXVIII, p. 347».

Galíndez de Carvajal (1472-1528), cronista. Ver Crónicas de los Reyes de Castilla: Desde Don Alfonso el sabio hasta los católicos Don Fernando y Doña Isabel por Cayetano Rosell, Fernán Pérez de Guzmán, Diego de Valera, Diego Enríquez del Castillo, Fernando del Pulgar, Lorenzo Galíndez de Carvajal, Andrés Bernáldez, Pedro López de Ayala; tomo 3, page 533 (= Apéndice 2°, Anales breves). Ver + abajo:

http://bibliotecadigital.jcyl.es/es/consulta/registro.cmd? id=8333

 

Capítulo 4

Toribio Medina, José; Juan Díaz de Solís. Estudio histórico; op. cit., CCCLII + 252 p. Ver:

http://booksnow1.scholarsportal.info/ebooks/oca9/32/juandazdesol00medi/juandazdesol00medi.pdf

 

Capítulo 5

“Bofes de bagazo”, ver p. XXV, en Toribio Medina, José; Juan Díaz de Solís. Estudio histórico; op. cit, CCCLII, 252 p. (segundo libro: documentos y bibliografía) encontramos también cartas del embajador Juan Méndez de Vasconcelos al Rey Manoel, acerca de Juan Díaz de Solís. Aquí va el principio de la del 30 de agosto de 1512: (Carta completa XXX, entre las páginas 85 y 88. Hay otra carta, XXXI, del 7 de septiembre de 1512, entre las páginas 89 y 98.)

Francisco de Rojas Zorrilla “Del rey abajo, ninguno (y labrador más honrado)” (o García del Castañar), de (1607-1648):

http: //biblioteca.org.ar/libros/130456.pdf

 

Capítulo 6

“¿Veis qué buena tela? ¡Tres pares de mangas me lleva gastados!”

Diario oficial de las sesiones de Cortes, 1837, tomo VII, p. 231

Toribio Medina, José ; Juan Díaz de Solís. Estudio histórico ; op. cit, CCCLII + 252 p. Voir :

http://booksnow1.scholarsportal.info/ebooks/oca9/32/juandazdesol00medi/juandazdesol00medi.pdf

« Guicciardini, ambassadeur, à ses mandants de Florence » : voir Francesco Guicciardini, “Relazione di Spagna Relazione di Spagna” (1513), in Scritti autobiografici e rari, ed. Roberto Palmarocchi, Bari, Laterza, 1936 :

« Insomma è re molto notabile e con molte virtù, né si gli dà altro carico, o vero o falso che sia, che di non essere liberale, né bene osservatore della parola sua ; nel resto si vede tutta costumatezza e moderazione. » (pp. 125-146).

A consultar:

GARGANO, Antonio ; “La imagen de Fernando el Católico en el pensamiento histórico y político de Maquiavelo y Guicciardini” in La imagen de Fernando el Católico en la Historia, la Literatura y el Arte (Aurora Egido, José Enrique Laplana Gil eds. ; ISBN 978-84-9911-309-8) ; Zaragoza, Institución Fernando el Católico (CSIC) ; 2014, pp. 83-104.

http://ifc.dpz.es/recursos/publicaciones/34/22/05gargano.pdf

Ver también:

GAGNEUX, Marcel ; « L’Espagne des Rois Catholiques dans l’œuvre de François Guichardin », in André Rochon (éd.), Présence et influence de l’Espagne dans la culture italienne de la Renaissance (Paris, Université de la Sorbonne Nouvelle ; 1978), pp. 55-112.

LAFUENTE, Modesto; Historia general de España (desde los tiempos primitivos hasta la muerte de Fernando VII); Barcelona; Montaner y Simon editores; 1879, tomo II, cap. XXVII, p. 416 (nota 5):

http://cdigital.dgb.uanl.mx/la/1080044679_C/1080074653_T2/1080074653_123.pdf

SANTA CRUZ, Alonso de; Crónica de los Reyes Católicos, in Juan de Mata Carriazo; Sevilla; Escuela de Estudios Hispano Americanos; 1951, II, p. 281:

“Y estando la corte en esta villa, por el mes de março, y el rey don Fernando en Carrioncillo, lugar apartado de Medina por una legua, deleitoso y de mucha caça, holgándose con la reine Germana su muger; donde como Su Alteza tuviese tanto deseo de tener generación, principalmente un hijo que heredase los reinos de Aragón, le hiço dar la Reina algunos potajes hechos de turmas de toro y cosas de medicina que ayudavan a hacer generación, porque le hicieron entender que se empeñaría luego. Aunque otros pensaron que les avían dado veneno, o tósigo.”

 

Capítulo 7

Toribio Medina, José; Juan Díaz de Solís. Estudio histórico; op. cit, CCCLII + 252 p. (segundo libro: documentos y bibliografía). Ver:

http://booksnow1.scholarsportal.info/ebooks/oca9/32/juandazdesol00medi/juandazdesol00medi.pdf

Ver biografía de Vasco Núñez de BALBOA per Fred FUNCKEN (ed. de Bélgica, en el N° 38 de “TINTÍN”, 17 de septiembre 1958).

http://www.idesetautres.be/upload/19580917%20BALBOA%20FUNCKEN.zip

 

Capítulo 8

Toribio Medina, José; Juan Díaz de Solís. Estudio histórico; op. cit, CCCLII + 252 p. (segundo libro: documentos y bibliografía)

http://booksnow1.scholarsportal.info/ebooks/oca9/32/juandazdesol00medi/juandazdesol00medi.pdf

Obras de referencia:

PARDESSUS, Jean-Marie; Collection de lois maritimes antérieures au XVIIIe siècle; Paris, Imprimerie royale; 1845, tome sixième, 672. (Tabla cronológica de todos los documentes: p. 629-638. Índice alfabético: p. 639-671):

https://play.google.com/store/books/details?id=ZqJLAAAAYAAJ&rdid=book-ZqJLAAAAYAAJ&rdot=1

Ver capítulo XXXIV, “Droit maritime des provinces méridionales et occidentales de l’Espagne, situées sur l’océan”, p. 1-300 (textos bilingües).

 

Capítulo 9

“Bofes de bagazo”, ver p. XXV, Toribio Medina, José ; Juan Díaz de Solís. Estudio histórico; op. cit., CCCLII, 252 p. (segundo libro: documentos y bibliografía)

http://booksnow1.scholarsportal.info/ebooks/oca9/32/juandazdesol00medi/juandazdesol00medi.pdf

Ver también: Dictionnaire en images DUDEN français; Barcelona ; Editorial Juventud ; 2º ed., 1962, pp. 384-385.

Capítulo 10

Toribio Medina, José ; Juan Díaz de Solís. Estudio histórico; op. cit., CCCLII + 252 p. (segundo libro : documentos y bibliografía)

http://booksnow1.scholarsportal.info/ebooks/oca9/32/juandazdesol00medi/juandazdesol00medi.pdf

Obras de referencia:

PARDESSUS, Jean-Marie ; Collection de lois maritimes antérieures au XVIIIe siècle; op cit. (Tabla cronológica de todos los documentes: p. 629-638. Índice alfabético: p. 639-671):

https://play.google.com/store/books/details ?id=ZqJLAAAAYAAJ&rdid=book-ZqJLAAAAYAAJ&rdot=1

Ver capítulo XXXIV, « Droit maritime des provinces méridionales et occidentales de l’Espagne, situées sur l’océan », pages 1-300 (textos bilingües).

FUENTES DE LAS ILUSTRACIONES

Introducción

Mapa Mundi de Domingos Teixeira / Carte de Domingos Teixeira de 1573 (Bibliothèque nationale de France). « À noter, la projection n’est pas centrée sur l’Europe mais sur la ligne issue du traité de Tordesillas, celle du traité de Saragosse étant dédoublée, à gauche et à droite de la carte. Ceci a pour effet de bien montrer le découpage du Monde à parts égales entre Espagnols et Portugais, dont les blasons respectifs ornent les terres conquises. » (Vivianne Lutun Noz, Pintrest.)

Capítulo 1

Mapa del golfo de Paria, NordNordWest (Wikimédia),

https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=41101645 Lic. Creative Commons by-sa-3.0de.

Mapa de les viajes de Alonso de Ojeda, 16.02.2013, Taichi (Wikimédia)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Viajes_de_Alonso_de_Ojeda.PNG. Lic. GNU Free Documentation License version 1.2.

Capítulo 2

Mapa del mundo de Alberto Cantino, 1502.

Bandera de la “Companhia da Guiné”, Nuno Tavares, s.d. (Wikimédia). (GNU Free Documentation License, Version 1.2 .)

Capítulo 4

Mapa in Les enjeux de la cartographie, Bibliothèque nationale de France. Reproducción de la Mapa Mundi de Domingos Teixeira / Carte de Domingos Teixeira de 1573 (Bibliothèque nationale de France). Ver Introduction.

Capítulo 5

Carte d'Amérique divisées en ses principales parties par Guillaume Delisle, d'Anville. Rectifiée après les nouvelles Observations de Jean-Baptiste Bourguignon d'Anville et autres Géographes ; J. Condet (graveur). À Amsterdam : Chez Covens & Mortier & Covens Junior, 1744.

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:CartedAmerique.jpeg

Capítulo 6

Las fotos provienen de « Iconografía de Fernando el Católico », por Enrique PARDO CANALIS (Zaragoza; Institución Fernando el Católico; 1963,140 p.):

http://ifc.dpz.es/recursos/publicaciones/02/68/_ebook.pdf

Las fotos utilizadas son las números: 21 (p. 79), 25 (p. 83), 31 (p. 89), 45 (p. 103), 47 (p. 105), 67 (p. 125), 73 (p. 131) y 77 (p. 135).

Cuarto del Almirante de la Casa de Contratación:

http://insensateces-de-un-exiliado-cronico.blogspot.be/

Capítulo 7

La Castilla de Oro per “Santos30” (Creative Commons Attribution-ShareAlike3.0Unported license) :

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Tierra_Firme_Coquivacoa.PNG

Retrato de Juan Rodriguez Frayle, anónimo, s.d.

http://www.lablaa.org/blaavirtual/biografias/images/rodrjuan.jpg

Capítulo 8

Vista de la ciudad de Sevilla, desde el barrio de Triana. A través del río Guadalquivir llegaba la Flota de Indias, la flota de galeones que conectaba a la ciudad con los virreinatos americanos, El Puerto de Indias, en el siglo XVI albergaba un gran número de embarcaciones a lo largo del río Guadalquivir, a su paso por Sevilla (la Giralda al fondo, a la izquierda el puente de barcas y a la derecha la Torre del Oro), óleo sobre tela, hacia 1576 o 1600, Atribuido a Alonso Sánchez Coello

https://es.wikipedia.org/wiki/Puerto_de_Indias#/media/File:La_sevilla_del_sigloXVI.jpg

http://spainillustrated.blogspot.be/2012/06/sevilla-capital-del-comercio-mundial.html

http://www.elsevier.es/pt-revista-offarm-4-articulo-la-farmacia-comercio-ciencia-monardes-13096633

¿Por qué Sevilla y no Cádiz?

http://personal.us.es/alporu/histsevilla/sevilla_puerto.htm

Alfonso X construye sus astilleros en Sevilla (1252), photographia de José Luis Filpo Cabana, mayo 2010 (Wikimédia, Creative Commons CC0 1.0 Universal Public Domain Dedication).

Cuarto del Almirante de los Reales Alcázares de Sevilla, photographia de CarlosVdeHabsburgo, 10.07.2014. (Wikimédia, Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported).

Capítulo 9

Robert Fleury, Joseph Nicolas, Réception de Christophe Colomb (1451-1506) par les rois d'Espagne Ferdinand et Isabelle la Catholique a Barcelone en 1493 L'explorateur revient avec des Indiens captifs. (Musée du Louvre.)

The entrance of Hernan Cortés into the city of Tabasco, óleo sobre tela, secunda parte del del Siglo 17, anónimo (Wikimédia.)

http://www.kislakfoundation.org/collectionscm.html.

Line art drawing of a galleon. (Archivo de Pearson Scott Foresman, dados a Wikimedia)

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Galleon_(PSF).png

Ver también Ilustraciones (2) de «cometer en las Indias atrocidades sin cuento», © Jean TORTON, «La conquête du Pérou».

http://bdoubliees.com/tintinbelge/auteurs5/torton.htm

http://www.galerienapoleon.com/auteur-bande-dessinee_jeronaton-planche-jean-torton-artwork-bd-comic-bande-dessinee_fr_49.html

Capítulo 10

Seville Catedral on the Side of the Steps, óleo sobre tela, 1835, Genaro Pérez Villaamil (Fundación Banco Santander.)

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Genaro_P%C3%A9rez_Villaamil_-_Seville_Catedral_on_the_Side_of_the_Steps_-_Google_Art_Project.jpg

Les Caravelles en haute mer, después de una acuarela, Raffaele Monleon, sd, in [libro fuente de la ilustración no mencionada]. (Photo Bnmanioc, Wikimédia.)

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:PAP110640106i1.jpg.

Ver también:

Christophe COLOMB par Fred FUNCKEN: Illustracion de carabelas per Fred FUNCKEN in “L’Histoire du monde: la course aux épices” (in TINTIN N° 29,16071958)

https://www.idesetautres.be/upload/CHRISTOPHE%20COLOMB%20FUNCKEN.pdf (2017).

https://www.idesetautres.be/upload/19560530%20COLOMB%20FUNCKEN.zip (2011)

Jean TORTON tambien, biografía de Christophe COLOMB : “Le rêve doré de Christophe Colomb” (in TINTIN N° 41,1981).

http://bdoubliees.com/tintinbelge/auteurs5/torton.htm

Bob DE MOOR (1925-1992) “Cori, le moussaillon”, (él vivía cerca de nuestro Centre d’expression et de créativité y nos había proporcionado una ilustración inédita per « Ides… et autres » N° 4 (IEA04) :

http://www.idesetautres.be/?p=divers&mod=showPicture&id=1257686604cQLi.jpg)

Integral “Cori, le moussaillon”:

www.bdmust.be


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a été édité par la

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— Élaboration :

Ont participé à l’élaboration de ce livre numérique : Bernard Goorden (Ides et Autres), Isabelle, Maria Laura, Françoise.

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Ce livre numérique est réalisé d’après : Roberto J. Payró, El mar dulce, roman historique (avec traduction française), Bruxelles, édition numérique « Ides et Autres », 2016. L’édition BNR est réalisée avec l’aimable autorisation de Bernard Goorden. La photo de première page, Anochecer en Colonia del Sacramento, a été prise par Mx Granger, 12 Septembre 2017 (Wikimédia).

— Dispositions :

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[1] Francisco de Xerez, Miguel de Estete ; Verdadera relación de la conquista del Perú ; Tip. de J.C. García ; 1891,174 p. :

http://www.biblioteca.org.ar/libros/645.pdf

https://historiasdelperu.files.wordpress.com/2008/11/verdadera-relacion-de-la-conquista-del-peru-francisco-de-xeres.pdf

Francisco de Xerez fut secrétaire de Francisco Pizarro. « Dirige el autor sus metros al Emperador Rey Nuestro Señor » en 1534 (pages 168-174 ; texte cité par Roberto J. Payró : pages 170-172). (N.d.T.)

[2] L’huile de bois de Gaïac pour la vérole :

http://coursneurologie.free.fr/verole. HTM. (N.d.T.)

[3] Ancien nom de Saint Domingue. (N.d.T.)

[4] Le roi Manuel Ier. (N.d.T.)

[5] Bouffées de bagasse. “Bofes de bagazo”, voir page 25 in Toribo Medina, José, Juan Díaz de Solís, Estudio histórico, Santiago de Chile, impreso en casa del autor, 1897, CCCLII, 252 p. (segundo libro: documentos y bibliografía) :

http://booksnow1.scholarsportal.info/ebooks/oca9/32/juandazdesol00medi/juandazdesol00medi.pdf (N.d.T.)

[6] Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille. (N.d.T.)

[7] Entre Trinidad et le Venezuela. (N.d.T.)

[8] Martin. (N.d.T.)

[9] Il explore les côtes du nord-est du Brésil. (N.d.T.)

[10] Il explore le Panama et la Colombie. (N.d.T.)

[11] Gonzalo Fernández de Oviedo (1478 – 1557) ; De l’histoire naturelle des Indes (Historia general y natural de las Indias, islas y tierra-firme del mar oceano), voir : https://www.wdl.org/fr/item/7331/ (N.d.T.)

[12] Christophe Colomb. (N.d.T.)

[13] Quatrième voyage. (N.d.T.)

[14] 8º de latitude Sud, au large des côtes brésiliennes. (N.d.T.)

[15] Panama. (N.d.T.)

[16] Troisième voyage, de 1501, accompagnant Gaspar de Lemos. (N.d.T.)

[17] D’Asie ! (N.d.T.)

[18] 1504. (N.d.T.)

[19] 1506. (N.d.T.)

[20] 1927. (N.d.T.)

[21] 1526. (N.d.T.)

[22] Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille. (N.d.T.)

[23] Ayant épousé Marie d’Aragon. (N.d.T.)

[24] Entre Trinidad et le Venezuela. (N.d.T.)

[25] Ancien nom de Saint Domingue. (N.d.T.)

[26] Elle est décédée le 26 novembre 1504. (N.d.T.)

[27] Casa da India, à partir de 1503. (N.d.T.)

[28] Conversion erronée, 1 ducat valant 375 maravédis, soit 300.000 maravédis. (N.d.T.)

[29] Actuel El Mina, Golfe du Bénin, côte sénégalo-gambienne, au Ghana. (N.d.T.)

[30] 1 doublon d’or vaut 2 escudos soit 800 maravédis. Il s’agit donc de 16 millions de maravédis ; voir Barros e Sousa Santarém, p. 71. (N.d.T.)

[31] À Vasco de Gama. (N.d.T.)

[32] Toribio Medina, José ; Juan Díaz de Solís. Estudio histórico ; Santiago de Chile, impreso en casa del autor ; 1897, CCCLII, 252 p., pages XXV-XXVI. [Ci-dessous : Toribio Medina.] (N.d.T.)

[33] Galíndez de Carvajal (1472-1528), chroniqueur :

Crónicas de los Reyes de Castilla : Desde Don Alfonso el sabio hasta los católicos Don Fernando y Doña Isabel por Cayetano Rosell, Fernán Pérez de Guzmán, Diego de Valera, Diego Enríquez del Castillo, Fernando del Pulgar, Lorenzo Galíndez de Carvajal, Andrés Bernáldez, Pedro López de Ayala ; tomo 3, page 533 (= Apéndice 2, Anales breves). Voir :

http://bibliotecadigital.jcyl.es/es/consulta/registro.cmd?id=8333 (N.d.T.)

[34] Andalousie. (N.d.T.)

[35] Toribio Medina, pp. CXIV-CXV et 16-17. (N.d.T.)

[36] 690 kilos fois 2 soit près de 1.400 kilos. (N.d.T.)

[37] Toribio Medina, pp. 17 et 26-29. (N.d.T.)

[38] Après Isabelle d’Aragon, il épouse sa sœur Marie. (N.d.T.)

[39] 23 mars 1508 - Toribio Medina, page 26. (N.d.T.)

[40] ancien nom de Saint Domingue (N.d.T.)

[41] Entre Trinidad et le Venezuela. (N.d.T.) Voir carte au chapitre 1.

[42] Ce comendador mayor (ou gouverneur) de la Española était vraisemblablement Nicolás de Ovando y Cáceres (entre 1502 et 1509). (N.d.T.)

[43] Toribio Medina, page 53. (N.d.T.)

[44] 32.182 plus 34.000 – Toribio Medina, pp. 53-55. (N.d.T.)

[45] 7 décembre 1511 – Toribio Medina, page 55. (N.d.T.)

[46] 25 mars 1512 – Toribio Medina, page 55. (N.d.T.)

[47] 27 mars 1512 – Toribio Medina, page 58. (N.d.T.)

[48] Île des Canaries. (N.d.T.)

[49] Birmanie ?… (N.d.T.)

[50] Toribio Medina, page 64. (N.d.T.)

[51] Son gendre pour la deuxième fois ; après avoir épousé Isabelle d’Aragon, une première des filles de Ferdinand, il épouse sa sœur Marie. (N.d.T.)

[52] 29 mai 1512 – Toribio Medina, page 75. (N.d.T.)

[53] Toribio Medina, page 77. (N.d.T.)

[54] Toribio Medina, pp. CCCXXX-CCCXXXI. (N.d.T.)

[55] Michel de la Paix. (N.d.T.)

[56] Dite d’Alexandre VI. (N.d.T.)

[57] Voir Rojas Zorilla, ci-dessous : « Notes du traducteur ».

[58] Relazione di Spagna, 1513, p. 138. (N.d.T.)

[59] De Castille et León et, auparavant, Ferdinand II d’Aragon. (N.d.T.)

[60] Diario oficial de las sesiones de Cortes, 1837, tomo VII, p. 231. (N.d.T.)

[61] Isabelle d’Aragon. (N.d.T.)

[62] Jean d’Aragon ou Juan de Trastamare. (N.d.T.)

[63] Michel de la Paix. (N.d.T.)

[64] Marie d’Aragon. (N.d.T.)

[65] Isabelle d’Aragon. (N.d.T.)

[66] Petite-fille de sa demi-sœur. (N.d.T.)

[67] Jean, prince de Girona. (N.d.T.)

[68] Alonso de Santa Cruz, Crónica de los Reyes Católicos. (N.d.T.)

[69] Toribio Medina, pp. XXVIII-XXIX et CXC. (N.d.T.)

[70] Voir 29 mai 1512 – Toribio Medina, p. 75. (N.d.T.)

[71] Le deuxième fille du roi d’Espagne, épouse de Manuel Ier, ne mourra que le 7 mars 1517. Il y a donc là un anachronisme. (N.d.T.)

[72] 29 septembre 1512 – Toribio Medina, p. 98. (N.d.T.)

[73] En septembre 1512 – Toribio Medina, page CXCV. (N.d.T.)

[74] Charles-Quint. (N.d.T.)

[75] Ce nom ne lui fut donné qu’en 1513. Il s’agit donc d’un nouvel anachronisme. Voir aussi Toribio Medina, page CLXVII. (N.d.T.)

[76] Pedro Arias Dávila, capitaine général, en 1514. (N.d.T.)

[77] Mer du Sud. (N.d.T.)

[78] le 29 septembre 1513. (N.d.T.)

[79] Projet pour le 24 novembre 1514 – Toribio Medina, p. 134. (N.d.T.)

[80] 24 novembre 1514 – Toribio Medina, pp. 113-115. (N.d.T.)

[81] Toribio Medina, p. CCXXXV. (N.d.T.)

[82] Toribio Medina, page CLXXXI. (N.d.T.)

[83] Ordonnance royale du 25 mars 1512 – Toribio Medina, p. 55. (N.d.T)

[84] Consécutif à l’ordonnance royale du 30 septembre 1512 – Toribio Medina, pp. 99-100. (N.d.T.)

[85] Allusion à Pierre Ier de Castille, « le cruel », dont Marie de Padilla fut la maîtresse attitrée et dont il eut 4 enfants. (N.d.T.)

[86] 1521. (N.d.T.)

[87] Jean II. (N.d.T.)

[88] Successeur de Jean II. (N.d.T.)

[89] Dont ils sont revenus fin 1509. (N.d.T.)

[90] 24 novembre 1514 – Toribio Medina, pp. 130-132. (N.d.T.)

[91] Ou musulman ?… (N.d.T.)

[92] « Sans aucun autre soin », 24 novembre 1514 – Toribio Medina, p. 115. (N.d.T.)

[93] Toribio Medina, p. 113. (N.d.T.)

[94] 24 novembre 1514 et 6 août 1515 – Toribio Medina, pp. CCXXXII ss., 133 ss. et 142-143.(N.d.T.)

[95] 24 novembre 1514 – Toribio Medina, pp. CCXL et 121-122. (N.d.T.)

[96] Toribio Medina, p. 122. (N.d.T.)

[97] 14 décembre 1513 – Toribio Medina, pp. 108-109. (N.d.T.)

[98] Toribio Medina, p. 108. (N.d.T.)

[99] 22 janvier 1514 – Toribio Medina, pp. CCXXV-CCXXVI et 111-112. (N.d.T.)

[100] Partie immergée de la coque. (N.d.T.)

[101] Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille. (N.d.T.)

[102] Cortez chez les Aztèques en 1521 et Pizarre chez les Incas en 1531. (N.d.T.)

[103] Afin de se faire une idée et à titre de comparaison, voir Toribio Medina, pp. 21-23. (N.d.T.)

[104] Toribio Medina, pp. CCXCI, CCXCVII et CCCXVII – CCCXXXVIII. (N.d.T.)

[105] 1515. (N.d.T.)

[106] 15 septembre 1515 – Toribio Medina, pp. CCXLV-CCXLVI. (N.d.T.)

[107] Toribio Medina, p. CCCXXXVIII. (N.d.T.)

[108] Toribio Medina, ibidem. (N.d.T.)

[109] Équipée d’une voile latine à chacun des deux mâts. (N.d.T.)

[110] Don Juan Rodríguez de Fonseca. (N.d.T.)

[111] Toribio Medina, pp. CCXXXII ss., 133 ss., 142-143 – 24 novembre 1514 et 6 août 1515. (N.d.T.)

[112] Ou veedor, mot portugais – Toribio Medina, p. 168. (N.d.T.)

[113] Cf. J.-M. Pardessus, in « Notes du traducteur ».

[114] Antonio Rodríguez – Toribio Medina, p. 169. (N.d.T.)

[115] 24 septembre 1515 – Toribio Medina, pp. 160-161. (N.d.T.)

[116] « Meilleur soin que l’on pouvait », 24 septembre 1515 – Toribio Medina, pp. CCXLVII et 158-159. (N.d.T.)

[117] 2 octobre 1515 – Toribio Medina, p. 169. (N.d.T.)

[118] (Pour Colomb au couvent de la Rabida. Voyez, par exemple, la biographie de Christophe COLOMB, transposée au niveau de la BD par Fred FUNCKEN (1921-2013), et parue : en Belgique, dans le N° 22 de l’hebdomadaire « TINTIN » du 30 mai 1956 ; en France, dans le N° 404 de l’hebdomadaire « TINTIN » du 19 juillet 1956.

https://www.idesetautres.be/upload/CHRISTOPHE%20COLOMB%20FUNCKEN.pdf (2017)

https://www.idesetautres.be/upload/19560530%20COLOMB%20FUNCKEN.zip (2011) N.d.T.)

[119] Francisco de Xerez, Miguel de Estete; Verdadera relación de la conquista del Perú; Tip. de J.C. García; 1891,174 p.:

http://www.biblioteca.org.ar/libros/645.pdf

https://historiasdelperu.files.wordpress.com/2008/11/verdadera-relacion-de-la-conquista-del-peru-francisco-de-xeres.pdf

Francisco de Xerez fue secretario de Francisco Pizarro. « Dirige el autor sus metros al Emperador Rey Nuestro Señor » en 1534 (páginas 168-174; texto citado por Roberto J. Payró: páginas 170-172) (N. d. t. a. f.)

[120] p. 170.

[121] Id. p 171-2.

[122] Id. p. 172.

[123] http://coursneurologie.free.fr/verole. HTM. (N.d.T.a.F.)

[124] Id. p. 172.

[125]. “Bofes de bagazo”, ver p. XXV in: TORIBIO MEDINA, José Juan Díaz de Solís. Estudio histórico; Santiago de Chile, impreso en casa del autor; 1897, CCCLII + 252 p. (segundo libro: documentos y bibliografía)

http://booksnow1.scholarsportal.info/ebooks/oca9/32/juandazdesol00medi/juandazdesol00medi.pdf (N.d.T.a.F.)

[126] Gonzalo Fernández de Oviedo (1478 – 1557); Historia general y natural de las Indias, islas y tierra-firme del mar oceano, ver: https://www.wdl.org/fr/item/7331/ (N.d.T.a.F.)

[127] También llamado Consolación (N.d.T.a.F.)

[128] 1504. (N.d.T.a.F.)

[129] 1506. (N.d.T.a.F.)

[130] 1927. (N.d.T.a.F.)

[131] 1526. (N.d.T.a.F.)

[132] TORIBIO MEDINA, José; Juan Díaz de Solís. Estudio histórico; Santiago de Chile, impreso en casa del autor; 1897, CCCLII + 252 p. (segundo libro: documentos y bibliografía)

http://booksnow1.scholarsportal.info/ebooks/oca9/32/juandazdesol00medi/juandazdesol00medi.pdf (N.d.T.a.F.)

[133] Fallecida el 26 de noviembre de 1504. (N.d.T.a.F.)

[134] Casa da India, a partir de 1503. (N.d.T.a.F.)

[135] Toribio Medina, pp. XXV-XXVI.

[136] Galíndez de Carvajal (1472-1528), Crónicas de los Reyes de Castilla : Desde Don Alfonso el sabio hasta los católicos Don Fernando y Doña Isabel por Cayetano Rosell, Fernán Pérez de Guzmán, Diego de Valera, Diego Enríquez del Castillo, Fernando del Pulgar, Lorenzo Galíndez de Carvajal, Andrés Bernáldez, Pedro López de Ayala ; tomo 3, page 533 (= Apéndice 2°, Anales breves). Ver:

http://bibliotecadigital.jcyl.es/es/consulta/registro.cmd?id=8333 (N.d.T.a.F.)

[137] Andalucía (N.d.T.a.F.)

[138] Toribio Medina, pp. CXIV-CXV et 16-17. (N.d.T.a.F.)

[139] Marzo; Toribio Medina, pp. 17-19, 26-29. . (N.d.T.a.F.)

[140] 23 de marzo de 1508; Toribio Medina, p. 26. (N.d.T.a.F.)

[141] Ver carta.

[142] ¿Nicolás de Ovando y Cáceres (1502-1509)? (N.d.T.a.F.)

[143] Toribio Medina, p. 53. (N.d.T.a.F.)

[144] 32.182 + 34.000; Toribio Medina, pp. 53-55. (N.d.T.a.F.)

[145] 7 de diciembre de 1511; Toribio Medina, p. 55. (N.d.T.a.F.)

[146] 25 de marzo de 1512; Toribio Medina, p. 55. (N.d.T.a.F.)

[147] 27 de marzo de 1512; Toribio Medina, p. 58. (N.d.T.a.F.)

[148] Toribio Medina, p. 64. (N.d.T.a.F.)

[149] 29 de mayo de 1512; Toribio Medina, p. 75. (N.d.T.a.F.)

[150] Toribio Medina, p. 77

[151] Toribio Medina, pp. CCCXXX-CCCXXXI. (N.d.T.a.F.)

[152] Ver Rojas Zorrilla, “Notas del traductor al francés”.

[153] Relazione di Spagna, 1513. (N.d.T.a.F.)

[154] de Castilla y León y, antes, Fernando II de Aragón. (N.d.T.a.F.)

[155] Diario oficial de las sesiones de Cortes, 1837, tomo VII, p. 231.

[156] Alonso de Santa Cruz, Crónica de los Reyes Católicos. (N.d.T.a.F.)

[157] Toribio Medina, pp. XXVIII-XXIX + CXC. (N.d.T.a.F.)

[158] 29 de mayo de 1512; Toribio Medina, p. 75. (N.d.T.)

[159] 29 de septiembre de 1512; Toribio Medina, p. 98. (N.d.T.a.F.)

[160] Toribio Medina, pp. CXCV. (N.d.T.a.F.)

[161] Pedro Arias Dávila, capitán general. (N.d.T.a.F.)

[162] Mar del Sur. (N.d.T.a.F.)

[163] Proyecto para el 24 de noviembre de 1514; Toribio Medina, p. 134. (N.d.T.a.F.)

[164] 24 de noviembre de 1514; Toribio Medina, pp. 113-115. (N.d.T.a.F.)

[165] Toribio Medina, p. CCXXXV. (N.d.T.a.F.)

[166] Toribio Medina, p. CLXXXI. (N.d.T.a.F.)

[167] real cédula del 25 de marzo de 1512; Toribio Medina, p. 55. (N.d.T.a.F.)

[168] Después de la real cédula del 30 de septiembre de 1512; Toribio Medina, pp. 99-100. (N.d.T.a.F.)

[169] 1521. (N.d.T.a.F.)

[170] 24 de noviembre de 1514; Toribio Medina, pp. 130-132. (N.d.T.a.F.)

[171]Sin otro recabdo alguno”, 24 de noviembre de 1514; Toribio Medina, p. 115. (N.d.T.a.F.)

[172] 24 de noviembre de 1514 i 6 de agosto de 1515; Toribio Medina, pp. CCXXXII, 133, 142-143. (N.d.T.a.F.)

[173] 24 de noviembre de 1514; Toribio Medina, pp. CCXL, 121-122. (N.d.T.a.F.)

[174] Toribio Medina, p. 122. (N.d.T.a.F.)

[175] 14 de diciembre de 1513; Toribio Medina, pp. 108-109.

[176] Toribio Medina, p. 108.

[177] 22 de enero de 1514; Toribio Medina, pp. CCXXV-CCXXVI, 111-112), ¡que estaba vaca – exclamó Isásaga, ya fuera de sí –, olvidando el decoro que cuadra a vuestro cargo de piloto mayor!…

[178] Cortez en 1521 y Pizarro en 1531. (N.d.T.a.F.)

[179] Para tener idea y comparar; Toribio Medina, pp. 21-23. (N.d.T.a.F.)

[180] Toribio Medina, pp. CCXCI, CCXCVII, CCCXVII-CCCXXXVIII. (N.d.T.a.F.)

[181] de 1515. (N.d.T.a.F.)

[182] 15 de septiembre de 1515; Toribio Medina, pp. CCXLV-CCXLVI. (N.d.T.a.F.)

[183] Toribio Medina, p. CCCXXXVIII. (N.d.T.a.F.)

[184] Toribio Medina, ibidem. (N.d.T.a.F.)

[185] Don Juan Rodríguez de Fonseca. (N.d.T.a.F.)

[186] 24 de noviembre de 1514 i 6 de agosto de 1515; Toribio Medina, pp. CCXXXII-, 133-, 142-143. (N.d.T.a.F.)

[187] Veedor (portugués); Toribio Medina, p. 168. (N.d.T.a.F.)

[188] Antonio Rodríguez; Toribio Medina, p. 169. (N.d.T.a.F.)

[189] 24 de septiembre de 1515; Toribio Medina, pp. 160-161. (N.d.T.a.F.)

[190] “mejor recabdo que ser pueda”, 24 de septiembre de 1515; Toribio Medina, pp. CCXLVII, 158-159. (N.d.T.a.F.)

[191] 2 de octubre de 1515; Toribio Medina, p. 169. (N.d.T.a.F.)