Imagerie d’Épinal

CONTES
ET
FÉES
(2ème partie)

édité par la bibliothèque numérique romande

ebooks-bnr.com

 

 


Table des matières

 

HISTOIRE DE LA BELLE ET LA BÊTE. 3

HISTOIRE DU PETIT POUCET. 9

LA SŒUR DU PETIT POUCET. 15

LE BELLE AUX CHEVEUX D’OR.. 22

HISTOIRE DE LA BARBE BLEUE. 29

LE PRINCE LUTIN.. 35

LE PRINCE CHARMANT. 40

LE PRINCE DÉSIR.. 45

MARIE, L’ENFANT DE LA FÉE. 50

LE LOUP, LA CHÈVRE ET SES BIQUETS. 55

Ce livre numérique. 60

 

HISTOIRE DE LA BELLE ET LA BÊTE

Un marchand avait trois filles. La cadette était la plus belle, la plus aimable et elle chérissait son père.

Ce marchand fut obligé de faire un voyage. Il promit à ses filles de leur rapporter à chacune un présent. La belle lui demanda simplement de lui rapporter une rose.

Après avoir terminé ses affaires, il se mit en route pour retourner chez lui, mais il s’égara et se trouva comme par enchantement dans une contrée déserte qui lui était inconnue.

Après avoir marché longtemps, il arriva enfin à la porte d’un beau château, et il se décida à y entrer, car il était bien fatigué.

Après avoir traversé plusieurs grands vestibules, plusieurs salles dont les portes s’ouvraient devant lui, il arriva dans une salle et trouva un souper servi. Il ôta son manteau et se mit à table, car il mourait de faim.

Après dîner, il descendit au jardin, et, voyant une rose magnifique, il la cueillit pour la rapporter à sa fille, mais au même instant une bête affreuse se présenta devant lui.

Le marchand, saisi d’épouvante, voulut s’enfuir, mais la bête le retenant, lui dit : Est-ce ainsi que tu reconnais mon hospitalité ? Tu vas mourir, à moins que tu ne promettes de me donner une de tes filles.

La bête laissa partir le marchand en lui donnant trois jours pour exécuter ses volontés ; après ce temps, s’il n’était pas de retour, il devait s’attendre à une punition terrible dont rien ne pourrait le garantir.

Du plus loin qu’elles l’aperçurent, ses filles coururent à sa rencontre ; mais le marchand, loin de leur rapporter les cadeaux promis, revenait les mains vides ; il était triste, abattu et d’une pâleur mortelle.

Lorsque la belle connut la cause de sa tristesse de son père, elle se dévoua aussitôt pour le sauver. En vain, son père voulut s’opposer à son projet, elle persista à partir pour le château de la bête.

Rien n’ayant pu la retenir, elle partit et arriva au château de la bête, qui se présenta pour la recevoir. Mais elle faillit mourir de frayeur à la vue de la bête. Elle ne croyait pas voir un être aussi horrible.

La bête la reçut très courtoisement, avec bonté, et lui donna un bouquet des plus belles roses qu’elle eût jamais vues.

La belle était traitée avec les plus grands égards. Au bout de quelque temps, la bête lui demanda si elle voulait l’épouser ? Non ! dit-elle, j’aimerais mieux mille fois mourir.

À ces mots, la bête tomba à la renverse et perdit connaissance. La belle lui donna tous les soins possibles et eut bien du mal pour la rappeler à la vie.

La bête fit ensuite une longue maladie et fut longtemps sur le point de mourir. La belle qui le soignait pendant sa maladie, voyant son chagrin, en fut touchée et consentit enfin à l’épouser.

Aussitôt que la belle eut consenti à l’épouser, la bête tout à coup fut changée en un jeune grince charmant qui, par enchantement, avait été changé en bête, jusqu’à ce qu’une jeune fille eût consenti à l’épouser, malgré son horrible laideur.

HISTOIRE DU PETIT POUCET

Il y avait une fois un bûcheron et sa femme qui étaient si pauvres, qu’ils résolurent d’abandonner leurs sept garçons. Le plus jeune, nommé Petit Poucet, entendit la conversation de ses parents.

L’avisé gamin emplit ses poches de petits cailloux blancs et, le lendemain, alors que leurs parents les emmenaient dans la forêt, il sema les cailloux sur le chemin.

Arrivés bien loin, le bûcheron et sa femme s’enfuirent sans être vus de leurs enfants. Le soir, ne voyant plus leurs parents, les pauvres petits se mirent à pleurer.

Petit Poucet dit à ses frères : « Soyez tranquilles et suivez-moi ». Et il les ramena au logis en reprenant à rebours le chemin d’aller, marqué par les petits cailloux blancs.

À quelque temps de là, le bûcheron les emmena à nouveau dans la forêt. Petit Poucet, faute de cailloux, émietta le pain de son déjeuner le long du chemin.

Poucet et ses frères croyaient qu’ils se retrouveraient facilement : mais les oiseaux avaient mangé le pain, la nuit était venue et ils entendaient les hurlements des loups.

Les pauvres petits avaient bien faim et bien peur aussi. Petit Poucet s’avisa de grimper tout en haut d’un arbre et s’écria tout joyeux qu’il apercevait une petite lumière.

Il entraîna ses frères dans cette direction et ils arrivèrent à la porte d’un vieux château. Ils frappèrent et demandèrent l’hospitalité à la bonne dame qui vint leur ouvrir.

Elle les laissa se chauffer, puis leur conseilla de partir, disant qu’ils étaient dans la maison d’un ogre qui mangeait les petits enfants ; mais au même instant, l’ogre frappa à la porte.

Elle fit rapidement cacher les enfants sous le lit et courut ouvrir. En entrant l’ogre demanda à souper et sa femme lui servit un mouton tout entier, cuit à la broche.

Tout à coup, l’ogre se mit à flairer à droite et à gauche disant : « Je sens la chair fraîche ». Sa femme lui répondit que c’était probablement le veau qu’elle venait de tuer.

Mais l’ogre flairant plus fort, alla droit au lit, en tira les pauvres petits et s’apprêtait à les égorger quand il se ravisa et dit à sa femme de leur donner à manger et de les coucher.

La femme obéit et les emmena coucher dans le lit voisin de celui de ses sept filles. Toujours méfiant, Poucet se releva sans bruit et échangea les couronnes des filles de l’ogre contre les bonnets de ses frères et le sien.

La précaution était bonne car l’ogre, se ravisant, vint dans la nuit pour les égorger. Seulement ce furent ses filles que dans l’obscurité, en tâtant les coiffures, il prit pour les garçons. Il leur coupa le cou et se recoucha.

Dès que l’ogre fut rendormi, Petit Poucet fit lever ses frères et tous se sauvèrent sans bruit par le jardin. Ils coururent pendant toute la nuit sans prendre de repos.

Le lendemain matin, en voyant sa méprise, l’ogre entra dans une violente fureur. Il chaussa aussitôt ses célèbres bottes de sept lieues et se mit à la poursuite des fugitifs.

Quand Poucet et ses frères aperçurent l’ogre qui franchissait les montagnes d’une seule enjambée, ils renoncèrent à fuir et se cachèrent sous un énorme rocher.

L’ogre, pour se reposer, vint s’asseoir précisément sur ce rocher et s’endormit profondément. Petit Poucet ordonna à ces frères de rentrer chez leurs parents et tira doucement les bottes de l’ogre.

Il les adapta de son mieux à ses petites jambes, courut à la maison de l’ogre et, disant que celui-ci était tombé aux mains de brigands, réussit à se faire remettre une forte somme pour la rançon.

Chargé des richesses de l’ogre, Poucet revint à la maison paternelle où il retrouva ses frères. Avec la prétendue rançon, il acheta des biens à son père et ils vécurent tous heureux.

LA SŒUR DU PETIT POUCET

Le Petit Poucet avait une sœur qu’on appelait Fagotte en raison de son habileté à faire des fagots.

Elle était la plus jeune de la famille et, pour cette raison, la préférée de sa mère qui l’adorait.

La petite Fagotte avait un excellent cœur et sa bonté s’étendait à toutes les créatures sans distinction. Quand ses frères prenaient un nid, elle élevait avec grand soin les petits oiseaux, et avait ainsi gagné la confiance d’un roitelet, son préféré, qui venait manger dans sa main.

Un jour, qu’elle émiettait du pain à ses protégés, elle aperçut un méchant renard qui regardait avec convoitise son oiseau chéri. Elle s’arma d’un bâton et mit en fuite le vilain animal, tandis que le petit oiseau se réfugiait sur son épaule.

Inquiète au sujet de ses frères, que ses parents avaient perdus dans la forêt, elle se décida à partir à leur recherche. Pour retrouver son chemin à son retour, elle cassait de temps à autre une petite branche et s’arrêtait souvent pour appeler.

Après avoir longtemps erré dans la forêt, elle rencontra une vieille femme couverte de haillons qui ramassait du bois mort et qui, courbée en deux, paraissait très fatiguée.

Fagotte lui demanda poliment son chemin.

La vieille releva la tête, s’assit sur son fagot et lui dit qu’elle n’avait pas mangé depuis deux jours. Fagotte fut si émue de sa misère qu’elle lui tendit son unique morceau de pain en disant : « Prenez bonne vieille, moi, il n’y a encore qu’un jour que je jeûne. »

« Ah ! vous avez un bon cœur. Dieu vous récompensera, » dit la vieille. « Venez avec moi, je sais un endroit où nous trouverons tout ce qu’il nous faut. » Elles se mirent en route, la vieille marchant péniblement en s’appuyant sur son bâton.

Après avoir longtemps marché, la vieille s’arrêta et dit : « Nous voici arrivées. — Où sommes-nous ? dit Fagotte. — Chez moi. » répondit la vieille en levant son bâton. En même temps la forêt disparut et Fagotte se trouva dans un beau château.

À la place occupée par la vieille, se trouvait maintenant une dame vêtue magnifiquement. Fagotte la regarda attentivement et reconnut sa compagne, mais belle et rajeunie. « N’aie pas peur mon enfant, lui dit celle-ci, c’est bien moi. J’ai voulu d’abord t’éprouver. »

« Maintenant, je veux te récompenser de ta bonne action. Je suis une fée et j’aime les enfants qui ont bon cœur. Tu resteras ici et tu grandiras près de moi, heureuse et riche. Tes parents sont de méchantes gens qui te perdraient un beau jour comme ils ont perdu tes frères. »

« Oh ! maman m’aime bien et elle me pleure maintenant. Laissez-moi aller sécher ses larmes, » dit Fagotte ; mais la fée lui répondit : « Plus tard, je veux t’élever afin qu’un jour tu fasses le bonheur de ta famille. » Il fut impossible à Fagotte de vaincre sa résistance.

Le jour de son arrivée au château, l’intendant de la fée étant mort, un autre s’était présenté pour le remplacer. C’était un homme grand et maigre, avec des cheveux roux et de petits yeux ronds et perçants, que Fagotte crut avoir déjà rencontré.

Cet homme était, en effet, le mauvais génie qui, sous la forme d’un renard, avait voulu se jeter sur le roitelet de Fagotte qui était, lui aussi un génie, ennemi mortel du premier.

Pour se venger de Fagotte, l’intendant résolut de la noyer et la précipita dans un lac voisin renommé pour sa grande profondeur. Mais à mesure qu’elle s’enfonçait, l’eau devenait si limpide que Fagotte se croyait encore en plein air. Enfin elle arriva dans un superbe palais de cristal.

Une jeune femme, vêtue d’habits étincelants, était assise sur un trône de corail. Elle avait des yeux bleus, des cheveux verts et son teint était si frais, sa peau si fine, que son corps était presque transparent. – C’était la reine du lac.

« Je t’attendais, dit la reine. Tu as sauvé la vie à mon frère, condamné par le roi des génies à rester pendant un an sous la forme d’un roitelet. Sans toi il aurait été victime du renard, son mortel ennemi, et je veux, en retour, te rendre à tes parents. »

Fagotte s’endormit et se réveilla bientôt au milieu d’une forêt qu’elle reconnut pour y avoir fait des fagots avec ses frères. Tout-à-coup elle entendit une voix qui criait : Ma sœur ! Ma sœur ! et en même temps elle aperçut le Petit Poucet qui venait vers elle.

Comme il avait ses bottes de sept lieues, en une enjambée il fut près d’elle et ils s’embrassèrent tendrement. Auprès d’eux, un renard était étendu sans vie. En le reconnaissant. Fagotte s’écria : « Me voilà débarrassée de mon ennemi. »

« Mais, par contre, je ne vois pas mon ami le roitelet. — Me voici, me voici, c’est à moi que tu as sauvé la vie, » dit une voix et un roitelet se posa sur son épaule en poussant des cris joyeux. Poucet et Fagotte revinrent chez leurs parents qui furent heureux de les retrouver.

Le bon génie reprit, peu de temps après, sa véritable forme ; les combla de cadeaux superbes et leur prédit bonheur et prospérité. Ils vécurent alors d’heureux jours et plus jamais leurs parents ne songèrent à les perdre.

LE BELLE AUX CHEVEUX D’OR

Il était une fois une princesse si belle, qui de beaux cheveux blonds, qu’on l’avait surnommés la belle aux cheveux d’or.

Un puissant roi voisin envoya son favori, le chevalier Avenant, chargé de riches présents, pour demander la princesse en mariage.

Avenant partit pour son ambassade. En côtoyant le bord d’une rivière, il aperçut une carpe qui avait sauté sur le gazon, et qui allait périr. Avenant en eut pitié et la rejeta dans la rivière.

Le lendemain, en cheminant, il vit un corbeau poursuivi par un aigle énorme qui allait le dévorer. Avenant prit son arc et visa si bien qu’il tua l’aigle. Le corbeau en fut quitte pour la peur et s’envola.

En passant dans une forêt, il vit un hibou qui se débattait en poussant de grands cris ; il s’était laissé prendre dans un filet. Avenant prit son poignard, coupa le filet, et rendit la liberté au hibou.

Arrivé au but de son voyage, Avenant remit à la princesse les présents de son maître. La princesse dit qu’elle n’épouserait le roi que si Avenant pouvait retrouver une bague d’un grand prix qu’elle avait laissé tomber dans la rivière.

Avenant se désolait, désespérant de jamais pouvoir retrouver la bague de la princesse, lorsque tout à coup son petit chien Cabriole, le tirant par son manteau, lui fit signe de le suivre, et il le conduisit au bord de la rivière.

Arrivé au bord de la rivière, Avenant entendit qu’on l’appelait, il reconnut la carpe qu’il avait rejetée à l’eau qui lui donna la bague de ta princesse ; ce qui prouve qu’un bienfait n’est jamais perdu.

La princesse, enchantée d’avoir retrouvé sa bague, le remercia ; mais, par un nouveau caprice, elle déclara qu’elle n’épouserait jamais le roi si Avenant n’allait pas tuer le terrible géant Galifron, son ennemi, et qu’il fallait lui apporter sa tête.

Avenant partit donc pour combattre le géant. Bientôt il le vit venir de loin, et chacun de s’enfuir au loin. Avenant tremblait, mais il s’avança bravement vers le géant, qui se mit à se moquer d’un aussi faible adversaire.

Avenant tira son épée, et le géant, levant sa terrible massue, crut qu’il allait le broyer du coup. Avenant sauta lestement de côté ; le combat continuait lorsque le corbeau sauvé par Avenant s’élança sur le géant, lui creva les jeux, et Avenant lui coupa la tête.

Avenant, vainqueur, apporta l’effroyable tête du géant à la princesse, qui lui dit qu’elle n’avait plus qu’un seul désir à former, mais qu’il fallait absolument qu’il allât lui chercher la fiole d’eau de beauté qui se trouvait gardée dans une grotte enchantée.

Arrivé à la grotte enchantée, il fut impossible à Avenant d’y pénétrer, elle était gardée par des monstres terribles, et entourée de périls effroyables. Avenant se désolait, lorsque le hibou qu’il avait sauvé s’élança dans la grotte et lui rapporta la fiole d’eau de beauté.

La belle aux cheveux d’or se décida enfin à épouser le roi, et se mit en route avec Avenant. Chemin faisant la princesse le trouva si aimable, qu’elle regrettait qu’il ne fût pas le roi, son futur époux.

Enfin la belle aux cheveux d’or arriva à la cour du roi, et on célébra le mariage avec des fêtes et des réjouissances comme on en avait jamais vu.

Cependant tous les courtisans, jaloux de la faveur dont Avenant jouissait près du roi et de la reine, insinuèrent au roi que la reine aimait Avenant. Le roi, jaloux et irrité, le fit enfermer dans une tour.

Il arriva un jour qu’une chambrière cassa la fiole d’eau de beauté, qui était conservée soigneusement. Cette fille mit à sa place une autre fiole semblable, qu’elle avait trouvée dans la chambre du roi ; mais cette fiole contenait un poison très violent.

Le roi voulant un peu se rajeunir, prit la fiole et s’en frotta le visage, mais aussitôt il tomba raide mort.

À peine le roi fut-il enterré que la reine courut à la tour où gémissait Avenant, et lui dit : Venez Avenant, soyez mon époux, et vous serez roi.

Avenant fut enchanté, car il aimait la reine. On fit pour la noce des fêtes comme on en verra plus jamais, et ils vécurent longtemps heureux.

HISTOIRE DE LA BARBE BLEUE

Il était une fois un homme immensément riche et puissant. Mais, par malheur, cet homme avait la barbe bleue : cela le rendait si laid, qu’il n’était ni femme ni fille qui ne s’enfuit devant lui.

Cependant la Barbe-Bleue avait déjà été marié plusieurs fois, et nul ne savait ce que ses femmes étaient devenues. Mais comme il donnait des fêtes magnifiques, une demoiselle de qualité se décida à l’épouser.

Au bout d’un mois, Barbe-Bleue dit à sa femme qu’il était obligé de partir en voyage. « Voilà toutes mes clefs lui dit-il, il n’y a que ce cabinet que je vous défends absolument d’ouvrir. »

Aussitôt Barbe-Bleue parti, les amies de la jeune mariée vinrent la visiter. Elles ne pouvaient se lasser de courir dans les beaux appartements, d’admirer les bijoux et enviaient le sort de Madame Barbe-Bleue.

La femme de Barbe-Bleue était fort intriguée de savoir ce qu’il y avait dans le cabinet mystérieux. La curiosité la dévorait. Enfin, n’y tenant plus, elle se décida à ouvrir le cabinet malgré la défense de son mari.

Un spectacle horrible s’offrit à sa vue : le plancher était couvert de sang caillé et les cadavres des précédentes femmes de Barbe-Bleue étaient attachés le long des murs.

Elle pensa mourir de peur et laissa tomber la clef du cabinet dans le sang. Ayant ramassé la clef, elle se hâta de refermer la porte et de monter dans sa chambre pour se remettre de sa frayeur.

Ayant remarqué que la clef était tachée de sang elle l’essuya avec soin ; mais le sang ne s’en allait pas. Elle eut beau frotter, elle ne put la nettoyer : quand elle ôtait le sang d’un côté, il revenait de l’autre.

La Barbe-Bleue revint de son voyage plus tôt qu’on ne l’attendait et sa femme fit semblant d’être bien aise de son retour. Le lendemain ; il lui redemanda ses clefs, qu’elle lui rendit en tremblant.

« Madame, pourquoi y a-t-il du sang sur cette clef ? — Je n’en sais rien, dit la pauvre femme plus pâle que la mort. — Vous avez voulu entrer dans le cabinet… Eh bien, vous y prendrez votre place dit la Barbe-Bleue. »

Elle se jeta aux pieds de son mari en pleurant, lui demandant pardon ; mais la Barbe-Bleue avait le cœur plus dur qu’un rocher. « Il faut mourir. Madame, lui dit-il d’un air terrible, et tout à l’heure. »

« Puisqu’il faut mourir, dit-elle en sanglotant, donnez-moi un moment pour prier Dieu — Je vous donne un quart d’heure, reprit Barbe-Bleue mais pas un moment de plus. »

Lorsqu’elle fut seule, elle appela sa sœur Anne et lui dit : « Monte bien vite sur le haut de la tour, mes frères m’ont promis de venir me visiter aujourd’hui ; si tu les vois, fais leur signe de se hâter. »

La sœur Anne monta sur le haut de la tour, et la pauvre affligée lui criait : « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? — Sœur Anne répondait : Je ne vois que le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie. »

Cependant la Barbe-Bleue, tenant à la main un grand coutelas, criait de toute sa force : « Vas-tu descendrrrre… ou je monte ? — Encore un petit moment, s’il vous plaît, » lui répondait sa femme.

Et aussitôt elle criait tout bas : « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? — Je vois, répondit sœur Anne, une grosse poussière qui vient de ce côté-ci ! — Descendrrras-tu, criait Barbe-Bleue. »

« Encore un petit moment, » répondait sa femme, puis elle criait : « Anne ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? — Je vois, dit sœur Anne, deux cavaliers qui viennent de ce côté. »

Barbe-Bleue se mit à crier si fort que la pauvre femme descendit. « Allons, il faut mourir, » et la prenant par les cheveux, il leva son coutelas. Mais on frappa si rudement à la porte qu’il s’arrêta.

La porte s’ouvrit et Barbe-Bleue reconnut les frères de sa femme, l’un dragon et l’autre mousquetaire. Ils se mirent à la poursuite de Barbe-Bleue et lui passèrent leurs épées au travers du corps.

Barbe-Bleue étant mort, sa femme hérita de ses grands biens. Elle maria richement sa sœur Anne, acheta des charges de capitaines à ses frères et se remaria à un jeune seigneur qui la rendit heureuse.

LE PRINCE LUTIN

Un roi avait un fils très laid et très mal élevé que sa mère nommait Furibond.

Léandre, jeune prince attaché à la cour était tout le contraire de Furibond, ce qui excitait la jalousie de ce dernier.

Léandre, vivant à la campagne pour éviter la jalousie de Furibond, délivre une couleuvre que son jardinier voulait tuer.

Léandre tue les assassins que Furibond avait envoyés pour le détruire.

Rentré chez lui il trouve en place de sa couleuvre, la fée gentille, qui lui donne le pouvoir de se rendre invisible et le nomme Lutin.

Le prince Lutin cloue l’oreille de Furibond à une porte à laquelle il écoutait.

Lutin attache à un arbre un voleur qui voulait dépouiller Abricotine, amazone de l’Île des Plaisirs.

Il reconduit Abricotine, et apprend que l’Île des Plaisirs, habitée par des amazones, avait une reine jeune et belle.

Abricotine fait ses adieux au prince Lutin, car aucun homme ne pouvait entrer dans l’Île des Plaisirs tranquilles.

Le prince Lutin imite la voix du perroquet favori de la princesse, et cause avec elle.

La princesse trouve dans une chambre le portrait de Lutin que celui-ci avait fait lui-même.

Le prince Lutin ayant écrit des vers sur ses tablettes, Abricotine les présente à la princesse.

Lutin se laisse voir à la princesse sous la figure d’Apollon.

La princesse ayant reconnu sa ressemblance avec le portrait surnaturel, s’évanouit.

Furibond venant assiéger l’Île des Plaisirs, le prince Lutin, déguisé en amazone, va le trouver dans sa tente.

Le prince Lutin tranche la tête à Furibond.

Le prince Lutin se fait reconnaître pour roi par les troupes de Furibond.

La princesse déclare son amour pour Lutin à la fée sa mère.

La princesse trouve Lutin endormi.

Le prince en s’éveillant déclare son amour à la princesse et obtient sa main.

LE PRINCE CHARMANT

Il était une fois un prince qui avait été fort mal élevé et qui se mettait en colère à chaque instant. On le nommait Charmant.

À seize ans, son père étant mort, il fut nommé Roi, et son premier soin fut de nommer son professeur gouverneur d’une province.

Quand il fut débarrassé de son professeur, il s’adonna à la chasse. Un jour il vit passer une biche blanche comme la neige.

Il la suivit sans faire attention qu’il s’éloignait de sa suite et arriva devant un beau château.

Le portier siffla aussitôt et plusieurs domestiques portant des flambeaux conduisirent le prince devant une dame d’une grande beauté.

Charmant la trouva si belle qu’il lui demanda sa main, mais elle lui dit qu’il n’était pas seul à vouloir l’épouser et elle lui présenta le prince Absolu.

« Il faut, ajouta-t-elle, que vous méritiez ma main ; celui de vous deux qui me sera resté fidèle pendant trois ans sera mon époux, je m’appelle Vraie-Gloire. »

Les deux princes partirent ; mais à peine eurent-ils fait deux cents pas dans la forêt qu’ils trouvèrent un palais beaucoup plus beau que l’autre.

La curiosité les fit entrer, et ils retrouvèrent la princesse, mais aussi parée qu’elle était simple et modeste la veille.

Absolu trouva la jeune dame plus jolie encore, mais Charmant s’aperçut bien vite qu’elle était fardée et qu’elle était moins jeune.

En quittant ce château les princes se séparèrent, et Charmant alla tout droit chez son ancien gouverneur, qui lui avait souvent parlé de Vraie-Gloire.

Le bon professeur lui apprit que Vraie-Gloire avait une sœur qu’on appelait Fausse-Gloire, et que ceux qui écoutaient cette dernière mouraient misérablement.

Charmant se mit alors à l’étude, et fit bâtir de grandes villes et de beaux monuments.

Au bout de trois ans, il retourna à la forêt où il rencontra Absolu dans un char superbe.

Arrivés devant les palais des deux sœurs, Absolu se précipita dans celui de Fausse-Gloire, et s’aperçut que son épouse était vieille et ridée.

Pendant ce temps, Charmant voyait venir au devant de lui Vraie-Gloire toujours jeune et belle. Leur mariage eut lieu le même jour.

LE PRINCE DÉSIR

Il y avait une fois un roi qui aimait passionnément une princesse qu’il ne pouvait épouser parce qu’elle était enchantée.

Une bonne fée lui dit : Si vous voulez rompre l’enchantement, il faut marcher sur la queue du chat de la princesse ; le Roi s’empressa d’obéir.

Le chat prit alors la figure d’un géant et dit au Roi : Tu épouseras ta princesse, mais il te naîtra un fils qui sera malheureux jusqu’à ce qu’il s’aperçoive qu’il a le nez trop grand.

Un an après la Reine mit au monde un petit prince très joli mais qui avait un nez si grand qu’il lui cachait la moitié du visage.

Il fut élevé avec soin, mais on n’admit près de lui que des personnes qui avaient le nez trop long, et on lui persuada que c’était la beauté même.

Quand il fut en âge de se marier, on lui présenta les portraits de toutes les princesses des environs. Il choisit la princesse Mignonne, malgré son petit nez.

Il envoya des ambassadeurs, et Mignonne lui ayant été accordée, il alla au devant d’elle jusqu’à plus de dix lieues de la ville.

Mais au moment où il s’avançait vers Mignonne, elle fut enlevée dans les airs par le géant qui était apparu au Roi.

Le prince Désir inconsolable, voulut partir seul à la recherche de sa belle princesse, il monta à cheval et s’éloigna.

Après avoir marché pendant deux jours et deux nuits, il aperçut une caverne dans laquelle il y avait une petite vieille qui avait un nez beaucoup trop court.

Le prince et la vieille se mirent à rire, en s’écriant : Quel drôle de nez ! puis le prince demanda si la bonne femme pourrait lui donner à souper.

On se mit à table, et pendant tout le repas, la vieille fée n’arrêta pas de plaisanter le prince Désir sur la longueur de son nez.

Aussi quand il eut fini de manger, Désir, impatienté de toutes ces plaisanteries, se jeta sur son cheval et partit au galop.

Enfin la vieille qui voulait lui rendre service malgré lui, enferma la princesse dans un palais de cristal qu’elle plaça sur la route de Désir.

En voyant Mignonne, il voulut lui baiser la main, mais comme son nez l’en empêchait, il s’écria : Décidément ; j’ai le nez beaucoup trop long.

Dans ce moment le palais s’écroula et le nez de Désir devint un nez ordinaire, il remercia bien fort la vieille et épousa la princesse.

MARIE, L’ENFANT DE LA FÉE

Un bûcheron et sa femme mouraient de faim. Une fée leur promit d’adopter leur enfant s’ils voulaient le lui donner.

La petite Marie s’en trouva fort bien, elle ne mangeait que des pains d’épice et les petits lutins venaient jouer avec elle.

Les chevreuils, les lapins, les oiseaux, toutes les bêtes de la forêt la connaissaient et l’accompagnaient quand elle faisait la promenade.

Quand elle voulait se promener en nacelle, une cigogne se perchait sur la nacelle et, en battant des ailes, la menait où elle voulait.

Un jour la fée dût la laisser seule au logis ; avant de partir elle lui défendit d’ouvrir un coffret qu’elle lui montra.

Marie désobéit : quand elle eut ouvert le coffret, elle y trouva la baguette magique de la fée.

À son retour, la fée vit aux doigts dorés de Marie, qu’elle lui avait désobéi ; Marie nia sa faute.

Méchante, menteuse, lui dit la fée, il faut donc te punir, puisque tu ne veux pas te repentir. Aussitôt Marie tomba dans un profond sommeil.

Quand elle se réveilla, elle se trouvait à l’endroit où la fée l’avait recueillie. Elle était vêtue pauvrement d’un gros sac et elle était devenue muette.

Le fils du roi étant à la chasse, la trouva, en devint épris, l’emmena et l’épousa.

Elle devint mère : la fée lui apparut — Avoue ta faute, lui dit-elle : As-tu touché ma baguette ? – Marie secoua la tête.

Méchante, menteuse, lui dit la fée, il faut te punir une seconde fois, et elle lui enleva son enfant.

On crut que la reine avait mangé son enfant, et qu’elle était ogresse. Marie étant muette ne pouvait faire comprendre ce qui venait de lui arriver.

Le roi céda enfin à toutes les voix qui s’élevait contre elle, et Marie fut condamnée à être décapitée.

En allant au supplice, elle eut le regret de sa faute. Ah ! pensa-t-elle, si, avant de mourir, je pouvais avouer ma faute !

Aussitôt la fée lui rapporta son enfant et lui rendit aussi la voix. Le roi, la reine, la fée et tous furent bien contents et l’on fit de grandes réjouissances publiques.

LE LOUP, LA CHÈVRE ET SES BIQUETS

Commère la Chèvre partant pour la ville, dit à ses petits Biquets : Prenez garde au Loup, et n’ouvrez la porte que lorsque je vous montrerai ma patte blanche.

Compère le Loup ayant vu partir la Chèvre, fut bien content, et s’écria : Eh ! vite, vite, allons croquer les petits Biquets.

Arrivé à la porte, et imitant la voix de la mère la chèvre : Toc, toc, ouvrez-moi, mes chers petits, je vous apporte du bon gâteau.

Les petits Biquets obéissant à la recommandation de leur mère, dirent : Montrez-nous patte blanche, et nous vous ouvrirons.

Le Loup, qui avait les pattes toutes noires, fut bien attrapé ; il s’en alla tout en colère, en disant : Allez petits scélérats, je saurai bien vous prendre.

Le Loup s’en alla chez compère le Renard, pour lui demander conseil. Le Renard lui conseilla de tremper sa patte dans la farine.

Compère le Loup courut bien vite au moulin voisin, et trempa sa patte dans la farine.

Le Loup étant retourné à la porte des petits Biquets, voulut montrer patte blanche ; mais la farine étant tombée en chemin, il fut encore une fois attrapé.

Commère la Chèvre revint de la ville, apportant du gâteau à ses petits Biquets.

Le Loup retourna chez compère le Renard, le priant de lui indiquer un autre moyen. Le Renard lui conseilla de se déguiser en pèlerin.

Le Loup, déguisé en pèlerin, revint à la porte de la Chèvre : Toc, Toc, ouvrez, s’il vous plaît, pour l’amour de Dieu.

Commère la Chèvre, qui avait reconnu le Loup, dit : Entrez, bon pèlerin, vous serez bien régalé ; mais la porte est fermée, passez par la cheminée.

Le méchant Loup, croyant déjà tenir les petits Biquets monte sur le toit et entre dans la cheminée.

Aussitôt que la Chèvre vit le Loup dans la cheminée, elle alluma un grand feu de paille et de branches pour griller le Loup.

Le Loup, dans la cheminée criait comme un enragé : Choc, le nez, choc, la patte : je n’y ferai plus, je n’y ferai plus.

Mais, plus le Loup criait, plus la Chèvre faisait grand feu. Enfin il tomba dans le feu, et fut grillé comme un boudin.


Ce livre numérique

a été édité par la

bibliothèque numérique romande

 

https://ebooks-bnr.com/

en décembre 2017.

 

– Élaboration :

Ont participé à l’élaboration de ce livre numérique : Isabelle, Françoise.

– Sources :

Ce livre numérique est réalisé principalement d’après : Imagerie d’Épinal, Véritables images d’Épinal, planches n° 503, 575, 818, 888, 889, 1090, 1098, 1101, 1102, 1107, [s.l.], Imagerie Pellerin, [s.d.] (collection privée). L’illustration de première page est tirée de la planche La Sœur du petit Poucet, n° 1090, idem.

– Dispositions :

Ce livre numérique – basé sur un texte libre de droit – est à votre disposition. Vous pouvez l’utiliser librement, sans le modifier, mais vous ne pouvez en utiliser la partie d’édition spécifique (notes de la BNR, présentation éditeur, photos et maquettes, etc.) à des fins commerciales et professionnelles sans l’autorisation de la Bibliothèque numérique romande. Merci d’en indiquer la source en cas de reproduction. Tout lien vers notre site est bienvenu…

– Qualité :

Nous sommes des bénévoles, passionnés de littérature. Nous faisons de notre mieux mais cette édition peut toutefois être entachée d’erreurs et l’intégrité parfaite du texte par rapport à l’original n’est pas garantie. Nos moyens sont limités et votre aide nous est indispensable ! Aidez-nous à réaliser ces livres et à les faire connaître…

– Autres sites de livres numériques :

Plusieurs sites partagent un catalogue commun qui répertorie un ensemble d’ebooks et en donne le lien d’accès. Vous pouvez consulter ce catalogue à l’adresse : www.noslivres.net.