José Moselli

L’HOMME DE L’ATOLL

1926

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L’HOMME DE L’ATOLL. 3

Ce livre numérique. 30

 

L’HOMME DE L’ATOLL

Il pouvait être quatre heures de l’après-midi. Sur la mer luisante et plate comme une nappe de mercure, le schooner Arii, ses voiles amenées, glissait lentement, sans un ressaut, vers la passe étroite faisant communiquer avec le large le lagon du petit atoll dressé comme un bouquet de verdure au milieu du Pacifique.

Matias Larsen, skipper – capitaine – de l’Arii, avait pris la barre.

Depuis trente ans qu’il y naviguait, il connaissait parfaitement le moindre îlot des mers du Sud. Dans les passages délicats ou dangereux, il ne se fiait à personne – fût-ce au meilleur pilote canaque – pour guider son navire.

À l’avant, l’unique officier de l’Arii, Gustave Larsen, jeune homme de vingt ans, le propre fils du skipper, se tenait debout auprès du guindeau, prêt à mouiller au commandement…

Car les passes des atolls sont traîtresses. Elles ne sont jamais pareilles. Le corail – animal ou plante – pousse, bâtit, monte sans arrêt. Il y a bien les courants, les marées, les cyclones qui le balaient, qui l’effritent… Mais les courants sont changeants, les cyclones irréguliers, les marées de forces inégales…

À la vérité, les plus récentes cartes assuraient que le chenal de Ramirez était absolument sain. Une passe encore, flanquée de rivages à pic, sans aucun obstacle. Mais Matias Larsen ne se fiait pas aux cartes.

Et puis, il avait à son bord un « oiseau de malheur » – c’était lui qui le disait ! – un détective : Jack Cavendish, qu’il avait été réquisitionné de transporter jusqu’à Ramirez, et qui se tenait présentement assis sur le panneau de la cale, indifférent au féerique spectacle de l’atoll.

Le schooner, poussé à la fois par le courant et par son Diesel, s’engagea dans l’étroit passage et, en quelques instants, se trouva dans l’eau calme du lagon.

Tout autour de la minuscule nappe d’eau, qui devait mesurer moins de cent mètres sur deux cents, les cocotiers aux troncs tordus, contournés par le vent de mer, cachaient le rivage, poussant jusque dans l’eau… Aucune trace d’être humain.

L’atoll paraissait entièrement désert…

L’Arii, qui avait stoppé son moteur, n’avançait plus que par la vitesse acquise… Lorsqu’il eut atteint le milieu du lagon, il fut presque immobile.

Matias Larsen fit mouiller l’ancre… Dans le silence ambiant, le choc de la lourde masse de fer contre l’eau calme et le galop de la chaîne dans l’écubier résonnèrent étrangement.

— Fini pour le moteur ! grommela Larsen, en lâchant la barre.

Il essuya de sa lourde main ornée d’un grappin symbolique, tatoué entre le pouce et l’index, son front moite de sueur, et, s’adressant au mécanicien, un gros Marseillais appelé Touloupe, échoué à bord de l’Arii à la suite d’aventures inconnues, et qui venait de surgir de l’écoutille du moteur, maugréa :

— Arrive, Frenchie !… On va boire un petit whisky !… On l’a bien gagné, hein ?

— I think so ! assura Marius Touloupe, avec un accent inimitable.

Quelques instants plus tard, Matias et Gustave Larsen le père et le fils ; Marius Touloupe et Jack Cavendish, le passager détective, furent attablés à l’arrière, autour d’une gargoulette d’eau fraîche et d’une bouteille de vieux whisky, à l’abri de la petite tente de la dunette.

— Alors ? demanda Matias Larsen, en versant l’alcool dans les verres épais disposés devant lui. Vous descendez tout de suite à terre, mister Cavendish ?

— Oui, capitaine !… Le plus tôt j’aurai réglé cette affaire sera le mieux ! fit brièvement l’interpellé, petit homme sec, dont le visage rasé, un peu jaune sous le hâle, indiquait que quelques gouttes de sang chinois roulaient dans ses veines.

— Comme vous voudrez ! ricana Matias Larsen. Mais, dites donc ? Vous n’avez pas peur ? Si votre docteur est ici ?… Hein ?… Dans une heure et demie, ce sera nuit noire… Et les cocotiers n’ont pas d’oreilles !

Jack Cavendish pinça ses lèvres minces :

— Ceci me regarde, capitaine ! dit-il plutôt sèchement. Si le docteur est dans l’atoll, je le démasquerai et, conformément à la réquisition que vous avez reçue, je vous inviterai à me donner deux de vos hommes pour que force reste à la loi !…

— Bon… Bon… Je vous les donnerai !… Ah, ah !… Si on m’avait dit que moi, Matias Larsen, je ferais le constable, je ne l’aurais pas cru !… Je croyais avoir fait tous les métiers, dans ma chienne de vie !… Je m’étais trompé !… Allons, à la nôtre… de santé !… Et à la vôtre, surtout, inspecteur !

Les verres furent choqués, non sans que Jack Cavendish eût marqué par une grimace combien il croyait peu à la sincérité du toast de Larsen…

Pendant les quatre jours qu’avait duré la traversée du schooner depuis le départ de Suva, il n’eût pas de sarcasmes que son skipper n’avaient décochés au détective.

Toutes les occasions lui avaient été bonnes.

Pourtant, Jack Cavendish, homme taciturne s’il en fut, avait évité soigneusement tout prétexte à discussion. Aux repas, qu’il partageait avec Matias Larsen et son fils, Jack Cavendish parlait peu, répondait par monosyllabes, et, sitôt le café avalé, s’en allait à l’avant, près du guindeau, sa place favorite, où il demeurait immobile pendant des heures, à méditer ou à consulter un certain petit carnet rouge où il prenait ses notes.

Le détective était ce que l’on appelle l’homme du devoir. Il considérait sa fonction comme un véritable sacerdoce.

Présentement, il était à la poursuite du docteur Dan Richardson, un médecin américain établi à Suva depuis une quinzaine d’années, et qui était accusé d’avoir empoisonné le riche Chinois Ah-Fou, négociant en nacre et en perles, à qui il fournissait de l’opium au moyen d’ordonnances de complaisance.

Le docteur Richardson – c’était de notoriété publique – jouait gros jeu à son club. Et, pendant les quelques jours ayant précédé la mort du Chinois, il avait éprouvé de fortes pertes.

Aussi l’accusation prétendait-elle que le médecin avait assassiné Ah-Fou pour ne pas restituer les fortes sommes que le Chinois lui avait avancées…

Qu’y avait-il de vrai en tout cela ?… Les avis étaient partagés à Suva.

Mais une chose était certaine, c’était que le docteur Richardson était venu à cinq heures de l’après-midi au bungalow habité par Ah-Fou, avec qui il avait pris le thé. Et que, quelques minutes après le départ du médecin, le boy du négociant asiatique avait trouvé son maître étendu, raide mort, dans sa chambre à coucher…

L’autopsie du Chinois avait révélé qu’il était mort de l’absorption d’une dose de digitaline – un des poisons les plus terribles qui soient… Un poison que, seuls, les pharmaciens et les médecins peuvent se procurer.

L’enquête avait démontré l’innocence des quatre pharmaciens de Suva.

Quant au docteur, qui avait su par une indiscrétion les résultats accablants de l’autopsie, il avait disparu.

L’on croyait qu’il s’était caché à bord d’une goélette en partance, la Tetiaroa. Mais le capitaine de ce petit navire, à son arrivée à Fakarawa, quelques semaines plus tard, avait facilement pu faire constater que le médecin n’était pas, ni n’avait jamais été à son bord.

Et les semaines avaient passé.

Finalement, Jack Cavendish, après une fastidieuse et minutieuse enquête, avait pu apprendre que le fugitif s’était réfugié dans l’atoll Ramirez, un des îlots de l’archipel des Ellice, où il était l’hôte d’un de ses anciens amis, le « trader » suisse Mathieu Cournel, qu’il avait soigné à Suva quelques années auparavant et qu’il avait sauvé de la mort.

Et ainsi, muni d’un « warrant » en règle de l’attorney de Suva, Jack Cavendish s’était embarqué sur l’Arii, avec la mission de s’assurer si le docteur était bien à Ramirez, et, dans l’affirmative, de l’arrêter et de le ramener à Suva.

Le capitaine Matias Larsen avait été dûment réquisitionné de prêter main-forte au détective pour l’arrestation de l’inculpé, qu’il devait ensuite enfermer en lieu sûr à bord de son navire, et ramener aux Fidji. Toutes choses qui ne lui plaisaient qu’à demi. D’où ses sarcasmes au détective…

Ayant de nouveau empli les verres, le capitaine Larsen conclut :

— Je vais vous donner deux hommes pour vous conduire à terre, mister Cavendish. Takelau et Namori sont des gaillards ! Si votre docteur veut faire le malin, ils le trousseront comme une dinde de Noël !… Et tâchez d’être de retour avant la nuit !…

« Dans les atolls… avec ces Canaques… on ne sait jamais… ! À la vôtre, et à la santé de votre docteur !… En attendant de le voir pendu !

Matias Larsen leva son verre. Ses voisins l’imitèrent.

Jack Cavendish mouilla à peine ses lèvres avant de reposer le sien, puis, s’étant incliné devant les trois hommes, il se dirigea vers la coupée du petit navire, d’où pendait une étroite échelle de bois et de corde…

Matias Larsen siffla. Il lança quelques ordres, et, peu d’instants plus tard, la pinasse du schooner, un canot d’environ quatre mètres de longueur, vint se ranger sous l’échelle.

Jack Cavendish y descendit aussitôt et s’assit à l’arrière.

Les deux Canaques, ayant largué l’amarre de coco qui retenait l’embarcation à l’Arii, empoignèrent leurs avirons, sur lesquels ils tirèrent avec vigueur.

En peu d’instants, la pinasse, glissant rapidement sur l’eau calme du lagon, eut atteint un petit appontement, fait de quelques pieux enfoncés dans l’eau, sur lesquels reposaient d’épaisses planches.

Jack Cavendish, ayant ordonné aux Canaques de l’attendre, y grimpa, puis, à pas rapides, traversa l’étroite plage de sable blanc aux reflets verdâtres qui étincelait comme du sel sous les rayons du soleil.

En quelques foulées, il eut atteint la forêt de cocotiers et de pandanus qui couvrait presque entièrement l’anneau de corail, et sous laquelle il s’engagea.

Ainsi que de coutume, l’habitation du « trader » ne devait pas être loin de l’appontement où se faisait son trafic.

Entre les arbres, Jack Cavendish distingua plusieurs larges pirogues à balancier, qui avaient été tirées là, à l’abri du soleil. Mais aucun être vivant…

Le détective, tâtant dans sa poche la crosse de son pistolet automatique, s’engagea dans un assez large sentier, qui serpentait entre les arbres.

Presque aussitôt, il entendit un petit rire. Il se retourna, mais ne vit personne.

Il continua à avancer, et, brusquement, déboucha devant une clairière presque entièrement occupée par une grande maison de bois entourée d’une véranda, et à peu de distance de laquelle était érigé un hangar composé d’un toit de chaume soutenu par des troncs de cocotiers à peine écorcés. Sous ce rudimentaire abri, un amas d’amandes de cocos achevait de sécher en répandant une odeur fade et écœurante : le coprah…

Sous la véranda, un homme de race blanche, vêtu d’un costume de toile khaki, pieds nus, un casque de liège cabossé sur la tête, était assis devant une table, seul, le coude posé sur un livre placé devant lui.

Le crissement du sable sous les souliers du détective lui fit lever la tête.

Jack Cavendish le regarda : un homme qui paraissait entre quarante et quarante-cinq ans, de taille moyenne, maigre, osseux, dont le visage, comme craquelé par les rides, s’éclairait de deux petits yeux d’un bleu pâle.

Jack Cavendish, qui avait en tête le signalement précis et détaillé du docteur Richardson, pensa que rien ne s’opposait à ce que l’inconnu fût celui qu’il cherchait. Taille moyenne, yeux bleus… Il fallait voir !

D’ailleurs, le docteur Richardson était remarquable par une verrue poussée sur sa joue droite.

Le détective continua à avancer. Il ne fut bientôt plus qu’à quelques pas de la véranda.

L’inconnu, qui s’était levé, le regardait, sans mot dire.

— Mister Cournel, please ? demanda enfin Jack Cavendish.

— C’est moi ! répondit l’inconnu, tranquillement.

Et, ayant lancé un regard interrogateur à son visiteur, il attendit.

Jack Cavendish lui lança un rapide regard. Un regard professionnel.

Ce « mister Cournel », en vérité, pouvait très bien être le docteur Richardson ! Mais, de verrue, point. Seulement, sa joue droite était traversée par une longue et large cicatrice rose, juste à l’endroit occupé par la verrue sur la face du docteur

Et mister Cournel – c’était à considérer ! – avait parlé avec un indubitable accent américain…

« C’est certainement lui ! » pensa Jack Cavendish, qui reprit :

— Mister Mathieu Cournel, n’est-ce pas ?

— Non !… Mathieu Cournel, mon cousin, est reparti pour Frisco le mois dernier à bord du schooner Sea-Girl, qui m’avait amené !…

« Mathieu Cournel, qui est mon cousin, m’a cédé son affaire !… Je le remplace !… Je suis Louis Cournel, pour vous servir, quoique je doive vous dire que, cette année, toute la récolte du coprah de l’atoll est déjà vendue par mon prédécesseur !

— Je ne suis pas venu pour acheter du coprah ! observa Jack Cavendish, qui avait continué à marcher et n’était plus qu’à deux mètres du plancher de la véranda où se tenait Louis Cournel.

— Ah ?… fit ce dernier, d’un ton interrogateur.

— … Je suis venu pour appréhender le docteur Richardson, que j’ai des raisons sérieuses de savoir dans cet îlot ! acheva le détective, en regardant en face le trader.

Celui-ci ne s’émut pas :

— Le docteur Richardson ? dit-il. Quel docteur Richardson ?

— Le docteur Richardson, de Suva, qui a empoisonné le Chinois Ah-Fou !… Je suis le brigadier-détective Jack Cavendish, et j’ai sur moi un « warrant » pour me saisir de lui !…

Si Louis Cournel était le docteur Richardson, il possédait une formidable dose de toupet et de cynisme. Car, sans se départir de sa politesse glaciale, il répondit :

— Si vous êtes vraiment certain que ce docteur Richardson est dans l’atoll, il n’y a pas de raison pour qu’il n’y soit pas ! Je vais mettre quelques Canaques à votre disposition, et vous fouillerez l’îlot !… Il n’est pas grand !…

« En vous hâtant, vous pourrez en avoir fait le tour avant la nuit !… Mais je vous avoue que je n’ai pas entendu parler de ce gentleman !…

— Un gentleman qui avait un grain de beauté sur la joue droite, juste à l’endroit où vous avez une cicatrice, mister Cournel ! remarqua le détective.

— Ah ?… C’est, en effet, une étrange coïncidence !… J’ai été blessé, il y a deux mois, par l’éclatement d’une bouteille de soda !… La chaleur, vous comprenez ?…

« Si vous croyez que je suis le docteur Richardson, ne vous gênez pas de le dire !… Je possède mes papiers en règle – et vous les montrerai volontiers.

« Pour le surplus, vous pouvez fouiller l’atoll, ainsi que je viens de vous le proposer !

Jack Cavendish, pendant deux ou trois secondes, ne répondit pas.

Il était indécis, interloqué, troublé. Le calme de « Louis Cournel » lui en imposait, quoiqu’il en eût.

Et celui-ci ayant retiré son casque, pour éponger la sueur qui coulait de son front, Cavendish vit que ses cheveux étaient noirs. D’un noir franc et luisant. Rien de la chevelure blonde du docteur Richardson ! Il est vrai qu’il pouvait s’être teint les cheveux...

— Voulez-vous me faire voir vos titres de propriété de l’atoll ? dit-il enfin.

— Venez ! fit Cournel, indifférent.

Jack Cavendish, sans mot dire, gravit les quelques marches de bois qui permettaient l’accès de la véranda.

Il traversa celle-ci et, derrière Cournel, pénétra dans la vaste pièce qui occupait tout l’intérieur de la case.

Une demi-obscurité y régnait. Jack Cavendish vit le hamac où dormait le trader, une table, quelques escabeaux de bambou, des crochets de bois où étaient suspendus des engins de pêche et de chasse, et, enfin, deux coffres en bois de camphre, à coins de cuivre, posés sur des bols de poterie remplis d’eau, afin de les préserver – eux et leur contenu – des fourmis et autres insectes rongeurs.

Louis Cournel ouvrit le plus petit. La serrure fonctionna en faisant tinter un timbre grêle.

Cournel, le couvercle soulevé, se pencha vers l’intérieur de la boîte et en retira un tube de fer-blanc, qu’il ouvrit. Il contenait des papiers roulés.

— Voici ! fit le trader. La copie de mes lettres et les lettres de mon cousin Mathieu, qui ont abouti à la négociation… J’étais à Frisco.

« Et voici un extrait de l’acte de vente, passé à Frisco, chez maître Gerschwin… Prenez connaissance !

En silence, Jack Cavendish saisit les papiers qui lui étaient tendus.

La clarté du soleil couchant, qui s’engouffrait par l’ouverture servant de porte, était suffisante pour qu’il pût lire.

Il se rendit compte, d’un coup d’œil, que les documents qui lui étaient soumis étaient en règle…

— C’est bien ! dit-il en les rendant au trader.

« Et vous n’avez pas entendu parler qu’un Blanc ait débarqué dans l’atoll au cours des deux derniers mois ?

— À moins qu’il soit venu à la nage, je ne vois pas comment il aurait pu aborder !…

« Depuis le départ du Sea-Girl, aucun navire n’est venu à Ramirez !… Et si mes Canaques avaient vu quelqu’un, ils me l’auraient dit !…

« Ils sont une centaine – y compris les femmes et les enfants !… La récolte du coprah est terminée depuis longtemps. Ils n’ont rien d’autre à faire qu’à pêcher et à bavarder, et ils ne s’en privent pas !…

« Leurs cases sont de l’autre côté de l’atoll… Vous pouvez toujours les interroger ?

Jack Cavendish se sentit découragé.

Le trader ne lui avait même pas offert un rafraîchissement, ainsi qu’il est d’usage envers tout visiteur, dans les îles. L’homme se sentait vraiment sûr de lui…

Et, aussi bien, le détective, plus il y réfléchissait, plus il se convainquait que le docteur Richardson n’était pas dans l’atoll… Les renseignements sur la foi desquels il s’était embarqué l’avaient trompé !… Ils ne reposaient, d’ailleurs, que sur des racontars. Et puis, Richardson pouvait très bien avoir abordé dans l’atoll et en être reparti… Peut-être sur cette Sea-Girl ?… À moins qu’il ne se trouvât, plus simplement, sur un autre atoll des Ellice ?… De nombreux îlots portent des noms espagnols : Ramirez, Abranjuez, Bermudez… La confusion était possible.

Louis Cournel, qui avait remis ses papiers dans leur tube et le tube dans le coffre, referma doucement ce dernier dont la serrure tinta.

— Puis-je autre chose pour vous, mister Cavendish ? demanda-t-il, toujours aussi calme.

— Non !… Rien ! fit le détective, sa résolution prise. Je vous demande de m’excuser de vous avoir dérangé !…

— Il n’y a pas de quoi !… On s’ennuie, dans les îles, et toute distraction est la bienvenue ! assura froidement Louis Cournel qui, très poli, reconduisit son visiteur jusqu’à l’escalier de la véranda et, s’étant incliné, le regarda s’éloigner…

Jack Cavendish se dirigea vers l’embarcadère où il avait laissé la pinasse de l’Arii.

Il n’était pas content de lui ! Au fur et à mesure qu’il cheminait, un regret le prenait… Il avait obscurément conscience d’avoir été berné. Tout lui prouvait que Louis Cournel n’était pas le docteur Richardson, et, pourtant, il se sentait persuadé que c’était lui !

Oui. Mais s’il arrêtait le trader et que celui-ci fût vraiment Cournel, comme le démontraient ses papiers, la carrière de Jack Cavendish n’irait pas plus loin ! Ce serait la révocation et la misère. À son âge, quelle autre carrière entreprendre ? Et il n’était pas déjà si aimé, aussi bien à Suva que dans tout l’archipel…

Ayant rejoint le canot, il demanda à Takelau de l’accompagner.

Takelau, qui occupait à bord de l’Arii les fonctions de bos’un (maître d’équipage), ne manquait ni d’astuce ni d’intelligence.

Avec lui, Jack Cavendish s’en fut au village des Canaques, situé de l’autre côté de l’atoll : une vingtaine de misérables cases de roseaux, entre lesquelles les femmes pilaient des racines de taro ou écaillaient des poissons… Les hommes dormaient sous les cocotiers voisins.

Péniblement, Jack Cavendish interrogea une dizaine de naturels, hommes et femmes. Il ne reçut que des réponses évasives… incertaines... Un blanc était venu sur la Sea-Girl… Ce blanc était resté à la place de mister Cournel ! Et mister Cournel était reparti !… Et il était venu aussi d’autres Blancs sur la Sea-Girl ! Et ils avaient mangé et bu… et ils étaient repartis aussi…

Impossible d’obtenir des précisions ou des signalements.

Pour les pauvres Canaques, les Blancs se ressemblaient tous.

Dégoûté, écœuré, Jack Cavendish rejoignit la pinasse qui, aussitôt vogua vers l’Arii, qu’elle accosta quelques instants avant la disparition du soleil.

— Well ? Vous ne ramenez pas le « médico » ? ricana Matias Larsen, comme Jack Cavendish mettait le pied sur le pont.

— Il n’est pas dans l’atoll !… Nous pourrons appareiller lorsque vous le voudrez, capitaine ! répondit sèchement le détective.

— Demain, alors !… Car je veux profiter de notre escale pour faire un peu d’eau ! fit le skipper.

« Ah ! ces détectives !… Vous vouliez vous offrir une petite traversée dans les îles, aux frais de l’Administration, hé ? Ah, ah !… Vous remontez dans mon estime, cop (agent de police) !

Jack Cavendish, exaspéré, lui tourna le dos.

Le dîner, à la lueur des fanaux, fut plutôt maussade, en dépit des plaisanteries de Matias Larsen. Celui-ci eut beau interroger le détective sur sa visite à terre, il ne reçut pas de réponse, sinon un :

— Allez-y voir, si ça vous intéresse !…

Finalement, tout le monde se coucha.

Au petit jour, ainsi que de coutume lorsque le schooner était à l’ancre, tout l’équipage fut sur le pont.

Pendant que les quatre matelots canaques descendaient dans la chaloupe les barils destinés à être amenés à terre et emplis d’eau douce, Gustave Larsen, en court caleçon de grosse toile, se livra aux joies de la pleine eau…

Tandis qu’il s’ébattait autour de l’Arii, son père, pipe en bouche, entreprit une fois de plus Jack Cavendish qui, en attendant le déjeuner, s’était, à son habitude, installé sur le panneau de la cale et feuilletait pensivement son petit carnet de notes.

— Hello, cop ? On a bien dormi ?… Je parie que vous avez rêvé du docteur, hé ?… Avec des menottes et la barbe pas faite !… Ah ah ah ah ah !… Nous partons à dix heures. Les vents sont bons, en ce moment !…

« Après-demain, nous serons à Anatoa, et dans deux semaines, au plus, nous mouillerons en rade de ce cher Suva !

« Vous pourrez dire que vous aurez fait le meilleur voyage de l’année, cop !… Et sans le moindre embêtement, car, entre nous, le docteur vous aurait donné des…

Un hurlement rauque coupa la parole au skipper.

Devenu subitement pâle, il bondit vers le bastingage, sur lequel il se pencha.

C’était Gustave – son fils – qui avait crié !

Matias Larsen le vit qui se débattait convulsivement au milieu d’un tourbillon d’écume, comme un homme qui a perdu le contrôle de ses mouvements…

Mais les deux Canaques occupés à arrimer dans la chaloupe les petits barils vides que leur amenaient leurs camarades, avaient tout vu, eux aussi !…

Avant que Larsen ait eu seulement le temps de prononcer un mot, le gigantesque Namori piqua une tête dans l’eau couleur d’opale, où il disparut, pour reparaître à toucher Gustave Larsen, lequel continuait à barboter maladroitement, comme un nageur qui va couler…

Namori, d’un coup de poing à la nuque, l’étourdit, et, l’empoignant comme un paquet, le jeta littéralement sur son dos et fonça vers l’échelle suspendue le long du schooner, qu’il atteignit en quelques brasses…

S’y accrochant, il en escalada lestement les degrés et, arrivé sur le pont, faillit se heurter à Matias Larsen, qui s’était jeté à sa rencontre.

Tous deux étendirent sur le panneau de la cale le jeune homme sans connaissance, et virent qu’un filet de sang coulait le long de son mollet gauche.

Celui-ci était déjà enflé.

Le sang suintait de deux petits points noirs, éloignés de moins d’un centimètre, autour desquels la peau, devenue dure et tendue, couleur jaune-citron, était auréolée de violet.

— Kahina !… No good ! murmura Namori, en se secouant comme un chien.

— Go to hell ! (Va au diable !) gronda Matias Larsen.

Il savait aussi bien que le Canaque ce qu’était le kahina, la petite anguille du corail, dont la morsure est presque toujours mortelle. Seule, l’amputation du membre peut sauver le patient, lorsqu’elle est faite à temps

La face subitement durcie, le skipper bondit vers le gréement, et, de son couteau, trancha l’extrémité de la drisse de pavillon du grand mât.

Revenant alors vers le blessé, il enroula la mince cordelette autour de son jarret, au-dessus de la piqûre, et, se servant d’un cabillot en guise de tourniquet, serra la drisse jusqu’à ce qu’elle se fût enfoncée dans les chairs qui bleuirent.

Il « arrêta » le tout par deux demi-clés bien serrées, et, se redressant, lança à la ronde un regard d’angoisse ardente, comme s’il eut espéré apercevoir quelque secours surnaturel.

Il ne vit que Jack Cavendish qui, debout à quelques pas, immobile, le regardait :

— Vous croyez vraiment que le docteur Richardson n’est pas dans l’atoll ? demanda-t-il d’une voix âpre.

De la main, le détective esquissa un geste évasif :

— Qui peut savoir ? répondit-il seulement.

Matias Larsen lui jeta un regard méprisant, et, tournant brusquement les talons, clama :

— Takelau !… Namori !… À la pinasse !… Vite !

Sans même songer à prendre un couvre-chef – il était nu-tête – le skipper bondit vers la coupée.

Il dédaigna d’emprunter l’échelle et sauta dans l’embarcation, qui résonna sous le choc de ses pieds…

Les deux Canaques l’y rejoignirent aussitôt… Déjà, il avait largué la bosse qui retenait la pinasse. Celle-ci, sous l’impulsion vigoureuse des rameurs, glissa rapidement sur l’eau calme…

Moins de cinq minutes plus tard, Matias Larsen arrivait devant la maison de Louis Cournel, qu’il aperçut devant son hangar à coprah.

En quelques foulées, il le rejoignit et, le saisissant par le revers de sa veste de toile, il souffla :

— Docteur !… Vous allez venir avec moi ! Mon fils a été piqué par une anguille !… Il faut l’amputer… C’est une affaire de minutes !… J’ai une trousse d’urgence à bord !… Vite !

Louis Cournel – ou quel qu’il fût – possédait un sang-froid formidable.

D’une secousse, il se dégagea :

— Vous vous trompez, mister, dit-il avec calme. Je suis Louis Cournel, trader !… Si c’est le détective qui vous a renseigné, il a commis une mauvaise action !…

— Pas de blagues ! No shenanigans ! gronda Matias Larsen, en serrant convulsivement le bras du trader.

« … Vous êtes le docteur Richardson !… Vous avez eu cet imbécile de détective !… Mais, moi, je vous connais !… Je vous ai vu, à Suva… Au Sporting-Club… et à la Pacific-Coprah Association !… Venez !

« Mon fils est en train de mourir !… Vous comprenez ? En-train-de-mourir !… Peut-être qu’il est trop tard, déjà !

Louis Cournel avait légèrement pincé les lèvres.

— Lâchez-moi ! dit-il, sans perdre son calme.

« Je vous ai dit que vous vous trompiez ! Je vous le répète !… Croyez bien que je regrette infiniment de n’être pas l’homme que vous croyez !…

Matias Larsen grinça des dents. Ses yeux lancèrent des flammes :

— Si !… Vous êtes le docteur Richardson !… Je pourrais… Non !… Venez !… Ayez confiance en moi ! Ma parole d’homme que vous pourrez retourner ici, je vous la donne !… La parole de Matias Larsen !… Vous savez ce qu’elle vaut ! Quant au maudit détective, je m’en charge ! Vous comprenez ? Sabe ?

« Venez !… Mon fils va mourir, doc !… Vous n’allez pas le laisser crever comme un chien !… Mon fils !… Venez !…

Louis Cournel était toujours aussi calme. Mais il dit :

— Je vous répète que je ne suis pas celui que vous croyez, capitaine !… Mais j’ai fait quelques études médicales ! Et peut-être ? Enfin, je vais essayer d’opérer votre fils !… Vous avez ce qu’il faut ?

— Oui !… Tout !… On se débrouillera ! L’essentiel est de faire vite !… Venez ! s’écria le skipper de l’Arii, en entraînant Cournel.

— Je viens !

Tous deux, en quelques rapides foulées, furent sur la plage. Ils s’embarquèrent…

Lorsqu’ils mirent le pied sur l’Arii, Gustave Larsen était toujours étendu sur le panneau de la cale.

Sa jambe tout entière, depuis les doigts de pieds jusqu’à la ligature confectionnée par son père, avait enflé et s’était marbrée de vert et de violet…

— Nous allons opérer ici ! fit Louis Cournel, après un rapide examen du blessé, qui n’avait pas repris connaissance.

« Capitaine !… Vous apporterez un drap propre… Faites bouillir de l’eau ! Il me faudra deux aides ! Vous… et ce gentleman !

Et, de son bras étendu, il désigna Jack Cavendish qui, debout à quelques pas, l’observait d’un air songeur.

À partir de ce moment, Louis Cournel – ou quel qu’il fût – ne s’occupa plus que du blessé.

Sur ses ordres, donnés d’une voix calme, égale, un drap propre fut étendu sur le panneau de la cale. Gustave Larsen y fut étendu.

L’Arii, conformément aux règlements du Board of Trade, avait à son bord une boîte de chirurgie d’urgence.

Louis Cournel fit passer tous les instruments à l’eau bouillante. Il se lava les mains.

Et, tandis que les quatre matelots canaques, groupés autour du patient, le maintenaient solidement, l’énigmatique personnage, debout auprès de la jambe blessée qui pendait le long de l’hiloire de la cale, campé sur sa jambe droite, les pieds d’équerre et les jarrets pliés, dans la position classique du chirurgien, traça rapidement, d’une main qui ne tremblait pas, la ligne d’incision.

Armé du couteau, il sectionna la peau, sans faire de bavures.

Sur son ordre, Jack Cavendish, debout à son côté, rétracta alors les chairs à l’aide d’instruments appropriés, afin qu’il pût trancher plus facilement les muscles. L’os fut dénudé. La scie l’attaqua…

À ce moment, Gustave Larsen, reprenant ses sens, poussa un hurlement d’atroce douleur. Il voulut se redresser – mais les quatre robustes Canaques, dûment stylés, le maintinrent.

Cournel, impassible, pinça l’artère fémorale, puis la ligatura avec un fil de soie préparé d’avance. Les sutures furent faites, et, enfin, Cournel pratiqua le pansement – sans entendre les hurlements de l’opéré…

— Tout va bien ! dit-il, après que Gustave Larsen eut été descendu dans son lit, dans sa petite cabine.

« Grâce à la ligature que vous avez opérée, capitaine, le venin ne s’est pas répandu dans l’organisme – ou, du moins, en petite quantité !…

« Je pense que, d’ici une semaine, votre fils sera hors de danger !… Je demeurerai à bord pendant ce temps : une hémorragie peut toujours se produire !…

— Je vous remercie, docteur !… Vous me… Je suis prêt à payer ce que vous me direz ! s’écria Matias Larsen.

— Rien du tout !… Je ne suis pas chirurgien !… J’ai fait de mon mieux… en me rappelant mes études ! D’ailleurs, l’opération était d’une simplicité extrême !…

Aucun autre mot ne fut échangé.

Que pensait Jack Cavendish ?… Il ne le dit pas.

Une heure plus tard, Matias Larsen, Cavendish et le mécanicien de l’Arii déjeunèrent en compagnie, sans que fût prononcé le nom du docteur Dan Richardson…

De temps à autre, Jack Cavendish regardait Cournel à la dérobée…

Une semaine passa, pendant laquelle Louis Cournel ne quitta pour ainsi dire pas l’Arii. Jack Cavendish ne disait toujours rien…

Un matin, enfin, Louis Cournel enleva les drains et les sutures qui maintenaient la plaie de l’opéré – lequel était déjà en convalescence – et confectionna un pansement léger et sec.

— Tout va bien ! dit-il au skipper, qui assistait à l’opération. Le malade ne court plus aucun danger !…

« Je m’en vais donc vous quitter, capitaine, très heureux d’avoir pu vous être utile.

— Et je vais vous raccompagner à terre ! fit Matias Larsen.

Tous deux montèrent sur le pont et rejoignirent Cavendish, assis sur le panneau, comme à son habitude :

— Mister Cournel s’en va !… Voulez-vous lui dire au revoir, mister Cavendish ? fit Larsen, sérieux.

Le détective s’était levé.

— Je regrette ! dit-il. Mister Cournel, je ne le connais pas ! Je connais le docteur Dan Richardson, que je suis chargé d’arrêter !… Au nom de Sa Majesté Le Roi d’Angleterre, Dan Richardson, je vous arrête !… Veuillez me laisser vous passer les menottes, ainsi que l’exige le règlement !

Louis Cournel s’était reculé d’un pas.

— Bosh ! (Des blagues) ! intervint, riant, Matias Larsen, en se plaçant entre les deux hommes. Vous plaisantez, cop ? Allons ! Pas de blagues ! Serrez la main à mister Cournel, et ne nous retardez pas ! Nous sommes restés assez longtemps dans ce maudit atoll !

— Je ne plaisante pas du tout, capitaine, et je dois vous avertir que si vous aidiez l’inculpé ici présent à entrer en rébellion contre la loi, votre responsabilité serait fortement engagée !… Le riot act prévoit…

— J’ai dit : pas de blagues, cop !… Et ça suffit !… Qui est le maître à bord ? Moi !…

« Well !… Allez vous cacher dans votre cabine, que je ne vous voie plus, ou je vous colle aux fers, moi-même !…

Jack Cavendish pinça ses lèvres minces :

— C’était à prévoir ! Vous saurez ce que cela vous coûtera, capitaine ! dit-il en s’écartant avec dignité.

— Venez, mister Cournel ! conclut le skipper, qui ajouta, dès qu’il fut dans la pinasse avec le sauveur de son fils :

« Et ne craignez rien !… Le cop ne fera rien contre vous ! Matias Larsen vous le dit !…

— J’ai confiance en vous, capitaine ! répondit le trader avec simplicité.

 

*   *   *

 

À dix heures du matin, comme l’avait dit Matias Larsen, l’Arii, poussé par son Diésel, franchit la passe faisant communiquer le lagon de Ramirez avec la haute mer.

— On va avoir un fameux temps jusqu’à Onatoa, cop ! fit Larsen au détective, la manœuvre terminée.

— Je n’en sais rien, mais je sais que je vais vous faire envoyer au Pénitencier, capitaine ! riposta Cavendish, sèchement.

— Vous êtes rudement sûr de vous ! remarqua le skipper, sans s’émouvoir autrement.

Il s’éloigna sur ces mots, les seuls qu’il devait adresser au policier, ce jour-là.

Le lendemain matin, Jack Cavendish, lorsqu’il voulut, ainsi qu’il le faisait chaque jour, s’asseoir sur le panneau de la cale, trouva sa place occupée par un lourd caillebotis, qui séchait. Il dut s’installer un peu plus loin.

Peu après, Matias Larsen s’en fut sur le gaillard, où il s’assura que les ancres étaient bien saisies. En revenant vers l’arrière, il s’arrêta, leva la tête vers l’écoute de la voile d’étai et sembla se livrer à un rapide calcul mental. Se penchant alors vers le taquet où était amarrée l’écoute, il desserra légèrement celle-ci et s’en revint vers l’arrière, où il s’assit, pipe en bouche, sur le couronnement.

Une minute ne s’était pas écoulée qu’une risée secoua violemment la voile d’étai. L’écoute se tendit en claquant. Son amarrage, desserré, céda. La corde glissa en sifflant autour du taquet.

La voile, n’étant plus retenue, battit avec force, entraînant la poulie accrochée à son angle inférieur, laquelle poulie décrivit une foudroyante trajectoire.

Sur le parcours de cette trajectoire se trouvait la tête de Jack Cavendish.

Le détective, le crâne éclaté net, comme un œuf, tomba à la renverse sans même pousser un cri.

Dans la soirée, Matias Larsen, avant de prendre le quart, traça ces mots, de sa grosse écriture, sur le journal de bord :

Ce matin, vers six heures, la poulie d’écoute de la voile d’étai, mal amarrée, a atteint à la tête mister Jack Cavendish, notre passager, qui a été tué sur le coup.

Nous l’avons immergé à quatre heures le même jour, avec le cérémonial d’usage.

Conformément à la loi, j’ai placé ses bagages sous scellés.

José MOSELLI.

 


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en mai 2020.

 

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— Sources :

Ce livre numérique est réalisé principalement d’après : Moselli, José, L’Homme de l’atoll, Nouvelle, in Sciences et Voyages, n° 8 (nouvelle série), Paris, Société parisienne d’édition, 1926. La photo de première page, Plage près de Pointe Noire, a été prise par Laura Barr-Wells en 1981.

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