Robert Desnos

PROSPECTUS

suivi de :
SENS, À LA CAILLE
et autres poèmes

1919-1944

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Table des matières

 

PROSPECTUS 1919. 4

DÉDICACE.. 4

QUATRAIN POUR UNE DAME ISRAÉLITE NOUVELLE ACCOUCHÉE   14

NEUVE JEUNESSE.. 14

PROSPECTUS. 15

SENS. 17

ART POÉTIQUE.. 17

EN DESCENDANT DES COLLINES AU PRINTEMPS. 20

CRÉPUSCULE D’ÉTÉ.. 21

FENÊTRE.. 21

OHÉ DE LA VALLÉE.. 22

CHEVAL.. 23

LE PROMONTOIRE.. 23

AUTRES POÈMES SENS. 25

L’ÉTOILE DU MATIN.. 25

LE MIROIR ET LE MONDE.. 26

QUATRE SAISONS. 27

CHANSON DE ROUTE.. 28

PRINTEMPS. 29

À LA CAILLE. 30

MARÉCHAL DUCONO.. 30

PETRUS D’AUBERVILLIERS. 31

LE BON BOUILLON.. 31

FRÈRES MIRONTONS. 32

LE FRÈRE AU PÉTARD.. 33

MINUTE ! 34

AUTRES POÈMES MINE DE RIEN.. 35

CHANT POUR LA BELLE SAISON.. 35

IL A SU TOUCHER MON CŒUR.. 36

COMPLAINTE DES CALEÇONS. 38

LA FAMILLE DUPANARD DE VITRY-SUR-SEINE.. 40

Ce livre numérique. 43

 

PROSPECTUS
1919

À Louis Aragon

DÉDICACE

Et j’ai dit qu’il fallait rire

et j’ai dit qu’il fallait chanter ;

Laurent Tailhade, Apollinaire,

Je suis venu par les allées…

 

je suis venu jusqu’à la rade :

un cargo-boat y accostait,

on déchargeait des marmelades

de cœurs meurtris et de fruits blets.

 

Mais quand j’ai voulu savoir l’heure,

mais quand j’ai cherché mon cœur

dans la poche de mon gilet,

j’ai vu qu’un archer vainqueur

vers le soleil vous emportait !

 

*

 

À René Crevel

 

Je suis passé dans une rue étrange

où des enfants blonds compissaient leurs langes.

 

À la porte d’un restaurant

un écriteau était collé :

 

ICI ON PEUT APPORTER SON MANGER

 

À la porte d’un hôtel meublé

un écriteau était collé :

 

ICI ON PEUT APPORTER SON AMOUR

 

*

 

À Eugène et Lucienne de Kermadec

 

Mon tombeau mon joli tombeau,

il sera peint au ripolin

avec des agrès de bateau

et des tatouages de marin.

 

Sur mon tombeau un phonographe

Chantera soir et matin

la complainte du guerrier cafre

navré d’un coup d’œil libertin.

 

Sur mon tombeau un phonographe

récitera cette épitaphe

 

LIBERTÉ ÉGALITÉ FRATERNITÉ

 

*

 

À Benjamin Péret

 

Si tu chantes la Marseillaise

pourquoi faut-il qu’il te déplaise

de la chanter sur l’air de complainte sensible

de tel petit navire au mousse comestible.

 

Calligraphie les factures

et vérifie les additions,

tu marieras des rimes après la fermeture

et des alexandrins pendant tes ablutions

 

Métro – chemin de fer de ceinture.

Faits divers – table de nuit –

Bougie – réveil matin –

Une fois par mois cinq francs aux putains –

chaque soir à sept heures le potage attendu –

 

LES MANUSCRITS NON INSÉRÉS NE SONT PAS RENDUS

 

*

 

J’entrai dans le grand magasin

au rayon de la quincaillerie

le commis lisait Francis Jammes

et pendant deux heures il me fit la réclame

en alexandrins.

 

Il consentit enfin

à me vendre un piège à rat.

Quand je sortis il faisait nuit,

une femme fardée m’accosta :

 

Elle avait lu Francis Jammes

et pendant deux heures elle me fit la réclame

en alexandrins.

Elle avait une carte qu’elle montra :

Elle était

BREVETÉS S.G.D.G.

 

*

 

À Pierre Scordel

 

Sur les tempes le père a deux virgules

Il sait jouer du clairon

Vous pourrez lire son nom

sur les murs des cellules

des casernes d’Afrique.

 

Pour exciter les mâles

après dîner dans les rues transversales

La mère

rattache sa jarretière

 

La fille est bonne à tout faire

à tout faire chez un vieux monsieur

 

Et maquillé le fils dans les bars clandestins

à l’entour de la Madeleine

du soir au petit matin

erre comme une âme en peine.

 

Il déjeune tous les jours dans cette famille

Il y boit tous les jours la même camomille

Il y mange tous les jours de la

CUISINE BOURGEOISE

 

*

 

À Paul Smara

 

Elles sont mortes les abeilles

au cimetière des Lilas

Si vous voulez du chocolat

Mettez deux sous dans l’appareil

 

Il est mort notre Apollinaire

et mort aussi Laurent Tailhade

Cinq abeilles volent dans l’air

et les sirènes de naguère

pour moi s’abattent dans la rade

 

Meurent les porte-lyre

le rimeur Jean Aicard

ouvre la bouche en tirelire

 

SI VOUS VOULEZ DU CHOCOLAT

METTEZ DEUX SOUS DANS L’APPAREIL.

5.11.19

 

*

 

Si vous allez chez l’épicier

Prenez du poivre de Cayenne,

Une escadre ce soir va-t-elle appareiller

Sur une mer de sauce tomate et de rhum ?

 

Allez chez l’épicier de la rue Saint-Sauveur

Il y a prime à TOUT ACHETEUR

 

Petit garçon qui veux aimer

Connais-tu l’épicier d’amour ?

C’est au Palais des Courtisanes

 

IL Y A PRIME À TOUT ACHETEUR

 

*

 

À Jacques Baron

 

Va-t’en chez le tailleur

en sifflant le God save the king

Pour le veston ou le smoking

IL FAUT LAISSER DES ARRHES

 

Va-t’en chez le fripier des semaines à venir

uniforme de pompier,

camisole, froc ou tunique :

à ton goût tu pourras choisir.

 

Mais les semaines du passé

jamais ne pourront revenir

chez le fripier de ton destin

 

IL FAUT LAISSER DES ARRHES

 

*

 

À Max Morise

 

Chicago

Les tramways font un bruit de pâte à beignets

quand on la met dans l’huile.

 

Dans la prairie il y a un cow-boy :

Il crève les étoiles à coups de revolver

pour éterniser la naissance de son fils.

 

Caché derrière un caroubier il dort

le pirate de la savane oublié dans un roman de Gustave

Aymard.

 

Dans la prison de Chicago il y a un assassin poitrinaire

par trois dames aux mains blanches aux yeux d’émail

par un docteur aux lunettes d’écaille

par un clergyman rasé au rasoir star

soigné

 

Courage ! ont dit les trois dames aux mains blanches

Courage ! avait dit le docteur à lunettes d’écaille

Demain il pourra se lever

Courage a répété le clergyman rasé au rasoir star

Demain il pourra se lever

et quand il pourra se lever

on l’emmènera se faire électrocuter.

1917-1919

 

*

 

À Georges Gautré

 

Il est interdit de cracher par terre

et le plafond est de forme circulaire.

 

Une poule a pondu

sur les fauteuils de cuir et d’or

mais nul coq du futur

n’en sortira jamais Poussin.

 

Les œufs à la coque

nul ne les a brisés

Vienne un bandit de l’Orénoque

en Peau-Rouge déguisé.

 

Bouche ouverte à l’instar d’un ténor

Jean Richepin lit un discours

sur la rosière de Nanterre,

 

IL EST INTERDIT DE CRACHER PAR TERRE.

 

*

 

Je sais un champion de billard

qui porte perruque et lorgnon

qui à Londres, dans le brouillard,

avec la femme d’un mercier

FAIT L’AMOUR AUX PETITS OIGNONS

sans l’aimer ni la remercier.

 

Dans ce fromage il a laissé

quatre molaires et son faux nez.

Passez-moi le sel de Ninive

Servez, servez-moi des olives,

 

Pour évoquer dans mon assiette

La Canebière et la Joliette.

 

*

 

Au bordel d’Épinal

sont trois carmes déchaussées

Elles administrent les damnés

avant l’entrée à l’hôpital

 

Soldat de bois soldat d’amour

frais sorti d’une image d’Épinal

les échassiers sur la Moselle

Trempent une patte dans l’eau sale

 

Aimes-tu bien les Demoiselles ?

 

Sitôt sorti va voir le magicien

de son bocal il sortira

trois perles d’or et deux d’argent

 

Il te les donnera

 

*

 

Dans un cocktail couleur tango

je buvais les yeux de ma belle :

l’un est vert l’autre mirabelle,

je buvais les yeux de Margot.

 

Margot mon rêve, au pas d’un tango,

a piétiné l’image frêle,

ses yeux aux couleurs rebelles

troublés par mon chalumeau.

 

Le divin cocktail de ses larmes,

par un beau soir à Monaco,

Ô fées Méditerranéennes

Je l’ai bu au son d’un tango.

QUATRAIN POUR UNE DAME ISRAÉLITE NOUVELLE ACCOUCHÉE

Sur l’augural berceau propice et pérennel

Splendit l’astre advenu au ciel pur de Noël

Je vois dans le futur ayant fées pour marraines

Le fils de votre arcane étonner les sirènes.

1918

NEUVE JEUNESSE

Nous irons au cinéma

Rendre nos devoirs à Charlot

Mais n’irons-nous pas sur l’eau

Visiter YOKOHAMA ?

 

Le nègre des Batignolles

où est-il ? et son banjo ?

La putain qui m’appelait coco

et qui posait les vierges folles ?

 

Les cerises en sac de papier

que je croquais dans mon dodo

Polichinelle et le Pompier

qui chantaient ho ho ho ho ?

 

Toutes les fleurs de Colombo,

tous les whyskies de Singapour

et les remparts de Saint-Malo

et les débris de mes amours

 

La mer a noyé tout cela

 

Je ne suis plus qu’un petit garçon

qui mange du chocolat

et qui joue au ballon

PROSPECTUS

Tous les vieillards dans la maison

Ont détraqué leurs pendules,

Il fait nuit en toute saison

Dans la maison des trop crédules.

 

Ils ont renversé les potiches

La concierge a rompu le cordon,

Tous les vieillards de la maison

Ont des chevelures postiches.

 

Montent les cris de la rue ;

Voici frissonner leurs bedaines,

Voici sonner sonner le glas

Et passer le cri de leur haine

Raccommodeur

FAÏENCE ET PORCELAINE.

 

*

 

La marchande des quatre saisons

Vend du muguet et des cerises

Pêle-mêle.

 

Il y a des fleurs au parc Monceau

Y vont jouer les petits garçons

qui portent culottes courtes et larges

et font rouler des cerceaux.

 

Le soleil avec les cerceaux

joue sur le sable des allées.

 

Dans un autre parc

Il y a des fleurs en fil de fer

Et des cerceaux en porcelaine.

 

Y viendront les petits garçons

Jouer à cache-cache.

 

La porte du parc des fleurs en fil de fer

et des regrets éternels en papier

Est en tôle de première qualité

Avec un écriteau d’émail bleu :

« ENTREZ SANS FRAPPER. »

SENS

ART POÉTIQUE

Par le travers de la gueule

Ramassée dans la boue et la gadoue

Crachée, vomie, rejetée –

Je suis le vers témoin du souffle de mon maître –

Déchet, rebut, ordures

Comme le diamant, la flamme et le bleu de ciel

Pas pure, pas vierge

Mais baisée dans tous les coins

baisée enfilée sucée enculée violée

Je suis le vers témoin du souffle de mon maître

Baiseuse et violatrice

Pas pucelle

Rien de plus sale qu’un pucelage

Ouf ! ça y est on en sort

Bonne terre boueuse où je mets le pied

Je suis pour le vent le grand vent et la mer

Je suis le vers témoin du souffle de mon maître

Ça craque ça pète ça chante ça ronfle

Grand vent tempête cœur du monde

Il n’y a plus de sale temps

J’aime tous les temps j’aime le temps

J’aime le grand vent

Le grand vent la pluie les cris la neige le soleil le feu et

tout ce qui est de la terre boueuse ou sèche

Et que ça croule !

Et que ça pourrisse

Pourrissez vieille chair vieux os

Par le travers de la gueule

Et que ça casse les dents et que ça fasse saigner les gencives

Je suis le vers témoin du souffle de mon maître

L’eau coule avec son absurde chant de colibris

de rossignol et d’alcool brûlant dans une casserole

coule le long de mon corps

Un champignon pourrit au coin de la forêt ténébreuse dans laquelle s’égare et patauge pieds nus une femme du tonnerre de dieu

Ça pourrit dur au pied des chênes

Une médaille d’or n’y résiste pas

C’est mou

C’est profond

Ça cède

Ça pourrit dur au pied des chênes

Une lune d’il y a pas mal de temps

Se reflète dans cette pourriture

Odeur de mort odeur de vie odeur d’étreinte

De cocasses créatures d’ombre doivent se rouler

et se combattre et s’embrasser ici

Ça pourrit dur au pied des chênes

Et ça souffle encore plus dur au sommet

Nids secoués et les fameux colibris de tout à l’heure

Précipités

Rossignols époumonés

Feuillage des forêts immenses et palpitantes

Souillé et froissé comme du papier à chiottes

Marées tumultueuses et montantes du sommet

des forêts vos vagues attirent vers le ciel

les collines dodues dans une écume

de clairières et de pâturages veinée de

fleuves et de minerais

Enfin le voilà qui sort de sa bauge

L’écorché sanglant qui chante avec sa gorge à vif

Pas d’ongles au bout de ses doigts

Orphée qu’on l’appelle

Baiseur à froid confident des Sibylles

Bacchus châtré délirant et clairvoyant

Jadis homme de bonne terre issu de bonne graine par bon vent

Parle saigne et crève

Dents brisées reins fêlés, artères nouées

Cœur de rien

Tandis que le fleuve coule roule et saoule

de grotesques épaves de péniches d’où

coule du charbon

Gagne la plaine et gagne la mer

Écume roule et s’use

Sur le sable le sel et le corail

J’entrerai dans tes vagues

À la suite du fleuve épuisé

Gare à tes flottes !

Gare à tes coraux, à ton sable, à ton sel à tes festins

Sorti des murailles à mots de passe

Par le travers des gueules

Par le travers des dents

Beau temps

Pour les hommes dignes de ce nom

Beau temps pour les fleuves et les arbres

Beau temps pour la mer

Restent l’écume et la boue

Et la joie de vivre

Et une main dans la mienne

Et la joie de vivre

Je suis le vers témoin du souffle de mon maître.

EN DESCENDANT DES COLLINES AU PRINTEMPS

En descendant des collines au printemps

À l’heure où la rosée brille dans les toiles d’araignées

Au bruit lointain du fer battu dans les forges,

Au miroitement du jour dans l’eau des rivières.

 

En descendant des collines au printemps

J’ai laissé, dis-je, avec l’hiver les chagrins et les rancunes

Un amour profond me transporte de joie

Et ma haine elle-même me transporte et m’exalte.

 

En descendant des collines au printemps

Abandonnant des tombes vermoulues et des souvenirs,

Ivre des parfums de la terre et de l’air

Et me dilatant jusqu’à contenir le monde.

 

En descendant des collines au printemps,

J’ai brisé les balances où je pesais la vie et la mort,

Enfin prêt à accueillir l’été et les vendanges,

Prêt à accepter que le chemin, mon chemin s’interrompe.

 

En descendant des collines au printemps

Vivant de plus de joie qu’aux jours de ma jeunesse

Mais attentif aux parfums de la terre et de l’air,

Attentif à l’écho d’une petite chanson lointaine

Chantée, d’une voix mal assurée, par une petite fille

Que jamais je ne connaîtrai.

18-V-1943

CRÉPUSCULE D’ÉTÉ

Crépuscule d’été baigné de brouillard rose

Déchiré par le bleu des ardoises des toits,

Le bleu du ciel, le bleu de l’asphalte et, parfois

Saignant sur une vitre où des reflets s’opposent

 

Reflet de la rivière en le feuillage enclose

Reflet du son, reflet du lit en désarroi,

Vibrations des carreaux au fracas des convois,

Tout ici se rencontre et se métamorphose.

 

Le soleil lourdement roule sur les maisons,

Dans la rumeur du soir et l’écho des chansons :

La nuit effacera cet univers fragile,

 

Le fantôme du lit quitté par les amants

Et le défaut du verre imitant le diamant

Mais la vitre longtemps vibrera sur la ville.

FENÊTRE

Par une fenêtre jaune d’or

Entrent la pomme et l’ananas

L’insecte et le poisson

L’oiseau et l’ombre

 

Pas la peine de faire tant de nuit

Sur un plat de légumes exotiques

Le bateau à voiles sorti d’un autre âge

Ira quand même à bon port

 

À bon port et à merci

À bon port et à son corps défendant

Un cri n’ayant jamais cassé quatre pattes

À un fauteuil.

OHÉ DE LA VALLÉE

Au détour du sentier dans la montagne

La carcasse du mulet mort l’autre année

Sous la charge trop lourde qu’il portait

Achève de blanchir sous le soleil de plomb.

 

Le parfum du thym et le bourdonnement des insectes

Emplissent l’air jusqu’à l’ivresse du passant

Qui sent le temps hésiter à poursuivre sa route

Et le monde vaciller dans la chaleur.

 

Dans la vallée, au bas des pentes escarpées,

Des mules passent en trottant

Au bruit de leurs grelots et de leurs fers.

 

Dans la cour d’une ferme des hommes entourent

Une brebis qui vient de mettre bas

Et l’un d’eux lève vers le ciel un agneau étonné de vivre

CHEVAL

Cheval de fer et de fumier, mâcheur de paille,

Cheval jailli de la tempête et du dégel,

Agite le panache à ton front blanc de sel

Et, d’un train paresseux, mène les funérailles.

 

Car on conduit en terre au soir de la bataille

Un être. Qui est-il ? il est mort et le ciel

Montre sa trame et ses accrocs et ses tunnels

Et se retourne et se déchire et tonne et bâille.

 

Pas de nom sur la tombe où pourrira ce mort,

Pas de légende où faire un jour vivre ce corps

Rien que l’oubli, si l’oubli peut avec la haine

 

Se concilier, et si, sans visage et sans nom

Ce mort reste un exemple et si, jusqu’aux canons

Enfoncé, le cheval le cloue en sa géhenne.

LE PROMONTOIRE

Si Phèdre, après la mort, te retrouve, Hippolyte,

Tous deux ayant cessé de vivre au même instant,

Quels baisers, quelle étreinte hors des portes du temps

Hors de l’espace !… Un cri vous porte et vous habite.

 

Au labyrinthe, alors, des astres insolites,

C’est le vol d’un oiseau qui chancelle en portant

Une flèche fichée au poitrail et, pourtant,

De son sang cet oiseau vous teint et ressuscite.

 

Adieu mémoire, adieu beaux noms de vos amours,

Beaux sens adieu. Soyez muets, aveugles, sourds,

Regrettez et pleurez vos corps qui se dispersent.

 

Le monstre est pourriture et le ciel est chargé,

Thésée, au promontoire, en son geste est figé.

Phèdre, ton souvenir l’épouse à la renverse.

AUTRES POÈMES
SENS

L’ÉTOILE DU MATIN

C’est l’appel du village aux paresseux bergers

Qui chante ce matin dans mon cœur, et j’aspire,

Tous les verres vidés, à dormir aux vergers

Où chantent les oiseaux, où les abeilles girent.

 

Face au ciel, et cherchant dans les nuages en marche

Des géants abrutis par le froid et la nuit,

Je verrais se creuser des tunnels et des arches

Et des arbres de lueurs porter des lueurs de fruits.

 

Tout au fond d’un cratère écrasant de vertiges

Apparaîtrait l’étoile aux pointes de cristal,

La rose du matin détachée de sa tige,

La belle promeneuse au regard sans rival

 

Robe de velours noir et diadème éclatant

De la boue de comète à la soie du corsage,

Collier brisé laissant tomber tant de diamants

Que l’herbe autour de moi pleure comme un visage

 

Je t’enferme en mes yeux clos sur ta belle image

Aux ténébreux jardins roués par les éclairs

Que ta robe et tes pieds laissent sur leur passage

Quand tu sors de la mer tumultueuse de l’air.

 

Mais je voudrais savoir où tu passas la nuit.

Ainsi que moi, tu dors aux heures de lumière

Indifférente aux cris, aux chants, au jour, aux bruits

Ainsi que moi, tu dors et rêves la dernière.

 

Et je souhaite de dormir sous tes réseaux

De te voir apparaître au-dessus des campagnes

Dans un verger bruyant d’abeilles et d’oiseaux

À l’ombre du plus grand des châteaux en Espagne

 

Et je me dissoudrais dans un sommeil profond

Comme le café noir et comme la migraine

Ou la sonorité du bronze des bourdons

Et la monotonie du feu et des fontaines.

 

Tandis que toi, pâlie à l’écume du jour,

Disparaîtrais du ciel comme un reste de poudre

Sur un visage en proie aux charmes de l’amour

Qui flambe et monte avec le fracas de la foudre.

LE MIROIR ET LE MONDE

Chaque jour de ses dents aiguës

Le temps déchire un peu le tain

De ce miroir et restitue

À l’espace un nouveau butin

 

La lèpre marque le visage

Et masque un retard qui s’éteint

Las et las de se reconnaître

Chaque soir et chaque matin

 

Le paysage apparaissant

Avec son ciel et son lointain

Libère un reflet et invite

Narcisse à vivre l’incertain

Le limpide, le beau voyage

Entre le soir et le matin

QUATRE SAISONS

Elle naît au déclin de l’automne

Elle vit en rêve tout un hiver

Elle s’éveille en sursaut au printemps

Elle aime, elle aime en plein été

 

Elle sème des souvenirs en automne

Elle oublie ses souvenirs en hiver

Elle chante la vie au printemps

Elle, se tait, elle se tait en été

Elle parle à travers l’automne

Elle écoute une voix en hiver

Elle va vers la vie au printemps

Elle nie, elle nie la mort en été

 

On la perd de vue en automne

On l’oublie, on l’oublie en hiver

Quelqu’un se souvient d’elle un jour de printemps

Son nom naufrage pour jamais au cœur de l’été

 

Automne, hiver, printemps, été

Être être et avoir été

1943

CHANSON DE ROUTE

C’est avec du crottin de Pégase

Qu’Eusèbe a fumé son jardin.

Avec du crottin de Pégase ?

Oh ! oh !

Pour du crottin, c’est du crottin

Eusèbe appartient au gratin.

 

C’est avec du crottin de Licorne

qu’Eusèbe a fumé son jardin

avec du crottin de Licorne ?

Oh ! oh !

Pour du crottin c’est du crottin

Eusèbe n’est pas un crétin.

 

Avec du crottin de Minotaure

Eusèbe a fumé son jardin

ouais du crottin de minotaure !

oh ! oh !

non du crottin mais de la bouse

qu’Eusèbe a mis sur sa pelouse.

4 avril 1944
Desnos pour son ami Eirisch
Camp de Compiègne

PRINTEMPS

Tu, Rrose Sélavy, hors de ces bornes erres

Dans un printemps en proie aux sueurs de l’amour,

Aux parfums de la rose éclose aux murs des tours,

à la fermentation des eaux et de la terre.

 

Sanglant, la rose au flanc, le danseur, corps de pierre

Paraît sur le théâtre au milieu des labours.

Un peuple de muets d’aveugles et de sourds

applaudira sa danse et sa mort printanière.

 

C’est dit. Mais la parole inscrite dans la suie

S’efface au gré des vents sous les doigts de la pluie

Pourtant nous l’entendons et lui obéissons.

 

Au lavoir où l’eau coule un nuage simule

À la fois le savon, la tempête et recule

l’instant où le soleil fleurira les buissons.

 

Desnos
6.4.44
19, rue Mazarine
Paris VI

À LA CAILLE

MARÉCHAL DUCONO

Maréchal Ducono se page avec méfiance,

Il rêve à la rebiffe et il crie au charron

Car il se sent déjà loquedu et marron

Pour avoir arnaqué le populo de France.

 

S’il peut en écraser, s’étant rempli la panse,

En tant que maréchal à maousse ration,

Peut-il être à la bonne, ayant dans le croupion

Le pronostic des fumerons perdant patience ?

 

À la péter les vieux et les mignards calenchent,

Les durs bossent à cran et se brossent le manche :

Maréchal Ducono continue à pioncer.

 

C’est tarte, je t’écoute, à quatre-vingt-six berges,

De se savoir vomi comme fiotte et faux derge

Mais tant pis pour son fade, il aurait dû clamser.

PETRUS D’AUBERVILLIERS

Parce qu’il est bourré d’aubert et de bectance

L’auverpin mal lavé, le baveux des pourris

Croit-il encor farcir ses boudins par trop rances

Avec le sang des gars qu’on fusille à Paris ?

 

Pas vu ? Pas pris ! Mais il est vu, donc il est frit.

Le premier bec de gaz servira de potence.

Sans préventive, sans curieux et sans jury

Au demi-sel qui nous a fait payer la danse.

 

Si sa cravate est blanche elle sera de corde.

Qu’il ait des roustons noirs ou bien qu’il se les morde,

Il lui faudra fourguer son blaze au grand pégal.

 

Il en bouffe, il en croque, il nous vend, il nous donne

Et, à la Kleberstrasse, il attend qu’on le sonne

Mais nous le sonnerons, nous, sans code pénal.

LE BON BOUILLON

Le grand sorcier peut bien bonir pour les moujinques

La paix ! Le pet ! pour le gnière aux tifs pointus.

Les vingt-deux sont sonnés, vla les flics ! vla la trinque !

C’est deux fois l’heure du bouillon pour le têtu.

 

Car à Wagram, à la Popinque ou aux Vertus

Il n’est pas un fauché pour endosser son drinke,

Il faudrait être cloche ou fada ou tordu

Pour mettre un seul linvé sur les hitlo-germinques.

 

Hitler, mon patelin te porte au sinoqué.

Tu l’as voulu, tu l’auras pas, tu vas raquer,

Tu ne t’en iras pas en faisant Charlemagne.

 

Car, frère mironton, si tu vas au pétard

Tu peux te suicider, à la dure, au pétard,

Mais je crois que plutôt tu en tiens pour le bagne.

FRÈRES MIRONTONS

Pour le rond, pour le dix et pour la terre jaune,

Une chiée a la dent, mais j’ai l’estomme en vrac

À les imaginer, deux par deux, cul à trac

La dossière et le zob à la mode d’Ancône.

 

Tel empapahouta chez nous demande aumône

Aux louchébems ou aux sergots ou même aux macs,

Tels autres sont mordus pour des girons, des jacks

Pour un télégraphiste, enfin pour un beau môme,

 

Les frères mirontons n’en demandent pas tant,

La ficelle, elle seule, émeut leur palpitant,

Par discipline ils se font donc dorer la rose.

 

Passe encor de se faire emmancher par un dur

Ou d’aller au petit d’un mignon, d’un pas mûr,

Mais pour l’oberleutnant se défoncer le prose !

LE FRÈRE AU PÉTARD

À Pantin la verdure a pu traîner ses grolles,

Tas de branques farcis de bobards à la noix,

À force de calter s’atigent leurs guibolles

Et, pour roter pardon, ils n’auront plus de voix.

 

Au train onze on verra s’esbigner les mariolles

Quand nous aurons condé de crécher dans nos bois

Et qu’ils renifleront au rif des roubignolles

Le nazi dont les sœurs ont payé leurs exploits.

 

Ils pourront déflaquer au barbu conjugal,

Le bide enflé leur régulière aura grand mal

À vêler les lardons qui porteront leur blaze.

 

Une chose est cherrer, une autre aller au pieu,

Et les meilleurs cherreurs viennent toujours au lieu

Où plus fortiche attend et leur bouffe le naze.

MINUTE !

Tu dis vrai quand tu dis qu’ils rembarquent la chtouille

Au pays où l’on cache avec un élastic.

Que déhotent leurs crocs, que valdinguent leurs douilles,

Ils se piquouseront, en gruingue, à l’arsenic.

 

Mais tu te gourres si tu crois que leur andouille,

Un chouïa, seulement, morfila de vrais crics.

Des boudins, je te dis, panèrent ces panouilles,

Des veaux à faire aller, au refile, un indic.

 

Ils vont droit aux pétards écumants de vérole,

Ils se croient des caïds, ce sont des branquignols,

Pour se faire plomber raquant en michetons.

 

Ils n’ont pas eu nos sœurs, ils n’ont pas eu nos dames,

Ce n’est pas leurs bécots qui leur donnent la rame

Mais de se répéter « Nous sommes les vrais cons. »

AUTRES POÈMES
MINE DE RIEN

CHANT POUR LA BELLE SAISON

Rien ne ressemble plus à l’inspiration

Que l’ivresse d’une matinée de printemps,

Que le désir d’une femme.

Ne plus être soi, être chacun.

Poser ses pieds sur terre avec agilité.

Savourer l’air qu’on respire.

 

Je chante ce soir non ce que nous devons combattre

Mais ce que nous devons défendre.

 

Les plaisirs de la vie.

Le vin qu’on boit avec des camarades.

L’amour.

Le feu en hiver.

La rivière fraîche en été.

La viande et le pain de chaque repas.

Le refrain que l’on chante en marchant sur la route.

Le lit où l’on dort.

Le sommeil, sans réveils en sursaut, sans angoisse du lendemain.

 

Le loisir.

La liberté de changer de ciel.

Le sentiment de la dignité et beaucoup d’autres choses

Dont on ose refuser la possession aux hommes.

 

J’aime et je chante le printemps fleuri.

J’aime et je chante l’été avec ses fruits.

J’aime et je chante la joie de vivre.

J’aime et je chante le printemps.

J’aime et je chante l’été, saison dans laquelle je suis né.

IL A SU TOUCHER MON CŒUR

L’autre soir j’ai rencontré

Un séduisant jeune homme

Et nous avons folâtré

Et dégusté la pomme

Dans le lit que j’étais bien !

Car le lit c’était le sien.

 

Il avait su toucher mon cœur

Tout en fièvre

Et j’aimais déjà la saveur

De ses lèvres

Au bout d’un petit instant

Un instant

Qui dura longtemps

Mais qui me parut trop rapide

Il me quitta d’un air languide

Pour aller se laver les mains

Tout près dans la sall’ de bains.

 

Peu après il est rentré

Tout rempli de courage

Et il a recommencé

Plein de cœur à l’ouvrage

Car douze fois dans la nuit

La même chose il refit.

 

Il avait su toucher mon cœur

Tout en fièvre

Et je garde encor la saveur

De ses lèvres

Mais le lendemain matin

Du festin

Sur le traversin

Je vis qu’il y avait trois têtes

Et je compris toute la fête

C’était tour à tour deux jumeaux

Qui s’étaient donné le mot

 

J’ai gardé ces deux chameaux

Ne sachant lequel prendre

Maint’nant j’aim’ les deux jumeaux

Qui sav’nt bien me le rendre

Et je cherche chaque nuit

Si c’est l’autre ou si c’est lui.

 

Car ils ont su toucher mon cœur

Tout en fièvre

Il me faut toujours la saveur

De leurs lèvres

L’un à l’autre fait pendant

C’est charmant

Mais c’est fatigant

Je me demande très anxieuse

Quel serait mon sort d’amoureuse

Si leur mère mieux stimulée

Avait fait des quintuplés.

COMPLAINTE DES CALEÇONS

Depuis que j’suis dans la marine

À bord du paqu’bot Pompadour

J’en ai marre de la marine

Je marronne et pleur’ tous les jours.

Moi qui ne rêvais qu’abordage

Ciel nouveau, cyclone et orage,

Je suis à bord valet de chambre.

Alors, de janvier à décembre…

 

Cal’çons, chaussett’s, souliers, gilets, chemises…

Je bross’, je r’pass’, j’nettoie, j’recouds, j’reprise

Ça me neurasthénise.

J’avais rêvé la vie des marins.

Du tropique aux banquises

D’Amérique et d’Asie au sable africain

Bordeaux, Tokyo, Valparaiso, Venise

Congo, Porto, Noix-de-Coco, Rio

Qu’la mer soit bleue ou grise

À fond de cale je répar’ les trousseaux :

Cal’çons, chaussett’s, souliers, gilets, chemises…

 

Aussi un jour à Buenos Aires

J’abandonnai la cargaison

Pour une fille de Madère

Que je suivis dans sa maison.

Mais moi qui rêvais aventures

Don José, Carmen et luxure

Je suis encor valet de chambre,

Alors, de janvier à décembre…

 

Cal’çons, chaussett’s, souliers, gilets, chemises…

Je bross’, je r’pass’, j’nettoie, j’recouds, j’reprise

Ça me neurasthénise.

J’avais rêvé la vie des chât’lains.

Hélas quelle méprise !

Pas d’amour, pas d’ami, partout le dédain,

Gaby, Dolly, Suzy, me martyrisent

Daisy, Marie, Nini m’font fair’ leur lit

L’patron me terrorise

Et j’m’occup’ du ling’ des affranchis :

Cal’çons, chaussett’s, souliers, gilets, chemises…

 

Fatigué, revenu en France,

C’est à Paris rue Montpensier

Que j’ai comblé mes espérances.

Avec Adèl’ je m’suis marié.

Moi je l’ador’, elle est fidèle

C’est un bijou, c’est un modèle

Je lui sers de valet de chambre.

Alors de janvier à décembre…

 

Jupons, bas d’soie, souliers, chapeaux, chemises..

J’achèt’, j’essaie, je paie, je fais des r’prises.

Elle aime la toilette

Elle a tout le bon goût féminin

Je suis couvert de dettes

Car je cours chaque jour les grands magasins

Finis bateaux, finis châteaux, bêtises,

Adieu marins, gauchos, adieu pampas,

Ainsi pas à pas je brise

Avec ce passé qui me dupa :

Jupons, bas d’soie, souliers, c’est ma devise !

LA FAMILLE DUPANARD
DE VITRY-SUR-SEINE

La tribu Dupanard

Les parents les moutards

Habit’ dans un gourbi

À Vitry

À Vitry-sur-Seine

Ah ! quelle veine !

 

Le papa Dupanard

A jadis fait son lard

Au retour d’ Biribi

À Vitry

À Vitry-sur-Seine

Ah ! quelle aubaine !

 

La maman Dupanard

S’est rangé’ sur le tard

Ell’ buvait des anis

À Vitry

À Vitry-sur-Seine

Ah ! quelle haleine !

 

Le p’tit Louis Dupanard

D’habitude couche au quart

Puis il fait son fourbi

À Vitry

À Vitry-sur-Seine

Ah ! quell’ vilaine !

 

La Louison Dupanard

A des patt’ de canard

Des poils de ouistiti

À Vitry

À Vitry-sur-Seine

Ah ! quell’ Sirène !

 

Au musé’ Dupuytren

Il y en a encor un

Il n’a pas fait son lit

À Vitry

À Vitry-sur-Seine

Ah ! quelle peine !

 

Dans l’caveau familial

Ils iront c’est fatal

C’est la mort c’est la vi’

À Vitry

À Vitry-sur-Seine

Ah ! quel domaine !

 

Puis on les oubliera

Tôt ou tard c’est comm’ ça !

À Pékin à Paris

À Vitry

À Vitry-sur-Seine

Faridondaine !

 


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a été édité par la

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Ebooks libres et gratuits – Bibliothèque numérique romande – Google Groupes

en décembre 2020.

 

— Élaboration :

Ont participé à l’élaboration de ce livre numérique : Isabelle, Françoise.

— Sources :

Ce livre numérique est réalisé principalement d’après : Desnos, Robert, Destinée arbitraire, Paris, Gallimard (nrf), 2016, ouvrage qui contient également de nombreux poèmes inédits. D’autres éditions ont pu être consultées en vue de l’établissement du présent texte. La photo de première page, Voilier dans un puit de soleil, a été prise par Jean-Louis Glaussel en 2020.

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