José Moselli

TROIS COURTES NOUVELLES
1912

LE MYSTÈRE DE L’ARAFURA
L’ASSASSINAT DE RUFUS JACOB
LE RADIUM DU PROFESSEUR ALLAN GORDON

John Strobbins le détective cambrioleur

1912

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Table des matières

 

LE MYSTÈRE DE L’ARAFURA.. 3

L’ASSASSINAT DE RUFUS JACOB. 21

I. 21

II. 30

III. 39

LE RADIUM DU PROFESSEUR GORDON.. 47

I. 47

II. 56

Ce livre numérique. 65

 

LE MYSTÈRE DE L’ARAFURA

Après avoir soustrait sa fiancée Charlotte Gladden aux embûches de ceux qui voulaient lui ravir son immense fortune, John Strobbins était revenu – comme toujours – à San-Francisco, son centre d’opérations. Le détective cambrioleur par un scrupule bizarre et inattendu avait déclaré à sa fiancée qu’il ne l’épouserait que lorsque leurs fortunes respectives s’équivaudraient. Or, si John Strobbins était possesseur d’un nombre considérable de dollars, il était loin d’atteindre au total fantastique de 180.000.000, montant de la fortune de Charlotte Gladden.

Cependant, John Strobbins ne désespérait pas d’y parvenir… Spéculer ? Cela comporte des aléas ! Travailler ? John Strobbins n’en avait pas le temps… Alors ?

Il fallait trouver quelque opération fructueuse et rapide ! John Strobbins, ayant gagné sa villa des environs de San-Francisco, se plongea dans ses réflexions. Et, pendant quelque temps, nul n’entendit plus parler de lui…

Il est avéré qu’un bon Américain ne doit s’étonner de rien et les citoyens de San-Francisco – le diamant de l’Ouest – moins que tous autres.

Pourtant, l’émoi fut grand dans la capitale de la Californie lorsque, quelques jours après le retour de John Strobbins, les journaux apprirent au public que, par décision de la cour suprême de Washington, M. Patrocle Portsnaoun venait d’être chargé de vérifier les comptes du gouvernement des îles Philippines ! Certes, « Business are business » et ce n’est pas en jouant de la flûte qu’on parvient à la richesse ! Il est certain que, depuis quelque temps les gouverneurs des Philippines se succédaient fort rapidement et tous s’en allaient l’escarcelle abondamment garnie. Ils exagéraient. Nul doute à ce sujet ! Mais envoyer Patrocle Portsnaoun vérifier leurs agissements, cela, c’était plutôt drôle. Infortunés Philippins ! Si jusque-là ils avaient été écorchés, de l’avis général, Patrocle Portsnaoun ne leur laisserait même pas les os !

Patrocle Portsnaoun ! c’était un ingénieur de Chicago. Toutes les affaires auxquelles il s’était intéressé avaient fini lamentablement – pour les actionnaires s’entend.

Maintenant, âgé de soixante ans, riche à millions, Portsnaoun, devenu conseiller technique de la cour suprême, se reposait de ses anciennes rapines – pas si anciennes que personne ne s’en souvînt. Et c’était cet homme que le gouvernement envoyait pour faire refleurir l’honnêteté.

Nombreuses furent les réclamations. Quelques journaux crièrent au scandale. Mais quoi, Patrocle avait des amis et sa fortune était considérable. Aussi, moins de quinze jours après l’apparition du décret l’investissant de sa mission, le vieux forban s’embarquait à San-Francisco sur le paquebot Arafura qui devait le conduire à Manille.

Ce que c’est que la puissance et l’argent ! Les notabilités de San-Francisco tinrent à honneur de venir accompagner jusqu’à la porte de sa cabine le cynique Patrocle.

Gouailleur et légèrement méprisant, Patrocle Portsnaoun, ayant surveillé l’installation de ses bagages, grimpa sur la dunette et, s’étant juché sur une banquette, il réclama le silence et harangua la foule !

Il obtint d’ailleurs un grand succès.

À cinq heures de l’après-midi, l’Arafura ayant largué ses amarres s’éloigna lentement du quai, franchit la passe de Golden Gate et fila à toute vitesse vers l’ouest.

Une heure plus tard, la cloche du dîner appela les passagers à table. Ainsi que son rang lui en donnait le droit, Patrocle Portsnaoun, sa haute taille moulée dans un impeccable smoking, prit place aux côtés du capitaine.

Pendant tout le repas – détail à noter – le haut fonctionnaire témoigna d’un entrain endiablé. Il mangea abondamment et but encore plus. Aussi, lorsque, le dîner fini, Patrocle, un énorme cigare bagué entre les lèvres, remonta sur le pont, était-il légèrement congestionné.

— Vous permettez, dit-il au commandant de l’Arafura qui l’accompagnait, je vais chercher quelques cigares dans ma cabine.

— Comment donc, je vous en prie !

Tranquillement, Patrocle descendit dans l’intérieur du navire. Des passagers le croisèrent dans l’escalier, un garçon l’aperçut marchant à pas lents dans le couloir menant à sa cabine – une cabine de luxe. Puis ce fut tout.

Debout près de l’entrée du salon, le capitaine, après avoir attendu un quart d’heure Patrocle Portsnaoun, pensa en ne le voyant pas venir, que l’ingénieur avait changé d’idée et s’était sans doute couché.

— Il aurait pu me prévenir ! grommela-t-il puis, sans s’inquiéter davantage, il gagna la passerelle.

Le lendemain matin, personne ne vit Patrocle Portsnaoun. Le garçon chargé de faire la cabine trouva le lit défait et pensa que le vieil ingénieur était sur le pont.

À onze heures, lorsque les passagers furent réunis pour déjeuner, la place de Patrocle Portsnaoun resta vide. Ce que voyant le capitaine envoya un garçon à la recherche du haut fonctionnaire. Le Stewart revint quelques minutes plus tard : il avait fouillé cabines et couloirs, coursives et promenades sans rencontrer le disparu !

Où était Patrocle Portsnaoun ?

Les passagers, interrogés par le capitaine, affirmèrent tous que, depuis la veille au dîner, l’ingénieur ne s’était plus fait voir !

Le capitaine de l’Arafura sentit une sueur froide lui couler dans le dos, qu’allait-il devenir si l’on ne retrouvait pas Portsnaoun ? C’était la destitution à coup sûr !

Le malheureux officier pensa à ses enfants sans pain. Il frémit. D’un bond, il fut debout :

— Continuez le service ! commanda-t-il au maître d’hôtel : je vais voir moi-même ce qu’est devenu M. Portsnaoun !

Le capitaine s’était dressé avec tant de brusquerie que la table trembla. Et, de la serviette placée sur l’assiette, du disparu, une feuille de papier glissa et tomba en tournoyant sur le tapis rouge garnissant le plancher du salon.

Le capitaine l’aperçut. D’un seul geste, il s’en saisit et l’examina : c’était, à n’on pas douter, une page provenant d’un carnet de notes. Le capitaine Scott lut :

Commandant, ne vous inquiétez pas de moi : j’ai débarqué cette nuit avec mes bagages. Merci de vos bons soins et à vous revoir.

Et c’était signé : PATROCLE PORTSNAOUN !

— Que le diable m’écorche ! grommela Scott, absolument médusé, l’animal se f… de moi !

Des rires fusèrent parmi les belles passagères. Tout confus, Scott lissa ses grosses moustaches et s’écria :

— Vous m’excusez, ladies et gentlemen ! dit-il… Je suis obligé de vous quitter un instant !

Et, sans attendre de réponse, le digne Scott sortit.

À son coup de sifflet, le maître d’équipage arriva devant lui :

— Vous allez me faire aussitôt fouiller le paquebot de la quille à la pomme des mâts ! Ouvrez les cales ! Explorez les soutes ! Un passager de marque, M. Patrocle Portsnaoun, a disparu cette nuit. J’ai la certitude qu’il est à bord ! Il faut qu’il se retrouve ! Mettez tout l’équipage à sa recherche !

— Bien, commandant !

Resté seul, le capitaine Scott gagna sa cabine où il se fit servir à déjeuner : il était trop préoccupé pour consentir à subir les interrogations des passagers ! Tout en mangeant, il réfléchit où pouvait bien être passé l’ingénieur ? Et que signifiait cette plaisanterie d’un goût… médiocre !

Scott n’en revenait pas ! Inquiet et furieux, il expédia rapidement son repas et grimpa sur la passerelle. Comme il y arrivait, il s’aperçut que, dans sa précipitation, il avait oublié sa casquette ! En plein midi, par 25° de latitude ! Ce n’était pas le moment ! Scott dégringola les échelons de bois et bondit dans sa cabine. Mais, comme il avançait la main pour saisir son couvre-chef, il faillit s’écrouler de saisissement, un morceau de papier de même dimension et vraisemblablement de même provenance que celui trouvé sous la serviette du disparu était épinglé à sa casquette !

Fébrilement, Scott s’en empara :

Inutile de me chercher, capitaine : je n’y suis pour personne ! y était-il écrit.

Du coup, Scott se demanda s’il ne devenait pas fou ! Pendant quelques instants, il flaira le morceau de papier et regarda autour de lui d’un air à la fois effaré et furieux, comme prêt à sauter à la gorge de quelqu’un.

Enfin, ayant repris son sang-froid, l’officier enfonça d’une tape rageuse sa casquette sur son crâne, et, tenant toujours à la main le mystérieux papier, sortit de sa cabine. Sur le pont, il se heurta au maître d’équipage qui lui dit :

— Commandant, M. Portsnaoun demeure introuvable ! J’ai fait fouiller les soutes et les cales : rien…

— Et ses bagages ? s’écria Scott, pris d’une idée subite.

— Mais… ils sont dans la cale ? répondit le maître d’équipage.

— Allons voir !

En quelques instants, les deux hommes gagnèrent la soute où se trouvaient remisés les bagages des passagers. Ils aperçurent, intactes les luxueuses malles de Patrocle Portsnaoun. Le capitaine Scott, en s’approchant pour mieux les examiner trébucha et, voulant se retenir, s’accrocha à la poignée de l’une d’elles. Mais l’énorme malle, entraînée elle-même, tomba sur le plancher... Scott lâcha un juron formidable. Il se releva tout poussiéreux.

— Que le diable me rôtisse ! grommela-t-il. Cette malle est vide !

C’était vrai ! Et toutes les autres aussi. Il fut facile de s’en assurer à leur légèreté. Dominant son ahurissement, le capitaine Scott examina les serrures de cuivre : intactes !

Le vieux marin hocha la tête : il n’y comprenait rien :

— Continuez les recherches ! dit-il au Maître d’équipage : vous m’aviserez dès que vous aurez quelque chose de nouveau ! Notre homme est à bord, c’est certain !

C’était bien l’avis du maître d’équipage. À la suite de Scott, il remonta sur le pont et s’activa à retrouver le mystérieux disparu, mais sans succès !

Après dix-huit jours de traversée, l’Arafura mouilla dans la baie de Manille sans que Patrocle Portsnaoun ait été retrouvé.

Le capitaine Scott, persuadé que le disparu n’avait pas quitté le navire, fit surveiller étroitement le débarquement des passagers et tint lui-même à les dévisager l’un après l’autre à mesure qu’ils quittaient le navire.

Debout au pied de l’échelle, un cigare en bouche, il se livrait à cette occupation lorsqu’un télégraphiste arriva devant lui :

— Le capitaine Scott ?

— C’est moi !

— Une dépêche de San-Francisco !

— Merci.

Scott décacheta le télégramme et, l’ayant parcouru dut se retenir à la rambarde pour ne pas choir !

 

Excusez-moi, capitaine, d’avoir manqué le départ à San-Francisco, j’ai été retenu par une affaire urgente. Je le regrette, car j’aurais aimé faire le voyage avec vous ; ce sera pour une autre fois. Cordialités.

PATROCLE PORTSNAOUN.

 

Pourtant, M. Patrocle Portsnaoun s’était bien embarqué sur l’Arafura ! Nul doute à ce sujet ! Les passagers pouvaient en témoigner !…

Telles furent les pensées du capitaine Scott une fois revenu de son saisissement. D’ailleurs, la meilleure preuve était les deux feuilles de son carnet trouvées sur la table et sur la casquette de Scott. Le capitaine de l’Arafura les avait encore examinés le matin même et les avait soigneusement serrées dans son portefeuille : il voulut les revoir : elles n’y étaient plus !

Scott resta sans forces. Du coup, il renonçait à savoir ! Il se désintéressait de l’affaire… Puisque Patrocle Portsnaoun était à San-Francisco, qu’il y restât ! Tout était pour le mieux.

Quant à lui, Scott, il allait penser à autre chose ! En raisonnant ainsi il prouvait sa sagesse.

Car il lui eût été bien difficile de se douter de ce qui s’était passé !

Le soir du départ de San-Francisco, Patrocle Portsnaoun, après avoir prié Scott de l’attendre un instant, s’était dirigé vers sa cabine afin d’y prendre quelques cigares…

Délibérément, l’ingénieur en ouvrit la porte et, fidèle à de vieilles habitudes de prudence, il la referma sitôt entré. Sa main quittait à peine la poignée de cuivre ciselé qu’il se sentit pris à la gorge. Il râla, voulut se débattre, mais ses bras, aussitôt immobilisés, furent instantanément ligotés, ses jambes de même. Au moment où Portsnaoun allait succomber à l’asphyxie, l’étau humain lâcha sa gorge : le vieil ingénieur aspira goulûment une gorgée d’air, puis voulut crier, mais un bâillon de caoutchouc instantanément appliqué l’en empêcha. Les yeux agrandis par la terreur, il aperçut deux hommes à ses côtés.

En l’un d’eux, il reconnut un des stewards du paquebot. L’autre était revêtu d’un étrange costume de caoutchouc rouge, visiblement trop ample pour lui. À sa ceinture pendaient plusieurs objets assez semblables à des oranges. De grosses lunettes, pareilles à celles dont se servent les chauffeurs d’automobiles, cachaient ses yeux. Cet homme, si bizarrement vêtu, était tout simplement John Strobbins. Il dit à voix basse :

— Là ! voilà qui est fait ! fouille-moi consciencieusement cette vieille fripouille, Reno !

Ce dernier s’empressa d’effectuer l’opération indiquée, tandis que John Strobbins donnait un tour de clé à la serrure. Malgré sa résistance, Portsnaoun fut, en un clin d’œil, délesté de tout ce que ses poches contenaient. John Strobbins s’en saisit :

— Veille derrière la porte ! dit-il à Reno.

Puis, il s’occupa sans délai à inventorier, à la lueur de l’ampoule électrique brillant au plafond, le contenu du portefeuille de Patrocle Portsnaoun. Et, au fur et à mesure que ses recherches avançaient, il poussait des petits claquements de langue satisfaits. En quelques minutes, il eut terminé.

— Cher monsieur Portsnaoun, dit-il au prisonnier en se tournant vers lui, je me félicite vraiment de l’heureuse circonstance qui nous réunit. Depuis longtemps, je vous soupçonnais de vagues tripotages avec votre ami le maire de San-Francisco. Voici que j’en ai la preuve ! Quelle imprudence fut la vôtre de garder sur vous des papiers aussi compromettants ! Je vous avouerai que je m’attendais à les trouver : ils sont aussi accablants pour vous que pour votre ami Brock ; alors, comme on ne sait jamais ce qui peut arriver, vous avez gardé par devers vous une bonne arme. Il faut être prudent, mais pas trop.

« Je résume, nous n’avons pas le temps de rester ici. Les papiers que vous venez de me… fournir prouvent vos concussions, vols, collusions et faux. Oh ! je ne vous fais pas la morale ! Loin de moi pareille pensée ! Je veux seulement vous prévenir d’avoir à m’obéir, étant donné qu’au moindre mouvement, au moindre cri de votre part, je livre le tout à la justice. Entendu, hein ? Bon !…

Et, ce disant, John Strobbins, d’un poignard tiré de sa ceinture, trancha les liens retenant les bras de Patrocle Portsnaoun. Puis il saisit un carnet appartenant à l’ingénieur et, le tendant à ce dernier, lui dit :

— Prenez le crayon attaché au calepin et écrivez sur une feuille : Commandant, ne vous inquiétez pas de moi : j’ai débarqué cette nuit avec mes bagages. Merci de vos bons soins et à vous revoir… Là... maintenant signez… et ne me regardez pas avec ces yeux de merlan bouilli !… Tournez la page et écrivez : Inutile de me chercher, je n’y suis pour personne. Et, signez… Merci ! Attache-lui les mains, Reno !

Tandis que Reno se livrait à cette opération, John Strobbins arracha les deux pages du carnet de Patrocle et les posa sur une table en disant :

— Tiens, Reno ! Tu distribueras ces deux lettres en temps opportun !

John Strobbins réunit soigneusement dans le portefeuille les documents qu’il avait examinés et inséra le portefeuille dans une poche imperméable de son vêtement de caoutchouc :

— Tu y es, Reno ? le temps presse. Je vais filer !

— Allons-y !

Les deux hommes se baissèrent et, ayant soulevé le divan qui occupait un des côtés de la cabine, en tirèrent un énorme sac de caoutchouc. Portsnaoun y fut enfermé jusqu’au cou. Cette opération terminée, John Strobbins attira à sa bouche un des pans de son étrange vêtement : une valve s’y trouvait. John Strobbins l’introduisit entre ses lèvres et souffla de toutes ses forces : peu à peu le vêtement se gonfla autour du corps du détective cambrioleur qui ressembla bientôt à un de ces énormes ballons de baudruche représentant de grotesques sujets et qu’on lance gonflés de gaz lors des réjouissances populaires.

— Quelle heure, Reno ? demanda-t-il.

— Neuf heures 20 !

— C’est le moment !

Reno avait autour de ses reins une longue ceinture de soie. Il la déroula et en fixa une des extrémités autour du corps de Portsnaoun terrifié. Puis, par le large hublot placé le long de la couchette où le prisonnier était étendu, il fit glisser doucement l’ingénieur le long de la muraille du navire.

— Lâche-tout ! dit Strobbins… À San-Francisco !… et n’oublie pas mes recommandations !

— Entendu ! fit Reno en lâchant la ceinture.

Un léger bruit s’entendit. Au même instant, Strobbins aidé de Reno, grimpait sur la couchette et, à la suite de Patrocle, franchissait le hublot et se précipitait à la mer.

En quelques brasses, il eut rejoint l’ingénieur qui, grâce au flotteur de caoutchouc surnageait comme une bouée.

Aidé d’un poignard, il lui enleva son bâillon.

— Mais nous allons périr ! s’écria Portsnaoun, dès qu’il put parler.

— Chut ! ne vous inquiétez pas de cela !

La nuit était noire ; au ciel, pas une étoile. Vers l’ouest, les lueurs produites par le paquebot s’éloignaient rapidement.

John Strobbins se tourna vers l’orient comme s’il espérait voir surgir quelque chose. Son attente fut courte. Après dix minutes d’observation, il aperçut les feux d’un navire s’approchant à petite vitesse. Il tira alors de sa ceinture un des étranges globes qui y étaient fixés : c’étaient des grenades d’acétylithe. John Strobbins en perça une de la pointe de son poignard et la lança à quelques mètres de lui. Une lueur blanche en jaillit aussitôt, indiquant au navire la position des naufragés.

À quelques minutes d’intervalle, John Strobbins lança une deuxième grenade, puis une troisième…

Mais on l’avait vu du navire et, un quart d’heure plus tard, une élégante baleinière arrivait auprès des deux hommes. Ils furent aussitôt hissés à bord. En quelques mouvements rapides, John Strobbins eut tôt fait de se débarrasser de son vêtement de caoutchouc. Il apparut vêtu d’un costume de cheviotte bleue.

— Ouf ! dit-il à l’officier commandant la baleinière, tandis que les marins ramaient vers le navire dont on apercevait, à environ un mille, la silhouette noire, vous êtes arrivés vite ! Félicitations ! surveillez-moi l’oiseau, hein !

La baleinière accosta bientôt le bâtiment. Souple et léger, John Strobbins empoigna la rambarde de l’échelle et, en quelques bonds, arriva sur le pont.

Il était sur son yacht, Coucou ; à la coupée le commandant l’attendait :

— Complète réussite, mon cher ! lui dit John Strobbins : faites mener l’oiseau dans ma cabine et en route pour Frisco !

L’officier s’inclina.

John Strobbins ayant gagné sa cabine – la plus belle du bord – avala coup sur coup plusieurs verres d’eau fraîche, et, s’étant laissé tomber sur un divan, alluma une fine cigarette et attendit.

Pas longtemps. Presque aussitôt la porte s’ouvrit et laissa passer deux matelots portant l’honorable Patrocle Portsnaoun :

— Déposez ça là ! fit John Strobbins et filez !

Les marins obéirent. Le détective cambrioleur resta seul avec le vieil ingénieur.

— Eh bien, ça s’est bien passé ? Nous voilà rendus… sachez, cher monsieur, que vous êtes l’hôte de John Strobbins, ne craignez donc rien : un hôte est sacré pour moi ! Il y a longtemps que je voulais avoir une petite conversation avec vous… que voulez-vous, chacun a son ambition ! Ah ! ça été difficile ! je l’avoue ! Vainement, j’ai essayé de pénétrer dans votre maison de Montgomery-Avenue ; vainement j’ai tenté de vous faire enlever par mes hommes : j’ai dû y renoncer… vous étiez entouré d’une telle armée de détectives que j’aurais dû livrer bataille, et, je vous le dis, cela me répugne de verser le sang : je suis un homme pacifique…

Patrocle Portsnaoun, gisant, ligoté comme un saucisson sur l’épais tapis, n’avait pas perdu son assurance. Il répondit :

— Dites-donc, je commence à être courbaturé : il me semble que je serais mieux sur ce divan pour vous écouter ?

— J’y pensais ! Vos désirs pour moi sont des ordres, cher monsieur.

Et John Strobbins souriant, trancha les liens du prisonnier et l’aida à s’asseoir sur le canapé :

— Toutefois, je vous préviens qu’il est inutile d’essayer de vous évader…

— Oh ! n’ayez crainte !

— Bon… Vous êtes en mon pouvoir… De plus je détiens certains papiers, pris sur vous, me permettant de vous envoyer au bagne… Somme toute, je possède votre liberté et… tout, quoi ! Les documents, je les garde. Votre liberté ? je vous la donne… pour rien !… Demain, au jour, nous serons à San-Francisco, vous serez libre. Vous irez à l’United Bank où sont déposés vos fonds et vos valeurs, et vous vous ferez donner deux millions de dollars en banknotes. Ça, c’est ma part !

« Vous me les remettrez à moi-même : je vous attendrai. Et n’essayez pas de me faire arrêter : vos précieux papiers seraient aussitôt remis à qui de droit. De plus, vous verserez cent mille dollars aux pauvres de San-Francisco, deux cent mille à l’institut des aveugles… il vous restera environ – je connais vos affaires – cent mille dollars – c’est suffisant… D’autant plus que vous allez partir aux Philippines !…

« Est-ce entendu ?

Patrocle Portsnaoun regarda son interlocuteur. Il comprit que John Strobbins serait inflexible :

— Conclu ! dit-il.

C’est pourquoi, le jour suivant, John Strobbins fut plus riche de deux millions de dollars tout en ayant fait bénéficier les malheureux du succès de son entreprise. Un mois après Patrocle Portsnaoun partait pour les Philippines où il sut récupérer largement l’argent perdu – et vite. Et nul ne s’est jamais expliqué ce qui se passa à bord de l’Arafura.

Le capitaine Scott moins que tout autre.

L’ASSASSINAT DE RUFUS JACOB

I

Après avoir été successivement bafoué, endormi et enfin embarqué à son insu sur un paquebot allant au Japon, par John Strobbins qu’il était chargé d’arrêter, le policier Peter Craingsby fut enfin de retour à San-Francisco. La rage au cœur, sombre et l’esprit hanté de terribles projets de vengeance contre le détective cambrioleur, Peter Craingsby, aussitôt débarqué du navire qui l’amenait du Japon, s’en fut directement au bureau du chef de la Sûreté, James Mollescott.

À sa vue, ses collègues, au courant de ses mésaventures, ne purent dissimuler une grimace ironique. Craingsby s’en aperçut et la salive qu’il avait dans la bouche lui sembla amère. Il ne sourcilla pas, répondit par de vagues monosyllabes aux questions de ses camarades, et fit passer son nom au planton de l’honorable James Mollescott.

— Vous voilà, Craingsby, lui dit celui-ci, sitôt la porte fermée… je vous attends depuis trois mois !

— Chef, à peine arrivé au Japon, j’ai attrapé la petite vérole !…

Mollescott ne put réprimer un sourire qui porta à son comble la rage du policier :

— Sacré Craingsby ! fit-il, toutes les veines !…

— Et John Strobbins ? interrompit le détective, impatient d’avoir des nouvelles, bouclé, hein, chef ?… Sitôt réveillé à bord du paquebot, je vous ai fait prévenir par T.S.F. !

— Parfaitement ! Et j’ai pincé notre homme : il avait eu l’imprudence de venir ici sous votre déguisement !

— Le rossard !

— Je l’ai proprement coffré !

— Ah ! je suis heureux, chef !

— Et le soir même, il s’est envolé sans aéroplane ! Il court encore !

Craingsby regarda son chef avec des yeux ronds. Il laissa tomber ses mains sur ses genoux et murmura d’un ton découragé :

— Mais c’est le diable, cet homme-là !

— Diable ou non… il est actuellement passible de la chaise électrique… Il ne se contente plus de voler maintenant ; il assassine !

— Ah !

— Oui ! Je suis content de vous voir arriver… je vais vous charger de l’affaire… Plus que tout autre, vous êtes intéressé à aboutir : cela vous procurera une belle vengeance !

— Vous pouvez compter sur moi, chef !

— Je l’espère… Ce sera une occasion de vous… réhabiliter !…

« Il est dix heures… J’ai tout le temps de vous mettre au courant avant midi… Asseyez-vous et écoutez-moi avec attention… Ah ! quelle ville, que ce San-Francisco !... Quand donc prendrai-je ma retraite !

« Figurez-vous qu’on a volé hier au Californian Museum une pièce unique et pesant deux cents kilos ; un bas-relief de porphyre provenant des fouilles de Kopozacapetl, et d’une valeur inestimable au point de vue de l’art.

« L’univers savant s’est ému… Mais ce n’est pas de cette affaire que je veux vous parler !

— Elle est intéressante ! fit poliment Peter Craingsby.

— Oui, mais j’en ai chargé Tom Clapham… Donc voici ce que nous savons sur le crime de John Strobbins. Ce matin à 4 heures, le détective Sam Corbett, qui venait de prendre la faction au coin de Portland Street et de Cleveland Avenue, fut fort surpris en constatant que la porte du n° 153 de Portland Street était entr’ouverte.

— 153 Portland Street ?… Mais c’est là où habite l’usurier Jacob Rufus ! interrompit Crainsgsby.

— Tout juste ! c’est ce qui vous explique l’étonnement de Sam Corbett devant cette porte à demi fermée. Rufus est riche, très riche ; le quartier n’est pas sûr et chacun sait que le vieux grigou est homme de précaution… Donc Sam Corbett, intrigué, siffla son collègue le plus proche qu’il pria de le remplacer et, ayant poussé la porte, pénétra dans l’antre du vieux Rufus… Après avoir parcouru un étroit couloir, il vit une porte fermée seulement au loquet. Il l’ouvrit et la franchit ; enfin, vous vous en rendrez compte vous-même ; après avoir parcouru plusieurs salles, il arriva dans une sorte de chambre forte en maçonnerie dans laquelle il aperçut le cadavre de Jacob Rufus, la tête ouverte en deux d’un coup de hache. Dans la pièce se trouvait un coffre-fort grand ouvert et tout neuf… c’est tout.

— Mais que vient faire John Strobbins dans cette affaire, chef ? questionna Peler Craingsby.

— Peu de chose, sinon que dans la poche de Rufus Jacob se trouvait une lettre inachevée, écrite par lui et adressée à John Strobbins… D’ailleurs, la voilà !

Et, ce disant, James Mollescott ouvrit un dossier placé sur son bureau et en tira une feuille de papier froissé qu’il tendit au détective. Peter Craingsby lut :

Monsieur Strobbins, vous me ruinez. Vous savez bien que je ne suis pas riche ! L’affaire dont vous me parlez ne m’a pas laissé de bénéfices, je vous le jure… Mais pour vous prouver mon amitié, je consens à…

Peter Craingsby leva la tête :

— Ce document est terriblement accusateur pour John Strobbins, dit-il, mais a-t-il été écrit par Rufus ? Tout est là !

— J’ai prévu cette objection ! dit Mollescott… deux experts convoqués ce matin à la première heure ont affirmé l’authenticité de cette lettre, de plus sa comparaison avec d’autres écrits du malheureux Rufus ne laisse aucun doute !

Peter Craingsby sourit. Ses yeux brillèrent d’une joie infernale :

— Merci, chef, de m’avoir confié cette affaire ! Ah ! maudit Strobbins ! Je l’amènerai moi-même à la chaise électrique !

— Je vous le souhaite ! dit Mollescott.

— Je pars, chef !

— Bonne chance !

Peter Craingsby sortit. Il était comme transfiguré. Il passa au milieu de ses collègues sans les voir, et sortit de l’hôtel de la Sûreté. En quelques minutes, il arriva chez lui, et, sans prendre le temps de manger, se mit en devoir de se déguiser.

C’est pourquoi, une heure plus tard, un ouvrier maçon se présentait devant le numéro 153 de Portland Street. Une foule énorme y stationnait, commentant le crime, et le nom de John Strobbins était dans toutes les bouches. À la vérité, beaucoup de gens doutaient de la culpabilité du détective-cambrioleur : John Strobbins ayant pour habitude d’opérer… sans douleur.

Devant la maison, deux détectives maintenaient la foule. Peter Craingsby, d’un signe imperceptible s’en fit reconnaître et pénétra dans le logis de Rufus Jacob.

La maison lui était familière ; plusieurs fois déjà, il y était venu pour interroger le vieux Rufus, qui, souvent, avait maille à partir avec la justice – étant receleur à ses heures.

En quelques pas rapides, Craingsby arriva dans la pièce où Rufus serrait son argent et où il avait trouvé la mort.

Le coroner s’y trouvait déjà et, aidé du chef du Service anthropométrique s’occupait à relever des empreintes sur les flancs d’un énorme coffre blanc, grand ouvert, posé au milieu de la pièce.

— Bonjour, monsieur le coroner ! fit Craingsby, et il se nomma.

— Rien de plus saillant, fit l’interpellé, si ce n’est que nous tenons la preuve que John Strobbins est l’assassin !

— J’espère m’en emparer rapidement ! affirma Craingsby.

Et, laissant le magistrat, il commença ses recherches.

Dans le mur, plusieurs coffres-forts étaient encastrés.

L’un d’eux était ouvert, et laissait apercevoir quelques écrins vides. Deux autres coffres, hermétiquement fermés, étaient intacts. Craingsby prit note de ces détails et alla voir le cadavre de l’assassiné.

Jacob Rufus gisait, à plat-ventre sur le sol dallé : le coup de hache, cause de sa mort, avait été porté avec tant de force que la tête était ouverte jusqu’à la nuque !

Craingsby regretta que les vêtements du mort eussent été fouillés. Sur le sol, aucune trace de lutte… Somme toute, l’affaire était simple : John Strobbins avait voulu extorquer une grosse somme au vieux Jacob Rufus, et, sur le refus de celui-ci, s’était introduit chez lui, l’avait assassiné et dépouillé ! Une seule chose tracassait Craingsby : que venait faire ce coffre-fort blanc au milieu de la pièce ?

Comme il se posait cette question, il entendit le chef du Service anthropométrique s’écrier triomphalement :

— Qu’est-ce que je disais, monsieur le coroner ! les empreintes que je viens de découvrir sur le coffre concordent absolument avec celles de John Strobbins ! c’est lui l’assassin !

— C’est bien mon avis ! fit le coroner.

Craingsby haussa les épaules : parbleu ! c’était l’avis de tout homme sensé !…

Le détective, sans bruit quitta la pièce et gagna la rue. La foule stationnait toujours devant la maison. Craingsby se glissa parmi les groupes et soudain son attention fut attirée par deux grands gaillards qui conversaient :

— Peuh ! disait l’un d’eux, c’était bien la peine que le vieux grigou se soit fait livrer le grand coffre : il aurait mieux fait de commander un cercueil !

L’autre homme ricana :

— Hé ! le coffre est assez grand pour lui servir de tombe !...

Craingsby, l’air niais approcha :

— Alors le vieux Rufus avait commandé un autre coffre, fit-il, ce qu’il devait être riche quand même !

— Je crois bien ! fit un des deux hommes… Et c’était un beau coffre encore : je l’ai vu apporter il y a huit jours, il venait de chez Freetown Brothers… quelque chose de bien !

Craingsby en savait assez. Tranquillement, il s’en fut, et, une demi-heure plus tard, arrivait devant la grande fabrique de coffres-forts blindés « Freetown Brothers ».

Il fit connaître sa qualité au portier et fut rapidement renseigné : le coffre-fort de Rufus Jacob avait été commandé par téléphone et payé comptant à la livraison…

Maigre renseignement. Ce fut le seul que Craingsby recueillit. Personne, parmi les voisins de l’usurier, n’avait entendu quoi que ce fût d’insolite pendant la nuit du crime !

Seul, un ouvrier vidangeur, revenant de son travail, déclara avoir rencontré à quelques mètres du logis de Rufus Jacob un homme de taille élancée et de mise élégante qui semblait pressé. Ce signalement, qui s’accordait parfaitement avec celui de John Strobbins, mit Craingsby en joie.

À grandes enjambées, il courut chez lui, quitta son déguisement, et s’en fut retrouver Mollescott afin de lui faire connaître le résultat de sa journée.

Arrivé dans le cabinet du chef de la Sûreté, il trouva celui-ci occupé à converser au téléphone. James Mollescott avait les yeux brillants et semblait écouter avec beaucoup d’intérêt la communication de son correspondant. D’un signe de la main, il invita Craingsby à s’asseoir et, d’une voix aussi basse qu’un souffle, lui dit :

— C’est John Strobbins qui me téléphone !

II

Deux minutes avant que n’arrivât Craingsby, James Mollescott avait entendu tinter la sonnerie du téléphone posé sur sa table et ayant saisi le récepteur, s’était entendu ainsi interpeller :

— Allô ? James Mollescott ?

— Parfaitement… à qui ai-je l’honneur…

— De parler ?… À John Strobbins lui-même, cher monsieur Mollescott. Et alors, comment va la santé ?… Bonne, hein !… Allons tant mieux… (Mollescott grinça des dents de rage, mais de crainte de rater une occasion intéressante, écouta sans interrompre).

John Strobbins continua :

— Alors, vous avez revu ce brave Craingsby ; il a dû vous donner des nouvelles du Japon ! Charmant pays, le Japon ! Étonnant détective, ce bon Craingsby !…

— Mais, enfin… lâcha Mollescott à bout de patience.

— Et alors, vous avez confié l’enquête sur l’assassinat de Portland Street à ce brave Craingsby… Pas fort… vraiment ! Et, comme lui, vous me supposez l’assassin, n’est-ce pas ? J’ai vu tout à l’heure ce brave garçon, je lui ai même parlé ; il était vêtu en maçon et arborait une mine superbe : son voyage lui a fait du bien ! j’en suis heureux…

— Je vais couper ! grommela Mollescott de plus en plus furieux.

— Jamais de la vie ! Donc, je ne suis pas l’assassin, et, pour vous le prouver, je m’offre à vous aider à le trouver, si vous me promettez de ne pas m’ennuyer…

(C’est à ce moment que Craingsby entra)… ce sera vite fait, continua Strobbins, tandis que si vous refusez mon offre, je doute fort que ce pauvre Craingsby arrive à quelque chose !

— Somme toute, que voulez-vous ? dit Mollescott, tremblant de joie.

— Moi ? rien… je vous dis simplement que je vous aiderai à retrouver le criminel… Comme il se pourrait que je me rencontre avec ce cher Craingsby, je vous prie de me donner votre parole de ne pas… m’ennuyer !

— Nous verrons !

— Dans ce cas, bonsoir !

Rageur, Mollescott raccrocha le récepteur en disant :

— Ce misérable s’est moqué de moi… Ah ! si je le tiens jamais… Et alors Craingsby ? vous avez quelque chose ?

Rapidement, le policier fit connaître à son chef le résultat de son enquête… moins que rien !

Mollescott ne cacha pas son mécontentement.

— Il faut vous débrouiller, Craingsby ! grogna-t-il… Vous avez une revanche à prendre !

Craingsby jura de faire son possible et se retira.

Il était dit que ce jour-là Mollescott aurait toutes les émotions. Vers six heures du soir, alors qu’il allait quitter son bureau sans avoir appris rien de nouveau, un planton vint l’avertir qu’une dame voilée insistait pour le voir sans délai.

— Faites entrer ! dit Mollescott, intrigué.

La dame entra. Elle était mince et vêtue de noir. Sitôt la porte fermée, elle s’avança près de Mollescott qui s’était levé et d’un geste prompt lui mit un mignon revolver contre la tempe.

— Silence ou je tire ! dit une voix mâle d’un ton très bas, pas si bas que Mollescott ne reconnut la voix qui lui avait parlé au téléphone : celle de John Strobbins ! Ce dernier eut un rire muet et dit :

— Cher monsieur Mollescott, c’est moi… Bougez pas, hein ?… je viens me constituer prisonnier ! cela vous étonne ! c’est la pure vérité. Mais pas tout de suite…

James Mollescott, stupide, regardait Strobbins… La main du détective cambrioleur s’aplatit sur sa face…

Cette main tenait une poire de caoutchouc remplie de chlorure d’éthyle… Mollescott, foudroyé par l’anesthésique, fléchit sur ses jambes et se fût écroulé si John Strobbins ne l’eût retenu…

En hâte, le détective cambrioleur déposa Mollescott sur un des fauteuils, non sans lui avoir assujetti le tampon de chlorure d’éthyle devant le nez. Ceci fait, il alla tirer le verrou. Puis, s’installant devant le bureau du chef de la Sûreté, il eut tôt fait d’en inventorier le contenu. En quelques instants, il trouva sans doute ce qu’il voulait : une vingtaine de feuilles de papier dont il fit un petit paquet très serré. Il cacheta le pli ainsi fait, y colla une étiquette sur laquelle il écrivit :

 

« Lord Launceston Stamford

Villa Charlotte       

Los Angeles ».

 

Ceci fait, John Strobbins glissa le paquet parmi le courrier du chef de la Sûreté, et, après avoir tout remis en place sur le bureau, alla s’asseoir auprès de Mollescott et lui enleva le tampon qui le bâillonnait.

James Mollescott poussa un soupir, fit une grimace, et après quelques minutes d’efforts revint peu à peu à lui ; John Strobbins avait rabattu sa voilette et, correctement assis sur sa chaise, attendait.

Enfin le chef de la Sûreté reprit complètement ses sens. La mémoire lui revint. Il aperçut Strobbins bien tranquille sur sa chaise et, d’un bond, fut à son bureau et pressa le bouton de la sonnette électrique.

John Strobbins s’écria :

— Ah ! mille pardons… j’oubliais !

Et, rapide, il alla tirer le verrou… La porte s’ouvrit et un planton parut :

— Appelez du monde ! cria James Mollescott, qu’on s’empare de cette femme : c’est l’assassin John Strobbins !

John Strobbins, souriant, s’écria :

— C’est moi ; en effet ! Veuillez me passer les menottes, mon ami !

Mais déjà aux cris de Mollescott des policiers arrivaient. John Strobbins, en un instant fut dépouillé de son chapeau, de sa voilette, de ses cheveux postiches.

Ses mains furent solidement enchaînées. Lui, souriait toujours…

Mollescott triomphait !

— Fouillez-moi ce bandit ! ordonna-t-il.

Deux détectives se chargèrent de ce soin. Ils trouvèrent sur John Strobbins une photographie de Mollescott et un revolver lance-parfum avec lequel le détective cambrioleur avait menacé le chef de la Sûreté. Rien autre.

La fureur de Mollescott fut grande ; ainsi il avait tremblé devant un jouet d’enfant… Il cacha sa rage et dit :

— Conduisez cet homme dans un cachot ! et faites attention ! Le gaillard s’est déjà échappé plusieurs fois !

Les menottes aux mains, encadré de quatre solides détectives, John Strobbins fut emmené hors du cabinet du chef de la Sûreté. Il semblait joyeux. Avant de franchir la porte, il s’écria :

— Ne perdez pas votre photographie que vous avez trouvée sur moi : j’y tiens… Adieu, cher monsieur…

Une étroite cellule, sans autre ouverture qu’une épaisse porte de chêne bardée de fer et devant laquelle un gardien fut mis en faction, reçut John Strobbins, toujours habillé en femme. Son évasion était impossible.

Tout joyeux, James Mollescott, contrairement à son habitude consentit à recevoir les représentants des principaux journaux de San-Francisco pour leur annoncer sa capture. Il ne se tenait pas de joie : convaincu d’assassinat, John Strobbins serait certainement électrocuté, et lui, Mollescott, en aurait enfin terminé avec le rusé cambrioleur.

À sept heures du soir, tout San-Francisco connaissait la capture de John Strobbins. Elle fit sensation.

Le lendemain matin, James Mollescott arrivait à peine à son bureau, lorsqu’on lui annonça Peter Craingsby. Le détective semblait exténué et essoufflé :

— Chef ! chef ! figurez-vous que j’ai passé ma nuit dans le quartier chinois et n’ai appris que maintenant la capture de John Strobbins. Ainsi, il est venu se livrer… Étonnant ! Enfin ! pourvu qu’il ne s’échappe pas !…

— Il est tenu à l’œil !

— Oh ! avec lui on ne sait jamais… Mais dites donc, chef : j’arrive maintenant de la maison de Rufus Jacob où j’étais allé faire certaines investigations, vous avez fait enlever le coffre-fort, j’aurais aimé le revoir !

— Le coffre-fort ?… Quel coffre-fort ?

— Celui qui se trouvait dans la pièce où Rufus Jacob a été assassiné ; je voulais l’examiner : il avait disparu ! Comme il n’y avait personne dans la maison, j’ai supposé que vous l’aviez fait enlever !

— Moi ? Jamais ! Sitôt que John Strobbins a été fait prisonnier, j’ai donné ordre aux détectives de garde à Portland Street de revenir, à quoi bon garder une maison déserte maintenant que le criminel était pris ! D’autant plus que le cadavre avait déjà été transporté à l’hôpital !

— Alors ?… qui donc a pris le coffre ?… Il a fallu une audace ! Il pesait bien une tonne – au moins, chef !

— Je n’y comprends rien ! fit Mollescott devenu soucieux. Allez vous renseigner ! que diable, cela doit être facile. Un coffre-fort ne s’envole pas sans être vu… Et faites vite, je suis intrigué !

Peter Craingsby allait prendre congé lorsqu’on frappa à la porte. Un planton entra et tendit une enveloppe au chef de la Sûreté.

Nerveusement, Mollescott la décacheta. Il en tira un ordre de mise en liberté immédiate au nom de John Strobbins, daté du jour même, et portant sa signature, à lui, Mollescott, et son cachet !

Il en tira aussi un mot du gardien-chef ainsi conçu :

Monsieur le chef de la Sûreté. Conformément à votre ordre que m’a apporté le détective Hornsby, j’ai mis en liberté le nommé John Strobbins, malgré l’étonnement que me causa cette mesure. Avant de partir, John Strobbins m’a chargé de vous remercier.

— Tonnerre de Dieu ! sacra Mollescott, le drôle s’est encore enfui… Mais c’est un démon, cet homme !… Allez me chercher le détective Hornsby.

Peler Craingsby se précipita… Il revint quelques minutes après et trouva Mollescott, violet de fureur, effondré dans son fauteuil.

— Eh bien ? questionna le chef de la Sûreté.

— Le détective Hornsby, nommé depuis quinze jours seulement, a disparu lui aussi.

III

James Mollescott avait pour principe, et il s’en vantait, de s’occuper d’une seule affaire à la fois. Cette manière d’agir lui avait procuré bien des succès. Mais, lors de l’assassinat de Portland Street, elle fut la cause que le chef de la Sûreté de San-Francisco dérailla complètement : hypnotisé par la preuve qu’il croyait tenir de la culpabilité de John Strobbins, James Mollescott cessa pendant plusieurs jours de s’intéresser à toute autre affaire. Le vol du célèbre bas-relief incas, commis deux jours avant l’assassinat de Rufus Jacob, passa en second plan : grave tort ! Car le coffre blanc, livré chez Rufus Jacob, et disparu depuis, avait les dimensions suffisantes pour contenir l’inestimable bas-relief.

Dans cette affaire, John Strobbins l’a souvent affirmé, le détective-cambrioleur n’agit que « pour l’amour de l’art ». Seules, de déplorables coïncidences faillirent faire avorter un projet qui lui était cher…

… Quinze jours avant la fin tragique de Rufus Jacob, John Strobbins avait rencontré dans une rue de San-Francisco son vieil ami Tom Smiley. Bien que l’ayant vu la dernière fois cinq ans auparavant, John Strobbins fut frappé du changement effectué dans sa physionomie. Interrogé par lui, Smiley avoua que, à la suite de spéculations malheureuses, il avait dû s’adresser à un usurier – cet usurier, Rufus Jacob, se montrait intraitable et Tom Smiley, menacé d’être vendu, ayant sa femme malade, pensait au suicide, rien n’ayant pu fléchir Rufus Jacob.

Généreux comme à l’ordinaire, John Strobbins tendit aussitôt un billet de cent dollars à son ami et, sans écouter ses remerciements, le quitta en disant :

— Courage… Ne t’inquiète pas de Rufus Jacob, je m’en charge !

Ce que John Strobbins appelait s’en charger était simple : le soir même, il rendait visite au vieil usurier, et, ayant été non sans peine introduit auprès de lui, parlait en ces termes :

— Honorable Rufus Jacob, je vois avec plaisir que votre santé est bonne : j’espère que vous avez conclu avec avantage le marché que vous proposait ces jours derniers Masbaum et Benedict Lititon : de fort beaux bijoux, ma foi, et je conçois que leurs propriétaires avant de s’en dessaisir aient dû être… supprimés par ces joyeux garçons de Jack et Benedict… Chut ! Maître Rufus : cela ne me regarde pas ! Je viens simplement vous demander de me remettre, séance tenante, vos créances sur M. Tom Smiley, ainsi qu’une petite somme de vingt mille dollars pour mon dérangement !

« Faites vite, je suis pressé !

L’usurier recéleur, blême et frissonnant de peur, essayait de lutter. En vain, il proposa à John Strobbins la seule remise de la créance Smiley : le détective-cambrioleur resta intraitable. Il s’empara des papiers que Rufus lui tendait, et consentit seulement à accorder un délai de deux jours au vieil usurier.

Après quoi il prit congé de lui.

Le jour suivant, John Strobbins, rendu maussade par le temps gris et pluvieux qui planait sur San-Francisco, et n’ayant pas grand’chose à faire, entra pour distraire sa mélancolie dans le Californian Museum.

John Strobbins était un amateur d’art avisé : la galerie de tableaux et de sculpture de la ville de Los Angeles est renommée dans le monde entier.

Il y avait une heure que le détective-cambrioleur flânait dans l’immense musée, lorsque soudain, il s’immobilisa en étouffant un cri d’admiration devant un bas-relief de porphyre, splendide vestige de l’art incas et représentant une scène d’adoration du soleil sculptée avec une variété de détails, un souci de l’exactitude et une noblesse infinis.

Subitement, John Strobbins se représenta cette pièce unique bien installée dans sa villa. Une envie irrésistible de la posséder s’empara de lui.

John Strobbins était loin d’être un rêveur. Il sortit aussitôt du musée et rejoignit ses affidés dans la maison qu’il possédait dans le quartier chinois. Il leur fit part aussitôt de son idée. Ce n’était pas facile : sortir une pareille pièce pesant plus de deux cents kilos ! Et, une fois sortie, la transporter à travers la ville. Bien aléatoire tout cela, d’autant plus qu’on ne manquerait pas de s’apercevoir aussitôt de la disparition d’une pièce de pareille importance.

Cependant John Strobbins ne désespéra pas.

Après plusieurs jours de réflexion, il entrevit la possibilité de réaliser son projet – Rufus Jacob !

Oui ! Rufus Jacob dont la maison se trouvait à deux cents mètres du Californian Museum !

Le soir même, John Strobbins rendit visite au vieil usurier (qui ne lui avait pas encore versé les 20,000 dollars promis) et lui parla en ces termes :

— Réjouis-toi, brave Rufus, je te fais grâce des 20,000 dollars !

— Que l’Éternel vous protège ! je suis un pauvre homme !

— Fais-moi le plaisir de laisser ces jérémiades pour tes débiteurs ! Et écoute-moi bien : Une de ces nuits on t’apportera un bloc de pierre qui sera enterré dans ta cave : n’en souffle mot à personne, sinon je ne donne pas un « cent » de ta vieille carcasse !

« De plus, demain, dans la journée, on t’apportera un coffre-fort que tu paieras… c’est la moindre des choses… et garderas jusqu’à nouvel ordre… c’est tout ! Silence et obéissance !

— Vous êtes mon père et ma mère ! affirma Rufus Jacob.

— Ce n’est pas flatteur pour moi ! railla John Strobbins et, sur ces mots, il quitta l’usurier.

L’enlèvement du précieux bas-relief eut lieu quatre jours plus tard. Quatre hommes de la bande de John Strobbins, vêtus en gardiens s’en saisirent tranquillement et montèrent avec lui dans une voiture qui les mena dans le chantier désert d’une maison en construction dont les ouvriers étaient en grève.

De là, l’admirable bas-relief fut transbordé dans une voiture de livraison, qui l’amena chez Rufus Jacob où il fut aussitôt enfoui.

John Strobbins avait l’intention d’enfermer la précieuse pièce dans le coffre-fort qu’il avait fait livrer chez Rufus Jacob et de transporter le tout à sa villa, à la barbe de la police.

Malheureusement, la nuit qui précéda le jour choisi pour l’exécution de ce dessein, Rufus Jacob fut assassiné. Les détectives envahirent la maison ; dans la poche de la victime on trouva le brouillon d’une lettre qu’il avait projeté d’envoyer au détective-cambrioleur…

La fureur de John Strobbins fut grande. Il tenait à son bas-relief ! De plus, cela lui déplaisait d’être inculpé d’assassinat ! Que faire ? John Strobbins trouva aussitôt.

Le soir même, il pénétrait chez le chef de la Sûreté, déguisé en femme et se faisait arrêter par Mollescott.

La nuit suivante, comme l’avait pensé John Strobbins, la surveillance de la maison de Rufus Jacob fut abandonnée, étant devenue inutile par suite de l’arrestation de l’assassin.

Les hommes de John Strobbins en profitèrent pour enlever le coffre-fort et le bas-relief.

Le lendemain matin, un des gardiens de la Sûreté, attaché à la bande de John Strobbins, remettait au gardien-chef l’ordre de lever l’écrou, signé Mollescott, et que John Strobbins avait subtilisé la veille, avec nombre d’autres papiers, au chef de la Sûreté de San-Francisco.

En vain, Mollescott et Craingsby, aidés des plus fins détectives de l’Union, essayèrent-ils de percer le mystère de l’affaire de Portland Street.

Ils n’en connurent qu’une faible partie, et grâce à John Strobbins.

Un mois après l’assassinat de Rufus Jacob, un jeune homme à la mine cave et aux habits en loques demandait à parler au chef de la Sûreté pour affaire intéressante. Aussitôt introduit devant Mollescott, il s’écria :

— J’ai de graves révélations à vous faire. Mais, auparavant, je vous prie de me faire porter à manger : je n’ai rien pris depuis quarante-huit heures !

James Mollescott fit immédiatement apporter à l’inconnu un modeste repas que celui-ci dévora avec avidité. Une fois repu, il parla :

— Je me nomme Léon Rufus… Je suis le neveu de Rufus Jacob qui a été tué… tué… il y a un mois… c’est moi qui l’ai tué.

— Comment ! fit Mollescott en sursautant… Alors, ce n’est pas John Strobbins…

— Non !… après une période de misère, j’étais venu voir mon oncle pour lui demander quelques subsides. J’étais très malheureux… Il me mit à la porte en m’insultant… je vous jure que je dis la vérité, il m’insulta !… Alors, je revins pendant la nuit, et surpris mon oncle devant son coffre-fort ouvert… J’avais trouvé une hache dans la cuisine… je frappai… j’étais fou !… je m’emparai du contenu du coffre-fort ouvert… des diamants et des bank-notes et m’enfuis...

— Et qu’avez-vous fait de ces valeurs ?

— Je les gardai sur moi et partis pour Los Angeles où je menais joyeuse vie jusqu’à ce qu’il y a trois jours, je fis connaissance dans un café avec un gentleman qui, très aimablement, m’offrit à dîner. J’acceptai… hélas !… je ne sais ce qu’il me fit absorber, mais je m’endormis, et, lorsque je me réveillai, avant-hier malin, j’étais couché sur un tas d’immondices dans un coin de Oak-Street ! De plus, j’étais vêtu des loques dont vous me voyez affublé ! Croyant être le jouet d’un rêve affreux, je me fouillai et trouvai dans une de mes poches un morceau de papier, sur lequel, je me le rappelle parfaitement, étaient écrits ces mots :

Conseil à Léon Rufus. Aller avouer son crime à M. James Mollescott et essayer ainsi de s’attirer quelque pitié. John Strobbins.

— Et, qu’avez-vous fait de ce papier ? s’écria Mollescott en proie à une grande agitation.

— De rage, je l’ai jeté… j’ai hésité à venir… mais ne sachant où aller, où manger… Ayez pitié de moi.

Ce jour-là, le San-Francisco Herald, déclara avoir reçu d’un généreux inconnu, la somme de vingt-cinq mille dollars en bank-notes, pour être distribués aux pauvres. Ainsi, John Strobbins restituait l’argent trouvé sur Léon Rufus.

Ce dernier fut condamné au hard-labour à perpétuité : on lui tint compte de ses aveux...

Quant au bas-relief incas, le monde savant a perdu l’espoir de le retrouver.

Nous croyons savoir, cependant, que John Strobbins a l’intention d’en envoyer un moulage au Californian Museum.

LE RADIUM DU PROFESSEUR GORDON

I

Ce jour-là, une assistance de choix se pressait dans la salle d’honneur du National Institute of Biology, de Washington : sept milliardaires, trois anciens ministres, deux lords anglais, ainsi qu’une pléiade de savants illustres s’y entassaient en compagnie de nombreux sénateurs et millionnaires de moindre importance : le savant professeur Isaac Allan Gordon devait, au cours d’une conférence, énoncer ses dernières découvertes sur le radium.

Allan Gordon, un des plus grands chimistes des deux mondes, était célèbre par ses découvertes. C’est dire que la séance promettait d’être intéressante.

Une salve de hourras et d’applaudissements le salua dès son apparition.

Le savant, glabre et sévère, attendit un instant que les acclamations eussent pris fin, posa tranquillement son chapeau près de lui et sortit de sa poche un mince étui d’or qu’il plaça sur la chaise.

— Ladies and gentlemen, dit-il d’une voix glaciale, je vais avoir l’honneur de vous parler des différentes applications dont, grâce à moi, le radium est susceptible…

« Auparavant, je vais vous faire voir quelques parcelles de ce précieux métal que beaucoup d’entre vous ignorent : cette minuscule boîte d’or en contient six grammes ; c’est la plus grande quantité qui ait jamais été réunie !…

« Il y en a pour plus de cent cinquante mille dollars !…

« Vous pouvez vous approcher !…

Une dizaine de personnes : trois hommes et sept femmes, profitèrent de cette invitation et s’approchèrent de la chaire.

Curieusement, ils se penchèrent sur la minuscule boîte d’or ; elle était ouverte et contenait quelques fragments d’une matière grisâtre…

Il y eut quelques exclamations d’étonnement : ce n’était que cela !

Mais, peu à peu, la curiosité s’emparait du reste de l’assistance et, autour de la précieuse boîte, le nombre de ceux qui voulaient voir augmentait.

Samuel Clapham, le roi du cuir, s’approcha du professeur Allan Gordon et dit :

— Alors, vraiment, cette petite chose-là vaut cent cinquante mille dollars ? C’est donc si rare ?

Le savant entreprit aussitôt d’expliquer à son riche interlocuteur, les causes de la cherté du précieux métal.

Mais il avait à peine commencé sa démonstration, qu’une dame, énervée de ne rien voir, s’écria :

— Où est-il ce radium ?… je voudrais bien l’apercevoir moi aussi…

Allan Gordon baissa les yeux vers le groupe de curieux massé autour de sa chaire. Ceux-ci discutaient paisiblement sur les mérites du mystérieux métal. Le savant s’écria :

— Gentlemen, faites donc passer la boîte à cette dame…

Les curieux se regardèrent. Il y eut un instant de silence, et vingt voix dirent :

— Je ne l’ai pas !

— Moi, non plus !

Légèrement agacé, Allan Gordon répéta en haussant la voix :

— Gentlemen, remettez le radium ici : il ne doit pas bouger de mon bureau !

Mais personne ne bougea et tout le monde se regarda…

Allan Gordon commença à concevoir de l’inquiétude :

— Gentlemen, dit-il, c’est une mauvaise plaisanterie !… Que celui qui détient le radium me le rende… Je ne suis pas venu ici pour m’amuser !

De nouveau, ses interlocuteurs se regardèrent : évidemment, ils étaient sincères. Mais où était la précieuse boîte ?

— Il faut que ce radium se retrouve, gentlemen ! fit Allan Gordon qui avait pâli : il appartient au sénateur Cornélius Vandersnack qui l’a mis à ma disposition pour mes expériences !

Qu’importait à l’assistance ! Hommes et femmes, en proie à la plus grande stupéfaction, se demandaient quel pouvait bien être le voleur. Mais personne ne bougeait.

Après avoir laissé passer quelques minutes, Allan Gordon s’écria :

— Ladies and gentlemen, je vous demande pardon ; mais je vais appeler la police : il faut que le radium se retrouve !

Et, sur ces paroles, l’illustre savant fit signe à un des appariteurs postés aux portes du Hall et lui ordonna d’aller quérir quatre détectives ; puis, tandis que l’homme obéissait, Allan Gordon, redevenu impassible, s’assit et se croisa les bras sans s’occuper de l’agitation de l’assistance.

Bientôt, par une des portes du Hall, les quatre détectives firent leur apparition.

En quelques mots, le savant les mit au courant des circonstances dans lesquelles avait disparu la boîte de radium. Les détectives, ayant fait garder les portes du Hall, commencèrent immédiatement leurs recherches. Les moindres recoins de l’immense vaisseau furent visités. Mais en vain.

Une conclusion s’imposait : la boîte de radium avait été volée !

Mais, par qui ? La situation sociale des membres de l’assistance les mettait au-dessus de tout soupçon. Pourtant ?

Le cas était grave et angoissant ! Un des détectives sortit du Hall et s’en fut au prochain téléphone demander des instructions au chef de la Sûreté de Washington. Celui-ci, n’osant prendre sur lui de faire fouiller les invités d’Allan Gordon, en référa à l’attorney général qui, après réflexion, lui donna l’ordre de « faire le nécessaire ».

Faire le nécessaire ?… Tout allait bien !

Dix minutes plus tard, trois femmes attachées à la police arrivaient au National Institute of Biology.

Malgré leurs protestations indignées, malgré leurs menaces, hommes et femmes, milliardaires, lords, savants et sénateurs, durent se soumettre l’un après l’autre à une fouille humiliante et soigneuse.

Cette fouille, d’ailleurs, fut vaine et, la rage au cœur, le professeur Allan Gordon dut faire des excuses qui ne furent pas acceptées.

À nouveau, le Hall fut exploré jusque dans ses moindres recoins. On ne trouva rien.

Et Allan Gordon dut se résigner à ne plus jamais revoir ses six grammes de radium.

Le lendemain de ce jour fatal pour lui, le professeur Allan Gordon, jaune et vieilli par la rage éprouvée, reposait mélancoliquement dans un fauteuil de salon, lorsque son valet de chambre lui fit passer une carte portant ces mots :

 

MARK BROOKS

Ingénieur.

 

Nerveusement, Gordon froissa l’élégant bristol et grogna :

— Dites à ce gentleman que je n’ai pas changé d’avis ! Inutile d’insister !

Le domestique s’inclina et sortit. Il revint quelques instants plus tard, et dit :

— Ce gentleman désire faire à monsieur une communication de la plus haute importance ! Il m’a dit d’insister…

— C’est bien, faites-le entrer !

… Par la porte entr’ouverte, quelques instants après, Mark Brooks parut. C’était un élégant jeune homme paraissant la trentaine. Il salua avec aisance et dit :

— Sommes-nous bien à l’abri des oreilles indiscrètes, mister Gordon ?

— Oui !… Vous n’avez qu’à tirer le verrou de la porte par où vous êtes entré : c’est la seule issue de la pièce !

— Bien merci !

Et Mark Brooks, souriant, alla effectuer l’opération indiquée. Puis, bien que son hôte ne l’en ait pas prié, il tira une chaise à lui et s’assit.

Allan Gordon grogna :

— Qu’avez-vous à me dire de si intéressant ? Si c’est pour la même chose qu’hier, inutile : je ne me déplace jamais, surtout pour aller à la Nouvelle-Orléans ! Je vous écoute !

— Merci… Mais je vous demande de m’écouter avec patience : j’ai, en effet, quelque chose de la plus haute importance à vous communiquer. Il s’agit d’un marché entre nous…

— Mais…

— Vous m’avez dit que vous m’écoutiez… Donc !… Hier matin, je vins vous voir pour vous prier de partir aussitôt pour la Nouvelle-Orléans afin d’y donner vos soins à miss Charlotte Gladden, ma fiancée, qui est gravement malade à la suite de la morsure d’un serpent…

— Je regrette…

— Je sais… Vous seul, grâce à votre science des poisons, vous pouvez la sauver : cela m’a été dit partout… Sinon, cette malheureuse jeune fille est condamnée a une mort lente et atroce…

— À mon âge, les déplacements sont pénibles, je vous l’ai dit : n’insistez pas ! fit Allan Gordon d’une voix glaciale.

— Je n’insiste pas, je vais même vous parler d’autre chose : par exemple, des six grammes de radium qui vous ont été dérobés hier par un de mes amis !

— Hein ! Que dites-vous, monsieur ?

— Oh ! vous m’avez parfaitement compris : je dis que c’est un de mes amis qui vous a dérobé hier la boîte de radium ; c’est clair, je suppose !

— Je vais vous faire arrêter, monsieur !

— Et après ? Je ne suis pas responsable de mes amis, peut-être ? Ce serait trop facile !

— Je commence à comprendre…

— Vous êtes un homme fort !… Alors, pas besoin d’explication : vous partez dans une heure pour la Nouvelle-Orléans ! Il y a un train à dix heures quinze, très confortable, et une fois ma fiancée sauvée, je vous fais parvenir votre radium… plus une somme de dix mille dollars pour votre dérangement. Sinon…

— Sinon…

— Vous suivrez de très près, miss Charlotte Gladden dans un monde meilleur où elle n’aura plus besoin de vos soins, ni vous de radium !

Allan Gordon lança un rapide regard autour de lui. En deux secondes, sa résolution fut prise : feindre d’accepter et, aussitôt dehors, arrêter Mark Brooks !

— C’est bien, monsieur, dit-il, je suis à votre disposition ; le temps de me mettre en habits de voyage, et je suis à vous !

— Faites donc, je vous en prie ! lit Mark Brooks.

Et, tirant de sa poche un étui d’or serti de pierres précieuses, il y prit une cigarette qu’il alluma d’un geste élégant.

— Ah ! j’oubliais, dit-il à Allan Gordon au moment où celui-ci se dirigeait vers la porte : n’essayez pas de me faire arrêter : cela vous coûterait fort cher…

II

Le professeur Allan Gordon était un homme positif : il eut un haussement d’épaules dédaigneux, et, après avoir ouvert la porte, disparut, laissant Mark Brooks seul.

Arrivé dans sa chambre à coucher, le savant passa lentement un habit de voyage. Il réfléchit : à coup sûr, le mystérieux Mark Brooks n’avait pas le morceau de radium sur lui. Alors, comment le faire arrêter ? Sur quelles preuves ?

C’était folie !

D’autre part, Allan Gordon tenait énormément à rentrer en possession de ses six grammes de radium : ils allaient lui servir à tenter d’intéressantes expériences. S’il ne parvenait pas à remettre la main sur le précieux métal, bien des années s’écouleraient avant qu’il ait réuni une aussi grande quantité de radium, s’il y parvenait jamais !

Ce raisonnement inclina le savant à la prudence. Il se résolut à accepter le marché de son visiteur.

Ayant coiffé sa tête d’un léger chapeau de panama, il rejoignit Mark Brooks qui fumait béatement, et dit :

— Je suis à votre disposition, monsieur !

— Vous êtes bien aimable !… Mais vous me permettrez de vous donner un bon conseil : les nuits sont excessivement froides en Louisiane, aussi, il serait de votre intérêt de vous munir d’un chapeau de feutre !

— Comme il vous plaira ! grogna le savant, et il alla prendre un chapeau haut de forme dont il se coiffa.

Mark Brooks s’était levé ; il tira de sa poche un admirable chronomètre d’or ciselé le consulta et dit :

— Partons, mister, nous avons juste le temps !

Sans répondre, Allan Gordon suivit Mark Brooks et sortit. Un cab, retenu par l’ingénieur, attendait devant la porte de la maison :

— À la gare du Central Southern Railroad ! et vite ! commanda Mark Brooks en montant derrière le savant.

Le véhicule, lancé à toute vitesse, fila à travers les rues encombrées, et, en quelques minutes, arriva devant la gare.

Les deux hommes en descendirent. Allan Gordon, machinalement, se dirigea vers la salle où se vendaient les tickets :

— Inutile, cher monsieur, fit Mark Brooks en le retenant, et il ajouta avec un sourire : j’ai pris nos billets à l’avance ; nous n’avons qu’à monter dans le train.

La rage d’Allan Gordon augmenta ; ainsi l’ingénieur avait prévu qu’il accepterait !

— Vous permettez, ajouta Mark Brooks, je vais télégraphier notre prochaine arrivée !

Allan Gordon, sans répondre, grimpa dans un wagon où Mark Brooks le rejoignit quelques minutes plus tard.

Pendant trois jours et trois nuits, les deux hommes roulèrent à quatre-vingts à l’heure sur les voies ferrées de l’Union. Mais, malgré les amabilités de Mark Brooks, Allan Gordon persista dans un mutisme glacial.

Enfin, le train stoppa à sept heures du soir en gare de la Nouvelle-Orléans ; les deux hommes en descendirent :

— Veuillez me suivre, monsieur le professeur ! fit Mark Brooks.

Et il entraîna son compagnon vers une luxueuse automobile qui attendait le long du trottoir.

— Eh bien ! Léo, comment va miss Gladden ? questionna Mark Brooks au chauffeur.

— Toujours dans le même état…

— Ah !… À la maison, vite !… Monsieur le professeur, veuillez prendre place !

Maussade, Allan Gordon obéit.

Mark Brooks s’assit à côté de lui et la splendide automobile démarra avec la vitesse et la rectitude d’une locomotive…

Quelques instants plus tard, elle s’arrêtait devant le jardin d’un petit cottage.

Mark Brooks sauta à terre, et d’un pas rapide, franchit la grille qu’un domestique tenait ouverte. Allan Gordon le suivait.

— Veuillez m’attendre un instant ! fit Mark Brooks après avoir conduit le savant dans un petit salon.

Le professeur s’inclina.

Mark Brooks, en quelques enjambées, arriva devant la porte d’une chambre et frappa. La porte s’ouvrit…

Maintenant, le jeune ingénieur avait quitté son masque jovial ; une pâleur livide lui blêmissait la figure et un tremblement nerveux agitait ses lèvres.

Il franchit la porte et se trouva dans une chambre à coucher au fond de laquelle, éclairé par une veilleuse électrique, se distinguait un lit. Une jeune fille, la figure rendue diaphane par la souffrance, les yeux ombrés d’un cercle violet, y reposait.

— Vous pouvez vous retirer ! fit Mark Brooks à la garde-malade qui était venue lui ouvrir.

La femme obéit.

Mark Brooks s’approcha du lit et, à sa vue, les yeux de la malade brillèrent : Mark Brooks – de son vrai nom, John Strobbins – était en présence de sa fiancée :

— Ma chère Charlotte, est-ce ainsi que je devais vous retrouver !

— Je suis heureuse d’être malade, Mark, puisque c’est grâce à ma maladie que je vous revois… Vous venez si peu souvent.

— Hélas ! mes affaires m’empêchent d’être ici comme je le voudrais… Mais vous allez être bientôt guérie, j’ai amené un médecin qui vous remettra rapidement sur pied !

— Non !... Tous les docteurs de la Nouvelle-Orléans sont venus ici depuis quatre jours ; ils n’y peuvent rien… Le venin du « Zigua » ne pardonne pas… Je vais mourir… Je suis heureuse de vous avoir revu… je craignais d’être partie avant…

— Chut ! fit Mark Brooks en dominant son émotion : je vais vous amener le médecin !

John Strobbins sortit de la chambre où il revint quelques instants plus tard, avec Allan Gordon.

Le célèbre chimiste, à la vue de la malade, avait tout oublié, sa rancune, le vol du radium et l’ennui d’être venu si loin. Il ne pensait plus qu’à la science.

Il examina immédiatement la plaie : miss Charlotte Gladden avait été piquée par un serpent « Zigua » un peu au-dessus de la cheville. Tout autour de la morsure, la peau était devenue noire ; la jambe entière était enflée et insensible.

Le savant hocha la tête et, pendant quelques minutes, resta plongé dans une profonde méditation :

— Ce ne sera rien, dit-il enfin à la jeune fille qui attendait anxieuse, avant huit jours vous serez remise !

Et, sur ces paroles, Allan Gordon salua la malade et sortit suivi de John Strobbins. Celui-ci, aussitôt hors de la chambre, s’écria :

— Est-ce la vérité, monsieur ? Y a-t-il de l’espoir ?

Allan Gordon eut un sourire amer… À son tour, il triomphait.

— Oui !… Je connais l’antidote du venin du « Zigua »… Je m’en vais le préparer… Je crois pouvoir répondre de la guérison !

Le cœur empli d’une joie immense, John Strobbins revint auprès de sa fiancée.

Allan Gordon n’avait pas menti. Le soir même, il fit à la malade des injections de son contre-poison, et, dix jours plus tard, Charlotte Gladden, encore un peu pâle eut la permission de se lever.

Tandis qu’elle s’habillait aidée d’une femme de chambre, John Strobbins rejoignit Allan Gordon dans un des salons de la villa.

— Voulez-vous mettre votre chapeau, monsieur le professeur, et venir avec moi dans le jardin, j’ai à vous parler affaires !

Impassible, Allan Gordon déféra à cette invitation, et suivit John Strobbins dans le jardin de la villa.

Dix heures du matin venaient à peine de sonner et un doux soleil filtrait à travers le feuillage. John Strobbins et Allan Gordon allèrent s’asseoir à l’ombre d’un buisson de bambous.

— Monsieur le professeur, dit John Strobbins, je tiens avant tout, à vous dire la profonde reconnaissance que m’inspire votre dévouement… Grâce à vous, ma fiancée vit !

« Je vais donc tenir ma promesse et vous faire rentrer en possession de vos six grammes de radium ! Ce sera vite fait. Il vous suffira de m’écouter sans m’interrompre !

— C’est ce que je fais, monsieur !

— Et je vous en remercie !… Le jour où je vins vous prier de venir ici soigner ma fiancée, vous refusâtes. Bien en vain, n’est-ce pas, on ne m’a jamais rien refusé !

« Alors, savez-vous ce que je fis ? J’allais simplement chez votre chapelier dont j’avais vu l’adresse imprimée au fond de vos chapeaux pendus dans votre antichambre… Arrivé chez ce commerçant, je lui fis fabriquer un chapeau semblable aux vôtres, mais pesant dix grammes de moins, et muni, sous un des rebords, d’une cachette… Vous commencez à comprendre ?

« Muni de ce chapeau, je me rendis au National Institut of Biology où vous donniez votre conférence… Je vous subtilisai, assez élégamment, n’est-ce pas ? votre boîte de radium et l’insérai dans mon chapeau que je changeai ensuite avec le vôtre !

— Mais… mais, s’écria Allan Gordon, alors le radium est dans mon propre chapeau !

— Parfaitement ! celui-là même que vous avez sur la tête ! C’est pour cela que j’ai tenu à ce que vous l’emportiez !

… D’un geste brusque, Allan Gordon, cramoisi, se décoiffa. Il examina son chapeau et aperçut un renflement dans une des ailes ; nerveusement, il arracha l’étoffe et aperçut la minuscule boîte d’or contenant les sels de radium…

Pendant un instant, le savant, stupéfait et joyeux, resta en contemplation devant son bien retrouvé. Enfin, il s’écria :

— Merci, monsieur… Vous êtes un homme fort… et, j’avoue que j’ai eu tort, par égoïsme, de refuser à venir sauver votre fiancée… J’en ai été bien puni… Enfin, nous sommes quittes !

— Oui, mais avec cela !

Et John Strobbins, s’étant levé, tendit au savant une chèque de dix mille dollars en ajoutant :

— Chose promise, chose due… Et c’est moi qui suis votre obligé, monsieur le professeur !

Un peu humilié, le savant saisit l’enveloppe. Somme toute, on lui devait des honoraires !

— Je vous remercie, monsieur… Miss Gladden est guérie… Vous me permettrez donc de me retirer !

— Comme il vous plaira ! répondit John Strobbins, et il accompagna le savant jusqu’à la grille de la villa.

Celui-ci sortit, salua une dernière fois, et s’achemina vers la gare.

John Strobbins revint vers la villa : au détour d’une allée, il aperçut Charlotte Gladden, toute rose, qui venait vers lui, à petits pas, un sourire aux lèvres.

Alors il se sentit payé de toutes ses peines.

 


Ce livre numérique

a été édité par la

bibliothèque numérique romande

 

https://ebooks-bnr.com/

en juin 2021.

 

— Élaboration :

Ont participé à l’élaboration de ce livre numérique : Alain C., Françoise.

— Sources :

Ce livre numérique est réalisé principalement d’après : Moselli, José, Le Mystère de l’Arafura, L’assassinat de Rufus Jacob et Le Radium du professeur Allan Gordon, in L’Épatant tous les jeudis pour la famille, Paris, Publications Offenstadt, n° 210-221, du 11 avril au 27 juin 1912. D’autres éditions ont été consultées en vue de l’établissement du présent texte. L’illustration de première page provient de notre édition de référence de même que les illustrations dans le texte.

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