Robert Desnos

CORPS ET BIENS

1930

édité par la bibliothèque numérique romande

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Table des matières

 

LE FARD DES ARGONAUTES  (1919) 5

L’ODE À COCO  (1919) 10

RROSE SÉLAVY  (1022-1023) 16

L’AUMONYME  (1923) 28

21 HEURES LE 26-11-22. 30

BLANC SEING.. 52

AUTANT POUR LES CROSSES. 58

P’OASIS. 60

Art rythmé ; tic --------------------- Lit temps nie. 62

RROSE SELAVY, ETC….. 63

DIALOGUE.. 66

LANGAGE CUIT  (1923) 67

VENT NOCTURNE.. 67

LANGAGE CUIT  I. 68

LANGAGE CUIT  II. 69

À PRÉSENT.. 70

IDÉAL MAITRESSE.. 71

CHANSON DE CHASSE.. 72

ÉLÉGANT CANTIQUE DE SALOMÉ SALOMON.. 73

LE BONBON.. 74

AU MOCASSIN LE VERBE.. 75

CŒUR EN BOUCHE.. 76

L’ASILE AMI. 78

UN JOUR QU’IL FAISAIT NUIT.. 79

ISABELLE ET MARIE.. 80

LA COLOMBE DE L’ARCHE.. 81

C’ÉTAIT UN BON COPAIN.. 82

À LA MYSTÉRIEUSE  (1926) 83

Ô DOULEURS DE L’AMOUR ! 83

J’AI TANT RÊVÉ DE TOI. 85

LES ESPACES DU SOMMEIL.. 86

SI TU SAVAIS. 89

NON L’AMOUR N’EST PAS MORT.. 92

COMME UNE MAIN À L’INSTANT DE LA MORT.. 94

À LA FAVEUR DE LA NUIT.. 96

LES TÉNÈBRES  (1927) 97

I  LA VOIX DE ROBERT DESNOS. 97

II  INFINITIF.. 100

III  LE VENDREDI DU CRIME.. 101

IV  L’IDÉE FIXE.. 102

V  SOUS LES SAULES. 104

VI  TROIS ÉTOILES. 105

VII  CHANT DU CIEL.. 107

VIII  DE LA FLEUR D’AMOUR ET DES CHEVAUX MIGRATEURS  108

IX  AVEC LE CŒUR DU CHÊNE.. 112

X  VIEILLE CLAMEUR.. 114

XI  LE SUICIDÉ DE NUIT.. 116

XII  POUR UN RÊVE DE JOUR.. 117

XIII  IL FAIT NUIT.. 119

XIV  VIE D’ÉBÈNE.. 120

XV  DÉSESPOIR DU SOLEIL.. 122

XVI  IDENTITÉ DES IMAGES. 124

XVII  AU PETIT JOUR.. 126

XVIII  TÉNÈBRES ! Ô TÉNÈBRES ! 127

XIX  PAROLES DES ROCHERS. 129

XX  DANS BIEN LONGTEMPS. 131

XXI  JAMAIS D’AUTRE QUE TOI. 132

XXII  PASSÉ LE PONT.. 133

XXIII  EN SURSAUT.. 135

XXIV  DE LA ROSE DE MARBRE À LA ROSE DE FER.. 136

SIRÈNE-ANÉMONE. 138

L’AVEUGLE. 147

MOUCHOIRS AU NADIR.. 150

DE SILEX ET DE FEU.. 152

LE POÈME À FLORENCE. 159

Ce livre numérique. 162

 

LE FARD DES ARGONAUTES

(1919)

 

Les putains de Marseille ont des sœurs océanes

Dont les baisers malsains moisiront votre chair.

Dans leur taverne basse un orchestre tzigane

Fait valser les péris au bruit lourd de la mer.

 

Navigateurs chantant des refrains nostalgiques,

Partis sur la galère ou sur le noir vapeur,

Espérez-vous d’un sistre ou d’un violon magique

Charmer les matelots trop enclins à la peur ?

 

La légende sommeille altière et surannée

Dans le bronze funèbre et dont le passé fit son trône

Des Argonautes qui voilà bien des années

Partirent conquérir l’orientale toison.

 

Sur vos tombes naîtront les sournois champignons

Que louangera Néron dans une orgie claudienne

Ou plutôt certain soir les vicieux marmitons

Découvriront vos yeux dans le corps des poissons.

 

Partez ! harpe éolienne gémit la tempête…

 

Ils partirent un soir semé de lys lunaires.

Leurs estomacs outrés tintaient tels des grelots.

Ils berçaient de chansons obscènes leur colère

De rut inassouvi en paillards matelots…

 

Les devins aux bonnets pointus semés de lunes

Clamaient aux rois en vain l’oracle ésotérique

Et la mer pour rançon des douteuses fortunes

Se parait des joyaux des tyrans érotiques.

 

— Nous reviendrons chantant des hymnes obsolètes

Et les femmes voudront s’accoupler avec nous

Sur la toison d’or clair dont nous ferons conquête

Et les hommes voudront nous baiser les genoux.

 

Ah ! la jonque est chinoise et grecque la trirème

Mais la vague est la même à l’orient comme au nord

Et le vent colporteur des horizons extrêmes,

Regarde peu la voile où s’asseoit son essor.

 

Ils avaient pour esquif une vieille gabarre

Dont le bois merveilleux énonçait des oracles.

Pour y entrer la mer ne trouvait pas d’obstacle

Premier monta Jason s’assit et tint la barre.

 

Mais Orphée sur la lyre attestait les augures ;

Corneilles et corbeaux hurlant rauque leur peine

De l’ombre de leur vol rayaient les sarcophages

Endormis au lointain de l’Égypte sereine.

 

Chaque fois qu’une vague épuisée éperdue

Se pâmait sur le ventre arrondi de l’esquif

Castor baisait Pollux chastement attentif

À l’appel des alcyons amoureux dans la nue.

 

Ils avaient pour rameur un alcide des foires

Qui depuis quarante ans traînait son caleçon

De défaites payées en faciles victoires

Sur des nabots ventrus ou sur de blancs oisons.

 

..........................

 

Une à une agonie harmonieuse et multiple

Les vagues sont venues mourir contre la proue.

Les cygnes languissants ont fui les requins bleus

La fortune est passée très vite sur sa roue.

 

Les cygnes languissants ont fui les requins bleus

Et les perroquets verts ont crié dans les cieux.

 

— Et mort le chant d’Éole et de l’onde limpide

Lors nous te chanterons sur la Lyre ô Colchide.

 

Un demi-siècle avant une vieille sorcière

Avait égorgé là son bouc bicentenaire.

En restait la toison pouilleuse et déchirée

Pourrie par le vent pur et mouillée par la mer.

 

— Médée tu charmeras ce dragon venimeux

Et nous tiendrons le rang de ton bouc amoureux

Pour voir pâmer tes yeux dans ton masque sénile :

Ô ! tes reins épineux ô ton sexe stérile.

 

J’endormirai pour vous le dragon vulgivague

Pour prendre la toison du bouc licornéen.

J’ai gardé de jadis une fleur d’oranger

Et mon doigt portera l’hyménéenne bague.

 

Mais la seule toison traînée par un quadrige

Servait de paillasson dans les cieux impudiques

À des cyclopes nus couleur de prune et de cerise

Hors nul d’entre eux, ne vit le symbole ironique.

 

— Oh ! les flots choqueront des arêtes humaines

Les tibias des titans sont des ocarinas

Dans l’orphéon joyeux des stridentes sirènes

Mais nous mangerons l’or des juteux ananas.

 

Car nous incarnerons nos rêves mirifiques

Qu’importe que Phœbus se plonge sous les flots

Des rythmes vont surgir ô Vénus Atlantique

De la mer pour chanter la gloire des héros.

 

Ils mangèrent chacun deux biscuits moisissants

Et l’un d’eux psalmodia des chansons de Calabre

Qui suscitent la nuit les blêmes revenants

Et la danse macabre aux danseurs doux et glabres.

 

Ils revinrent chantant des hymnes obsolètes

Les femmes entr’ouvrant l’aisselle savoureuse

Sur la toison d’or clair s’offraient à leur conquête

Les maris présentaient de tremblantes requêtes

Et les enfants baisaient leurs sandales poudreuses.

 

— Nous vous ferons pareils au vieil Israélite

Qui menait sa nation par les mers spleenétiques

Et les Juifs qui verront vos cornes symboliques

Citant Genèse et Décalogue et Pentateuque

Viendront vous demander le sens secret des rites.

 

Alors sans gouvernail sans rameurs et sans voiles

La nef Argo partit au fil des aventures

Vers la toison lointaine et chaude dont les poils

Traînaient sur l’horizon linéaire et roussi.

 

— Va-t-en, va-t-en, va-t-en qu’un peuple ne t’entraîne

Qui voudrait le goujat, fellateur clandestin

Au phallus de la vie collant sa bouche blême

Fût-ce de jours honteux prolonger son destin !

L’ODE À COCO

(1919)

 

Coco ! perroquet vert de concierge podagre,

Sur un ventre juché, ses fielleux monologues

Excitant aux abois la colère du dogue,

Fait surgir un galop de zèbres et d’onagres.

 

Cauchemar, son bec noir plongea dans un crâne

Et deux grains de soleil sous l’écorce paupière

Saigneront dans la nuit sur un édredon blanc.

 

L’amour d’une bigote a perverti ton cœur ;

Jadis gonflant ton col ainsi qu’un tourtereau,

Coco ! tu modulais au ciel de l’équateur

De sonores clameurs qui charmaient les perruches.

Vint le marin sifflant la polka périmée,

Vint la bigote obscène et son bonnet à ruches,

Puis le perchoir de bois dans la cage dorée :

Les refrains tropicaux désertèrent ta gorge.

 

Rastaquouère paré de criardes couleurs

Ô général d’empire, ô métèque épatant

Tu simules pour moi grotesque voyageur,

Un aigle de lutrin perché sur un sextant.

 

Mais le cacatoès observait le persil

Le bifteck trop saignant, la pot-bouille et la nuit,

Tandis qu’un chien troublait mon sommeil et la messe.

Qui, par rauques abois, prétendait le funeste

Effrayer le soleil, la lune et les étoiles.

 

Coco ! cri avorté d’un coq paralytique,

Les poules en ont ri, volatiles tribades,

Des canards ont chanté qui se sont cru des cygnes,

Qui donc n’a pas voulu les noyer dans la rade ?

 

Qu’importe qu’un drapeau figé dans son sommeil

Serve de parapluie aux camelots braillards

Dont les cors font souffrir les horribles orteils :

Au vent du cauchemar claquent mes étendards.

 

Coco ! femme de Loth pétrifiée par Sodome,

De louches cuisiniers sont venus, se cachant,

Effriter ta statue pour épicer l’arôme

Des ragoûts et du vin des vieillards impuissants.

 

Coco ! fruit défendu des arbres de l’Afrique,

Les chimpanzés moqueurs en ont brisé des crânes

Et ces crânes polis d’anciens explorateurs

Illusionnent encor les insanes guenons.

 

Coco ! Petit garçon savoure ce breuvage,

La mer a des parfums de cocktails et d’absinthe,

Et les citrons pressés ont roulé sur les vagues ;

Avant peu les alcools délayant les mirages

Te feront piétiner par les pieds durs des bœufs.

 

La roulette est la lune et l’enjeu ton espoir,

Mais des grecs ont triché au poker des planètes,

Les sages du passé, terrés comme des loirs,

Ont vomi leur mépris au pied des proxénètes.

 

Les maelstroms gueulards charrieront des baleines

Et de blancs goélands noyés par les moussons.

La montagne fondra sous le vent des saisons,

Les ossements des morts exhausseront la plaine.

 

Le feu des Armadas incendiera la mer,

Les lourds canons de bronze entr’ouvriront les flots

Quand, seuls sur l’océan, quatre bouchons de liège

Défieront le tonnerre effroi des matelots.

 

Coco ! la putain pâle aux fards décomposés

A reniflé ce soir tes étranges parfums.

Elle verra la vie brutale sans nausée

À travers la couleur orangée du matin.

 

Elle marchera sur d’humides macadams

Où les phallophories de lumières s’agitent ;

Sur les cours d’eau berceurs du nord de l’Amérique

Voguera sa pirogue agile, mais sans rame.

 

Les minarets blanchis d’un Alger idéal

Vers elles inclineront leur col de carafon

Pour verser dans son cœur mordu par les démons

L’ivresse des pensées captée dans les bocaux.

 

Sur ses talons Louis Quinze elle ira, décrochant

Les yeux révulsés des orbites des passants !

 

Ô le beau collier, ma mie

Que ces yeux en ribambelle,

Ô le beau collier ma mie

Que ces têtes sans cervelle.

 

Nous jouerons au bilboquet

Sur des phallus de carton-pâte,

Danse Judas avec Pilate

Et Cendrillon avec Riquet.

 

Elle vivra, vivra marchant

En guignant de l’œil les boutiques

Où sur des tas d’or, souriant aux pratiques,

D’un peu plus chaque jour engraissent les marchands.

 

Elle vivra marchant,

Jusqu’à l’hospice ouvrant sa porte funéraire

Jusqu’au berceau dernier, pirogue trop légère,

Sur l’ultime Achéron de ses regrets naissants.

 

Ou bien, dans un couvent de nonnes prostituées,

Abbesse au noir pouvoir vendra-t-elle la chair

Meurtrie par les baisers de ses sœurs impubères ?

 

Lanterne en fer forgé au seuil des lupanars,

Courtisanes coiffées du seigneurial hennin,

Tout le passé s’endort au grabat des putains

Comme un banquier paillard rongé par la vérole.

 

Saint Louis, jadis, sérieux comme un chien dans les quilles

Régissait la rue chaude aimée des Toulousains,

Le clapier Saint-Merry, proche la même église,

Mêlait ses chants d’amour aux nocturnes tocsins.

 

La reine Marie Stuart obtint par grand’ prière

Que d’un vocable orgiaque on fît Tire-Boudin,

J’aime beaucoup ces rues Tiron, Troussenonnains,

Où trafiquaient à l’enseigne des jarretières

Les filles aux doigts blancs, aux langues meurtrières.

 

Holà ! l’estaminet s’ouvre sur l’horizon,

Les buveurs ont vomi du vin rouge hier soir

Et ce matin, livide et crachant ses poumons,

Syphilitique est morte la putain sans gloire.

 

Que le vent gonfle donc la voile des galères

Car les flots ont échoué sur les grèves antiques

Des cadavres meurtris dédaignés des requins,

Les crabes ont mangé tous les cerveaux lyriques,

Une pieuvre s’acharne après un luth d’argent

Et crève un sac soyeux où sonnaient les sequins !

 

Tabac pour la concierge et coco pour la grue !

Je ne priserai pas la poudre consolante

Puisqu’un puissant opium s’exhale de mes nuits,

Que mes mains abusées ont déchiré parfois

La chair sanglante et chaude et vierge mais dolente !

 

Quels bouquets, cher pavots, dans les flacons limpides,

Quels décombres thébains et, Byzance orgueilleuse,

Les rêves accroupis sur le bord d’un Bosphore

Où nagent les amours cadencées et nombreuses.

 

J’ai des champs de pavots sournois et pernicieux

Qui, plus que toi Coco ! me bleuiront les yeux.

Sur Gomorrhe et Sodome aux ornières profondes,

J’ai répandu le sel fertilisant des ondes.

 

J’ai voulu ravager mes campagnes intimes,

Des forêts ont jailli pour recouvrir mes ruines.

Trois vies superposées ne pourraient pas suffire

À labeur journalier en saccager l’empire.

 

Le poison de mon rêve et voluptueux et sûr

Et les fantasmes lourds de la drogue perfide

Ne produiront jamais dans un esprit lucide

L’horreur de trop d’amour et de trop d’horizon

Que pour moi voyageur font naître les chansons.

 

Novembre 1919.

RROSE SÉLAVY[1]

(1022-1023)

 

1.     Dans un temple en stuc de pomme le pasteur distillait le suc des psaumes.

2.     Rrose Sélavy demande si les Fleurs du Mal ont modifié les mœurs du phalle : qu’en pense Omphale ?

3.     Voyageurs, portez des plumes de paon aux filles de Pampelune.

4.     La solution d’un sage est-elle la pollution d’un page ?

5.     Je vous aime, ô beaux hommes vêtus d’opossum.

Question aux astronomes :

6.     Rrose Sélavy inscrira-t-elle longtemps au cadran des astres le cadastre des ans ?

7.     Ô mon crâne, étoile de nacre qui s’étiole.

8.     Au pays de Rrose Sélavy on aime les fous et les loups sans foi ni loi.

9.     Suivrez-vous Rrose Sélavy au pays des nombres décimaux où il n’y a décombres ni maux ?

10.   Rrose Sélavy se demande si la mort des saisons fait tomber un sort sur les maisons.

11.   Passez-moi mon arc berbère dit le monarque barbare.

12.   Les planètes tonnantes dans le ciel effrayent les cailles amoureuses des plantes étonnantes aux feuilles d’écaille cultivées par Rrose Sélavy.

13.   Rrose Sélavy connaît bien le marchand du sel.

Épitaphe :

14.   Ne tourmentez plus Rrose Sélavy, car mon génie est énigme. Caron ne le déchiffre pas.

15.   Perdue sur la mer sans fin, Rrose Sélavy mangera-t-elle du fer après avoir mangé ses mains ?

16.   Aragon recueille in extremis l’âme d’Aramis sur un lit d’estragon.

17.   André Breton ne s’habille pas en mage pour combattre l’image de l’hydre du tonnerre qui brame sur un mode amer.

18.   Francis Picabia l’ami des castors

Fut trop franc d’être un jour picador

À Cassis en ses habits d’or.

19.   Rrose Sélavy voudrait bien savoir si l’amour, cette colle à mouches, rend plus dures les molles couches.

20.  Pourquoi votre incarnat est-il devenu si terne, petite fille, dans cet internat où votre œil se cerna ?

21.   Au virage de la course au rivage, voici le secours de Rrose Sélavy.

22.  Rrose Sélavy peut revêtir la bure du bagne, elle a une monture qui franchit les montagnes.

23.  Rrose Sélavy décerne la palme sans l’éclat du martyre à Lakmé bergère en Beauce figée dans le calme plat du métal appelé beauté.

24.  Croyez-vous que Rrose Sélavy connaisse ces jeux de fous qui mettent le feu aux joues ?

25.  Rrose Sélavy, c’est peut-être aussi ce jeune apache qui de la paume de sa main colle un pain à sa môme.

26.  Est-ce que la caresse des putains excuse la paresse des culs teints ?

27.  Le temps est un aigle agile dans un temple.

28.  Qu’arrivera-t-il si Rrose Sélavy, un soir de Noël, s’en va vers le piège de la neige et du pôle ?

29.  Ah ! meurs, amour !

30.  Quel hasard me fera découvrir entre mille l’ami plus fugitif que le lézard ?

31.   Un prêtre de Savoie déclare que le déchet des calices est marqué du cachet des délices : met-il de la malice dans ce match entre le ciel et lui ?

32.  Voici le cratère où le Missouri prend sa source et la cour de Sara son mystère.

33.  Nomades qui partez vers le nord, ne vous arrêtez pas au port pour vendre vos pommades.

34.  Dans le sommeil de Rrose Sélavy il y a un nain sorti d’un puits qui vient manger son pain, la nuit.

35.  Si le silence est d’or, Rrose Sélavy abaisse ses cils et s’endort.

36.  Debout sur la carène, le poète cherche une rime et croyez-vous, que Rrose Sélavy soit la reine du crime ?

37.   Au temps où les caravelles accostaient La Havane, les caravanes traversaient-elles Laval ?

Question d’Orient :

38.  À Sainte Sophie, sur un siège de liège, s’assied la folie.

39.  Rrose Sélavy propose que la pourriture des passions devienne la nourriture des nations.

40.  Quelle est donc cette marée sans cause dont l’onde amère inonde l’âme acérée de Rrose ?

41.   Benjamin Péret ne prend jamais qu’un bain par an.

42.  Paul Éluard : le poète élu des draps.

Épitaphe pour Apollinaire :

43.  Pleurez de nénies, géants et génies, au seuil du néant.

44.  Amoureux voyageurs sur la carte du tendre, pourquoi nourrir vos nuits d’une tarte de cendre ?

Martyre de saint Sébastien :

45.  Mieux que ses seins, ses bas se tiennent.

46.  Rrose Sélavy a visité l’archipel où la reine Irène-sur-les-Flots de sa rame de frêne gouverne ses îlots.

47.   From Everest mountain I am falling down to your feet for ever, Mrs. Everling.

48.  André Breton serait-il déjà condamné à la tâche de tondre en enfer des chats d’ambre et de jade ?

49.  Rrose Sélavy vous engage à ne pas prendre les verrues des seins pour les vertus des saintes.

50.  Rrose Sélavy n’est pas persuadée que la culture du moi puisse amener la moiteur du cul.

51.   Rrose Sélavy s’étonne que de la contagion des reliques soit née de la religion catholique.

52.  Possédé d’un amour sans frein, le prêtre savoyard jette aux rocs son froc pour soulager ses reins.

Devise de Rrose Sélavy

53.  Plus que poli pour être honnête

Plus que poète pour être honni.

54.  Oubliez les paraboles absurdes pour écouter de Rrose Sélavy les sourdes paroles.

Épiphanie :

55.  Dans la nuit fade les rêves accostent à la rade pour décharger les fèves.

56.  Au paradis des diamants les carats sont des amants et la spirale est en cristal.

57.   Les pommes de Rome ont pour les pages la saveur de la rage qu’y imprimèrent les dents des Mores.

58.  Lancez les fusées, les races à faces rusées sont usées !

59.  Rrose Sélavy proclame que le miel de sa cervelle est la merveille qui aigrit le fiel du ciel.

60.  Aux agapes de Rrose Sélavy on mange du pâté de pape dans une sauce couleur d’agate.

61.   Apprenez que la geste célèbre de Rrose Sélavy est inscrite dans l’algèbre céleste.

62.  Habitants de Sodome, au feu du ciel préférez le fiel de la queue.

63.  Tenez bien la rampe, rois et lois qui descendez à la cave sans lampe.

64.  Morts férus de morale, votre tribu attend-elle toujours un tribunal ?

65.  Rrose Sélavy affirme que la couleur des nègres est due au tropique du cancer.

66.  Beaux corps sur les billards, vous serez peaux sur les corbillards !

67.  Du palais des morts les malaises s’en vont par toutes les portes.

68.  Rocambole de son cor provoque le carnage, puis carambole du haut d’un roc et s’échappe à la nage.

69.  De cirrhose du foie meurt la foi du désir de Rrose.

70.  Amants tuberculeux, ayez des avantages phtisiques.

71.   Rrose Sélavy au seuil des cieux porte le deuil des dieux.

72.   Les orages ont pu passer sur Rrose Sélavy, c’est sans rage qu’elle atteint l’âge des oranges.

73.   Ce que Baron aime, c’est le bâillon sur l’arme !

74.   Les idées de Morise s’irisent d’un charme démodé.

75.   Simone dans le silence provoque le heurt des lances des démones.

76.   Les yeux des folles sont sans fard. Elles naviguent dans des yoles, sur le feu, pendant des yards, pendant des yards.

77.   Le mépris des chansons ouvre la prison des méchants.

78.   Le plaisir des morts, c’est de moisir à plat.

79.   Aimez, ô gens, Janine, la fleur d’hémérocalle est si câline.

80.  Sur quel pôle la banquise brise-t-elle le bateau des poètes en mille miettes ?

81.   Rrose Sélavy sait bien que le démon du remords ne peut mordre le monde.

82.  Rrose Sélavy nous révèle que le râle du monde est la ruse des rois mâles emportés par la ronde de la muse des mois.

Dictionnaire La Rrose :

83.  Latinité – Les cinq nations latines.

La Trinité – L’émanation des latrines.

84.  Nul ne connaîtrait la magie des boules sans la bougie des mâles.

85.  Dans un lac d’eau minérale Rrose Sélavy a noyé la câline morale.

86.  Rrose Sélavy glisse le cœur de Jésus dans le jeu des Crésus.

Conseil aux catholiques :

87.   Attendez sagement le jour de la foi où la mort vous fera jouir de la faux.

88.  Au fond d’une mine Rrose Sélavy prépare la fin du monde.

89.  La jolie sœur disait : « Mon droit d’aînesse pour ton doigt, Ernest. »

90.  Cravan se hâte sur la rive et sa cravate joue dans le vent.

91.   Dans le ton rogue de Vaché il y avait des paroles qui se brisaient comme les vagues sur les rochers.

92.  Faites l’Aumône aux riches, puis sculptez dans la roche le simulacre de Simone.

Question :

93.  Cancer mystique, chanteras-tu longtemps ton cantique au mystère ?

 

Réponse :

94.  Ignores-tu que ta misère se pare comme une reine de la traîne de ce mystère ?

95.  La mort dans les flots est-elle le dernier mot des forts ?

96.  L’acte des sexes est l’axe des sectes.

97.   Le suaire et les ténèbres du globe sont plus suaves que la gloire.

98.  Frontières qui serpentez sur les cimes, vous n’entourez pas les cimetières abrités par nos fronts.

99.  Les caresses de demain nous révéleront-elles le carmin des déesses ?

100. Le parfum des déesses berce la paresse des défunts.

101. La milice des déesses se préoccupe peu des délices de la messe.

102. À son trapèze Rrose Sélavy apaise la détresse des déesses.

103. Les vestales de la Poésie vous prennent-elles pour des vessies, ô Pétales !

104. Images de l’amour, poissons, vos baisers sans poison me feront-ils baisser les yeux ?

105. Dans le pays de Rrose Sélavy les mâles font la guerre sur la mer. Les femelles ont la gale.

106. À tout miché, pesez Ricord.

107. Mots, êtes-vous des mythes et pareils aux myrtes des morts.

108. L’argot de Rrose Sélavy, n’est-ce pas l’art de transformer en cigognes les cygnes ?

109. Les lois de nos désirs sont des dés sans loisir.

110. Héritiers impatients, conduisez vos ascendants à la chambre des tonnerres.

111.  Je vis où tu vis, voyou dont le visage est le charme des voyages.

112. Phalange des anges, aux angélus préférez les phallus.

113. Connaissez-vous la jolie faune de la folie ? – Elle est jaune.

114. Votre sang charrie-t-il des grelots au gré de vos sanglots ?

115. La piété dans le dogme consiste-t-elle à prendre les dogues en pitié ?

116. Le char de la chair ira-t-il loin sur ce chemin si long ?

117. Qu’en pensent les cocus ?

Recette culinaire : plutôt que Madeleine l’apotrophage, femmes ! imitez la vierge cornivore.

118. Corbeaux qui déchiquetez le flanc des beaux corps quand éteindrez-vous les flambeaux ?

119. Prométhée moi l’amour.

120. Ô ris cocher des flots ! Auric, hochet des flots au ricochet des flots.

121. L’espèce des folles aime les fioles et les pièces fausses.

DÉFINITION DE LA POÉSIE POUR :

122. Louis Aragon : À la margelle des âmes écoutez les gammes jouer à la marelle.

123. Benjamin Péret : Le ventre de chair est un centre de vair.

124. Tristan Tzara : Quel plus grand outrage à la terre qu’un ouvrage de {verre/vers} ? Qu’en dis-tu, ver de terre ?

125. Max Ernst : La boule rouge bouge et roule.

126. Max Morise : À figue dolente, digue affolante.

127. Georges Auric : La portée des muses, n’est-ce pas la mort duvetée derrière la porte des musées ?

128. Philippe Soupault : Les oies et les zébus sont les rois de ce rébus.

129. Roger Vitrac : Il ne faut pas prendre le halo de la lune à l’eau pour le chant « allô » des poètes comme la lune.

130. Georges Limbour : Pour les Normands le Nord ment.

131. Francis Picabia : Les chiffres de bronze ne sont-ils que des bonzes de chiffes : j’ai tué l’autre prêtre, êtes-vous prête, Rrose Sélavy ?

132. Marcel Duchamp : Sur le chemin, il y avait un bœuf bleu près d’un banc blanc. Expliquez-moi la raison des gants blancs, maintenant ?

133. G. de Chirico : Vingt fois sur le métier remettez votre outrage.

134. Quand donc appellerez-vous Prétéritions, Paul Éluard, les répétitions ?

135. Ô laps des sens, gage des années aux pensées sans langage.

136. Fleuves ! portez au Mont-de-Piété les miettes de pont.

137. Les joues des fées se brûlent aux feux de joies.

138. Le mystère est l’hystérie des mortes sous les orties.

139. Dans le silence des cimes, Rrose Sélavy regarde en riant la science qui lime.

140. Nos peines sont des peignes de givre dans des cheveux ivres.

141. Femmes ! faux chevaux sous vos cheveux de feu.

142. Dites les transes de la confusion et non pas les contusions de la France.

143. De quelle plaine les reines de platine monteront-elles dans nos rétines ?

144. La peur, c’est une hanche pure sous un granit ingrat.

145. Les menteurs et les rhéteurs perdent leurs manches dans le vent rêche quand les regarde Man Ray.

146. Si vous avez des peines de cœur, amoureux, n’ayez plus peur de la Seine.

147. À cœur payant un rien vaut cible.

148. Plus fait violeur que doux sens.

149. Jeux de mots jets mous.

150. Aimable souvent est sable mouvant.

L’AUMONYME

(1923)

 

« C’est une fâcheuse aventure : créer le mystère autour de nos amours. Pas si fâcheuse que ça.

« Je l’aime, elle roule si vite, la grande automobile blanche. De temps à autre, au tournant des rues, le chauffeur blanc et noir, plus majestueusement qu’un capitaine de frégate, abaisse lentement le bras dans l’espace qui roule, roule, roule si vite, en ondes blanches comme les roues de l’automobile que j’aime.

« Mais le mystère qui se déroule concentriquement autour de ses seins a capturé dans son labyrinthe de macadam taché de larmes la grande automobile blanche qui vogue plutôt qu’elle ne roule en faisant naître autour d’elle dans l’espace les grandes ondes invisibles et concentriques du mystère. La cible aérienne que les hommes traversent sans s’en douter se disloque lentement au gré des amants et la sphère, cerclée de parallèles comme ses seins crève ainsi qu’un ballon. Dirigeables et ballons, aéroplanes et vapeurs, locomotives et automobiles, tout est mystère dans mon immobile amour pour ses seins. »

Après avoir parlé, je regardai :

Le désert qui s’étendait autour de moi était peuplé d’échos qui me mirent cruellement en présence de ma propre image reflétée dans le miroir des mirages. Les femmes qui tenaient ces glaces à mains étaient nues, honnis leurs mains qui étaient gantées, leur sein gauche, gainé de taffetas moiré noir à faire hurler mes gencives de volupté, hormis aussi leurs cheveux dissimulés sous une écharpe de fine laine jaune. Quand ces femmes se retournaient je pouvais tout voir de leur dos merveilleux, tout hormis la nuque, la colonne vertébrale et cette partie de la croupe où la cambrure prend naissance, cachées qu’elles étaient par les pans de l’écharpe. Cette nudité partielle et savamment irritante pour moi a-t-elle causé ma folie ? Dites-le-moi, vous dont le mystère est la fin, le but.

Ne vous enfuyez plus, passagères de première classe, quand l’amant clandestin lié à l’hélice pour faire à peu de frais la traversée, vous appelle le soir à l’heure où, penchées près de la hampe, vous cherchez à identifier vos cheveux, l’ondoiement de l’étendard et les flots. Vos visages et le reflet de vos visages se présentent tour à tour au-dessus et au-dessous de lui : comment voulez-vous que son imagination, qui gravite au gré de l’hélice, autour de l’arbre d’acier sans racine, ne confonde pas votre réalité et votre image, fruits de l’arbre à hélice, belles passagères érotiquement vêtues, et pourquoi vous enfuir quand vous l’entendez dire dans la nuit, à l’heure où la Croix du Sud et l’Étoile Polaire se heurtent sur le tapis bleu des salles de bridge :

« Elles sont mystère, mystère. Leurs cheveux sont des reflets de mystère… le mystère est leur but, leur fin… leur faim c’est le mystère. Elles ont bu, mais elles ont faim, la fin du mystère est-elle le but de leur faim ? »

Pitié pour l’amant des homonymes.

21 HEURES LE 26-11-22

À André Breton

 

En attendant

en nattant l’attente

Sous quelle tente ?

nos tantes

ont-elles engendré

les neveux silencieux

que nul ne veut sous les cieux

appeler ses cousins

en nattant les cheveux du silence

six lances

percent mes pensées en attendant

À Benjamin Péret

 

Notre paire quiète, ô yeux !

que votre « non » soit sang (t’y fier ?)

que votre araignée rie,

que votre vol honteux soit fête (au fait)

Sur la terre (commotion).

 

Donnez-nous, aux joues réduites,

notre pain quotidien

Part, donnez-nous, de nos œufs foncés

comme nous part donnons

à ceux qui nous ont offensés.

Nounou laissez-nous succomber à la tentation

et d’aile ivrez nous du mal.

 

Exhausser ma pensée

 

Exaucer ma voix

 

 

 

Cataracte des flots cataracte des yeux

aux cheveux roux des roues

feues nos mains, feus nos yeux furent maître des feux.

Dans nos vaisseaux battus par un sang sans globule

Voguent de grands vaisseaux portant dans des cellules

les grands forçats sanglants qui burent nos cellules.

 

Au bout du môle blanc les sirènes sont molles.

Sirène des vapeurs, avez-vous vu Méduse aux cheveux de méduse :

Mes pupilles sont devenues ses amoureuses pupilles.

 

Jetez le lest vers l’est, lestes ballons. Volez jusqu’au soleil pour voler quoi ?

La peine des regards, yeux au pêne hermétique,

Offre un calme de reines antiques

Coupez les rênes. Laissez-les galoper, les rennes !

Chœur des cœurs – Le corps des prunelles est le fruit de jouir

Goûtez les prunelles avant de mourir,

Aux arbres des forêts le marbre des forts est.

Cent nageurs ont plongé dans le sang des prunelles

Cent nageurs ont péri du désir des cruelles, sent, nageur le sang des sans-cervelle.

 

Pitié pour le désert où des airs sans pitié sur les aîtres du cœur ont renseigné les hêtres

Cent hiers ont fléchi sur l’herbe des sentiers qu’ont foulé cent aimées en secret de nos êtres

Faire du fer pour panser nos pensées avec la mousse du vin, avec la mousse du vain :

Du vin pour les mousses quand souffle la mousson

et que nous dormons sur la mousse, levain du vin.

Sous quel manteau trouble dérober nos troubles mentaux.

Je mens aux multiples consciences.

 

 

Les moules des mers

aux moules des mères

empruntent leur forme d’œil,

homme – houle d’aimer.

 

 

Ail de ton œil,

je t’aime à cause de cela.

 

 

Nos tâches tachent

 

tour à tour

 

les tours

 

d’alentours.

 

 

Vers quel verre, œil vert, diriges-tu tes regards

chaussés de vair ?

 

 

Maître des pals, ô mâle !

le mal ne rend pas ta face plus pâle ;

que les opales fassent naître dans tes malles

des cours d’eau.

Mais ils seront si cours

que les chanteurs des cours,

baissant le dos, perdront le do

ah ! cours, maître du mal et du pal.

 

 

Plutôt se perdre aux pins,

s’éprendre des yeux peints,

que de gagner son pain

où les fleuves vont s’épandre.

 

 

Mords le mors de la mort Maure silencieux.

cils ! aux cieux

dérobez nos yeux.

 

Non, nous n’avons pas de nom.

 

 

Plus que la nuit nue

la femme vient hanter

nos rêves, pareils à Antée

antés des désirs renaissants

 

Nos pères ! C’est parce que vous n’aviez pas les yeux pers.

 

Changez vos cœurs au pair avec les dollars

Change ton cœur, opère sans douleur.

 

 

J’aime vos cous marqués de coups,

maîtresse des fauves

(mes tresses défaut)

j’aime des dessins, non des seins,

j’aime les dents des dames.

Pis, j’aime les pieds, non les pies non les pis

mais l’épée ?

 

 

Mais chants sont si peu méchants

Ils ne vont pas jusqu’à Longchamp

Ils meurent avant d’atteindre les champs

Où les bœufs s’en vont léchant

des astres

désastres

 

 

L’an est si lent.

Abandonnons nos ancres dans l’encre,

mes amis.

 

 

De si haut les eaux tombent-elles sur nos os ?

Voici haut les oiseaux

la voie des tombes :     voix os.

 

 

Un à un

les huns

passent l’Aisne.

Nos aines confondent nos haines,

Henri Heine.

Un à un

les huns

deviennent des nains.

Perdez-vous dans l’Ain

et non dans l’Aisne.

 

Hein ?

 

 

Tant d’or.

 

Passez les patries à l’épreuve du tan

et du temps

et encore des taons.

 

 

L’art est le dieu lare

des mangeurs de lard

des phares dévoilent le fard

des courtisanes du Far-West qui s’effarent.

 

 

Dormir.

Les sommes nocturnes révèlent

la somme des mystères des hommes.

Je vous somme, sommeils, de

m’étonner

et de tonner.

BLANC SEING

Hommes mangés aux mythes

Il est trop tard pour soupeser vos tares

aux cinq blancs seins si saints de n’être pas sains

nous sommes soumis.

l’appeau ? la peau, peau-pierre

Aimez-vous la paupière des seins ?

Ces pots de peau simulent la pierre blanchie par les flots

Pour mesurer ces seins πr est inutile

Ces pots de lait sont laids, je les abandonne aux faiseurs de lais.

 

Moi, j’aime l’épaule de la femme,

les pôles de l’affame

et ses reins froids comme les cailloux du Rhin.

(27 novembre 1922)

 

 

Vingt fois buvez ce vin.

L’or est hors de nos mains

qui demain

palperont les cinq seins

 

d’une femme plus belle que

la qui bêle.

 

on la porte en ville

(la beauté est vile)

civile

 

mille grains de mil

pour les gringalets

ricochez sur la vie.

 

 

Les chats hauts sur les châteaux

d’espoir

Croquent les poires d’angoisse

la nuit

l’ennui

l’âme nuit.

 

Et puis il y a le puits

qui s’enfonce dans la terre

où s’atterrent

les faibles

que brise le brise.

 

Poète venu de Lorient

que dis-tu de l’orient ?

        l’or riant

 

 

Les mûres sont mûres le long des murs

et des bouches bouchent nos yeux.

 

Les porcs débarquent dans les ports

d’Amérique

et de nos pores

s’enfuient les désirs.

 

 

Vos bouches mentent,

vos mensonge sentent la menthe,

Amantes !

 

Cristaux où meurt le Christ,

reflétez la froide beauté

de Kristiana.

nos traditions ?

notre addition !

 

 

Les ponts s’effondrent tous

au cri du paon qui pond

et les pans de ponts

transforment les rivières.

 

aux lacs des lacs

meurent les paons

enlisés dans la gomme laque.

AUTANT POUR LES CROSSES

 

Autant pour les crosses, Évêques caducs qui baptisez les Èves aux aqueducs.

Autant pour les crosses, gens qui associez à l’amour votre aorte.

Flexible, Flexible, ma chère Flexible,

Est-ce ma chair, ma chère, sont-ce des crosses que vous cherchez ?

 

Autant pour

Autant dire.

 

Ici c’est Charles Cros.

Jamais plus pour Charles Cros.

 

 

Dans la paume de vos mains

que font ces pommes ?

un jour les échos

nous paierons leur écot.

 

Voici l’homme le plus beau, il a un pied bot

Les hommes sereins s’enrhument sous le serein

Synonymes assassinonimes au moins,

Sinon mime l’homme au nid (me)

 

gaieté

guetter

épiler et piller épier

raser racer r’assez

mare flac

harasser étalonner

frôler

fatiguer

effleurer et talonner et fatiguer.

joie

j’ois

j’entends j’antan

jadis jà dix ? Jade Ys

 

autrefois

 

autre foi

hérésie errez y (ne vous garez pas !)

et Gare Ève où ?

égarez-vous

P’OASIS

À Louis Aragon.

 

Nous sommes les pensées arborescentes qui fleurissent sur les chemins des jardins cérébraux.

Sœur Anne, ma Sainte Anne, ne vois-tu rien venir… vers Sainte Anne ?

— Je vois les pensées odorer les mots.

— Nous sommes les mots arborescents qui fleurissent sur les chemins des jardins cérébraux,

de nous naissent les pensées.

Nous sommes les pensées arborescentes qui fleurissent sur les chemins des jardins cérébraux.

Les mots sont nos esclaves.

— Nous sommes

— Nous sommes

— Nous sommes les lettres arborescentes qui fleurissent sur les chemins des jardins cérébraux.

Nous n’avons pas d’esclaves.

— Sœur Anne, ma sœur Anne, que vois-tu venir vers Sainte Anne ?

Je vois les Pan C

Je vois les crânes KC

Je vois les mains DCD

Je les M

Je vois les pensées BC et les femmes MÉ

et les poumons qui en ont AC de l’RLO

poumons noyés des ponts NMI

Mais la minute précédente est déjà trop AG

— Nous sommes les arborescences qui fleurissent sur les déserts des jardins cérébraux.

Art rythmé ; tic
---------------------
Lit temps nie

Prenez vos 16

Litanies

n’italie

Inde œuf, un deux, la muscadence

Troie, qu’âtre neuf dans les seins (les siens) sise

les seins, cet étui pour le 9

Troie m’Ilion

zéro

rosée rose si 12

réseau

navigateurs traversez les 2-3

à toute 8-S

11 ondes jusqu’à vos bouches portent l’odeur marine

des 13 fraises

Par nos amours décuplés nous devenons vains

mais, 10-20-2-20

quand je vins vous mourûtes

dans vos cerveaux

trop  pour boire le 100 du

 

En somme, F M R    F I J

sommes-nous des cow-boys de l’Arizona dans un la boratoire

ou des cobayes prenant l’horizon pour un labyrinthe ?

RROSE SELAVY, ETC…

 

Rose aisselle a vit.

Rr’ose, essaie là, vit.

Rôts et sel à vie.

Rose S, L, hâve I.

Rosée, c’est la vie.

Rrose scella vît.

Rrose sella vît.

Rrose sait la vie.

Rose, est-ce, hélas, vie ?

Rrose aise hélà vît.

Rrose est-ce aile, est-ce elle ?

est celle

AVIS

 

 

 

 

10 décembre 1923.

DIALOGUE

 

— Rien ne m’intéresse

— Rie, en aimant, Thérèse.

LANGAGE CUIT

(1923)

VENT NOCTURNE

 

Sur la mer maritime se perdent les perdus

Les morts meurent en chassant des chasseurs

dansent en rond une ronde

Dieux divins ! Hommes humains !

de mes doigts digitaux je déchire une cervelle

cérébrale.

Quelle angoissante angoisse

Mais les maîtresses maîtrisées ont des cheveux chevelus

Cieux célestes

terre terrestre

Mais où est la terre céleste ?

LANGAGE CUIT

I

 

Ce vieillard encore violet ou orangé ou rose

porte un pantalon en trompe d’éléphant.

 

Mon amour jette-moi ce regard chaud

où se lisent de blancs desseins !

 

Portrait au rallongé de nos âmes

Parlerons-nous à cœur fermé et ce cœur

sur le pied ?

Où jouerons-nous toute la nuit à la main froide ?

LANGAGE CUIT

II

d’une voix noire

d’une voix maigre

m’a séduite

dans la nuit mince

dans le jour des temps.

Se vêtir d’un crêpe de chevelure

la muse aux seins mourants.

 

Et la voix ronde

dit que la voie est esclave.

 

Quelle lumière cuite ce jour-là.

À PRÉSENT

 

J’aimai avec passion ces longues fleurs qui éclatai-je à mon entrée. Chaque lampe se transfigurai-je en œil crevé d’où coulai-je des vins plus précieux que la nacre et les soupirs des femmes assassinées.

 

Avec frénésie, avec frénésie nos passions naquis-je et le fleuve Amazone lui-même ne bondis-je pas mieux.

Écouté-je moi bien ! Du coffret jaillis-je des océans et non des vins et le ciel s’entr’ouvris-je quand il parus-je.

Le nom du seigneur n’eus-je rien à faire ici.

 

Les belles mourus-je d’amour et les glands, tous les glands tombai-je dans les ruisseaux.

La grande cathédrale se dressai-je jusqu’au bel œil. L’œil de ma bien-aimée.

Il connus-je des couloirs de chair. Quant aux murs ils se liquéfiai-je et le dernier coup de tonnerre fis-je disparaître de la terre tous les tombeaux.

IDÉAL MAITRESSE

 

Je m’étais attardé ce matin-là à brosser les dents d’un joli animal que, patiemment, j’apprivoise. C’est un caméléon. Cette aimable bête fuma, comme à l’ordinaire, quelques cigarettes, puis je partis.

Dans l’escalier je la rencontrai. « Je mauve », me dit-elle et tandis que moi-même je cristal à pleine ciel-je à son regard qui fleuve vers moi.

Or, il serrure et, maîtresse ! Tu pitchpin qu’a joli vase je me chaise si les chemins tombeaux.

L’escalier, toujours l’escalier qui bibliothèque et la foule au bas plus abîme que le soleil ne cloche.

Remontons ! mais en vain, les souvenirs se sardine ! à peine, à peine un bouton tirelire-t-il. Tombez, tombez ! En voici le verdict : « La danseuse sera fusillée à l’aube en tenue de danse avec ses bijoux immolés au feu de son corps. Le sang des bijoux, soldats ! »

Eh quoi, déjà je miroir. Maîtresse tu carré noir et si les nuages de tout à l’heure myosotis, ils moulins dans la toujours présente éternité.

CHANSON DE CHASSE

 

La chasseresse sans chance

de son sein choie son sang sur ses chasselas

chasuble sur ce chaud si chaud sol

chat sauvage

chat chat sauvage qui vaut sage

chat sage ou sage sauvage

Laissez sécher les chasses léchées

chasse ces chars sans chevaux et cette échine

sans châle

si sûre chasseresse

son sort qu’un chancre sigille

chose sans chagrin

chanson sans chair chanson chiche.

 

ÉLÉGANT CANTIQUE
DE SALOMÉ SALOMON

 

Mon mal meurt mais mes mains miment

Nœuds, nerfs non anneaux. Nul nord

Même amour mol ? mames, mord

Nus nénés nonne ni Nine.

 

Où est Ninive sur la mammemonde ?

 

Ma mer, m’amis, me murmure :

« nos nils noient nos nuits nées neiges »

Meurt momie ! môme : âme au mur.

Néant nié nom ni nerf n’ai-je !

 

Aime haine

Et n’aime

haine aime

aimai ne

 

M N
N M
N M
M N

LE BONBON

 

Je je suis suis le le roi roi

des montagnes

j’ai de de beaux bobos beaux beaux yeux yeux

il fait une chaleur chaleur

 

j’ai nez

j’ai doigt doigt doigt doigt doigt à à

chaque main main

 

j’ai dent dent dent dent dent dent dent

dent dent dent dent dent dent dent

dent dent dent dent dent dent dent

dent dent dent dent dent dent dent

dent dent dent dent

Tu tu me me fais fais souffrir

mais peu m’importe m’importe

la la porte porte

AU MOCASSIN LE VERBE

 

Tu me suicides, si docilement

Je te mourrai pourtant un jour.

Je connaîtrons cette femme idéale

et lentement je neigerai sur sa bouche

Et je pleuvrai sans doute même si je fais tard, même si je fais beau temps

Nous aimez si peu nos yeux

Et s’écroulerai cette larme sans

raison bien entendu et sans tristesse.

sans.

CŒUR EN BOUCHE

 

Son manteau traînait comme un soleil couchant

et les perles de son collier étaient belles comme des dents.

Une neige de seins qu’entourait la maison

et dans l’âtre un feu de baisers.

Et les diamants de ses bagues étaient plus brillants que des yeux.

« Nocturne visiteuse Dieu croit en moi !

— Je vous salue gracieuse de plénitude

les entrailles de votre fruit sont bénies.

Dehors se courbent les roseaux fines tailles.

Les chats grincent mieux que les girouettes.

Demain à la première heure, respirer des roses aux doigts d’aurore

et la nue éclatante transformera en astre le duvet. »

 

Dans la nuit ce fut l’injure des rails aux indifférentes locomotives

près des jardins où les roses oubliées

sont des amourettes déracinées.

« Nocturne visiteuse un jour je me coucherai dans un linceul comme dans une mer.

Tes regards sont des rayons d’étoile,

les rubans de ta robe des routes vers l’infini.

Viens dans un ballon léger semblable à un cœur

malgré l’aimant, arc de triomphe quant à la forme.

Les giroflées du parterre deviennent les mains les plus belles d’Haarlem.

Les siècles de notre vie durent à peine des secondes.

À peine les secondes durent-elles quelques amours.

À chaque tournant il y a un angle droit qui ressemble à un vieillard.

Le loup à pas de nuit s’introduit dans ma couche.

Visiteuse ! Visiteuse ! tes boucliers sont des seins !

Dans l’atelier se dressent aussi sournoises que des langues

les vipères.

Et les étaux de fer comme les giroflées sont devenus des

mains.

Avec les fronts de qui lapiderez-vous les cailloux ?

quel lion te suit plus grondant qu’un orage ?

Voici venir les cauchemars des fantômes. »

Et le couvercle du palais se ferma aussi bruyamment

que les portes du cercueil.

On me cloua avec des clous aussi maigres

que des morts

dans une mort de silence.

Maintenant vous ne prêterez plus d’attention

aux oiseaux de la chansonnette.

L’éponge dont je me lave n’est qu’un cerveau ruisselant

et des poignards me pénètrent avec l’acuité de vos regards.

L’ASILE AMI

 

Là ! L’Asie. Sol miré, phare d’haut, phalle ami docile à la femme, il l’adore, et dos ci dos là mille a mis ! Phare effaré la femme y résolut d’odorer la cire et la fade eau. L’art est facile à dorer : fard raide aux mimis, domicile à lazzi. Dodo l’amie outrée !

UN JOUR QU’IL FAISAIT NUIT

 

Il s’envola au fond de la rivière.

Les pierres en bois d’ébène, les fils de fer en or

et la croix sans branche.

Tout rien.

Je la hais d’amour comme tout un chacun.

Le mort respirait de grandes bouffées de vide.

Le compas traçait des carrés

et des triangles à cinq côtés.

Après cela il descendit au grenier.

Les étoiles de midi resplendissaient.

Le chasseur revenait carnassière pleine de poissons

Sur la rive au milieu de la Seine.

Un ver de terre, marque le centre du cercle

sur la circonférence.

En silence mes yeux prononcèrent un bruyant discours.

Alors nous avancions dans une allée déserte où se pressait la foule.

Quand la marche nous eut bien reposé

nous eûmes le courage de nous asseoir

puis au réveil nos yeux se fermèrent

et l’aube versa sur nous les réservoirs de la nuit.

La pluie nous sécha.

ISABELLE ET MARIE

 

Isabelle rencontra Marie au bas de l’escalier :

« Tu n’es qu’une chevelure ! lui dit-elle.

— et toi une main.

— main toi-même, omoplate !

— omoplate ? c’est trop fort, espèce de sein.

— Langue ! dent ! pubis !

— œil !

— cils ! aisselle ! rein !

— gorge !… oreille !

— Oreille ? moi ? regarde-toi, narine !

— non mais, vieille gencive !

— doigt !

— con ! »

31 mai 1023.

LA COLOMBE DE L’ARCHE

 

Maudit !

soit le père de l’épouse

du forgeron qui forgea le fer de la cognée

avec laquelle le bûcheron abattit le chêne

dans lequel on sculpta le lit

où fut engendré l’arrière-grand-père

de l’homme qui conduisit la voiture

dans laquelle ta mère

rencontra ton père.

14 novembre 1923.

C’ÉTAIT UN BON COPAIN

 

Il avait le cœur sur la main

Et la cervelle dans la lune

C’était un bon copain

Il avait l’estomac dans les talons

Et les yeux dans nos yeux

C’était un triste copain.

Il avait la tête à l’envers

Et le feu là où vous pensez.

Mais non quoi il avait le feu au derrière.

C’était un drôle de copain

Quand il prenait ses jambes à son cou

Il mettait son nez partout

C’était un charmant copain

Il avait une dent contre Étienne

À la tienne Étienne à la tienne mon vieux.

C’était un amour de copain

Il n’avait pas sa langue dans la poche

Ni la main dans la poche du voisin.

Il ne pleurait jamais dans mon gilet

C’était un copain,

C’était un bon copain.

À LA MYSTÉRIEUSE

(1926)

Ô DOULEURS DE L’AMOUR !

 

Ô douleurs de l’amour !

Comme vous m’êtes nécessaires et comme vous m’êtes chères.

Mes yeux qui se ferment sur des larmes imaginaires, mes mains qui se tendent sans cesse vers le vide.

J’ai rêvé cette nuit de paysages insensés et d’aventures dangereuses aussi bien du point de vue de la mort que du point de vue de la vie qui sont aussi le point de vue de l’amour.

Au réveil vous étiez présentes, ô douleurs de l’amour, ô muses du désert, ô muses exigeantes.

Mon rire et ma joie se cristallisent autour de vous. C’est votre fard, c’est votre poudre, c’est votre rouge, c’est votre sac de peau de serpent, c’est vos bas de soie… et c’est aussi ce petit pli entre l’oreille et la nuque, à la naissance du cou, c’est votre pantalon de soie et votre fine chemise et votre manteau de fourrure, votre ventre rond c’est mon rire et mes joie vos pieds et tous vos bijoux.

En vérité, comme vous êtes bien vêtue et bien parée.

 

Ô douleurs de l’amour, anges exigeants, voilà que je vous imagine à l’image même de mon amour que je confonds avec lui…

Ô douleurs de l’amour, vous que je créé et habille, vous vous confondez avec mon amour dont je ne connais que les vêtements et aussi les yeux, la voix, le visage, les mains, les cheveux, les dents, les yeux…

J’AI TANT RÊVÉ DE TOI

 

J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.

Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m’est chère ?

J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant ton ombre à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.

Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années je deviendrais une ombre sans doute,

Ô balances sentimentales.

J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd’hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venu.

J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu’il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu’à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l’ombre qui se promène et se promènera allègrement sur le cadran solaire de ta vie.

LES ESPACES DU SOMMEIL

 

Dans la nuit il y a naturellement les sept merveilles du monde et la grandeur et le tragique et le charme.

Les forêts s’y heurtent confusément avec des créatures de légende cachées dans les fourrés.

Il y a toi.

Dans la nuit il y a le pas du promeneur et celui de l’assassin et celui du sergent de ville et la lumière du réverbère et celle de la lanterne du chiffonnier.

Il y a toi.

Dans la nuit passent les trains et les bateaux et le mirage des pays où il fait jour. Les derniers souffles du crépuscule et les premiers frissons de l’aube.

Il y a toi.

Un air de piano, un éclat de voix.

Une porte claque. Un horloge.

Et pas seulement les êtres et les choses et les bruits matériels.

Mais encore moi qui me poursuis ou sans cesse me dépasse.

Il y a toi l’immolée, toi que j’attends.

Parfois d’étranges figures naissent à l’instant du sommeil et disparaissent.

Quand je ferme les yeux, des floraisons phosphorescentes apparaissent et se fanent et renaissent comme des feux d’artifice charnus.

Des pays inconnus que je parcours en compagnie de créatures.

Il y a toi sans doute, ô belle et discrète espionne.

Et l’âme palpable de l’étendue.

Et les parfums du ciel et des étoiles et le chant du coq d’il y a 2.000 ans et le cri du paon dans des parcs en flamme et des baisers.

Des mains qui se serrent sinistrement dans une lumière blafarde et des essieux qui grincent sur des routes médusantes.

Il y a toi sans doute que je ne connais pas, que je connais au contraire.

Mais qui, présente dans mes rêves, t’obstines à s’y laisser deviner sans y paraître.

Toi qui restes insaisissable dans la réalité et dans le rêve.

Toi qui m’appartiens de par ma volonté de te posséder en illusion mais qui n’approches ton visage du mien que mes yeux clos aussi bien au rêve qu’à la réalité.

Toi qu’en dépit d’un rhétorique facile où le flot meurt sur les plages, où la corneille vole dans des usines en ruines, où le bois pourrit en craquant sous un soleil de plomb,

Toi qui es à la base de mes rêves et qui secoues mon esprit plein de métamorphoses et qui me laisses ton gant quand je baise ta main.

Dans la nuit, il y a les étoiles et le mouvement ténébreux de la mer, des fleuves, des forêts, des villes, des herbes, des poumons de millions et millions d’êtres.

Dans la nuit il y a les merveilles du mondes.

Dans la nuit il n’y a pas d’anges gardiens mais il y a le sommeil.

Dans la nuit il y a toi.

Dans le jour aussi.

SI TU SAVAIS

 

Loin de moi et semblable aux étoiles et à tous les accessoires de la mythologie poétique,

Loin de moi et cependant présente à ton insu,

Loin de moi et plus silencieuse encore parce que je t’imagine sans cesse,

Loin de moi, mon joli mirage et mon rêve éternel, tu ne peux pas savoir.

Si tu savais.

Loin de moi et peut-être davantage encore de m’ignorer et m’ignorer encore.

Loin de moi parce que tu ne m’aimes pas sans doute ou ce qui revient au même, que j’en doute.

Loin de moi parce que tu ignores sciemment mes désirs passionnés.

Loin de moi parce que tu es cruelle.

Si tu savais.

Loin de moi, ô joyeuse comme la fleur qui danse dans la rivière au bout de sa tige aquatique, ô triste comme sept heures du soir dans les champignonnières.

Loin de moi silencieuse encore ainsi qu’en ma présence et joyeuse encore comme l’heure en forme de cigogne qui tombe de haut.

Loin de moi à l’instant où chantent les alambics, l’instant où la mer silencieuse et bruyante se replie sur les oreillers blancs.

Si tu savais.

Loin de moi, ô mon présent présent tourment, loin de moi au bruit magnifique des coquilles d’huîtres qui se brisent sous le pas du noctambule, au petit jour, quand il passe devant la porte des restaurants.

Si tu savais.

Loin de moi, volontaire et matériel mirage.

Loin de moi c’est une île qui se détourne au passage des navires.

Loin de moi un calme troupeau de bœufs se trompe de chemin, s’arrête obstinément au bord d’un profond précipice, loin de moi, ô cruelle.

Loin de moi, une étoile filante choit dans la bouteille nocturne du poète. Il met vivement le bouchon et dès lors il guette l’étoile enclose dans le verre, il guette les constellations qui naissent sur les parois, loin de moi, tu es loin de moi.

Si tu savais.

Loin de moi une maison achève d’être construite.

Un maçon en blouse blanche au sommet de l’échafaudage chante une petite chanson très triste et, soudain, dans le récipient empli de mortier apparaît le futur de la maison : les baisers des amants et les suicides à deux et la nudité dans les chambres des belles inconnues et leurs rêves même à minuit, et les secrets voluptueux surpris par les lames de parquet.

Loin de moi,

Si tu savais.

Si tu savais comme je t’aime et, bien que tu ne m’aimes pas, comme je suis joyeux, comme je suis robuste et fier de sortir avec ton image en tête, de sortir de l’univers.

Comme je suis joyeux à en mourir.

Si tu savais comme le monde m’est soumis.

Et toi, belle insoumise aussi, comme tu es ma prisonnière.

Ô toi, loin-de-moi, à qui je suis soumis

Si tu savais.

NON L’AMOUR N’EST PAS MORT

 

Non, l’amour n’est pas mort en ce cœur et ces yeux et cette bouche qui proclamait ses funérailles commencées.

Écoutez, j’en ai assez du pittoresque et des couleurs et du charme.

J’aime l’amour, sa tendresse et sa cruauté.

Mon amour n’a qu’un seul nom, qu’une seule forme.

Tout passe. Des bouches se collent à cette bouche.

Mon amour n’a qu’un nom, qu’une seule forme.

Et si quelque jour tu t’en souviens

Ô toi, forme et nom de mon amour,

Un jour sur la mer entre l’Amérique et l’Europe,

À l’heure où le rayon final du soleil se réverbère sur la surface ondulée des vagues, ou bien une nuit d’orage sous un arbre dans la campagne, ou dans une rapide automobile,

Un matin de printemps boulevard Malesherbes,

Un jour de pluie,

À l’aube avant de te coucher,

Dis-toi, je l’ordonne à ton fantôme familier, que je fus seul à t’aimer davantage et qu’il est dommage que tu ne l’aies pas connu.

Dis-toi qu’il ne faut pas regretter les choses : Ronsard avant moi et Baudelaire ont chanté le regret des vieilles et des mortes qui méprisèrent le plus pur amour.

Toi quand tu seras morte

Tu seras belle et toujours désirable.

Je serai mort déjà, enclos tout entier en ton corps immortel, en ton image étonnante présente à jamais parmi les merveilles perpétuelles de la vie et de l’éternité, mais si je vis

Ta voix et son accent, ton regard et ses rayons,

L’odeur de toi et celle de tes cheveux et beaucoup d’autres choses encore vivront en moi,

Et moi qui ne suis ni Ronsard ni Baudelaire,

Moi qui suis Robert Desnos et qui pour t’avoir connue et aimée,

Les vaux bien ;

Moi qui suis Robert Desnos, pour t’aimer

Et qui ne veux pas attacher d’autre réputation à ma mémoire sur la terre méprisable.

COMME UNE MAIN À L’INSTANT
DE LA MORT

 

Comme une main à l’instant de la mort et du naufrage se dresse comme les rayons du soleil couchant, ainsi de toutes parts jaillissent tes regards.

Il n’est plus temps, il n’est plus temps peut-être de me voir,

Mais la feuille qui tombe et la roue qui tourne,

te diront que rien n’est perpétuel sur terre,

Sauf l’amour,

Et je veux m’en persuader.

Des bateaux de sauvetage peints de rougeâtres couleurs,

Des orages qui s’enfuient,

Une valse surannée qu’emportent le temps et le vent durant les longs espaces du ciel.

Paysages.

Moi, je n’en veux pas d’autres que l’étreinte à laquelle j’aspire,

Et meure le chant du coq.

Comme une main, à l’instant de la mort, se crispe, mon cœur se serre.

Je n’ai jamais pleuré depuis que je te connais.

J’aime trop mon amour pour pleurer.

Tu pleureras sur mon tombeau,

Ou moi sur le tien.

Il ne sera pas trop tard.

Je mentirai. Je dirai que tu fus ma maîtresse.

Et puis vraiment c’est tellement inutile,

Toi et moi, nous mourrons bientôt.

À LA FAVEUR DE LA NUIT

 

Se glisser dans ton ombre à la faveur de la nuit.

Suivre tes pas, ton ombre à la fenêtre,

Cette ombre à la fenêtre c’est toi, ce n’est pas une autre, c’est toi.

N’ouvre pas cette fenêtre derrière les rideaux de laquelle tu bouges.

Ferme les yeux.

Je voudrais les fermer avec mes lèvres.

Mais la fenêtre s’ouvre et le vent, le vent qui balance bizarrement la flamme et le drapeau entoure ma fuite de son manteau.

La fenêtre s’ouvre : Ce n’est pas toi.

Je le savais bien.

LES TÉNÈBRES

(1927)

I

LA VOIX DE ROBERT DESNOS

 

Si semblable à la fleur et au courant d’air

au cours d’eau aux ombres passagères

au sourire entrevu ce fameux soir à minuit

si semblable à tout au bonheur et à la tristesse

c’est le minuit passé dressant son torse nu au-dessus des  beffrois et des peupliers

j’appelle à moi ceux-là perdus dans les campagnes

les vieux cadavres les jeunes chênes coupés

les lambeaux d’étoffe pourrissant sur la terre et le linge séchant aux alentours des fermes

j’appelle à moi les tornades et les ouragans

les tempêtes les typhons les cyclones

les raz de marée

les tremblements de terre

j’appelle à moi la fumée des volcans et celle des cigarettes les ronds de fumée des cigares de luxe

j’appelle à moi les amours et les amoureux

j’appelle à moi les vivants et les morts

j’appelle les fossoyeurs j’appelle les assassins

j’appelle les bourreaux j’appelle les pilotes les maçons et les architectes

les assassins

j’appelle la chair

j’appelle celle que j’aime

j’appelle celle que j’aime

j’appelle celle que j’aime

le minuit triomphant déploie ses ailes de satin et se pose sur mon lit

les beffrois et les peupliers se plient à mon désir

ceux-là s’écroulent ceux-là s’affaissent

les perdus dans la campagne se retrouvent en me trouvant

les vieux cadavres ressuscitent à ma voix

les jeunes chênes coupés se couvrent de verdure

les lambeaux d’étoffe pourrissent dans la terre et sur la  terre claquent à ma voix comme l’étendard de la révolte.

le linge séchant aux alentours des fermes habille d’adorables  femmes que je n’adore pas qui viennent à moi obéissent à ma voix et m’adorent

les tornades tournent dans ma bouche

les ouragans rougissent s’il est possible mes lèvres

les tempêtes grondent à mes pieds

les typhons s’il est possible me dépeignent

je reçois les baisers d’ivresse des cyclones

les raz de marée viennent mourir à mes pieds

les tremblements de terre ne m’ébranlent pas mais font tout crouler à mon ordre

la fumée des volcans me vêt de ses vapeurs

et celle des cigarettes me parfume

et les ronds de fumée des cigares me couronnent

les amours et l’amour si longtemps poursuivis se réfugient en moi

les amoureux écoutent ma voix

les vivants et les morts se soumettent et me saluent les premiers froidement les seconds familièrement

les fossoyeurs abandonnent les tombes à peine creusées et déclarent que moi seul puis commander leurs nocturnes travaux

les assassins me saluent

les bourreaux invoquent la révolution

invoquent ma voix

invoquent mon nom

les pilotes se guident sur mes yeux

les maçons ont le vertige en m’écoutant

les assassins me bénissent

la chair palpite à mon appel

celle que j’aime ne m’écoute pas

celle que j’aime ne m’entend pas

celle que j’aime ne me répond pas

14 décembre 1926

II

INFINITIF

 

Y mourir ô belle flammèche y mourir

voir les nuages fondre comme la neige et l’écho

origines du soleil et du blanc pauvres comme Job

ne pas mourir encore et voir durer l’ombre

naître avec le feu et ne pas mourir

étreindre et embrasser amour fugace le ciel mat

gagner les hauteurs abandonner le bord

et qui sait découvrir ce que j’aime

omettre de transmettre mon nom aux années

rire aux heures orageuses dormir au pied d’un pin

grâce aux étoiles semblables à un numéro

et mourir ce que j’aime au bord des flammes.

III

LE VENDREDI DU CRIME

 

Un incroyable désir s’empare des femmes endormies

Une pierre précieuse s’endort dans l’écrin bleu de roi

Et voilà que sur le chemin s’agitent les cailloux fatigués

Plus jamais les pas des émues par la nuit

Passez cascades

Les murailles se construisent au son du luth d’Orphée

et s’écroulent au son des trompettes de Jéricho

Sa voix perce les murailles

et mon regard les supprime sans ruines

Ainsi passent les cascades avec la lamentation des étoiles

Plus de cailloux sur le sentier

Plus de femmes endormies

Plus de femmes dans l’obscurité

Ainsi passez cascades.

IV

L’IDÉE FIXE

 

Je t’apporte une petite algue qui se mêlait à l’écume de la mer et ce peigne

Mais tes cheveux sont mieux nattés que les nuages avec le vent avec les rougeurs célestes et tels avec des frémissements de vie et de sanglots que se tordant parfois entre mes mains ils meurent avec les flots et les récifs du rivage en telle abondance qu’il faudra longtemps pour désespérer des parfums et de leur fuite avec le soir où ce peigne marque sans bouger les étoiles ensevelies dans leur rapide et soyeux cours traversé par mes doigts sollicitant encore à leur racine la caresse humide d’une mer plus dangereuse que celle où cette algue fut recueillie avec la mousse dispersée tempête.

Une étoile qui meurt est pareille à tes lèvres.

Elles bleuissent comme le vin répandu sur la nappe.

Un instant passe avec la profondeur d’une mine.

L’anthracite se plaint sourdement et tombe en flocons sur la ville

Qu’il fait froid dans l’impasse où je t’ai connue.

Un numéro oublié sur une maison en ruines

Le numéro 4 je crois

Je te retrouverai avant quelques jours près de ce pot de reine-marguerite

Les mines ronflent sourdement

Les toits sont couverts d’anthracite

Ce peigne dans tes cheveux semblable à la fin du monde

La fumée le vieil oiseau et le geai

Là sont finies les roses et les émeraudes

les pierres précieuses et les fleurs

La terre s’effrite et s’étoile avec le bruit d’un fer à repasser sur la nacre

Mais tes cheveux si bien nattés ont la forme d’une main.

V

SOUS LES SAULES

 

L’étrange oiseau dans la cage aux flammes

Je déclare que je suis le bûcheron de la forêt d’acier

que les martes et les loutres sont des jamais connues

l’étrange oiseau qui tord ses ailes et s’illumine

Un feu de bengale inattendu a charmé ta parole

Quand je te quitte il rougit mes épaules et l’amour

Le quart d’heure vineux mieux vêtu qu’un décor lointain étire ses bras débiles et fait craquer ses doigts d’albâtre

À la date voulue tout arrivera en transparence

plus fameux que la volière où les plumes se dispersent

Un arbre célèbre se dresse au-dessus du monde avec des pendus en ses racines profondes vers la terre

c’est ce jour que je choisis

Un flamboyant poignard a tué l’étrange oiseau dans la cage de flamme et la forêt d’acier vibre en sourdine illuminée par le feu des mortes giroflées

Dans le taillis je t’ai cachée dans le taillis qui se proclame roi des plaines

VI

TROIS ÉTOILES

 

J’ai perdu le regret du mal passé les ans.

J’ai gagné la sympathie des poissons.

Plein d’algues, le palais qui abrite mes rêves est un récif et aussi un territoire du ciel d’orage et non du ciel trop pâle de la mélancolique divinité.

J’ai perdu tout de même la gloire que je méprise

J’ai tout perdu hormis l’amour, l’amour de l’amour, l’amour des algues, l’amour de la reine des catastrophes.

Une étoile me parle à l’oreille :

Croyez-moi, c’est une belle dame

Les algues lui obéissent et la mer elle-même se transforme en robe de cristal quand elle paraît sur la plage.

Belle robe de cristal tu résonnes à mon nom.

Les vibrations, ô cloche surnaturelle, se perpétuent dans sa chair

Les seins en frémissent.

La robe de cristal sait mon nom

La robe de cristal m’a dit :

« Fureur en toi, amour en toi

Enfant des étoiles sans nombre

Maître du seul vent et du seul sable

Maître des carillons de la destinée et de l’éternité

Maître de tout enfin hormis de l’amour de sa belle

Maître de tout ce qu’il a perdu et esclave de ce qu’il garde encore.

Tu seras le dernier convive à la table ronde de l’amour.

Les convives, les autres, larrons ont emporté les couverts d’argent.

Le bois se fend, la neige fond.

Maître de tout hormis de l’amour de sa dame.

Toi qui commandes aux dieux ridicules de l’humanité et ne te sers pas de leur pouvoir qui t’es soumis.

Toi, maître, maître de tout hormis de l’amour de ta belle »

Voilà ce que m’a dit la robe de cristal.

VII

CHANT DU CIEL

 

La fleur des Alpes disait au coquillage : « tu luis »

Le coquillage disait à la mer : « tu résonnes »

La mer disait au bateau : « tu trembles »

Le bateau disait au feu : « tu brilles »

Le feu me disait : « je brille moins que ses yeux »

Le bateau me disait : « je tremble moins que ton cœur quand elle paraît »

La mer me disait : « je résonne moins que son nom en ton amour »

Le coquillage me disait : « je luis moins que le phosphore du désir dans ton rêve creux »

La fleur des Alpes me disait : « Elle est belle »

Je disais : « Elle est belle, elle est belle, elle est émouvante ».

VIII

DE LA FLEUR D’AMOUR
ET DES CHEVAUX MIGRATEURS

 

Il était dans la forêt une fleur immense qui risquait de faire mourir d’amour tous les arbres

Tous les arbres l’aimaient

Les chênes vers minuit devenaient reptiles et rampaient jusqu’à sa tige

Les frênes et les peupliers se courbaient vers sa corolle

Les fougères jaunissaient dans sa terre.

Et telle elle était radieuse plus que l’amour nocturne de la mer et de la lune

Plus pâle que les grands volcans éteints de cet astre

Plus triste et nostalgique que le sable qui se dessèche et se mouille au gré des flots

Je parle de la fleur de la forêt et non des tours

Je parle de la fleur de la forêt et non de mon amour

Et si telle trop pâle et nostalgique et adorable aimée des arbres et des fougères elle retient mon souffle sur les lèvres c’est que nous sommes de même essence

Je l’ai rencontrée un jour

Je parle de la fleur et non des arbres

Dans la forêt frémissante où je passais

Salut papillon qui mourut dans sa corolle

Et toi fougère pourrissante mon cœur

Et vous mes yeux fougères presque charbon presque flamme presque flot

Je parle en vain de la fleur mais de moi

Les fougères ont jauni sur le sol devenu pareil à la lune

Semblable le temps précis à l’agonie d’une abeille perdue entre un bleuet et une rose et encore une perle.

Le ciel n’est pas si clos

Un homme surgit qui dit son nom devant lequel s’ouvrent les portes un chrysanthème à la boutonnière

C’est de la fleur immobile que je parle et non des ports de l’aventure et de la solitude

Les arbres un à un moururent autour de la fleur

Qui se nourrissait de leur mort pourrissante

Et c’est pourquoi la plaine devint semblable à la pulpe des fruits

Pourquoi les villes surgirent

Une rivière à mes pieds se love et reste à ma merci ficelle de la salutation des images

Un cœur quelque part s’arrête de battre et la fleur se dresse

C’est la fleur dont l’odeur triomphe du temps

La fleur qui d’elle-même a révélé son existence aux plaines dénudées pareilles à la lune à la mer et à l’aride atmosphère des cœurs douloureux

Une pince de homard bien rouge reste à côté de la marmite

Le soleil projette l’ombre de la bougie et de la flamme

La fleur se dresse avec orgueil dans un ciel de fable

Vos ongles mes amies sont pareils à ses pétales et roses comme eux

La forêt murmurante en bas se déploie

Un cœur qui s’arrête comme une source tarie

Il n’est plus temps il n’est plus temps d’aimer vous qui passez sur la route

La fleur de la forêt dont je conte l’histoire est un chrysanthème

Les arbres sont morts les champs ont verdi les villes sont apparues

Les grands chevaux migrateurs piaffent dans leurs écuries lointaines

Bientôt les grands chevaux migrateurs partent

Les villes regardent passer leur troupeau dans les rues dont le pavé résonne au choc de leurs sabots et parfois étincelle

Les champs sont bouleversés par cette cavalcade

Eux la queue traînant dans la poussière et les naseaux fumants passent devant la fleur

Longtemps se prolongent leurs ombres

Mais que sont-ils devenus les chevaux migrateurs

dont la robe tachetée était un gage de détresse

Parfois on trouve un fossile étrange en creusant la terre

C’est un de leurs fers

La fleur qui les vit fleurit encore sans tache ni faiblesse

Les feuilles poussent au long de sa tige

Les fougères s’enflamment et se penchent aux fenêtres des maisons

Mais les arbres que sont-ils devenus

La fleur pourquoi fleurit-elle

Volcans ! ô volcans !

Le ciel s’écroule

Je pense à très loin au plus profond de moi

Les temps abolis sont pareils aux ongles brisés sur les portes closes

Quand dans les campagnes un paysan va mourir entouré des fruits mûrs de l’arrière-saison du bruit du givre qui se craquelle sur les vitres de l’ennui flétri fané comme les bluets du gazon

Surgissent les chevaux migrateurs

Quand un voyageur s’égare dans les feux follets plus crevassés que le front des vieillards et qu’il se couche dans le terrain mouvant

Surgissent les chevaux migrateurs

Quand une fillette se couche nue au pied d’un bouleau et attend

Surgissent les chevaux migrateurs

Ils apparaissent dans un galop de flacons brisés et d’armoires grinçantes

Ils disparaissent dans un creux

Nulle selle n’a flétri leur échine et leur croupe luisante reflète le ciel

Ils passent éclaboussant les murs fraîchement recrépis

Et le givre craquant les fruits mûrs les fleurs effeuillées l’eau croupissante le terrain mou des marécages qui se modèlent lentement

Voient passer les chevaux migrateurs

Les chevaux migrateurs

Les chevaux migrateurs

Les chevaux migrateurs

Les chevaux migrateurs

IX

AVEC LE CŒUR DU CHÊNE

 

Avec le bois tendre et dur de ces arbres, avec le cœur du chêne et l’écorce du bouleau combien ferait-on de ciels, combien d’océans, combien de pantoufles pour les jolis pieds d’Isabelle la vague ?

 

Avec le cœur du chêne et l’écorce du bouleau.

 

Avec le ciel combien ferait-on de regards, combien d’ombres derrière le mur, combien de chemises pour le corps d’Isabelle la vague ?

 

Avec le cœur du chêne et l’écorce du bouleau, avec le ciel.

 

Avec les océans combien ferait-on de flammes, combien de reflets au bord des palais, combien d’arcs-en-ciel au-dessus de la tête d’Isabelle la vague ?

 

Avec le cœur du chêne et l’écorce du bouleau, avec le ciel, avec les océans.

 

Avec les pantoufles combien ferait-on d’étoiles, de chemins dans la nuit, de marques dans la cendre, combien monterait-on d’escaliers pour rencontrer Isabelle la vague ?

 

Avec le cœur du chêne et l’écorce du bouleau, avec le ciel, avec les océans, avec les pantoufles.

 

Mais Isabelle la vague, vous m’entendez, n’est qu’une image du rêve à travers les feuilles vernies de l’arbre de la mort et de l’amour.

 

Avec le cœur du chêne et l’écorce du bouleau.

 

Qu’elle vienne jusqu’à moi dire en vain la destinée que je retiens dans mon poing fermé et qui ne s’envole pas quand j’ouvre la main et qui s’inscrit en lignes étranges.

 

Avec le cœur du chêne et l’écorce du bouleau, avec le ciel.

 

Elle pourra mirer son visage et ses cheveux au fond de mon âme et baiser ma bouche.

 

Avec le cœur du chêne et l’écorce du bouleau, avec le ciel, avec les océans.

 

Elle pourra se dénuder, je marcherai à ses côtés à travers le monde, dans la nuit, pour l’épouvante des veilleurs. Elle pourra me tuer, me piétiner ou mourir à mes pieds.

 

Car j’en aime une autre plus touchante qu’Isabelle la vague.

 

Avec le cœur du chêne et l’écorce du bouleau, avec le ciel, avec les océans, avec les pantoufles.

X

VIEILLE CLAMEUR

 

Une tige dépouillée dans ma main c’est le monde

La serrure se ferme sur l’ombre et l’ombre met son œil à la serrure

Et voilà que l’ombre se glisse dans la chambre

La belle amante que voila l’ombre plus charnelle que ne l’imagine perdu dans son blasphème le grand oiseau de fourrure blanche perché sur l’épaule de la belle, de l’incomparable putain qui veille sur le sommeil

Le chemin se calme soudain en attendant la tempête

Un vert filet à papillon s’abat sur la bougie

Qui es-tu toi qui prends la flamme pour un insecte

Un étrange combat entre la gaze et le feu

C’est à vos genoux que je voudrais passer la nuit

C’est à tes genoux

De temps à autre sur ton front ténébreux et calme en dépit des apparitions nocturnes, je remettrai en place une mèche de cheveux dérangée

Je surveillerai le lent balancement du temps et de ta respiration

Ce bouton je l’ai trouvé par terre

Il est en nacre

Et je cherche la boutonnière qui le perdit

Je sais qu’il manque un bouton à ton manteau

Au flanc de la montagne se flétrit l’edelweiss

L’edelweiss qui fleurit dans mon rêve et dans tes mains quand elles s’ouvrent :

 

Salut de bon matin quand l’ivresse est commune quand le fleuve adolescent descend d’un pas nonchalant les escaliers de marbre colossaux avec son cortège de nuées blanches et d’orties

La plus belle nuée était un clair de lune récemment transformé et l’ortie la plus haute était couverte de diamants

Salut de bon matin à la fleur du charbon la vierge au grand cœur qui m’endormira ce soir

Salut de bon matin aux yeux de cristal aux yeux de lavande aux yeux de gypse aux yeux de calme plat aux yeux de sanglot aux yeux de tempête

Salut de bon matin salut

La flamme est dans mon cœur et le soleil dans le verre

Mais jamais plus hélas ne pourrons-nous dire encore

Salut de bon matin tous ! crocodiles yeux de cristal orties vierge fleur du charbon vierge au grand cœur.

XI

LE SUICIDÉ DE NUIT

 

Les rameaux verts s’inclinent quand la libellule apparaît au détour du sentier

J’approche d’une pierre tombale plus transparente que la neige blanche comme le lait blanche comme la chaux blanche blanche comme les murailles

La libellule patauge dans les flaques de lait

L’armure de verre tremble frémit se met en marche

Les arcs-en-ciel se nouent à la Louis XV

Eh quoi ? déjà le sol dérobé par notre route dresse la main

Se bat avec l’armure de verre

Sonne aux portes

Flotte dans l’air

Crie

Gémit pleure ah ! ah ! ah ! ah ! sillage tu meurs en ce bruit bleu rocher

Les grands morceaux d’éponges qui tombent du ciel recouvrent les cimetières

Le vin coule avec un bruit de tonnerre

Le lait le sol dérobé l’armure se battent sur l’herbe qui rougit et blanchit tour à tour

Le tonnerre et l’éclair et l’arc-en-ciel

Ah ! sillage tu crevasses et tu chantes

La petite fille s’en va à l’école en récitant sa leçon.

XII

POUR UN RÊVE DE JOUR

 

Le meurtre du douanier fut splendide avec le cerne bleu des yeux et l’accent rauque des canards près de la mare

 

Le meurtre fut splendide mais déjà le soleil se transformait en robe de crêpe

 

Filleule de l’ananas et portrait même des profondeurs de la mer

 

Un cygne se couche sur l’herbe voici le poème des métamorphoses. Le cygne qui devient boîte d’allumettes et le phosphore en guise de cravate

 

Triste fin Métamorphose du silence en silence et chanson-verre du feu à Neuilly le dimanche éclair qui se désole et rame à contre-courant du nord magnétique et si peu fait pour comprendre que jamais du fond des consciences ténébreuses sortir en éclat d’ailes et le fer se troubler si l’escalier se résorbe en pluie sur l’étrange tissu marin que parfois les pêcheurs ramènent dans leur filet de cheveux et d’écaille au grand effroi des Peaux-rouges du tumulus et du signe fatal du chargé de découvrir l’heure et la vitesse qui sanglote et palpite avec l’arrêt de la sonnerie qui qui qui et qui ?

 

Cueille, cueille la rose et ne t’occupe pas de ton destin cueille cueille la rose et la feuille de palmier et relève les paupières de la jeune fille pour qu’elle te regarde ÉTERNELLEMENT.

XIII

IL FAIT NUIT

 

Tu t’en iras quand tu voudras

Le lit se ferme et se délace avec délices comme un corset de velours noir

Et l’insecte brillant se pose sur l’oreiller

Éclate et rejoint le Noir

Le flot qui martèle arrive et se tait

Samoa la belle s’endort dans l’ouate

Clapier que fais-tu des drapeaux ? tu les roules dans boue

À la bonne étoile et au fond de toute boue

Le naufrage s’accentue sous la paupière

Je conte et décris le sommeil

Je recueille les flacons de la nuit et je les range sur une étagère

Le ramage de l’oiseau de bois se confond avec le bris des bouchons en forme de regard

N’y pas aller n’y pas mourir la joie est de trop

Un convive de plus à la table ronde dans la clairière de vert émeraude et de heaumes retentissants près d’un monceau d’épées et d’armures cabossées

Nerf en amoureuse lampe éteinte de la fin du jour

Je dors

XIV

VIE D’ÉBÈNE

 

Un calme effrayant marquera ce jour

Et l’ombre des réverbères et des avertisseurs fatiguera la lumière

Tout se taira les plus silencieux et les plus bavards.

Enfin mourront les nourrissons braillards

Les remorqueurs les locomotives le vent

Glisser en silence

On entendra la grande voix qui venant de loin passera sur la ville

On l’attendra longtemps

Puis vers le soleil de milord

Quand la poussière les pierres et l’absence de larmes composent sur les grandes places désertes la robe du soleil

Enfin on entendra venir la voix

Elle grondera longtemps aux portes

Elle passera sur la ville arrachant les drapeaux et brisant les vitres

On l’entendra

Quel silence avant elle mais plus grand encore le silence qu’elle ne troublera pas mais qu’elle accusera du délit de mort prochaine qu’elle flétrira qu’elle dénoncera

Ô jour de malheurs et de joies

Le jour le jour prochain où la voix passera sur la ville.

Une mouette fantomatique m’a dit qu’elle m’aimait autant que je l’aime

Que ce grand silence terrible était mon amour

Que le vent qui portait la voix était la grande révolte du monde

Et que la voix me serait favorable.

XV

DÉSESPOIR DU SOLEIL

 

Quel bruit étrange glissait le long de la rampe d’escalier au bas de laquelle rêvait la pomme transparente.

Les vergers étaient clos et le sphinx bien loin de là s’étirait dans le sable craquant de chaleur dans la nuit de tissu fragile.

Ce bruit devait-il durer jusqu’à l’éveil des locataires ou s’évader dans l’ombre du crépuscule matinal ? Le bruit persistait. Le sphinx aux aguets l’entendait depuis des siècles et désirait l’éprouver. Aussi ne faut-il pas s’étonner de voir la silhouette souple du sphinx dans les ténèbres de l’escalier. Le fauve égratignait de ses griffes les marches encaustiquées. Les sonnettes devant chaque porte marquaient de lueurs la cage de l’ascenseur et le bruit persistant sentant venir celui qu’il attendait depuis des millions de ténèbres s’attacha à la crinière et brusquement l’ombre pâlit.

C’est le poème du matin qui commence tandis que dans son lit tiède avec des cheveux dénoués rabattus sur le visage et les draps plus froissés que ses paupières la vagabonde attend l’instant où s’ouvrira sur un paysage de résine et d’agate sa porte close encore aux flots du ciel et de la nuit.

C’est le poème du jour où le sphinx se couche dans le lit de la vagabonde et malgré le bruit persistant lui jure un éternel amour digne de foi.

C’est le poème du jour qui commence dans la fumée odorante du chocolat et le monotone tac tac du cireur qui s’étonne de voir sur les marches de l’escalier les traces des griffes du voyageur de la nuit.

C’est le poème du jour qui commence avec des étincelles d’allumettes au grand effroi des pyramides surprises et tristes de ne plus voir leur majestueux compagnon couché à leurs pieds.

Mais le bruit quel était-il ? Dites-le tandis que le poème du jour commence tandis que la vagabonde et le sphinx bien-aimé rêvent aux bouleversements de paysages.

Ce n’était pas le bruit de la pendule ni celui des pas ni celui du moulin à café.

Le bruit quel était-il ? Quel était-il ?

L’escalier s’enfoncera-t-il toujours plus avant ? Montera-t-il toujours plus haut ?

Rêvons acceptons de rêver c’est le poème du jour qui commence.

XVI

IDENTITÉ DES IMAGES

 

Je me bats avec fureur contre des animaux et des bouteilles

Depuis peu de temps peut-être dix heures sont passées l’une après l’autre

La belle nageuse qui avait peur du corail ce matin s’éveille

Le corail couronné de houx frappe à sa porte

Ah ! encore le charbon toujours le charbon

Je t’en conjure charbon génie tutélaire du rêve et da ma solitude laisse-moi laisse-moi parler encore de la belle nageuse qui avait peur du corail

Ne tyrannise plus ce séduisant sujet de mes rêves

La belle nageuse reposait dans un lit de dentelles et d’oiseaux

Les vêtements sur une chaise au pied du lit étaient illuminés par les lueurs les dernières lueurs du charbon

Celui-ci venu des profondeurs du ciel de la terre et de la mer était fier de son bec de corail et de ses grandes ailes de crêpe

Il avait toute la nuit suivi des enterrements divergents vers des cimetières suburbains

Il avait assisté à des bals dans les ambassades marqué de son empreinte une feuille de fougère des robes de satin blanc

Il s’était dressé terrible à l’avant des navires et les navires n’étaient pas revenus

Maintenant tapi dans la cheminée il guettait le réveil de l’écume et le chant des bouilloires

Son pas retentissant avait troublé le silence des nuits dans les rues aux pavés sonores

Charbon sonore charbon maître du rêve charbon

Ah dis-moi où est-elle cette belle nageuse cette nageuse qui avait peur du corail ?

Mais la nageuse elle-même s’est rendormie

Et je reste face à face avec le feu et je resterai la nuit durant à interroger le charbon aux ailes de ténèbres qui persiste à projeter sur mon chemin monotone l’ombre de ses fumées et le reflet terrible de ses braises

Charbon sonore charbon impitoyable charbon.

XVII

AU PETIT JOUR

 

Le schiste éclairera-t-il la nuit blanche du liège ?

Nous nous perdrons dans le corridor de minuit avec la calme horreur du sanglot qui meurt

Accourez tous lézards fameux depuis l’antiquité plantes grimpantes carnivores digitales

Accourez lianes

Sifflet des révolte

Accourez girafes

Je vous convie à un grand festin

Tel que la lumière des verres sera pareille à l’aurore boréale

Les ongles des femmes seront des cygnes étranglés

Pas très loin une herbe sèche sur le bord du chemin

XVIII

TÉNÈBRES ! Ô TÉNÈBRES !

 

Sycomore effréné fameuse division du temps fleur du silence animal ô rouge rouge et bleu rouge et jaune silice surgie du creux des mains des nuits et des plaines en de féroces exclamations du regard prune éclat de vitre et d’aisselle acrobate ou des tours dressées du fin fond des abîmes à la voix qui dit je l’adore.

Salut c’est plus dur que le marbre et plus éclatant que la terre meuble et plus majestueux ô nuage que le rossignol du palissandre et de l’effroi.

Orgie du métal et des cloques de crapaud je parle et du ciel je l’entends et du soleil je l’imagine.

Taisons-nous mes amis devant les grands abîmes du clos de la veuve en crêpe de Chine. Si tu veux lui obéir en fin de mer et de nuit par les draps de lin blanc que j’atteste et nous avons connu nos draps blancs les premiers.

Féroce et lui de dire à la cigogne et au serpent : « Surgissez à minuit juste dans le lait et dans les yeux »

Si tu l’abandonnes auprès d’un réverbère que les fleurs seront belles en cornets de bonbons.

Je désire et tu ordonnes et meurent les cricris sauvages dans les colliers d’ambre avec une pluie d’étincelles et de flottement d’étoffe à peine tu l’as su mais tu l’as deviné.

Litre brisé fleur pliante et comme elle avait de beaux yeux et de belles mains du volcan qui le coulisse ah ! crevez donc un homard de lentille microscopique évoluant dans un ciel sans nuage ne rencontrera-t-il jamais une comète ni un corbeau ?

Tes yeux tes yeux si beaux sont les voraces de l’obscurité du silence et de l’oubli.

XIX

PAROLES DES ROCHERS

 

La reine de l’azur et le fou du vide passent dans un cab

À chaque fenêtre s’accoudent les chevelures

Et les chevelures disent : « À bientôt ! »

« À bientôt ! » disent les méduses

« À bientôt ! » disent les soies

Disent les nacres disent les perles disent les diamants

À bientôt une nuit des nuits sans lune et sans étoile

Une nuit de tous les littorals et de toutes les forêts

Une nuit de tout amour et de toute éternité

Une vitre se fend à la fenêtre guettée

Une étoffe claque sur la campagne tragique

Tu seras seul

Parmi les débris de nacre et les diamants carbonisés

Les perles mortes

Seul parmi les soies qui auront été des robes vidées à ton approche

Parmi les sillages de méduses enfuies quand ton regard s’est levé

Seules peut-être les chevelures ne fuiront pas

T’obéiront

Fléchiront dans tes doigts comme d’irrévocables condamnations

Chevelures courtes des filles qui m’aimèrent

Chevelures longues des femmes qui m’aimèrent

Et que je n’aimai pas

Restez longtemps aux fenêtres chevelures !

Une nuit de toutes les nuits du littoral

Une nuit de lustre et de funérailles

Un escalier se déroule sous mes pas et la nuit et le jour ne révèlent à mon destin que ténèbres et échecs

L’immense colonne de marbre le doute soutient seule le ciel sur ma tête

Les bouteilles vides dont j’écrase le verre en tessons éclatants

Le parfum du liège abandonné par la mer

Les filets des bateaux imaginés par les petites filles

Les débris de la nacre qui se pulvérise lentement

Un soir de tous les sois d’amour et d’éternité

L’infini profond douleur désir poésie amour révélation miracle révolution amour l’infini profond m’enveloppe de ténèbres bavardes

Les infinis éternels se brisent en tessons ô chevelures !

C’était ce sera une nuit des nuits sans lune ni perle

Sans même de bouteilles brisées

XX

DANS BIEN LONGTEMPS

 

Dans bien longtemps je suis passé par le château des feuilles

Elles jaunissaient lentement dans la mousse

Et loin les coquillages s’accrochaient désespérément aux rochers de la mer

Ton souvenir ou plutôt ta tendre présence était à la même place

Présence transparente et la mienne

Rien changé mais tout avait vieilli en même temps que mes tempes et mes yeux

N’aimez-vous pas ce lieu commun ? laissez-moi laissez-moi c’est si rare cette ironique satisfaction

Tout avait vieilli sauf ta présence

Dans bien longtemps je suis passé par la marée du jour solitaire

Les flots étaient toujours illusoires

La carcasse du navire naufragé que tu connais – tu te rappelles cette nuit de tempête et de baisers ? – était-ce un navire naufragé ou un délicat chapeau de femme roulé par le vent dans la pluie du printemps était à la même place

Et puis foutaise larirette dansons parmi les prunelliers !

Les apéritifs avaient changé de nom et de couleur

Les arcs-en-ciel qui servent de cadre aux glaces

Dans bien longtemps tu m’as aimé.

XXI

JAMAIS D’AUTRE QUE TOI

 

Jamais d’autre que toi en dépit des étoiles et des solitudes

En dépit des mutilations d’arbre à la tombée de la nuit

Jamais d’autre que toi ne poursuivra son chemin qui est le mien

Plus tu t’éloignes et plus ton ombre s’agrandit

Jamais d’autre que toi ne saluera la mer à l’aube quand fatigué d’errer moi sorti des forêts ténébreuses et des buissons d’orties je marcherai vers l’écume

Jamais d’autre que toi ne posera sa main sur mon front et mes yeux

Jamais d’autre que toi et je nie le mensonge et l’infidélité

Ce navire à l’ancre tu peux couper sa corde

Jamais d’autre que toi

L’aigle prisonnier dans une cage ronge lentement les barreaux de cuivre vert-de-grisés

Quelle évasion !

C’est le dimanche marqué par le chant des rossignols dans les bois d’un vert tendre l’ennui des petites filles en présence d’une cage où s’agite un serin, tandis que dans la rue solitaire le soleil lentement déplace sa ligne mince sur le trottoir chaud

Nous passerons d’autres lignes

Jamais jamais d’autre que toi

Et moi seul seul seul comme le lierre fané des jardins de banlieue seul comme le verre

Et toi jamais d’autre que toi.

XXII

PASSÉ LE PONT

 

La porte se ferme sur l’idole de plomb

Rien désormais ne peut signaler à l’attention publique cette maison isolée

Seule l’eau peut-être se doutera de quelque chose

Les clairs matins d’automne la corde au cou plongent dans la rivière

Le myosotis petit chien de Syracuse n’appelle jamais plus la fermière aux yeux pers de son cri de mauvais augure

Du temps de Philippe le Bel à travers les forêts de cristal un grand cri vient battre les murs recouverts de lierre

La porte se ferme

Taisez-vous ah taisez-vous laissez dormir l’eau froide au bas de son sommeil

Laissez les poissons s’enfoncer vers les étoiles

Le vent du canapé géant sur lequel reposent les murmures le vent sinistre des métamorphoses se lève

Mort aux dents mort à la voile blanche mort à la cime éternelle

Laissez-la dormir dis-je laissez-la dormir ou bien j’affirme que des abîmes se creuseront

Que tout sera désormais fini entre la mousse et le cercueil

Je n’ai pas dit cela

Je n’ai rien dit

Qu’ai-je dit ?

Laissez laissez-la dormir

Laissez les grands chênes autour de son lit

Ne chassez pas de sa chambre cette humble pâquerette à demi effacée

Laissez laissez-la dormir.

XXIII

EN SURSAUT

 

Sur la route en revenant des sommets rencontré par les corbeaux et les châtaignes

Salué la jalousie et la pâle flatteuse

Le désastre. Enfin le désastre annoncé

Pourquoi pâlir, pourquoi frémir ?

Salué la jalousie et le règne animal avec la fatigue avec le désordre avec la jalousie

Un voile qui se déploie au-dessus des têtes nues

Je n’ai jamais parlé de mon rêve de paille

Mais où sont partis les arbres solitaires du théâtre

Je ne sais où je vais j’ai des feuilles dans les mains j’ai des feuilles dans la bouche

Je ne sais si mes yeux se sont clos cette nuit sur les ténèbres précieuses ou sur un fleuve d’or et de flamme

Est-il le jour des rencontres et des poursuites

J’ai des feuilles dans les mains j’ai des feuilles dans la bouche

XXIV

DE LA ROSE DE MARBRE
À LA ROSE DE FER

 

La rose de marbre immense et blanche était seule sur la place déserte où les ombres se prolongeaient à l’infini. Et la rose de marbre seule sous le soleil et les étoiles était reine de la solitude. Et sans parfum la rose de marbre sur sa tige rigide au sommet du piédestal de granit ruisselait de tous les flots du ciel. La lune s’arrêtait pensive en son cœur glacial et les déesses des jardins les déesses de marbre à ses pétales venaient éprouver leurs seins froids.

La rose de verre résonnait à tous les bruits du littoral. Il n’était pas un sanglot de vague brisée qui ne la fît vibrer. Autour de sa tige fragile et de son cœur transparent des arcs en ciel tournaient avec les astres. La pluie glissait en boules délicates sur ses feuilles que parfois le vent faisait gémir à l’effroi des ruisseaux et des vers luisants.

Le rose de charbon était un phénix nègre que la poudre transformait en rose de feu. Mais sans cesse issue des corridors ténébreux de la mine où les mineurs la recueillaient avec respect pour la transporter au jour dans sa gangue d’anthracite la rose de charbon veillait aux portes du désert.

La rose de papier buvard saignait parfois au crépuscule quand le soir à son pied venait s’agenouiller. La rose de buvard gardienne de tous les secrets et mauvaise conseillère saignait un sang plus épais que l’écume de mer et qui n’était pas le sien.

La rose de nuages apparaissait sur les villes maudites à l’heure des éruptions de volcans à l’heure des incendies à l’heure des émeutes et au-dessus de Paris quand la commune y mêla les veines irisées du pétrole et l’odeur de la poudre elle fut belle au 21 janvier belle au mois d’octobre dans le vent froid des steppes belle en 1905 à l’heure des miracles à l’heure de l’amour.

La rose de bois présidait aux gibets. Elle fleurissait au plus haut de la guillotine puis dormait dans la mousse à l’ombre immense des champignons.

La rose de fer avait été battue durant des siècles par des forgerons d’éclairs. Chacune de ses feuilles était grande comme un ciel inconnu. Au moindre choc elle rendait le bruit du tonnerre. Mais qu’elle était douce aux amoureuses désespérées la rose de fer.

 

La rose de marbre la rose de verre la rose de charbon la rose de papier buvard la rose de nuages la rose de bois la rose de fer refleuriront toujours mais aujourd’hui elles sont effeuillées sur ton tapis.

 

Qui es-tu ? toi qui écrases sous tes pieds nus les débris fugitifs de la rose de marbre de la rose de verre de la rose de charbon de la rose de papier buvard de la rose de nuages de la rose de bois de la rose de fer.

SIRÈNE-ANÉMONE

 

Qui donc pourrait me voir

Moi la flamme étrangère

L’anémone du soir

Fleurit sous mes fougères

 

Ô fougères mes mains

Hors l’armure brisée

Sur le bord des chemins

En ordre sont dressées

 

Et la nuit s’exagère

au brasier de la rouille

Tandis que les fougères

Vont aux écrins de houille

 

L’anémone des cieux

Fleurit sur mes parterres

Fleurit encore aux yeux

À l’ombre des paupières

 

Anémone des nuits

qui plonge ses racines

Dans l’eau creuse des puits,

Aux ténèbres des mines

 

Poseraient-ils leurs pieds

Sur le chemin sonore

où se niche l’acier

Aux ailes de phosphore

 

Verraient-ils les mineurs

Constellés d’anthracite

Paraître l’astre en fleur

Dans un ciel en faillite

 

En cet astre qui luit

S’incarne la sirène

L’anémone des nuits

fleurit sur son domaine

 

Alors que s’ébranlaient avec des cris d’orage

Les puissances Vertige au verger des éclairs

La sirène dardée à la proue d’un sillage

Vers la lune chanta la romance de fer

 

Sa nage déchirait l’hermine des marées

Et la comète errant rouge sur un ciel noir

Paraissait par mirage aux étoiles ancrées

L’anémone fleurie aux jardins des miroirs

 

Et parallèlement la double chevelure

Rayait de feu le ciel et d’écume les eaux

Fougères surgissez hors de la déchirure

Par où l’acier saigna sur le fil des roseaux

 

Nulle armure jamais ne valut votre angoisse

Fougères pourrissant parmi nos souvenirs

Mais vous charbonnerez longtemps sous nos cuirasses

Avant la flamme où se cabrant pour mieux hennir

 

Le cheval vieux cheval de retour et de rêve

Vers les champs clos emportera nos ossements

Avant l’onde roulant notre cœur sur la grève

Où la sirène dort sous un soleil clément

 

L’anémone fleurit partout sous les carènes

Déchirées aux récifs dans l’herbe des forêts

Dans le tain des miroirs sur les parquets d’ébène

Et surtout dans nos cœurs palpitant sans arrêt

 

C’est le joyau serti au vif des nébuleuses

L’orgueil des voies lactées et des constellations

La prunelle qui met au regard des plus gueuses

Le diamant de fureur et de consolation

 

Heureuse de nager loin des hauts promontoires

Parmi les escadrons de requins fraternels

La sirène aux seins durs connaît maintes histoires

Et l’accès des trésors à l’ombre des tunnels

 

Mais ni l’or reluisant dans les fosses marines

Ni les clefs retrouvées des légendes du port

Ne la charment autant que d’ouvrir les narines

Aux vents salés plus lourds des parfums de la mort

 

C’était par un soir de printemps d’une des années perdues à l’amour

D’une des années gagnées à l’amour pour jamais

Souviens-toi de ce soir de pluie et de rosée où les étoiles devenues comètes tombaient vers la terre

La plus belle et la plus fatale la comète de destin de larmes et d’éternels égarements

S’éloignait de mon ciel en se reflétant dans la mer

Tu naquis de ce mirage

Mais tu t’éloignas avec la comète et ta chanson s’éteignit parmi les échos

Devait-elle ta chanson pour jamais

Est-elle morte et dois-je la chercher dans le chœur tumultueux des vagues qui se brisent

Ou bien renaîtra-t-elle du fond des échos et des embruns

Quand à jamais la comète sera perdue dans les espaces

Surgiras-tu mirage de chair et d’os hors de ton désert de ténèbres

Souviens-toi de ce paysage de minuit de basalte et de granit

Où détachée du ciel une chevelure rayonnante s’abattit sur tes épaules

Quelle rayonnante chevelure de sillage et de lumière

Ce n’est pas en vain que tremblent dans la nuit les robes de soie

Elles échouent sur les rivages venant des profondeurs

Vestiges d’amours et de naufrages où l’anémone refuse de s’effeuiller

De céder à la volonté des flots et des destins végétaux

À petits pas la solitaire gagne alors un refuge de haut parage

Et dit qu’il est mille regrets à l’horloge

Non ce n’est pas en vain que palpitent ces robes mouillées

Le sel s’y cristallise en fleurs de givre

Vidées des corps des amoureuses

Et des mains qui les enlaçaient

Elles s’enfuient des gouffres tubéreuses

Laissant aux mains malhabiles qui les laçaient

Les cuirasses d’acier et les corsets de satin

N’ont elles pas senti la rayonnante chevelure d’astres

Qui par une nuit de rosée tomba en cataractes sur tes épaules

Je l’ai vue tomber

Tu te transfiguras

Reviendras-tu jamais des ténèbres

Nue et plus triomphante au retour de ton voyage

Que l’enveloppe scellée par cinq plaies de cire sanglante

Ô les mille regrets n’en finiront jamais

D’occuper cette horloge dans la clairière voisine

Tes cheveux de sargasse se perdent

Dans la plaine immense des rendez-vous manqués

 

Sans bruit au port désert arrivent les rameurs

Qui donc pourrait te voir toi l’amante et la mère

Incliner à minuit sur le front du dormeur

L’anémone du soir fleurie sous tes paupières

 

Baiser sa bouche close et baiser ses yeux clos

Incliner sur son front l’immense chevelure

Bérénice de l’ombre ah ! retourne à tes flots

Sirène avant que l’aube ouvre ses déchirures

 

Une steppe naîtra de l’écume atlantique

Du clair de lune et de la neige et du charbon

où nous emportera la licorne magique

Vers l’anémone éclose au sein des tourbillons

 

Tempête de suie nuage en forme de cheval

Ah malheur ! Sacré nom de Dieu ! La nuit naufrage

La nuit ? Voici sonner les grelots ! Carnaval

Ferme l’œil ! En vérité le bel équipage

 

Et dans ce ciel suintant des barriques des docks

Soudain brusquement s’interrompent les rafales

Quand la sirène avec l’aurore atteint les rocs

L’anémone du ciel est la fleur triomphale

 

C’est elle qui dressée au-dessus des volcans

Jette une lueur blafarde à travers la campagne

C’est l’aile du vautour le cri du pélican

C’est le plan d’évasion qui fait sortir du bagne

 

C’est le reflet qui tremble aux vitres des maisons

Le sang coagulé sur les draps mortuaires

C’est un voile de deuil pourri sur le gazon

C’est la robe de bal découpée dans un suaire

 

C’est l’anathème et c’est l’insulte et le juron

C’est le tombeau violé les morts à la voirie

La vérole promise à trois générations

Et c’est le vitriol jeté sur les soieries

 

C’est le bordel du christ le tonnerre de Brest

C’est le crachat le geste obscène vers la vierge

C’est un peuple nouveau apparaissant à l’est

C’est le poignard c’est le poison ce sont les verges

 

C’est l’inverti qui se soumet et s’agenouille

Le masochiste qui se livre au martinet

Le scatophage hideux au masque de gargouille

Et la putain furonculeuse aux yeux punais

 

C’est l’étreinte écœurante avec la femme à barbe

C’est le ciel reflété par un œil de lépreux

C’est le châtré qui se dénude sous les arbres

Et l’amateur d’urine au sourire visqueux

 

C’est l’empire des sens anémone l’ivresse

Et le sulfure et la saveur d’un sang chéri

La légitimité de toutes les caresses

Et la mort délicieuse entre des bras flétris

 

Pluie d’étoiles tombez parmi les chevelures

Je veux un ciel tout nu sur un globe désert

où des brouillards mettront une robe de bure

aux mortes adorées pourrissant hors de terre

 

Adieu déjà parmi les heures de porcelaine

Regardez le jour noircit au feu qui s’allume dans l’âtre

Regardez encore s’éloigner les herbes vivantes

Et les femmes effeuillant la marguerite du silence

Adieu dans la boue noire des gares

Dans les empreintes de mains sur les murs

Chaque fois qu’une marche d’escalier s’écroule un timide enfant paraît à la fenêtre mansardée

Ce n’est plus dit-il le temps des parcs feuillus

J’écrase sans cesse des larves sous mes pas

Adieu dans le claquement des voiles

Adieu dans le bruit monotone des moteurs

Adieu ô papillons écrasés dans les portes

Adieu vêtements souillés par les jours à trotte-menu

 

Perdus à jamais dans les ombres des corridors

Nous t’appelons du fond des échos de la terre,

Sinistre bienfaiteur anémone de lumière et d’or

Et que brisé en mille volutes de mercure

Éclate en braises nouvelles à jamais incandescentes

L’amour miroir qui sept ans fleurit dans ses fêlures

Et cire l’escalier de la sinistre descente

Abîme nous t’appelons du fond des échos de la terre

Maîtresse généreuse de la lumière de l’or et de la chute

Dans l’écume de la mort et celle des Finistères

Balançant le corps souple des amoureuses

Dans les courants marqués d’initiales illisibles

Maîtresse sinistre et bienfaisante de la perte éternelle

Ange d’anthracite et de bitume

Claire profondeur des rades mythologie des tempêtes

eau purulente des fleuves eau lustrale des pluies et des rosées

Créature sanglante et végétale des marées

 

Du marteau sur l’enclume au couteau de l’assassin

Tout ce que tu brises est étoile et diamant

Ange d’anthracite et de bitume

Éclat du noir orfraie des vitrines

Des fumées lourdes te pavoisent quand tu poses les pieds

Sur les cristaux de neige qui recouvrent les toits

 

Haletant de mille journaux flambant après une nuit d’encre fraîche

Les grands mannequins écorchés par l’orage

Nous montrent ce chemin par où nul n’est venu

 

Où donc est l’oreiller pour mon front fatigué

Où donc sont les baisers où donc sont les caresses

Pour consoler un cœur qui s’est trop prodigué

où donc est mon enfant ma fleur et ma détresse

 

Me pardonnant si des brouillards bandent mes yeux

Si j’ai l’air d’être ailleurs si j’ai l’air un autre

Me pardonnant de croire au noir au merveilleux

D’avoir des souvenirs qui ne soient pas les nôtres

 

Pardonnant mon passé mon cœur mes cicatrices

D’avoir parcouru seul d’émouvantes contrées

D’avoir été tenté par des voix tentatrices

Et de ne pas l’avoir plus vite rencontrée

 

Saurait-elle oublier mes rêves d’autrefois

Les fortunes perdues et les larmes versées

L’étoile sans merci brillant au fond des bois

Et les désirs meurtris en des nuits insensées

 

Et ces phrases tordues comme notre amour même

Et que je murmurais lorsque minuit blafard

Posait ses maigres doigts sur des visages blêmes

Séchant les yeux mouillés et barbouillant les fards

 

Dans ces temps-là le ciel était lourd de ténèbres

Le sonore minuit conduisait vers mon lit

Des visiteuses sans pitié et plus funèbre

Que la mort l’anémone évoquait la folie

 

Les fleurs qui s’effeuillaient sur les fruits de l’automne

Laissèrent leurs parfums aux fleurs des compotiers

Et sur le fût tronqué des anciennes colonnes

Le sel des vents marins mit des lueurs de glaciers

 

Et longtemps ces parfums orgueil des porcelaines

Flotteront dans la paix des salles à manger

Et les cristaux de sel brilleront dans la laine

Des grands manteaux flottants que portent les bergers

 

Mes baisers rejoindront les larmes qui vont naître

Ils rejoindront la solitude sans pitié

Les vents marins soufflant sur les chaumes sans maîtres

Et les parfums mourants au fond des compotiers

 

Je suis marqué par mes amours et pour la vie

Comme un cheval sauvage échappé aux gauchos

Qui retrouvant la liberté de la prairie

Montre aux juments ses poils brûlés par le fer chaud

 

Tandis qu’au large avec de grands gestes virils

La sirène chantant vers un ciel de carbone

au milieu des récifs éventreurs de barils,

au cœur des tourbillons fait surgir l’anémone.

1929.

L’AVEUGLE

 

Les yeux clos elle allait dans un pays de nacre

Où la vie assumait la forme d’un croissant

C’était un jour de foire et les jeux de massacre

Retentissaient du rire et des cris des passants

 

Dans l’eau de l’océan les mines englouties

Recelaient des échos en place de trésors

Les ouvriers lâchant le manche des outils

Incendiaient les forêts et la nouvelle aurore

 

Répandue à grands flots se brisait aux murailles

La terre tressaillait à l’appel des volcans

Les sorciers découvraient dans le corps des volailles

Le mirage du ciel et d’impurs talismans

 

Chaque nuit éclairée par les aérolithes

Se déchirait sinistre avec un bruit d’accroc

Et les loups en hurlant surgissaient de leurs gîtes

Pour sceller les cailloux des marques de leurs crocs

 

Sans souci j’ai suivi le chemin de l’aveugle

Ses pieds trébuchaient sur les dalles des perrons

Mais ses doigts déchiffraient les mufles et les gueules

Des fauves effrayés par le bruit des clairons

 

Sa bouche ne savait ni chanson ni prière

Ses seins qu’avaient mordus d’anonymes amants

Saillaient sous le corsage et sous ses deux paupières

Deux miroirs reflétaient son attendrissement

 

Il fleurissait dans l’ombre en roses phosphoriques

Dans un parc de granit de flamme et de métal

Où jamais le refrain grotesque des cantiques

Ne troubla le silence immobile et fatal

 

Je n’oublierai jamais le docteur imbécile

Qui l’ayant délivrée des nuits de cécité

Mourut en attendant avec un cœur tranquille

Qu’un archange joufflu vînt l’en féliciter

 

Mais avant d’évoquer au fond de ses prunelles

Un paysage absurde avec ses monuments

Le fer heurtant le fer en crachats d’étincelles

Et les menteurs levant la main pour les serments

 

Soyez bénis dit-elle au granit de son rêve

Soyez bénis dit-elle aux reflets des cristaux

Le voyage à bon port en cet instant s’achève

Au pied du sémaphore à l’ombre des signaux

 

Mais aujourd’hui n’est pas mon jour de délivrance

Ce n’est pas moi qu’on rend aux soirs et aux matins

Le rêve prisonnier de mon esprit s’élance

Comme un beau patineur chaussé de ses patins

 

La terre connaîtra mes cités ténébreuses

Mes spectres minéraux mon cœur sans dimension

Les lilas effeuillés la mort des tubéreuses

La danse que Don Juan et moi-même dansions

 

Que tous ferment les yeux au temps où mes yeux s’ouvrent

S’il n’est pas tout à moi que me fait l’univers

Avec ses Wesminsters ses Kremlins et ses Louvres

Que m’importe l’amour si mon amant voit clair

 

Et ce soir célébrant notre mariage atroce

Je plongerai l’acier dans ses yeux adorés

Que mon premier baiser soit un baiser féroce

Et puis je guiderai ses pas mal assurés

 

Je finirai ma vie en veillant sur sa vie

Je le protégerai des maux et des dangers

Je couvrirai son corps contre l’intempérie

Et je prendrai la lettre aux mains du messager

 

Je lirai l’heure ardente au cadran de l’horloge

J’aurai pour lui des soins hideux et maternels

Je serai l’infirmière à qui vont les éloges

La maîtresse impérieuse aux ordres sans appel

 

Le soir qu’éclaboussaient les étoiles filantes

Se déplia comme un serpent sur les pays

Chaque fleur à son tour a fleuri sur les plantes

Et puis voici la mort qui n’a jamais failli

 

Lits éventrés nuit éternelle éclair des crimes

Incendie allumé dans la maison des fous

Voici venir l’amour du fin fond des abîmes

Voici venir l’amour lampes éteignez-vous !

(18 août 1929)

MOUCHOIRS AU NADIR

 

Comme l’espace entre eux devenait plus opaque

Le signe des mouchoirs disparut pour jamais

Eux c’était une amante aux carillons de Pâques

Qui revenait de Rome et que l’onde animait

 

Eux c’était un amant qui partait vers la nuit

Érigée sur la route au seuil des capitales

Eux c’était la rivière et le miroir qui fuit

la porte du sépulcre et le cœur du crotale

 

Combien d’oiseaux combien d’échos combien de flammes

Se sont unis au fond des lits de cauchemars

Combien de matelots ont-ils brisé leurs rames

En les trempant dans l’eau hantée par les calmars

 

Combien d’appels perdus à travers les déserts

Avant de se briser aux portes de la ville

Combien de prêtres morts pendus à leurs rosaires

Combien de trahisons dans les guerres civiles

 

Le signe des mouchoirs qui se perd dans les nuages

Aux ailes des oiseaux fait ressembler le lin

Les filles à minuit contemplent son image

Vol de mouette apparue dans le miroir sans tain

 

Les avirons ne heurtent plus les flots du port

Les cloches vendredi ne partent plus pour Rome

Tout s’est tu puisqu’un soir l’au revoir et la mort

Ont échangé le sel le vin et la pomme,

 

Les astres sont éteints au zénith qui les porte

Ô Zénith ô Nadir ô ciel tous les chemins

conduisent à l’amour marqué sur chaque porte

Conduisent à la mort marquée dans chaque main

 

Ô Nadir je connais tes parcs et ton palais

Je connais ton parfum tes fleurs tes créatures

Tes sentiers de vertige où passent les mulets

Du ciel les nuages blancs du soir à l’aventure

 

Ô Nadir dans ton lit de torrent et cascades

Le négatif de celle aimée la seule au ciel

Se baigne et des troupeaux lumineux de dorades

Paissent l’azur sous les arceaux de l’arc-en-ciel

 

Ni vierge ni déesse et posant ses deux pieds

Sur le croissant de lune et l’anneau des planètes

Dans le ronronnement de tes rouages d’acier

Hors du champ tumultueux fouillé par les lunettes

 

Vieux Nadir ô pavé au col pur des amantes

Est-ce dans ta volière au parc des étincelles

Qu’aboutissent les vols de mouchoirs et la menthe

L’herbe d’oubli dans tes gazons resplendit-elle ?

DE SILEX ET DE FEU

 

Éraillé béant abritant peste et démence

Il arrive il pénètre au port le paquebot

Hors de son flanc comme l’intestin d’une panse

La cargaison étonnement des cachalots

Est partie à la dérive au sommet du mât

Flotte un pavillon noir Écartez-vous voilures

Tout l’équipage mort moisit dans les hamacs

Proie de l’épidémie aux yeux de pourriture

Sur l’épaule inclinant le manche de sa faux

Tout à l’heure à midi des bureaux sanitaires

L’épouvante danseuse étique aux bijoux faux

Paraîtra saluée par les cris des fonctionnaires

Déjà le feu pétille il est trop tard trop tard

Le ciel contemple les gestes des sémaphores

Cependant que le flot ronge le coaltar

Au flanc des bâtiments Qu’apparaisse l’aurore

où les ancres levées aux sanglots des sirènes

Tous ces bateaux prendront la mer en liberté

Qu’ils soient croiseurs chaluts ou trafiquants d’ébène

ou frégate fantôme aux ordres d’Astarté

Mais je crains qu’à leurs proues les moules par milliers

Ne se fixent avant leur départ vers les rades

où l’anneau les attend aux pierres des piliers

où l’on boit le tafia avec les camarades

Que m’importe après tout le sort des matelots

Qu’ils crèvent que le port durant dix quarantaines

Soit affamé tant pis pour le méli-mélo

Tant pis pour les marins et pour les capitaines

Mais au gré des courants flotte la cargaison

La vague la balance et le cap la repousse

La glace et le soleil au gré de la saison

Font péter les caissons où s’accroche la mousse

Où flottent maintenant le poivre et la cannelle

Le café la confiture et les bois précieux

Où sont les essences de fleurs et les flanelles

Les barriques de vin la soie brodée de dieux

Quels poissons ont mangé les viandes et le pain

Et les médicaments et les clous de girofle

La saumure a rempli la gourde des copains

Des épaves se sont échouées au bord des golfes

Mais là n’est pas la mer avec tous ses cadavres

Avec ses tourbillons ses huiles et ses laines

Ses continents déserts ses récifs et ses havres

Ses poissons ses oiseaux ses vents et ses baleines

Non ce n’est pas la mer ni l’eau ni le ressac

Ni l’horizon que brise une explosion d’étoiles

Ni même un naufrageur qui repêche des sacs

ni la reprise mystérieuse sur la voile

 

La mer ce n’est pas même un miroir sans visage

Un terme de comparaison pour les rêveurs

Un sujet de pensées pour l’engeance des sages

Pas même un lavoir propre à noyer les laveurs

 

Ce n’est pas un grimoire où dorment des secrets

Une mine à trésor une femme amoureuse

Une tombe où cacher la haine et les regrets

Une coupe où vider l’Amazone et la Meuse

 

Non la mer c’est la nuit qui dort pendant le jour

C’est un écrin pillé c’est une horloge brève

Non pas même cela ni la mort ni l’amour

La mer n’existe pas car la mer n’est qu’un rêve

 

Et moi qui l’appelais à l’assaut de la digue

je reste au pied des rocs jonchés de goémon

Tandis que le soleil ouvert comme une figue

saigne sur les tourteaux errant dans le limon

 

Jamais plus la tempête en sapant les falaises

N’abîmera la ville d’Ys les icebergs

Ne dériveront plus à moins qu’il ne me plaise

De recréer les flots les voiles et les vergues

 

Déjà sentant la mort et la teinture d’iode

Dans la putréfaction qui comblera les mares

Une flore nouvelle apparaît comme une ode

Vers le ciel impalpable où s’éteignent les phares

 

De Marenne à Cancale

y a un long chemin

L’ai fait à fond de cale

Sur un lit de jasmin

 

De Marenne à Cancale

y a de bons marins

Des solides des mâles

Et cinq doigts à leurs mains

 

De Marenne à Cancale

y a du sable fin

y a du vent qui hâle

La gueule des gamins

 

De Marenne à Cancale

Y a morts et vivants

des moribonds qui râlent

Du soleil et du vent

 

De Marenne à Cancale

on boit beaucoup de vin

qui donc qui nous régale

Tout le long du chemin

 

De Marenne à Cancale

Vogue un fameux lapin

Un fier luron sans gale

qui saoula les marins

 

Où donc est ma négresse

Dit le premier marin

On fit avec sa graisse

Quatre grands cierges fins

 

Découpée charcutée

on l’a mise en un four

Les moines l’ont mangée

Pendant quarante jours

 

Où donc est ma gonzesse

Dit le second marin

L’est encore à la messe

à prier tous les saints

 

Je lui ferai connaître

Mon saint Jean mon saint Louis

Car suis-je ou non le maître

Dans ce sacré bouis-bouis

 

Où donc le gui Madame

Dit le dernier marin

qui n’avait pas de femme

Et pas de bague aux mains

 

Le gui le gui silence

vous reviendrez un jour

à l’heure de la danse

chanter au gui l’amour

 

J’étais aveugle et je croyais qu’il faisait nuit

Est-ce bien toi que je nommais la ténébreuse

Ô nuit sonore et lumineuse quand s’enfuit

L’aigle du cauchemar aimé des nébuleuses

 

Byron voyageant en Espagne

Habita longtemps à Tolède

Il y rêvait dans la campagne

aux plus belles et aux plus laides

Il y fut aimé d’une folle

Il fut aimé d’une espagnole

 

Il fut aimé d’une espagnole

La plus belle de la cité

Mais près du lord la tendre folle

Sentait son cœur la tourmenter

Elle mourut d’amour la belle

Comme on fermait la citadelle

 

Comme on fermait la citadelle

on l’emporta dans son linceul

Et le lord en rêvant aux belles

Derrière elle marchait tout seul

Le long des rues le peuple en foule

Regardait passer la dépouille

 

Regardaient passer la dépouille

Les lanceurs de malédictions

Et les bigots au cœur de rouille

Et les traîtres à leurs passions

Mais le lord alors sans mot dire

Marcha vers l’insulte et les rires

 

Marcha vers l’insulte et les rires

Le lord aux yeux lourds d’océans

Devant lui reculaient les sbires

Les toréros les paysans

Il arriva devant les femmes

Les Pepitas aux lourdes mammes

 

Les Pepitas aux lourdes mammes

Les gitanes aux noirs cheveux

Les chanteuses les grandes dames

Devant lui baissèrent les yeux

Parvint devant les demoiselles

Bravo Toro ! dit la plus belle

 

Bravo Toro ! dit la plus belle

Voici mon cœur voici mon corps

Et voici mon amour fidèle

Mes baisers et mes boucles d’or

Byron fut aimé par deux folles

Fut aimé par deux Espagnoles

 

Est-ce bien toi que je nommais la ténébreuse

avec tes grands flambeaux brûlant au pied des monts

Avec tes rues et tes parvis et fabuleuse

La dame de minuit l’amoureuse sans nom

 

Son corps qu’eût dessiné en reliant des étoiles

Sur la carte du ciel dans les constellations

Un astronome de jadis son corps sans voile

Est de ceux pour lesquels s’affrontaient les nations

 

Dans les vergers du ciel faisant sa promenade

Aux arbres sidéraux elle cueille les fruits

Tandis que les soleils dressés en colonnades

Sous leurs piliers de feu la voient marcher sans bruit

 

Et le ciel à son tour relégué dans les fables

Retrouve l’océan que je nie à jamais

Les lunes en cristal s’échoueront sur le sable

Où gît l’épave avec ses morts et ses agrès

 

La peste les marins les étoiles les flots

Les récifs et le bateau fantôme et la peste

La voie lactée et les yeux miteux des hublots

S’enliseront avec les statues au beau geste

 

Quelle nuit en effet valut nos yeux fermés

Quand visitant les jardins d’or de nos prunelles

Nous écoutions monter l’océan alarmé

Le flux de notre sang battant pour les cruelles.

(1929)

LE POÈME À FLORENCE

 

Comme un aveugle s’en allant vers les frontières

Dans les bruits de la ville assaillie par le soir

Appuie obstinément aux vitres des portières

Ses yeux qui ne voient pas vers l’aile des mouchoirs

 

Comme ce rail brillant dans l’ombre sous les arbres

Comme un reflet d’éclair dans les yeux des amants

Comme un couteau brisé sur un sexe de marbre

Comme un législateur parlant à des déments

 

Une flamme a jailli pour perpétuer Florence

Non pas celle qui haute au détour d’un chemin

Porta jusqu’à la lune un appel de souffrance

Mais celle qui flambait au bûcher quand les mains

 

dressées comme cinq branches d’une étoile opaque

attestaient que demain surgirait d’aujourd’hui

Mais celle qui flambait au chemin de saint Jacques

Quand la déesse nue vers le nadir a fui

 

Mais celle qui flambait aux parois de ma gorge

Quand fugitive et pure image de l’amour

Tu surgis tu partis et que le feu des forges

Rougeoyait les sapins les palais et les tours

 

J’inscris ici ton nom hors des deuils anonymes

Où tant d’amantes ont sombré corps âme et biens

Pour perpétuer un soir où dépouilles ultimes

Nous jetions tels des os nos souvenirs aux chiens

 

Tu fonds tu disparais tu sombres mais je dresse

au bord de ce rivage où ne brille aucun feu

Nul phare blanchissant les bateaux en détresse

Nulle lanterne de rivage au front des bœufs

 

Mais je dresse aujourd’hui ton visage et ton rire

Tes yeux bouleversants ta gorge et tes parfums

Dans un olympe arbitraire où l’ombre se mire

dans un miroir brisé sous les pas des défunts

 

Afin que si le tour des autres amoureuses

Venait avant le mien de s’abîmer tu sois

Et l’accueillante et l’illusoire et l’égareuse

la sœur de mes chagrins et la flamme à mes doigts

 

Car la route se brise au bord des précipices

je sens venir les temps où mourront les amis

Et les amantes d’autrefois et d’aujourd’hui

Voici venir les jours de crêpe et d’artifice

 

Voici venir les jours où les œuvres sont vaines

où nul bientôt ne comprendra ces mots écrits

Mais je bois goulûment les larmes de nos peines

quitte à briser mon verre à l’écho de tes cris

 

Je bois joyeusement faisant claquer ma langue

le vin tonique et mâle et j’invite au festin

Tous ceux-là que j’aimai. Ayant brisé leur cangue

qu’ils viennent partager mon rêve et mon butin

 

Buvons joyeusement ! chantons jusqu’à l’ivresse !

nos mains ensanglantées aux tessons des bouteilles

Demain ne pourront plus étreindre nos maîtresses.

Les verrous sont poussés au pays des merveilles.

4 novembre 1929.


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a été édité par la

bibliothèque numérique romande

 

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en juin 2016.

 

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Ont participé à l’édition, aux corrections, aux conversions et à la publication de ce livre numérique : Isabelle, Françoise. Merci également pour les mises à disposition.

— Sources :

Ce livre numérique est réalisé principalement d’après : Desnos, Robert, Corps et Biens, Paris, Gallimard (NRF), 1930. D’autres éditions ont été consultées en vue de l’établissement du présent texte. La photo de première page, L’Ange de « La Part de l’Ange », a été prise par Laura Barr-Wells, le 04.06.2016.

— Dispositions :

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[1] L’auteur regrette ici de ne pouvoir citer le nom de l’Initiateur à Rrose Sélavy sans le désobliger. Les esprits curieux pourront le déchiffrer au numéro 13.