T. Combe
(Adèle Huguenin-Vuillemin)

PRISONNIÈRES

suivi de
CONTE DE NOËL

1890

bibliothèque numérique romande

ebooks-bnr.com

 

 


Table des matières

 

I. 3

II. 10

III. 17

IV.. 24

CONTE DE NOËL. 32

Ce livre numérique. 42

 

I

AH ! Les pauvres femmes, que l’hiver leur dure !… En tombe-t-il de cette neige, en tombe-t-il !… Dans leur coin de la cuisine, les chiens s’ennuient désespérément. De temps en temps l’un d’eux se lève, va flairer de son museau qui s’allonge le seuil de cette porte mal close à travers laquelle siffle le vent, puis il dresse ses pattes contre l’évier, il regarde au-dehors, derrière la petite fenêtre, les flocons monotones qui tournoient silencieusement… Alors, la queue basse, il retourne à sa place et s’y étend avec un bâillement plaintif… Son voisin entr’ouvre un œil, il se lève à son tour, il s’avance jusqu’au milieu de la cuisine et là, le cou tendu, les oreilles flasques et tombantes comme de grands morceaux d’amadou, il pousse un hurlement lamentable dans lequel il exhale toutes les tristesses de son âme de chien… Dans ses rêves mélancoliques, le basset entend cette plainte et y répond sotto voce, tandis qu’un frisson de paresseuse sympathie court de sa nuque qui se plisse jusqu’à l’extrémité de sa queue. Le grand danois, lui, se réveille tout à fait ; il se dresse sur ses hanches puissantes et gronde en dedans, sans que remue un seul des muscles de sa face massive ; mais on voit ce grondement frémir dans son cou et sous son flanc lisse d’un gris d’acier mat… Enfin il donne de la voix, d’un timbre étrange et rauque, singulièrement lugubre, angoissant… Et les autres chiens, le basset, l’innocent caniche, les deux épagneuls de chasse tachés de feu et de blanc, ces créatures sensitives, pleines de perceptions fines, d’émotions et de pressentiments, ouvrant leurs yeux humides, se mettent à gémir lamentablement.

— Ah ! Seigneur ! dit Zina en laissant tomber ses mains sur son tablier.

Elle ne dit que cela et chercha du regard, sur la muraille déjà obscure, l’image du petit saint Jean qui souriait et caressait un agneau, dans un méchant cadre de bois noirci... Mais déjà les chiens se taisaient. Le quelque chose d’invisible et de terrifiant qui avait passé sur eux, s’évanouissait avec l’écho de leur long hurlement. Tandis que Zina, immobile comme une petite morte, retenait son souffle, on n’entendit plus que le tic tac affairé de la pendule à cadran de faïence enluminé de larges fleurs rouges et bleues. Ce cadran dont l’émail luisait, et l’image claire du petit saint Jean étaient les seuls objets qu’on distinguât encore. Dans le fond de la chambre, il faisait noir ; au-dehors il fait tout blanc. Pour fuir cette ombre qui derrière elle s’épaississait, Zina s’était peu à peu rapprochée de la fenêtre, et maintenant, pelotonnée toute frileuse et toute peureuse dans le coin de l’embrasure, elle regardait les flocons passer sur le gris du crépuscule.

Ils couraient obliquement chassés par un grand coup de bourrasque ; éperdus, ils tournoyaient devant la fenêtre, s’entassaient sur tous les rebords, puis repris par le tourbillon, s’envolaient plus loin en une cinglée d’impalpable poussière. Il y en avait de lourds qui flottaient et tombaient plus lentement, comme des flocons de laine ; d’autres étaient aigus et perçaient l’air comme de petites flèches de cristal ; d’autres ressemblaient à de menues étoiles finement taillées à sept branches ; d’autres à de petites plumes. Derrière la fenêtre, tout cela changeait très vite ; plus loin, au-delà de la barre du jardin, c’était un mouvement plus lent et plus confus de petites taches blanches toutes pareilles ; plus loin encore, rien, un grand voile serré, gris, immobile. Zina poussa un grand soupir, appuya sa joue contre la vitre et ferma les yeux.

C’était une petite créature dolente et frêle, dont tous les mouvements étaient lents. Elle avait une taille menue qu’on aurait prise dans ses deux mains et des yeux bruns effarouchés dans une petite figure pâlotte. Sur la joue droite, elle portait, au lieu d’une fossette, une petite marque bleue qui ressemblait à une meurtrissure et qui donnait à son sourire même quelque chose de vaguement douloureux.

— J’ai essayé de déblayer un coin devant la porte, dit sa mère en entrant tout à coup, mais plus on ôte de cette neige, plus il en revient. Le vent la chasse…

— Avez-vous entendu les chiens ? demanda Zina d’un ton bas et doux, qui contrastait singulièrement avec la voix dure de sa mère. Ils pleuraient. J’ai eu peur.

— Les pauvres bêtes s’ennuient, ça n’a rien d’étonnant. Trois jours qu’elles sont enfermées… Il n’y a plus que le passage pour aller au chartis qui soit libre. Derrière la maison, là où le vent souffle, le tas de neige monte jusqu’au toit. Et puis ça tourne, ça fait comme une grande vague qui coule vers la porte.

Tout en parlant, elle ôtait ses sabots, les mettait derrière le poêle pour les faire sécher, puis elle enleva le gros châle de laine tricotée qui protégeait ses larges épaules osseuses. Elle ressemblait à un homme habillé en femme, la grande Épiphanie, maigre, des traits secs, de larges narines qui s’enflaient, des cheveux gris coupés court, une immense charpente anguleuse où toutes les articulations saillaient comme les nœuds d’un bois mal raboté. Faite comme elle l’était, dure à la peine, robuste comme un forgeron, elle avait épousé un pauvre petit homme maigrichon et ténu, un chétif qui n’avait pu supporter ce contraste, apparemment, car il était mort six mois après, sans rien dire… C’était de lui que Zina tenait sa petite mine dolente.

Pour gagner quelque chose, l’hiver, Épiphanie prenait des chiens en pension ; à trois francs par semaine, elle les nourrissait de soupe à la farine, et ils lui tenaient compagnie. Elle aimait cela : le fouet au poing, la voix haute et rêche, morigéner une meute jappante qui sautait autour d’elle. Elle savait dresser les chiens de garde, corriger les chiens gourmands, mater les indociles ; il y avait dans sa nature une sorte de courage dur qui se plaisait à lutter et à sévir. Ses pensionnaires étaient le plus souvent des chiens de chasse, pendant la période où la chasse était fermée, gentilles bêtes soumises qui regardaient leur gardienne avec des yeux pleins d’une pathétique humilité et frétillaient doucement de la queue à chacune de ses paroles ; mais on lui amenait parfois aussi de méchants petits roquets rageurs, de ceux qui vous mordent les jambes par derrière, ou bien quelque bête hargneuse à laquelle il fallait une cure de fouet que son maître n’avait pas le cœur d’administrer. En peu de jours, comme la grande Épiphanie vous avait raison de cette humeur ! Moins encore peut-être par son fouet levé que par sa voix toujours sévère, et la manière qu’elle avait de fondre à grands pas sur le récalcitrant, penchant en avant sa grande taille, ses yeux gris étincelant sous ses sourcils broussailleux… L’animal entièrement maté serrait sa queue entre ses jambes et attendait en tremblant sa correction… Et dans la chambre, Zina non moins tremblante se bouchait les oreilles de toutes ses forces.

Elle avait bien dix-huit ans, cette petite Zina, malgré sa taille de fillette, et même elle avait un amoureux auquel elle pensait tout le jour sans jamais oser en parler. Sa terrible mère n’aimait pas le garçon, et puis c’était tout ! Il ne fallait pas lui en demander davantage, elle ne l’aimait pas, ce menuisier… Elle avait une façon méprisante de dire : « Ton menuisier », qui perçait le cœur de la pauvre Zinette… Ils se voyaient de sept en quatorze, ils s’écrivaient parfois, le garçon habitant un village assez éloigné, mais rien n’était décidé encore, et ils n’étaient même pas promis.

— Et puis, qu’est-ce que tu fais, toi ? dit brusquement Épiphanie, voyant que sa fille, dans le coin de la fenêtre, ne bougeait non plus qu’une image.

— Rien… je regarde tomber la neige.

— Ça ne te donnera pas des rentes au bout de l’an… Va plutôt faire le café, va !

La petite se leva avec quelque hésitation, alla doucement jusqu’à la porte, puis s’arrêta.

— Diavolo ne me fera rien, mère ?

— Que veux-tu qu’il te fasse ? Ça ne te passera donc jamais, ces peurs ?… Je ne sais pas où je t’ai prise, toi !

— C’est qu’il grondait en dedans, vous auriez dû l’entendre ! Il n’aime pas cette maison, mère, c’est trop petit pour lui, c’est trop pauvre.

— Eh ! Je le sais bien, le fichu aristocrate !… Mais puisque son maître est mort, il faut bien qu’il se contente ici jusqu’à ce qu’on lui trouve un acheteur. Il flaire mes jupes quand je passe et puis il détourne le nez, le beau sire ! Il n’aime pas les vieux cotillons… Après ça, il mange de la soupe à la farine tout comme les autres, et puis, marche, à la paille !

Et la grande Épiphanie fit, en riant, le simulacre d’allonger un coup de pied. Au fond, le dédain de cette bête de race ne lui déplaisait pas trop ; elle sentait là-dessous des instincts de résistance qu’il y aurait plaisir à vaincre.

Zina entr’ouvrit la porte et se glissa craintivement dans la cuisine. Elle alluma d’abord le crésu dont la petite flamme tremblotante lui montra aussitôt Diavolo étendu tout de son long sur le foyer. Il ne dormait pas, mais son grand corps lisse et massif était parfaitement immobile, et le regard froid de ses petits yeux semblait exprimer une hautaine indifférence.

— Diavolo, ôte-toi de là, il faut que je fasse le feu, murmura Zina timidement.

Puis elle s’enhardit à le pousser un peu de ses deux mains ; elle n’eût jamais osé pousser du pied cet animal fièrement impassible. Diavolo tourna légèrement la tête et Zina recula avec un petit cri…

— Ôte-toi ! répéta-t-elle à demi-voix.

Pour rien au monde elle n’eût appelé sa mère, qui serait accourue avec le fouet. Diavolo ne remuait non plus qu’un chien de marbre ; ses oreilles droites et pointues n’avaient pas le plus léger frémissement ; c’est à peine si ses yeux obliques, étroits comme une fente, clignotaient de temps en temps. Alors Zina s’assit au coin du foyer, tout au coin, de peur de frôler la queue de Diavolo qui s’allongeait toute droite sur la pierre, ronde et lisse comme un serpent. Elle regarda pendant quelques minutes le bout de cette queue qui remuait imperceptiblement, puis tout à coup elle prit le parti de fondre en larmes, ne voyant pas d’autre issue à la situation. Le visage caché dans son tablier, tâchant d’étouffer ses sanglots, elle se balançait lentement en avant et en arrière. Ce mouvement régulier agaça-t-il le chien, ou bien le bruit de pleurs qu’aucun de ses congénères ne peut endurer dérangea-t-il sa superbe indifférence ? Il se leva lentement et s’en alla sans tourner la tête jusqu’à l’autre bout de la cuisine où il se coucha dans une belle attitude de sphinx. Zina aussitôt courut aux fagots et se hâta de bâtir son feu tout en achevant d’essuyer ses larmes.

II

Épiphanie se levait de bonne heure pour traire sa vache et mettre en ordre la petite étable. Elle s’habillait sans lumière par économie, cherchait à tâtons ses sabots, son casaquin, bousculait les chaises, tandis que Zina cachait sa tête sous l’édredon et demandait de là-dessous, d’une voix étouffée, si elle pouvait dormir encore un peu.

— Dors, va ! répondit sa mère qui frottait une allumette en cherchant de l’autre main la petite lanterne accrochée à la paroi près de la platine. As-tu entendu le vent, cette nuit, toi ?… Je n’ai presque pas fermé l’œil, la maison était toute secouée, un moment j’ai cru que nous allions être arrachées… Nom de nom ! s’écria-t-elle – car elle jurait, Épiphanie, dans les grandes occasions –, cette horloge a perdu la tête ! Sept heures et demie, quand il fait noir comme dans un four ! Ça ne se peut pas…

Le rayon de la lanterne faisait miroiter le cadran à fleurs sur lequel les grosses aiguilles de cuivre marquaient en effet sept heures et demie ; et Zina encore tout ensommeillée, ses cheveux blonds sortant à flots de son petit béguin lilas, venait de s’asseoir en sursaut, effarée par l’exclamation de sa mère. Celle-ci s’approchait de la fenêtre avec sa lanterne.

— Je vois ce que c’est… Le vent a chassé la neige contre les carreaux qui en sont tout crépis, ça empêche le jour de passer. Allons, Zina, bougeons ! Tu feras le déjeuner pendant que j’irai traire ; il faut que je descende au village ce matin, nous n’avons quasiment plus de farine.

— Vous aurez trop mauvais temps, fit Zina de sa petite voix plaintive.

— Voilà quinze jours que tu me répètes ça, quinze jours qu’il vente et qu’il neige… et le sac de farine s’est vidé, et nous tenons notre dernier pain. J’aurais dû ne pas t’écouter, il faisait moins mauvais lundi, le dernier jour qu’on a mis les chiens dehors.

— Le « temps » veut assez s’arrêter ; peut-être demain… murmura Zina.

Une épouvante venait de la saisir : si sa mère descendait au village, elle resterait donc seule avec les chiens, avec ce Diavolo dont elle avait rêvé toute la nuit et qui avait dans ses yeux obliques un éclair de diablerie.

— C’est moi qui irai au village, mère ! s’écria-t-elle comme Épiphanie rentrait.

En même temps, le coude enfoncé dans son oreiller à carreaux rouges et blancs, elle hasardait hors du lit un petit pied frileux et s’étonnait que sa mère ne lui eût pas encore ordonné de se taire et de s’habiller plus vite que ça.

— Au village… répéta Épiphanie, oui, au village… C’est bel et bon…

Elle s’interrompit ; quelque chose d’inusité, presque un tremblement, altérait sa voix. Zina, occupée à tordre ses cheveux épars et à les fourrer sous son petit bonnet, s’arrêta pour regarder sa mère avec étonnement.

— Il y a de la neige plus haut que la porte, dit enfin Épiphanie.

Zina pensa aussitôt : « Mère ne sortira pas ! » et un indicible soulagement dilata son petit cœur poltron. Épiphanie venait d’ouvrir le guichet de la fenêtre et passa la main au-dehors.

— Regarde, dit-elle à sa fille en lui tendant une poignée de neige. On ramasse ça sans se baisser. La fenêtre est bouchée entièrement comme la porte… Du côté de la bise c’est peut-être plus libre ; dommage que nous n’ayons pas de sortie de ce côté-là.

— Nous en serons quittes pour ne pas sortir, fit Zina d’un petit ton allègre.

Sa mère la regarda d’un air singulier, mais n’ajouta rien.

Après le déjeuner, les deux femmes s’en allèrent vaquer à leurs diverses occupations. Dans la cuisine, une lumière froide et grise, une sorte de lueur polaire tombait de la haute cheminée sur le carrelage ; tout le reste de la maison était dans la nuit. C’était étrange et lugubre, car cette nuit n’était pas la nuit noire : une vague clarté filtrait à travers le rempart de neige, tout juste suffisante pour dessiner les petits carreaux de la fenêtre et laisser voir que derrière eux on ne voyait rien… Zina allait et venait de la chambre à la cuisine, silencieuse, un peu impressionnée par cette obscurité et par la mine sombre de sa mère. Les chiens aussi, ayant lapé leur terrine de soupe, se tenaient cois.

Tout à coup Zina eut la fantaisie d’aller ouvrir la porte d’entrée, pour voir… Elle la tira à elle et resta saisie. Un mur se dressait là, un vrai mur dont sa petite lampe éclaira la surface blanche, unie, serrée, dans laquelle le relief des planches de la porte et la grosse serrure se dessinaient en creux. Elle regardait cela, immobile, quand sa mère se trouva à côté d’elle.

— Et c’est épais ! fit Épiphanie en poussant droit dans cette muraille le manche de son balai. Vois comme il s’enfonce !

Zina fixait sur sa mère des yeux où montait une soudaine inquiétude. « Nos fagots, notre tourbe… » dit-elle lentement.

— Ah ! Ça t’entre dans l’esprit, à la fin ! s’écria Épiphanie.

Puis elle ferma la porte et, mettant sa grande main sur l’épaule de Zina, elle rentra dans la cuisine. Un tout petit feu mourait sur l’âtre, au milieu des cendres grises ; là-haut, dans la vaste pyramide noire de la cheminée, quelques flocons tourbillonnaient et s’engouffraient avec une rafale d’air glacé.

— Je vais fermer le « couvert », dit Épiphanie saisissant la longue corde qui pendait dans un des angles de la cheminée.

— Mais alors il fera nuit partout, objecta Zina plaintivement, et puis la fumée nous ennuiera.

— Oh ! Pour ce que nous ferons de feu !

Elles s’assirent au bord du foyer, tout près l’une de l’autre, leurs mains tendues vers la petite flamme et elles tinrent conseil. Toutes les issues bloquées, six chiens à nourrir, dans la huche quelques livres de farine et un pain entamé, des provisions à la cave assurément, mais avant de manger les pommes de terre et les choux, il faut les cuire, et les fagots et la tourbe étaient enfermés dans un appentis auquel on n’arrivait qu’en tournant l’angle de la maison, du côté de la bise… telle était la situation…

— J’y pensais cette nuit en entendant souffler le vent, disait Épiphanie. Pas plus tard que ce matin, je voulais apporter un grand tas de fagots dans la cuisine pour en avoir de provision… Enfin, il nous en reste toujours trois, il faudra les ménager… Chauffer la chambre, il n’en est pas question ; la première chose est que les chiens aient leur soupe. Nous deux, nous boirons du lait, nous mangerons du pain, on va loin avec ça… Chance encore que la pompe soit dans la maison et que nous ayons du foin et de la paille pour la vache…

— Nous brûlerons la paille ! s’écria Zina en se ranimant un peu.

— Pas aujourd’hui, toujours… La paille coûte, et puis ça fait un pauvre feu, plus de fumée que de chaleur… Tu ne vas pas te mettre à grelotter, entends-tu ! fit-elle d’un ton courroucé en jetant son châle de tricot sur les épaules fluettes de Zina.

Pendant quelques minutes elles restèrent silencieuses ; la mère, ses deux mains nouées autour des genoux, regardait les dalles fixement ; Zina se serrait dans le gros châle brun et faisait de son mieux pour ne pas frissonner.

— Il faut faire un trou, un tunnel, quelque chose, dit tout à coup Épiphanie. Il faut débloquer cette porte. Ça nous réchauffera. Viens.

Les chiens les suivirent, vaguement inquiets, flairant à droite, à gauche, avec de petits sifflements plaintifs. Leurs ombres agitées couraient sur la muraille et s’effaçaient à demi quand la flamme de la chandelle se couchait sous un souffle d’air. Alors, sauf ce petit lumignon bleuâtre qui se débattait, l’étroit passage devenait tout noir, et il était étrange de penser qu’il était midi, qu’au-dehors le soleil brillait peut-être sur la neige étincelante, et que de la petite maison enfouie la cheminée seule perçait cette grande étendue blanche.

De ses bras robustes, à grands coups de pelle, Épiphanie creusait la neige et la jetait derrière elle sur les dalles ; Zina la balayait dans un coin, et le tas montait, semblait-il, bien plus vite que le trou ne s’élargissait.

Au bout d’une heure, le trou était devenu une sorte de niche profonde de deux pieds et aussi haute que la porte. Épiphanie y entra à reculons, s’adossant à la paroi rugueuse du fond, puis elle souleva sa pelle à deux mains, l’enfonça dans la voûte pour en mesurer l’épaisseur.

— Hum ! fit-elle tandis que Zina, sa petite figure bleue de froid, tenait la chandelle à l’entrée… Hum ! C’est encore plus…

Une masse blanche glissa avec un bruit mat, remplit la porte, couvrit le seuil, s’éparpilla silencieusement… Zina ne vit plus sa mère et poussa un grand cri… elle se jeta dans le flot de neige, le fouillant de ses deux bras, appelant : « Mère ! Mère !… » Et les chiens derrière elle se bousculaient, aboyaient, roulaient les uns sur les autres… Tout à coup elle sentit dans ses doigts un pli d’étoffe… c’était le bord épais d’un jupon qu’elle saisit à deux mains et tira de toutes ses forces, pliée en deux, la figure blanche d’épouvante. La masse de neige ébranlée roulait à droite et à gauche, découvrant un corps inerte que Zina tirait pouce à pouce, avec un tel effort que son cœur s’arrêtait presque. Enfin elle put le saisir dans ses bras et le dégager entièrement.

Épiphanie avait les yeux grands ouverts, mais pendant un moment elle sembla ne rien voir ; elle haletait, à moitié asphyxiée, les lèvres violettes. Zina, tremblant de la tête aux pieds, pleurait à chaudes larmes.

— Et la pelle ? fut le premier mot que prononça Épiphanie quand le souffle lui fut revenu.

III

Un jour. On avait brûlé deux fagots, les chiens avaient mangé leur soupe comme à l’ordinaire, la mère et la fille avaient trempé un morceau de pain dans du lait froid. Pour chauffer un peu le sien, Zina s’était grillé les doigts à tenir sa tasse au-dessus de la petite lampe qui maintenant brûlait tout le jour. Quoique le poêle fut refroidi depuis la veille, la grande chambre bien fermée conservait quelque chaleur. Les deux femmes se couchèrent à six heures pour épargner le pétrole, mais elles parlèrent longtemps, blotties sous leurs couvertures, se tenant la main comme on le fait instinctivement dans une commune inquiétude. Chacune avait un espoir qu’elle s’efforçait de faire partager à l’autre. Épiphanie était sûre que le gel, cette nuit même, durcirait la neige et permettrait de reprendre le creusage du tunnel sans crainte d’un nouvel éboulement.

— Mais ce sera long, disait Zina, et puis la pelle est là-dessous… Il faudrait la ravoir d’abord… Moi, je crois que les voisins viendront à notre secours…

— Les voisins !… Ah ! Bien oui ! Si on compte sur eux ! Nous sommes ici dans une combe où personne ne passe. C’est retiré, c’est solitaire… Même en été, quel monde y voit-on ? Les voisins sont à une demi-heure d’ici, et il ne leur vient pas à l’idée de se demander si nous sommes mortes ou vivantes.

Néanmoins, Zina était assurée que le secours ne manquerait pas d’arriver le lendemain. Cette espérance lui tenait chaud au cœur et lui permit de s’endormir.

Un jour encore. Le dernier fagot flamba ; chaque branche jetée parcimonieusement sur la flamme pétilla, se tordit et, trop vite, beaucoup trop vite, s’abattit en un long tison rouge, puis en un petit tas gris de cendres parsemées d’inutiles étincelles. Quand la dernière ramille s’éteignit, les deux femmes se regardèrent, le cœur serré, sans rien dire. Les chiens ne firent qu’un repas de tout ce jour. Dans l’après-midi, ils commencèrent à geindre ; ils erraient par la cuisine, gelés, lamentables, puis ils allaient gratter à la porte de la chambre, se couchaient sur le seuil, poussant une longue plainte. Zina essayait de tricoter de ses doigts enraidis et bleus ; elle prêtait l’oreille tout le temps. Quand donc entendrait-on des voix, des cris d’appels derrière ce mur glacé ? Bien sûr, ils arriveraient avant le soir, avec des traîneaux et des pelles, ils étaient déjà en route peut-être...

Le temps se remettait ; autour de la cheminée, le vent soufflait bien encore, mais il ne neigeait plus. Épiphanie, elle, n’avait d’espoir qu’en la gelée.

— Même si les voisins joblent de venir nous déterrer, ils ne peuvent le faire que si la neige porte… Comment veux-tu qu’ils entrent avec des traîneaux dans des menées toutes fraîches hautes jusqu’au toit ?…

L’heure de traire arriva. « C’est trop tard pour aujourd’hui, pensa Zina. Ils viendront demain matin. » Elle suivit sa mère à l’étable.

— Mais il fait bon ici ! s’écria-t-elle avec une joyeuse surprise, sentant une tiédeur délicieuse l’envelopper.

Elle appuya ses deux mains sur le flanc chaud de la grosse vache blanche, puis son épaule, puis sa joue.

— Ah ! Bien ! Si j’y avais pensé plus tôt !… disait-elle. Tiens ! Ici dans son cou, c’est encore plus chaud… ça me dégèle les doigts.

Cette étable était un méchant petit coin bas, étroit, obscur, mais bien capitonné de paille et de toiles d’araignées ; à côté de la crèche, il y avait une auge où l’on pouvait se blottir, les pieds enfouis dans la litière, et l’on sentait passer sur ses mains une haleine chaude quand la vache songeuse tournait la tête pour vous regarder de ses grands yeux doux aux cils blonds… La mère et la fille s’assirent là pour boire leur tasse de lait encore tiède, une seule tasse, car Épiphanie mit le reste en réserve pour le déjeuner des chiens.

— Mais Diavolo n’en voudra pas, dit-elle, secouant la tête ; il n’a pas un caractère à boire du lait. Avait-il l’air assez mauvais tout à l’heure quand il rôdait autour de moi ?

Un troisième jour passa, ou plutôt une troisième fois vingt-quatre heures de cette longue nuit. Zina, quand elle voulut se lever le matin, sentit la tête lui tourner.

— Tu as faim, dit sa mère qui l’obligea à avaler coup sur coup deux grands bols de lait… « Si quelqu’un doit s’affautir, pensa-t-elle, ce sera moi, d’abord, et puis les chiens… La petite n’a pas de forces à perdre… »

En raison de quoi, Épiphanie versa sa portion dans la grande écuelle où les chiens vinrent lentement, d’un air misérable, laper un maigre fricot de farine délayée dans du lait coupé d’eau froide. Diavolo s’en approcha, flaira ce liquide trouble et retourna dans son coin. Il n’y avait plus dans la huche que deux ou trois poignées de farine et un morceau de pain gros comme la ration d’un soldat. Épiphanie prit ce morceau, le soupesa sur la paume de sa main… « La petite dit que pour sûr on viendra à notre secours aujourd’hui, c’est comme un pressentiment qu’elle a… Je n’aime pas à voir cette belle bête se périr de faim sur sa paille, quand une bouchée de pain lui rendrait courage… »

Sans bruit, en cachette, pendant que les autres chiens avaient le museau dans leur écuelle, elle se glissa près du danois qui, morose, gronda sourdement quand elle essaya de le flatter sur le cou. Il happa le pain qu’elle lui tendait par bouchées, puis, quand elle retira sa main, il se dressa, montrant les dents.

— Ah ! C’est ainsi, méchante bête ingrate ! s’écria Épiphanie.

Son fouet pendait là, tout près, à un clou. Elle le saisit, le fit siffler au-dessus du chien qui se recoucha, mais gronda encore longtemps, enfoui dans sa paille.

Ce fut une longue journée. Zina la passa à l’étable, où, si l’on avait faim, l’on n’avait du moins pas trop froid, où l’on pouvait dormir et entendre en rêve des traîneaux qui s’approchaient…

Sa mère lui avait apporté Mouton, le gros toutou frisé, en guise de chancelière. Mais c’était une chancelière qui jappait douloureusement et qui vous regardait avec des yeux à fendre l’âme.

— J’ai aussi faim que toi, Mouton, disait Zina lui prenant la tête entre ses deux mains.

Je pleurerais bien mais, vois-tu, il faut avoir patience.

Épiphanie travaillait à son tunnel, décourageante besogne, car la neige avait gelé, elle était maintenant dure, compacte et rêche comme du sel, tout d’un bloc, pleine de cristaux aigus. En s’y opiniâtrant pendant plus d’une heure, en s’y mettant les mains en sang, Épiphanie parvint à dégager sa pelle incrustée dans le fond de la niche, sous l’éboulement… Et qu’était-ce que cela ? Pour arriver au chartis, il faudrait travailler des heures et des jours… Son accident de l’avant-veille l’avait effrayée, toute courageuse qu’elle fut ; elle n’aimait pas à s’en souvenir. Ce bruit mat, cette obscurité soudaine, ce poids invisible qui étouffe et paralyse, cette lutte pour remuer un bras, pour crier, comme dans un cauchemar… Tout cela pouvait se passer une fois encore, et finir plus mal…

— Mère, brûlons de la paille ! dit Zina d’un ton suppliant, comme l’interminable après-midi, dans la petite clarté morne de la lampe, s’allongeait désespérément. Tâchons de cuire des pommes de terre pour nous et pour les chiens.

Épiphanie haussa les épaules, prit dans le coin de l’étable une brassée de paille qu’elle alla jeter sur le foyer, puis elle suspendit la marmite à la crémaillère. Ce fut un lamentable insuccès. La paille pénétrée de la moiteur de l’étable brûlait mal, fumait, et les petites flammes jaunes qui en jaillissaient par intervalles, si elles étaient gaies à voir, jetaient une piètre chaleur… Cependant les chiens s’étaient rassemblés autour du foyer et, dans des attitudes d’anxieuse attente, une patte en l’air, remuant la queue, ils regardaient cette marmite avec des yeux affamés. Zina, agenouillée, soufflait de toutes ses forces sur les étincelles. Une seconde brassée de paille brûlota péniblement ; l’eau de la marmite ne commençait pas même à frissonner.

— C’est inutile, dit Épiphanie, il en faudrait des charretées, et encore…

— Le foin serait plus sec…

— Tu es folle ! cria la mère. Ne vois-tu pas que ceci peut durer des jours et des jours, et que si le lait venait à nous manquer, nous n’aurions plus de ressource ?…

Zina regardait autour d’elle, cherchant une vieille planche, un bâton, quelque chose à jeter sur ce feu qui s’éteignait.

— Brûle le balai, va ! dit sa mère.

Le balai brûla, puis une vieille corbeille trouée, puis un escabeau d’écurie. Des flammes, de vraies flammes, cette fois, montaient joyeusement, léchant la marmite entourée d’un nimbe de vapeur qui s’échappait du couvercle… Mais après l’escabeau il n’y avait plus rien.

— Une chaise ? Nous en avons six, fit Zina timidement.

— Une chaise ! Une bonne chaise en noyer !… Pourquoi pas la commode et le lit ? Ça ira mal avant que je commence à brûler mon mobilier. Jette de la paille ; sur ce brasier elle flambera.

Les pommes de terre n’étaient cuites qu’à moitié quand on les retira de la marmite. Épiphanie les coupa en petits morceaux, les écrasa, en fit une pâtée pour les chiens, qui se jetèrent dessus avidement. Puis les deux femmes s’assirent sur le foyer afin de ne pas perdre une parcelle de cette chaleur qui flottait encore autour des cendres frissonnantes. Zina, la tête inclinée sur ses genoux, tenant entre les paumes de ses petites mains glacées une pomme de terre tiède qui les réchauffait un peu, finit par s’endormir. Elle soupirait et parlait dans son sommeil, et une fois elle poussa comme un sanglot.

IV

— Mère ! Mère ! J’ai froid, j’ai mal partout ! Oh ! Pourquoi ne viennent-ils pas, pourquoi ne viennent-ils pas ?… Mère, croyez-vous qu’ils viendront aujourd’hui ?… Ils nous laisseront périr de froid, les sans-cœur !… cria Zina d’une voix désespérée.

Elle courait çà et là, sans but, dans une inexprimable agitation. Elle élevait en l’air ses mains jointes, comme pour supplier, puis elle se jetait sur une chaise, cachait son visage et sanglotait.

— Tu devrais rester au lit, lui dit sa mère, tu aurais moins froid et ça te calmerait. Peut-être qu’en effet ils viendront aujourd’hui. Mais je n’y compte pas trop ; il n’y a que des femmes chez les Jean Billod ; tu sais bien que le père est parti l’autre semaine pour cet héritage… et les autres voisins sont trop éloignés, il faudrait je ne sais quoi pour les faire venir de notre côté.

Zina laissa tomber lourdement sa tête dans ses mains.

— Je voudrais avoir du feu, murmura-t-elle.

— Mais puisque nous n’avons rien pour en faire ! cria la mère avec impatience. À te voir là, aussi flasque qu’un chiffon, on dirait que tu vas rendre l’âme !… Est-ce que je fais de ces manières-là, moi ?

Zina leva vers sa mère des yeux pleins de même détresse.

— Je n’ai plus de courage ! fit-elle. Je pense à des choses… horribles !

Et elle frissonna, puis éclata de nouveau en sanglots.

— Je voudrais savoir… essaya-t-elle de dire.

— Eh bien, quoi ? Que voudrais-tu savoir ? dit Épiphanie d’un ton moins rude.

— Si… les chiens nous toucheront quand nous serons mortes !

La phrase s’acheva dans un paroxysme de cris et de pleurs nerveux. Épiphanie prit sa fille dans ses bras, la serra contre elle, la berça pour la calmer.

— Nous ne mourrons pas, allons donc ! Est-ce qu’on meurt quand on a tous les jours du bon lait à boire ? Tu en auras davantage, les chiens se priveront.

— Non, non ! cria Zina, une nouvelle terreur s’emparant de son imagination. Si on les prive trop, ils deviendront enragés !… Ça s’est déjà vu ! fit-elle en se redressant brusquement pour scruter le visage de sa mère.

— Jamais tu n’as dit autant de bêtises à la filée… Tu ferais mieux de te taire à présent.

Zina se laissa retomber et cacha de nouveau sa figure sur la robuste épaule maternelle.

— Faisons du feu ! répéta-t-elle d’un ton plaintif. Mère, à quoi bon garder nos chaises et périr de froid ?

— Tu m’ennuies avec tes exagérations, dit Épiphanie. Va te réchauffer dans ton lit où à l’écurie…

Cependant elle se radoucit l’instant d’après et reprit, mais lentement, à regret :

— Et puis, s’il n’arrive rien d’ici à ce soir, on verra… Je ne refuse pas, moi, d’en brûler une quand ce sera nécessaire, celle qui a le dossier fendu…

Il était onze heures du matin. Un petit coin de ciel qui se découpait au sommet de la cheminée brillait d’un bleu léger et pur, navrant à regarder du fond de ce tombeau noir. Épiphanie, du seuil de la porte qu’elle venait d’ouvrir, considérait le foyer vide et sur la muraille, derrière la crémaillère, de larges taches de givre qui étincelaient confusément sur le fond noirci. L’haleine des chiens s’épaississait en une buée blanche montant du tas de paille où ils se serraient les uns contre les autres, frissonnants, lamentables… Diavolo seul rôdait autour de la cuisine de son grand pas allongé.

— Je vais les mettre tous à l’écurie, ils y auront moins froid ; la Fleurette se démènera, elle qui déteste les chiens, mais il faut qu’elle en prenne son parti… Allons, lève-toi ! fit-elle en poussant le basset qui se trouvait le plus rapproché de son pied.

Mais il ne bougea pas et fit entendre seulement un petit gémissement plein de reproche. Épiphanie, se baissant, le saisit par la peau du cou pour l’obliger à se mettre sur ses pattes. Les autres chiens, dérangés dans leur demi-engourdissement, jappèrent faiblement ou grognèrent, suivant leur humeur.

— Levez-vous donc ! cria Épiphanie en fourrageant du pied à droite et à gauche. Tas de paresseux ! Faudra-t-il que je prenne le fouet ?

Elle tendit la main vers cet objet redouté et le brandit au-dessus de sa tête. Zina, sur le seuil, poussa un grand cri.

— Mère ! Prends garde à Diavolo !

Épiphanie tourna la tête, fit un saut en arrière au moment où le danois se dressait pour la renverser… Les lèvres écartées sur ses dents aiguës dans une sorte de rictus diabolique, ses petits yeux pleins d’une flamme mauvaise, il resta ainsi une seconde, debout, immense, pareil à quelque bête fantastique… Puis il se laissa retomber et marcha de nouveau contre sa gardienne. Un rauquement étrange, creux et voilé remplit la cuisine.

… Épiphanie jeta un regard sur sa fille.

— Rentre dans la chambre ! lui cria-t-elle.

Pour elle, la retraite était coupée.

— Seigneur ! Seigneur ! implora Zina en tombant à genoux sur le seuil, blanche comme une morte.

Le fouet siffla dans l’air, sans atteindre le chien qui s’était arrêté à trois pas d’Épiphanie, tous ses muscles tendus et frémissants sous sa peau lisse, les dents découvertes jusqu’aux gencives, tout le masque contracté et plissé dans une effrayante grimace. Évidemment, la vue du fouet levé seule le tenait en suspens. Épiphanie, attachant sur les yeux du chien ses yeux pleins d’angoisse et de colère, le bras toujours menaçant, ne remuait pas plus qu’une statue… Et les secondes pleines de détresse semblaient éternelles… Les autres chiens s’étaient levés et regardaient, la paille froissée bruissait de temps en temps sous leurs pattes, on n’entendait rien d’autre dans le mortel silence. Zina n’osait remuer un doigt ni proférer un son ; toute son âme épouvantée était dans ses yeux fixés sur la bête furieuse…

Mais pourquoi les oreilles couchées de Diavolo se redressaient-elles, pointues, comme pour écouter ? Épiphanie, comme sa fille, vit ce changement, mais sans oser encore abaisser son bras qui commençait à trembler… Tout à coup l’animal fit un bond et aboya ; il leva la tête vers le sommet de la cheminée, il aboya plus fort.

— Eh ! Là-dedans !… Épiphanie, êtes-vous là ? appela une voix qui résonna aux deux femmes comme celle d’un ange.

Dans le carré de lumière qui tombait au milieu de la cuisine, une ombre se projeta transversalement, tandis qu’une silhouette penchée se dessinait là-haut.

— Qui est-ce ? Qui est-ce ? cria Zina hors d’elle.

— Eh ! C’est moi, le facteur…

Puis il ajouta :

— Faites donc un peu taire cet aboyeur, qu’on puisse se causer.

Mais déjà Diavolo se taisait et s’en allait dans un coin d’où il continua à regarder, avec une sorte de morose fascination, le fouet qu’Épiphanie tenait toujours.

— Savez-vous qu’il y a pas mal de neige autour de chez vous ? reprit le facteur. On ne voit plus la maison et on arrive sur le toit comme sur un plancher… C’est drôle comme tout… Et puis, ma foi, attrapez votre lettre ; c’est pas ma faute si je ne la remets pas en mains propres, comme il est dit sur l’enveloppe…

Un objet blanc flotta dans la cheminée, poussé de ci, de là, par le courant d’air, se heurtant aux planches luisantes de suie, et puis tomba tout droit sur le foyer. Zina se pencha rapidement, la ramassa, souffla dessus…

— C’est… c’est pour moi… dit-elle à sa mère avec quelque timidité.

Mais Épiphanie, la tête en l’air, les deux mains croisées derrière elle, parlait au facteur, qui la contemplait comme d’un balcon.

— Sapristi ! C’est que ça n’a pas dû être gai !… Eh ! Les pauvres femmes !… Mais n’ayez crainte, je vais courir jusqu’au Plan. Si dans une heure je ne vous ramène pas Léandre avec ses quatre fils, et des fagots, et du pain, je vous autorise à ne plus jamais m’offrir un verre… Attendez-moi tranquillement.

Sa tête disparut du bord de la cheminée… Tout à coup elle y revint. « Eh ! Épiphanie ! »

— Eh bien, qu’y a-t-il ?

— Tenez, vous devriez vous abonner à la Feuille d’avis ; au moins, comme ça, vous seriez sûre de voir le facteur deux fois par semaine… Les lettres, c’est trop chanceux.

Il disparut de nouveau, et on entendit sur le toit, assourdi par la neige, un bruit mat et rapide de pas qui descendaient.

La mère et la fille s’assirent ; elles se sentaient comme les genoux cassés. Zina coula doucement sa main dans celle d’Épiphanie ; pendant un moment elles ne dirent rien.

— D’où ça vient-il ? dit enfin Épiphanie en posant son doigt sur la lettre que Zina roulait dans sa main sans oser l’ouvrir.

— De… de François.

— Ah ! De ton menuisier !

Zina baissa les yeux ; son cœur se gonflait ; cependant elle prit courage et dit :

— C’est une bonne idée qu’il a eue de m’écrire… Sans ça…

— … C’est vrai, dit Épiphanie après une pause. Eh bien, tu ne la lis pas, ta lettre ?

Des larmes joyeuses remplirent les yeux de Zina. Doucement, elle déploya sur ses genoux la grande feuille de papier bleuâtre couverte d’une honnête écriture à paraphes naïfs… Elle pouvait attendre maintenant, elle avait du bonheur devant elle pour plus d’une heure… Épiphanie la regardait, se demandant ce qu’il fût advenu d’elles s’il n’y avait eu par le monde un menuisier pour écrire à sa fille… Et songeuse, elle se disait :

« Chance pourtant que je n’aie pas brûlé cette chaise !… »

CONTE DE NOËL

QUATRIÈME étage, troisième porte à gauche. C’est là que je perche, dans une grande maison banale habitée par neuf ménages, riches au total de trente-sept enfants, et par quatre célibataires, dont je suis l’un, locataires des mansardes. Ma chambre est grande, froide, ornée d’un papier bleu que sillonnent des éclairs jaunes, et meublée principalement d’un courant d’air qui lorsque la bise souffle, serpente de la fenêtre à la porte et de la porte à la fenêtre, sans que je parvienne à découvrir la fente qui lui livre passage. Or, la bise soufflait ce soir-là, précisément ; ses rafales sifflantes venaient se briser aux angles du toit, avec des ha-a et des hou-ou qui signifiaient : « Y a-t-il quelqu’un au logis ? Qu’on nous laisse entrer. » Et sans plus de cérémonie, elles entraient ; je les sentais glisser sur ma nuque, courir à la porte, puis revenir folâtrer autour de mes jambes, sous la table… Brrr !…

Je me levai pour fermer les rideaux, et je vis une grande lumière briller au troisième étage de la maison d’en face. « Bon ! il ne manquait plus que ça ! » fis-je avec humeur. Cette clarté était celle d’un sapin de Noël, et les sapins de Noël me rendent mélancolique. La moitié des fenêtres de mon quartier resplendissaient derrière leurs rideaux blancs, et c’était pour éviter de voir cette illumination que je restais enfermé chez moi, dans la seule compagnie de mon fidèle courant d’air. Mais pourquoi les arbres de Noël me rendent-ils mélancolique ? pourquoi, à leur vue, mon cœur s’amollit-il comme la cire de leurs bougies ? pourquoi me remplissent-ils les yeux d’absurdes larmes ? Je ne suis ni plus ni moins célibataire la veille de Noël qu’à la saint Médard ou à la Trinité… Non, mais je le sens davantage. Chaque année, le 24 décembre, entre six et dix heures du soir, j’ai un mauvais moment, un manque, comme l’exprimait ma pauvre mère, c’est-à-dire un vide…

À travers mes vitres, je voyais distinctement ce qui se passait dans la maison d’en face, au troisième ; une jeune femme allumait la dernière bougie, tout au sommet de l’arbre, en se haussant sur la pointe des pieds ; puis une porte s’ouvrit au fond de la chambre, le père entra, portant deux bébés, un sur chaque bras… et les rideaux se fermèrent brusquement, d’un coup sec… Il me sembla qu’on me mettait à la porte.

Je revins à ma table. La flamme de ma lampe filait, une âcre odeur de fumée de pétrole remplissait ma chambre. Une idée me vint : « Si j’écrivais mon testament, cela me distrairait… » Écrire son testament, la veille de Noël, dans une mansarde froide et morne, tandis que le monde ambiant resplendit de lumière, retentit de gaîté et de chants, il y avait là une sorte d’ironie exaspérée qui plaisait à ma misanthropie. J’allumai ma pipe et je m’assis devant mon buvard, la plume toute droite dans l’encrier. Je pensais à ma pauvre mère, à Élise, à ce qui aurait pu être… je revoyais les dures et joyeuses années de mon apprentissage.

 

Nous étions malheureux, c’était là le bon temps,

 

comme dit un poète. Ah ! le soleil de ma jeunesse ! Que tout était sombre maintenant !

En effet, ma chambre s’obscurcissait de plus en plus ; à travers les nuages de ma pipe, je tournai les yeux vers ma lampe, et je vis que la flamme s’en allait decrescendo, decrescendo, tandis que l’exécrable odeur de pétrole augmentait à chaque instant. Je me levai précipitamment, je courus à l’armoire : le bidon à pétrole était vide, et de mon dernier paquet de bougies, il ne restait que l’enveloppe de carton. En cette minute, la lampe acheva de s’éteindre, et je me trouvai dans une obscurité rendue plus noire par le vague reflet des clartés d’en face. L’âme ulcérée, mais stoïque, je cherchai à tâtons mon chapeau, mon manteau, mon porte-monnaie, le bidon, puis la porte, et je sortis.

Le corridor était encore plus noir que ma chambre ; à peine avais-je fait cinq pas que je m’embarrassai les pieds dans un objet dont rien ne m’avait indiqué la présence, et je tombai lourdement. C’en était trop ! une exclamation d’un genre violent m’échappa, accompagnant le bruit du bidon sonore qui s’en allait rebondissant de marche en marche dans l’escalier. Je me relevais quand une porte s’ouvrit vivement, et ma voisine tout effarée parut sur le seuil dans une grande lueur qui m’éblouit. J’étais furieux ; heureusement, elle ne me donna pas le temps de le lui laisser voir.

— Qu’est-ce que c’est ? Vous êtes-vous fait mal ? s’écria-t-elle. C’est ma faute, je n’aurais pas dû laisser là ce rouleau de vieux tapis… Je vous fais mille excuses… Le corridor devrait être éclairé, c’est la semaine de Mme Perret… Elle fait exprès d’oublier… Vous n’avez rien de démis ? Comment vous sentez-vous ?

La porte de ma voisine, restée toute grande ouverte, me laissait apercevoir une chambre ressemblant à la mienne comme une gentille sœur modeste et de bonne tenue ressemble à un vaurien de frère qui a mal tourné. J’eus le temps de distinguer les rideaux rouges, le canapé à fleurs, l’étagère, le sapin illuminé, posé sur une petite table, et l’impression de chaud confort qui se dégageait de tout cela.

— Comment vous sentez-vous ? répéta ma voisine. Vous devriez boire une cuillerée de térébenthine, c’est excellent contre les coups intérieurs. Si vous entriez un moment… chez vous… pour vous remettre ?

« Ô hospitalité ! pensai-je. Je me casse le cou dans les tapis de cette personne, et elle m’invite obligeamment à entrer… chez moi… pour me remettre ! »

— Merci, répondis-je froidement. Je n’ai pas de lumière, et je sortais pour acheter de quoi en faire.

— Je puis vous prêter une lampe, s’écria-t-elle. Je voudrais bien…

Elle s’interrompit, me regarda un instant, puis, semblant prendre son parti :

— Entrez, me dit-elle.

J’entrai, elle ferma la porte et m’avança une chaise. Intrigué d’un certain air de mystère et d’embarras qui était je ne sais où, dans sa voix, dans ses mouvements, je regardais autour de moi. Plusieurs photographies, dans des cadres à support dressés en rond autour de l’arbre, attirèrent mes yeux. Ma bonne humeur revenait, tandis que mon hôtesse, ouvrant ses armoires, y cherchait un flacon de térébenthine que par bonheur elle ne trouva pas. Je lui assurai à plusieurs reprises que ma chute n’avait dérangé en moi aucun organe vital, puis je me levai, n’osant prolonger davantage ma visite.

— Votre petit sapin attend du monde, sans doute ? dis-je à ma voisine.

— Non, répondit-elle, je l’ai allumé pour moi seule… et pour eux, ajouta-t-elle en désignant les portraits.

Je la regardai avec quelque étonnement, mais voyant que ses yeux devenaient humides, je détournai les miens.

— Oui, je comprends, c’est votre famille, fis-je à demi voix.

— Je n’en ai pas d’autre, reprit-elle, et alors… peut-être que vous ne comprendrez pas cela… la veille de Noël est triste à passer quand on est toute seule… je leur fais une petite fête, à eux et à moi, et j’essaie de me figurer que nous sommes ensemble…

Tout en parlant, elle me regardait d’un air d’anxiété, comme si elle eût craint d’être mal comprise ou raillée pour cette fantaisie touchante. Mais son émotion, quoique timide et contenue, me gagnait si fort que je n’osais ouvrir la bouche. Ce n’était plus de l’amertume, comme tout à l’heure, c’était de la pitié, de l’attendrissement sur elle, sur moi, sur tous les isolés. Je l’avais rencontrée cent fois, ma voisine ; chaque samedi, elle époussetait ses meubles sur le palier, et je la tenais pour une vieille fille méticuleuse et casanière. Je lui donnais de trente-six à trente-huit ans ; elle était blonde, petite, et n’avait plus de fraîcheur. Sa physionomie n’était pas gaie, mais plutôt douce et soucieuse. Je connaissais son nom, grâce au petit carré de carton cloué à sa porte, sur lequel on lisait : « E. Dessaules, régleuse. »

Ému, embarrassé, trouvant le moment mal choisi pour sortir comme pour rester, je regardais machinalement les portraits sur lesquels tombait en plein la lumière des bougies.

— Voici mon père, me dit Mlle Dessaules en me désignant l’un d’eux, et voici ma mère, qui est morte il y a quatre ans. Celui-ci, c’est mon frère ; il est établi en Amérique, ainsi que ma sœur, qui s’y est mariée. Regardez mon petit neveu, n’est-ce pas un amour d’enfant ?

Je me demandais pourquoi elle ne s’était pas mariée aussi, car elle était fort gentille avec sa robe grise et ses cheveux relevés sur la tête par un petit peigne d’écaille à jour ; active et soigneuse, elle devait l’être, c’était écrit sur les murs même de sa chambre. Mais cette question étant de celles que prohibent les convenances, je me contentai de demander à ma voisine si elle n’avait pas de parents dans notre village.

— Seulement des cousins éloignés, répondit-elle avec un petit haussement d’épaules.

— C’est comme moi, dis-je en faisant involontairement le même geste.

Ce mot de cousins me remit en mémoire mon testament. Bien que ma disposition d’esprit eût passé du noir au gris tendre, il fallait achever l’œuvre funéraire.

— Allons !… je m’en vais, dis-je avec quelque effort en me dirigeant vers la porte. Il fait bon chez vous, ma voisine…

Je crus qu’elle allait parler, mais elle se ravisa.

— Et vous n’avez pas de courant d’air, repris-je. La bise entre chez moi comme au moulin.

— Oui, tout est bien calfeutré, répondit-elle. Si vous voulez, je vous donnerai des lisières de drap pour boucher les fentes de votre fenêtre.

— Merci, répondis-je sans grand enthousiasme, en mettant la main sur la serrure. Prêtez-moi une bougie, je vous prie, j’ai à écrire… J’étais occupé à faire mon testament quand ma lampe s’est éteinte...

Je comptais sur un effet, j’ai honte de le dire. Je voulais que Mlle Dessaules s’intéressât à ma situation désolée.

— Votre testament ! s’écria-t-elle. Non, on n’écrit pas son testament un soir comme celui-ci… Vous avez donc des idées noires ?…

J’inclinai affirmativement la tête.

— Tenez, restez avez moi, reprit-elle très vite, je ne suis pas trop gaie non plus… En y regardant de près, ce n’est peut-être pas tout à fait convenable, mais j’ai trente-sept ans, et vous…

— Quarante. Vous êtes bonne comme un ange, et les anges n’ont pas d’âge… J’accepte… je vous l’aurais même demandé… Mais me permettez-vous d’aller chercher le portrait de ma mère, pour que nous soyons tout à fait en famille ?…

Elle sourit, avec un petit mouvement de tête qui disait oui. Je me précipitai dehors, je descendis l’escalier quatre à quatre, je courus au coin de la rue où se trouvait le rôtisseur de châtaignes, et je remplis mes poches de marrons tout chauds. Puis je regrimpai mes quatre étages, un peu essoufflé. À la lumière d’une pincée d’allumettes, je pris le cher portrait sur ma table et je rentrai chez ma voisine.

Ah ! la bonne soirée que nous eûmes à nous deux, tandis que les bougies brûlaient en dégageant une légère odeur aromatique et que les coques luisantes des marrons s’empilaient dans nos corbillons ! J’avais apporté une bouteille de vieux Neuchâtel que je gardais depuis longtemps dans un coin de mon armoire. Quel plaisir d’en verser un doigt à ma voisine pour boire à sa santé, puis un autre doigt pour la prospérité des siens, puis un troisième à la dispersion de mes idées noires ! Nous causions, elle gentiment, doucement, avec un drôle de petit sourire qui semblait n’avoir pas l’habitude de s’épanouir entièrement, moi avec un abandon facile qui m’étonnait. Je lui parlai de ma mère, elle me raconta son enfance, son apprentissage ; nous discutâmes les causes de la crise horlogère. Durant tout ce temps, j’étais hanté par le désir de découvrir le prénom de Mlle E. Dessaules, régleuse. Était-ce Émilie, Estelle, Éléonore, Esther, Eugénie ?

— Comment vous appelez-vous ? lui demandai-je enfin, ce qui était assurément le meilleur moyen d’obtenir un renseignement précis.

— Je m’appelle Élise.

Élise !… Ce fut un coup… Je me serais attendu à tout, à Eucharis, à Élianthe, à Esméralda, plutôt qu’à Élise.

— Vous n’aimez pas ce nom ? fit-elle étonnée de mon silence.

— Je l’aimais beaucoup, autrefois…

Ce fut à son tour de se taire. Elle regardait ses portraits comme pour leur demander une inspiration. Les yeux de ma mère semblaient la suivre. Je me levai, je lui demandai pardon de mon émotion subite, dont je lui expliquerais la cause si elle me donnait un quart d’heure pour m’en remettre. Prenant une bougie à l’arbre, je regagnai ma chambre, et pendant un quart d’heure, j’écrivis fiévreusement. Ce n’était pas mon testament, mais c’était pourtant l’expression de mes dernières volontés, car je communiquais à Mlle Élise Dessaules mon ardent désir de mettre ma destinée entre ses mains. Je lui racontais en quelques mots l’histoire de ma première Élise, qui m’avait trahi, me laissant solitaire et désolé, défiant de toutes les femmes ; je lui disais ma vie morne, ma chambre froide et sans confort, j’avais envie de mentionner aussi mon courant d’air, mais je me souvins que j’y avais déjà fait allusion. Je concluais mon épître en priant Mlle Élise de réfléchir à ma requête pendant une demi-heure, puis, si elle l’agréait, de frapper trois petits coups à la paroi. J’allai ensuite glisser ma lettre sous sa porte, et j’attendis.

Ô mortelles trente minutes !…

Toc ! toc ! toc !…

……

Bonsoir, gens sympathiques qui m’avez écouté. Je vous souhaite un joyeux Noël.

 


Ce livre numérique

a été édité par la

bibliothèque numérique romande

 

https://ebooks-bnr.com/

Ebooks libres et gratuits – Bibliothèque numérique romande – Google Groupes

en septembre 2020.

 

— Élaboration :

Ont participé à l’élaboration de ce livre numérique : Isabelle, Yves, Françoise.

— Sources :

Ce livre numérique est réalisé principalement d’après : Combe, T., Prisonnières, in Au Foyer Romand : étrennes littéraires pour 1890, Lausanne, 1889, p. 123-155 et Combe, T., Conte de Noël, Au Foyer Romand : étrennes littéraires pour 1891, Lausanne, 1890, p. 123-134. D’autres éditions ont pu être consultées en vue de l’établissement du présent texte. Nos recherches nous ont fait découvrir une réédition moderne de Prisonnières à Lausanne par Paulette éditrice (www.paulette-editrice.ch), 2019, dont nous recommandons la collection « Les Pives » proposant une vingtaine de titres intéressants. La photo de première page, Ciel d’Hiver, a été prise par Anne van de Perre le 14.02.2013. Les illustrations dans le texte sont d’Oscar Huguenin et proviennent de nos éditions de référence.

— Dispositions :

Ce livre numérique – basé sur un texte libre de droit – est à votre disposition. Vous pouvez l’utiliser librement, sans le modifier, mais vous ne pouvez en utiliser la partie d’édition spécifique (notes de la BNR, présentation éditeur, photos et maquettes, etc.) à des fins commerciales et professionnelles sans l’autorisation de la Bibliothèque numérique romande. Merci d’en indiquer la source en cas de reproduction. Tout lien vers notre site est bienvenu…

— Qualité :

Nous sommes des bénévoles, passionnés de littérature. Nous faisons de notre mieux mais cette édition peut toutefois être entachée d’erreurs et l’intégrité parfaite du texte par rapport à l’original n’est pas garantie. Nos moyens sont limités et votre aide nous est indispensable ! Aidez-nous à réaliser ces livres et à les faire connaître…

— Autres sites de livres numériques :

Plusieurs sites partagent un catalogue commun qui répertorie un ensemble d’ebooks et en donne le lien d’accès. Vous pouvez consulter ce catalogue à l’adresse : www.noslivres.net.